Artur et Helmut

J’étais en train de préparer un papier enthousiaste sur un de ces coffrets-trésors qui nous restitue l’art d’un très grand chef, un peu disparu des radars, Artur Rodzińskiné à Lviv en 1892, mort à Boston en 1958.

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A propos d’un précédent coffet sur Robert Casadesus, je dénonçais le prix de vente abusivement élevé de ce type de rééditions dans les magasins français. Ai-je été entendu ? Cette nouveauté Scribendum est disponible autour de 40 €. Une aubaine dont il faut d’autant plus profiter qu’un vrai travail de remasterisation permet de redécouvrir, dans leur splendeur originelle, des prises de son magnifiques, les premières stéréo à Londres.

Si l’on devait trouver un qualificatif facile pour décrire l’art de ce chef, on pourrait le situer entre Toscanini et Monteux, pour la précision, l’alacrité rythmique, le sens des couleurs. On aime tout particulièrement les Falla, Albeniz, Kodaly, une 5ème de Chostakovitch âpre et droite, des Tchaikovski idiomatiques (superbe Casse Noisette) …

Tous les détails de ce coffret miracle ci-dessous.

La nouvelle de l’après-midi c’est bien sûr la disparition d’Helmut KohlL’honnête chancelier chrétien-démocrate est entré dans l’Histoire, en se faisant, envers et contre tout et tous, l’artisan résolu d’une réunification de l’Allemagne que personne, à commencer par lui, n’imaginait aussi rapide à l’orée des années 90. Chapeau bas !

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Les détails du coffret Scribendum / Rodzinski

Albéniz:

Navarra

El Corpus Christi en Sevilla (from Iberia, book 1)

Triana (from Iberia, book 2)

Beethoven:

Symphony No. 5 in C minor, Op. 67

Bizet:

Carmen Suite No. 1

Carmen Suite No. 2

Borodin:

Prince Igor: Polovtsian Dances

Dvorak:

Slavonic Dances Nos. 1-8, Op. 46 Nos. 1-8

Slavonic Dances Nos. 9-16, Op. 72 Nos. 1-8

Symphony No. 9 in E minor, Op. 95 ‘From the New World’

Falla:

El sombrero de tres picos – Suite

Ritual Fire Dance (from El amor brujo)

Franck, C:

Symphony in D minor

Le Chasseur maudit

Glinka:

Ruslan & Lyudmila Overture

Granados:

Danza española, Op. 37 No. 5 ‘Andaluza’

Grieg:

Peer Gynt Suites Nos. 1 & 2

Ippolitov-Ivanov:

Caucasian Sketches

Kodály:

Dances of Galanta

Dances of Marosszék

Háry János Suite

Mussorgsky:

Pictures at an Exhibition

A Night on the Bare Mountain

Khovanshchina: Prelude

Prokofiev:

Symphony No. 1 in D major, Op. 25 ‘Classical’

The Love for Three Oranges: Suite Op. 33b

Rachmaninov:

Symphony No. 2 in E minor, Op. 27

Rimsky Korsakov:

Russian Easter Festival Overture, Op. 36

Rossini:

Guillaume Tell Overture

Schubert:

Symphony No. 8 in B minor, D759 ‘Unfinished’

Shostakovich:

Symphony No. 5 in D minor, Op. 47

Strauss, J, II:

An der schönen, blauen Donau, Op. 314

Kaiser-Walzer, Op. 437

Frühlingsstimmen Walzer Op. 410

Rosen aus dem Süden, Op. 388

Geschichten aus dem Wienerwald, Op. 325

Strauss, R:

Don Juan, Op. 20

Till Eulenspiegels lustige Streiche, Op. 28

Der Rosenkavalier – Suite

Salome: Dance of the Seven Veils

Tanzsuite aus Klavierstücken von François Couperin

Tod und Verklärung, Op. 24

Tchaikovsky:

The Nutcracker, Op. 71

Symphony No. 4 in F minor, Op. 36

Symphony No. 5 in E minor, Op. 64

Symphony No. 6 in B minor, Op. 74 ‘Pathétique’

Romeo & Juliet – Fantasy Overture

Wagner:

Tristan und Isolde: Prelude & Liebestod

Die Walküre: Ride of the Valkyries

Die Walkure: Magic Fire Music

Götterdämmerung: Siegfried’s Funeral March

Götterdämmerung: Dawn and Siegfried’s Rhine Journey

Tristan und Isolde: Prelude & Liebestod

Die Meistersinger von Nürnberg: Overture

Die Meistersinger von Nürnberg: Dance of the Apprentices

Lohengrin: Prelude to Act 1

Tannhäuser: Overture

Chicago Symphony Orchestra

Royal Philharmonic Orchestra

New York Philharmonic

Philharmonia Orchestra

Columbia Symphony Orchestra

Vienna State Opera Orchestra

Et si, pour une fois

emmanuel-macron-et-ses-ministresEt si, pour une fois…

… on faisait crédit à un Président installé depuis moins d’une semaine, à un gouvernement nommé avant-hier, au lieu de systématiquement et immédiatement dézinguer les uns, ricaner des autres.

… on avait le droit de se réjouir que des professionnels reconnus, de belles personnalités – je pense en premier lieu évidemment à Françoise Nyssen, la nouvelle Ministre de la Culture – soient nommés aux bons postes, aux bonnes responsabilités.

… on écoutait, on respectait les électeurs, qui ont tout de même montré éloquemment qu’ils ne faisaient plus confiance aux partis traditionnels, et qui ont placé en tête du premier tour deux candidats qui proposaient de rompre avec les vingt dernières années, et qui, aujourd’hui, ont envie d’espérer que quelque chose change enfin

… on changeait de logiciel  – ce que vient de dire Mathieu Croissandeau, le patron de l’Obssur France 5 – pour analyser la nouvelle donne politique,  ce fait majeur que sont l’élection du plus jeune chef d’Etat qu’ait connu notre pays,  et la constitution d’un gouvernement qui réunit en effet des ministres d’origines politiques diverses. Les partis traditionnels, sévèrement battus au premier tour de la présidentielle, et beaucoup d' »experts »médiatiques de la chose publique, continuent à appliquer des grilles d’analyse qui n’ont plus cours, à se livrer au jeu aussi facile que vain qui consiste à monter en épingle les propos passés des nouveaux ministres sur le nouveau Président et sa ligne politique. Rien que le décompte – tant de ministres de droite, tant de gauche, tant du centre – est obsolète.

… on revendiquait une fierté retrouvée d’être de nouveau, nous la France, le centre d’intérêt du monde entier, et de l’Europe en particulier. Le nouveau président, comme Obama jadis aux Etats-Unis, est attendu, entendu avec espoir, curiosité, bienveillance. Même si cela ne devait pas durer, il en est des premiers pas d’un président comme du premier contact d’un chef avec un orchestre : c’est la première impression qui compte. Et le moins qu’on puisse dire est qu’en dehors des éternels grincheux hexagonaux, les médias du monde entier se sont passionnés pour cette élection hors norme, et ce président qui bouleverse l’ordre établi.

… on cessait, pour quelque temps, l’auto-dénigrement, la dérision facile, pour souhaiter que cette nouvelle aventure réussisse, que les espoirs ne soient pas déçus. Finalement juste souhaiter que notre pays sorte de la spirale du déclinisme et de la morosité qui n’a que trop longtemps été son seul horizon.

Les années Bosson

J’ai appris ce matin la mort, le 13 mai dernier, des suites de ce qu’on appelle encore, avec une pudeur mal placée, une « longue maladie », de Bernard Bosson.

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Les hommages pleuvent, convenus ou obligés, de la part de ceux qui l’ont connu maire d’Annecy, député, ministre, responsable politique. Je voudrais y ajouter un témoignage personnel, des souvenirs que je livre pour la première fois.

Bernard Bosson, je le rencontre en 1980 à la faveur d’une Université d’été des Jeunes Démocrates Sociaux. Jeune avocat, conseiller municipal d’Annecy depuis 1977, il est encore dans l’ombre de son illustre père Charles Bosson, une haute figure de la démocratie chrétienne et de la Résistance en Haute-Savoie (et pour moi, jusqu’à sa mort, un guide affectueux et attentif). Je vais le revoir, à l’été 1981, je suis en vacances en Haute Savoie en famille, un peu inquiet quant à mon avenir professionnel – le député pour qui je travaillais a été battu aux élections de juin – je lui demande conseil. Il me dit qu’un médecin – qu’il ne connaît pas – vient d’être élu à 60 ans député à Thonon-les-Bains et a peut-être besoin d’un assistant parlementaire, et se propose de me mettre en relation avec lui. Quelques jours plus tard, je rencontre le nouveau député au Conseil général de Haute-Savoie, brève présentation, bref entretien que je pense être de pure courtoisie.

En septembre 1981, je m’installe à Thonon avec ma petite famille pour une aventure qui allait durer 18 ans…

A l’automne 1982, je suis souvent à Annecy. Pour des réunions politiques certes, mais surtout pour de longues conversations avec l’ami Bernard qui affiche son ambition de reprendre le flambeau paternel et de briguer la Mairie d’Annecy au printemps 1983. Pourquoi ce besoin d’échanger avec moi ? Parce que n’étant pas impliqué dans la politique localo-locale, ayant encore un regard extérieur sur le microcosme haut-savoyard, je peux lui parler sans tabou et lui peut se confier, s’interroger, évoquer les uns et les autres, ceux qu’il veut prendre ou au contraire éviter comme colistiers, etc. De tout le temps que j’ai passé dans les arcanes de la politique, auprès d’hommes politiques, j’ai rarement vu quelqu’un de plus organisé, méthodique, préparé que Bernard Bosson, et capable en même temps d’écouter, de changer d’avis, de se laisser convaincre par des arguments qu’il n’avait pas envisagés.

En 1986, Mitterrand a modifié la loi électorale, et les élections législatives ne se font plus par circonscriptions, mais sur des listes départementales à la proportionnelle. La Haute-Savoie qui comptait 3 députés va en avoir 5. De quoi affûter les ambitions. Le Maire d’Annecy, logiquement, veut être député, et tout aussi logiquement être en numéro 1 sur la liste départementale de l’UDF. D’autant que le Parti socialiste qui n’a pas de parlementaire depuis des lustres en Haute-Savoie veut y investir l’une de ses étoiles montantes…Dominique Strauss-Kahn et que le RPR, faiblement implanté, désigne comme chef de file celui qui a remporté, à la surprise générale, la mairie de Saint-Julien-en-Genevois en 1983, l’alpiniste Pierre Mazeaud. Mais les trois députés sortants, tous UDF, s’estiment tout aussi légitimes à être réélus, donc bien placés sur la liste. Pourtant, même dans un contexte très favorable, la proportionnelle ne permet pas d’espérer placer 4 députés UDF sur 5 ! Il y aura forcément un ou deux battus… dont le député avec qui je travaille depuis 1981 et qui est persuadé que je le trahis en soutenant un leader jeune et emblématique d’un renouveau politique dont la Haute-Savoie a le plus grand besoin – Bernard Bosson a alors 38 ans !

Tout juste élu député, Bernard Bosson a à peine le temps d’aller voir ses nouveaux bureaux à l’Assemblée Nationale, qu’il est appelé au téléphone par Pierre Méhaignerie, le patron du CDS, qui négocie la formation du gouvernement avec Jacques Chirac, que François Mitterrand vient de désigner comme Premier ministre. Méhaignerie se rappelle l’Université d’été des JDS en 1984, sur les terres auvergnates de Giscard, et une vibrante prestation du nouveau jeune maire d’Annecy. Bernard Bosson devient Secrétaire d’Etat aux collectivités locales auprès de…. Charles Pasqua, le nouveau Ministre de l’Intérieur. Attelage très improbable, et rude école pour le novice, qui en conservera pourtant un bon souvenir. Il est un moment envisagé que je rejoigne B.B. à son cabinet, d’autres ministres me font des propositions, mais ma petite famille et la qualité de vie en Haute-Savoie d’une part, l’envie surtout de ne plus être un salarié de la politique (je l’ai été de 1978 à 1986 !) me font renoncer…et prendre une autre voie professionnelle.

Mais je n’ai pas renoncé à l’action politique, et je milite fortement pour que l’étoile montante de la Haute-Savoie – qui n’avait plus eu de ministre depuis Maurice Herzog – s’implante plus largement que sa ville d’Annecy. La présidence du Conseil général est bientôt à portée de main, si le nouveau ministre la veut, personne ne lui résistera. Et pourtant, Bosson hésite, freiné par des accords ou des pressions dont je devine la cause mais dont je n’aurai jamais la preuve. Je lui écris alors une longue lettre, où, sans trop d’ambages, je lui prédis un destin à la Joseph Fontanet, grande figure centriste de la Savoie voisine, qui faute d’avoir créé des réseaux, consolidé sa base, a laissé son mouvement disparaître. En 1988, retour au scrutin majoritaire pour les législatives. Le ministre Bernard Bosson, au nom d’accords nationaux (?), est prêt à céder à la concurrence – le RPR – des terres acquises depuis la fin de la guerre au MRP et au centre. Pierre Mazeaud abandonnant sa mairie de St Julien jette son dévolu sur la circonscription du Chablais (Thonon-les-Bains), se présente avec le soutien de B.Bosson et du CDS… contre le Maire centriste de Thonon. Il l’emporte d’une courte tête, et déclare aussitôt qu’il s’emparera de la Mairie de Thonon l’année suivante. Ce soir d’élection, je rentre de Genève – on travaille même le dimanche à la Radio ! – je passe devant la Mairie, j’aperçois le maire et quelques proches, défaits, désemparés. Ils m’invitent à boite un verre avec eux, Je finis par leur remonter le moral et les convaincre que rien n’est perdu et que gagner une élection législative n’a rien à voir avec gagner une mairie.

En 1989, le maire sortant me demande de rejoindre son équipe, et d’organiser sa campagne. Je lui explique qu’un renouvellement, un rajeunissement de sa liste sont indispensables, et que notre campagne doit casser un peu les codes et les slogans traditionnels. Annecy, UDF et RPR sont furieux, Bernard Bosson me menace de toutes sortes de représailles et de conséquences funestes si nous persistons à faire équipe avec le Maire sortant, et donc contre le candidat investi par les partis de la majorité, le député Mazeaud. Ce dernier, avec qui j’aurai toujours un contact franc et direct, me dira, au beau milieu de la campagne municipale, et devant témoins : « De toute façon, vous allez gagner, vous faites une excellente campagne, moi je suis plombé par la bande de branquignols (sic) qu’on m’a imposés« . Au soir du 1er tour, la liste du maire sortant (renouvelée à 50 %) obtient 41% des voix, celle de P.Mazeaud soutenue par les états-majors parisiens et départementaux, fait péniblement 19%. Grand prince – ou dépité – Mazeaud refuse toute idée de fusion de sa liste avec celle du maire. J’aurai la maigre satisfaction de recevoir un message de félicitations de Bernard B. pour notre « brillante réussite ».

Nécessité faisant loi, la famille centriste se ressoude après ces élections – Bernard Bosson a été réélu haut la main maire d’Annecy. Je me consacre quant à moi à mes responsabilités professionnelles et à ma charge d’adjoint au Maire de Thonon, et je prends de la distance avec les instances du mouvement. A l’approche des élections régionales de 1992, des discussions sans fin reprennent, cette fois il faut négocier âprement la composition des listes départementales des candidats. A nouveau, je constate qu’on est prêt à beaucoup concéder à des concurrents rendus plus exigeants par ce qu’ils perçoivent comme de la faiblesse de notre camp. Je suis sollicité par un dissident pour rejoindre sa liste – le dissident ne gagnera pas ces élections, mais se fera un nom et une belle carrière par la suite (Bernard Accoyer, alors médecin, maire d’Annecy-le-Vieux, deviendra député en 1993 puis président de l’Assemblée Nationale en 2007).

Bernard Bosson redevient ministre en 1993 dans le gouvernement Balladur, après avoir fait toute la campagne en expliquant qu’une nouvelle cohabitation était inenvisageable (il avait certes l’expérience de celle de 1986 !). Sa nouvelle charge ministérielle est lourde : l’Equipement, les Transports, le Tourisme. Une voie royale si je puis dire pour faire profiter son département de quelques équipements attendus depuis longtemps, comme le désenclavement du Chablais et la construction d’une liaison rapide au sud du lac Léman. Tous les élus du département, toutes tendances confondues, se sont prononcés à l’unanimité pour ces travaux, ou au moins l’étude d’impact. « Notre » ministre s’en tient aux prudences des techniciens qui trouvent toujours un prétexte à ne pas bouger, à ne pas essayer. La perspective de changer le destin d’une région s’éloigne pour longtemps (25 ans après rien n’a changé !). J’aurai le malheur de dire lors d’un conseil municipal de Thonon le dépit qui était le nôtre face à cette attitude d’un ministre qui semblait renoncer avant même d’avoir livré bataille. Ledit ministre convoquera toute la municipalité à Annecy pour remonter les bretelles à ces Thononais récalcitrants. Retenu à Paris – je suis depuis 1993 directeur de France Musique ! – je ne répondrai pas à cette « convocation », ce qui me vaudra une longue lettre de reproches, assortie d’un communiqué de presse. Entre-temps j’ai abandonné toute responsabilité partisane. Ma vie a pris un autre tour, B. Bosson ne sera plus ministre après 1995, et son étoile pâlira fortement. Après une réélection de justesse comme maire d’Annecy en 2001 il perdra son siège réputé imperdable de député en 2007, l’année de l’élection de Sarkozy.

Mais les divergences et les désaccords ne m’ont jamais fait oublier l’ami et le soutien qu’il fut, l’ardent militant démocrate et européen qu’il n’a jamais cessé d’être, l’écologiste qu’il fut jusqu’à son dernier souffle pour préserver le lac d’Annecy. De lui je ne veux me rappeler que les beaux jours et un destin inachevé au service d’un puissant idéal.

 

La liberté de l’artiste

Suite de mon billet d’hier L’incroyable Mister H. Suite de la visite de l’exposition hors normes de Damien Hirst à Venise, au Palazzo Grassi sur le Grand Canal.

Une exposition-événement qui rappelle l’essence de l’art, la liberté fondamentale de l’artiste. Et dans le cas de l’artiste britannique, une liberté joyeuse, iconoclaste, ivre de ses propres audaces, qui défie nos crédulités, nos addictions à l’information de masse, aux réseaux sociaux. Une liberté qui ne supporte aucune restriction.

IMG_8743 2IMG_8755 2IMG_8754 2IMG_8753 2(Une fausse collection archéologique)

IMG_8751IMG_8750IMG_874918198752_10154611533497602_34728445056856954_nIMG_8729IMG_8733 2IMG_8725IMG_8730IMG_8732 2IMG_8734 2IMG_8736IMG_8756 2IMG_8741 2IMG_8742 2IMG_8752 2IMG_8744 2IMG_8748 2IMG_8747 2IMG_8728 2IMG_8727IMG_8745 2

 

Petites phrases

Un week-end d’abstinence de petites phrases, de journaux télévisés et de « commentaires » sur les réseaux sociaux. La nature, le soleil, et le temps de lire ou d’achever certaines lectures.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’exercice du portrait d’un créateur ou d’un interprète est tout sauf facile. Tous ne réussissent pas à éviter le triple écueil de la complaisance, de l’anecdote ou du jargon. J’avais apprécié les Soeurs Labèque sous la plume de Renaud Machart (Les soeurs aimées), un peu moins moins ce qu’Olivier Bellamy avait écrit sur Felicity Lott (Retour au calme).

Dans l’excellente collection’Actes sud Classica, j’ai fait mon miel ces dernières semaines de deux petits bouquins qui s’attachent (s’attaquent ?) à deux des plus grandes stars classiques du XXème siècle : Karajan et Horowitz.

 

Voici ce que dit Sylvain Fort de l’exercice de style auquel il s’est livré :

A tort ou à raison, Herbert von Karajan s’est imposé comme le chef d’orchestre majeur de l’après-guerre. Sa notoriété, sa stature, sa production discographique ont éclipsé tous ses concurrents. Les polémiques nées autour de sa proximité avec le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale ont ajouté à cela un parfum de soufre. Nombre de livres se sont emparés de ce parcours si riche pour raconter la vie d’un témoin et acteur de près d’un siècle de musique. D’un texte à l’autre émerge toutefois une évidence : le matériau de première main, c’est-à-dire ce que Karajan a pu raconter, est fort maigre. Toute biographie tente de masquer l’évidence d’une très grande pudeur, prise parfois pour un goût maniaque du secret. D’où le pari du présent livre : tenter une autobiographie imaginaire du chef d’orchestre. Tel est le moyen employé pour que la vie de Karajan prenne sens ; pour que son travail s’inscrive dans une dynamique cohérente et compréhensible ; mais surtout pour que la musique prenne sa juste place dans l’existence d’un homme qui parut souvent la mettre à son service alors qu’en réalité il n’eut de cesse de la servir.

Les puristes relèveront un certain nombre d’inexactitudes factuelles, les autres apprécieront l’exercice sans complaisance qui ne prétend à aucune exhaustivité (Pour cela on en restera à l’ouvrage en anglais de Richard Osborne Karajan, A Life in musicle Karajan de Pierre-Jean Rémy étant truffé d’erreurs et d’approximations). Ceux qui suivent les éditoriaux de Sylvain Fort sur Forumopera.com – lorsqu’il avait encore le temps d’en écrire ! – ne seront pas surpris par la virtuosité de sa plume.

Quant à Jean-Jacques Groleau, rien d’imaginaire dans sa biographie de Vladimir Horowitz, une chronologie qui épouse au plus près la vie tourmentée d’un artiste en proie perpétuelle au doute, le contraire du batteur d’estrade, du virtuose tape-à-l’oeil comme notre époque en produit (ne suivez pas mon regard…). L’auteur manque parfois de concision, les redites ne sont pas rares, mais son Horowitz se lit passionnément.

Et puis je me délecte d’un petit livre rouge, que je consomme avec modération. Le titre est tout un programme : L’énigme des premières phrases de Laurent Nunez.

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« Aujourd’hui, maman est morte. »
« DOUKIPUDDONKTAN, se demanda Gabriel, excédé. »
Voilà deux célèbres premières phrases de livres ô combien célèbres. Elles ouvrent L’Étranger et Zazie dans le métro. Ce livre en contient quinze autres (plus deux interludes) que Laurent Nunez examine mot après mot. Tout ce que l’on peut deviner d’une œuvre, et de son auteur, n’est-il pas contenu dans « sa » première phrase ?
Aussi instructif qu’ironique, aussi passionnant que savant, ce livre nous parle plus que des livres, il nous parle de l’amour, de la séparation, de la perte, de la vie même. Italo Calvino avait écrit Pourquoi lire les classiques ?, voici le « comment (re)lire les classiques ? » des temps nouveaux.

Nunez n’a pas choisi la facilité, certes la célébrissime ouverture d’À la recherche du temps perdu (« Longtemps je me suis couché de bonne heure ») y figure en bonne place, mais le tout aussi célèbre incipit de Bonjour tristesse (« Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse ») en est absent.  Mais de Racine à Roland Barthes, en passant par Rousseau, Mallarmé, Aragon, Duras, Louis-René des Forêts ou Gide (et pas nécessairement les ouvrages les plus connus de ces derniers) le spectre est large et l’exploration gourmande. J’aurais adoré avoir Nunez comme professeur de français – et pourtant j’en eus d’excellents – De l’art d’être savant sans être pédant. Régalez-vous !

 

 

 

Poison d’avril

Jusqu’où certains médias ne sont-ils pas prêts à aller ?

J’ai ce matin sur mon smartphone deux alertes : à 13 h on annonce une prise de position de Valéry Giscard d’Estaing, 91 ans, sur le site de Paris Match, en faveur d’Emmanuel Macron (« Comprenez-moi, cha me rappelle ma campagne victorieuje de 1974… mais il aurait dû faire comme moi, ajouter une particule à son nom, Macron du Touquet, cha a quand même plus d’allure ! ») Mais plus fort encore, Quotidien promet une déclaration fracassante de Jacques Chirac, que Yann Barthès a poursuivi jusque dans sa résidence marocaine : « Je voterai Hollande ». L’ancien président, ragaillardi après un long séjour dans une clinique cubaine spécialisée dans la régénération gériatrique (Fidel Castro était un habitué) , en est certain : Hollande doit revenir dans la course et il va la gagner.

Ces ralliements sont-ils de nature à modifier le cours d’une campagne qui n’a pas été avare en surprises, coups tordus, revirements et renoncements opportunistes ?

Le vrai poison qui s’instille durablement dans cette élection présidentielle, c’est l’abstention. La surprise du 23 avril risque bien d’être la victoire du premier parti de France, celui des abstentionnistes…

Il y a tout de même des médias qui font honneur à la profession de journaliste ! Je veux saluer la rigueur et le sérieux de l’enquête de L’Obs qui fait d’authentiques révélations ce matin : François Hollande tweete sous pseudo

Programme ou projet ?

Premier constat : depuis 1974 j’ai suivi toutes les campagnes présidentielles – et participé à certaines d’entre elles – , celle que nous vivons est sans doute unique, si pas vraiment inédite. Moins que jamais on ne peut prédire, prévoir l’issue du scrutin du 23 avril (et par voie de conséquence de celui du 7 mai). « Ce qui est probable devient hautement incertain » (Gilles Boyer, ex-directeur de campagne d’Alain Juppé)

Les favoris perdants

On avait déjà observé que les favoris de la course, six mois avant la date fatidique, n’en étaient jamais les gagnants. En 1974 après la mort de Pompidou, avantage Chaban-Delmas, Mitterrand en embuscade, et finalement Giscard élu de peu. En 1981 – tout le monde l’a oublié – jusqu’en janvier les sondages donnaient VGE réélu, victoire de Mitterrand. En 1988, la logique eût voulu que la droite revenue majoritaire au Parlement en 1986 reprenne la présidence, Mitterrand réélu largement. En 1995, Balladur était élu dans un fauteuil, Delors ayant renoncé et Chirac replié dans son Hôtel de Ville parisien, Jospin en tête du 1er tour, Chirac élu. En 2002, le grand choc que personne n’avait vu venir, Le Pen au second tour.

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En 2007 et 2012, surviennent, à gauche, les « primaires » – en complète contradiction avec la réforme constitutionnelle de 1962 instituant l’élection présidentielle au suffrage universel direct et donc un lien sans intermédiaire entre le peuple et les candidats à la magistrature suprême. Qui prévoyait que Ségolène Royal allait balayer des concurrents aussi capés que Strauss-Kahn et Fabius à la primaire socialiste de 2006 ? Qui prévoyait en 2011 que le même DSK serait écarté d’une primaire qu’il aurait eu toutes les chances de remporter ? Et, ces dernières semaines, qui pouvait imaginer les victoires de François Fillon à droite et de Benoît Hamon à gauche, et même le renoncement de François Hollande ?

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Une situation unique, mais pas inédite

Ce qui caractérise le paysage présidentiel, deux mois et quelque avant le premier tour, c’est que rien n’est joué entre les principaux candidats, comme le note la dernière enquête du CEVIPOFMarine Le Pen est toujours en tête – mais elle est la seule à avoir déjà fixé la majorité de ses électeurs – les autres se tiennent dans un mouchoir, si l’on veut bien prendre en compte la marge d’erreurs de ce type de sondage. Et la volatilité des intentions de vote est une donnée inquiétante pour les candidats.

On répond qu’une fois – mais quand ? – qu’on entrera dans le vif du sujet, programme contre programme, les tendances s’affirmeront… Voire.

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Aucune élection présidentielle n’a jamais été gagnée depuis 40 ans sur un programme, ou plus exactement tout le monde sait, à commencer par les électeurs, que les propositions, engagements, programmes (communs ou non) ne sont pas déterminants dans les raisons de leurs votes.

Un projet, une personnalité

Les Français, tous les cinq ans maintenant, se donnent le sentiment (l’illusion ?) de voter pour le monarque sans couronne, qui sera responsable et comptable, et parfois coupable, de tout, du destin du pays, de leur sort personnel. Ils ont envie de croire qu’un homme – ou une femme – peut tout changer, tout décider…

Mais on ne choisit pas un président comme une majorité parlementaire. On ne demande pas au président de se substituer au gouvernement. Il lui faut tracer une perspective, un objectif, un projet qui entraîne le pays au-delà des difficultés de l’heure.

L’extrême droite l’a compris, qui tient le même discours depuis vingt ans : repli sur soi, sortie de l’Europe. Hamon l’a compris, lors de la primaire de la gauche, avec son idée de revenu universel. Mélenchon c’est déjà plus flou, la France insoumise ce n’est pas un projet, ni même une idée. Fillon – indépendamment de ses ennuis actuels – tenait une posture – la réforme radicale – mais il est devenu inaudible dès que s’est enclenchée la bataille des chiffres (500.000 fonctionnaires de moins ? 100 milliars d’économies ?). Et Macron ? « Il n’a pas de programme », il ne chiffre pas ses propositions (L’absence de programme). Mais, concession à la pression médiatique, il annonce pour le 22 février le « cadrage budgétaire » de son programme/projet. Il a déjà parlé de 60 milliards d’économie.

Je n’ai aucun conseil à donner aux candidats, mais, encore une fois, ce n’est pas un programme, un projet de loi de finances, qu’on leur demande. Mais de nous dire le projet, le rêve même, l’ambition qu’ils ont pour le pays, l’Europe et le monde. En somme l’idée qu’ils ont de la France.