C’est un exercice auquel je refuse de me livrer, même si j’y suis parfois contraint : comment décrire une voix humaine, a fortiori chantante ? On en est réduit à des images, à des adjectifs dont la banalité le dispute souvent à l’inexactitude.
Une centenaire solaire
Victoria de Los Angeles est née, il y a cent ans, le 1er novembre 1923 à Barcelone et morte le 15 janvier 2005 dans sa ville natale. Warner a eu la bonne idée de lui dédier un coffret copieux, qui ne contient à ma connaissance aucun inédit, mais qui résume bien la carrière exceptionnelle de cette voix sensuelle, gorgée de lumière, qui s’était confiée au micro de Jean-Michel Damian sur France Musique à l’occasion de ses 70 ans : Mémoire retrouvée, Victoria de Los Angeles. J’ai pour ma part le souvenir d’un récital donné à Cannes, à l’occasion du MIDEM, à l’automne 1993, récital capté par France Musique : les craintes de l’équipe technique, et la mienne, avaient été levées dès les premiers instants. La cantatrice savait parfaitement ce qu’elle pouvait encore chanter, à un âge où ses consoeurs avaient depuis longtemps renoncé, et ce fut un éblouissement constant.
J’évoquais l’été dernier les circonstances particulières de l’enregistrement de l’un des plus beaux disques de Carmen de Bizet – L’impossible Carmen –
Je ne vais pas me livrer au petit jeu des préférences : tout est admirable dans cette boîte. Quelques-uns des trésors qui font mon bonheur depuis des lustres :
Dans ce Ravel, on ne sait qu’admirer le plus : la diction, le timbre, la souplesse de la voix…
Jessye enfin
Bien plus que Victoria de Los Angeles, Jessye Norman (1945-2019) a été, dès mes premiers émois musicaux, la compagne de mon éducation à l’univers de la voix, de la mélodie, de l’opéra même, comme je l’ai raconté ici lorsqu’elle a disparu il y a quatre ans : Les chemins de l’amour .
Ce coffret récapitulatif de ses enregistrements de studio (à l’exception des intégrales d’opéra) avait été annoncé il y a plus de deux ans – lire Disques fantômes, et on avait fini par penser qu’il ne sortirait jamais. Finalement, commandé vendredi (sur un site italien), reçu samedi, je l’ai ouvert et découvert comme un enfant à qui on aurait fait le plus beau cadeau de Noël. Il n’y a là pourtant rien que je ne connaisse déjà, que j’ai précieusement collectionné au fil des ans, à part peut-être The Child of our time de Tippett, dirigé par Colin Davis, qui m’avait échappé. Il y a des doublons, mais on ne fait pas la fine bouche quand la 9e de Beethoven est dirigée par Levine ou Böhm, la 3e de Mahler par Abbado et Ozawa, ou encore quand se présentent deux versions du Chant de la Terre de Mahler (avec une préférence pour celle de James Levine et le trop rare et magnifique Siegfried Jerusalem)
Comme pour le coffret Los Angeles, une somme admirable qui rend justice à l’une des plus extraordinaires musiciennes de la fin du XXe siècle, voix de bronze et d’ambre d’une puissance inégalée.
Détails du coffret :
CD1 Schubert & Mahler Lieder CD2 Schumann: Frauenliebe und -leben Op. 42; Liederkreis, Op.39 CD3 Les Chemins de l’amour – Songs By Duparc, Ravel, Poulenc & Satie CD4 Brahms: 12 Lieder CD5 Brahms: 29 Lieder CD6 Brahms: 23 Lieder CD7 Schubert: 12 Lieder CD8 Richard Strauss: 20 Lieder CD9 Live at Hohenems CD10 Live in Europe CD11 Salzburg Recital CD12 Tippett: A Child Of Our Time CD13 Jessye Norman sings Wagner CD14 Mahler: Songs from « Das Knaben Wunderhorn » (dir. Bernard Haitink avec John Shirley-Quirk) CD15 Schoenberg: Gurrelieder CD16 Schoenberg: Gurrelieder (dir. Seiji Ozawa) CD17 Berlioz: Les Nuits d’été; Ravel: Shéhérazade CD18 Beethoven: Symphony No.9 in D minor, Op.125 – « Choral » (dir. Karl Böhm CD19 Mahler: Das Lied von der Erde (dir. Colin Davis avec Jon Vickers) CD20 Mahler: Symphony No.3 in D minor CD21 Mahler: Symphony No.3 in D minor (dir. Claudio Abbado) CD22 Richard Strauss: Four Last Songs CD23 Beethoven: Symphony No.9 in D minor, Op.125 – « Choral » (dir. James Levine) CD24 Wagner: Tristan und Isolde excerpts; Siegfried Idyll; Overture « Tannhäuser » CD25 Live at Notre Dame CD26 Beethoven: Missa Solemnis, Op.123 CD27 Beethoven: Missa Solemnis, Op.123 (dir. James Levine) CD28 Schoenberg: Erwartung; Cabaret Songs CD29 Mahler: Symphony No.3 in D minor CD30 Mahler: Symphony No.3 (dir. Seiji Ozawa) CD31 Mahler: Das Lied von der Erde (dir. James Levine avec Siegfried Jerusalem) CD32 Spirituals CD33 Sacred Songs CD34 A Great Day in the Morning CD35 Spirituals in Concert CD36 Christmastide CD37 In the Spirit – Sacred Music for Christmas CD38 With a Song in My Heart CD39 Lucky To Be Me CD40 I Was Born in Love with You CD41 Mahler: Kindertotenlieder; Lieder eines fahrenden gesellen; Wagner: Wesendonck Lieder CD42 Berlioz: La Mort de Cléopatre; Brahms: Alto Rhapsody; Bruckner: Te Deum
DVD1: Jessye Norman Recital DVD2: Jessye Norman at Christmas DVD3: Jessye Norman A Portrait
Ils ont en commun une date, le 3 juillet, la naissance pour l’un en 1930, la mort pour l’autre en 1973, un prénom, Karel et Carlos. L’un et l’autre sont des génies partis trop tôt, Karel Ančerl né à Tučapy le 11 avril 1908, mort à Toronto le 3 avril 1973 à 65 ans, Carlos Kleiber, né à Berlin le 3 juillet 1930, mort à Konjšica (Slovénie) le 13 juillet 2004.
Dans leur cas, les anniversaires n’ont pas grand sens. Ils étaient, sont, demeurent des figures éternelles de ce que la direction d’orchestre peut représenter de plus essentiel. Rien de ce qu’ils ont laissé, légué, n’est médiocre ni anodin. De Carlos Kleiber et Karel Ančerl, il faut tout avoir, tout connaître.
Sélection non exhaustive de références indispensables à toute discothèque
Carlos Kleiber
En plus des coffrets complets publiés par Deutsche Grammophon, il faut chérir tout ce qu’Orfeo a pu republier des bandes captées à Munich ou Vienne.
Tout est génial dans ce qu’on peut voir de Carlos Kleiber ! Aucun chef n’a jamais eu cette élégance suprême en concert, qui cachait tant d’heures d’inlassable travail.
Ce concert du 6 octobre 1991 à Vienne est à tomber…
Ceux qu’il a donnés au Concertgebouw d’Amsterdam vous tirent des larmes de bonheur !
Bien sûr il y a deux « Chevalier à la Rose » de Richard Strauss avec lui, et les deux sont sublimes.
Je peux plus entendre ni surtout voir une autre Chauve-Souris que la sienne, surtout qu’au lieu de l’horrible Ivan Rebroff au disque, il a ici un comte Orlofsky d’anthologie en la personne de Brigitte Fassbaender !
Karel Ančerl
Sans doute le plus grand chef tchèque du XXème siècle (même s’il est de bon ton d’encenser son prédécesseur à la tête de la Philharmonie tchèque, Václav Talich. Je ne comprends pas pourquoi Supraphon n’a encore jamais publié un coffret récapitulatif des années du chef à la tête d’un orchestre philharmonique tchèque des très grandes années.
Je me rappelle qu’à chaque fois qu’Ancerl était présent dans une écoute comparée (dans Disques en lice) il arrivait systématiquement en tête de nos choix. Comme par exemple dans le Concerto pour orchestre de Bartok :
On sait qu’Ancerl a fui la Tchécoslovaquie en 1968 après l’invasion de Prague par les chars russes. On sait moins qu’arrivé à Paris, en partance pour le Nouveau monde, personne ne songea à lui proposer le poste de l’Orchestre de Paris qui était vacant à la suite de la disparition de Charles Munch;…
Quelques concerts à Amsterdam, où on a toujours su reconnaître et accueillir les plus grands chefs, et Ancerl finira ses jours au Canada à Toronto
Il reste encore beaucoup de documents à redécouvrir de l’art de cet immense chef. Soyons reconnaissants à Eloquence d’annoncer pour bientôt la réédition de tous les enregistrements publiés par Deutsche Grammophon et Philips.
J’évoquais encore récemment les Markevitch père (Igor) et fils (Oleg Caetani). J’avais salué. comme il se doit, en leur temps, les fabuleuses rééditions dans la collection Eloquence des enregistrements réalisés par le chef franco-russe pour Philips et Deutsche Grammophon.
Dans le coffret Philips, il y a notamment quatre symphonies de Beethoven (1, 5, 8, 9) un peu passées inaperçues, oubliées peut-être, restituées ici dans la splendeur de leurs captations parisiennes en 1959 et 1961. Igor Markevitch y dirige un orchestre des Concerts Lamoureux aux couleurs délicieusement françaises (ce basson ! ces cuivres !) avec pour la Neuvième un « cast » de stars : Hilde Gueden, Aafje Heynis, Fritz Uhl et Heinz Rehfuss ! Des lectures d’une éclatante modernité, notamment dans la 8ème symphonie aux tempi idéaux.
Vraiment un corpus à (re)découvrir pour sortir des habituels clichés concernant Markevitch. Ici une Huitième d’une excitante vivacité, suivie d’une grandiose Neuvième :
Le concert auquel on était convié ce jeudi soir était un – magnifique – prétexte pour l’Orchestre de chambre de Paris de dire au revoir à celui qui fut, durant dix ans, son directeur général, Nicolas Droin, qui rejoint Louis Langrée à la direction de l’Opéra Comique.
Mais ce fut, musicalement, émotionnellement, un nouvel hommage à Lars Vogt, qui avait conçu un programme d’un seul tenant – pas d’entr’acte, bravo ! – composé d’ouvertures de Beethoven et de Lieder de Schubert orchestrés, à deux exceptions près. Un programme qui honorait deux fabuleux artistes, père et fils, les ténors Christoph et Julian Pregardien.
BeethovenLes Créatures de Prométhée, ouverture Schubert-RegerPrometheus D. 674 Schubert-Brahms Greisengesang D. 778 SchubertDer Vater mit dem Kind D. 906 Schubert-Reger Erlkönig D. 328 BeethovenCoriolan, ouverture « Meine Seele ist erschüttert», air extrait de Christus am Öhlberge op. 85 Schubert « Lied vom Wolkenmädchen », air extrait de Alfonso und Estrella D. 732 Schubert-Webern « Der Wegweiser », extrait de Winterreise D. 911 SchubertTotengräbers Heimweh D. 842 « Der Doppelgänger », extrait de Der Schwanengesang D. 957, Nacht und Träume (orchestration de Clara Olivares)
Une totale, complète réussite, d’autant que le jeune chef britannique, 25 ans, Harry Ogg, que je ne connaissais pas, a été pour moi une révélation, menant un OCP en magnifique forme.
Accessoirement, j’ai eu le plaisir de faire la connaissance et d’échanger avec un chef que j’admire depuis longtemps – il était assis à côté de moi- Thomas Hengelbrock.
Plus d’une fois, le père ou le fils, ou les deux ensemble, m’ont tiré des larmes, notamment dans la version orchestrée par…. du Roi des aulnes / Erlkönig. Ici des extraits du bis :
Pour ceux qui ont eu la chance de le connaître, un peu comme moi, il était comme un vieil oncle d’Amérique, en l’occurrence du Canada. Comme son ami l’a confirmé hier sur Facebook, Tom Deacon est mort dimanche dernier.: I am Tom’s partner, Stuart. As you all know Tom has been mostly absent from Facebook for many months due to his declining health. I am sorry to have to tell you that Tom died on Sunday morning February 5. He had been in hospital since mid December. His health had been declining over the past six months and declined rapidly in the last month.
Je sais peu de choses finalement sur un personnage d’abord connu dans le monde de la musique comme l’auteur de cette fabuleuse collection publiée par Philips : Great Pianists of the 20th Century.
Nous avions commencé à correspondre, via Facebook, il y a une douzaine d’années, Tom vivait au Canada, où il avait longtemps travaillé à la radio nationale (la CBC), mais il s’intéressait à la vie musicale partout. Il avait des avis souvent tranchés, toujours fondés, qui lui avaient valu pas mal d’inimitiés de la part de « professionnels de la profession » et des fâcheries d’abord avec les pianistes qu’il n’avait pas retenus dans sa collection (!!), ensuite avec des artistes vivants, des critiques – parmi eux plusieurs amis ! -.
Au cours de l’un de ses voyages en Europe, en 2016, j’avais réussi à trouver une date pour dîner ensemble à Paris. Je l’avais emmené au Boeuf sur le toit, pour le cadre, qu’il avait aimé, pas pour la cuisine que j’avais trouvée bien médiocre.
Extraits de notre « correspondance » :
T.D. :Could not agree more with your comments about the need for a « frisson » from music. Mostly it is what is missing. Starting a website soon dedicated to the » great pianists of the 21st C ( yes, I have found some! ). I’ll let you know when it is up and running. (5/2/2010)
Après m’avoir félicité en mai 2014 pour ma nomination à la direction de la Musique de Radio France, Tom m’avait entrepris sur la situation de France Musique (il était remarquablement informé !) : Mon cher ami. Je suis navré à propos de tous ces virements chez FM. Quelle façon de changer de style! Je pense que cela aurait éte mieux que la nouvelle directrice de FM prenne un peu de temps avant de virer des tas de gens. Détruire avant de construire? Cela se fait dans la construction de maisons, mais dans une éntreprise comme Radio France, ce n’est pas vraiment conseillé. Je le dis après 20 ans d’expérience à la CBC au Canada. Ce genre de « human resources management », comme on dit, tourne joujours au mal, Jean-Pierre, quelque soit les soi-disant raisons données pour le faire. En tout cas, toi, tu auras de quoi faire en ce qui concerne le moral du personnel « non-viré ». Je te souhaite de la chance, mon ami. » (15/08/2014)
Lorsque j’avais évoqué Nelson Freire, en particulier ce disque (un « live » du 25 mars 1984 au Thomson Hall de Toronto) Tom m’avait envoyé ce précieux témoignage :
« Mon cher ami, je ne te raconte rien de nouveau sans doute en te disant que le récital de NF chez Alpha n’est autre que le récital que j’ai produit de ce grand pianiste à Toronto (Roy Thomson Hall) lorque je travaillais à la CBC. Le programme: Live from RTH. Nelson partageait la scène avec Gilels, Arrau, Leontyne Price et d’autres musiciens de ce genre. 2 saisons seulement, hélas. 72 concerts dont les bandes vivent toujours chez la CBC. J’ai fait le nécessaire pour que la bande de Nelson fût disponible à la maison de disques Alpha, et éventuellement à Philips pour l’édition des Grands Pianistes. Nelson a toujours dit que ce récital le captait à son mieux. Je ne dirais pas le contraire. On s’est connu à College Park, Maryland, en 1982. Nous étions tous les deux membres du jury du Concours William Kapell. Depuis nous sommes restés de grands amis, Jean-Pierre, autant pour sa gentillesse que pour son pianisme. Je te remercie infiniement pour ce petit mot sur Nelson, qu’il mérite énormément, bien sûr,«
Comme on peut le voir sur sa photo, Tom Deacon était un bon vivant. Nous échangions souvent sur nos bonnes tables, lorsqu’il me voyait voyager, il ne manquait jamais de me recommander telle adresse et à l’inverse quand il venait en Europe, il prenait moult renseignements. En 2021, il avait manifesté le souhait de passer par Montpellier, s’enquérant du nouvel hôtel des frères Pourcel, de leur restaurant Le jardin des sens, et finalement, déjà très fatigué, y avait renoncé.
Beaucoup d’échanges à propos des disques et des concerts, et de ce penchant qu’a une certaine critique de toujours considérer le passé, l’ancien, comme plus intéressant que le présent.
« En tout cas tu as bien fait de signaler le problème de nos éternels Rückblicken. Moi, je fais de mon mieux de rester concentré sur les jeunes (musiciens et auditeurs). Moi, je suis vieux, mais l’avenir de la musique classique ne dépend pas de moi ni de mes contemporains. L’avenir appartient aux jeunes dans tous les cas. Pourquoi penser à Glenn Gould lorsqu’on peut écouter la jeune Rana. Pourquoi évoquer Schnabel lorsqu’on peut écouter le jeune Gorini* (, entre nous, J-P, tu devrais l’inviter à Montpellier) Et cetera. Les boîtes de tout ce qui a jamais été enregistré qui nous enchantent de nos jours sont séduisantes justement parce qu’elles nous présentent notre passé. On aime follement le familier. On déteste et soupçonne le nouveau. Naturellement il est bon que les jeunes apprennent ce qui fût, mais pas que ce même passé les étouffe, les empêche de suivre une nouvelle voie, de repenser tou. Je ne sais pas si je me suis bien exprimé, mais j’applaudis ton courage de dire ce qu’il faut dire et à haute voix en plus. Bravo! » (22/09/2017)
(* Suivant le conseil de Tom, j’avais bien invité Filippo Gorini au festival Radio France 2021. Mais le jeune pianiste italien nous a fait faux bond, prétextant une invitation plus « intéressante » pour sa carrière aux Etats-Unis !)
A propos d’un coffret qui constitue un pilier de ma discothèque
ce commentaire qui en dit long sur la personnalité du disparu : Cher Jean-Pierre! Je suis tellement satisfait de ton commentaire sur la boîte Beethoven Schmidt-Isserstedt. Je me souviens d’avoir créé cette compilationn CONTRE les conseils de mon collègue, qui ne voulait pas mélanger les concertos et les symphonies. Mais, comme il m’arrive souvennt dans la vie, je pousse en avant suivant mon propre chemin contre les conseils d’autrui. Un ancien collègue de Vancouver à la CBC sortait souvent les symphonies de S-I. Il les nommait “brown bread Beethoven”. Du Beethoven qui ressemble au pain complet, tu comprends. Je suis d’accord. Un Beethoven sans manières, sans chichi, etc. Enfin, merci de ton commentaire, J-P. Stay safe. Stay well. Tom » (26/05/2020)
Adieu Tom ! Je garde encore nombre de tes messages (après la mort de Nelson Freire par exemple), que je publierai un jour, et d’autres que je garderai pour moi, parce qu’ils relèvent de ce lien mystérieux qu’on appelle amitié.
Burt et Marlene
Burt Bacharach est mort à 94 ans. L’article de Bruno Lesprit dans Le Monde dit tout :
Avec ses mélodies scintillantes comme du cristal, Burt Bacharach, mort le 8 février à Los Angeles (Californie) à l’âge de 94 ans, fut un des compositeurs qui ont le plus divisé dans la musique populaire. Pour ses contempteurs, souvent des intégristes du rock’n’roll, son nom est associé au easy listening, qui renvoie à la musique d’ascenseur et de hall d’hôtels internationaux. Expression impropre, d’ailleurs, pour Bacharach, car sa production, certes « facile » et plaisante à l’oreille, est d’une rare complexité. Pour ses admirateurs, il restera comme un génie de la pop, notamment dans le pays où cet Américain fut prophète : le Royaume-Uni/…/Comme pour les plus grands compositeurs, sa marque est aussitôt repérable : des mélodies légères comme des bulles de champagne, avec toujours une larme de mélancolie, des progressions harmoniques subtiles en accords de septième diminuée et de neuvième, des changements de tonalité et de métrique renversants. Insensible à la fureur du rock’n’roll, Bacharach agit sous l’influence du jazz, de la bossa-nova et de ses percussions. Ses orchestrations comprennent généralement un piano conducteur, des cordes soyeuses ou emphatiques, des cuivres chaloupés, sans oublier sa signature, le gimmick de trompette, ou plus précisément de bugle. Parfois remplacé par un sifflement désinvolte, mains dans les poches. Un air de Bacharach doit se siffloter sous la douche.(Le Monde, 11 février 2023)
J’y reviendrai plus longuement. Pour saluer l’artiste, cette « apparition » de Marlene Dietrich, dont Bacharach avait paré les chansons de subtiles orchestrations.
Post scriptum : Stuart Henderson a publié, ce 16 février, sur la page Facebook de Tom Deacon cet obituaire que je reproduis ici intégralement :
TOM DEACON
« On September 6th, 1941 at 6:45 in the morning, Tom Deacon began this miraculous thing we call life. On Sunday, February 5th, 2023, that came to end. It is for us now to bear witness to that life and rejoice in the memories of a life well lived.
How do you describe someone like Tom Deacon? A force of nature. Larger than life. If you look at what he left behind – 25,000 LPs, 15,000 CDs, 3,500 bottles of wine, boxes of recipes and receipts from Michelin three star restaurants and friends, lots of friends and colleagues who looked to him as a mentor, a collaborator and a sparing
partner – you see a seeker. All his life he sought out the best. The best performance, the best recording, the best meal, the best Burgundy and the best in people. He loved the hunt.
Tom attended Lakefield Preparatory School and Upper Canada College. He went on to study French at Trinity College, Toronto, continuing his studies at the University of Illinois before writing his Ph.D comprehensives at University College, Toronto. In 1967 he left for Paris to study at the Sorbonne and research his never to be completed thesis. It was here he found and explored his first of many loves, France: the country, the food, the wine and its music.
In 1971 he returned to Canada to take up a teaching position at the University of Manitoba. He was well respected by his colleagues and liked by his students, although they found him a little intimidating because he had a witty but sharp sense of humour. He can be remembered saying at the end of one especially trying day, “If I have to teach the verb ‘to be’ one more time …” Teaching was perhaps not one of his great loves. But Tom loved to cook and it was in Winnipeg that he started his tradition of lavish dinner parties often with wine and cocktails leaving the guests with little memory of the previous evening. One year inexplicably a few of his classes were cancelled. Tom was practicing madly for a piano recital. Yes, his first love was music and he found his way into making that his life through the CBC. In 1975, while still at the university, he started working freelance, writing concert reviews from Winnipeg. It blossomed quickly.
In 1977 he put teaching behind him and left Manitoba. He took up residence in the idyllic family cottage on Hay Island, off Gananoque, Ontario and continued to work freelance for CBC, travelling to Leeds and Moscow to cover the international piano competitions until he was hired as a producer on the new morning program Stereo Morning. He always talked about how much he learned there, both in tradecraft and management. Tom often told the story of being handed an envelope by his mentor and executive producer with numerous tiny pieces of magnetic tape. These were the edits (editing was done with a razor blade in those days) of intrusive pauses he had made in an interview; a mistake he never made again.
It was also at this time that he met the person he called the love of his life, his partner Stuart. Their first vacation was, of course, to France. Fifteen Michelin starred restaurants in ten days, with copious notes of everything eaten and all the wines. He wanted to share the best of everything, the fruits of his hunt.
In 1982 he became the producer of his own programme, Live from Roy Thomson Hall. Two glorious seasons broadcasting across the country everything from Anna Russell to Leontyne Price to Emil Gilels to Claudio Arrau. He revelled in being able to share his musical idols, his musical bests, with the rest of Canada.
In 1984, with Roy Thomson Hall’s budget exhausted, the CBC moved Tom to Vancouver. There he hired Jurgen Gothe as host of his concert programme but something else happened. The synergy of passions and creativity gave birth to DiscDrive, the CBC’s afternoon drive programme that dominated the airwaves for more than two decades.
In 1989 as DiscDrive moved into maturity Tom looked south for a new challenge as Program Director at KUSC, a classical music station in Los Angeles. Ever restless for new challenges, in 1992 he moved to the Netherlands and began his career with Polygram.
At Polygram his life long hunt for the musical best paid off. Here he put his encyclopedic knowledge of classical music repertoire and recordings into creating legendary CD compilations of legendary artists. Since his great musical love was the piano, the realization of his life long hunt for the best was as the Executive Producer of Great Pianists of the Twentieth Century Edition, 250 hours of music on 200 discs – the largest CD edition ever released and he got to release it to the world. The New York Times said “It would be hard to imagine a more representative example of the piano in the 20th century.”
In 1998 Polygram was acquired by Universal Music and Tom became Vice-President Catalogue Development. In 2001 he returned to Canada but remained working for Universal Music, until he retired in 2005. He served on a number of international piano juries and continued to follow the development of the young generation of pianists very closely.
He will be greatly missed by his much loved and inseparable older brother John (Evie), his younger brother Bob (Janice) and Stuart Henderson, his partner, lost in a sea of CDs with Nelson and Martha, his two cats. In lieu of a memorial or flowers, have a nice meal and raise a glass to Tom ».
Juste à la veille de ce « pont » de Toussaint, reçu deux coffrets commandés dès leur publication annoncée. Le collectionneur que je suis ne pouvait y résister, le mélomane et discophile que je suis aussi se demandait s’il n’allait pas être déçu, parce qu’on a toujours tendance à embellir le souvenir de ce qui a accompagné vos premiers pas, vos premières découvertes, ou tout simplement d’artistes qui vous ont marqué.
Michel Corboz ou la ferveur intacte
Michel Corboz est mort l’an dernier. Je n’ai pas un mot à retirer à l’hommage ému que je lui avais rendu : Michel Corboz (1934-2021)
Bien au contraire, le premier coffret qu’Erato (Warner) lui consacre – un autre est annoncé pour janvier avec le répertoire classique, romantique et XXe siècle – ne fait qu’aviver les souvenirs, et démontrer, au-delà des querelles d’écoles ou de chapelles, des comparaisons avec d’autres « inventeurs » du répertoire baroque, Michel Corboz c’est d’abord une ferveur rayonnante, une joie communicative de faire découvrir ou redécouvrir des chefs-d’oeuvre (Monteverdi, Ingegneri, Carissimi), de faire entendre un Bach si profondément humain (trois versions de la Messe en si, et ses Saint-Jean et Saint-Matthieu, compagnes de tant d’écoutes en concert ou au disque.
I Musici ou toutes les saisons de la musique
Ma première version des Quatre saisons de Vivaldi ce fut la leur, enfin l’une des leurs, la première en stéréophonie, en 1959, avec le prodigieux violon de Felix Ayo.
Oh bien sûr, tous les baroqueux ont bousculé parfois jusqu’à l’absurde ces tempi apaisés, cette lumière si puissante et douce, lorsque le soir tombe sur Venise. I Musici n’ont jamais oublié de chanter éperdument dans tous les répertoires qu’ils ont abordés. La perfection instrumentale de l’ensemble n’allait jamais sans cette élégance qui n’est qu’aux Italiens.
On reviendra bien sûr sur le contenu de ces deux malles aux trésors si précieux !
Reçu avant-hier deux coffrets commandés en Grande-Bretagne (parce que nettement moins chers qu’en France). C’est peu dire que j’attendais l’un d’eux avec impatience
Il aurait dû fêter son soixantième anniversaire dans quelques jours. Le cancer l’a emporté il y a cinq ans en pleine gloire. Lire Le combat perdu de Dmitri H.
La collection Eloquence réédite tous les enregistrements réalisés par l’immense baryton russe Dmitri Hvorostovsky pour Philips dans ses jeunes années. Rien d’inédit, mais plusieurs de ces disques étaient devenus rares. 11 CD (voir détails ici)
Je ne vais pas répéter ici l’admiration sans borne que je portais à cette voix d’or et de bronze.
Comment ne pas être bouleversé par cette « dernière fois » sur la scène de l’opéra de Vienne, dans l’un de ses plus rôles, quelques mois avant sa mort. La canne sur laquelle il s’appuyait n’était pas dans la mise en scène… le chanteur au physique de colosse était atteint d’une tumeur au cerveau qui lui causait des vertiges et qui l’avait contraint à plusieurs interruptions (Dmitri Hvorostovsky, sans exhibitionnisme, tenait sur les réseaux sociaux une sorte de journal de bord les dernières années de sa vie)
Ecouter aussi Hvorostovsky dans le répertoire mélodique et lyrique russe, et même dans des chansons populaires ou sacrées, pour ne pas oublier que la Russie, les Russes, c’est une culture, une langue, une civilisation immémoriales qu’un sinistre dictateur est en train de détruire en prétendant le contraire (Poutine signe l’annexion de quatre régions d’Ukraine)
Bella Davidovitch, la pianistesoviétique devenue américaine
Elle n’est pas morte, même si elle a l’âge respectable de 94 ans. Née à Bakou en 1928, Bella Davidovitch épouse en 1950 le grand violoniste Julian Sitkovetsky qui meurt d’un cancer en 1958. Entre temps est né Dmitri, qui va suivre les traces de son père, en devenant l’un des plus brillants violonistes de notre temps. Le fils émigre aux Etats-Unis en 1977, la maman pianiste le suit en 1978, et devient citoyenne des Etats-Unis en 1984.
Etrangement, Bella Davidovitch n’a pas fait en Europe la carrière que d’autres de ses collègues y ont faite (on pense à Elisabeth Leonskaia par exemple). Ses disques n’ont pas connu un rayonnement important.
Le coffret qu’Eloquence publie aujourd’hui rattrape, de ce point de vue, une injustice, même si, à la réécoute, certains enregistrements que je connaissais, comme le 2ème concerto de Saint-Saëns, enregistré à Amsterdam sous la baguette de Neeme Järvi, se révèlent bien décevants. S’il fallait une démonstration que la perfection d’un jeu pianistique n’est pas toujours synonyme de perfection stylistique, qu’on écoute le presto de ce concerto. Toutes les notes, mais rien de l’esprit léger, aérien qu’y met Saint-Saëns.
On est beaucoup plus gâtés du côté de Chopin, où l’absolue maîtrise technique sert une fantaisie, une poésie, un art du chant remarquables (contenu du coffret ici)
En rédigeant cet article, je découvre ce « live » du second concerto de Chopin donné en 1990 aux Nations Unies à New York, l’orchestre philharmonique tchèque étant dirigé par Jiri Belohlavek. Malgré la précarité de l’image et de la restitution sonore, on voit et on entend une grande musicienne.
Le beau chant
Enfin je voudrais signaler cette nouveauté chez DGG, un chanteur qui n’est pas encore très connu, le ténor chilien Jonathan Tetelman, 34 ans.
Il y a trois ans, j’avais vu et entendu, à Montpellier, une Madame Butterfly qui m’avait beaucoup séduit. De celui qui incarnait Pinkerton, j’avais écrit : Le Pinkerton du jeune ténor chilien Jonathan Tetelmana toutes les séductions, la voix n’est pas très puissante, mais le timbre est solaire et la prestance admirable.
Dans un article de 2017 – Blocs de bonheur – j’avais déjà évoqué ce baryton allemand qui fête ses 70 ans, qui n’a jamais eu la notoriété d’un Mathias Goerne, ou a fortiori d’un Fischer-Dieskau.
Le label australien Eloquence a – une fois de plus – la très bonne idée de republier en un coffret de 13 CD ce que Wolfgang Holzmair a enregistré dans les années 80 pour Philips.
Comme Mathias Goerne, la voix, le timbre de Wolfgang Holzmair peuvent déranger, voire déplaire. Et pourtant, dès la première fois où je l’ai entendu, j’ai aimé ce chanteur qui vivait, incarnait de l’intérieur, d’abord les trois grands cycles de Lieder de Schubert (Winterreise, Die schöne Müllerin, Schwanengesang) cherchant moins la beauté du chant que la vérité du texte.
J’ai un souvenir très précis d’une émission Disques en Lice dont l’invité était le pianiste allemand Christian Zacharias. François Hudry avait mis en comparaison – à l’aveugle – plusieurs versions de La belle meunière de Schubert (lire Holzmair à la grange de Meslay) Lorsque Zacharias entend la version de Holzmair, il s’exclame qu’il n’a jamais entendu quelque chose de plus juste, de plus « schubertien ». A la fin de l’émission, il demandera les coordonnées de ce chanteur qui l’a bouleversé, Wolfgang Holzmair. Ils feront plusieurs concerts ensemble.
Plus récemment, le pianiste et producteur de France Musique, Philippe Cassard, s’est attaché avec le même enthousiasme à faire entendre ce chanteur si amoureux de la mélodie française.
On chérit particulièrement le récital de mélodies françaises, notamment des Duparc de toute beauté, enregistré avec le pianiste suisse Gérard Wyss. On est moins convaincu par le disque plus tardif qu’on ne connaissait pas avec la pianiste Maria Belooussova.
De nouveau, grâce à Cyrus Meher-Homji, le patron du label australien, on dispose d’un merveilleux ensemble qui honore un artiste qui ne cesse d’émouvoir.
La guerre en Ukraine s’enfonce dans la durée et dans l’horreur, même si la résistance héroïque du peuple et de l’armée ukrainiens a obligé l’envahisseur russe à se replier, laissant derrière lui mort et dévastation.
Il y a quelques semaines, on parlait souvent de la ville de Jytomyr, à l’ouest du pays (en orthographe internationale Zhitomyr, ce qui avait conduit nombre de journalistes occidentaux à déformer la prononciation du lieu !). Sauf pour l’excellent Lionel Esparza sur France Musique le 5 mars dernier, cette ville de Jytomyr n’évoquait rien de particulier.
C’est pourtant là qu’est né le 20 mars 1915 l’un des musiciens les plus illustres du XXème siècle, Sviatoslav Richter. Mais l’essentiel de son enfance et de son adolescence, le jeune pianiste les passe à Odessa, où son parcours est tout sauf académique. Celui que ses pairs et le public regarderont comme l’un plus grands musiciens du siècle ne reçoit pas de véritable formation. Ce n’est qu’à l’âge de 22 ans, à Moscou, que Sviatoslav prend des leçons auprès du grand pédagogue Heinrich Neuhaus. Le reste de l’incroyable vie et destinée de Richter est à lire ici : Sviatoslav Richter.
Le label Alto ressort deux enregistrements qui témoignent de la curiosité de Richter : celui-ci a enregistré au moins trois fois le concerto pour piano de Dvorak, qui ne compte pourtant pas parmi les oeuvres concertantes majeures du XIXème siècle (avec Kondrachine, avec Carlos Kleiber et celui-ci avec Vaclav Smetacek à Prague en 1966). Il a aussi donné plusieurs fois en concert les deux quintettes avec piano. Ici le second donné en concert à Moscou en 1983.
Le son du disque est de bien meilleure qualité que cette captation télévisée du concert du 2 juin 1966
Il en est de même avec cette émouvante captation moscovite : l’esprit même de la musique de chambre à son acmé
C’est l’une des nouvelles productions de la saison de l’Opéra de Paris : Cendrillon, l’opéra de Massenet.
On est allé voir cette Cendrillon vendredi dernier, avec quelques réticences : les premières critiques n’étaient pas très flatteuses (Cendrillon rate le coche), on craignait d’être déçu par rapport au souvenir qu’on avait d’un spectacle très réussi il y a une dizaine d’années, à l’Opéra Comique, mis en scène par Laurent Pelly.
Crainte injustifiée : la mise en scène de Mariame Clément est astucieuse et poétique, les impressionnants décors de Julia Hansen composent un spectacle très plaisant (Forumopera : La machine féerique). Certes, la diction française des principaux rôles est encore perfectible, mais Tara Erraught en Lucette/Cendrillon, Anna Stephany (qu’on avait applaudie l’été dernier au Festival Radio France) en prince charmant, Daniella Barcelona en marâtre, tout comme la fée de Kathleen Kim, incarnent parfaitement leurs personnages, et tous leurs comparses sont dignes d’éloge. On se demande, en revanche, ce qui a motivé le choix de Carlo Rizzi, d’ordinaire abonné à l’opéra italien, pour diriger un Massenet méconnu.
D’autres Cendrillon
Il faut lire l’article remarquablement documenté de Wikipedia sur Cendrillon. J’avoue que je ne connaissais guère que les « versions » de Charles Perrault et des frères Grimm de ce conte très très ancien !
En musique, on connaît bien l’opéra-bouffe de Rossini, la Cenerentola, dont le livret repose sur le conte de Perrault.
Eblouissante Agnes Baltsa sous la direction d’un chef inattendu dans ce répertoire et qui a signé plusieurs réussites rossiniennes, Neville Marriner
Il faut évidemment connaître l’une des rares versions au disque de la Cendrillon de Massenet, malgré la diction marshmallow de Federica von Stade
On doit aussi citer le grand ballet de Prokofiev, que le théâtre Marinski de Saint-Pétersbourg presse d’écrire, après le succès de Roméo et Juliette. Prokofiev entreprend sa Cendrillon en 1941, mais ne l’achève qu’en 1944. La première a lieu le 21 novembre 1945 au Bolchoi à Moscou.
Une autre Cendrillon est, elle, beaucoup moins connue, et tout à fait contemporaine de celle de Massenet. Il s’agit d’un ballet dû au roi de la valse, compositeur de La Chauve-Souris, Johann Strauss fils, connu sous son titre allemand Aschenbrödel, la dernière oeuvre du maître, qui meurt en 1899.
Personne, en France, ne sait qui était le Suisse Pierre Naftule, disparu à 61 ans le 19 mars après une longue souffrance (maladie de Charcot). J’ai connu cet auteur, humoriste, homme de théâtre et de télévision, pendant mes années à la Radio suisse romande. Mais je l’ai surtout suivi dans ses aventures avec Marie-Thérèse Porchet, alias Joseph Gorgoni, le comédien qui avait inventé avec Pierre Naftule ce personnage si savoureux, que le public parisien avait pu applaudir à plusieurs reprises.
La musique de Salon
Les années passent, l’amitié demeure. C’est ce qu’on se disait l’autre jour avec Eric Le Sage, que je n’avais plus revu depuis son récital en 2016 au Festival Radio France. Nous déjeunions dans un petit établissement de Montmartre, au nom tout indiqué pour ces retrouvailles : le Chantoiseau
Eric Le Sage, Paul Meyer, Emmanuel Pahud, c’est la bande du festival de Salon-de-Provence, ce sont surtout trois amis véritables, indéfectibles, que je ne vois ni n’entends assez souvent à mon gré. C’est dire si ce déjeuner montmartrois avec le pianiste avait une saveur particulière.
Cadeau de mon hôte, les récents échos discographiques des dernières productions de Salon. La curiosité alliée au talent, c’est la recette de la réussite exceptionnelle de ce rendez-vous estival où l’élite de la musique européenne arpente, depuis 1993, les chemins de traverse du répertoire de chambre.
Eloquence de Knappertsbusch
Hans Knappertbusch (1888-1965) est un chef d’orchestre allemand qui fait l’objet d’un véritable culte, dont je n’ai pas toujours compris la raison. Il est vrai qu’il s’est largement illustré dans Wagner, et comme je l’écrivais dans mon précédent billet (Wagner et Goerne), c’est un univers qui m’a longtemps échappé.
Cyrus Meher-Homji, le responsable du label Eloquence Australie, a eu l’excellente idée de regrouper en deux coffrets une partie du legs discographique du chef allemand, tel qu’il était paru sous étiquette Philips, Decca ou Westminster.
Le travail de « remasterisation » est impressionnant, notamment pour les premières années stéréo avec Vienne chez Decca. On reviendra sur ces deux parutions, mais savourons déjà les voix printanières de ces Badner Mädl’n de Komzak.