Quand la musique est douce

Je n’ai pas évoqué les concerts Saint-Saëns des 19 et 20 juillet derniers au Festival Radio France (La fête continue) avec notamment Les Siècles et François-Xavier Roth. Ce n’est pas un oubli, ce sera l’objet d’une série sur le compositeur français mort il y a cent ans.

Un festival, le festival, c’est une succession de rencontres, d’émotions, de vertiges, qui pourraient virer à la confusion, à une sorte de trop-plein. Il faudra laisser décanter. Mais quel bonheur pour tous, public, interprètes, programmateurs ! Seule immense frustration pour moi : ne pouvoir assister qu’à une petite partie du festival, ne quasiment pas sortir de Montpellier – où certes la majorité des concerts sont concentrés -.

De la Terre aux étoiles

Le violoncelliste Christian-Pierre La Marca avait conçu un projet « Wonderful world » mêlant musique – avec son comparse Nathanaël Gouin – et poésie – avec Julie Depardieu, sur des images souvent spectaculaires de Yann Arthus-Bertrand, destinées à faire comprendre les enjeux du dérèglement climatique. Salle Pasteur comble.

Sur le parvis du château d’O, la Maîtrise de Radio France sous la conduite de sa cheffe Sofi Jeannin.

Les Percussions de l’Orchestre National de France concluaient un week-end intitulé « De la Terre aux étoiles » avec le chef-d’oeuvre de Xenakis, Pléaides.

Le piano toujours

Ce qui est saisissant au festival, c’est que les interprètes semblent ne se donner aucune limite – programme dantesque pour Yoav Levanon – et un peu la même chose pour Selim Mazari et Tanguy de Williencourt le 26 – la sonate 448 de Mozart pour 2 pianos, la transcription d’André Caplet pour deux pianos de La Mer de Debussy, et une friandise pour finir (!), la suite n°2 pour deux pianos de Rachmaninov !

Une création

D’une difficulté – l’impossibilité de maintenir Bacchus de Massenet initialement prévu le 26 juillet, à cause des restrictions sanitaires – on a fait une chance, la création européenne, en français, de l’opéra de Philip Venables et Ted Huffmann. Première ce lundi soir, deux autres représentations ce soir et demain. À voir vraiment.

Le bonheur de Jakub

Je l’avais applaudi il y a deux ans à Auvers-sur-Oise et j’avais écrit ceci : « On souhaite à Jakub Jozef Orlinski de ne pas succomber aux griseries de la célébrité, aux tentations du marketing, et d’approfondir son art. Il en a le talent.« 

Hier soir il avait élaboré spécialement pour le festival un programme d’airs baroques, en grande partie composé de « world premieres » comme il l’a annoncé fièrement au public.

Le dîner qui a suivi m’a, en tous points, confirmé que Jakub Jozef Orlinski est d’abord un jeune homme qui porte son bonheur de vivre en bandoulière, d’une inlassable curiosité pour des partitions inconnues, la tête parfaitement froide par rapport à la célébrité. Et cette voix si ronde et belle sur toute l’étendue de la tessiture.

A la fin du dîner d’après-concert, les héros du lundi soir, les auteurs de Denis et Katya, Ted Huffmann et Philip Venables sont venus nous rejoindre.

Beethoven 250 (X) : Schmidt-Isserstedt, Mazari

A défaut de concerts publics, on va continuer de célébrer Beethoven, les 250 ans de sa naissance, grâce au disque, grâce à la radio.

Une nouveauté, dans un paysage discographique lui aussi touché par la crise sanitaire, attire l’attention :

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Dans le dernier Classica, Alain Lompech ne tarit pas d’éloges sur le jeune pianiste français Sélim Mazari et sur un premier disque, intelligemment placé dans l’actualité de l’année Beethoven, mais qui expose un répertoire qui n’est pas le plus couru du maître de Bonn.

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Confinement oblige, on a pas mal revisité une discothèque où on fait régulièrement le tri entre l’accessoire, le fugace et l’essentiel.

Pilier de ma discothèque beethovénienne, ce coffret devenu « collector » de deux intégrales idiomatiques : les symphonies captées dans le plus authentique son viennois des années 60 sous la baguette souveraine du grand Hans Schmidt-Isserstedtles concertos sous les doigts certes assagis mais stylistiquement impérissables de Wilhelm Backhaus, et l’archet d’Henryk Szeryng.

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Une tribune de Classica il y a deux ans avait établi la version Schmidt-Isserstedt comme une référence pour la 9ème symphonie de Beethoven.