Mozart, le match Paris-Berlin

 

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Mettons cela sur le compte du hasard : 25 janvier 2016 Mozart/Gardiner à Paris, trois ans plus tôt exactement Mozart/Langrée à Berlin !

Et quasiment le même programme : 40ème symphonie en première partie, Messe en do mineur K.427 à Paris, Davide Penitente à Berlin (https://en.wikipedia.org/wiki/Davide_penitente).

Ce n’est pas le seul lien entre les deux concerts : Louis Langrée a d’abord été l’assistant, puis le successeur de John Eliot Gardiner à la direction musicale  de l’opéra de Lyon (Gardiner 1983-1988 / Langrée 1998-2000).

La comparaison entre ces deux concerts, auxquels j’ai eu la chance d’assister, était tentante. Passionnante même. Fournissant la preuve – mais en doutait-on ? – que les chefs-d’oeuvre supportent, exigent même, plusieurs approches, plusieurs visions.

Ceux qui avaient eu la chance d’entendre les Mozart que Louis Langrée avait dirigés à Liège (Messe en ut en 2001, Requiem en 2002, la 40ème symphonie notamment au cours de la semaine Mozart de janvier 2006) savent à quel point le chef français privilégie le côté sombre de la force mozartienne, exacerbe les tensions harmoniques, la dimension tragique d’une musique qui n’a rien de galant ni de poudré, surtout dans la 40ème symphonie. L’extrait ci-dessus de son concert berlinois n’est peut-être pas flagrant, mais je peux attester que les Berliner Philharmoniker n’avaient pas été sollicités de la sorte depuis longtemps.

Gardiner – et ses fabuleux English baroque soloists que j’entendais pour la première fois en concert ! –  c’est pratiquement l’option inverse.  : fluidité, rapidité, virtuosité, élégance, pas d’enjeu dramatique, la pure beauté du jeu d’ensemble. Vraiment pas désagréable à écouter, mais une dimension essentielle de cette musique nous échappe.

En revanche, Gardiner et Langrée semblent se rejoindre dans leur conception des deux avatars de la grande Messe inachevée. Puissance, vivacité, rien ne sent la sacristie. Mais pour ces deux oeuvres personnelles de Mozart – elles ne répondaient à aucune commande – le théâtre, l’opéra, oui.

Avantage à Gardiner pour la qualité – déjà si souvent admirée au disque – incroyable de son Monteverdi Choir – 11 femmes, 15 hommes – peut-on mieux chanter ? et pour ses deux solistes femmes, les toutes jeunes Amanda Forsythe et Hannah Morrison, voix qu’on qualifierait de célestes si on ne craignait pas le cliché…

Bref, match tout sauf nul entre Berlin et Paris ! Deux grandes visions de Mozart, deux grands chefs – on a oublié de dire qu’un autre de leurs points communs était leur amour de la musique française ! – et grâce au disque, le moyen de se ressourcer sans modération à une musique essentielle. Vitale.

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Musiques climatiques

Alors que s’ouvre une conférence mondiale décisive pour l’avenir de la planète et donc de l’humanité, on peut (on doit ? ) écouter ou découvrir les musiques que la Nature, nos paysages, nos espaces ont inspirées aux compositeurs les plus divers. La puissance d’évocation de certaines d’entre elles est telle que nous voyons les images, nous ressentons les immensités, les sommets, les flots, tous les éléments de notre environnement.

Quelques propositions, qui ne prétendent aucunement à l’exhaustivité.

Puisque l’hiver est proche, j’ai toujours entendu la 1ere symphonie de Tchaikovski (sous-titrée Rêves d’hiver) comme l’expression la plus poétique de l’immensité russe sous son manteau de neige. Le tout début de la symphonie, puis le magique deuxième mouvement (écouter ici à partir de 12″)

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IMG_1262(Fin avril 2011, la Volga à Kostroma commence tout juste à dégeler)

Mais j’ai une autre vision très forte d’une forêt enneigée, associée pour toujours dans ma mémoire au sublime duo de Tristan et Isolde « O sink hernieder » de Wagner, une scène qu’on aurait pu trouver dans le célèbre Ludwig de Visconti, mais qui se trouve dans le beaucoup moins connu Ludwig, requiem pour un roi vierge (1972) du réalisateur allemand Hans-Jürgen Syberberg – qui produira en 1983 un très remarqué Parsifal, qui repose sur l’enregistrement d’Armin Jordan, qui joue lui-même Amfortas dans le film ! –

On reconnaît les voix de Kirsten Flagstad et Ludwig Suthaus dans la version légendaire de Furtwängler.

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Au Nord de l’Europe, toute la musique de Sibelius donne le sentiment d’exprimer l’infinité des lacs et forêts de Carélie. Je le pensais déjà avant de visiter la Finlande, et j’en ai eu l’abondante confirmation au cours de l’été 2006. D’autres compositeurs finnois ont le même pouvoir d’évocation de la rudesse et de la poésie des vastes horizons de leur pays natal, comme Leevi Madetoja (1887-1947) ou Uuno Klami (1900-1961)

Pour Madetoja comme pour Klami, je recommande les versions inspirées de mon ami Petri Sakari dirigeant l’orchestre symphonique d’Islande.

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Un siècle plus tôt, Mendelssohn parvenait à traduire assez justement les impressions qu’il avait retirées de son voyage en Ecosse à l’été 1829 et de sa visite de l’île de Staffa, où se trouve la grotte de Fingal, qui donnera le titre d’une ouverture écrite au cours de l’hiver 1830/31

Mais c’est sans doute en Amérique que les compositeurs du XXème siècle s’attachent, avec le plus de constance et de réussite, à traduire musicalement les paysages et les espaces qui les entourent. Aaron Copland (1900-1990) en est le prototype, même s’il ne peut être réduit au cliché de compositeur « atmosphérique », mais son ballet Appalachian spring   évoque immanquablement la diversité de la chaîne des Appalaches.

Mais le spécialiste du genre est incontestablement Rudolph von Grofé, plus connu comme Ferde Grofé (1892-1972), arrangeur, orchestrateur (notamment de Gershwin), qui écrit des musiques ostensiblement descriptives – le Mississippi, le Grand Canyon, les chutes du Niagara…

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Et puisque la déforestation massive est souvent mise en cause dans la dégradation du climat, on écoutera avec émotion cette ode à la forêt amazonienne, l’une des toutes dernières oeuvres – Floresta do Amazones – du grand compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos (1887-1959)

Plus près de nous,  qui connaît encore les évocations musicales des paysages de France qui constituent une bonne part du répertoire symphonique de  Vincent d’Indy (1851-1931) ?

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Des hommes de fer

Félicitations à l’orchestre d’harmonie de la Garde républicaine qui proposait, en ce 11 Novembre, un concert gratuit dans le cadre grandiose de Saint-Louis des Invalides à Paris. D’abord parce que c’est une formation d’excellence, qu’on ne peut réduire à ses seules prestations officielles, ensuite – et surtout – parce que le public populaire (le « grand public »!) qui se pressait dans la haute nef de la basilique a eu droit à un programme intelligent, qui ne cherchait pas le client, sans pour autant être en quoi que ce soit austère. La Marseillaise bien sûr, puis la Marche lorraine de Louis Ganne, la grandiose Fanfare for a common man de Copland.

Puis une suite – une découverte pour moi – Les Noces de cendre du compositeur marseillais Henri Tomasi (1901-1971) : http://www.henri-tomasi.fr/index.php?page=oeuvres&categorie=notice&id=13

Après l’intermezzo de L’Arlésienne de Bizet, la 9ème symphonie de Chostakovitch (dans une version pour orchestre d’harmonie). Ce n’est pas le lieu de critiquer l’interprétation, un peu timide et pâle (malgré de magnifiques solos du basson), mais d’expliquer la présence de cette oeuvre dans ce programme.

C’est la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Chostakovitch a écrit ces monuments que sont sa 7ème symphonie « Leningrad » (1941) et sa 8ème symphonie (1943). Tous s’attendent, Staline en tête, à ce que sa Neuvième symphonie célèbre la Victoire de l’Armée rouge, en s’inspirant, chiffre et circonstances obligent, d’une autre Neuvième. Raté, le compositeur qui a déjà eu maille à partir avec le tyran et ses sbires, lui sert une « petite » symphonie – moins de trente minutes, pour un orchestre modeste – qui n’est qu’ironie, sarcasme, et douleur dans le bref et poignant largo chanté par les trombones et le tuba repris par le basson. C’est l’ami de toujours, l’indéboulonnable patron de l’orchestre philharmonique de Leningrad, Evgueni Mravinski, qui crée l’oeuvre le 5 novembre 1945 dans la ville martyre (on n’a malheureusement pas de témoignage discographique de cette 9e par Mravinski)

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Sans refaire ici l’histoire complexe et compliquée des rapports entre créateurs, compositeurs, musiciens et le régime soviétique, particulièrement dans sa version stalinienne, on doit noter, une fois de plus, que, si à nos yeux d’Occidentaux donneurs de leçons, Prokofiev, Chostakovitch et bien d’autres se seraient trop souvent compromis avec le régime, acceptant des décorations (Prix Lénine, Prix Staline, Artiste du peuple etc.), des commandes à la gloire de l’URSS et de ses valeureux dirigeants, ils ont au contraire fait de la résistance de l’intérieur, avec et par leur art.

Face à l’Homme de Fer (Staline, littéralement Сталин, l’homme d’acier (сталь), il y  eut bien d’autres hommes de fer, comme Chostakovitch, Mravinski, Rostropovitch.

Staline justement fait l’objet d’un documentaire en trois volets (diffusé par France 2 le 3 novembre dernier) dans la série – stupidement intitulée – Apocalypse, d’Isabelle Clarke et Daniel Costelle.

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Il y aurait bien des critiques à faire, un portrait uniquement à charge – il est vrai que le bonhomme ne suscite pas vraiment la sympathie ! – une écriture vraiment peu subtile de l’histoire, des événements et de leurs acteurs (Lénine, Trotski, etc.), un commentaire univoque, mal dit par Mathieu Kassovitz, meilleur derrière une caméra que devant un micro. Mais la richesse des archives, pour beaucoup restituées dans leur couleur d’origine ou colorisées, les documents historiques, les témoignages sonores et/ou visuels, sont d’un bout à l’autre passionnants, édifiants même, au risque de choquer les belles âmes (les déportations, les exécutions massives, les boucheries sur le front, rien ne nous est épargné) et surtout de détruire à jamais la légende – qui a perduré même après la déstalinisation puis la chute de l’Union soviétique et du communisme – d’un Staline « petit père des peuples », héros de la lutte contre le nazisme.

Orgues et délices

Encore une bizarrerie du français : les mots qui changent de sexe en se multipliant. Ainsi amour, délice et orgue deviennent-ils de belles amours, de merveilleuses délices et de grandes orgues !

« Amours, délices et orgues » c’est le titre que nous avions donné à la saison 2005/2006 de l’orchestre philharmonique de Liège, puisqu’il y a tout juste dix ans on inaugurait les grandes orgues Schyven restaurées de la Salle Philharmonique (http://www.oprl.be/bottom-menu/salle-philharmonique/lorgue-schyven-1888.html) , cinq ans après la réouverture après complète rénovation de ladite salle. Pourquoi évoquer ce souvenir ? Parce que j’ai eu l’impression que l’histoire se répétait hier soir à la Philharmonie de Paris.

Le même organiste/compositeur/improvisateur Thierry Escaich, la même incontournable 3e symphonie « avec orgue » de Saint-Saëns. Mais, sans vouloir offenser les amis parisiens, l’inauguration liégeoise avait duré toute une semaine (chaque jour un récital) et le week-end deux concerts symphoniques dirigés comme il se devait par un fils d’organiste, Louis Langrée (avec des oeuvres rares de Fétis, Jongen, Escaich et bien sûr Saint-Saëns !) La Philharmonie de Paris prévoit de compléter son inauguration en février prochain.

La console au centre de la scène, comme la cabine de pilotage d’un A 380, quatre claviers, mais dommage, pas un mot d’explication de qui que ce soit…

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J’entends autour de moi les remarques des auditeurs présents : comment cet orgue peut-il sonner avec les vingt malheureux tuyaux qu’on aperçoit au-dessus de la scène ? Classique…La surprise viendra dès les premières notes, le mur s’ouvre en de multiples panneaux, laissant apparaître, doucement éclairés, les 7000 tuyaux installés – c’est là une spécificité de la Philharmonie – plus en largeur qu’en profondeur.

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Thierry Escaich se lance dans une vingtaine de minutes de fabuleuse improvisation, sur des thèmes de… la 3e symphonie de Saint-Saëns, qui elle-même cite le thème du Dies irae médiéval, rappelle l’Aquarium du Carnaval des animaux contemporain. Les Liégeois se rappellent la virtuosité sans limites, l’imagination fertile et contagieuse de l’organiste parisien, lorsqu’il improvisait sur L’Aurore de Murnau. 

Cette première écoute révèle une belle ampleur, une palette éblouissante de sonorités, du gigantesque instrument conçu par et sorti des ateliers Rieger (https://fr.wikipedia.org/wiki/Rieger_Orgelbau).

La suite de la soirée sera plus conventionnelle, toute focalisée sur Saint-Saëns (on a manqué – mais ce n’est que partie remise – mercredi soir le concerto pour alto de Jörg Widmann sous l’archet transcendant d’Antoine Tamestit) : le premier concerto pour violoncelle (1872) sonne étriqué, routinier – il eût été avantageusement remplacé par celui de Lalo (1875) plus ample de son et de proportions. L’Elégie de Fauré donnée en bis donne un meilleur aperçu de la sonorité fruitée du violoncelle de Sol Gabetta et des vents de l’Orchestre de Paris. La Troisième symphonie remplit son office et ravit la salle. Toujours impressionnant d’entendre le grand orgue incorporé au grand orchestre.

Le disquaire présent dans le hall d’entrée de la Philharmonie a un beau choix de disques. Pas peu fier de voir en belle place celui qui avait valu en 2003 un DIAPASON d’OR de l’année à Thierry Escaich et à ses interprètes…41WFW9NJ2NL

Mais pour tout avouer les véritables délices on les a trouvées dans un magnifique coffret d’hommage à l’un des plus grands organistes français du siècle dernier, Marcel Dupré. Le label porte bien son nom Mercury Living Présence.

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Et dans cette somme qui embrasse large (de Bach à Messiaen et Dupré !), on retrouve la très inspirée version de Paul Paray de la 3e symphonie de Saint-Saëns. Et quelle prise de son !

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Disques d’été (III) : Le son du cor au fond de Brahms

J’évoquais avant hier (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/08/01/disques-dete-ii-vive-la-suisse/) le Rigi, cette montagne à vaches qui borde le Lac des Quatre-Cantons au coeur de la Suisse. C’est précisément en se promenant un été sur le Rigi qu’un jeune compositeur trentenaire, secrètement amoureux d’une belle pianiste virtuose veuve de celui dont elle portera le nom pour la postérité, entend le soir venu sonner un cor des Alpes. Il note le thème : solo_de_cor_1ere_symphonie Sur une carte postale qu’il écrit le 12 septembre 1868. De Johannes Brahms à Clara Wieck-Schumann.Ce thème sera repris tel quel par Brahms, dans le finale d’une 1ere symphonie, dont la gestation fut particulièrement longue et difficile, et qui sera créée le 4 novembre 1876 à Karlsruhe. 1_4eme_mouv._m._30-38 Ecouter ce fameux thème à 36’35 »

Avec cette captation de concert, l’occasion m’est donnée de rendre hommage à l’un des plus grands chefs encore en activité, Stanislas Skrowaczewski (92 ans), et de conseiller le très beau coffret que son éditeur Oehms lui consacre :81upNYjr1QL._SL1500_71voxWMzw9L._SL1200_ Mais ma version de chevet de la 1ere symphonie de Brahms demeure la vision insurpassée de Karl Böhm avec les Berlinois en 1960, dans une prise de son exceptionnelle, un indispensable de toute discothèque 41WJWQNMPSL

Waterloo ou la revanche de Beethoven

Certains s’étonnent que la France n’envoie pas de personnalité de haut rang aux commémorations du bicentenaire de la Bataille de Waterloo (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Waterloo). Célébrer une défaite ? On n’y pense même pas ! Heureusement que De Gaulle a choisi un autre 18 Juin pour effacer l’affront…

Trève de plaisanterie, n’en déplaise aux amis belges, je ne vois pas l’intérêt de ce genre de célébration, surtout pour un événement qui marque moins la défaite de Napoléon que la faillite de l’Europe des Lumières.

Le Monde d’aujourd’hui consacre tout un dossier – à plusieurs voix et plusieurs points de vue – à Waterloo. J’ai retenu cette interview iconoclaste d’un historien anglais : http://www.lemonde.fr/bicentenaire-de-waterloo/article/2015/06/16/waterloo-aurait-pu-etre-evitee-napoleon-ne-menacait-plus-la-paix_4655502_4655337.html

Mais je viens de découvrir, à cette occasion, que j’ai vécu jusqu’ici sur un malentendu : j’avais toujours pensé que l’oeuvre de Beethoven La Victoire de Wellington célébrait le vainqueur de Waterloo. Serai-je pardonné par les musicologues et les historiens patentés ? J’aurais dû d’abord prêter attention au sous-titre (La Victoire de Wellington ou la Bataille de Vitoria) mais, à ma décharge, il s’agit bien déjà d’une confrontation décisive de Wellington et Napoléon, mais en 1813 ! (https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Victoire_de_Wellington)

L’oeuvre, pour être spectaculaire, est du mauvais Beethoven. Pourtant il ne s’est pas longtemps fait prier pour répondre à la commande de Maelzel et choisir lui-même le sujet de cette fausse symphonie.

(Une version plutôt exotique de cette Victoire de Wellington !)

Beethoven a la rancune tenace : en 1804 il écrit sa 3eme symphonie, dite Eroica, qu’il dédie à Napoléon Bonaparte. Dédicace qu’il retire rageusement quand il apprend que le général révolutionnaire, le Premier Consul, se fait sacrer Empereur le 2 décembre 1804, et qu’il remplace par « à la mémoire d’un grand homme » !

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La discographie de l’oeuvre n’est pas surabondante, et c’est tant mieux. Curieusement, une autre « oeuvre » – tout aussi reniée par son auteur, Tchaikovski – continue de faire son effet, même lors de concerts du 14 Juillet ! Et pourtant l’Ouverture solennelle 1812 célèbre aussi la défaite de Napoléon en Russie (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ouverture_solennelle_1812)

Luxe, fougue et volupté

Hier soir au Théâtre des Champs-Elysées, tout semblait n’être, pour paraphraser Baudelaire, qu’ordre et beauté, luxe, fougue et volupté.  10629754_10152877901613202_306024264946485697_n

On n’a pas le souvenir de longtemps d’un concert aussi pleinement et continûment réussi. L’affiche ne pouvait décevoir, mais il est arrivé que les plus belles promesses ne soient pas tenues. C’était, de surcroît, la première fois que j’entendais l’orchestre de Philadelphie « live », dirigé évidemment par son directeur musical, le pas encore quadragénaire Yannick Nézet-Seguin. Un soliste excellent, mais qui est si souvent à Paris, qu’on finirait par l’écouter distraitement : Emanuel Ax était au contraire à l’unisson de cette soirée, exceptionnel !

D’abord cet orchestre, ce son légendaire – le Philadelphia Sound – celui forgé par Stokowski, surtout Eugene Ormandy pendant près de 50 ans, soigneusement cultivé par leurs successeurs Riccardo Muti et Wolfgang Sawallisch… et aujourd’hui le jeune chef canadien Yannick Nézet-Seguin. Des cordes parmi les plus denses, onctueuses, sensuelles du monde, un hautbois si caractéristique, doux, rond, fruité, comme on le dirait d’un grand bordeaux – des vents et des cuivres qui ne claquent ni ne clinquent pas.

Dès les premières notes de la Troisième symphonie de Brahms, ces deux accords ascendants donnés à pleine puissance et qui peuvent plomber tout le reste du mouvement si l’impulsion initiale n’est pas déterminée, on a su que le chef allait nous raconter un Brahms passionnant. 3527fb261fd3dd254bcf13a44e0209b5bd06ad8a

Quatre mouvements enchaînés, comme Brahms l’avait imaginé, une incroyable souplesse des phrasés, ces fameuses doublures, qu’on a tant reprochées au natif de Hambourg, et qui ne sont qu’alliages précieux de timbres. Une sorte de perfection, pour une symphonie si difficile à réussir en concert (et rare aussi, pour une autre raison que peu de chefs osent avouer : à la différence de ses trois soeurs, la 3e symphonie de Brahms s’achève dans la pénombre, presque le silence, comme si elle se refusait aux vivats de l’assistance !).

On comprend tout lorsqu’on écoute Yannick Nézet-Seguin parler de ce « jardin secret » de Brahms :

Après l’entracte, Beethoven et son 3e concerto pour piano – mon préféré depuis toujours, j’expliquerai une autre fois ! – On aime le musicien et l’homme Emanuel Ax, mais le hasard des tournées et des engagements  a fait qu’on l’a beaucoup entendu ces derniers mois (Brahms avec Haitink et l’orchestre de chambre d’Europe à Pleyel en novembre dernier). On craint la routine, on est heureusement détrompé, même si les débuts du concerto sont un peu laborieux du côté des doigts. Le reste ne sera que fougue et poésie, et quelle présence de l’orchestre et du chef qui sont tout sauf de simples accompagnateurs. On attend un bis, on aura droit à un pur moment de musique : Yannick revient avec Emanuel Ax se mettre au piano. Il explique : « Au moins vous allez pouvoir entendre mon accent canadien…Entre Beethoven et Richard Strauss, saturé de valses, nous nous sommes dits qu’une valse de Brahms serait une transition idéale. ». La salle exulte après la 15e valse de l’opus 39 comme chuchotée, émue sous les quatre mains du chef et du soliste.

Bouquet final avec la grande suite du Chevalier à la rose de Richard Strauss. Là où tant d’autres en rajoutent dans l’orgie orchestrale, YNZ éclaire la partition de tendresse, de nostalgie et de ce chic viennois si subtil qu’on le croit d’ordinaire réservé aux natifs des bords du Danube. À dire vrai on ne se rappelle pas avoir entendu cette suite aussi parfaitement jusqu’à hier soir… En plus d’être un grand musicien, on soupçonne Yannick Nézet-Seguin d’être un fin gourmet : à la salle qui l’ovationnait, il expliqua qu’après avoir servi (pour l’orchestre) et dégusté (pour l’auditoire) un saint-honoré, il n’y avait plus de place pour une sucrerie supplémentaire… You’re right Maestro !

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Sir Roger et Papa Joseph

Ce n’était pas la foule des grands soirs mais le programme autant que les interprètes justifiaient qu’on soit présent au Théâtre des Champs Elysées ce mardi soir. Très british indeed !

Roger Norrington, Ian Bostridge, Purcell (la suite Abdelazer or the Moor’s Revenge, dont le rondeau a servi de thème à Britten pour son fameux Young person’s guide to the orchestra), Britten justement et son Nocturne, pour ténor et orchestre, d’un accès moins aisé que la Sérénade antérieure, la sublime Fantaisie de Vaughan Williams sur un thème de Thomas Tallis, et last but non least la 103eme symphonie de Haydn qui s’ouvre par un spectaculaire « roulement de timbales »

On est heureux de constater la grande forme de l’Orchestre de Chambre de Paris, qui se plie avec une souplesse confondante aux exigences stylistiques, aux facéties parfois de l’illustre chef britannique, qui comme son compatriote John Eliot Gardiner, comme chef de choeur d’abord, puis chef d’orchestre a tant fait pour nous faire redécouvrir tout le répertoire classique et pré-romantique.

Jubilation particulière pour moi à l’écoute de l’une des symphonies les plus parfaites de Haydn – mais pourquoi les entend-t-on si rarement au concert?  ! Deux souvenirs personnels liés à cette oeuvre et ce chef.

Je ne me rappelle plus pourquoi un 33 tours Mercury, comportant les symphonies 94 et 103, par Dorati et le Philharmonia Hungarica, était présent dans cette bergerie glaciale que mes parents avaient louée dans les Pyrénées non loin de La Mongie en cet hiver 1970. On avait apporté l’électrophone pour passer quelques disques de Noël, et ce Haydn m’était-il destiné pour mon anniversaire ? Je me rappelle l’avoir passé en boucle et n’avoir jamais faibli depuis dans l’affection que je porte à ces deux symphonies.

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En cherchant sur Youtube, je suis tombé sur cette version plutôt inattendue de … Pierre Boulez (à Chicago en 2006)

L’autre souvenir est lié à l’émission Disques en lice, fondée en décembre 1987 sur Espace 2, la chaîne musicale et culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry, à laquelle j’ai participé sans interruption jusqu’à mon départ de la Suisse pour France Musique (à l’été 1993).

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(Roger Norrington et François Hudry / Photo F.H.)

La grande affaire de ces années-là avait été l’intégrale très admirée et très controversée des symphonies de Beethoven que Roger Norrington avait réalisée pour EMI avec les London Classical Players. Norrington avait devancé Harnoncourt et Gardiner dans cette entreprise, il prétendait se fier strictement aux indications métronomiques de Beethoven lui-même. Quel décrassage, quel dégraissage pour nos oreilles ! Et voici qu’un jour (pour la centième de l’émission ?) François Hudry avait invité Norrington à venir lui-même parler de ses interprétations, en l’occurrence de la 6e symphonie « Pastorale » de Beethoven.

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Et l’émission et le repas qui suivit furent bien trop courts… Sir Roger étant un formidable personnage, savant, gourmand, jouissant de la musique comme des farces qu’il fait aux musiciens et au public.

Je me rappelle alors lui avoir demandé s’il comptait graver Haydn. Il se tâtait encore, connaissant la difficulté de l’entreprise. La réponse vint quelques années plus tard, pour ce qui est des symphonies « londoniennes » et tout récemment pour le cycle des « parisiennes« . Evidemment indispensable !

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Notes d’Arménie

Les commémorations du centenaire du premier génocide du XXème siècle, celui qui a décimé une grande part du peuple arménien, ont au moins permis de rappeler à nos mémoires bien oublieuses que l’extermination de masse n’a pas commencé – et ne n’est pas terminée – avec Hitler et le nazisme.

Le plus étonnant, le plus navrant, est qu’on n’ose pas encore, dans certains pays, et pas des moindres, reconnaître cette monstruosité, au motif qu’on ne doit pas mécontenter la Turquie, dont chacun peut observer l’intense respect de la démocratie qui anime ses dirigeants actuels.

Qu’en est-il de la musique arménienne, de ses créateurs, compositeurs, interprètes ?

On a lu le beau papier consacré par Le Monde à l’ami Alain Altinoglu (http://www.lemonde.fr/culture/article/2015/04/18/alain-altinoglu-revient-sur-son-passe-armenien_4618467_3246.html?xtmc=altinoglu&xtcr=1). On se rappelle l’émotion partagée avec un autre chef d’orchestre, George Pehlivanian, lauréat du Concours de Besançon en 1991, qui se vit aussitôt invité et reçu en héros à Erevan, capitale d’une Arménie à peine sortie de l’Union Soviétique, où tout manquait, nourriture, électricité, et où, pour fêter le premier Arménien à avoir gagné un aussi prestigieux concours, on illumina la salle de concert, on rameuta tous les musiciens présents. George de retour me montra la vidéo d’une Symphonie fantastique qui n’avait jamais si bien porté son nom. Le même George Pehlivanian dirige ce dimanche à Bruxelles un concert-fleuve d’hommage à la mère-patrie de ses ancêtres

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On ne va pas dresser ici la liste prestigieuse de ces musiciens qui n’ont jamais oublié leur histoire, l’histoire de leur peuple, et qui l’ont au contraire honorée.

Du côté des compositeurs, la figure de proue est évidemment Aram Khatchatourian (1903-1978), regardé le plus souvent en Occident avec ce dédain condescendant qu’on réserve aux compositeurs « folkloristes ». Sauf que son oeuvre ne se réduit pas à La danse du sabre ou à la valse de Mascarade. Les auditeurs de Liège ont pu s’en apercevoir en mars dernier lorsque George Pehlivanian précisément dirigea la monumentale 3e symphonie avec orgue de Khatchatourian, écrite en 1947, tout emplie des fureurs de la guerre. L’orchestre philharmonique de Vienne ne fut pas moins surpris de découvrir et d’enregistrer, en 1962, sous la direction du compositeur, sa 2e symphonie, datant de 1943, « Le tocsin » qui n’eut pas tout à fait la même célébrité que la 7e symphonie de son contemporain Chostakovitch

Les partitions les plus authentiques, celles qui rattachent Khatchatourian à ses racines arméniennes, sont sans aucun doute ses ballets, notamment Gayaneh. 

Petite collection personnelle d’enregistrements indispensables :

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Bien évidemment la musique arménienne ne se réduit pas à cette seule figure. Il faut citer celui qui en a été le héros autant que le héraut, Komitas (http://fr.wikipedia.org/wiki/Komitas), il faudrait rendre hommage à tous ceux, toutes celles  surtout qui ont assuré la transmission orale du patrimoine musical traditionnel millénaire de l’Arménie.

On aime aussi ce disque tout récent, qui montre de nouveaux visages de l’Arménie musicale.

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L’inconnu de Varengeville

Inconnu ? Le terme est peut-être excessif pour qualifier celui que ses amis et disciples portèrent dans la terre du cimetière marin de Varengeville le 27 août 1937 (Evocations de Roussel). En effet, le nom d’Albert Roussel n’est pas inconnu des mélomanes. En revanche, que connaît-on de son oeuvre, à part deux ou trois partitions symphoniques, comme sa 3eme Symphonie, le Festin de l’Araignée, la 2e suite de Bacchus et Ariane ? Les oeuvres qu’évoque Robert Soëtens dans ses souvenirs, la Suite en fa, la 2e sonate pour violon, les Evocations, sont absentes des salles de concert, et peu fréquentes dans les parutions discographiques récentes. L’intégrale des quatre symphonies a bénéficié d’une magnifique version toute récente due à Stéphane Denève :

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La précédente remonte à 1994 et à Marek Janowski et à l’Orchestre Philharmonique de Radio France dont il était alors le directeur musical (version rééditée en 2012 sous l’étiquette Newton Classics)

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En 1987, Charles Dutoit, qui n’en était pas encore le directeur musical, avait réalisé avec l’Orchestre National de France une intégrale d’autant plus remarquée que c’était une première pour un orchestre français… 50 ans après la mort du compositeur !

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Les mélomanes parisiens se rappellent une 3e symphonie survoltée de Leonard Bernstein dirigeant l’Orchestre National…

 

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Il faut remonter aux années 70 pour trouver deux très beaux disques de Jean Martinon avec l’Orchestre National (alors « de l’ORTF »), et des raretés à l’époque (la 2e symphonie, le ballet Aeneas, l’intégrale de Bacchus et Ariane et le Festin de l’Araignée)

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C’est en se tournant vers les grands anciens, Paul Paray, Charles Munch, André Cluytens qu’on trouve de belles références

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Mais dès qu’on sort du symphonique, on approche du désert. Le grand triptyque orchestral et choral, Evocations (1910-11), que Robert Soëtens fit découvrir au public norvégien en 1925 ? Deux versions seulement, et difficiles à trouver :

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Un jour, sur une scène parisienne ou dans un festival, entendra-t-on ces Evocations ? Des six ouvrages lyriques (dont trois inachevés) ne subsiste au disque que l’opéra Padmavâti. Une seule version, certes superlative, due à l’infatigable Michel Plasson, avec une distribution de haut rang :

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J’ai, quant à moi, une tendresse particulière pour la 1ere symphonie, vaste poème symphonique intitulé Le poème de la forêt, encore tout imprégné des effluves d’un romantisme finissant et se coulant dans le moule debussyste.