J’ai eu la chance d’entendre ce lundi soir à Colmar une magnifique version de concert du chef-d’oeuvre de Grieg, Peer Gynt, dirigée par Alain Altinoglu à la tête de son formidable orchestre de la Monnaie (lire sur Bachtrack : Les promesses tenues d’Alain Atinoglu à Colmar).
Ce n’est pas la première fois, loin de là, que j’évoque dans ce blog, la discographie de Peer Gynt.
Il y a un tropisme particulier des chefs britanniques pour Grieg.
à commencer par le plus jeune, Edward Gardner, qui a été dix ans aux commandes de l’orchestre de Bergen, chez Edvard Grieg donc, Ed Gardner que j’ai été si heureux d’inviter à Liège dans ses premières années
Et puis il y a celui qui m’a révélé cette partition dans sa presque totalité, l’admirable Thomas Beecham
Et encore John Barbirolli et sa version presque « authentique » (Hardanger compris)
Et puis il y a cette découverte récente, un chef que je trouvais de second rang, Jeffrey Tate, à qui on avait confié rien moins que l’orchestre philharmonique de Berlin pour une version qui, de bout en bout, captive et surprend
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Comme tout le monde, j’ai découvert Lalo Schifrin grâce au générique d’un feuilleton dont je n’aurais pas voulu rater un épisode :
Comme tous les grands compositeurs de musiques de film ou de séries, Lalo Schifrin, a eu une formation tout ce qu’il y a de plus classique (rappelons ici qu’à ses débuts Maurice Jarre était un compositeur plus radical encore que son contemporain Pierre Boulez !). C’est assez sympathique de découvrir qu’en 1952, Lalo Schifrin, au consulat de France à Buenos Aires, passe le concours d’entrée au Conservatoire de Paris. Il étudiera auprès d’Olivier Messiaen (qu’il écoutera régulièrement à la tribune de l’orgue de la Trinité) et fréquentera les clubs de jazz.
Il faut écouter les hommages que France Musique a rendus au compositeur, avec Max Dozolme par exemple
Lalo par Beecham
J’ai, à plusieurs reprises, raconté ma découverte de l’unique symphonie en sol mineur d’Edouard Lalo (Lalo ou l’éternel second) grâce à un disque de Thomas Beecham et de l’Orchestre national à l’époque de la RTF ! C’est d’ailleurs avec le même disque que j’avais découvert la symphonie de Bizet (lire Le jeune homme et l’orchestre).
Warner vient de rééditer l’ensemble des enregistrements stéréo du chef britannique après un « remastering » très réussi, réalisé par Art et Son à Annecy (*)
Ne me demandez pas pourquoi mon admiration pour Thomas Beecham (1879-1961) n’a jamais baissé, et qu’au contraire, plus je l’écoute, plus j’aime son art si singulier fait d’une élégance rare, d’une justesse stylistique absolue en particulier dans la musique française dont il est l »un des serviteurs les plus exceptionnels. C’est tout de même celui qui nous a laissé la version de référence de Carmen de Bizet (malgré toutes les difficultés qu’a connues cet enregistrement : lire L’impossible Carmen). Tout est à entendre, à aimer dans ce coffret, à part peut-être des Haendel un peu surannés, mais les rares Beethoven et Mozart, les « Londoniennes » de Haydn, les trois symphonies de Schubert d’une grâce inouïe (exception faite du scherzo inexplicablement lent de la 3e symphonie) sans parler des Delius juste parfaits..
Ce qui frappe aussi chez Beecham – c’est bien la caractéristique des plus grands ! – c’est la capacité de saisir l’architecture d’une oeuvre, les rapports de tempo entre les mouvements, la manière unique qu’il a de faire vivre la musique de l’intérieur. Un très bel exemple nous en est fourni par la 5e symphonie de Schubert : Beecham prend son temps dans l’énoncé du 1er mouvement, y crée une atmosphère pastorale, qui n’est pas pour autant placide et molle.
Que dire de l’excitation, de l’exaltation qui nous saisit à l’écoute de la 7e symphonie de Beethoven, le vivace du 1er mouvement est pure folie ! Et quel sens des transitions !
On voudrait aussi citer un Peer Gynt de Grieg d’anthologie :
Contenu du coffret Warner (enregistrements stéréo de 1955 à 1959)
Sibelius: The Oceanides, Op. 73
Sibelius: Symphony No. 7 in C major, Op. 105
Sibelius: Pelléas and Mélisande
Schubert: Symphony No. 6 in C major, D589
Grieg: In Autumn, Op. 11
Grieg: Old Norwegian Romance with Variations, Op. 51
Balakirev: Symphony No. 1 in C major
Borodin: Prince Igor: Polovtsian Dances
Handel: Samson
Brahms: Schicksalslied, Op. 54
Brahms: Academic Festival Overture, Op. 80
Liszt: Psalm XIII 3 “Herr, wie lange willst du » lange willst du”
Mozart: Symphony No. 41 in C major, K551 ‘Jupiter’
Mozart: Divertimento No. 2
Mozart: Die Entführung aus dem Serail
Beethoven: Symphony No. 2
Beethoven: Incidental music to The Ruins of Athens
Bizet: L’Arlésienne Suites 1 & 2
Sibelius: Tapiola
Fauré: Pavane
Delius: Summer Evening
Delius: Irmelin Prelude
Dvořák: Legend in B flat major, B. 117
Grieg: Symphonic Dance, Op. 64 No. 2
Delius: Brigg Fair
Delius: A Song Before Sunrise
Delius: Marche Caprice
Delius: Pieces (2) for Small Orchestra
Delius: Sleigh Ride
Delius: Intermezzo
Delius: Florida Suite
Delius: Dance Rhapsody No. 2
Delius: Over the hills and far away
Delius: Songs of Sunset (John Cameron, Maureen Forrester)
Grieg: Peer Gynt
Haydn: The Seasons
Handel: Love in Bath (suite on Handel arias by Sir Thomas Beecham)
Rimsky Korsakov: Scheherazade
Lollipops
Fauré: Dolly Suite
Bizet: Carmen Suite No. 1
Franck: Symphony in D minor
Liszt: A Faust Symphony
Liszt: Orpheus, symphonic poem No. 4
Strauss, R: Ein Heldenleben
Beethoven: Mass in C major
Handel: The Gods go A’Begging (Ballet Suite)
Handel: Amaryllis Suite arr. By Beecham
Handel: Arrival of the Queen of Sheba (from Solomon)
Mozart: Die Entführung aus dem Serail, ouv.
Rossini: Semiramide our.
Haydn: Symphony No. 99
Haydn: Symphony No. 100
Haydn: Symphony No. 103
Haydn: Symphony No. 101
Haydn: Symphony No. 102
Haydn: Symphony No. 104
Schubert: Symphony No. 3
Schubert: Symphony No. 5
Mozart: Bassoon Concerto (Gwydion Brooke)
Mozart: Clarinet Concerto (Jack Brymer)
Bizet: Carmen
Beethoven: Symphony No. 7
Brahms: Symphony No. 2
Rossini: La gazza ladra Overture
Rossini: La cambiale di matrimonio Overture
Mendelssohn: A Midsummer Night’s Dream Overture, Op. 21
Mendelssohn: The Fair Melusine
Delibes: Le roi s’amuse
Berlioz : Symphonie fantastique
Bizet : Symphonie
Lalo : Symphonie
*Apparemment, la remasterisation n’a pas permis d’effacer un téléphone intempestif qu’on entend très nettement (au casque) sonner dans le 2e mouvement « Un bal » de la Symphonie fantastique de Berlioz (à 0’56 du début du mouvement) !)
Et toujours les bonnes ou moins bonnes nouvelles des jours sur mes brèves de blog
Les magazines de musique classique (Diapason, Classica, Gramophone) – que je lis toujours régulièrement – ont insensiblement mais résolument pris le pli de combler la raréfaction de la production discographique, qui, il n’y a pas encore si longtemps, occupait l’essentiel de leurs pages, par des articles de fond.
Le numéro d’avril de Diapason contient un passionnant dossier sur le Peer Gyntde Grieg, qu’on n’attendait pas signé de Sylvain Fort, grand maître ès vocalités, lyriques ou mélodiques. Même si la musique de scène que le compositeur norvégien a écrite pour la pièce éponyme d’Ibsen contient des parties chantées. On s’attendait encore moins à être surpris par les références discographiques choisies par l’auteur. Leçon de modestie pour qui croyait si bien connaître la discographie de l’oeuvre…
Sans dévoiler les conclusions de Sylvain Fort – il faut acheter et lire Diapason pour cela ! -, je commencerai par faire état des versions qui m’ont accompagné depuis mes jeunes années, versions que tient Fort en haute estime – le contraire m’eût étonné et n’eût pas manqué de susciter une vive protestation à son endroit ! -, à commencer par l’ineffable Sir Thomas, Beecham du nom des pilules laxatives qui ont fait la fortune de sa famille (!!).
Y a-t-il plus terrifiant que cet « Antre du roi de la montagne » ?
Arrivé peu après dans ma discothèque, John Barbirolli, dans une collection économique allemande, nous tire des larmes de la Mort d’Ase
Si je continue à la lettre B, je trouve deux fois l’actuel vétéran de la direction, le Suédois devenu Américain Herbert Blomstedt, 96 ans en juillet prochain, une fois à Dresde, l’autre à San Francisco. Sylvain Fort les relève l’une et l’autre, je ne dirai pas celle qu’il préfère !
Toujours en suivant l’ordre alphabétique, j’arrive aux Järvi, père et fils. Me revient, si vif, le souvenir de l’intégrale de la musique de scène qu’avait donnée l’Opéra de Paris, le 19 avril 1995, à Bastille, dirigée si parfaitement par Neeme Järvi. Sa gravure à Göteborg est idiomatique.
Marchant sur les traces de son père (il faudra un jour dire à quel point l’ombre de Neeme influence le parcours… et la discographie du fils aîné) Paavo trouve avec ses forces estoniennes les couleurs fauves qui conviennent.
J’ai encore en rayon Neville Marriner (première version avec l’Academy of St Martin in the Fields), Hans Cristian Ruud dans l’édition Grieg du label BIS, et Esa-Pekka Salonen à Oslo.
Mais la grande surprise pour moi, au point que je me suis un instant demandé si un poisson d’avril ne s’était pas glissé dans le dossier de Diapason, est la présence d’une version qui m’avait complètement échappé : Jeffrey Tate dirigeant l’orchestre philharmonique de Berlin ! Je n’ai jamais eu, à tort, une grande considération pour ce chef, qu’à l’opéra ou en concert, je trouvais toujours « honnête » mais guère palpitant. Je vais donc grâce à Diapason enrichir ma discothèque d’un nouvel élément
Il y a bien d’autres informations et découvertes à faire dans le dossier de Sylvain Fort. Comme la version récente d’Edward Gardner avec l’orchestre « natal » de Grieg (Bergen) et cette précision qui ravira tous ceux qui ont subi tant de publicités laitières et autres : « Au matin » n’évoque nullement la fraîcheur des fjords scandinaves mais la douceur d’une oasis marocaine !
Eh oui ! Serge Gainsbourg, mort il y a trente ans, le 2 mars 1991, était un emprunteur. Il n’a jamais renié son amour de la musique classique (« J’aime la grande musique. Moi je fais de la petite musique. De la musiquette. Un art mineur. Donc j’emprunte »), ni a fortiori les sources d’inspiration de plusieurs de ses chansons (une vingtaine au moins).
Nous l’avions illustré à Liège, lors d’une fête de la musique mémorable, en 2009 (lire l’article de Sylvain Rouvroy sur ResMusica : Salut Gainsbourg !) : dans la même soirée, une quinzaine de chanteurs s’étaient succédé sur la scène de la Salle Philharmonique de Liège, puis l’Orchestre philharmonique de Liège dirigé par Jean-Pierre Haeck avait joué cinq extraits « classiques ».
Je ne vais pas me livrer à une recension exhaustive des « emprunts » classiques de Gainsbourg, mais plutôt souligner les moins connus ou les plus originaux.
Poupée beethovénienne
La plus célèbre des chansons de Gainsbourg pour France Gall, Poupée de cire, Poupée de son (1965)
a un furieux air de parenté avec l’un des thèmes du dernier mouvement de la 1ère sonate pour piano de Beethoven. La preuve : écouter Daniel Barenboim à 0’38
2. My Lady sur un marché persan
Gainsbourg, pour son sulfureux Lady Heroïne, va chercher une mélodie chez le Britannique Albert Ketelbey (1875-1959), auteur à succès de musiques « exotiques », commeSur un marché persanà écouter à partir de 1’45 »
3. La chanson perdue de Solveig
Enregistrée en concert, dans la ville natale de Grieg, par l’excellent orchestre de Bergen et son excellent chef Edward Gardner, la chanson de Solveig, faisant partie de la musique de scène de Peer Gynt, est à entendre à 14’50.
4. Jane et Frédéric
Chopin a inspiré plusieurs des mélodies de Gainsbourg, et pas nécessairement les pièces les plus connues. Ainsi le 4ème des Préludes op.28, si mélancolique, donne Jane B. en 1969
5. La Tristesse de Charlotte
Lemon Incest s’inspire directement de la plus célèbre des Etudes de Chopin, la 3ème de l’opus 10, surnommée « Tristesse »
6. Chopin dépressif
Toujours Chopin dans Dépression au-dessus du jardin
Cette fois c’est la 9ème des études de l’opus 10 qui est convoquée. Ici sous les doigts inimitablement poétiques d’Artur Rubinstein
7.8. Son Nouveau Monde
Gainsbourg utilise, à deux reprises, des thèmes de la Symphonie n°9 dite « du Nouveau monde » de Dvorak.
Le moins évident des emprunts – dans le 4ème mouvement de la symphonie – se trouve dans le film Le Pacha de Georges Lautner (1968) et la chanson Requiem pour un con que Gainsbourg chante et joue devant Jean Gabin
à partir de 0’22 »
Pas non plus immédiate la référence au Nouveau monde dans Initials BB
on repère l’emprunt à 4’45 »
9. Lou Appassionnata
Le rapport entre cette chanson et Beethoven ? Pas évident du tout. Mais Gainsbourg qui connaissait ses classiques trouve le thème du refrain de cette chanson dans l’un des thèmes de la sonate n°23 dite « Appassionata » de Beethoven…
Et pour finir cette liste non limitative, le plus célèbre des emprunts gainsbourgiens à la musique classique :
Brahms et le charme mélancolique du troisième mouvement de sa 3ème symphonie ne pouvaient pas ne pas séduire Gainsbourg.
J’ai pour cette intégrale viennoise de John Barbirolli une tendresse toute particulière, même s’il y a bien des versions plus idiomatiques (lire Barbirolli le Viennois)