Lumières baltes

Les présidentes et président des républiques baltes d’Estonie, Lettonie et Lituanie, ont inauguré, lundi dernier, aux côtés d’Emmanuel Macron, une très belle exposition au Musée d’Orsay  : Âmes sauvages, le Symbolisme dans les pays baltes.

IMG_4970(Nikolai Trrik / Estonie, Le départ pour la guerre 1909)

Cette exposition – la première de cette envergure à Paris – s’inscrit dans un ensemble de manifestations culturelles organisées pour célébrer le centenaire de l’indépendance de ces trois pays de l’est de l’Europe – Lettonie, Lituanie, Estonie – si mal connus. Le moins qu’on puisse dire est que ceux qu’on désigne par facilité les pays baltes sont les grands oubliés de l’histoire du XXème siècle (lire Les pays baltes).

On n’a pas honte d’avouer qu’à l’exception du Lituanien Čiurlionis – que je connaissais comme compositeur, que j’ai découvert comme peintre – les noms des peintres et sculpteurs exposés à Orsay m’étaient tous inconnus.

IMG_4954(Oskar Kallis / Estonie, Linda portant un rocher, 1917)

IMG_4956(Janis Rozentals / Lettonie, Arcadie, 1910)

IMG_4960(Emilija Gruzite / Lettonie, Paysage fantastique, 1910)

IMG_4964(Petras Kalpokas / Lituanie, La Cité enchantée, 1912)

IMG_4963(Alexandrs Romans / Lettonie, Paysage au cavalier, 1910)

IMG_4966(Rudolfs Perle / Lettonie, Le soleil au crépuscule, 1916)

IMG_4968(Antanas Zmuidzinavicius / Lituanie, Au pays où sont les tombes des héros, 1911)

IMG_4972(Antanas Zmuidzinavicius / Lituanie, La tombe de Povilas Visinskis, 1907)

IMG_4974(Johann Walter / Lettonie, Jeune paysanne, 1904)

IMG_4976(Ferdynand Ruszczyk / Biélorussie, Le passé, 1902)

IMG_4978(Nikolai Trrik / Estonie, Paysage décoratif de Norvège, 1908)

IMG_4982(Vilelms Purvitis / Lettonie, Les eaux printanières, 1910)

IMG_4980(Jaan Koort / Estonie, Paysage de Norvège, 1907)

IMG_4984(Vilelms Purvitis / Lettonie, Hiver, 1908)

IMG_4986(Vilelms Purvitis / Lettonie, Automne, 1914)

IMG_4988(Johann Walter / Lettonie, Un bois, 1904)

IMG_4990(Petras Kalpokas / Lituanie, Paysage, 1911)

IMG_4992(Petras Kalpokas / Lituanie, Arbres près d’un lac, 1914)

Je laisse aux spécialistes le soin d’opérer des rapprochements ou des comparaisons avec les peintres symbolistes occidentaux, j’ai pour ma part été enthousiasmé par la lumière et la vivacité des couleurs de ces toiles.

Si la peinture balte est encore une vaste terra incognita pour nos regards français, que dire de la musique de ces pays ? Pour un Arvo Pärt qui a conquis une célébrité universelle, les noms de ses compatriotes estoniens Tubin, Tüur, restent l’apanage des seuls mélomanes curieux, grâce aux efforts des Järvi, père et fils, pour les faire connaître.

La musique lituanienne est bien servie, notamment par le label Naxos, et grâce à des interprètes comme la pianiste Mūza Rubackytė.

Le violoniste Gidon Kremer, né à Riga, s’est toujours fait le héraut des musiques baltes, il ne manquait jamais une occasion – j’en ai vécu quelques-unes ! – de donner un bis d’un compositeur complètement inconnu, souvent imprononçable, après avoir joué un grand concerto du répertoire.

Les fidèles du Festival Radio France retrouveront, quant à eux, en juillet prochain l’une des plus fameuses phalanges chorales d’Europe, le Choeur de la radio lettone et son chef Sigvards Klava, présents chaque été à Montpellier depuis plus de 25 ans. Mais cette année, pour célébrer le centenaire de l’indépendance de leur pays, ils ont concocté un beau programme en forme de découverte de la spiritualité balte.

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Le 23 juillet à la Cathédrale de Montpellier et le 25 juillet à la Cathédrale de Cahors : Chants de la Baltique

Tombe la neige

C’est l’hiver et il neige, quelle surprise ! IMG_4600Il est vrai qu’à Montpellier et dans l’Hérault la neige est rarissime, et que la journée du 28 février 2018 restera dans les annales météorologiques.. et un mauvais souvenir pour quantité d’automobilistes piégés par l’abondance des chutes.

IMG_4602Le Musée Fabre et l’Esplanade habillés de blanc

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Je ne pensais pas retrouver si vite la neige rencontrée sur les sommets alpins (voir Le lac enchanté)

Musicalement, la neige est puissamment évocatrice (Musiques climatiques)

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Le jeune Michael Tilson Thomas dirige l’une des plus belles versions de cette 1ère symphonie de Tchaikovski justement intitulée « Rêves d’hiver »

L’opéra féerique de Rimski-Korsakov, Snegourotchka (La fille des neiges) est admirable de bout en bout, comme on l’a vu à l’Opéra Bastille il y a quelques mois

Un paysan et sa femme se désolent de ne pas avoir d’enfants. Un jour d’hiver, pour se distraire, ils décident de fabriquer un enfant de neige. Celui-ci prend vie : c’est une belle petite fille, qui grandira rapidement, tout en gardant un teint pâle comme la neige : on l’appelle Snégourotchka. Lorsque le printemps arrive, la jeune fille manifeste des signes de langueur. Les autres jeunes filles du village l’invitent à jouer avec elles, et sa mère adoptive la laisse partir à regret. Elles s’amusent et dansent, Snégourotchka restant toujours en arrière, puis l’entraînent à sauter par-dessus un feu de joie : à ce moment, elles entendent un cri, et en se retournant, elles découvrent que leur compagne a disparu. Elles la cherchent partout sans succès : Snégourotchka a fondu, et il n’en est resté qu’un flocon de brume flottant dans l’air.

Mais depuis que j’ai vu ce rare film d’Hans-Jürgen SyberbergLudwig, requiem pour un roi vierge (contemporain et très différent du Ludwig ou le Crépuscule des dieux de Visconticette scène de traversée de la forêt enneigée en traineau est à jamais associée à Wagner et au sublime duo de Tristan et Isolde « O sink hernieder » (ici dans la version mythique de Furtwängler avec Kirsten Flagstad et Ludwig Suthaus)

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La mort en face

Sauf erreur de ma part, la dernière fois que j’avais vu l’ouvrage, c’était à l’Opéra Bastille en 2004. C’est dire si j’attendais ces Dialogues des Carmélites de Francis Poulencdonnés au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, dans une mise en scène d’Olivier Pyqui avaient déjà triomphé en 2013.

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La même production a précédé la reprise parisienne, en décembre dernier, à La Monnaie de Bruxelles, avec une distribution en partie commune aux deux théâtres.

Pour les rôles communs à Bruxelles et Paris : Patricia Petibon, en Blanche de la Force, confirme ce que j’ai déjà constaté avec plaisir dans les récents Pelléas et Mélisande et Mithridate vus dans ce même théâtre des Champs-Elysées, la pleine maturité d’un talent que je me souviens avoir vu éclore à Ambronay, il y a une trentaine d’années, dans David et Jonathas. Sans les scories d’une notoriété acquise un peu trop rapidement sur des critères extra-musicaux.

On admire tout autant Véronique Gens – une habituée du Festival Radio France – en Madame Lidoine habitée, Sophie Koch, impressionnante Mère Marie de l’Annonciation, et chez les hommes Alain Cavallier en Marquis de la Force et surtout le magnifique ténor Stanislas de Barbeyrac, voix ronde, chaude et ample, parfaite incarnation du Chevalier de la Force, frère si aimant de Blanche.

À Paris, même annoncée en méforme, Sabine Devieilhe épouse à merveille la jeunesse et l’insouciance de Soeur Constance. 

Couronnant une distribution entièrement francophone – sacrée évolution du paysage lyrique français depuis 30 ans ! merci à des pépinières comme l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris et à son infatigable animateur Christian Schirm qui y ont ô combien contribué – la Prieure d’Anne-Sofie von Otter, diction, expression du texte superlatives, est d’une puissance d’évocation qui bouleverserait le plus rétif des spectateurs au texte de Bernanos.

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Il m’est arrivé de ne pas aimer ou de ne pas comprendre Olivier Py dans certaines de ses mises en scène. Dans ces Dialogues, il est admirable, convaincant, de bout en bout : Un tel spectacle est l’honneur des scènes francophones, en ce temps où tant d’œuvres sont délibérément défigurées, violentées, avilies par les metteurs en scène. Ici règne le respect, celui d’un texte et d’un argument théâtral de premier ordre, comme l’écrit André Tubeuf dans son blog.

Dans la fosse, l’Orchestre National chante Poulenc comme sa langue maternelle.

Une soirée à retrouver avec bonheur sur France Musique le 25 février prochain.

 

 

Le son de la neige et Karl Böhm

À l’heure où j’écris  ces lignes, il neige de nouveau sur l’Ile de France et ma maison. J’imagine que ce nouvel épisode hivernal va encore faire la une des journaux télévisés (voir Paris centre du monde)

Oserai-je avouer que le spectacle de la neige, et plus encore le son de la neige, me fascinent aujourd’hui autant que lorsque j’étais enfant ? La rumeur de la ville ou des champs, les bruits de la vie comme tamisés par ce manteau immaculé, une atmosphère magique…. Evidemment la magie est moindre quand on doit se déplacer… ou subir les errements de conducteurs en déroute !

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On s’apprête à passer le week-end au chaud en découvrant le beau coffret qu’on avait commandé dès que le spécialiste incontesté du dit chef m’en eut prévenu – je veux parler de Remy Louis – : après trois coffrets plutôt concentrés sur les enregistrements symphoniques,

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Deutsche Grammophon propose un fort pavé consacré à Karl Böhmchef d’opéra.

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On aurait aimé saluer sans réserve cette initiative, mais le titre du coffret est trompeur : il ne s’agit pas de l’intégrale des « vocal recordings » de Karl Böhm, puisqu’il y manque rien moins que le fameux Ring capté à Bayreuth, et une rare Chauve-souris parue sous étiquette Decca avec la Rosalinde la plus lumineuse de la discographie, Gundula Janowitz.

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Mais, tel qu’il est, ce superbe coffret rappelle l’immense chef d’opéra que fut Karl Böhm, ses versions incandescentes de Lulu et Wozzeck, des Mozart certes plus classiques, moins aventureux que ceux de Gardiner ou Harnoncourt, mais jamais anodins ou banals – et quelles distributions ! – et bien sûr de légendaires Richard Strauss dont Böhm fut l’un des plus ardents et fidèles interprètes.

Tous les détails – oeuvres, interprètes -de cet « indispensable » de toute discothèque à voir ici : Karl Böhm chef d’opéra

Paris, centre du monde

Si vous ne vous en étiez pas encore rendu compte, vous savez depuis hier soir que Paris est le centre du monde.

Paris bloqué, Paris coincé, Paris prisonnier, parce que Paris enneigé, Paris en hiver !

La démesure du traitement de l’information météorologique atteint des sommets de… ridicule. Il neige sur le Massif central, dans les Vosges, ou dans les Alpes, le trafic routier, ferroviaire en est touché, personne n’en parle, ce n’est que la province. Mais Paris, la région parisienne….

Les Parisiens découvrent, en février, qu’on est en hiver, que la circulation devient plus compliquée, et c’est un événement mondial. Avec son cortège de « directs », tous ces malheureux naufragés de la route, et même un ancien premier ministre qui twitte de rage sur le retard pris par son TGV. À vrai dire, il est scandaleux que ni le président Macron ni son gouvernement n’aient pris les mesures nécessaires pour détourner la neige de la région parisienne…

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Ces photos ont été prises… il y a exactement 5 ans. Histoire de rappeler aux oublieux que la neige peut tomber en hiver sur la capitale.

Qu’ensuite, on puisse pointer des dysfonctionnements, une mauvaise information, il appartiendra aux responsables de les prendre en considération, de les corriger, mais de grâce qu’on garde un tant soit peu le sens de la mesure dans le traitement de l’information. Voeu pieux je sais !

Un peu de musique pour oublier ces tourments…

Every time I look down on this timeless town
Whether blue or gray be her skies.
Whether loud be her cheers or soft be her tears,
More and more do I realize:
I love Paris in the springtime.
I love Paris in the fall.
I love Paris in the winter when it drizzles,
I love Paris in the summer when it sizzles.
I love Paris every moment,
Every moment of the year.
I love Paris, why, oh why do I love Paris?
Because my love is near. (Cole Porter)
Une dernière photo prise aujourd’hui… à Montpellier (où l’on a aperçu quelques flocons hier soir)
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La douleur

Impossible, ce week-end, d’échapper à l’actualité hydrologique. L’eau monte, la belle affaire, le centre du monde est sur les bords de la Seine et de ses affluents, si l’on en croit les médias français…

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IMG_4281L’Oise près de chez moi

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Les commentateurs en arriveraient presque à regretter que la crue de la Seine n’atteigne pas les niveaux de juin 2016… (images à voir ici : Paris sous l’eau)

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Ce fut donc un dimanche cinéma. Pour un film qu’on appréhendait un peu, malgré la rumeur favorable.

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Juin 1944, la France est toujours sous l’Occupation allemande. L’écrivain Robert Antelme, figure majeure de la Résistance, est arrêté et déporté. Sa jeune épouse Marguerite, écrivain et résistante, est tiraillée par l’angoisse de ne pas avoir de ses nouvelles et sa liaison secrète avec son camarade Dyonis. Elle rencontre un agent français de la Gestapo, Rabier, et, prête à tout pour retrouver son mari, se met à l’épreuve d’une relation ambiguë avec cet homme trouble, seul à pouvoir l’aider. La fin de la guerre et le retour des camps annoncent à Marguerite le début d’une insoutenable attente, une agonie lente et silencieuse au milieu du chaos de la Libération de Paris.

Comment traduire au cinéma, sans le trahir, un texte aussi intense, personnel, intime que ce monologue de Marguerite Duras ?

Même si la deuxième partie – l’attente interminable du retour – est un peu longue, même si le réalisateur Emmanuel Finkiel use et abuse de l’effet bokeh le film est une belle réussite. Mélanie Thierry incarne parfaitement la romancière, doublement prisonnière de ses sentiments, Benoît Magimel – à peine reconnaissable, tant il semble en voie de « depardieuisation » – en salaud séduisant, Benjamin Biolay en amant distant et cynique, dans un Paris qu’on (re)connaît bien. J’avais mes habitudes jadis au Petit Saint-Benoît, juste en face de l’appartement qu’occupait Marguerite Duras.

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Je suis très modérément « durassien ». Mais je dois reconnaître que lorsque La Douleur est sortie en 1985 (hommage à son éditeur Paul Otchakowsky-Laurens disparu en ce début d’année), j’ai été durablement marqué par sa lecture. J’y ai trouvé plutôt moins de trucs, de tics, de ces agaceries qui m’ont parfois rendu Duras insupportable. Et une intensité dans l’expression de l’indicible, cette douleur non partageable…celle de l’impossible retour, de l’irréparable séparation.

Contrepoint nécessaire à cette plongée dans l’univers de Marguerite Duras, le rire libérateur qui s’empare de vous à la lecture de ce merveilleux pastiche.

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D’un opéra l’autre

Deux soirées pour le moins contrastées : vendredi à l’Opéra Bastille, hier à l’Opéra royal du château de Versailles.

Je n’ai aucun souvenir d’avoir vu Un bal masqué de Verdi sur scène (ou peut-être à Genève il y a une trentaine d’années ?). On a saisi l’occasion de voir la production proposée par l’Opéra Bastille, une reprise d’une mise en scène de Gilbert Deflo qui doit dater d’une bonne dizaine d’années.

Rien à dire de plus que cet article : Quand Sondra est là tout va ! Sondra Radvanovsky est, en effet, la reine de la soirée, son Amelia est impressionnante. Mêmes compliments pour Nina Minasyan, formidable Oscar. Pour le reste, mieux vaut ne pas s’appesantir.

On va réécouter l’une de ces versions, pour se rappeler que l’opéra c’est aussi, d’abord, un chef !

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En sortant de l’opéra, personne ne pouvait ignorer que la région Occitanie sait se vendre !

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Tout autre genre, tout autre cadre hier soir.

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On est toujours heureux d’aller à l’opéra royal du château de Versailles. D’abord parce qu’on y est toujours bien accueilli par le maître des lieux, l’infatigable Laurent Brunner, ensuite bien sûr parce que le cadre tout à la fois grandiose et intime de cette salle est un bonheur chaque fois renouvelé pour les yeux comme pour les oreilles.

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Hier donc, on venait entendre en vrai le contre-ténor argentin Franco FagioliSans doute parce que j’ai longtemps eu des réticences, voire des résistances à l’égard de ce genre de voix (lire Paroles de star). J’admirais l’art mais quelque chose dans le timbre ou l’expression de certains de ces chanteurs m’irritait, me gênait. Fagioli a fait tomber mes réticences, dans les disques où je l’ai découvert. La richesse, l’homogénéité de la voix, un timbre délicatement ombré, le parallèle qui s’impose naturellement avec les contraltos féminins, Bartoli ou Stutzmann.

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Fagioli était venu « vendre » son nouvel album Haendel.

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Une soirée comme un enchantement permanent ! Un interprète constamment inspiré, ne cherchant pas la facilité, la beauté de la ligne de chant, un souffle comme inépuisable. Excellemment soutenu par le jeune orchestre baroque italien Il Pomo d’Oro.

Promis, on sera désormais plus attentif aux prochaines prestations de Franco Fagioli !

 

 

L’autre Herbert

J’en ai parlé récemment (lire Retour chez Felix et Dresde, les indispensables), je déguste à petit feu sa toute récente intégrale des symphonies de Beethoven enregistrée précisément avec l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig dont il fut le directeur musical de 1996 à 2005. Je ne l’avais pas vu en concert depuis mes lointaines années suisses.

Herbert Blomstedt – 90 ans depuis le 11 juillet 2017 – dirigeait hier soir l’Orchestre de Paris à la Philharmonie de Paris (trois ans quasiment jour pour jour après son inauguration) dans un programme idéal : 39ème symphonie de Mozart, 3ème symphonie de Bruckner !

IMG_4189Ce fut d’abord une belle ovation pour saluer l’arrivée du chef toujours ingambe et fringant. Puis ce qu’on remarqua immédiatement, ce sont ces mains larges comme des battoirs, sans baguette, expressives sans effets, accordées – on le suppose puisqu’on ne voyait le chef que de dos – à un regard pétillant, inspirant.

Et Mozart comme une évidence, sans ce qui parfois irritait dans les concerts d’Harnoncourt, une volonté démonstrative – piètre souvenir à Genève il y a deux ou trois décennies des trois dernières symphonies de Mozart, qui nous avaient semblé – c’est un comble ! – ennuyeuses, interminables ! . Blomstedt a le geste alerte, une vision somme toute classique, heureuse – les interventions des clarinettes dans le menuet ! – . Du très grand art, et un orchestre de Paris transfiguré.

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Bruckner ensuite, avec le même sentiment d’évidence. Fluidité, justesse des tempi, équilibre idéal des masses orchestrales, homogénéité des pupitres, et comme dans Mozart, jamais de recherche d’effets, de monumentalité.

 

On aimerait être musicien d’orchestre pour avoir en face de soi un personnage aussi vivant…

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Revenir maintenant à la discographie de ce grand chef, que j’avoue n’avoir jamais jusqu’à présent placée en tête de mes références. Et pourtant, ses récents Beethoven et Bruckner, et encore bien d’autres merveilles… A réécouter d’urgence.

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Un coffret très représentatif du répertoire et de l’art du chef américano-suédois, des enregistrements de la période où Blomstedt était le directeur musical de l’orchestre de San Francisco (1985-1995).

71OSQVWJgZL._SL1200_Blomstedt a réalisé deux intégrales des symphonies de Nielsen, l’une pour Decca avec San Francisco justement, l’autre pour EMI/Warner avec l’orchestre de la radio danoise. On a une vraie préférence pour cette dernière.

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Concerts de Nouvel an

Si on y inclut la soirée de la Saint-Sylvestre à Dresdeon aura célébré à quatre reprises l’arrivée de l’an neuf. De quoi frôler l’indigestion !

Retour sur le concert de Nouvel an du 1er janvier à Vienne. Petit cru malgré l’affiche. On avait pourtant bien aimé Riccardo Muti dirigeant les Wiener Philharmoniker en 1993, 1997 ou 2004.  Qu’est-il arrivé au fringant chef napolitain de naguère ? Que cette édition 2018 semblait corsetée, laborieuse, à cent lieues de l’élégance et du charme auxquels Muti nous avait accoutumés…

Et ce cérémonial compassé, ces images kitschissimes des châteaux et jardins de Vienne, et ces couples de danseurs filmés en extérieur, l’été dernier ?

Samedi dernier en revanche, c’était une toute autre proposition, au Zénith de Pau. Trois ans après la reprise de Broadway symphoniqueIsabelle Georges, Frederik Steenbrink, retrouvaient l’Orchestre de Pau Pays de Béarn et Fayçal Karoui, avec des comparses de luxe, Jeff Cohen au piano et Roland Romanelli à l’accordéon, pour un Nouvel an de chanson française, où se mêlaient joie et nostalgie, tendres souvenirs et messages d’espérance.

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Quelle merveille, cet accordéon si poétique du légendaire accompagnateur de Barbaradans une chanson qu’on ne présente plus !

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Hier soir – ce soir en direct sur France-Musique ! – beaucoup mieux qu’une réplique parisienne du concert viennois avec l’Orchestre National de France et Emmanuel KrivineUn menu de fête choisi tout exprès par un chef qui n’a pas son pareil pour composer un programme, et un test imparable pour mesurer le niveau de cohésion, de Zusammenmusizieren, d’une phalange vraiment peu familière de ce répertoire et de son directeur musical. Ceux qui écouteront le concert ce soir en direct ou en podcast sur francemusique.fr partageront l’enthousiasme qui a été le mien et celui d’un Auditorium de Radio France comble hier soir.

Rien n’est plus difficile que ces musiques « légères », les Strauss bien sûr, mais aussi les danses de Dvorak, Brahms, les valses des ballets de Tchaikovski. Emmanuel Krivine et l’ONF nous les ont servies leichtfüssig – d’un pied léger (pour reprendre le titre d’une polka de Joseph Hellmesberger junior)

Emmanuel Krivine qui adore s’adresser au public – il faudrait songer à lui mettre un micro-cravate, une grande partie de la salle ne l’entendant pas ou mal ! – confiait le souvenir qui l’avait marqué du Grand Echiquier de Jacques Chancel : Karajan et le Philharmonique de Berlin en direct toute une soirée à la télévision française en 1980 !

J’ai exactement le même souvenir qu’E.Krivine, en particulier quand Karajan explique, avant de la diriger, comment est construite la Valse des délires de Josef Strauss (le frère de Johann qui disait de lui : « Je suis le plus connu, mais lui est le plus doué« ). On entre dans la valse, et dans ce rythme caractéristique à 3/4, sans même s’en apercevoir. Le public d’hier, et de ce soir, a donc eu droit à cette valse qui était si chère à Karajan.

On était de belle humeur hier soir en sortant de la maison de la radio…

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De Broadway aux Champs-Elysées

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Il y a trois semaines j’étais sur Broadway (In the magic of the night). Jeudi soir, Broadway était au théâtre des Champs-Elysées à Paris.

IMG_3503 (1)(Magie de l’avenue Montaigne à Paris)

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Isabelle Georges (voir Isabelle au Bal) y reprenait le spectacle créé avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège le 31 juillet 2014 au Concertgebouw d’Amsterdam et repris à Liège à la veille de Noël 2014. Avec les mêmes partenaires Frederik Steenbrink (chant), Guillaume Naud (piano), Gilles Barikosky (saxophone), Jérome Sarfati (contrebasse), David Grebil (batterie), et à la baguette Fayçal Karoui qui, ce jeudi soir, dirigeait l’Orchestre de chambre de Paris. Un triomphe, une fois de plus !

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Juste avant le spectacle, j’avais fait un saut à l’exposition Gauguin au Grand Palais

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Avec l’impression de me retrouver dans les salles du Metropolitan Museum of Art de New York (voir Les trésors du Met) où Gauguin et tous ses illustres camarades occupent presque tout un étage…

 

IMG_3496(Gauguin, Autoportrait au chapeau, 1893, Musée d’Orsay)

Déjeuner ce vendredi dans une excellente table du centre de Paris, pour évoquer le festival Radio France 2018 avec une complice de toujours. Assis par le hasard des réservations à côté d’un pianiste jadis célèbre, qui a toujours soigneusement cultivé son accent russe.

Et dans la soirée, alors que la concurrence était forte (Noël à Broadway à Radio France), j’avais choisi l’anti-« spectacle de fête » par excellence : Patrick Timsit, à l’exact opposé de son personnage d’amuseur public, dans un beau monologue d’extraits du Livre de ma mère d’Albert Cohen, mis en scène par Dominique PitoisetAu théâtre de l’Atelier.

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Les premières vingt minutes sont parfois laborieuses, comme si le comédien avait besoin de s’imprégner de la gravité du texte face à un public qui n’attend qu’une occasion de rire. Puis Timsit trouve son rythme, le ton juste, et c’est alors l’émotion qui gagne tous les spectateurs. Je n’ai personnellement jamais été un lecteur de Cohen, il faudrait peut-être que je m’y mette après ce spectacle, à conseiller à ceux qui veulent échapper à la fête obligatoire.