Lili et le piano revolver

On ne pouvait imaginer parutions plus dissemblables que ces deux coffrets proposés par Sony Classical. Du piano dans les deux cas, et deux artistes un peu oubliés.

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Le moins qu’on puisse dire est que la vie et la carrière de Lili Kraus ont été aventureuses. J’aime depuis longtemps ses Schubert et ses Mozart – lire Alla turca – mais je pensais pas trouver un jour, aussi bien réédités, cette intégrale des concertos de Mozart réalisée au Konzerthaus de Vienne en quelques sessions en 1965 et 1966.

Il y a une injustice dans la présentation de ce coffret : on ne trouve qu’à l’intérieur du livret trilingue la mention du chef et de l’orchestre, comme s’ils étaient des comparses secondaires. Le nom du chef américain Stephen Simon est complètement inconnu en Europe, sinon des quelques mélomanes qui se rappellent l’interprète éclairé de Haendel qu’il fut aux Etats-Unis. Quant à l’orchestre du « Festival de Vienne », il s’agit d’une formation de circonstance réunie pour les besoins de la foison d’enregistrements réalisés   dans la capitale autrichienne dans les années 50 et 60.

La pianiste hongroise et le chef américain s’entendent à merveille pour donner des versions heureuses, imaginatives, extraordinairement libres et élégantes, de ces concertos où les références ne manquent pas. Un coffret indispensable à la discothèque de l’honnête homme !

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C’est peu dire que le pianiste américain John Browning (1933-2003) ne joue pas dans la même catégorie que Lili Kraus. Même s’il partage avec elle un déficit de notoriété  sur le continent européen. Son patronyme évoque plus les armes que le clavier ! Contemporain et concurrent de Van Cliburn, il n’a jamais eu la célébrité du premier vainqueur américain du célèbre Concours Tchaikovski en pleine guerre froide.

Ce coffret de 12 CD est évidemment beaucoup plus composite que celui de Lili Kraus, et reflète la variété du répertoire de l’Américain. Les cinq concertos pour piano de Prokofiev – technique étincelante – avaient déjà réédités dans un

coffret Leinsdorf (la première intégrale de ces concertos réalisée par un pianiste américain). On trouve aussi le Concerto de Barber, que Browning créa pour l’ouverture du Lincoln Center en 1963, dans les deux versions gravées par le pianiste d’abord avec George Szell en 1964 puis avec Leonard Slatkin en 1990.Mais aussi Beethoven (Variations Diabelli, Sonate op.110), Schumann (Etudes symphoniques), Ravel, Debussy, les Etudes de Chopin, etc.

 

 

 

Les sans-grade (VI) : Louis Frémaux

Je préparais un billet sur lui en prévision d’un coffret annoncé chez Warner début avril.

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On a appris hier le décès, survenu lundi dans sa retraite tourangelle, du chef d’orchestre français Louis Frémaux, contemporain de Georges Prêtre, Pierre Boulez…Un petit air de Marcel Marceau, encore l’une de ces baguettes hexagonales qui a fait l’essentiel de sa carrière hors de son pays natal. C’est vrai il y eut Monte-Carlo et trois années à l’orchestre national de Lyon. Mais qui, même parmi les mélomanes attentifs, connaît encore son nom, sa carrière ? Pourtant, nous sommes quelques-uns à avoir toujours chéri les quelques CD qu’on trouvait au hasard des rééditions… et des magasins.

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La musique française, un ton, une allure, une élégance et – ce coffret le rappelle judicieusement – un très bel orchestre, celui de Birmingham, qui existait avant l’ère Rattle ! Des tendresses particulières pour ses Berlioz, Ibert et Bizet. Pour d’autres labels (Collins) il a laissé aussi de grands Ravel. Un coffret rassemble d’ailleurs Frémaux et Skrowaczewski, disparu il y a un mois..

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Chez Deutsche Grammophon, un témoignage du chef à Monte Carlo :

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Faut-il être sexy pour avoir du talent ?

J’avais choqué bien des beaux esprits en titrant Faut-il être sexy pour être un grand chef ? à propos d’un coffret consacré à Karl Böhm (Bestofclassic). L’humour n’est pas toujours la chose la mieux partagée…

Je récidive – en espérant plus convaincre que choquer ! – après la lecture d’un article au titre autrement plus aguicheur Les pin-up du classique de Fabrice Pliskin dans le dernier numéro de L’Obs.

En cause nombre de récentes pochettes de disques, petit échantillon…

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Mais le phénomène n’est pas exclusivement féminin.

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Sur ses disques, rien ne transparaît des tenues de scène de la pianiste chinoise Yuja Wang. En concert, c’est autre chose…

Sa consoeur géorgienne Khatia Buniatishvili n’est pas en reste quand il s’agit de mettre en valeur une plastique hollywoodienne

La jeune femme dit au journaliste de L’Obs assumer son côté « femme glamoureuse » et dénonce une « forme de sexisme qu’il y a à parler de la robe de la musicienne plutôt que de son jeu ». Est-ce parce qu’elle a fini par être lassée de ces sous-entendus macho sur son physique que la pochette de son nouveau disque donne dans une sobriété presque déprimante ?

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Isabelle Lafitte – qui forme avec sa soeur jumelle Florence un formidable duo pianistique  (comme les soeurs Labèque ou les soeurs Önder, elles n’ont rien à envier à leurs plus jeunes collègues en matière de canons esthétiques !) commente dans L’Obs : « C’est Wang qui en 2006 a cassé les codes traditionnels de la musique classique. Sur scène, dans les concours internationaux, elle jouait avec des longues robes fendues sur le côté, des décolletés vertigineux, mais on ne peut pas le lui reprocher : c’est une superbe musicienne ». La pianiste française Vanessa Wagner dénonce cette érotisation, choisie ou subie : « Quand on le déplore, on passe pour réac ou ringard » et y voit de « vieilles recettes ».

Cette mode en réalité ne date pas d’hier. Je me rappelle l’un des premiers disques du pianiste  américain Tzimon Barto qui donnait à admirer son physique de bodybuilder, allongé sur un Steinway de concert, ou, plus ridicule si c’est possible, un harpiste suisse posant nu de profil sur un quai de New York…

Va-t-on reprocher au clarinette solo de l’Orchestre philharmonique de Berlin, Andreas Ottensamer d’être aussi agréable à entendre qu’à regarder ?

Il arrive parfois que la beauté et le talent soient héréditaires…

clarinotts-home(De gauche à droite, Daniel Ottensamer qui a rejoint son père Ernst, à droite sur la photo, au pupitre de clarinette  de l’Orchestre philharmonique de Vienne, et Andreas qui est à Berlin !)

Bref on l’aura compris, un physique avantageux ne nuit pas au talent, dès lors qu’il n’est pas utilisé comme un argument de promotion. Les fausses idoles ne font pas longtemps illusion. Et puis il y a eu, et il y aura toujours ce quelque chose d’indéfinissable qui s’appelle le charisme, la présence, qui font qu’un artiste captive immédiatement son auditoire. Je me rappelle encore un concert d’été en plein air, devant la Maison des arts de Thonon-les-Bains – c’est ainsi qu’elle s’appelait alors – j’avais invité l’Orchestre de la Suisse romande et un jeune flûtiste qui n’avait pas encore la célébrité qui est la sienne aujourd’hui à jouer un concerto de Mozart. Les conditions acoustiques étaient loin d’être idéales, le concert était gratuit. Et j’ai vu des dizaines, des centaines de spectateurs très jeunes, affluer vers l’esplanade, s’asseoir à même le sol, tout près du soliste, captivés par une musique et un musicien dont ils ignoraient tout, et l’applaudir à la fin comme une rock star. 

Autre preuve que le talent et la beauté peuvent se rejoindre, le cas de Dinu Lipatti, né il y a cent ans, le 19 mars 1917, et mort précocément en 1950.

Je ne connais pas de version plus miraculeuse du 21ème concerto de Mozart que cette captation réalisée à Lucerne le 23 août 1950 quelques semaines avant sa mort…

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Les soeurs aimées

Autant l’ouvrage consacré à Felicity Lott (voir Il nous faut de l’amour) m’avait laissé sur ma faim, autant celui que signe Renaud Machart relève le défi d’une biographie-interview documentée, qui évite l’anecdote futile.

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Le célèbre duo des soeurs pianistes Katia et Marielle Labèque fait pour la première fois l’objet d’une biographie… Il y a en effet beaucoup à dire sur ce singulier parcours double : les Labèque se produisent avec les plus grands orchestres internationaux, jouent des pianos anciens avec leurs amis baroqueux, Katia a un « band », fait des duos avec le chanteur Sting ou son compagnon David Chalmin (du groupe Red Velvet), Marielle s’en tient au duo avec sa grande soeur et à sa vie de couple avec son mari, le chef d’orchestre Semyon Bychkov.
Elles pourraient se contenter d’accumuler les cachets en jouant le Concerto de Poulenc et celui de Mozart, mais elles ne cessent, depuis leurs débuts, de commander des oeuvres. Leur coeur balance entre concertos avant-gardistes et oeuvres grand public. Mais l’essentiel est cette quête, cette envie farouche de nouveauté, ce constant renouvellement.
Illustré par des photographies rares, l’ouvrage de Renaud Machart nous fait entrer dans l’intimité de ce duo détonant (Présentation de l’éditeur)

Renaud Machart a l’honnêteté de reconnaître, dans sa préface, que sa relation avec les deux soeurs avait très mal commencé. Agacé par les extravagances du duo, il avait signé un papier méchant dans Le Monde, jusqu’à ce que, quelques années plus tard, il se ravise et leur découvre bien des talents cachés.

Bref, ce nouveau bouquin est passionnant, d’abord par la liberté de ton revendiquée par Katia et Marielle, la curiosité, l’appétit de découverte qui les caractérise depuis… si longtemps.

J’en ai encore eu deux magnifiques preuves ces dernières années. Lorsque j’avais interrogé le grand Philippe Boesmans dans la perspective du cinquantenaire de l’Orchestre philharmonique de Liège – la dernière commande faite par l’orchestre au compositeur belge remontait à…1980 ! – il m’avait spontanément dit vouloir écrire pour les soeurs Labèque. Et ce fut un petit bijou concertant qui fut créé le 5 mars 2011 !

Nous nous étions alors promis, Katia, Marielle et moi, de refaire très vite d’autres projets. Le 14 juillet 2015, les 30 ans du Festival de Radio France nous en offrirent l’occasion…

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Cette vidéo n’existe pas

Deutsche Grammophon publie un joli coffret constitué d’enregistrements récents, où les soeurs Labèque paraissent comme assagies, moins tentées par la pure virtuosité, d’autant plus émouvantes en particulier dans une Fantaisie de Schubert toute de retenue.

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Affinités

Ils ne sont plus si nombreux les grands chefs d’une génération qui a vu disparaître, en quelques mois, Neville Marriner, Claudio Abbado, Pierre Boulez. C’est dire si la présence de Bernard Haitink  (87 ans) au pupitre de l’Orchestre National de France fait figure d’événement.

Le chef néerlandais, qui avait dirigé la 9ème symphonie de Bruckner en février 2015, avait expressément souhaité un programme français, sachant que l’ensemble de cette saison 2016-2017 du National serait placée sous l’égide de la musique française : le Gloria de Poulenc et l’intégrale de Daphnis et Chloé, « symphonie chorégraphique pour orchestre et choeurs sans paroles » de Ravel.

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L’oeuvre de Poulenc est étrange, ambigüe – comme l’était le compositeur « moine et voyou » et on avait plutôt l’impression hier soir d’un requiem que d’un gloria, la voix cristalline et d’une impeccable justesse de Patricia Petibon nous rapprochant du requiem de Fauré. Haitink a fait le choix de la gravité, de la grandeur même, et c’est un parti parfaitement assumé.

En deuxième partie, on était impatient d’entendre l’intégralité de la partition de Ravel, plutôt rare au concert (à cause des interventions chorales ?). On retrouve – mieux que dans le « live » qu’il a gravé à Chicago, voir ci-dessous – les qualités de celui qui fut le légendaire patron du Concertgebouw, respect du texte et des mélanges instrumentaux – si importants chez Ravel – contrôle des masses sonores, au risque d’une modération qui manque parfois de fantaisie. Mais la performance, pour un homme de cet âge, reste éblouissante, et, en l’applaudissant aussi longuement, le public, dans lequel étaient assis deux étoiles montantes de la direction, Lorenzo Viotti et Alexandre Bloch, avait peut-être ce pincement au coeur qui vous vient lorsque l’au-revoir prend la forme d’un adieu…

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On peut heureusement (ré) écouter : Concert ONF/Haitink sur France Musique

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Pour retrouver les heures illustres de Bernard Haitink dans Debussy et Ravel, on recommande ce double CD :

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Clavier pas tempéré

Je connaissais le nom bien sûr, j’avais dû l’écouter distraitement une ou deux fois mais cette pianiste ne faisait pas partie de mon univers discophilique. Pas d’explication à cette ignorance.

Il a fallu qu’à nouveau Jean-Charles Hoffelé signale une très belle parution pour que je m’intéresse à Yvonne Lefébure et que je sois captivé d’emblée par un art et une personnalité qui ne donnent pas dans la tiédeur. Un clavier tout sauf tempéré !

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Il faut d’abord saluer le magnifique travail éditorial du label Solstice/FY fondé en 1972 par François et Yvette Carbou. Certes c’est l’éditeur historique de la pianiste française, mais le coffret, le livret, et surtout le contenu de ces 24 CD sont impressionnants. Nombre d’inédits puisés dans les archives de l’INA. Et le tout pour un prix très modeste.

La musique française se taille la part du lion, et on a du bonheur à écouter ce son franc et direct, d’une puissance qui n’est jamais brutale (passionnante comparaison entre trois versions du Concerto en sol de Ravel, dirigées par Auberson, Ansermet et Paray). En concert, Yvonne Lefébure n’est jamais à l’abri de quelques dérapages, mais qu’importe quand l’esprit souffle à ce point.

Ses Bach, ses Mozart ne sont jamais corsetés, tandis que les romantiques, Brahms, Chopin, Schumann, Schubert (comme une jolie suite de valses et de danses allemandes arrangée par la pianiste) évitent les minauderies. Quant à ses Beethoven – les derniers opus – ils appartiennent depuis longtemps à la légende.

Contenu du coffret (les inédits sont indiqués en italiques)

CD 1 MOZART Concerto 20 (Casals), 21 (Oubradous), Sonate 457

CD 2 SCHUMANN Concerto (Dervaux), Papillons, Fantaisie

CD 3 BACH Prélude et fugue 543, Fantaisie et fugue 542, 2 chorals / MOZART Concerto 20 (Furtwängler)

CD 4 BEETHOVEN Sonates op.109 & 110, Variations Diabelli

CD 5 RAVEL Concerto sol (Auberson), Le tombeau de Couperin, DEBUSSY La boîte à joujoux

CD 6 BACH Fantaisie et fugue 542, Concerto 1052 (Oubradous), Prélude et fugue 848, Partita 830

CD 7 MOZART Concerto 466 (Dervaux), Sonate violon 379 (J.Gautier), Fantaisies 396 & 475, Variations 265 / HAYDN Variations fa m

CD 8 BEETHOVEN Sonates op.2 & 111, Concerto 4 (Skrowaczewski), Bagatelles op.119 extr.

CD 9 BEETHOVEN Sonate op.106, Variations Diabelli

CD 10 BEETHOVEN Sonates op.109,110,111, Bagatelles op.126, Lettre à Elise

CD 11 DEBUSSY Préludes (II) / RAVEL Valses nobles et sentimentales / FAURE Nocturnes 6,13, Barcarolle 6 / SCHUBERT 15 valses

CD 12 DEBUSSY Préludes (I), Etudes / RAMEAU Gavotte et six doubles / COUPERIN Les barricades mystérieuses / DUKAS Variations, Interlude et Finale

CD 13 RAVEL Concerto sol (Ansermet), Valses nobles et sentimentales, Le tombeau de Couperin, Jeux d’eau / FAURE Thème et variations op.73, Nocturne 13

CD 14 SCHUBERT Sonate D 958, 15 Valses / SCHUMANN Concerto (Sebastian) / WEBER Konzertstück

CD 15 BRAHMS Intermezzi / LISZT Ballade, chant des fileuses, la gondole funèbre / CHOPIN Barcarolle, Scherzo 2, Ballade 3, 5 Mazurkas

CD 16 BEETHOVEN Sonates violon op.12/3, op.23, op.96 (Vegh, violon)

CD 17 RAVEL Concerto sol (Paray) / SCHUMANN Concerto (Paray), Scènes d’enfants

CD 18 FAURE Thème et variations op.73, Nocturnes 1,6,7,12,13, Impromptus 2,5 / DUKAS Variations, interlude et finale, Prélude élégiaque

CD 19 EMMANUEL Sonatines op.19,20 &23 / DEBUSSY Images, Masques, L’Isle joyeuse

CD 20 RAVEL Le tombeau de Couperin, Valses nobles et sentimentales, Jeux d’eau, Ma Mère l’Oye (+G.de Sabran)

CD 21 SCHUBERT Sonate D 960 / SCHUMANN Davidsbündlertänze, Variations op.13 posthumes

CD 22 BARTOK 6 Danses / BARRAUD Concerto (Rosenthal) / MARTELLI 5 Danses / EMMANUEL Sonatines op.11 & 20 / ROUSSEL 3 pièces op.49

CD 23 BACH Prélude et fugue 543, Fantaisie chromatique, Toccata 912, Partita 825, 3 chorals, Clavier bien tempéré extr.

CD 24 Entretiens avec Bernard Deutsch (1981), Laurent Asselineau (1978), Radioscopie avec Jacques Chancel (1976)

PS Qui pourrait oublier ce qui s’est passé il y a tout juste un an ? Ces lignes nous le rappellent : Le chagrin et la raison

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Zoltan le bienheureux

Son coeur a lâché ce dimanche. Zoltan Kocsis en était malade depuis plusieurs années.

J’aimais beaucoup ce grand musicien, que j’ai vu trop rarement sur scène, mais il occupe depuis longtemps une place essentielle dans ma discothèque, et comme pianiste et comme chef d’orchestre. J’ai trouvé un grand nombre de ses disques à Budapest, l’essentiel de sa production pour le label hongrois Hungaroton ayant été peu ou mal distribué en Europe occidentale. Heureusement Philips en avait fait un de ses artistes « maison », ce qui nous vaut des intégrales de haut vol. Qui restituent l’acuité, la vigueur, la subtilité, l’élan d’un jeu de piano débarrassé de toute fioriture inutile. Tom Deacon l’avait justement retenu dans sa collection des Grands Pianistes du XXème siècle.

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Dans l’ordre de mes préférences, d’abord l’une des plus alertes visions de Rachmaninov, des concertos et une Rhapsodie à la pointe sèche.

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Une formidable intégrale Bartók, un Debussy lumineux.

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Les mêmes qualités se retrouvent dans Chopin, Haydn, Mozart, Brahms, tous ses disques méritent plus que l’intérêt.

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Mais le chef d’orchestre Kocsis est tout aussi passionnant que le pianiste, et il applique au traitement du grand orchestre la même palette de couleurs et de transparences qu’au clavier.

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Peut-on espérer que Decca – qui a repris l’exploitation du catalogue Philips – rende au musicien disparu l’hommage qui lui est dû ? Peut-on espérer que les labels hongrois qui ont de splendides références à la fois du jeune pianiste et du chef dans sa maturité nous restituent cet impressionnant catalogue en mémoire de l’un de leurs plus illustres musiciens ?71xb6ydj3l-_sl1500_

Picasso et Ravel

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L’automne à Liège, ce sont ces grands ciels clairs et l’air vif qui pique sur la Meuse. J’ai emprunté ce mercredi matin la nouvelle passerelle qui conduit du quai de Rome au parc de la Boverie (lire Nostalgie).

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J’avais déjà visité le nouvel ensemble muséal de Liège, inauguré en mai dernier, La Boverie, installé dans un pavillon construit en 1905 pour l’Exposition universelle.

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La venue d’Anne Sinclair à Liège, il y a un mois, avait fait l’événement de cette rentrée. Elle était venue inaugurer l’exposition 21 rue La Boétie (vidéo), qui relate les aventures peu ordinaires de son grand-père, Paul Rosenberg, collectionneur, galeriste, ami de Picasso, Matisse, Chagall, Marie Laurencin et quelques autres du même acabit ! Aventures que la star des médias avait contées dans un émouvant livre de souvenirs :

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Disons-le sans réserves : on ne regrette pas un droit d’entrée assez élevé (17 €). La réalisation touche à la perfection, les oeuvres présentées sont de premier rayon, le parcours pédagogique est exceptionnellement documenté, les explications concises… et compréhensibles par tous (on échappe, pour une fois, à ce jargon abscons qui fleurit sur les cimaises de nos grands musées). Une exposition à voir absolument, à Liège puis dans quelques mois à Paris.

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Parmi les pièces exposées, une série qui ne pouvait manquer de me toucher : les esquisses du décor que Picasso avait conçu pour Le Tricorne de Manuel de Falla, créé à Londres par Ansermet en 1919 dans le cadre des Ballets russes.

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img_5988img_5990img_5994

img_6002img_6003img_6004Symbole d’une cité qui a entamé une mue profonde depuis une vingtaine d’années, cette « Tour des Finances » qui a autant d’admirateurs que de détracteurs, selon la bonne tradition liégeoise (française ?)…img_6005

Il y avait une logique certaine dans le choix de ma soirée de mercredi. D’abord le compositeur que j’allais écouter avait justement visité Liège à l’occasion de l’Exposition de 1905, et toute son oeuvre était contemporaine des artistes vus à La Boverie : Ravel. L’opéra de Cologne propose en ce moment, dans ses locaux provisoires en bord de Rhin, le diptyque lyrique de Ravel, L’Heure espagnole et L’Enfant et les sortilèges.

Là encore une réussite complète. Le nouveau Generalmusikdirektor de la cité rhénane, François-Xavier Roth en est le premier artisan, toutes les couleurs, les subtilités, la sensualité, si françaises, de l’orchestre ravélien semblent ne plus avoir de secret pour sa phalange germanique. Les chanteurs sont tous à l’unisson, même si tous ne sont pas francophones – mais les petits défauts sont à peine perceptibles – la mise en scène est un régal. Seul bémol, le texte, l’histoire même de l’Heure espagnole a moins bien vieilli que la poésie facétieuse de l’Enfant et les sortilèges. Mais Franc-Nohain n’est pas Colette !

Sous les pavés la musique (V) : tout sur Robert

On a un peu oublié aujourd’hui l’art et la personnalité de Robert Casadesus (1899-1972), le pianiste français préféré des Américains, en tout cas de George Szell.

J’ai déjà raconté, dans une précédente version de ce blog, ce rendez-vous avec Gaby Casadesus qui, à 96 ans, avait tenu à se déplacer à mon bureau de France Musique pour s’assurer que le centenaire de son mari serait bien célébré comme elle entendait qu’il le soit, par les formations et les antennes de Radio France. Elle tenait, en particulier, à ce qu’on joue Casadesus compositeur, ce qui était rien moins qu’évident… La conversation avait été passionnante avec cette dame d’une élégance et d’une courtoisie hors d’âge. Je m’étais dit qu’elle tiendrait jusqu’à ce centenaire, elle est morte six mois après à 98 ans.

Aujourd’hui nous sont restitués quantité d’enregistrements devenus introuvables, ou très partiellement réédités au fil des ans, de Robert Casadesus, de sa femme Gaby et de leur fils Jean, tragiquement disparu en 1972 à 44 ans d’un accident de voiture au Canada.

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On trouvera ci-dessous les détails de ce coffret de 30 CD, des enregistrements qui vont de 1947 à 1972. Des références déjà connues – les Ravel – et rééditées – les concertos de Mozart avec Szell, mais curieusement pas la totalité, qu’on peut avoir dans le coffret très bon marché ci-dessous. Les formidables 1er et 4eme concertos de Beethoven captés à Amsterdam avec Eduard van Beinum, la sonate de Bartok pour 2 pianos et percussions (avec le neveu Jean-Claude !), mais surtout des Chopin, Bach, Scarlatti et Rameau absolument admirables. Et puis, enfin disponibles (on les avait déjà dans un import japonais) ces sonates de Brahms et Beethoven avec le complice de toujours, le violon solaire de Zino Francescatti. Mais quand donc SONY se décidera-t-il à rééditer le legs américain de ce fabuleux violoniste ?

Béla Bartók (1881-1945)
Sonata for 2 pianos and percussion Sz.110
Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Concerto for piano and orchestra No.4 in C minor Op.44
Carl Maria von Weber (1786-1826)
Konzertstück for piano and orchestra in F minor Op.79
César Franck (1822-1890)
Sonata for violin and piano in A major, Symphonic Variations for piano and orchestra
Claude Debussy (1862-1918)
Arabesques, Children’s Corner, En blanc et noir, pour deux pianos, Estampes, Images Livre I et II, L’Ile joyeuse, Masques, Petite suite (for piano four hands), Préludes Livre I et II, Sonata for violin and piano in G minor, Sonata for violoncello and piano in D minor
Erik Satie (1866-1925)
Trois morceaux en forme de poire
Ernest Chausson (1855-1899)
Concert, Op.21
Franz Liszt (1811-1886)
Concerto for piano and orchestra No.2 in A major
Franz Schubert (1797-1828)
Divertimento « sur des motifs originaux francais » D.823  Andantino varié Op.84 No.1, Fantasia for piano 4 hands in F minor D.940
Frédéric Chopin (1810-1849)
Ballades, Sonata No.2 in B flat minor Op.35
Gabriel Fauré (1845-1924)
Ballad for piano and orchestra Op.19, Dolly Suite Op.56 for piano four hands, Quartet for piano and strings No.1 in C minor Op.15, Sonata for violin and piano No.1 in A minor Op.13,  Sonata for violin and piano No.2 in E minor Op.108, Two Préludes Op.103
Johann Sebastian Bach (1685-1750)
French Suite No.6 in E major BWV817, Italian Concerto in F major BWV971, Partita No.2 in C minor BWV826, Sonata No.2 in A major for violin and piano BWV1015, Toccata in E minor BWV914
Johannes Brahms (1833-1897)
Piano concerto No.2 in B flat major Op.83, Sonatas for violin and piano in A minor Op.100, in D minor Op.108, in G major Op.78 
Manuel de Falla (1876-1946)
Noches en los Jardines de España 
Jean Philippe Rameau (1683-1764)
Gavotte, Le Rappel des Oiseaux, Les Niais de Sologne, Les Sauvages

Domenico Scarlatti (1685-1757)
Sonata in A major K.533, Sonata in B minor K.27, Sonata in D major K.23, Sonata in D major K.430, Sonata in E major K.380, Sonata in G major K.14
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Concertos for piano and orchestra No.1 in C major Op.15, No.4 in G major Op.58, No.5 in E flat major Op.73 « Emperor », Sonatas No.1 in D major Op.12 No.1, No.10 in G major Op.96, No.14 in C sharp minor Op.27 No.2 « Moonlight », Sonata No.2 in A major Op.12 No.2, No.2 in A major Op.2 No.2, No.23 in F minor Op.57 « Appassionata », No.24 in F sharp major Op.78 « A Thérèse », No.26 in E flat major Op.81a « Les Adieux », No.3 in E flat major Op.12 No.3, No.31 in A flat major Op.110, No.4 in A minor Op.23, No.5 in F major Op.24 « Spring », No.6 in A major Op.30 No.1, No.7 in C minor Op.30 No.2, No.8 in G major Op.30 No.3, No.9 in A major Op.47 « Kreutzer », 
Maurice Ravel (1875-1937)
A la manière de Borodine (valse), A la manière de Chabrier, Berceuse sur le nom de Gabriel Faure, Gaspard de la nuit, Habanera, Jeux d’eau, Le Tombeau de Couperin, Ma mére l’Oye, Menuet Antique, Menuet sur le nom d’Haydn, Miroirs, Pavane pour une infante défunte, Piano concerto « for the left hand », Prélude in A minor, Sonatine, Valses nobles et sentimentales
Robert Casadesus (1899-1972)
Toccata Op.40, Sextet for piano and wind instruments Op.58, Sonata No.2 for violin and piano Op.34, Three Mediterranean Dances for 2 pianos Op.36
Robert Schumann (1810-1856)
Carnaval Op.9, Dichterliebe Op.48 (from the « Lyrisches Intermezzo » by H. Heine), Fantasia in C major Op.17, Papillons Op.2, Romance Op.28 No.2 in F sharp major, Symphonische Etüden, Waldszenen Op.82
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Andante and Variations for piano four hands in G major K.501, Concerto for 2 pianos and orchestra No.10 in E flat major K.365, Concerto for 3 pianos and orchestra No.7 in F major K.242, Concertos for piano No.12 in A major K.414, No.18 in B flat major K.456, No.20 in D minor K.466, No.21 in C minor K.467, No.22 in E flat major K.482, No.24 in C minor K.491, No.26 in D major K.537 « Coronation », piano No.27 in B flat major K.595, Concerto in F major for 3 pianos KV.242, Quintet in E flat major for piano and winds K.452, Sonata for 2 pianos in D major K.448 (K.375a), Sonatas for piano No.13 in B flat major K.333, No.14 in C minor K.457, No.17 in D major K.576
Robert Casadesus, Gaby Casadesus, Jean Casadesus, pianos, Jean-Claude Casadesus, percussions
Zino Francescatti, violin
Maurice Marechal, cello
Jean-Pierre Drouet, percussions
Pierre Bernac, barítono
André Sagnier, flute – Lucien Debray, oboe – Marcel Jean, clarinet – Gérard Tantôt, bassoon
J. de Lancie, oboe – A. Gigliotti, clarinet – B. Garfield, bassoon – M. Jones, French horn
Joseph Calvet, violin – Léon Pascal, Alto – Paul Mas, cello
Guilet Quartet
Columbia Symphony Orchestra, Dir. George Szell
Cleveland Orchestra, Dir. George Szell
Concertgebouw Orchestra, Dir: Edward van Beinum
Philadelphia Orchestra, Dir. Eugene Ormandy
Orchestre National de France, Dir. Carl Schuricht
Orchestra della RAI di Torino, Dir. Fernando Previtali
New York Philharmonic, Dir. Leonard Bernstein
New York Philharmonic, Dir. Dimitri Mitropoulos

Un conseil d’achat : pour une fois éviter les magasins et les sites en ligne qui proposent ce coffret à 100-120 €.  En le commandant directement à l’éditeur Scribendumrecordings.com, il vous en coûtera 60 £ (env. 67 €), et vous le recevrez dans les huit jours par la poste.

 

Sous les pavés la musique (III) : le grand Charles

Sony s’est fait une spécialité de la réédition exhaustive du prestigieux fonds de catalogue du label américain RCA. Après Arthur Rubinstein, Vladimir Horowitz, Jascha Heifetz et – pour les chefs – Pierre Monteux, Fritz Reiner, c’est Charles Munch qui en bénéficie. 71eiyyffknl-_sl1200_

Le coffret est imposant, il aurait pu compter moitié moins de galettes (86 CD) si l’on n’avait pas strictement respecté les minutages (et la couverture) des LP d’origine. Livret trilingue de grande qualité, très bien documenté.

Peu d’inédits, les enregistrements mythiques de la grande époque Munch/Boston ont souvent été réédités, surtout les Berlioz, la musique française. On admire au passage la splendeur des prises de son, notamment les toutes premières en stéréo (1954/1955 !) malgré l’acoustique confinée (donc non trafiquée artificiellement) du Boston Symphony Hall. Il y a évidemment plusieurs doublons (Ravel, Berlioz), des déceptions (une Inachevée de Schubert étonnamment prosaïque), mais beaucoup de bonnes surprises (Milhaud, Martinů – la 6ème symphonie dont Munch est le dédicataire et le créateur en 1955), des curiosités, et pour les amateurs les plus anciennes gravures new-yorkaises excellemment remastérisées.

Un coffret indispensable, qui ne fera pas oublier que Charles Munch était un chef de l’instant, capable comme personne d’enflammer musiciens et public. On aimerait une réédition – aussi soignée que l’édition d’origine – de tous les live de Munch avec l’Orchestre National au Théâtre des Champs-Elysées…

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Détails du coffret RCA à lire ici : Bestofclassic : le grand Charles