Disques d’été (III) : la reine Sonya

L1031958La reine du dernier Festival de Radio France, c’était elle. Personne n’a oublié cette dernière soirée, le 26 juillet, où Sonya Yoncheva incarnait à la perfection Iris, l’héroïne de l’opéra éponyme de Mascagni (à réécouter sur France Musique).

En 2010, elle remportait le concours Operalia parrainé par Placido Domingo

Sonya Yoncheva et la musique française, l’opéra français, c’est déjà une longue histoire. On aime sans réserve ce premier CD sorti chez Sony.

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Le sens du monde

Lundi soir j’espérais que toute la semaine serait marquée du sceau du bonheur éprouvé à l’écoute des deux voix mêlées de Sonya Yoncheva et Karine Deshayes.

13516558_10154610974329796_3279155323797290830_n(Photo J.Ph.Raibaud/TCE)

Celle qui va ouvrir le 11 juillet le Festival de Radio France Montpellier LRMP (lefestival.eu) – Karine Deshayes – retrouvait celle qui va clore en beauté le même Festival le 26 juillet avec Iris de Mascagni – Sonya Yoncheva. Pour un Stabat Mater de Pergolese (La jeunesse interrompue) très attendu par un théâtre des Champs-Elysées archi-comble, capté « live » par Sony qui devrait le publier à l’automne.

Ce mardi Radio Clapas diffusait une interview réalisée il y a quelques jours, dans laquelle j’évoque l’Orient fascinant, inspirant, qui trace le fil rouge de l’édition 2016 du Festival, en souhaitant qu’on oublie, le temps de quelques concerts, cet Orient guerrier, menaçant, mortifère !  A écouter ici : https://soundcloud.com/radio-clapas/interview-festival-radio-france-montpellier.

Le soir même j’étais sévèrement démenti, une fois encore la terreur aveugle frappait à Istanbul...

Et puis j’ai trouvé ceci sur Facebook, un discours pas comme les autres, qui vient à point pour redonner foi dans notre pauvre humanité, et du sens à notre présence dans ce monde.

 

 

Zubin 80

Quelques jours avant l’arrivée de l’OSR à Bombay – une première pour l’orchestre – l’occasion est idéale d’envoyer un sonore Happy Birthday à l’un des plus illustres enfants de la mégalopole indienne : Zubin Mehta.

Né le 29 avril 1936, Zubin est le fils de Mehli Mehta, violoniste et fondateur de l’orchestre symphonique de Bombay. 

Bon sang ne sachant mentir, c’est tout logiquement que le jeune adolescent s’oriente vers la direction d’orchestre et fait ses classes à Vienne auprès du célèbre chef et pédagogue Hans Swarowsky.(https://fr.wikipedia.org/wiki/Zubin_Mehta)

C’est à Vienne qu’il réalise pour Decca, à tout juste 30 ans, son premier enregistrement symphonique, et pas n’importe quoi : la 9ème symphonie de Bruckner. Coup d’essai, coup de maître qui installe durablement Zubin Mehta comme un interprète de prédilection du répertoire viennois, et comme un hôte privilégié des Wiener Philharmoniker.

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Impossible de dérouler ici la carrière, la discographie du chef octogénaire. Disons qu’à titre personnel j’aime beaucoup les premières années d’un musicien incroyablement doué, qui s’est ensuite parfois abandonné à la facilité, à une certaine routine. On écoutera donc avec bonheur ce que Decca a regroupé dans un beau coffret hommage, les années Los Angeles, les premières avec l’orchestre philharmonique d’Israel, dont Mehta est le chef à vie depuis plus de 40 ans !

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J’ai beaucoup aimé ses premiers concerts de Nouvel an à partir de 1990, mais nettement moins la version assoupie de 2015…

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Un souvenir personnel pour finir : l’été 1974 je suis ouvreur au Festival de Lucerne, fonction bénévole mais qui me permet d’assister à tous les concerts, à plusieurs répétitions, et exceptionnellement à une mini-croisière sur le lac des Quatre-Cantons, en compagnie de Zubin Mehta et de sa flamboyante épouse. Trop timide pour l’approcher, mais impressionné par sa belle allure. Impression confirmée le soir par le concert du Los Angeles Philharmonic qu’il dirige et un souvenir exceptionnel du 3e concerto pour piano de Beethoven que joue son ami de toujours Daniel Barenboim. 

Bernstein again

On ne pourra pas dire que ses éditeurs historiques ont manqué son centenaire ! Sony d’une part, Deutsche Grammophon d’autre part, n’ont pas attendu 2018 pour fêter Leonard Bernstein (1918-1990), celui dont Artur Rubinstein disait qu’il était « le plus grand pianiste parmi les chefs d’orchestre, le plus grand chef parmi les compositeurs, le plus grand compositeur parmi les pianistes ».

Deutsche Grammophon vient de publier le second volume de la monumentale Leonard Bernstein Collection. Détails ici (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2016/03/18/leonard-bernstein-collection-vol-2-8583363.html)

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Magnifique travail, outre le contenu musical, un livret richement illustré et documenté.

Lenny pour l’éternité !

Le dossier Gould

Sony aura beau exploiter et surexploiter le filon, je ne suis pas près de succomber aux sirènes d’un marketing qui le présente comme « le plus grand génie du piano » : je ne nie pas que Glenn Gould soit un artiste singulier, et par bien des aspects, exceptionnel. Mais non, vraiment non à Glenn Gould dans Bach, Beethoven ou Mozart.

Ce n’est donc pas le pianiste canadien que j’évoque ici, ni la riche et controversée Florence Gould, qui tint l’un des salons les plus courus de Paris (https://fr.wikipedia.org/wiki/Florence_Gould)

Sony ressuscite un autre Gould, l’un de ces illustres inconnus, ou inconnus célèbres, dont tout le monde connaît au moins une oeuvre, mais dont la notoriété n’a jamais franchi l’Atlantique.

Même pour ceux qui n’ont pas l’âge d’avoir connu les Dossiers de l’écran, l’émission mythique de l’ORTF, ou qui n’en connaissent que la formidable parodie de la scène finale de Papy fait de la Résistance

la musique extraite des Spirituals  de Morton Gould (1913-1996) est familière. Pour les cinéphiles, rappelons que le même extrait a été repris par Jean-Pierre Melville dans son chef-d’oeuvre L’armée des ombres.

En réalité Morton Gould  est le prototype du musicien américain du XXème siècle, pour qui la distinction musique sérieuse / musique légère n’avait aucun sens, à l’instar d’un Bernstein, sans doute sans le génie de ce dernier. Arrangeur, compositeur, chef d’orchestre aux multiples talents, défenseur et promoteur de ses contemporains. C’est dans la banque de données de l’IRCAM qu’on trouve le résumé le plus complet et succinct à la fois de la carrière de Gould : http://brahms.ircam.fr/morton-gould

Patriote, c’est aussi à lui qu’on doit la musique de ce film de télévision qui fit prendre conscience au monde entier de l’horreur absolue de l’Holocauste

Morton Gould, c’est l’exaltation passionnée de l’Amérique dans toutes ses dimensions,

comme en témoigne une discographie en partie rééditée dans la collection Living Stereo par RCA. Broadway, Jerome Kern, Cole Porter, ses propres compositions dans des prises de son de référence.

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Et c’est pour rendre hommage au pionnier, à l’infatigable découvreur de partitions, que RCA réédite, vingt ans après sa mort, les enregistrements de Morton Gould et du Chicago Symphony consacrés à Charles Ives, Nielsen, Copland. Avec en prime une version superlative de ses Spirituals (1941).

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Star Wars mais encore ?

Je lis ce matin sur Facebook deux avis très contrastés : « S’il y a quelque chose dont je me fous complètement, c’est bien Star Wars »  et à l’opposé ceci : (http://www.lefigaro.fr/cinema/2015/12/16/03002-20151216ARTFIG00034–star-wars-le-reveil-de-la-force-3-raisons-d-aller-voir-le-film.php).

Malgré le conseil du Figaro je n’irai pas plus voir ce nouvel avatar de la série créée par George Lucas que je n’ai vu les précédents films (si j’ai bien dû, pour ne pas mourir idiot, voir une fois le premier ! mais je n’ai jamais accroché à la science-fiction ni en livre ni au cinéma).

Ce qui m’intéresse évidemment c’est la musique de ces films, au moins aussi célèbre. Programmer un « digest » de Star Wars dans un concert, c’est le succès garanti.

Comme Lawrence d’Arabie ou Le Docteur Jivaro ont fait la réputation (et la fortune) de Maurice Jarre, John Williams est à jamais associé à Star Wars (et E.T. et Harry Potter et Indiana Jones, etc. ). (https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Williams_(compositeur)).

Comme tous les grands compositeurs de musiques de films (Jarre, Herrmann, Francis Lai, Georges Delerue, Alexandre Desplat, Nino Rota…) John Williams est de formation classique, et sa musique l’est tout autant. Dans Star Wars, la proximité (l’emprunt ?) avec Les Planètes (1916) de Gustav Holst (1874-1934) est évidente, notamment dans ce passage :

Et, comme il arrive souvent, la plus moderne des deux n’est pas forcément la plus récente !

Deux idées de cadeaux à (vous) faire pour retrouver ces musiques de films enregistrées dans les meilleures conditions, deux coffrets (à tout petit prix mais avec un minutage généreux !)

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Passés de mode

La mode existe aussi dans la musique classique. Ou plus exactement les comportements moutonniers, suivistes, dans la programmation des concerts comme dans les disques.

Le phénomène est aisé à observer, avec l’abondance des rééditions en gros coffrets, pour tous les artistes, solistes, chefs, qui ont compté ces cinquante dernières années. Il y a des oeuvres que tout le monde enregistrait dans les années 60-70, qui semblent ne plus intéresser personne depuis dix ans, ou à l’inverse des compositeurs, des répertoires naguère délaissés, qui font l’objet de multiples intégrales.

Beethoven, Brahms, Bruckner, Mahler n’ont jamais quitté les premières places, mais cherchez une intégrale récente des musiques de scène de Rosamunde de Schubert ou du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn. Vous trouvez pour la première Abbado… en 1991, pour la seconde Harnoncourt.. en 1992 ou Herreweghe en 1994 !

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Les intégrales des symphonies de Chostakovitch se comptent par dizaines, quand au début des années 80, on pouvait les dénombrer sur les doigts d’une main ! Mais à quand remonte la dernière intégrale des symphonies d’Honegger ? Dutoit au milieu des années 80, à peu près en même temps, Plasson à Toulouse et une décennie auparavant une splendide version de Serge Baudo avec la Philharmonie tchèque. Le formidable Stéphane Denève va-t-il relever le gant, en donnant une suite à ce tout récent disque des 2ème et 3ème symphonies ? ou, comme jadis Karajan, s’arrêtera-t-il en chemin ?

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Même phénomène pour Olivier Messiaen (1908-1992). On a célébré son centenaire en 2008 avec moult rééditions, coffrets d’hommage, mais, sauf erreur, le dernier enregistrement de studio de son oeuvre phare, la Turangalîlâ-Symphonie, remonte à 1996 (Yan Pascal Tortelier chez Chandos). Il en est paraît-il ainsi de tous les compositeurs qui connaissent une période de purgatoire après leur mort. Voire.

Tout chef qui se respectait enregistrait au moins un disque d’ouvertures ou de pièces spectaculaires, ils y sont tous passés, de Toscanini à Karajan, de Furtwängler à Solti, Mehta, Maazel, Muti, Böhm, etc. La jeune génération ? Privée de sucreries !

Les plus grands ne dédaignaient pas les ballets romantiques, les Tchaikovski, Delibes, Adam. Il faut plonger dans les rééditions (Karajan/Decca, Martinon, Ansermet, Dorati) pour trouver les Coppélia, Sylvia, Giselle, autrefois si prisés, même privés de la scène. Les dernières intégrales des trois ballets de Tchaikovski remontaient aux années 70/80 avant que, à la surprise générale de la critique (!), Simon Rattle ne grave une vision très (trop) symphonique de Casse Noisette, et que Valery Gergiev – inégal, mais nettement plus chorégraphique que le pesant Mikhail Pletnev – n’assure la succession de Svetlanov ou Rojdestvenski.

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Encore plus anachronique, les valses viennoises. S’il n’y avait pas le concert du Nouvel an viennois – et son immuable défilé de tubes et de quelques surprises – il n’y aurait plus un seul disque signé d’un grand chef dans ce répertoire. Il est vrai qu’après Karajan, Böhm et Boskovsky, Carlos Kleiber a « tué le job ».

On retrouve heureusement – et enfin ! – une belle compilation des grandes heures de ces concerts viennois dans le coffret de 23 CD édité par Sony (mais reprenant les prises DGG, Decca, EMI, Philips). Critique à lire dans le numéro de décembre de Diapason !

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Arnaques

On n’imagine pas comme ça, vu du dehors, mais le petit monde de la musique classique est plein de chausse-trapes. Comme le relève Gaëtan Naulleau dans le numéro de novembre de Diapason, la guerre fait rage entre Deutsche Grammophon-Decca / Universal et Sony : la première s’est fait piquer par le second deux de ses stars, Jonas Kaufmann et Lang Lang. Au moment où le pianiste chinois sort son dernier album (on y reviendra, pour la belle arnaque sur le titre : Lang Lang in Paris ) chez Sony, Deutsche Grammophon ressort – objet de l’ire diapasonesque – une compilation très hétéroclite du même sous le titre Lang Lang the Vienna Album !

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Un mot sur le titre du CD Sony : le lien entre Paris et les Scherzos de Chopin ou les Saisons de Tchaikovski ? Aucun ! Tromperie sur la marchandise ? Pas tout à fait puisque ce disque a bien été enregistré… à Paris (à l’Opéra Bastille précise-t-on même !). La belle affaire… ou plutôt la bonne affaire pour l’image internationale de  LL.

La guerre Sony/Universal avait commencé il y a quelques semaines, dans le même genre :

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Decca avait dégainé le premier avec un album/compilation au titre encore une fois trompeur (The Age of Puccini), sachant que Jonas Kaufmann allait sortir un CD tout Puccini chez Sony. Il a fallu que le chanteur lui-même dénonce le procédé…

Pas très reluisant évidemment, mais il n’y a pas mort d’homme…et puis on est loin, très loin des montants engagés pour des transferts de stars du ballon rond !

Plus désagréables pour les auditeurs/consommateurs de musique que nous sommes, les petites arnaques qui non seulement trompent l’acheteur mais desservent les artistes qui en sont aussi victimes. En cause, les enregistrements « libres de droits », en gros ceux qui ont plus de 50 ans (beaucoup d’exceptions évidemment). Sur les sites de téléchargement (comme Itunes) on est envahi de repiquages, de mauvaises copies de microsillons, absolument épouvantables, à petit prix évidemment, avec parfois de très bonnes surprises (Monteux, Richter, Heifetz…) mais à condition de bien écouter d’abord avant de télécharger.

On est effaré par exemple par la désinvolture – pour rester poli – avec laquelle un établissement aussi prestigieux que la Bibliothèque Nationale de France réédite numériquement quantité d’enregistrements relevant du dépôt légal. Aucun travail éditorial, ni technique, sérieux. Des erreurs en pagaille sur les oeuvres, les interprètes, les compositeurs. Incompréhensible, inadmissible.

Même saccage dans certaines rééditions de CD. Depuis longtemps fan des symphonies de Beethoven gravées par René Leibowitz à Londres en 1959/1960 dans une prise de son stéréo de référence, publiées séparément sous diverses étiquettes (comme Chesky Records) je me suis réjoui de les voir enfin proposées dans un coffret que j’ai aussitôt acheté. Quelle déconvenue en mettant sur ma platine quelques plages au hasard ! Une catastrophe, un report complètement raté. Une honte !

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La même horreur existe, en pire, sur Itunes, si on n’y prend pas garde.

Autre arnaque, heureusement pas encore trop répandue, les rééditions « avec pochettes d’origine » de grands artistes du passé. Quand les minutages des microsillons d’origine étaient brefs, ça peut donner des CD très chiches.

On atteint parfois les limites du ridicule. Déjà le coffret des enregistrements de Jean Martinon avec l’orchestre symphonique de Chicago – que tous les amateurs attendaient avec impatience – aurait pu tenir en 5 CD au lieu des 10 qu’il  contient.

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Mais le pompon est décroché par cette sortie toute récente : Earl Wild, the RCA complete collection.

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On salivait à la perspective de redécouvrir des enregistrements forcément légendaires du grand virtuose américain qui n’était pas loin de fêter son centenaire sur scène (il est mort à 95 ans, en 2010, encore en activité). 5 CD (pour 40 € le coffret), qui tenaient sans problème sur…2 galettes ! Un Gershwin multi-réédité (ici coupé en deux !), certes deux ou trois raretés (le concerto de Paderewski, le 1er concerto de Scharwenka, et quelques babioles qui font très fond de tiroir). Il y a tellement de bons enregistrements, certes éparpillés entre plusieurs labels, à rééditer pour le centenaire du pianiste…qu’on se serait bien passé de ce triste boitier. Par exemple la plus éblouissante des intégrales concertantes de Rachmaninov, ou quand pianiste et chef sont à l’unisson de l’esprit et du style du compositeur.

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Les échos de la fête

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Il me l’avait fait promettre, je devais être à Berlin ce 18 octobre. De retour dans la grande salle du Konzerthaus am Gendarmenmarkt pour l’une de ces cérémonies dont les professionnels de la congratulation sont si friands. Menahem Pressler a bien fait d’insister. Et moi de répondre à son invitation.

Dans et après cette soirée Echo-Klassik transmise par ZDF2 (l’équivalent allemand de France 2), les moments d’exception ont été si nombreux que je ne veux pas critiquer la longueur des présentations, l’enthousiasme tellement répétitif qu’il en était artificiel du maitre de cérémonie Roland Villazon ou la prestation caricaturale du plus célèbre pianiste de l’heure.

Récit :

Tapis rouge sur les marches du Konzerthaus, depuis la veille les équipes de télévision s’affairaient, la pluie qui menaçait a eu le bon goût de laisser la place à un timide soleil d’automne.

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Installé aux premières loges en surplomb du parterre et de la scène, je ne vais rien manquer du spectacle, qui commence fort. L’orchestre du Konzerthaus joue la polonaise d’Eugène Onéguine de Tchaikovski, enlevée, élégante à souhait sous la baguette de Pablo Heras-Casado. 

Puis la première star de la soirée, qu’on a déjà croisée à l’entrée des artistes, arrive pour recevoir le premier trophée Echo-Klassik et surtout pour chanter le célèbre « Recondita armonia » de Tosca de Puccini. 

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Et le miracle se produit, on est submergé par l’ardeur, la beauté, le raffinement de ce timbre, de cette voix, puis par la simplicité, la gentillesse du ténor allemand. On en aura une preuve supplémentaire quelques heures plus tard, lorsque, voisins de table au restaurant Borchardt, Jonas Kaufmann viendra saluer et discuter de belles et longues minutes avec Menahem Pressler.

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Rien à dire, ou plutôt pas envie de dire du mal, de celui qui succède à Jonas Kaufmann sur la scène du Konzerthaus, il est récompensé, paraît-il, pour son engagement à enseigner le piano à des millions de petits Chinois, Lang Lang tel qu’en lui-même…

Arrivant tout juste de New York, où elle triomphe en Desdémone dans Otello au Met, Sonya Yoncheva n’a pas la voix jetlagée pour clamer « O Paris, gai séjour« de Lecocq, l’une des perles de son dernier disque.

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Je retrouve plus tard Sonya, son mari Domingo Hindoyan (lui aussi juste rentré de Liège où il a passé la semaine avec l’orchestre) et leur petit garçon d’un an. Ils vont aussi dîner au Borchardt, on évoque le beau projet de l’été prochain. Ils s’en réjouissent d’avance, et moi donc !

La soirée avançant, je découvre que la télé allemande a ses stars, ingrédient nécessaire pour décontracter une cérémonie trop classique ? Villazon aurait bien suffi dans ce registre…

Vont se succéder, au gré des très (trop?) nombreuses récompenses, Maurice Steger, un Blockflötist (un flûtiste…à bec !) suisse – je me rappelle un premier CD très confidentiel chez Claves il y a plus de vingt ans, il remplit les salles aujourd’hui -, Cameron Carpenter, l’organiste fou (ah le look d’enfer !), un violoniste qui, sur le marché allemand, a ravi les têtes de gondole à André Rieu ou Nigel Kennedy, David Garrett, qui prouve ce soir qu’il n’a rien oublié de sa formation classique. On l’avait connu jadis en duo avec Jonathan Gilad jouant lors d’une veillée de Noël pour les enfants malades de l’institut Gustave Roussy de Villejuif, puis comme soliste du concert que l’Orchestre philharmonique de Liège avait donné au théâtre des Champs-Elysées en 2004 sous la direction de Louis Langée. Quelque chose dans son attitude sur et hors scène nous dit qu’il n’a pas pris la grosse tête…

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Un duo moins prévisible et très réussi : le beau gosse Andreas Ottensamer (qui truste avec son père Ernst, son frère Daniel, les postes de clarinette solo de Vienne et Berlin, rien de moins !) et le nouveau Paganini tout en cheveux, Nemanja Radulovic, dans la célèbre Czardas de Monti. 

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Un projet de disque en commun ?

Défilé d’autres récompenses, avec un côté entre soi plutôt dérangeant : Villazon chanteur et metteur en scène d’un Elixir d’amour dirigé par le chef de la soirée Pablo Heras Casado, on ne savait plus qui remerciait qui..mais aussi un bel hommage à l’altiste disparu du quatuor Artemis.

Arrive alors le violoniste Daniel Hope… sans son violon. La présentatrice rappelle qu’il a été, avec le violoncelliste Antonio Meneses, membre du Beaux Arts Trio dernière manière. Même si on salue comme il se doit la très belle réédition du fabuleux legs discographique de ce trio mythique

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ce n’est pas la raison de la présence de Daniel Hope. Il est venu dire les mots du souvenir et du coeur à l’adresse de l’homme à qui l’Allemagne a rendu, en 2013, sa nationalité, et à qui la salle comble du Konzerthaus va faire ce soir une prodigieuse standing ovation : Menahem Pressler.

Les mots du pianiste sont à l’unisson de ceux de Daniel : simples, justes, touchants. Et personne ne retiendra ses larmes, ni dans la salle, ni sur, ni hors scène, quand retentira, une fois encore, mais encore une fois différent des autres fois, ce Nocturne de Chopin

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A la sortie des artistes, tout un groupe attend, des jeunes surtout, pour tenter d’obtenir une signature du vieil homme. La fatigue est visible, mais dès que nous serons installés au restaurant Borchardt tout proche, l’appétit lui reviendra et il faudra insister pour qu’il rentre se coucher, avant de partir tôt ce matin pour Dresde où il doit répéter Mozart avec Christian Thielemann..

Jonas Kaufmann, le président de Sony, Cameron Carpenter, Sonya Yoncheva et Domingo Hindoyan, font tables voisines. Ce n’est pas le plus calme ni le meilleur établissement du quartier, mais Borchardt c’est une institution, the place to be après le concert.

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(Daniel Hope et Menahem Pressler, les deux tiers du Beaux Arts Trio !)

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Happy birthday

Vous pensiez, comme tout le monde, que ce Happy Birthday que vous entonnez – faux bien sûr ! – lorsqu’arrive le gâteau d’anniversaire parsemé ou couvert de bougies, était une sorte de vieille chanson traditionnelle. En réalité, vous enrichissiez sans le savoir l’obscur auteur d’une comptine enfantine revue et corrigée au fil des circonstances (http://www.lefigaro.fr/culture/2015/09/24/03004-20150924ARTFIG00045-la-chanson-happy-birthday-desormais-libre-de-droits.php). C’est fini, Happy Birthday est libre….de droits !

Sans anniversaire, centenaire, sesquicentenaire, bi/tricentenaire, l’industrie du disque classique serait déjà morte sans doute. Heureusement que compositeurs et interprètes ont la bonne idée de rythmer chaque année d’un anniversaire « rond » : Verdi et Wagner – l’aubaine ! – nés tous deux en 1813, Richard Strauss en 2014 (150 ans de sa naissance, 65 ans de sa mort), deux nordiques cette année, le Danois Carl Nielsen (1865-1931) et le Finlandais Jean Sibelius (1865-1957). Inégalement traités.

Nielsen n’a, à ma connaissance, bénéficié d’aucune édition intégrale, et finalement de peu de nouveautés, alors que le Danois a tracé une voie originale, qui n’est en rien copie ou imitation. On en a eu la démonstration samedi dernier à Berlin (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/20/verifications/) avec sa 4ème symphonie.

J’ai découvert et appris à aimer ce compositeur grâce à un disque (des 3ème et 5ème symphonies) gravé par Leonard Bernstein à Copenhague avec l’orchestre de la radio danoise. C’est resté ma référence, même si, depuis, j’ai entendu bien d’autres versions et visions passionnantes du corpus des 6 symphonies et des poèmes symphoniques de Nielsen.

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Sibelius est autrement mieux traité. Il y a d’abord la monumentale intégrale construite sur une bonne dizaine d’années par le label suédois Bis.

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Deutsche Grammophon propose un coffret, assez inégal quant aux interprètes, mais bien composé pour brosser un large panorama de l’oeuvre du compositeur finnois.

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Pour les symphonies, Kamu et Karajan sont depuis longtemps des références (prodigieuse 5ème par exemple). Pour certains poèmes symphoniques, on est heureux de la réédition des versions, épisodiquement disponibles, d’un chef finnois Jussi Jalas, qui avait curieusement enregistré en Hongrie (connivence linguistique ? le hongrois et le finlandais sont deux langues extra-européennes très proches, on parle de souche finno-ougrienne). DGG est allé piquer à Naxos la version idiomatique de Kullervo, cette superbe fresque symphonique et chorale, celle de Jorma Panula (le maître de quasi tous les chefs d’orchestre finlandais en activité !). Plus contestable, le choix d’Anne-Sophie Mutter dans le concerto pour violon (pourquoi pas Ferras/Karajan ?). Mais un très beau bouquet de mélodies autour de Kim Borg (voir détails ci-dessous)

Enfin, dans les anniversaires, il est heureux que son premier éditeur, Philips/Decca, n’ait pas oublié les 75 ans du magnifique pianiste qu’est Stephen Kovacevich (lire : http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2015/09/13/le-pianiste-oublie-8498722.html

*Coffret Sibelius Edition

CD 1
Symphony no. 1
Wiener Philharmoniker / Bernstein

CD 2
Symphony no. 2
Wiener Philharmoniker / Bernstein

CD 3
Symphony no. 3; Lemminkänen Suite
Helsinki Radio Symphony Orchestra / Kamu
CD 4
Symphonies nos. 4 & 6
Berliner Philharmoniker / Karajan

CD 5
Symphonies nos. 5 & 7
Berliner Philharmoniker / Karajan

CD 6
Kullervo Symphony
Turku PO / Jorma Panula

CD 7
En saga
Karelia Suite
Helsinki Radio Symphony Orchestra / Kamu

Rakastava for Strings
ASMF / Marriner
Spring Song
Finlandia
Pohjola’s Daughter
Gothenburg SO / Järvi

CD 8
Night Ride and Sunrise
Gothenburg SO / Järvi

In Memoriam
Hungarian State SO / Jalas

The Bard
Helsinki Radio Symphony / Kamu

Luonnotar*
The Oceanides
Andante festivo
Tapiola
Gothenburg SO / Järvi
* Soile Osokoski, soprano

CD 9
Violin Concerto in D minor op. 47
2 Serenades op. 69
Humoresque op. 87 no. 1
Anne-Sophie Mutter / Staatskapelle Dresden / Previn

CD 10
Songs Kim Borg, bass / Erik Werba, piano
Tom Krause, baritone/Pentti Koskimies, piano

CD 11
String Quartet in D minor op. 56 “Voces intimae” 
Emerson String Quartet
Malinconia op. 20 for cello and piano
Heinrich Schiff / Elisabeth Leonskaja
The Spruce, Winter Landscape for solo piano
Bengt Forsberg
Romance in D flat for solo piano op 24 /9
Shura Cherkassky

CD 12
King Christian II op. 27 – Suite for orchestra
GSO / Järvi
Pelleas & Melisande
SRO/ Horst Stein

CD 13
Scénes historiques – Suite no. 1 op. 25
Scénes historiques – Suite no.2 op. 66
Scaramouche op. 71
Swanwhite – Suite op. 54
Hungarian State SO /Jussi Jalas

CD 14
Four Kuolema extracts:
1 Valse triste
2 Scene with Cranes
3 Canzonetta
4 Valse romantique
GSO / Järvi

The Tempest Suite no. 1 op. 109 no. 2
The Tempest – Suite no. 2 op. 109 no. 3
Hungarian State SO / Jussi Jalas