Giscard et la princesse

A force d’avoir été longtemps présenté comme le plus jeune ministre, le plus jeune président, on a fini par oublier que Valéry Giscard d’Estaing avait atteint un âge canonique : 90 ans le 2 février dernier. Avec 48 heures de retard, Happy Birthday Mr. President !

C’est si loin la présidence de Giscard, si flou aussi, injuste souvent.

Les circonstances de la vie m’ont fait approcher Giscard à quelques reprises, sans que je l’aie souhaité. Trois souvenirs me reviennent, dont un, étrange et récent.

1982, je suis jeune attaché parlementaire d’un nouveau député de Haute-Savoie, à Thonon-les-Bains. Pour je ne sais plus quelle raison, le président battu l’année précédente s’est annoncé dans la sous-préfecture des bords du Léman. D’abord un petit déjeuner avec quelques élus locaux, Giscard était l’invité la veille d’une émission de télévision suisse, les participants sont pétrifiés quand la haute stature de l’ancien président pénètre dans la salle à manger du bistrot où une table a été dressée. J’essaie de dérider l’atmosphère en félicitant VGE pour sa prestation de la veille…Le petit déjeuner sera à peine plus animé, personne n’osant engager la conversation avec quelqu’un qui ne suscite pas vraiment la familiarité ! Nous rejoignons ensuite à pied l’Hôtel de Ville tout proche où le Maire – élu en 1980 -a prévu de recevoir Giscard en compagnie de son prédécesseur Georges Pianta, qui avait été élu à l’Assemblée Nationale en 1956 la même année que l’ex-président. S’ensuit un dialogue extraordinaire. Georges Pianta pour montrer sa grande proximité avec son ancien collègue s’adresse à Giscard en le tutoyant d’abondance – je perçois une certaine crispation dans le visage impassible de l’interpellé – Giscard lui répond en commençant par : « Georges, je crois que nous nous tutoyons… » L’impertinent était renvoyé dans ses cordes… (Cela rappelle une anecdote tout aussi célèbre concernant Mitterrand : un obscur secrétaire fédéral de province accueillant le patron du PS à sa descente de train lui demande « Camarade je peux te tutoyer n’est-ce pas ? » Réponse : « Vous faites comme vous voulez » !)

1985, je suis en Auvergne l’été pendant une semaine politique. Impossible de ne pas inviter le député du coin, Giscard lui-même, qui, en toute chimplichité (!) arrive au volant de sa voiture pour déjeuner avec les jeunes présents et une brochette d’élus ruraux. Je surprends à la fin du repas un dialogue entre le maire d’une petite commune et l’ancien président, l’élu évoque un petit problème à régler, le député de lui répondre : « Vous me faites une petite note sur le sujet ? »… On ne se refait pas !

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2012, 31 octobre au Théâtre des Champs-Elysées à Paris. Liège a décidé un déploiement en force – un concert exceptionnel avec les forces de l’Orchestre philharmonique de Liège, et celles de l’Opéra royal de Wallonie, choeur et orchestre, sous les baguettes de leurs directeurs musicaux Christian Arming et Paolo Arrivabeni. Pour promouvoir la candidature de la Cité ardente à l’organisation d’une Exposition internationale en 2017 – quelques semaines plus tard c’est la capitale du si démocratique Kazakhstan, Astana, qui sera choisie – !

Plusieurs personnalités sont attendues, dont l’ancien président de la République et son épouse. Le hasard fait que je me trouve sur le trottoir devant le théâtre de l’avenue Montaigne, lorsqu’arrive la voiture de Giscard, et en dehors d’un chargé de protocole de la Mairie de Paris, personne n’est présent pour accueillir et prendre en charge quelqu’un qui a droit à certains égards protocolaires. Je comprends d’un regard que je vais devoir me transformer pour quelques longues minutes en « accompagnateur » du couple Valéry-Anne Aymone. Je les conduis au premier étage du théâtre dans un petit salon réservé aux hôtes de marque, en sa qualité de plus haute personnalité française présente c’est à VGE que reviendra d’accueillir le Prince Philippe de Belgique (il ne deviendra Roi que l’année suivante à l’abdication de son père Albert) et sa femme la Princesse Mathilde. Pour passer le temps, j’explique à Giscard Liège, le programme du soir, César Franck, etc. Il fait mine de s’intéresser à ce que je lui raconte. Arrive bientôt le couple princier, Giscard retrouve tous les réflexes du grand séducteur qu’il a été, et fait un numéro de charme incroyable à Mathilde, il lui explique le programme du concert, le grand intérêt qu’il éprouve pour César Franck (!) et la jeune princesse de lui répondre qu’elle et son mari ont beaucoup aimé le spectacle de réouverture de l’opéra de Liège, quelques semaines plus tôt : un opéra de jeunesse du père Franck, Stradella. Preuve que les grands de ce monde peuvent parfois échapper aux banalités d’usage. La future reine de Belgique et le vieux président dissertant sur Franck, c’est un souvenir que je ne suis pas près d’oublier…

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(Article publié le 4 février 2016)

Insondable mélancolie

Comme je l’écrivais hier (Des ténèbres aux lumières du Nordla seconde partie du concert de l’Orchestre philharmonique royal de Liège vendredi soir était composée des Danses symphoniques, l’ultime opus de Rachmaninov.

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Un tromboniste suédois

Cette oeuvre a un lien particulier avec la Salle philharmonique de Liège. Elle figurait au programme du concert du 18 janvier 2002, l’orchestre était dirigé par Oswald Sallaberger, le soliste était le tromboniste ChristianLindberg (!!) – aucun lien de parenté avec le compositeur Magnus Lindberg -. Programme original, comme on a toujours aimé les faire à Liège : de Stravinsky les deux Suites pour petit orchestre, de Leopold Mozart le concerto pour trombone, de Berio un Solo pour trombone… et les Danses symphoniques de Rachmaninov ! Pour être franc, en dehors de la prestation du tromboniste suédois, je n’aurais pas retenu grand chose de ce concert, s’il n’avait été le cadre d’un événement exceptionnel.

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Visite royale

J’avais, contre tous les usages, écrit directement au Palais royal pour inviter le roi et la reine des Belges au concert inaugural du mandat de Louis Langrée en septembre 2001, rappelant aux souverains que la Salle Philharmonique, anciennement salle de concert du Conservatoire de Liège, avait rouvert en septembre 2000 après une complète rénovation. J’avais reçu une aimable réponse négative.

En décembre 2001, ma secrétaire de l’époque m’annonce, à mon retour d’une journée à Bruxelles, que « le secrétaire de la Reine » a tenté de me joindre. Un coup de téléphone du pape n’aurait pas fait plus d’effet… Je rappelle le secrétaire en question, un jeune, brillant et très aimable diplomate, qui m’indique, en effet, que la reine Paola a jeté son dévolu sur le concert du 18 janvier 2002, mais qu’il s’agira d’une présence privée, qui ne nécessite aucune mesure particulière. Au tout début janvier, le même me rappelle pour me dire que, finalement, le roi Albert II participera également à ce concert.

Changement complet de perspective : une présence même non officielle du chef de l’Etat à un concert public ne peut s’imaginer sans un certain protocole et la mise en oeuvre de mesures de sécurité. Les services du Gouverneur de la province (l’équivalent d’un préfet en France) et de la Ville de Liège sont mis au courant et entendent prendre la main sur l’organisation du concert. Je me fie, quant à moi, aux recommandations de mon interlocuteur au Palais. Le soir venu, le public est prié de s’installer dans la salle sans attendre l’arrivée royale. Le Gouverneur de la province et le bourgmestre (maire) de Liège sont plantés à l’entrée de la salle, je me joins à eux en voyant bien qu’ils me regardent de travers, mais je suis les ordres que le Palais m’a donnés. Je suis l’hôte des lieux, c’est à moi d’accueillir le roi et la reine. À partir de là, je vais piloter seul la soirée. On prend une belle photo au bas du grand escalier, les caméras filment.

Il est prévu qu’arrivés en haut de l’escalier, le bourgmestre et le gouverneur gagnent leurs places dans les loges qui leur sont attribuées. Contrairement à tous les usages, la femme du gouverneur attend les souverains pour les saluer, une causette s’engage, alors que tout est minuté pour que l’hymne national retentisse dès que le roi et la reine accèdent à la loge d’honneur, devenue royale ce soir-là. Je dois insister sans ménagement pour que le maire, le gouverneur et sa femme gagnent leurs places. Je vois le roi leur emboîter le pas, je le retiens par la manche : « Sire, vous devez attendre encore un peu« . Remarque de Paola : « Tu vois, ce monsieur (moi donc!) est français, mais il connaît mieux le protocole que toi » ! La soirée commence avec humour. Nous entrons dans la loge, et l’Orchestre philharmonique de Liège entonne La Brabançonne.

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A l’entracte, nous avons prévu que dans un coin du foyer, le couple royal rencontre une dizaine de personnes – sélectionnées par moi – qui ont un rôle, une activité, dans la vie culturelle et sociale de Liège, surtout pas d’officiels ! -. Peu oseront finalement venir se présenter. Ils auront eu tort. La conversation avec le roi est très détendue, débonnaire, il raconte ses souvenirs d’enfance et de jeunesse, des concerts avec Arthur Grumiaux. Des images filmées nous montrent hilares.

A l’issue du concert, nous avons organisé cette fois une rencontre entre les artistes, quelques représentants des musiciens de l’orchestre, et les souverains. Albert et Paola sont très intéressés par Christian Lindberg, en tenue de motard (!). Le temps passe et le couple royal ne semble pas pressé de repartir. Nous quittons pourtant le foyer, pensant que le public est parti. Surprise quand nous descendons le grand escalier, il y a encore beaucoup de monde dans le hall d’accueil, les applaudissement sont nourris. Des femmes se pressent pour toucher le roi et la reine qui ne rechignent pas à ce bain de foule inattendu. La sécurité est présente mais invisible. La limousine s’approche, Albert et Paola prennent congé avec une courtoisie non feinte, non sans avoir signé le livre d’or de l’orchestre. C’était la première visite, et jusqu’à aujourd’hui la seule, d’un couple royal à un concert de l’OPL depuis sa fondation en 1960 !

Danses symphoniques

Les Danses symphoniques de Rachmaninov – au programme de ce 18 janvier 2002 comme du concert dirigé par Christian Arming vendredi dernier (Lumières du Nord) – sont l’ultime chef-d’oeuvre (1940) d’un compositeur qui a quitté sa mère patrie en 1917 pour ne jamais y retourner jusqu’à sa mort en 1943 aux Etats-Unis.

Tout dans ce triptyque orchestral exprime la puissante nostalgie du pays natal.

Le premier mouvement Non allegro est introduit par un motif court de trois notes qui va devenir le thème principal de ce mouvement. Le deuxième motif sec et rythmé inspire l’inquiétude, renforcée par les coups de timbales et par le brusque frottement des deux tonalités : la bémol majeur et la mineur.

Commence une marche grotesque et dramatique qui débouche sur une partie centrale (en do dièse mineur) d’un caractère calme et nostalgique. Le hautbois et la clarinette avec ses motifs ornementés donnent du relief au chant russe mélancolique exposé par un saxophone alto puis par les violons. Puis retour des deux motifs d’introduction dont le conflit mène au point culminant du mouvement et à la reprise.

Le mouvement s’achève par une coda sereine et calme, où Rachmaninov cite à nouveau un chant russe utilisé dans sa Première symphonie, un carillon imité ici par le piano, la harpe et le glockenspiel.

Le deuxième mouvement Andante. Tempo di Valse est le coeur émotionnel de l’oeuvre, une valse lente d’une insondable mélancolie, qui s’ouvre par de terribles grincements de trompettes bouchées, chantée par le cor anglais, reprise par un orchestre qui n’en finit pas de tournoyer.

J’ai toujours pensé que Stephen Sondheim s’était largement inspiré de Rachmaninov pour sa valse nocturne de la comédie musicale A Little Night Music

Le troisième mouvement des Danses symphoniques repose sur des motifs de la grande liturgie orthodoxe et cite à plusieurs reprises le thème médiéval du Dies Irae  – que Rachmaninov exploite systématiquement dans ses dernières oeuvres, la Rhapsodie sur un thème de Paganini, la Troisième symphonie.

Au disque, peu de chefs ont réussi à traduire la puissance évocatrice comme la douloureuse nostalgie de l’immensité russe de cette sorte d’autobiographie testamentaire  de Rachmaninov.

Personne n’a égalé le souffle tragique, la densité visionnaire de Kirill Kondrachine

 

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La version de l’orchestre de Philadelphie à qui Rachmaninov a dédié son oeuvre mérite à tout le moins d’être écoutée attentivement sous la baguette d’Eugene Ormandy

Quant au grand Mariss Jansonsdisparu en novembre dernier, il a laissé trois versions de ces Danses (cf. vidéos ci-dessus, avec le Concertgebouw d’Amsterdam, avec l’orchestre symphonique de la Radio bavaroise). Je garde une affection particulière pour la première qu’il a gravée pour EMI avec un orchestre qui chante dans son arbre généalogique, le philharmonique de Saint-Pétersbourg.

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De l’utilité des concours (suite) ou la disparition de Daniel K.

Il y a cinq ans, à propos du Concours Reine Elisabeth de Belgiquej’avais écrit un billet, que je retrouve incomplet (l’aurais-je moi-même censuré ?) : De l’utilité des concours.

Cette année, c’est le violon, et je vois se déchaîner, sur les réseaux sociaux, commentaires et polémiques sur la sélection des 12 finalistes opérée samedi soir par le jury . Ne figurent pas dans la liste des artistes pourtant repérés, appréciés, voire portés aux nues, lors des demi-finales, comme Daniel Kogandont Martine Dumont-Mergeay louait les sortilèges dans La Libre Belgique : Concours Reine Elisabeth ; les sortilèges de Daniel Kogan

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Camille de Rijck, qui officiait à la télévision pour présenter ces demi-finales, écrit lundi matin sur Facebook : Humeur du matin : je veux bien que des experts, certainement mille fois plus qualifiés que moi, m’expliquent que si un candidat fabuleux est éliminé c’est parce qu’un millier de détails imperceptibles à l’oreille inentraînée ont scellé son destin. Mais d’une part, les fautes de texte et les menues distractions font le sel de tous les enregistrements de légende de l’ère pré-chirurgicale (quand on n’enregistrait pas mesure par mesure) et d’autre part, quand l’identité d’un artiste est à ce point fédératrice (même le chef d’orchestre était béat), on est en droit de questionner la décision du jury qui passe à côté. C’est d’ailleurs le plaisir d’un concours : un jury interroge des propositions artistiques et nous interrogeons la proposition du jury.

Je m’attarderai plus loin sur ce violoniste, descendant d’une prestigieuse lignée, les grands parents, les violonistes Leonid Kogan et Elisabeth Guilels (la soeur d’Emile), la mère Nina Kogan, elle-même pianiste, l’oncle Pavel Koganvioloniste et chef d’orchestre.

Mais d’abord quelques réflexions sur ce concours Reine Elisabeth de Belgique !

Sujet tabou en Belgique, dans un pays divisé politiquement, linguistiquement, économiquement, le CMIREB, comme on le désigne par son acronyme, fait consensus. Il porte le nom – Elisabeth – de la grand-mère des rois Baudoin et Albert, de l’arrière-grand-mère de l’actuel roi Philippe. Une reine musicienne, originale, qu’on disait très proche (?) du grand violoniste Eugène YsayeJe reviendrai sur ce personnage que décrit Nathan Milstein dans ses Mémoires

Le Concours et ses satellites (la Chapelle musicale Reine Elisabeth) ont toujours été dans l’orbite de la famille royale, du Palais comme on dit à Bruxelles, sous la houlette de Jean-Pierre de Launoit, leur infatigable et inamovible président de 1987 à sa mort en 2014.

Florissante entreprise culturelle privée, le Concours a toujours draîné un sponsoring très important, et bénéficié d’une exposition médiatique sans équivalent, notamment sur les chaines publiques de radio et de télévision francophone et flamande de Belgique. Jamais aucun orchestre, aucun opéra, aucun organisateur de concerts, à Bruxelles, à Liège, à Anvers ou à Gand, n’a eu ce privilège. Je suis bien placé pour l’évoquer !

Au fil des années et des restructurations, la seule formation symphonique de la communauté francophone de Belgique, l’Orchestre philharmonique royal de Liège, financée par les deniers publics, a vu se réduire comme peau de chagrin les captations audio de ses concerts par la RTBF, sans même évoquer les captations télévisées qui ont purement et simplement disparu. Motif invoqué : restriction des moyens et des équipes. Refrain bien connu…et qui vaut pour l’ensemble des institutions culturelles publiques belges !

Mais ô miracle, jamais aucune restriction de ce type n’a jamais été opérée à l’endroit du Concours Reine Elisabeth ! Deux poids, deux mesures ? Sujet tabou, vous dis-je…

Autre singularité que je n’ai jamais comprise ni admise, le fonctionnement très particulier des jurys du concours. Comme le relève la fiche Wikipedia du concours :

« Ce concours se distingue d’autres par son originalité. Tout d’abord, il n’y a pas de délibération du jury dans le sens habituel du terme. Chaque membre du jury s’engage en effet à ne pas discuter des prestations des candidats avec d’autres membres du jury. Les notes sont traitées de manière confidentielle et le palmarès est, après ajustement éventuel, calculé sur la base de ces notes ».

Pendant mes années liégeoises, j’ai évidemment côtoyé, rencontré, nombre de membres prestigieux de jurys du concours, eux-mêmes souvent anciens lauréats. Tous, sans exception, relevaient cette étrangeté, cette compartimentation, et leur frustration de n’avoir aucune prise sur le résultat final. Leur surprise souvent de découvrir un palmarès qui ne correspondait pas à leur propre classement ! Ayant été moi-même à plusieurs reprises juré de concours (Besançon, Genève entre autres), je n’ai jamais connu pareille situation où un jury d’experts est interdit de délibération !

Pour en revenir au cas du jeune Daniel Kogan, je n’ai pas eu l’occasion de l’entendre, pas plus que les autres concurrents, les éliminés comme les finalistes.

Intéressante cette déclaration du violoniste à France Musique, il y a quelques mois, lorsqu’il se présentait au Concours Long-Thibaud à Paris (il a eu le 6ème prix !) : « Je vais être honnête, je ne suis pas sûr qu’il y ait une seule personne au monde qui aime vraiment jouer pour un concours. Participer à ce genre de compétition tient presque du masochisme. C’est une épreuve pour soi-même. C’est intense, très stressant, psychologiquement difficile et complètement différent de jouer en concert. Ce que je préfère donc ? J’espère juste rester moi-même, ne pas trop penser aux conséquences, ce qui peut aller bien ou mal… Juste essayer de m’exprimer à chaque instant. »

Je suis sûr qu’il aura bien d’autres occasions de révéler son talent, autrement que comme bête de concours.

En attendant, on peut, on doit réécouter son illustre grand-père, Leonid Kogan (Lauréat du… concours Reine Elisabeth en 1951 !)

 

PS Cela fait exactement cinq ans aujourd’hui que j’annonçais mon départ de l’OPRL : Jean-Pierre Rousseau quitte l’OPRL

 

 

 

 

Sanctuaires

IMG_1607Dans cette « province centrale » – c’est son appellation administrative.. et géographique ! – du Sri-Lanka où je me trouve depuis trois jours, je ressens ce quelque chose de pur et d’essentiel que je n’avais pas rencontré ailleurs en Asie, sauf peut-être du côté du lac Inle en Birmanie.

La douceur des paysages, la sérénité dans la luxuriance, la retenue et la gentillesse dans l’attitude des Sri-Lankais, et surtout l’absence d’artifices dans les lieux sacrés, pas de marchands du temple, d’échoppes de souvenirs à bon marché. La simplicité des sanctuaires voués à Boudha. N’était quelques groupes de Japonais pressés et empressés, les touristes, beaucoup de germanophones, n’ont pas détruit l’esprit des lieux.

 

Les témoignages de plusieurs touristes, les mises en garde de mon voyagiste, m’ont dissuadé, à tort peut-être, de tenter l’ascension du piton du Lion à Sigiriya, ce monolithe impressionnant qui domine la forêt alentour du haut de ses 200 mètres. Le vertige est incapacitant, rien ne sert de jouer les héros…

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À la fin du ve siècle, Kassapa I, le fils aîné provenant d’une concubine, du roi d’Anurâdhapura Dhatusena entre en conflit avec son frère cadet Moggallana. Le trône doit revenir de droit au fils légitime mais Kassyapa ne l’entend pas ainsi. Il fomente un complot et tue son père en l’emmurant vivant puis prend le contrôle de la régence et expulse son frère Moggallana qui est contraint à un exil forcé en Inde. Moggallana, en quittant son frère, l’avertit qu’il reviendra et qu’il vengera leur défunt père. Extrêmement précautionneux et paranoïaque, Kassapa qui sait qu’un jour ou l’autre son frère reviendra, lève son armée et quitte la capitale royale d’Anurâdhapura pour s’installer à Sigirîya en attendant le retour de son frère. Il choisit le site de Sigirîya en raison de l’immense rocher culminant à 370 mètres aux parois abruptes qui joue le rôle d’impressionnantes murailles et de la présence à dix kilomètres d’un tank, réservoir d’eau qu’avait jadis creusé son père. Les travaux d’aménagement du site sont relativement courts, comparé à la difficulté et à l’ampleur de la tâche à accomplir.

Kassapa fait bâtir au sommet du rocher une forteresse et il aménage au sol toute la partie qui s’étend au Sud et à l’Est du rocher où il fait édifier deux rangées de murailles et de fossés, le Nord et l’Ouest étant protégés par l’épaisse jungle qui empêche toute invasion massive. Kassapa fait trouer une percée souterraine depuis le réservoir situé au Nord-Est jusqu’au site de Sigirîya afin d’y amener l’eau courante, la pente de cette canalisation est très faible et l’écart d’altitude entre le réservoir et le site de Sigirîya n’excède pas 50 centimètres. Cependant cela suffit pour que l’eau jaillisse à Sigirîya et les jardins entourant le site sont parsemés de bassins et constellés de petites fontaines. Cette eau est acheminée jusqu’au sommet du rocher par un procédé de citernes sans aucune force humaine et elle s’écoule au sommet alimentant la piscine du roi, et les différents réservoirs destinés à l’arrosage des jardins et à la toilette des membres de la cour.

Les escaliers

Kassapa poste ses gardes autour du rocher dans les jardins aménagés derrière les murailles, les constructions épousent habilement les formes géologiques du site, tantôt une grosse pierre sert de mur et de fondation, tantôt une anfractuosité dans la roche sert de soutien à une toiture… Cette utilisation ingénieuse de la nature environnante permit entre autres d’accélérer les travaux. Les gardes sont tous placés sur des promontoires à la surface exagérément petite et chaotique, toute perte de vigilance ou assoupissement entraînant la chute de la sentinelle.

Une fois les travaux de gros œuvre achevés, Kassapa s’installe dans son palais où il demeure, craintif, la plus grande partie de son temps. Il est entouré de sa cour composée de servants, de valets, d’hommes de main, de confiance et de ses courtisanes. La légende dit que le roi Kassapa était entouré de mille courtisanes, les demoiselles de Sigirîya. Il fait peindre, dans un style proche de celui d’Ajantâ, dans une large anfractuosité de la roche de la face sud du rocher, à mi-hauteur, les portraits de pied ou de buste de toutes ces demoiselles – ou plus probablement des apsarâs, au nombre de vingt-et-une – toutes différentes.

Pendant dix-huit ans, Kassapa vit reclus dans sa forteresse attendant au milieu de sa cour plutôt féminine le retour de son frère Mogallana. Durant ce temps, Mogallana réfugié en Inde, lève une armée avec l’aide d’un râja et traverse le détroit de Palk qui sépare le continent indien de Ceylanpuis fait directement route vers Anurâdhapura qu’il trouve complètement abandonnée. Il obtient des renseignements qui lui permettent de retrouver son frère parricide à Sigirîya.

Alors que Kassapa séjourne tranquillement au sommet de son rocher, il voit arriver par le Sud et par l’Est des troupes qu’il identifie aussitôt : son frère est de retour. Kassapa boucle les jardins et met la garde en alerte pour le combat qu’il pense forcément gagné étant donné l’avantage que lui confère sa position. Mogallana, en fin stratège, déploie ses troupes autour du site et l’assiège, attendant que son frère descende au combat. Mais, Kassapa avait pensé à tout, sauf au ravitaillement en cas de siège. Après à peine une semaine, Kassapa épuisé par la faim descend et se livre, sans combat, à son frère aîné qui l’exécute.

Mogallana reprend la régence et Sigirîya est à jamais abandonnée.

Il faut préciser que la version exposée ci-dessus, s’inspirant de celle, rédigée seulement au xiiie siècle par des chroniqueurs bouddhistes hostiles à Kassapa1, a toujours été reconnue comme partiale et sujette à caution. Etablissant un parallèle avec le poème du « Nuage Messager » du célèbre dramaturge indien Kalidasa(Meghaduta, Les Belles Lettres, 1967), le grand orientaliste cinghalais Senarat Paranavitana a bouleversé l’interprétation du site en y voyant une figuration du Mont Kailash, demeure himalayenne du dieu hindou Kubera, dont le but aurait été de légitimer le règne de Kassapa en divinisant celui-ci2.

Plus récemment, dans un roman très documenté, intitulé « Sigiriya, le Rocher du Lion » (Editions Argemmios, 2012) l’écrivain français Alain Delbe imagine que le roi Kassapa fait le récit de sa vie à un conteur et brigand ayant accepté de Moggallana la mission de l’assassiner. Outre que Sigiriya s’avère un palais dédié à Shiva, se dévoile un portrait de Kassapa qui, loin de l’image du roi mégalomane et paranoïaque, révèle un être engagé dans une véritable quête mystique et artistique. (Source Wikipedia)

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Hier c’était la visite, à 500 marches de hauteur, du sanctuaire de Dambulla, une impressionnante galerie troglodytique de statues du Boudha dans ses trois positions, debout, couché ou assis en méditation, et de peintures rupestres.

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IMG_1550D’autres photos à voir ici : Les grottes de Buddha

On a nettement moins aimé la statue dorée qui a donné son nom au site (le Temple d’Or), qu’on croirait tout droit sortie d’un Disneyland chinois…

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La reine écolo

Etant peu versé dans les têtes couronnées et très peu assidu aux Secrets d’histoire et autres portraits royaux dont Stéphane Bern s’est fait une spécialité, j’avais certes noté que l’hôtel que j’avais réservé dans cette petite station balnéaire de la Mer Noire était tout proche du Palais de la Reine Marie, mais j’ignorais tout de cette reine et de sa résidence de bord de mer… Et ce n’est pas grâce à un guide du Routard plus lacunaire et imprécis que jamais que je m’en serais débrouillé.

Une matinée nuageuse et ventée – la première depuis le début de ces vacances – et ce fut l’occasion de combler mes lacunes sur les royautés des Balkans et de découvrir, entourant sur huit hectares ce palais d’été, l’un des plus beaux jardins botaniques d’Europe.

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Je suis désormais incollable sur cette reine Marie de Roumanie (1875-1938) petite-fille de la reine Victoria par son père et du tsar Alexandre II par sa mère. Lorsque son mari Ferdinand  accède au trône de Roumanie en 1914, la princesse britannique devient reine consort. C’est au lendemain de la première Guerre mondiale, que Marie jette son dévolu sur Baltchik/Balčik, un petit port au pied de falaises de craie et entreprend d’y édifier un vaste ensemble de jardins et de petites maisons.

C’est une reine écolo avant la lettre puisque l’électricité et le chauffage sont produits par une station alimentée par deux sources.

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La villa de la reine Marie est de style ottoman, le minaret étant purement décoratif, et d’une simplicité extrême quant à son aménagement intérieur.

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Si l’on en croit certaines sources, la reine Marie a été très liée à la danseuse et chorégraphe Loïe Fuller.

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Plusieurs autres villas ont été construites dans l’enceinte du »Palais », accueillant les hôtes ou les membres de la famille.

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Le jardin botanique s’enorgueillit d’héberger la plus belle collection de cactées au monde.

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Mais inutile de jouer au jeu des superlatifs, le lieu est beau, harmonieux, sans tape-à-l’oeil.

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Une modeste chapelle, et dans tous les jardins, plusieurs signes rappellent que Marie de Roumanie n’était pas une dévote au sens habituel du terme, une femme que révoltait l’injustice, mais qui tenait son rang quoi qu’il advienne

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Et pour les amateurs de destins extraordinaires, le récit de sa propre vie par Marie de Roumanie est à lire, si l’on en juge par la critique enthousiaste qu’en fit Virginia Woolf à sa sortie.

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Le Mozart suédois

Il est né le 20 juin 1756, quand Wolfgang est né le 27 janvier 1756, il est mort le 15 décembre 1792 à Stockholm, un an après la mort de Mozart le 5 décembre 1791. Un quasi frère jumeau du Salzbourgeois. Natif de Bavière, Joseph Martin Kraus fait, à 22 ans,  le choix de la Suède de Gustave IIIsouverain éclairé et cultivé.

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Je n’ai pas attendu mon séjour à Stockholm pour découvrir, écouter et aimer la musique de Kraus, qui a été très bien servie par Petter Sundkvist et l’orchestre de chambre suédois.

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Tous les clarinettistes connaissent un autre grand musicien suédois, Bernhard Henrik Crusellcontemporain de Carl Maria von Weber, qui ont, l’un et l’autre, écrit trois grandes oeuvres concertantes pour l’instrument.

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Il faut attendre la seconde moitié du XIXème siècle, et surtout le début du XXème, pour entendre une musique plus spécifiquement suédoise, dans le grand mouvement des « musiques nationales » qui se développe d’abord en Europe centrale et en Russie, et gagne l’Europe septentrionale (GriegNielsen, Sibelius). En Suède, les deux grandes figures de ce « nationalisme » musical sont Hugo Alfven et Wilhelm Stenhammar

D’Alfven, on ne connaît et joue généralement que sa rhapsodie folklorisante (Rhapsodie suédoise n°1)  Une nuit d’été.

Mais toute son oeuvre symphonique mérite le détour, surtout dans la version idiomatique de Neeme Jârvi :

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Quant à Stenhammar, il n’est guère plus prolixe qu’Alfven, et encore moins souvent à l’affiche de nos concerts.

C’est à nouveau les Järvi, père et fils, qui nous donnent le meilleur aperçu de l’oeuvre concertante et symphonique de Stenhammar.

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J’évoquerai d’autres figures importantes de la musique suédoise, du XXème siècle et de notre temps, dans un prochain billet.

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Retour au calme

On pouvait en être sûr, il ne suffisait pas à certains que François Hollande déposât les armes, il leur fallait tirer sur l’ambulance et décréter que le Président.. n’avait jamais été Président ! Des éditorialistes qui appliquent à la lettre la définition qu’avait faite Jean-François Kahn du journalisme : Lécher, lâcher, lyncher.

Heureusement on a lu quelques analyses plus pertinentes comme celle-ci : La non-candidature de l’Elysée ou le dossier que Le Monde consacre à l’événement dans son édition du week-end. Et puis le feuilleton présidentiel est loin d’être écrit. Attendons la suite…

J’ai profité de mes derniers voyages – Montpellier, Bruxelles – pour lire et voir. D’abord le dernier Blake et Mortimer

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« Nos héros les plus british mènent l’enquête sur le plus british des dramaturges : William Shakespeare of course !
Mais qui est-il vraiment ?
Entre l’Angleterre et l’Italie, Philip Mortimer et Elizabeth, la fille de Sarah Summertown, résolvent des énigmes plus ardues les unes que les autres.
Entre-temps, Francis Blake enquête sur une bande organisée de Hyde Park.
Une course contre la montre et des révélations en série : un très grand Blake et Mortimer signé Yves Sente et André Juillard ! »

Un bon cru, un peu lent peut-être, quelques intrigues secondaires peu utiles. Mais les héros créés par Edgar P. Jacobs n’accusent pas la fatigue de leurs 70 ans d’existence !

Relative déception en revanche pour un bouquin qui laisse le lecteur et accessoirement fan de la cantatrice sur sa faim…

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Je connais bien et admire Felicity Lott, depuis longtemps (1988), j’attendais encore plus de souvenirs personnels et professionnels,  des rôles qu’elle a incarnés et des personnalités qu’elle a côtoyées, de son travail avec Carlos Kleiber, John Pritchard, Armin Jordan, ses accompagnateurs en récital (Graham Johnson), les metteurs en scène, etc.. Frustrant mais bienvenu pour qui veut connaître une artiste incomparable !

Netflix ayant eu – enfin – la bonne idée de proposer le visionnage de ses films et séries hors connexion internet, j’ai pu, entre Montpellier et Paris, découvrir les premiers épisodes d’une série que la rumeur présentait sous le meilleur jour : The CrownLa réalisation est particulièrement soignée, les moyens largement déployés pour raconter l’étonnant destin et la longévité exceptionnelle de l’actuelle souveraine britannique.

 

 

 

Le discours d’un roi

Une semaine après la France, nos amis belges célèbrent aujourd’hui leur fête nationale. Dans la douleur du terrible souvenir des attentats du 22 mars. Le roi Philippe a prononcé hier soir une allocution tout sauf convenue ou banale. Un grand discours, qu’on aurait aimé entendre de la part de nos responsables politiques français ces derniers jours. Un message de courage et d’espoir : Le discours du roi des Belges.

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Comme si l’histoire se jouait des agendas et des souvenirs, c’est ce même 22 mars 2016 que j’avais vu pour la dernière fois sur scène Natalie Dessay, dans un rôle étonnant sur la scène du Châtelet : Une tragédie, une Passion.

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Quatre mois plus tard, je retrouvais Natalie Dessay hier soir à Montpellier, venue chanter quelques Lieder de Mendelssohn avec son partenaire Philippe Cassard, au milieu d’un concert de l’Orchestre de chambre de Paris tout entier voué au compositeur du Songe d’une nuit d’été. 

13709822_10153801301112602_6805704933239361760_n(de gauche à droite, Douglas Boyd, Philippe Cassard, Natalie Dessay, Jean Pierre Rousseau)

 

Une tragédie, une Passion, deux anniversaires

Le Roi des Belges l’a dit hier soir : le 22 mars ne sera plus jamais une journée comme une autre. Comme le 7 janvier ou le 13 novembre.

Après l’effet de sidération qui s’empare des témoins d’une catastrophe, et des spectateurs impuissants derrière leur écran d’ordinateur ou de télévision, il y a cette monstrueuse perception de la réalité : un homme, une femme, un enfant, qu’on connaissait, une relation de travail, un(e) collègue, qui ne reviendront plus. Ou meurtris dans leur chair et leur corps.

922938_1081115541944829_8653531850999905940_nEt puis la vie continue, the show must go on. C’était ce mardi 22 mars qu’on avait choisi pour voir la nouvelle production du Châtelet à Paris, Passion de Stephen Sondheim. 

Le célèbre théâtre parisien était bien gardé, mais le public était au rendez-vous. Jean-Luc Choplin n’a pas eu besoin de longs discours pour inviter la salle à une longue et dense minute de silence, suivie de l’hymne national belge, La Brabançonne, joué par l’orchestre philharmonique de Radio France présent dans la fosse. Pour moi, tant de souvenirs qui me reliaient à mes amis belges et à mes années liégeoises. Dans sa Berceuse héroïque, Debussy rend hommage au Roi des Belges et au peuple belge en général pour leur attitude héroïque lors des premiers jours de la Grande Guerre, il cite La Brabançonne :

Une incroyable coïncidence veut que ce 22 mars marquait aussi un double anniversaire : celui du compositeur lui-même, Stephen Sondheim, né le 22 mars 1930 à New York, et celui de la grande Fanny Ardant, qui a mis en scène ce superbe spectacle (née le 22 mars 1949 à Saumur).

Il faudrait citer tous ceux qui ont fait de cette Passion une totale réussite, musicale, scénique, qui ont éclairé ce sombre 22 mars d’une lueur d’optimisme sur la nature humaine, sur la force de l’amour.

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