Il est libre Max

Le centenaire de sa mort a été inégalement célébré. Et n’a pas contribué à une meilleure connaissance de son oeuvre de ce côté-ci du Rhin. La France n’a jamais eu beaucoup de considération pour celui qui passe, au mieux, pour un épigone de Brahms : Max Reger.

Né en 1873, mort d’une crise cardiaque à 43 ans le 11 mai 1916, le compositeur allemand reste largement méconnu, voire méprisé, et quasiment jamais au programme d’un concert en France. Je me rappelle l’étonnement du public (et de la critique) lorsque j’avais programmé à Liège les quatre Poèmes symphoniques d’après Böcklin une première fois en 2004, puis en 2011 (pour la saison des 50 ans de l’Orchestre). Lire L’île mystérieuse.

Les clichés sont tenaces, concernant Max Reger. Contrapuntiste sévère, tourné vers le passé (Bach), hors de son temps (voir la liste de ses oeuvres). Contemporaines du Sacre du printemps et de Daphnis et Chloé, ses grandes oeuvres symphoniques, si elles n’épousent la modernité radicale d’un Stravinsky ou les audaces françaises de Debussy ou Ravel, évitent la surcharge post-romantique d’un Richard Strauss ou du Schoenberg de Pelléas et Mélisande.

Les oeuvres concertantes souffrent, au contraire, de redondances que même d’illustres interprètes comme Rudolf Serkin– qui a étudié avec Reger – ne parviennent pas à gommer.

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L’autre problème de Reger, c’est sa profusion. Son corpus d’oeuvres instrumentales est tel que l’amateur qui voudrait s’y aventurer s’épuisera vite : le violon, l’alto, le violoncelle, la clarinette et l’orgue. Des sommes un peu indigestes.

Mais pour le mélomane qui ne voudrait pas passer à côté d’un compositeur original, singulier même dans son époque, deux coffrets complémentaires sont de nature à satisfaire sa curiosité. L’un comprend la totalité de son oeuvre symphonique et concertante, dans des versions de premier ordre, l’autre – qui vient de paraître – est plus ouvert à tous les genres abordés par Max Reger et bénéficie aussi d’interprètes remarquables.

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Julius le Grand ou le piano enchanté

Je l’ai évoqué brièvement hier (Légendes vivantes) mais je me dois de revenir en détail sur l’inestimable cadeau que représente pour tous les mélomanes la réédition par Decca de tous les enregistrements réalisés par le pianiste Julius Katchen, qui aurait eu 90 ans le 15 août dernier s’il n’avait eu la très mauvaise idée de mourir d’un cancer à 42 ans en 1969.

On a toujours du mal à trouver des qualificatifs qui ne soient ni exagérés ni convenus pour des musiciens de cette trempe. Katchen c’est comme un idéal de piano (le mien en tout cas) : une virtuosité sans limite, un son charnu, profond, un ambitus infini de nuances, et un sens poétique exceptionnel. Son intégrale Brahms est depuis toujours citée en référence, et tout, en effet, y est admirable, parce que conjuguant toutes les qualités que je viens de décrire. Mais plus encore que la musique pour piano ou les concertos, le miracle absolu réside dans les tout derniers enregistrements du pianiste américain : les sonates pour violon et piano avec Josef Suk, la 2e sonate seulement pour violoncelle avec Janos Starker, et surtout les trois trios. Indépassables. Ecoutez simplement le tout début de l’opus 8…La poésie à l’état pur.

Mais ses Mozart, ses Beethoven ne sont pas moins admirables, les concertos bien sûr et deux versions prodigieuses des Variations Diabelli.

Les discophiles chérissent depuis longtemps – j’ai eu le CD sous divers couplages et rééditions – la version stéréo (1958) du 2e concerto de Rachmaninov qu’un Katchen tendu, électrique – et immense poète dans le second mouvement – a gravé avec son alter ego à l’orchestre, Georg Solti. Je crois bien connaître la discographie de ce tube, j’en reviens toujours à ce disque qui me comble, me touche, me met en effervescence à chaque écoute. Même constat pour la Rhapsodie sur un thème de Paganini survoltée et romantique en diable de 1954 avec Adrian Boult. La surprise du coffret c’est une version antérieure (1951) du 2e concerto avec Anatole Fistoulari. S’attendre au meilleur.

Et puis encore des concertos de Schumann, Grieg, Prokofiev (3), Bartok (3), Gershwin parfaits de galbe, de nerf et de projection, la plupart avec le jeune István Kertész.

Toutes les oeuvres et versions à lire ici : Julius Katchen l’édition Decca. Plusieurs inédits en CD. Indispensable évidemment.

 

Nathalie et ses guides

Ce vendredi l’actualité c’était Paris sous l’eau et ses photos spectaculaires.

C’était aussi cette délicieuse soirée dans ce lieu si improbable et si chaleureux qu’est le Théâtre des Bouffes du Nord, autour de Gilbert Bécaud et de ses auteurs.

IMG_3402C’est l’homme de tous les talents, pianiste, chef, compositeur, arrangeur, Bruno Fontaine, qui en a eu l’idée avec le concours de la SACEM.

IMG_3403C’est d’abord cette actrice magnifique, qu’on ne peut qu’aimer profondément, inconditionnellement, Sandrine Bonnaire, silhouette légère dans une légère robe rouge, qui dit sans fard ni artifice des textes de Bécaud ou de ses célèbres paroliers Pierre Delanoë, Louis Amade, Aznavour.., c’est Bruno Fontaine qui connaît tout son piano classique qui parsème ses interventions, ses arrangements, de discrètes allusions à Chopin, Bach, Debussy et tant d’autres, ce sont des chanteurs qu’on n’attendait pas forcément dans Bécaud.

J’avais complètement perdu de vue Jean Guidoni, la silhouette s’est appesantie, la voix s’est arrondie, on pense parfois à Nougaro, et on est heureux de le retrouver. Arthur H nous émeut plus qu’on ne l’aurait imaginé avec Nathalie

Je découvre un beau personnage, Ben Mazué, qui se coule à merveille dans Les marchés de Provence et Quand tu danses.

J’apprécie l’énergie de Clarika, mais moins ses poses et une voix souvent fâchée avec la justesse. Bruno Fontaine, Christophe Willemme à la basse et Daniel Ciampolini à la batterie nous offrent un plein de nostalgie avec un Dimanche à Orly instrumental.

Et puis, une fois encore sans aucune objectivité, on cède à la voix, à la lumineuse présence d’Isabelle Georges – qui a eu une permission de sortie d’un soir du Théâtre La Bruyère (Parlez moi d’amour) -. Elle chante Je t’attends, L’absent et conclut la ronde avec l’une des plus belles chansons de son propre spectacle (Amour Amor) C’est merveilleux l’amour.

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L’art de la critique (suite)

L’un de mes billets de la rentrée n’était pas passé inaperçu (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/09/le-difficile-art-de-la-critique/).

La lecture des magazines musicaux d’avril confirme autant la difficulté que la relativité de la critique. Cela aurait plutôt tendance à me réjouir, mais je comprends que les lecteurs, les mélomanes, et les artistes eux-mêmes, puissent être déconcertés par de telles différences de jugement.

Deux exemples significatifs, deux intégrales : les concertos pour piano de Rachmaninov, les symphonies de Nielsen.

 

Rachmaninov 4 # dans Diapason, 1 seule étoile dans Classica. Le bienveillant Jérôme Bastianelli (Diapason) trouve de belles qualités à la pianiste française dans les 1er et 4eme concertos (« l’élan qui manquait aux concertos médians et s’y fait même jubilatoire »), l’impitoyable Stéphane Friédérich (Classica) s’attarde, lui, sur les 2ème et 3ème concertos, qui « cumulent tous les défauts… sirop hollywoodien…prise de son cotonneuse… mollesse incompréhensible de l’orchestre ».  Je n’ai pas écouté (et je n’ai pas nécessairement envie de le faire) cette nouvelle production; si on lit bien entre les lignes, les deux critiques ne sont sans doute pas si éloignés l’un de l’autre. Une nouveauté vraiment pas indispensable. Références inchangées (Wild/Horenstein, Rösel/Sanderling, Orozco/de Waart)

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Nielsen : Diapason d’Or d’une part, 2 petites étoiles dans Classica. Dans ce cas, le divorce est manifeste entre Jean-Charles Hoffelé (Diapason) et Stéphane Friédérich (Classica). Là où JCH est emballé par le « style furioso du chef estonien », SF évoque une « énergie brouillonne, grandiloquente et superficielle » rien que ça! Tandis que le second dénonce une « prise de son trop réverbérée qui brouille une conception à la limite du contresens », le premier termine son papier d’un « Et tout cela enregistré à la perfection! ». On ne peut suspecter ni l’un ni l’autre de ne pas être des auditeurs professionnels, des critiques confirmés. C’est finalement rassurant de constater que nous n’entendons pas tous la même chose.

Réconciliera-t-on nos deux amis autour de cette formidable prestation de Leonard Bernstein avec l’orchestre de la radio danoise ?

Il arrive aussi que l’unanimité se fasse, dans l’admiration comme dans la détestation. Ainsi la réédition des Variations Goldberg de Bach sous les doigts de Daniel Barenboim, captées live au Teatro Colon de Buenos Aires en 1989, Choc de Classica (« Barenboim à son meilleur, inspiré, le geste aérien, précis »), DIAPASON D’OR (« geste épique…le souffle qui porte l’immense narration autorise tous les contrastes »)

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Même unanimité pour une autre réédition qui, elle, ne s’imposait vraiment pas dans ces conditions

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« Publication simplement honteuse » (Classica), « pitoyables conditions sonores » (Diapason).

Et puisqu’on évoque ici le beau et noble artisanat de tous ces labels, petits ou grands, qui, contre vents et marées, continuent de nous offrir l’émotion de la découverte, comment oublier l’épouvantable actualité bruxelloise, qui a ôté la vie à Mélanie Defize, qui avait sûrement collaboré à l’édition de ce disque tout récent…au titre prémonitoire.

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Rassemblés sur ce disque, trois orchestres (l’Orchestre national de Belgique, l’Orchestre philharmonique royal de Liège et l’Orchestre national de Montpellier) qui me sont chers autour d’un compositeur belge dont j’aime suivre le parcours singulier depuis bientôt deux décennies.

C’est demain qu’ont lieu les obsèques de Mélanie. On y sera de toute la force de nos pensées.

http://www.rtc.be/reportages/262-general/1470524-aline-bastin-et-melanie-defize-victimes-des-attentats

Printemps qui commence

Je n’ai jamais su si le printemps commençait le 20 ou le 21 mars. Tout dépend de l’équinoxe, et si j’en crois les spécialistes, c’était hier aux aurores (http://www.linternaute.com/actualite/societe/1218670-equinoxe-de-printemps-pourquoi-le-printemps-2016-est-si-precoce-19-mars-2016/)

Peu importe, la musique ne s’embarrasse pas d’autant de précision. Les saisons sont un éternel sujet d’inspiration, et les plus célèbres sont connues de tous (Vivaldi, Haydn, 1ere symphonie de Schumann, etc.).

Quelques printemps moins connus que d’autres pour commencer cette dernière semaine de mars.

L’un des grands airs de l’opéra de Saint-Saëns, Samson et Dalila, est un redoutable piège pour toutes les cantatrices qui s’y frottent, puisque la principale difficulté de la langue française pour les non francophones, la prononciation des diphtongues – en/an/in -, s’y trouve concentrée dès les premiers mots : Printemps qui commence, portant l’espérance Chez beaucoup, et les plus illustres, ça donne à peu près : Prê-tâ qui com-mâce !

Evidemment, c’est un reproche qu’on ne peut pas faire à la plus grande Dalila du XXème siècle, la très regrettée Rita Gorr (1926-2012)

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Glazounov, né en 1885 à Saint-Pétersbourg, et mort il y a tout juste 80 ans, le 21 mars 1936… à Neuilly sur Seine, est le type même d’excellent faiseur, qui n’atteint jamais au génie, mais dont l’oeuvre n’est pas négligeable dans l’histoire de la musique russe. Sous la baguette de Svetlanov, son Printemps évoque éloquemment l’éveil de la nature.

Le jeune Rachmaninov a lui aussi dédié au Printemps une cantate beaucoup trop méconnue

Charles Dutoit en a gravé une version de référence à Philadelphie (avec deux autres chefs-d’oeuvre trop peu joués, Les Cloches et les trois chants russes.

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Debussy a quant à lui signé un poème symphonique, Printemps, plutôt rare au concert. Hommage en passant à Pierre Boulez, disparu en ce début d’année 2016 :

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Les merveilles d’Alicia

Un week-end frileux, et c’est l’occasion de chercher le soleil dans sa discothèque. De redécouvrir aussi l’art d’un immense petit bout de femme – cela dit avec toute l’affection et l’admiration qu’on lui porte – Alicia de Larrocha.

Je me rappelle – mais le souvenir est vague – l’avoir encore vue en concert à Genève il y a vingt-cinq ans, un concerto de Mozart je crois, mais ce n’est que plus tard en écoutant ses disques que j’ai mesuré la place singulière que la pianiste espagnole occupe dans la discographie.

Bien sûr oui Albeniz et Granados, et à un degré suprême.

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Et bien sûr Falla :

Mais aussi idiomatique qu’elle soit dans son répertoire natal, réduire Alicia de Larrocha à la musique espagnole, c’est aussi stupide que de cantonner les pianistes français à Ravel ou Debussy.

Et quand on écoute des bandes récemment rééditées de Mozart ou Beethoven, on mesure à quel point sont inopérantes les catégories en musique.

71lIBnIKVwL._SL1500_81zcpSxCihL._SL1200_`Je ne suis pas sûr qu’Alicia de Larrocha ait jamais eu l’idée – ni qu’on la lui ait suggérée – de graver une intégrale des concertos pour piano de Mozart, mais les quelques gravures qu’elle a laissées, pour l’essentiel dans les dernières années de sa carrière, sont comme des cadeaux, des perles rares, surtout lorsque Georg Solti ou Colin Davis l’accompagnent presque amoureusement.

Retrouver Alicia c’est aussi réécouter Granados (1867-1918), ses Danses espagnoles, ses Goyescas, où jadis le pianiste français Jean-Marc Luisada s’illustra superbement.

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On l’aura compris, l’art de la pianiste espagnole, c’est un inépuisable pays de merveilles. Assez subtilement résumé par ce coffret de 7 CD, qui ne contient rien du répertoire « naturel’ d’Alicia de Larrocha, mais en dit très long sur un art hautement distingué.

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Edition limitée

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Je l’avais promis hier, tout cet article est consacré à la plus belle parution discographique de l’année, une édition limitée certes, qui a son prix – mais amplement justifié – le plus bel hommage qui pouvait être rendu à Sviatoslav Richter pour le centenaire de sa naissance.

Ce n’est pas une compilation de plus, comme il y en eut tant pour ce pianiste, et pas toujours des plus soignées.

Ici ce ne sont que des enregistrements de concert en Russie, pour l’essentiel à Moscou, captés par la radio d’Etat, fantastiquement retravaillés, remastérisés, par ce qui fut le label soviétique, Melodia, qu’on a bien cru voir disparaître après l’éclatement de l’URSS. Et c’est tout simplement prodigieux, exceptionnel, on est en manque de qualificatifs. Comme je l’écrivais hier, l’occasion aussi de redécouvrir, s’il en était besoin, l’un des plus grands chefs russes du XXème siècle, Kirill Kondrachine, le partenaire le plus fréquent de Richter dans les concertos, et par exemple dans le Triple de Beethoven où l’on retrouve le même trio de luxe qu’avec Karajan, Richter, Oistrakh, Rostropovitch… Revue de détail ci-dessous.

Encore un mot sur l’objet, très beau boîtier noir, pochettes cartonnées or et blanc, livret quadrilingue (russe, anglais, français, allemand) remarquablement documenté, et même un grand sac de coton blanc à l’effigie du coffret !

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CD 1 Schubert Sonate 21 D 960 / Schubert-Liszt Erlkönig / Moussorgski Tableaux (8 décembre 1949)

CD 2 Bach extr.cantate 202 / Mozart 3 mélodies / Debussy C’est l’extase langoureuse / Chausson Le colibri / Ravel Cinq mélodies grecques (répétition privée) – Mozart Komm liebe Zither, Die Alte / Liszt Vergiftet sind meine Lieder / Schumann Mit Myrten und Rosen / Weckerlin Belle Manon / Falla Seguedilla / Debussy Noël des enfants qui n’ont plus de maison (Bucarest, 24 mai 1958) + Nina Dorliac, mezzo soprano.

CD 3 Haydn Sonate 50 / Chopin Ballade 3, Scherzo 4 / Schumann Novellettes op.21 (24 septembre 1960)

CD 4 Debussy Reflets dans l’eau, Hommage à Rameau, L’Isle joyeuse, Cloches à travers les feuilles, Les collines d’Anacapri (24 septembre 1960 / Franck Quintette piano (studio 1956) + Quatuor du Bolchoi

CD 5 Brahms Concerto 2 + bis 4e mvt / Beethoven Rondo si b M (28 mai 1967) + Kondrachine*

CD 6 Beethoven Concertos 1 et 3 (8 mai 1962) + Kondrachine

CD 7 Beethoven Sonates 17,18,27,28 (10 octobre 1965, à la mémoire d’Heinrich Neuhaus)

CD 8 Prokofiev Sonate 7 / Scriabine Sonate 7 / Ravel Valses nobles et sentimentales (10 décembre 1964)

CD 9 Beethoven Sonate 31 (10 octobre 1965, à la mémoire d’Heinrich Neuhaus) / Ravel Miroirs, Jeux d’eau / Rachmaninov Etude Tableau op.39/3 / Brahms Rhapsodie op.79/2 (10 décembre 1964)

CD 10 Hindemith Sonate violon / Berg Kammerkonzert (18 mai 1976) + Kagan, vi Ens.vents Conservatoire Moscou, Nikolaievski

CD 11 Prokofiev Sonates 2,4,6 (2 mai 1966)

CD 12 Mozart sonate violon K402, Beethoven sonates violon 2,4,5 (27 octobre 1975, à la mémoire de David Oistrakh) + Kagan

CD 13 Tchaikovski Extr.Saisons, Nocturne, Valse scherzo, Humoresque, Capriccioso, Valse, Romance / Rachmaninov Etudes-Tableaux op.33/4,5,8, op.39/1,2,3,4,9 (1er juin 1983, inauguration de la salle Rachmaninov du Conservatoire de Moscou)

CD 14 Même programme que CD 12 (2 juin 1983) sauf Tchaikovski Romance, Un poco di Chopin, L’Espiègle, Rêverie du soir, Chanson triste, Menuetto scherzoso, Valse de salon, Méditation

CD 15 Schubert Sonates D 566, 625, 664 (18 octobre 1978, 150eme anniversaire de la mort de Schubert)

CD 16 Schubert Sonates D 894, 566 (2 mai 1978, à la mémoire d’Heinrich Neuhaus)

CD 17 Schubert Scherzo 2, Andante D 604, Ländler D 366, Moments musicaux D 780/1,2,3 (2 mai 1978), Ecossaises D 774, extr.Danses allemandes D 790, Impromptu D 899/3 (18 octobre 1978), Marche D 606, Impromptus D 899/2,4 (3 mai 1978)

CD 18 Beethoven Triple concerto (20 mars 1972) + Kondrachine, Oistrakh, Rostropovitch / Dvorak Concerto (21 mai 1961) + Kondrachine

CD 19 Franck Trio piano / Ravel Trio piano (18 septembre 1983) + Kagan, Gutman

CD 20 Beethoven Sonate 1 / Schumann Carnaval de Vienne / Chopin Polonaise Fantaisie, Valses op.14/3, 70/3, Mazurkas op.63/3, 67/3, 68/3 post. (10 décembre 1976)

CD 21 Chopin Etude op.10/4, Etude op.25/7, Scherzo 4, Prélude op.28/15 / Debussy Le vent dans la plaine, Ondine, Bruyères / Rachmaninov Prélude op.32/12 (10 octobre 1976) Debussy Reflets dans l’eau, Hommage à Rameau, Mouvement, Cloches à travers les feuilles (18 septembre 1983)

CD 22 Beethoven Sonates 1, 7, 9, 12 (16 octobre 1976)

CD 23 Mozart Concerto 22 / Prokofiev Concerto 5 (12 mai 1967) + Kondrachine

CD 24 Britten Concerto (12 septembre 1967) / Scriabine Prométhée (3 avril 1972) + Svetlanov, OS URSS

CD 25 Haydn Sonate 22 / Chopin Ballade 1, Nocturnes op.62/2, 72/1 / Debussy Préludes II (26 mai 1967)

CD 26 Bartok sonate violon 1 / Prokofiev sonate violon 1 (29 mars 1972) + Oistrakh

CD 27 Brahms sonate violon 2 / Schubert Grand duo, andantino / Beethoven sonate violon 1, allegro (29 mars 1972) Franck Sonate violon (28 décembre 1968) + Oistrakh

CD 28 Brahms sonate violon 3 / Schubert Grand Duo / Beethoven Sonate violon 6, adagio, Sonate violon 5, scherzo (28 décembre 1968) + Oistrakh

CD 29 Beethoven sonates violon 1,3,10 (6 mai 1970) + Oistrakh

CD 30 Beethoven sonate violon 5 / Brahms Sonate violon 3 / Chostakovitch sonate violon (3 mai 1969) + Oistrakh

CD 31-32 Bach Clavier bien tempéré livre I (20 et 21 avril 1969)

CD 33 Schumann Bunte Blätter, Albumblätter, Novellette, Prélude, Marche, Abendmusik, Scherzo, Geschwindmarsch / Moussorgski Tableaux (15 décembre 1968)

CD 34 Beethoven Sonates 27, 28, 30,31 / Brahms intermezzo op.118/1, capriccio op.116/3, intermezzo op.116/5 (10 octobre 1971)

CD 35 Schubert Sonate D 958 / Brahms Capriccios op.116/3,7 , Intermezzi op.116/5,6 / Chopin Nocturnes op.15 (6 octobre 1971)

CD 36 Beethoven Sonates 3,4 (12 janvier 1975)

CD 37 Beethoven Sonate 32, Bagatelle op.126/1 / Chopin nocturne op.9/1 / Wagner Elégie (12 janvier 1975) Debussy Images I, Hommage à Haydn / Rachmaninov Préludes op.32/1, 23/8, 23/7 (6 octobre 1971)

CD 38 Mozart concerto 17 (22 décembre 1968) + Barchai OC Moscou / Berg Kammerkonzert (9 avril 1972) + Kagan, Barchai, OS radio Moscou

CD 39 Mozart concerto 14 / Beethoven concerto 3 (27 mai 1973) + Barchai OC Moscou

CD 40 Mozart concerto 18 (9 et 10 janvier 1977) + Kondrachine

CD 41 Miaskovski sonate 3 / Chostakovitch Préludes op.87/19,20,21,22 / Prokofiev Sonate 8 (22 décembre 1974)

CD 42 Bach Concertos BWV 1052, 1057, 1050 (25 mars 1978) + Nikolaievski ens.ch.Conservatoire Moscou

CD 43 Mozart Concerto 27 (29 décembre 1976) + Kondrachine / Schumann Concerto (28 mars 1973) + Barchai OS URSS

CD 44 Chostakovitch Sonate alto (26 décembre 1982) + Bashmet

CD 45 Haydn Sonate 2 / Brahms Sonate violon 1 / Chostakovitch Sonate violon (13 mai 1985) + Kagan

CD 46 Beethoven Sonates 6,7,17 (21 décembre 1980)

CD 47 Beethoven Sonate 18 / Chopin Etude op.10/12 (21 décembre 1980) Schubert Sonate D 566 (28 mai 1964) Liszt Concerto pathétique (8 janvier 1959) + Ginsburg

CD 48 Brahms Sonate 2, Klavierstücke op.119 / Szymanowski Sonate 2 (8 janvier 1959)

CD 49 Schubert Klavierstücke D 946 / Mendelssohn Variations sérieuses / Brahms Ballade op.10/2, Capriccio op.76/8, Intermezzi op.116/3,5,6,7 (28 mai 1964)

CD 50 Prokofiev Sonate 9, Légende op.12/6, extr.Visions fugitives, Valse de Guerre et Paix, Cendrillon, extr. (8 juin 1979)

*Kondrachine : toujours avec l’Orchestre Philharmonique de Moscou

** Sauf mention contraire, tous ces enregistrements ont été faits dans la grande Salle du Conservatoire de Moscou.

P.S. J’ai personnellement commandé (au meilleur prix disponible) ce coffret sur http://www.amazon.it.

La révélation Dinorah

Le nom me disait quelque chose, Jean-Charles Hoffelé avait attisé ma curiosité sur Facebook, je m’étais aussitôt mis en quête du précieux objet et j’ai dû attendre 24 heures pour le découvrir, le postier n’ayant rien trouvé de mieux que de coincer le paquet dans ma boîte aux lettres.

Et depuis, elle ne me quitte quasiment plus. Elle ? Dinorah Varsi, une pianiste dont la disparition, à 73 ans, au début de l’été 2013, m’avait laissé indifférent (http://www.diapasonmag.fr/actualites/a-la-une/la-pianiste-dinorah-varsi-est-morte).

Pourtant je me rappelle maintenant, quelques mois après la mort de mon père (le 6 décembre 1972), j’avais acheté à prix de souscription, un double album 33 tours Philips des concertos de Chopin, Dinorah Varsi au piano, Jan Krenz (un chef polonais que je retrouverais bien des années plus tard avec l’orchestre de Liège) dirigeant l’orchestre philharmonique de Monte Carlo (à l’époque il s’appelait encore orchestre national de l’opéra de Monte-Carlo !).

Mais j’avais complètement perdu de vue cette pianiste, qu’on ne citait jamais, ou si peu, dans mes revues favorites.

Et voilà qu’un éditeur allemand courageux publie quelque chose de magnifique, de somptueux, un considérable coffret de format 33 tours, à un prix dérisoire compte-tenu du travail qui a dû précéder cette publication.

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La totalité des enregistrements studio (au début pour Philips) de celle qui fut lauréate du Concours Clara Haskil en 1967, 13 CD de concerts, 5 DVD, 1 audio CD d’entretiens, et un livre de 112 pages.

Je suis encore loin du compte, et ce coffret va me nourrir encore des jours et des soirs, mais déjà ces Chopin… Pas le souvenir d’avoir entendu jusqu’à présent, même chez les très grands, une aussi parfaite combinaison entre beauté du son, rigueur du chant, exactitude des tempi, respiration belcantiste, éloquence narrative.

J’ai un point de repère, la Première Ballade. Tant s’y fourvoient, incapables de liberté et de poésie dans le chant initial, suspendu, confondant vivacité et précipitation en avalant les traits périlleux de la dernière partie. Alors qu’il suffit de chanter, toujours, même quand Chopin vire à la virtuosité. J’avais dans l’oreille la perfection d’Arturo Benedetti Michelangeli, j’aurai désormais la merveille délivrée par Dinorah Varsi, une autre manière de perfection.

Et les si fabuleuses Etudes, les deux cahiers des opus 10 et 25, trop souvent scolaires, comme à un concours du plus vite, plus fort, plus démonstratif. De nouveau, j’aurai à côté du « live » exceptionnel de Geza Anda de l’opus 25, les deux cahiers captés eux aussi en concert, à Schwetzingen, dans un son magnifique, de Dinorah Varsi. Une technique supérieure, un contrôle phénoménal des doigts, une virtuosité jamais vaine et prima la musica ! (moi qui n’aime pas beaucoup la 12eme étude de l’opus 10 dite « Révolutionnaire » parce que ce n’est le plus souvent que prétexte à épate, ici je rends les armes tellement c’est beau, animé d’un vrai souffle romantique !).

Et on ne parle pas de tout ce qu’on n’a pas encore écouté (Schumann, Ravel, Debussy, Beethoven)… ah si quand même la plus belle, je pèse mes mots, sonate D 664 de Schubert.

Et les concertos ? Un coup d’oreille aux tubes : le 1er de Tchaikovski, le 2eme de Rachmaninov, enregistrés dans les années Philips à Rotterdam. Vous ne pourrez plus jamais écouter les pachydermiques versions Richter-Karajan 22’10 le 1er mouvement (ou pire Kissin-Karajan ! 24′)  là où Varsi et Gardelli en prennent 18’20 pour le Tchaikovski ou Weissenberg -Karajan pour le Rachmaninov.

Ecoutez ce début du 2eme de Rachmaninov, ça avance droit, mais ça chante toujours… et on entend tout. (Le repiquage en CD est bien meilleur). Ecoutez la Rhapsodie sur un thème de Paganini, écoutez la pureté de son Mozart...

Je me demande comment j’ai pu vivre jusqu’ici en ignorant cette immense musicienne. Il me reste à rattraper le temps perdu et à vous conseiller de faire de même. Faites-vous offrir ce coffret pour les fêtes ! Indispensable.

Détail de toutes les plages de ce coffret (et possibilité d’écouter un extrait de chacune ! ) : (http://www.amazon.fr/Dinorah-Varsi-Legacy-collected-recordings/dp/B015OPMDCS/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1449417683&sr=8-1&keywords=dinorah+varsi)

Silence

« De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent » (Coluche, Pensées et anecdotes).

Jamais le côté « café du commerce » de la Toile, des réseaux sociaux, Facebook surtout, ne m’a paru plus insupportable que depuis dimanche. L’effet de sidération, de stupeur, qui nous avait tous saisis dès vendredi soir, s’étant estompé, les pires vannes se sont ouvertes. Pourtant je suis resté connecté sur ces réseaux, j’ai essayé de partager les questions, les analyses, les commentaires de beaucoup de mes amis et relations.

Comme tout le monde, j’essaie de comprendre, d’écouter ceux qui en savent plus que moi, je fais appel aussi aux ressources de ma conscience, de ma mémoire. Et finalement je préfère le silence, qui n’est pas l’indifférence, le repli sur soi. Qui peut être communion avec ceux qui ne sont plus, avec ceux qui restent et pleurent leurs morts, avec ceux qui veulent vivre.

J’ai eu besoin de beaucoup de musique. Comme celles-ci :

Schubert à retrouver dans le magnifique coffret que publie Decca pour les 70 ans de Radu Lupu (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2015/11/15/radu-lupu-au-singulier-8528752.html)

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La 6eme symphonie n’est pas la plus connue ni jouée des symphonies de Bruckner, et pourtant j’y reviens souvent, à cet extraordinaire adagio d’une grandeur infinie.

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La voix, le timbre de la grande contralto canadienne Maureen Forrester (https://fr.wikipedia.org/wiki/Maureen_Forrester) me bouleversent à chaque écoute. Le label Praga vient de rééditer deux versions de référence, parues séparément au début des années 60, des cycles de Mahler, Des Knaben Wunderhorn et les Rückert Lieder.

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La pureté, la simplicité, l’essence de ce chant de douleur de Bach, sous les doigts de ma grand-mère préférée du piano russe, Tatiana Nikolaieva que j’ai eu la chance de côtoyer dans un jury à Genève et surtout d’entendre en concert. Je reviens souvent à ses Bach et ses Beethoven, gorgés d’humanité.

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J’ai dû écouter ces derniers jours plusieurs versions de l’ultime chef-d’oeuvre de Rachmaninov, ses Danses symphoniques. Aucune n’atteint l’intensité du désespoir que Kirill Kondrachine exprime dans le 2e mouvement, cette valse de fin du monde, ces trompettes hurlantes qui ouvrent le bal tragique. Ecouter à partir de 11’10 » (mais les trois Danses sont de la même eau)

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Débuts

Un peu surpris d’abord par cette polémique : les chanteurs lyriques français se plaignent d’être trop peu employés sur les scènes françaises : http://www.franceinfo.fr/actu/societe/article/les-chanteurs-lyriques-s-estiment-sous-employes-738411.

Ce n’est pas l’impression que j’ai eue ces derniers mois (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/10/11/cherubins/), j’avais même le sentiment – mais un sentiment n’est pas une statistique ! – qu’il y avait depuis quelques années un véritable renouveau du chant français et une multitude d’excellents artistes pour repeupler festivals et théâtres non seulement en France mais dans le monde. Et puis le principe des quota par nationalité…ça me choque !

Voilà pour la mauvaise humeur, mais la semaine fut plutôt chaleureuse, en dépit d’une météo pré-hivernale. Deux débuts, deux jeunes chefs, deux temps de musique très différents, l’un et l’autre nécessaires.

C’est toujours un passage obligé, délicat pour un chef d’orchestre : faire ses débuts avec un orchestre, de surcroît dans son pays, dans sa ville. Le terme « débuts » peut paraître un peu dérisoire pour quelqu’un qui n’est vraiment pas un « débutant » : Lionel Bringuier, 29 ans (!)  est depuis septembre 2014 le directeur musical de la Tonhalle de Zurich, où il a succédé au vétéran David Zinman. Il a dirigé nombre de prestigieux orchestres américains et européens, il est loin d’être un inconnu à Paris, puisque il a été invité régulièrement par l’Orchestre philharmonique de Radio France. Mais c’était mercredi la première fois avec l’Orchestre de Paris et à la Philharmonie de Paris.

Salle comble, des amis musiciens dans le public, Philippe Jordan (Lionel Bringuier fait aussi bientôt ses débuts à l’Opéra de Paris dans Carmen) Paul Meyer, Beatrice Rana, et un programme sans risque, un peu bateau, avec une belle surprise pour commencer : Con brio, une pièce hyper-virtuose du génial Jörg Widmann qui fait écho au Beethoven des 7ème et 8ème symphonies, un éblouissement de timbres, de rythmes, de références et d’humour. Puis un concerto plus pastoral qu’emporté, plus classique que romantique, celui de Schumann sous les doigts propres et un peu trop sages à mon goût de Martin Helmchen. En seconde partie, les showpieces, Roméo et Juliette de Tchaikovski et les Danses de Galanta de Kodaly. L’Orchestre de Paris brille de tous ses feux, le chef n’en rajoute pas dans la démonstration, quitte à nous laisser un peu sur notre faim. Mais à tout prendre le respect de la partition vaut toujours mieux que la recherche de l’effet facile.

Hier on retrouvait, un an et deux jours après son dernier concert à Pleyel, le chef russe Vassily Petrenko (qui n’a aucun lien de famille avec Kirill, celui qui prendra, en 2019 et pas en 2018 finalement, la direction du Philharmonique de Berlin) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vasily_Petrenko

On se rappelait comme si c’était hier un fabuleux concert (et un dîner chaleureux où le jeune chef russe m’avait confié son amour du répertoire français !) : http://www.diapasonmag.fr/actualites/critiques/salle-pleyel-vasily-petrenko-et-l-orchestre-philharmonique-de-radio-france. On était impatient de retrouver la même équipe cette fois dans l’auditorium de la Maison de la Radio, que Petrenko découvrait. Surtout dans un programme taillé sur mesure pour et par le chef pétersbourgeois : la suite de Ma Mère l’Oye de Ravel – précision et poésie mêlées – à laquelle s’enchaînait parfaitement le 3e concerto pour piano de Prokofiev. On a d’abord été surpris par ce qui nous semblait de la prudence dans le jeu du jeune pianiste ouzbek Behzod Abduraimov – on a trop les feux d’artifice de Martha Argerich dans l’oreille ! – puis conquis par cette calme puissance, typique d’une certaine école russe, qui ménage ses effets, emporte l’adhésion sans épate. Preuve supplémentaire dans le bis : on aurait dit Gilels dans La Campanella de Liszt. 

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Puis venait la 1ère symphonie de Rachmaninov. L’an dernier, j’avais dit à V.Petrenko combien j’aimais cette oeuvre et j’étais impatient de l’y entendre. Je n’ai pas été déçu, bien au contraire. L’oeuvre est longue, pleine de maladresses (et de difficultés pour l’orchestre), mais tous les « fondamentaux » de Rachmaninov s’y trouvent et Petrenko les exalte sans complexe, magnifiquement suivi par le « Philhar ». Seule réserve, l’acoustique de l’auditorium de la Maison de la radio a encore besoin de réglages, pour éviter que les cuivres ne claquent aussi durement dans des oeuvres de grand effectif (les musiciens n’étant évidemment pas en cause).

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