Pierre Boulez (II) : un centenaire, des souvenirs

J’assistais ce matin à une partie du colloque que la Philharmonie de Paris organise à l’occasion du centenaire de Pierre Boulez (1925-2016).

Je n’ai rien appris de vraiment nouveau, mais l’animateur de la réunion, Christian Merlin, ami, confrère et auteur d’une somme passionnante (et sans équivalent à ce jour) sur le chef/compositeur, avait très bien fait les choses comme toujours.

Des souvenirs

Je ne vais pas réinventer des souvenirs, souvent très personnels, que j’ai de Pierre Boulez. Plutôt rassembler ici ceux que j’ai livrés au fil des ans dans plusieurs articles de ce blog.

En précisant ceci : je n’ai jamais eu, dans toute ma vie professionnelle, aucun lien de dépendance avec Boulez, je ne lui ai jamais rien dû, ni demandé. En revanche, comme en témoignent les extraits ci-dessous, il m’a toujours témoigné une bienveillance, voire un intérêt dont je n’ai jamais compris l’objet. A quoi je peux ajouter – ce que je n’ai encore jamais livré – un épisode qui révèle un aspect du Boulez « institutionnel » qui a été si souvent décrié ou craint. En septembre 2008 j’étais allé lui rendre visite à Lucerne. On m’avait prévenu – son secrétariat à Paris – qu’il ne recevait personne, et que ma demande d’une entrevue avait toutes les chances de ne pas aboutir. Moyennant quoi, moins de 48 h après mon appel, je reçus confirmation d’une date et d’une heure (« mais c’est parce que c’est vous! »). Or je n’avais plus eu, depuis 1995 et la journée anniversaire de ses 70 ans sur France Musique, aucun rendez-vous ni contact, autre que furtif, avec Pierre Boulez!

L’Orchestre de Paris

Au cours de cet après-midi dans sa chambre d’hôtel à Lucerne, je l’avais interrogé sur la succession du directeur général de l’Orchestre de Paris, puisque le microcosme parisien s’agitait et surtout que plusieurs musiciens amis de l’orchestre me poussaient à poser ma candidature. P.B. était alors membre du Conseil d’administration de l’Orchestre et chacun savait que rien ne se déciderait sans ou contre lui. Il me dit alors des choses très aimables, qui me remplirent de confusion, et dézingua en quelques mots les trois ou quatre noms qui postulaient (« médiocre », « pas au niveau »). Pour être complet, et c’était du pur Boulez comme l’ont connu ceux qui ont institutionnellement travaillé avec lui, il me fit comprendre que je ne serais pas le moins qualifié pour y aller, mais qu’il ne prendrait pas part aux travaux du conseil d’administration. Allons jusqu’au bout de l’histoire – il y a prescription ! – je fus invité par le comité de sélection (présidé par l’intransigeant Pierre Joxe) à exposer, en toute confidentialité, ma vision des choses, insistant sur la nécessité d’une direction unique et non d’un binôme artistique/administratif comme il y a en partout en France, je voyais que j’avais convaincu les personnalités du comité, à commencer par le président. Celui-ci me fit remarquer que ledit comité n’aurait sans doute pas la décision finale, puisque le CA était partagé à égalité entre les représentants de l’Etat et de la Ville de Paris. De fait, quelques semaines plus tard, c’est un binôme qui fut nommé, pour complaire aux deux tutelles !

Boulez 70 ans

Extrait de Boulez vintage :

« Je me rappelle, comme si c’était hier, une autre grande journée sur la même antenne, le 19 février 1995. Pour les 70 ans du maître !

Tout avait commencé quelques semaines plus tôt par un déjeuner, dans un restaurant des Halles, non loin de l’IRCAM, où Pierre Boulez avait ses habitudes. Hommage, anniversaire, journée spéciale, difficile de renouveler le genre à la radio. Je souhaitais quelque chose de plus original, une sorte de carte blanche, mais raisonnée à la manière du compositeur.

Les archives du Centre Pompidou gardent la trace du déroulement d’une journée qui allait  dresser un portrait à multiples facettes d’un personnage clé du XXème siècle. Pierre Boulez décida très vite d’un ordonnancement qui n’avait rien de complaisant, et le confia à Laurent Bayle alors son bras droit à l’IRCAM : Boulez, années de jeunesse, Boulez chef d’orchestre, Boulez créateur et animateur d’institutions, Boulez entre théâtre et opéra, Boulez dans l’atelier du musicien, ses affinités littéraires, etc. Il souhaitait inviter des amis, des complices, des partenaires d’idées et de travail. C’est ainsi qu’on convia, entre autres, Patrice Chéreau, Gérard Mortier, Michel Tabachnik, et qu’un cocktail réunit en fin de journée autour de Jean Maheu, le PDG de Radio France et de Claude Samuel, le directeur de la musique, le Tout-Paris culturel et musical, Claude Pompidou en tête.

Deux souvenirs plus personnels d’une journée incroyablement intense, qui épuisa tout le monde.. sauf le principal intéressé !

A midi d’abord ce 19 février, on avait réservé une petite heure pour permettre à Pierre Boulez de se restaurer, je l’accompagnai à ce qui était alors la brasserie de l’hôtel Nikko en face de la Maison de la Radio. N’ayant jamais été d’aucun clan, je n’en étais que plus à l’aise pour interroger mon interlocuteur sur ces musiques et ces compositeurs qu’il était censé détester (Sibelius, Chostakovitch, Bruckner…). J’eus des réponses qui sortaient absolument des clichés et des a priori. Et preuve en fut donnée quelques années plus tard

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Je crois savoir qu’une Neuvième de Bruckner a été captée… mais jamais publiée !

Autre souvenir de ce 19 février : Pierre Boulez a tenu à être présent jusqu’au bout. Il est donc minuit lorsqu’il prend congé. Je lui propose une voiture pour le raccompagner. C’est mal le connaître, vif et alerte malgré l’heure avancée, il quitte à grandes foulées la Maison ronde, traversant le pont sur la Seine pour rejoindre son port d’attache dans les hautes tours du quai André Citroën.

L’été 1992

« Souvenir de l’été 1992 : Boulez dirigeait les Wiener Philharmoniker aux Prom’s à Londres. J’étais à la Radio suisse romande, au lieu des traditionnelles et encombrantes bandes que s’échangeaient les radios publiques, j’avais reçu ce concert capté par la BBC sur deux CD pour le diffuser sur les ondes de la RSR. J’ai gardé précieusement ce double CD..« 

Un certain Pierre Boulez

Le 6 janvier 2016, on apprend le décès du musicien, qu’on savait malade et diminué depuis des mois.

« L’homme que j’ai quelquefois approché était exactement l’inverse du personnage craint et redouté (parce que redoutable) qu’il s’était sans doute en partie forgé. D’une attention à l’autre, d’une écoute simple et lumineuse à qui venait lui parler, poser des questions, solliciter un conseil.

Je le voyais souvent furtivement à la fin d’un concert ou l’autre, nous n’échangions que quelques mots, mais jamais convenus, comme si le dialogue entrepris plusieurs mois, voire années, auparavant reprenait. Pierre Boulez était au courant de tout et de tous. Ainsi c’est lui qui annonça à des amis parisiens (qui ne manquèrent pas de me le rapporter… surpris que le Maitre ait porté attention à un fait aussi insignifiant !) que j’avais été nommé à la direction de l’orchestre de Liège fin 1999…« 

Lucerne 2008

Après le long entretien que nous avions eu dans sa chambre d’hôtel à Lucerne, Pierre Boulez dirigeait un programme-fleuve :

« Le soir même dans la nouvelle salle de concerts du festival de Lucerne, pas moins de trois créations, des pièces de Berio, Carter – la première partie atteignait les 90 minutes -et pour terminer l’exploit, le Sacre du printemps, plus sensuel, libre que jamais. Le retrouvant près de sa loge à l’issue du concert, frais et dispos, sans nulle trace de l’effort colossal qu’il avait accompli, il me dit simplement : « C’était pas mal non ? ». Que répondre, essayer de balbutier, quand on est encore sous le coup de l’émotion ? Je m’entends encore lui dire : « Pas mal en effet » ! Avec un sourire complice.

Je l’ai revu ensuite à quelques concerts, l’un à Baden Baden, en 2009 je crois, puis soudain vieilli, hésitant à la première du Freischütz de Weber dans la version de Berlioz, à l’Opéra Comique, dirigé par John Eliot Gardiner (avec ma chère Sophie Karthäuser). C’était en avril 2011. Depuis lors je n’avais de nouvelles que partielles, de sources sûres, et les dernières n’étaient pas rassurantes.

Voilà le Pierre Boulez que j’ai un peu connu, l’homme et l’artiste qu’il m’a été donné de rencontrer par-delà le masque de la notoriété.« 

Centième

J’ai signé aujourd’hui ma centième critique sur le site de Bachtrack : Du Tombeau au Technicolor. A propos des concerts de l’Orchestre de Paris et de Klaus Mäkelä, associant Ravel et Stravinsky

L’occasion de faire le point sur la discographie – plus exactement mes choix – des trois oeuvres que j’ai entendues

Le Tombeau de Couperin

Je rappelle dans l’article les circonstances de l’écriture de cette oeuvre, d’abord pour le piano ensuite pour l’orchestre. Ce Tombeau de Couperin fait partie des oeuvres de Ravel que j’écoute le moins. Je l’admire certes, mais ne l’aime pas.

Ici les mêmes que mardi, dans une captation de 2020 :

Karajan n’a enregistré l’oeuvre qu’une fois, et c’était dans la brève période où il fut « conseiller musical » de l’Orchestre de Paris après la mort de Charles Munch.

Pierre Boulez manque un peu de poésie et de souplesse, même en concert avec Berlin

On ne m’en voudra pas de revenir à Armin Jordan, qui avait une manière assez incroyable de laisser venir cette musique, d’un geste, d’un regard, que les orchestres comprenaient immédiatement

Ma Mère l’Oye

On peut difficilement louper la suite de Ma Mère l’Oye, les bonnes versions sont légion.

Giulini y est la poésie même. Son « jardin féerique » ! inégalé

Dans le gros coffret TIlson Thomas Sony, il y a ce bel exemple de l’art de MTT

Petrouchka

L’Orchestre de Paris et son chef donnaient en septembre dernier leur version de Petrouchka aux Prom’s de Londres

Ni la conception ni le jeu d’ensemble n’ont foncièrement changé depuis cette soirée londonienne.

Comme je l’écris, c’est une version plus symphonique que chorégraphique.

On a la chance d’avoir d’excellentes versions du créateur de l’oeuvre, Pierre Monteux, et du compagnon de route des Ballets russes, longtemps ami de Stravinsky, Ernest Ansermet. Les comparaisons sont édifiantes.

On notera à quel point les orchestres ont techniquement progressé en un demi-siècle !

Je garde une préférence pour la version sensationnelle d’Antal Dorati

Lire mes brevesdeblog

Anniversaires

On m’a toujours appris que les anniversaires se fêtent le jour même, ni avant (ça porte malheur) ni après (c’est impoli), mais pour les grandes institutions la règle ne vaut pas ou plus. Le dixième anniversaire de leur inauguration c’était huit jours avant pour l’auditorium de Radio France, et pendant toute une semaine et un long week-end-end pour la Philharmonie de Paris

Sir Simon #70

Avec quelques heures de retard, je souhaite à mon tour un bon anniversaire à Simon Rattle, 70 ans ce 19 janvier, dont 50 ans d’une carrière qui donne le tournis, et dont on ne parvient pas toujours à distinguer les lignes de force. Eclectisme assurément, références plutôt rares dans une abondante discographie à Birmingham comme à Berlin

Il peut encore nous surprendre à Munich avec l’orchestre de la radio bavaroise dont il est le directeur musical depuis 2023 (lire Une suffocante Sixième de Mahler)

Le Russe oublié : Reinhold Glière

Selon le calendrier grégorien, il est né il y a 150 ans, le 11 janvier 1875, mort en 1956. Reinhold Glière est un compositeur indéniablement russe, pas très facile à classer. Il est d’ailleurs rarement cité, pas beaucoup plus d’ailleurs que son presque contemporain Glaznounov. Pourtant la flamboyance de son écriture post-romantique lui a valu l’attention de plusieurs grands chefs : Ormandy, Stokowski ont laissé de magnifiques versions de sa 3e symphonie qui évoque la légende du guerrier Ilya Muromets au service du grand prince de Kiev, Vladimir, au Xe siècle

J’avais programmé au festival Radio France 2017 le très rarement donné Concerto pour colorature avec Alina Shagimuratova (lire le papier de Forumopera)

Messages perso

Il y a vingt ans, ses parents, son frère et sa grand-mère n’étaient pas peu fiers de se mêler à la foule qui se pressait dans l’une des salles du Palais de Justice de Paris pour la prestation de serment de toute une promotion de jeunes avocats. Fierté du brillant avocat qu’il est devenu, et de l’éthique qu’il promeut (Lire privé/public).

Ce 20 janvier est aussi l’anniversaire de Sabine B. à qui me lient tant de souvenirs de mes années liégeoises et une indéfectible affection.

Il y a dix ans (V) : l’inauguration

J’assistais jeudi dernier à un concert présenté par France Musique comme celui du 10e anniversaire de l’inauguration de l’Auditorium de la Maison de la Radio. J’ai écrit sur Bachtrack ce que j’en ai pensé : L’étrange anniversaire de l’auditorium de Radio France.

On peut réécouter sur France Musique la très belle version qu‘Edgar Moreau a donnée du 1er concerto pour violoncelle de Chostakovitch. Le reste est plus dispensable…

L’Auditorium de Radio France / 7 novembre 2024

Etrangement, Radio France semble n’avoir pas souhaité marquer l’inauguration de son Auditorium il y a juste dix ans, le 14 novembre 2014, alors que cette nouvelle salle de concerts constituait une date historique dans la vie musicale parisienne, deux mois avant une autre inauguration tout aussi marquante, celle de la Philharmonie de Paris. Il se trouve qu’à cette période j’avais la responsabilité de la direction de la Musique de Radio France sous la présidence de Mathieu Gallet, et que cette inauguration avait été accouchée certes avec enthousiasme mais non sans difficultés (lire La fête)

(France Inter, le Journal de 13h, 14 novembre 2014 / Interview JPR par Claire Servajean)

Un parcours d’obstacles

On a peine à imaginer aujourd’hui le parcours d’obstacles qu’a constitué l’organisation de cette inauguration, pour laquelle Mathieu Gallet et moi avions voulu que toutes les forces musicales, artistiques, techniques, et les antennes de Radio France soient impliquées. La Maison de la radio n’était alors clairement pas structurée comme un lieu d’accueil du public, encore moins comme des studios et salles de concert ouverts au public. Ce n’est que beaucoup plus tard, à partir de 2017 (!), que mon successeur Michel Orier serait investi de l’ensemble des responsabilités de la gestion de ces espaces et de l’accueil du public, et pourrait constituer et piloter des équipes dédiées. En novembre 2014, on essuyait les plâtres au sens propre du terme, et de l’Auditorium et du Studio 104 (ex-Olivier Messiaen). Chaque élément dépendait d’une direction différente: il nous faudrait beaucoup beaucoup de patience et de force de persuasion pour que tout finisse par fonctionner.

Le plus gros obstacle, et ce n’était pas le moindre, étant que nous voulions ouvrir grand la Maison de la radio pendant tout le week-end des 14, 15 et 16 novembre 2014… alors que même les antennes, a fortiori tous les services fonctionnaient au ralenti. Mathieu Gallet avait eu une formule heureuse… qui n’avait pas manqué de susciter des remous dans une organisation aussi figée : il souhaitait une Maison de la Radio en format VSD (en référence à l’hebdomadaire éponyme).

Et je dois bien dire que beaucoup doutaient en interne de la réussite d’une opération de « musique classique » avec autant de concerts et d’émissions dans un lieu excentré de Paris, qu’on a toujours décrit comme peu accessible. Les photos prises pendant le week-end en témoignent, les chiffres de fréquentation ont dépassé toutes nos espérances et fait taire les Cassandre.

Quel(s) programme(s) ?

Mais tout ce que je viens de décrire n’était rien par rapport à la programmation des concerts inauguraux. Je pense que Mathieu Gallet, nommé par le CSA PDG de Radio France le 27 février 2014, n’avait pas un seul instant imaginé que ce serait l’un des épisodes les plus compliqués de sa présidence, Nous en avons souri, et même ri après coup, mais les négociations qu’il a fallu conduire avec les chefs des deux orchestres, les représentants des musiciens – des centaines de mails en témoignent ! – ont été himalayesques. Il faut se rappeler que la concurrence entre les deux orchestres (le National et le Philhar’) était à son comble, attisée, il est vrai, par la mise en oeuvre, jugée à l’époque « trop brutale », du projet de réorganisation de la Direction de la Musique que Mathieu Gallet avait présenté devant le CSA et que j’avais entamé dès mon entrée en fonction (Ma part de vérité).

Je peux le dire maintenant, sans trahir de secret professionnel, mais des promesses avaient été faites par le prédécesseur de Mathieu Gallet à Daniele Gatti : ce serait lui et l’Orchestre national qui seraient les premiers et principaux utilisateurs de l’Auditorium et qui donc feraient le concert inaugural. Allez, après cela, expliquer à l’orchestre philharmonique de Radio France et à son chef qu’ils passeraient en second, alors qu’ils avaient la certitude, alimentée par la rumeur d’un certain microcosme parisien, d’être infiniment supérieurs à leurs collègues du National !

On passera toutes les étapes de cette négociation (qui ne s’acheva que la veille de l’inauguration !). Au départ chaque orchestre/chef voulait jouer tout un concert, le même soir, et si possible avec quasiment le même programme (le Boléro de Ravel of course), dans l’Auditorium bien sûr ! Je suggérai qu’on utilise à tour de rôle les deux salles, le Studio 104 et l’Auditorium. On regarda toutes les formules possibles, mais presque jusqu’à la fin, les deux chefs, Gatti et Chung (qui, il faut quand même le relever, ne se sont jamais adressé la parole, ni même serré la main, durant toute la durée de leurs mandats respectifs !) s’en tenaient à leur programme Ravel. Les choses en étaient à un point tel qu’il nous fut impossible de communiquer à la presse, aux invités et au public, le programme de l’inauguration ! Finalement, Mathieu Gallet siffla la fin de la récréation et valida ma proposition, arrachée de haute lutte : il y aurait le 14 novembre 2014 un seul concert dans le tout nouvel Auditorium, en deux parties de moins d’une heure chacune : ouvrant le bal, l’Orchestre national de France et Daniele Gatti avec « Slava’s Fanfare » de Dutilleux, l’ouverture de Tannhäuser de Wagner, la suite du Chevalier à la rose de Richard Strauss.. et le Boléro de Ravel, puis après l’entracte l’Orchestre philharmonique de Radio France et Myung-Whun Chung, une suite tirée du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev, Ave verum corpus de Mozart et la 2e suite de Daphnis et Chloé de Ravel, avec la participation du Choeur de Radio France (qu’on retrouverait pour son propre concert durant le week-end).

(L’émotion d’une première répétition dans le tout nouvel Auditorium !)

On peut réécouter ce concert sur France Musique !

Aujourd’hui plus personne ne doute de la pertinence et de la nécessité des deux salles de concert de la Maison de la Radio et de la Musique. Comme pour la Philharmonie – j’en reparlerai en janvier – ces nouveaux lieux ont attiré de nouveaux publics, profondément renouvelé les modes d’accès à la musique classique.

Ubu, Nana, Martha, Mlle Liu etc.

Difficile d’imaginer semaine plus contrastée en matière de spectacles et d’actualité. Remontons le temps ;

Lundi : Les tribulations des Chinois à Paris

Lundi soir à la Philharmonie de Paris, concert de l’Orchestre national de Chine. J’en ai fait le compte-rendu pour Bachtrack : Les tribulations de l’orchestre de Chine à Paris

Dans l’oeuvre de Tan Dun, les musiciens brandissent leurs téléphones portables sur lesquels sont enregistrés les bruits de la nature…

Si vous ne savez pas ce qu’est le suona, voici la démonstration que nous en a faite Mlle Liu Wenwen. Impressionnant non ?

J’ai été content de retrouver Lise Berthaud, que je n’avais plus entendue depuis longtemps – souvenirs d’enregistrements Fauré avec Eric Le Sage à la Salle Philharmonique de Liège ! – et la chaleur de son alto, auprès de Liya Petrova dans la symphonie concertante de Mozart.

En bis elles jouaient une pièce étonnante, que j’avoue avoir découverte lundi soir, un arrangement pour violon et alto du Norvégien Halvorsen de la passacaille de la suite en ré mineur pour clavier de Haendel.

Martha et Ernesto

Lundi toujours je recevais deux coffrets commandés en Allemagne (www.jpc.de). Le 2e coffret – vendu à prix réduit – des Rendez-vous de Martha Argerich (un 3e vient de paraître à prix fort, on attendra un peu pour l’acheter !). Après de longues années à Lugano, la pianiste argentine a migré vers Hambourg où, depuis 2018 – avec l’interruption Covid – elle rassemble ses amis en juin. Ici ce sont les échos de la session 2019, et j’y découvre des pépites comme cette bouleversante Fantaisie en fa mineur de Schubert où Gabriela Montero tient la 1e partie.

ou cette sonate « à Kreutzer » de Beethoven avec le violon impérial de Tedi Papavrami

Comme la grande majorité des compositeurs centre- ou sud-américains, le compositeur cubain Ernesto Lecuona (1895-1963) reste très largement méconnu. Le pianiste (nord) américain Thomas Tirino s’en est fait le héraut et a gravé l’intégralité de son oeuvre pour piano, y compris les pièces concertantes. Pour une dégustation à petites doses, les soirs de spleen…

Nana 90#

Je n’ai pas vu l’émission que France 5 lui consacrait hier soir à l’occasion de son 90e anniversaire

mais je peux l’avouer ici – enfin ! – J’ai depuis toujours une passion pour Nana Mouskouri, ses premiers disques en grec, ses incursions dans le jazz. On lui pardonnerait presque de ne pas s’être arrêtée avant que sa voix ne soit plus que l’ombre de ce qu’elle fut.

Si l’expression existait, je désignerais « Pauvre Ruteboeuf » comme ma chanson de chevet.

Et ce n’est pas cette version, ce duo improbable, qui me fera changer d’avis

Ubu sans musique

Il faut sans conteste aller au théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet voir le nouveau spectacle proposé par les Frivolités parisiennes: Ubu Roi d’Alfred Jarry. Mais j’y allais jeudi dernier, missionné par Bachtrack, pour faire la critique d’un spectacle musical, puisqu’on nous annonçait la reconstitution de la musique composée par Claude Terrasse (1867-1923) pour une représentation de 1908. Mais de musique il y a bien peu (lire Ceci n’est pas une opérette) Donc pour ce théâtre de l’absurde et de la dérision, avec une excellente troupe, un spectacle à voir.

Relire Pompidou

Lorsque le livre était paru… il y a 50 ans, je l’avais dévoré.

Je suis en train de relire cette sorte de testament politique du deuxième président de la Ve République. C’est absolument fascinant d’actualité ! On pourrait en extraire des passages entiers qui n’ont absolument rien perdu de leur acuité, de leur pertinence, notamment sur l’éducation (l’analyse que fait Pompidou de Mai 68 est un modèle), les moeurs, les extrêmes en politique…

Authentiques

Je m’apprêtais à évoquer la figure singulière du chef Christoph von Dohnányi et un nouveau coffret (voir ci-après) lorsque j’ai appris le décès, ce 9 octobre, d’un autre chef très singulier, le Finlandais Leif Segerstam

Leif Segerstam (1944-2024)

Le chef et compositeur finlandais Leif Segerstam est mort le 9 octobre, sans susciter de réaction notable en France où il a été plutôt rare. Mais nul discophile n’ignore son nom.

J’ai un souvenir personnel de ce chef à Genève. Je ne me rappelle plus pourquoi (ni par qui) il avait été engagé pour diriger l’Orchestre de la Suisse Romande dans le studio Ansermet de la maison de la Radio suisse romande, bd Carl Vogt. Mais c’est moi qui avais « négocié » une partie du programme, l’autre étant imposée (un concert UER ?). En première partie, une symphonie (la 21e ou 25e ?) parmi les 371 (oui 371 !) qu’a laissées le chef-compositeur, la création d’un concerto pour trompette d’un compositeur ayant remporté, je crois, le concours de composition Reine Marie-José* – le soliste étant Jouko Harjanne – et en deuxième partie les quatre Légendes de Sibelius.

Segerstam à l’époque – vers la fin des années 80 – portait déjà barbe nourrie et embonpoint certain. En le voyant se mouvoir et diriger, j’avais toujours l’image de Brahms à la fin de sa vie.

On ne peut pas dire que la comparaison soit forcée !

Les deux ou trois fois où j’ai entendu et vu diriger Leif Segerstam comme les disques que j’ai de lui, laissent l’empreinte d’une personnalité profondément originale, d’un musicien qui n’a cure d’aucun dogme, d’aucune convenance dans sa manière d’approcher une oeuvre. Et cela donne toujours, toujours, un résultat étonnant. Surtout ne pas limiter Segerstam à la sphère scandinave, où il est bien entendu chez lui, mais pas seul. Il n’est que d’essayer de consulter sa discographie pour constater qu’il a embrassé un répertoire incroyablement vaste.

J’ai ainsi découvert l’oeuvre symphonique du Français Louis Aubert (1877-1968) grâce à lui

J’aime beaucoup, même si ce n’est pas mon premier choix, sa version de l’opéra de Korngold, Die tote Stadt

Et puisque mon premier souvenir au concert des quatre Légendes de Sibelius, c’est à lui que je le dois, je découvre avec bonheur cette récente captation de concert à Turku, dont il était le chef depuis 2012.

On ne peut d’un seul article faire le tour d’une personnalité aussi protéiforme, mais encore un mot de son oeuvre de compositeur. Le nombre de ses symphonies fait sourire : 371 achevées. Voici au hasard l’une d’elles… sans chef !

Impossible d’établir une discographie. Quelques indispensables néanmoins pris dans ma discothèque :

Christoph von Dohnányi #95

Je l’annonçais à l’occasion d’un billet sur Bruckner. Il a fallu attendre qu’il fête ses 95 ans le 8 septembre dernier pour que son éditeur de toujours – Decca – songe à honorer Christoph von Dohnányi ! Pourquoi n’a-t-on retenu que les enregistrements réalisés à Cleveland, alors qu’en y adjoignant ceux de Vienne (avec les Wiener Philharmoniker) on n’aurait pas vraiment alourdi le coffret ?

Contenu du coffret :

CDs 1–5 MOZART
Symphonies 35, 36, 38, 39, 40, 41
Bassoon Concerto K.191
Clarinet Concerto K.622
Flute & Harp Concerto K.299
Oboe Concerto K.314 
Serenade No.13 “Eine kleine Nachtmusik”
Sinfonia concertante K.364

CD 6
BERLIOZ Symphonie fantastique
WEBER/BERLIOZ L’Invitation a la valse

CDs 7 & 8 SCHUMANN
Symphonies 1–4

CD 9
BRAHMS Violin Concerto
SCHUMANN Violin Concerto

CDs 10–16 BRUCKNER
Symphonies Nos. 3–9

CDs 17–22 WAGNER
Das Rheingold
Die Walküre

CD 23 R. STRAUSS
Ein Heldenleben
Till Eulenspiegels lustige Streiche

CDs 24–28 MAHLER
Symphonies Nos. 1, 4, 5, 6 & 9

CD 29 SMETANA
Dvě vdovy (The Two Widows): Overture & Polka
Hubička (The Kiss): Overture
Libuše: Overture
Prodana nevěsta (The Bartered Bride):
Overture & 3 Dances
Vltava (The Moldau)

CDs 30–36
BARTÓK Concerto for Orchestra
Music for strings, percussion & celesta
DVOŘAK Symphonies 6, 7, 8 & 9 ・ Scherzo capriccioso
Slavonic Dances Opp. 46 & 72
JANAČEK Rhapsody for Orchestra “Taras Bulba”
Capriccio
LUTOSŁAWSKI Concerto for Orchestra ・ Musique funebre
MARTINŮ Concerto for string quartet & orchestra
SHOSTAKOVICH Symphony No.10

CD 37 WEBERN
Fuga (Ricercata) aus dem Musikalischen Opfer
Im Sommerwind ・ Passacaglia ・ 5 Pieces Op.10 ・ 6 Pieces Op.6a
Symphony Op.21 ・ Variations Op.30

CDs 38 & 39
CRAWFORD SEEGER Andante for Strings
IVES Orchestral Set No.2
Symphony No.4
Three Places in New England (Orchestral Set No.1)
The Unanswered Question
RUGGLES Men and Mountains ・ Sun-treader
VARESE Ameriques

CD 40
BIRTWISTLE Earth Dances
HARTMANN Adagio (Symphony No.2)
SCHOENBERG 5 Orchesterstücke Op.16

Tous ces disques ont été à un moment ou un autre disponibles, mais plus dans les pays anglo-saxons qu’en France, où pourtant le chef allemand a officié plusieurs années à la tête de l’Orchestre de Paris. On m’a rapporté naguère que son mauvais caractère ne lui avait pas toujours attiré les sympathies des musiciens…

Je vois sur le site de la Philharmonie de Paris la captation d’un concert de 2019 – que j’ai manqué ! – où l’on remarque avec émotion la présence à la première chaise du regretté Philippe Aïche, disparu il y a deux ans déjà (lire Les morts et les jours)

https://philharmoniedeparis.fr/fr/live/concert/1104230-orchestre-de-paris-christoph-von-dohnanyi

Ecouter Dohnanyi c’est comme respirer une tradition venue en ligne directe d’Europe centrale, un style, une rigueur, une puissance, qui conviennent autant à Haydn ou Mozart qu’à Brahms, Schumann, Bruckner, Mahler ou à Schoenberg. On a de tout cela dans ce coffret, et bien sûr le son inimitable de Cleveland.

Cette captation de la 2e symphonie de Schumann au Carnegie Hall de New York en 2000 est d’autant plus émouvante qu’elle est introduite par celui qui fut l’inamovible président de la mythique salle, le violoniste Isaac Stern, déjà très fatigué par la maladie qui allait l’emporter quelques mois plus tard.

* Marie-José de Belgique (1906-2001), dernière reine d’Italie par son mariage avec Umberto II qui a régné 35 jours de mai à juin 1946, vit à partir de 1947, séparée de son mari, au château de Thônex dans la banlieue de Genève, et participe activement à la vie musicale et culturelle de la région. C’est ainsi qu’elle fonde en 1959 un Prix international de composition musicale.Elle est la grand-tante de Philippe, l’actuel roi des Belges,

Vive le « live »

Bien sûr je ne suis jamais mécontent de voir réédités de glorieux enregistrements du passé, captés en studio avec tout le soin que savaient y mettre des directeurs artistiques et ingénieurs du son passés pour certains à la postérité.

Mais, comme maints articles de ce blog le montrent, j’éprouve une très nette préférence pour la musique « sur le vif », le concert, et toute la documentation – YouTube, DVD, CD – qui restitue aujourd’hui à foison des moments de musique inoubliables.

J’étais hier soir au concert de rentrée de l’Orchestre de Paris et de son chef Klaus Mäkelä. Je n’aurais pas voulu manquer ce moment, et la déception relative que j’ai éprouvée ne change rien à l’admiration que je porte au jeune chef et à un orchestre qu’il a profondément fait évoluer.

Lisa Batiashvili et Klaus Mäkelä saluent à l’issue du concerto de Tchaikovski – très réussi.

Même exercice ce soir pour l’Orchestre national de France et Cristian Macelaru. Cette fois compte-rendu à venir dans Bachtrack.

Bertini, Stokowski

Après Georges Prêtre et la réédition d’enregistrements de la SWR de ses années Stuttgart (lire L’été 24: Georges Prêtre #100), deux autres grands chefs du XXe siècle bénéficient de rééditions qui complètent utilement leur discographie.

Le chef israélien Gary Bertini (1927-2005) n’a pas eu, de son vivant, la renommée que son talent aurait dû lui valoir, sa postérité n’est guère plus fameuse. Ce que traduit une discographie plutôt réduite, mais d’une qualité exceptionnelle, comme cette intégrale des symphonies de Mahler à laquelle je reviens souvent.

On se réjouit donc de la publication de ce coffret de captations réalisées par la radio allemande SWR.

Le chef connaissait ses classiques, comme tous ceux de cette génération : admirables sont ses Mozart, Haydn, Schubert, Beethoven, étonnante est sa Symphonie fantastique de Berlioz. Mais la pépite de ce coffret est certainement cette Demoiselle élue de Debussy avec la merveilleuse Ileana Cotrubas

Quant à Leopold Stokowski (1882-1977), c’est plutôt la surabondance qui menace. Les rééditions sont multiples. Ici c’est un coffret qui regroupe des prises de concert de la BBC déjà publiées du grand chef anglais, mais qui bénéficient d’un travail spectaculaire de « remasterisation ».

On est à nouveau frappé par l’immensité du répertoire que Stokowski a abordé tout au long de sa carrière et jusqu’à un âge très avancé. Il a longtemps passé pour un chef excentrique, privilégiant le spectaculaire au respect de la partition. Stokowski vaut infiniment mieux que cette caricature : il n’est que de l’écouter dans Vaughan-Williams ou son bouleversant Alexandre Nevski de Prokofiev !

Les joies de juin

D Day #80 : Félicitations

Félicitations à France 2, à la télévision publique en général, pour cette journée très réussie de commémoration des 80 ans du Débarquement. De Télématin à la cérémonie de fin d’après-midi, j’ai appris beaucoup de choses, de détails historiques, que j’ignorais, et cela sans le recours à d’incessants micro-trottoirs qui tiennent trop souvent lieu de reportages. Musicalement, la cérémonie internationale d’Omaha Beach avait l’allure et la carrure nécessaires : tout et tous étaient à leur place. Lambert Wilson, magnifique récitant, Alexandre Tharaud et son piano poétique, le choeur de l’Armée française préparé par sa cheffe Aurore Tillac, et peut-être surtout la Maîtrise populaire de l’Opéra Comique qui nous a profondément émus.

Chantilly sans crème

En septembre dernier, j’avais bien aimé le rendez-vous festif qu’Iddo Bar-Shai propose à Chantilly (Double crème). Je me réjouissais de retrouver le cadre imposant des anciennes écuries royales, en ce premier jour de juin, pour les Coups de coeur de Steven Isserlis.

Déception, frustration de ne pas plus et mieux entendre des musiciens que j’admire, comme je l’ai écrit pour Bachtrack : Frustrations à Chantilly

Oslo à Paris

Mardi dernier en revanche, l’affiche a tenu ses promesses. Un programme tout Brahms proposé par l’Orchestre philharmonique d’Oslo en tournée, dirigé par un chef qu’on connaît bien à Paris, Klaus Mäkelä, jouant aussi la partie de violoncelle du double concerto de Brahms. En compagnie d’un violoniste, Daniel Lozakovich, qui ne cesse de nous impressionner, concert après concert. Compte-rendu enthousiaste à lire sur Bachtrack : Klaus Mäkelä voit double avec l’Orchestre philharmonique d’Oslo

En marge du concert, deux brèves rencontres inattendues. Dans le métro de retour d’abord, une vieille dame un peu voûtée, le regard pétillant, s’adressant à deux jeunes hommes qui venaient manifestement d’assister au concert, et une voix que je n’ai reconnue qu’au dernier moment avant qu’elle ne sorte à la station Stalingrad, l’une des productrices emblématiques de France Musique, Martine Kauffmann, que je n’avais plus revue depuis près de trente ans.

En revanche, je savais d’avance que j’apercevrais au pupitre de clarinettes, Pierre Xhonneux (prononcer O-noeud), un musicien que j’avais engagé tout jeune – il avait 18 ans ! – à l’Orchestre philharmonique de Liège, et qui avait rejoint les rangs du philharmonique d’Oslo en 2015. Impossible de le retrouver dans le dédale de couloirs et de salles qui forme les coulisses de la Philharmonie, au milieu des « flightcases » de l’orchestre. Le lendemain matin, sortant du Café Charlot, rue de Bretagne où j’ai mes habitudes pour le petit déjeuner, je tombe sur Pierre et deux de ses collègues norvégiens. Ou comment le hasard fait bien les choses…

Sawallisch inconnu

Je l’ai longuement évoqué il y a un mois (Sawallisch ou les retards d’un centenaire) à propos de deux publications récentes. Je n’avais pas encore reçu le premier des deux coffrets que Warner consacre au chef allemand, né en 1923, disparu en 2013. Par rapport à un premier coffret EMI, acheté naguère au Japon, qui était limité au répertoire symphonique et concertant, il y a bien sûr l’œuvre chorale (Schubert) et de nombreux disques de Lieder où Sawallisch est au piano, mais aussi quelques pépites que je n’avais jamais vues en CD parmi les premiers enregistrements du jeune chef avec le Philharmonia.

ou encore une complète découverte pour moi que ces mélodies de Pfitzner avec Dietrich Fischer-Dieskau

Et puis, last but not least, l’excellent texte de Remy Louis, qui est une mine d’informations de première main sur l’art de ce chef.

Mon marché de printemps

J’ai une dilection particulière pour ces musiques qu’Armin Jordan qualifiait de « décadentes » avec une gourmandise non feinte, comme celles de Schreker ou Zemlinsky. Christoph Eschenbach nous offre une belle nouveauté avec ce double album enregistré à Berlin, et deux solistes splendides, Chen Reiss et Mathias Goerne.

Trouvé à petit prix sur jpc.de, je n’avais jamais repéré ce CD paru en 1998 de Stephen Hough (pour la prononciation, je renvoie à Comment prononcer les noms de musiciens ?) consacré à un compositeur singulier autant qu’admirable, Federico Mompou

Le baromètre des chefs

Le cas Roth

Il me faut revenir sur le billet que j’ai publié le 27 mai – Confidences et confidentialité – où j’évoque la situation du chef François-Xavier Roth. J’ai eu nombre de commentaires, d’interpellations, de réactions de la part d’amis, de musiciens et de musiciennes, qui me conduisent à préciser mon propos.

Lorsque j’écris  » il n’y a pas eu de violence sur autrui, ni fait pénalement répréhensible, juste des situations ridicules dont la seule victime est l’auteur » c’est au minimum incomplet, s’agissant des personnes, musiciens ou non, placés sous l’autorité artistique et/ou hiérarchique du chef. On pense évidemment en premier lieu aux artistes qui jouent au sein de l’orchestre Les Siècles, qui, à la différence des autres orchestres et institutions que dirige FXR (le Gürzenich à Cologne) n’est pas une structure permanente. Des amis musiciens me faisaient très justement remarquer que des SMS de nature sexuelle constituent bien une forme de harcèlement, réprimé par la loi. et qu’il faut bien du courage aux victimes de harcèlement pour engager une procédure judiciaire.

Pour le reste, la prudence me semble devoir être la règle dans les commentaires, l’expression sur les réseaux sociaux. À ceux qui sont en situation de responsabilité – et à eux seuls – d’exercer leurs droits et surtout leurs devoirs pour faire toute la lumière sur cette malheureuse affaire.

L’ascension d’un chef

Je ne veux faire aucun rapprochement hasardeux, mais c’est bien à cause d’un phénomène de même type que celui qui est reproché à Roth – le comportement du chef britannique John Eliot Gardiner à l’égard de l’un de ses interprètes (lire ici) – qu’un jeune chef portugais, Dinis Sousa, a surgi en pleine lumière depuis quelques mois. Il a dû remplacer en effet Gardiner dans la totalité des projets que ce dernier avait engagés avec ses forces du Monteverdi Choir and Orchestra.

Hier s’est achevé une forme de marathon Beethoven à la Philharmonie de Paris : en quatre concerts, le Monteverdi Choir et son jumeau orchestral ici dénommé Orchestre révolutionnaire et romantique, dirigés par Dinis Sousa, ont donné les symphonies 2,3,4,5,6,7 et 9 ainsi que la Messe en do.

J’invite à lire mes comptes-rendus sur Bachtrack, en particulier sur une mémorable Neuvième, une Héroïque impressionnante, et finalement tout cette aventure.

Au bonheur de la Pastorale

Le triomphe de la fraternité

L’apothéose finale

Je reviendrai sur ces concerts et sur la personnalité de ce jeune chef qui me paraît avoir tout compris des enjeux et des risques d’une carrière musicale à notre époque.

Pour le moment il n’y a pas de captation disponible des concerts de la Philharmonie, mais celle-ci, réalisée il y a moins d’un an à Newcastle, avec l’orchestre Northern Sinfonia, dont Dinis Sousa est le directeur musical, donne une assez juste idée de sa direction et de sa conception des symphonies de Beethoven :

Je reviendrai aussi sur le coffret que je viens de recevoir, qui récapitule le mandat du chef anglais Antonio Pappano avec la Santa Cecilia de Rome

Antonio Pappano que j’applaudissais il y a un mois à la Philharmonie de Paris. Lire : Pappano et le LSO. Il dirigeait la 2e symphonie de Rachmaninov, qu’il a gravée à Rome et qu’on retrouve dans ce coffret :

Une semaine pas très ordinaire

Je me dis régulièrement que je devrais revenir à la raison première de ce blog : un journal. Comme je le faisais naguère, y relatant mes impressions, les grands et surtout les petits événements du jour.

J’avais commencé au début de la semaine un article sobrement intitulé Un dimanche à Paris. Et nous voici vendredi ! Je suis bon pour une récapitulation hebdomadaire…

Une création décevante

Comme j’ai tout raconté sur Bachtrack, je ne vais pas détailler ici ma soirée de vendredi passé à la Philharmonie. L’amitié, voire l’admiration qu’on éprouve pour un interprète ou un créateur, doivent-elles prendre le pas sur le devoir du critique ? J’ai déjà répondu ici : L’art de la critique.

Au théâtre ce soir

Je me suis laissé entraîner, samedi soir, au théâtre Edouard VII, où je n’avais pas remis les pieds depuis un bon bout de temps. Je n’avais pas repéré cette pièce – L’amour chez les autres – ni ses interprètes, encore moins son auteur Alyn Ayckbourn.

Quel bonheur de pouvoir rire presque continûment grâce à la mécanique implacable du texte et au burlesque débridé du jeu des acteurs et de la mise en scène de Ladislas Chollat. Mention particulière pour le couple de folie formé par Jonathan Lambert et l’impayable Virginie Hocq, naguère découverte à Liège.

Un tour chez le libraire

Lorsque je passais mes dimanches à Paris, ce qui m’arrive de plus en plus rarement, l’étape obligée après le petit déjeuner au Café Charlot, c’était, juste en face, le libraire de la rue de Bretagne. Je n’y vais plus que pour voir les nouveautés, mais je n’y achète plus rien depuis qu’on a signifié aux clients fidèles qu’on n’avait plus besoin de leur fidélité… Mais j’ai repéré deux ouvrages que j’ai finalement téléchargés, non sans avoir eu d’abord de sérieux doutes quant à leur intérêt.

L’agent suédois

Je pense que c’est bien la première fois, en tout cas dans cette collection Actes Sud, qu’un ouvrage est consacré non à un compositeur ou un interprète illustre, mais à un agent, organisateur de festival. Je ne dirai rien des sentiments que j’ai éprouvés jadis, lorsque je travaillais sur le même territoire que lui, la Suisse romande, ou plus récemment lors d’une mission à l’OSR, envers Martin Engström. Le fait même que ce livre existe décrit assez l’importance que le personnage a de lui-même ! Mais c’est aussi, à ma connaissance – et c’est pour cela que ce livre m’a intéressé – la première fois qu’un responsable important de la vie musicale classique raconte le dessous des cartes, les coulisses du métier. Avec cette sorte de décontraction, de désinvolture même, qui lui fait nommer et donner des détails parfois intimes sur des personnes encore vivantes et actives. Je ne suis pas sûr que les artistes, les sponsors, les élus qui ont soutenu l’aventure du Verbier Festival soient très heureux de ces révélations….

Encore Mitterrand ?

Encore un bouquin sur Mitterrand, presque trente ans après sa mort ? Au moins celle qui fut la secrétaire générale adjointe de l’Elysée à la fin du second septennat du président socialiste ne s’est pas précipitée, comme tant d’autres, pour raconter ses souvenirs. Et finalement on se laisse prendre par un récit qui ne fait aucune révélation à proprement parler, mais qui complète la vision, la compréhension qu’on avait d’un personnage complexe. On est obligé de croire – ou pas – l’auteure sur parole, puisque de la plupart des confidences que fait Anne Lauvergeon, nul ne peut plus attester la véracité.

C’est évidemment tout à fait secondaire, et sans aucun intérêt pour l’histoire contemporaine, mais j’ignorais jusqu’où était allé le premier amour de Mitterrand, pour la dénommée Marie-Louise Terrasse, plus connue sous son nom de télévision. Catherine Langeais et son mari Pierre Sabbagh avaient élu domicile dans la commune voisine de la mienne, Valmondois. Elle est morte deux ans après son premier fiancé. Et sa tombe au cimetière de Valmondois est bien mal entretenue…

Encore le concerto de Schumann ?

Lundi le temps de faire un aller-retour entre Paris et le Val d’Oise pour tenir ma permanence de conciliateur de justice, j’étais de retour à la Philharmonie, toujours pour le compte de Bachtrack : Martha Argerich dans le concerto de Schumann, l’orchestre symphonique de Londres et son nouveau directeur musical le chef bien anglais Antonio Pappano et la Deuxième symphonie de Rachmaninov. Le cocasse dans l’histoire, c’est que l’organisateur de ce concert, l’infatigable André Furno, créateur de la série Piano ****, avait voulu rendre hommage par ce programme à Claudio Abbado, disparu il y a dix ans, en même temps qu’à Maurizio Pollini. Les liens Abbado/Argerich, Abbado/LSO sont évidents, mais la 2e de Rachmaninov est l’une des seules symphonies qu’Abbado n’a jamais dirigées…

De ce concert, j’ai tout dit sur Bachtrack : Martha Argerich réinvente le concerto de Schumann.

Et dans mon précédent billet je rappelais quelques-uns de mes souvenirs de la pianiste argentine : Martha Argerich à Tokyo.

Cincinnati – Paris

J’ai été un peu surpris par l’annonce de la nomination de Cristian Măcelaru comme successeur de Louis Langrée à la tête de l’orchestre symphonique de Cincinnati.

Je savais qu’il faisait partie des « possibles », mais compte-tenu de ses engagements en Europe (la WDR à Cologne, et l’Orchestre national de France à Paris), je doutais qu’il soit retenu pour une fonction exigeante et chronophage. On sait qu’il quittera Cologne à la fin de la saison prochaine. Pas d’information pour l’heure du côté du National…

On était justement jeudi soir à l’auditorium de Radio France pour un programme tout français dirigé par Măcelaru. Un compte-rendu bientôt sur Bachtrack.

En attendant on va prendre le temps ce week-end d’écouter une nouveauté discographique d’importance : les trois symphonies et les deux rhapsodies roumaines d’Enesco. On est encore impressionné par le souvenir de la 3e symphonie donnée à Bucarest l’automne dernier (lire Pourquoi pas Enesco ?)