De l’Athénée au Grand Palais

 

Yes

Début d’année réjouissant au théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet

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IMG_8536(De précieux témoignages de la présence de Louis Jouvet dans ce théâtre qu’il dirigea de 1934 à 1951)

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Les infatigables animateurs du Palazzetto Bru Zane (lire Un joyeux anniversairey proposaient, depuis le 19 décembre, le délicieux Yes (1928) de l’un des rois français de l’opérette Maurice Yvain (1895-1974). J’avoue que jusqu’à mardi dernier, je ne connaissais de l’ouvrage que cet air savoureux :

Ne me demandez pas de choisir entre Susan Graham et Felicity Lott !

On s’amuse beaucoup de ce vaudeville qui a le rythme et la douce folie d’un Feydeau. Toute l’équipe du spectacle doit être citée et félicitée

Totte Clarisse Dalles
Loulou / Clémentine Caroline Binder
Marquita Negri Emmanuelle Goizé
Mme de Saint-Aiglefin Anne-Emmanuelle Davy
M. de Saint-Aiglefin Gilles Bugeaud
René Gavard, le roi du vermicelle Éric Boucher
Maxime Gavard, son fils Célian d’Auvigny
César Mathieu Dubroca
Roger Flannan Obé
Paul-Marie Barbier direction musicale, piano et vibraphone
Matthieu Bloch contrebasse
Thibault Perriard percussions et piano

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Il y a encore quelques dates sur leur agenda : Vichy, Charleroi, Niort, Haguenau.

Le Greco au Grand Palais

On a enfin trouvé le temps d’aller voir cette exposition annoncée comme la première grande exposition jamais consacrée en France à ce génie artistique.

82257987_10157854467463194_4281685375925092352_o(L’agonie du Christ au jardin des Oliviers, 1590)

82832377_10157854467328194_8417825408384237568_o(L’adoration des bergers, 1579)

J’ai eu la chance de voir les grandes oeuvres de ce maître si atypique, si étonnamment moderne, dans la plupart des musées que j’ai visités dans le monde, Tolède bien sûr (où Le Greco a vécu, travaillé et connu la gloire puis la ruine durant près de quarante ans, de son arrivée en Espagne à sa mort en 1614), Madrid, New York, Paris, Londres, Edimbourg récemment.

La rétrospective proposée par le Grand Palais à Paris ne manque pas d’intérêt, ni de pertinence pédagogique. D’où vient cette impression qu’il y manque une dimension, l’absence de certaines grandes toiles, comme L’enterrement du comte d’Orgaz ?

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Mais les chefs-d’oeuvre ne manquent pas, et on aurait tort de ne pas visiter l’exposition.

IMG_8564(Portrait du cardinal Nino de Guevara – vers 1600)

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Toulouse-Lautrec

On ne s’ennuie jamais à lire le jargon des commissaires d’expositions ! L’exposition Toulouse-Lautrec que présente le Grand Palais jusqu’au 27 janvier ne déroge pas à cette crispante habitude qu’ont les grands musées publics de tenir à distance les manants incultes que nous sommes, nous pauvres visiteurs en quête de beauté et d’un peu de culture, par l’emploi de ce langage de spécialistes pour spécialistes.

« Depuis 1992, date de la dernière rétrospective française de l’artiste, plusieurs expositions ont exploré les attaches de l’oeuvre de Toulouse-Lautrec avec la « culture de Montmartre ».

Cette approche a réduit la portée d’un artiste dont l’œuvre offre un panorama plus large.

L’exposition du Grand Palais – qui réunit environ 225 oeuvres – veut, à la fois, réinscrire l’artiste et dégager sa singularité (!!)

Si l’artiste a merveilleusement représenté l’électricité de la nuit parisienne et ses plaisirs, il ambitionne de traduire la réalité de la société contemporaine dans tous ses aspects, jusqu’aux moins convenables.

L’exposition montre enfin comment cet aristocrate du Languedoc, soucieux de réussir, a imposé son regard lucide, grave et drôle au Paris des années 1890 et pourquoi Toulouse-Lautrec s’inscrit comme un précurseur de mouvements d’avant-garde du 20e siècle, comme le futurisme »

Mieux vaut en sourire…

Quoi qu’en dise la présentation, cette expo donne à voir et revoir le Toulouse-Lautrec qu’on a déjà vu cent fois, l’affichiste, l’illustrateur, le peintre de Pigalle et Montmartre. On n’apprend rien de neuf, même si on a plaisir à découvrir quelques toiles moins connues en Europe.

IMG_8620(Portrait de Toulouse-Lautrec par Henri Rachou, 1893)

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IMG_8648(Jane Avril dansant, 1892)

IMG_8644(Le divan, 1893, musée de Sao Paulo)

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IMG_8640(Clownesse Cha-U-Kao, 1895)

IMG_8635(Au Moulin Rouge, 1892-95, Chicago Art Institute)

IMG_8632(Bal du Moulin de la Galette, 1889)

IMG_8630(Portrait du Docteur Bourges, 1891, Pittsburgh Carnegie Museum)

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IMG_8626(Carmen Gaudin, 1884, Williamstown)

 

La grande Sophie

Mercredi soir, à l’Auditorium du Louvre, Julien Chauvin et son Concert de la Loge nous conviaient à un de ces programmes dont ils ont le secret : une des symphonies « parisiennes » de Haydn – la 84ème – entrecoupée d’airs, de scènes, d’extraits de ballets de quelques contemporains de l’illustre Viennois, habitués du Concert de la Loge olympique.

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Avec une invitée de grand luxe, la soprano belge, ma très chère Sophie Karthäuser.

(Extrait de l’opéra Phèdre de Jean-Baptiste Lemoyne, donné en bis à la fin du concert du 9 octobre 2019, à l’auditorium du Louvre)

Je connais Sophie Karthäuser depuis mon arrivée à la direction de l’Orchestre philharmonique de Liège il y a vingt ans (lire Liège à l’unanimité).

Dès le printemps 2001, elle chante ses premières Nuits d’été de Berlioz aux côtés d’un jeune chef français Stéphane Denève  (lire Les Nouveaux modernes), en décembre de la même année, avec Louis Langrée devenu directeur musical de la phalange liégeoise en septembre, elle forme avec une autre toute jeune soprano belge, Céline Scheen, un duo de rêve, dans la Messe en ut mineur de Mozart.

Sophie retrouvera Louis Langrée un an plus tard dans le Requiem de Mozart, puis, en décembre 2004 à Bruxelles et à Liège, pour une Création de Haydn, restée dans toutes les mémoires (Werner Güra et Reinhard Hagen complétaient la distribution. Une Création restée dans la mémoire du public liégeois pour une autre raison : nous avions pris le parti d’illustrer l’oeuvre de Haydn au premier degré, et soumis à cette fin à un jeune photographe liégeois une idée simple. Pouvait-il trouver un homme et une femme jeunes qui accepteraient de poser, de dos, dans la tenue d’Adam et Eve ? Il en résulta une très belle photo qui s’afficha dans tout Liège. Qui me valut une ou deux lettres de vieux ronchons qui trouvaient que, tout de même, ce n’était pas « convenable », et, à l’inverse, un nombre considérable de félicitations. Certains s’étaient même demandé si le chef (Louis Langrée) et la soprano (Sophie Karthäuser) avaient servi de modèles, leurs noms étant imprimés sur l’affiche juste sous les pieds d’Adam et Eve !

Sophie Karthäuser revient à Liège fin mai 2006 pour un concert dont ni elle ni moi ne pouvions supposer que ce serait l’un des derniers que dirigerait Armin Jordan – disparu le 20 septembre 2006. Un programme prémonitoire, composé tout exprès pour la soprano et le chef suisse: Les Illuminations de Britten et la Quatrième symphonie de Mahler qui se conclut par cette mélodie, tirée du Knaben Wunderhorn, intitulée… la Vie céleste. La seule remémoration de cette soirée me bouleverse encore (Une soirée magique).

Dans les années qui suivront, les présences de la soprano s’espaceront un peu, en raison de ses engagements de plus en plus nombreux sur les grandes scènes d’opéra, mais le fil ne se distendra jamais entre l’OPRL et elle. Témoin ce concert de 2018 avec Christian Arming.

Je n’oublie pas que Sophie était présente à la soirée que les Liégeois avaient organisée, le 3 octobre 2014, pour mon départ de l’orchestre (Merci). 

Je n’oublie pas non plus cette représentation du Freischütz de Weber, dans la version française de Berlioz, que dirigeait John Eliot Gardiner à l’Opéra comique à Paris en mai 2011, où Sophie chantait admirablement le rôle d’Agathe. Ce fut la dernière fois que je vis Pierre Boulez, déjà très fatigué, mais la curiosité toujours en éveil.

On l’aura compris, j’ai pour Sophie Karthäuser une profonde affection, doublée d’une admiration sans bornes pour son art bien sûr, la sûreté et la sagesse avec laquelle elle mène une carrière exemplaire depuis plus de vingt ans. Sa discographie en témoigne éloquemment. Petit échantillon non exhaustif.

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Un joyeux anniversaire

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Belle affiche hier soir au Théâtre des Champs-Elysées à Paris.

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Soirée de gala des 10 ans du Palazzetto Bru Zane, ce « Centre de musique romantique française » ouvert à Venise en 2009 à l’initiative du Docteur Nicole Bru.

Vive la France !

J’ai souvent évoqué dans ce blog le travail du Palazzetto pour réhabiliter, redécouvrir, faire revivre des pans entiers de répertoire français (L’éternel secondTimbres d’or et d’argentLa nonne et son ténorSainte Nitouche), j’ai eu le plaisir de collaborer à plusieurs reprises avec Alexandre et Benoît Dratwicki, Baptiste Charroing, infatigables défricheurs, promoteurs, animateurs du PBZ.

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On mesure avec le coffret anniversaire de 10 CD que vient de publier le PBZ, l’importance considérable d’une seule décennie d’activité :

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Une grande partie des artistes qui ont participé à cette aventure étaient présents hier soir sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, à commencer par le « chef préféré de Nicole Bru » Hervé Niquet (dixit Diapason !)

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Au risque d’en oublier, l’Orchestre de chambre de Paris (en très grande forme), le Choeur du Concert Spirituel, le harpiste Emmanuel Ceysson, le comédien Olivier Py (travesti as usual), les chanteurs Véronique Gens, Lara Neumann, Ingrid Perruche, Chantal Santon-Jeffery, Judith van Wanroij, Marie Gautrot, Rodolphe Briand, Cyrille Dubois, Edgaras Montvidas, Flannan Obé, Tassis Christoyannis, Antoine Philippot, Pierre Cussac à l’accordéon et Vincent Leterme au piano.

Deux heures et quart sans interruption, joliment mises en espace par Romain Gilbert, qui ont passé comme un rêve.IMG_6274

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La pharmacie et la musique

J’imagine que des thèses ont dû être consacrées à ce sujet : le rapport entre la pharmacie et la musique. Quand on évoque Nicole Bru, on doit parler de son mari, de son beau-père, qui ont créé les Laboratoires UPSA (l’aspirine, l’efferalgan, etc…), d’où une fortune aujourd’hui mise au service non seulement de la musique mais d’autres nobles causes.

Dans le passé, trois autres illustres exemples me viennent à l’esprit: Thomas Beecham créant son propre orchestre, le Royal Philharmonic, grâce à la fortune accumulée par les laboratoires Beecham et leurs fameuses pilules… laxatives ! Francis Poulenc bien sûr héritier des établissements Poulenc frères devenus le groupe Rhône-Poulenc. Ou encore Paul Sacher, qui avait épousé l’héritière des laboratoires Hoffmann-Laroche…

 

Ouvertures

A Radio France, comme ailleurs, on « rentre ». Il y a des sortes de pré-rentrées, l’Orchestre National de France s’est déplacé à Bucarest (Festival Enesco), à Lucerne, mais à Paris c’était hier le soir de rentrée.

Berlioz Krivine

Rentré trop tard de Montpellier, j’ai manqué la soirée. Emmanuel Krivine dirigeait un programme tout Berlioz. A réécouter ici : France Musique : concert de rentrée de l’Orchestre National de France.

J’eusse aimé entendre, dans l’acoustique chaleureuse de l’Auditorium de Radio France, le velours corsé de la chanteuse québecoise Marie-Nicole Lemieux dans Les Nuits d’été, le plus beau cycle de mélodies avec orchestre jamais écrit par un compositeur français.

La voix de Marie-Nicole Lemieux

Surtout après avoir écouté le tout récent disque qu’elle signe avec Paul Daniel et l’Orchestre national Bordeaux-Aquitaine, une authentique réussite qui tient autant à l’originalité du couplage qu’au somptueux mariage de la voix de Marie-Nicole Lemieux et des moirures orchestrales que le chef britannique dessine amoureusement.

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On se demande bien pourquoi nul n’a jamais songé auparavant à un couplage qui tient pourtant de l’évidence entre les Sea Pictures d’Elgar (1899) et le Poème de l’amour et de la mer de Chausson (1892). La rareté ici est La Mer, cycle de quatre mélodies, de Victorin de Joncières (1839-1903), un compositeur dont, grâce aux travaux du Palazzetto Bru Zane, on redécouvre l’oeuvre.

Nuits d’été

Un disque à écouter et réécouter absolument. J’en profite pour remettre en lumière un autre beau disque, passé malheureusement un peu inaperçu à sa sortie. Là aussi un couplage très original, un chef – Paul Daniel – complètement à son aise dans les trois partitions à la tête d’une phalange idéale dans ces répertoires, l’Orchestre philharmonique royal de Liège, et une chanteuse, Anne-Catherine Gillet, qui trace un chemin sûr sur les meilleures scènes d’opéra.

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Ce soir, c’était une autre ouverture, celle de l’Orchestre de chambre de Paris, avec Don Giovanni de Mozart. On en reparle demain !

Le mois de l’opérette

Les spectateurs parisiens ont été gâtés ce mois de juin. Après Mam’zelle Nitouche (lire Sainte Nitouchece fut la dernière, jeudi dernier, de l’unique opérette d’Albert Roussel – Le testament de la tante Caroline – au théâtre de l’Athénée et avant-hier la première à l’Opéra Comique de Madame Favart d’Offenbach, né il y a tout juste 200 ans, le 20 juin 1819 !.

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L’accueil critique et public de l’opérette de Roussel a été unanime. On ne peut que regretter, comme Laurent Bury sur Forumopera, qu’il n’y ait eu que cinq représentations : …Les Frivolités Parisiennes ont su également faire les bons choix, avec une équipe de chanteurs-acteurs qui se donnent sans compter. A tout seigneur tout honneur, il faut inévitablement commencer par chanter les louanges de Marie Lenormand, qui hérite du rôle en or de Béatrice, la nièce religieuse, irrésistible dans l’air où elle confesse avoir jadis péché. Quelques mots suffisent à Till Fechner pour imposer un savoureux personnage de notaire revêche, imperméable mastic et clope au bec. Les deux couples formées par les nièces et leur conjoint sont admirablement caractérisés : la Noémie versaillaise de Lucile Komitès et son époux coureur de jupon Aurélien Gasse, la Christine superbement idiote de Marion Gomaret son lamentable conjoint Charles Mesrine. En Lucine, Marie Perbost fait valoir un timbre limpide et une excellente diction, mais son personnage reste très sage. Noël donne à Fabien Hyon l’occasion de montrer une belle vaillance vers la fin de l’œuvre, et Roussel est bien heureux qu’on ait confié ce rôle à pareil titulaire. Pour avoir peu à chanter, Romain Dayez n’en manifeste pas moins une très séduisante désinvolture dans le rôle du docteur. »

On n’aurait pas dit mieux. Un pur régal !

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Pour célébrer au jour près le bicentenaire de la naissance d’Offenbach, le Palazzetto Bru Zane et l’Opéra Comique avaient bien fait les choses en choisissant Madame Favart, dans la salle… Favart !

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Dans cet opéra comique, créé en 1878, Offenbach s’empare d’un sujet historique :

« Le maréchal de Saxe veut séparer Charles-Simon et Justine Favart afin de faire de l’actrice sa maîtresse. Les voilà forcés de vivre séparés et cachés. Leur génie de l’intrigue sauvera-t-il leur couple ?
Immense actrice de l’époque des Lumières, Justine fut aussi une héroïne. Fuyant entre France et Pays-Bas les assiduités du maréchal, elle change d’identité pour sauver son honneur, le bonheur de ses amis, la carrière de son époux dramaturge et, sans le savoir… l’avenir de l’Opéra Comique. À peine romancée, l’anecdote se mêle à l’Histoire pour s’achever par un spectacle dans le spectacle.
Avec Madame Favart, Offenbach a réussi à conjuguer récit picaresque et célébration de l’opéra-comique dans une pièce lyrique à souhait. Presque oubliée après des décennies de succès, cette grande comédie renaît pour le bicentenaire du compositeur. »

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Avouera-t-on une petite déception ? Des longueurs, un livret décousu, des dialogues parlés inutiles, et un final faiblard. Mais une résurrection bienvenue sur le plan musical, grâce à une belle équipe menée tambour battant par Laurent Campellone à la tête d’un orchestre de chambre de Paris qui trouve vite ses marques dans une partition qui ne lui est pas familière.

Marion Lebègue embrasse le rôle-titre avec une présence scénique indéniable. une voix opulente à la diction souvent problématique. Anne-Catherine Gillet est une parfaite Suzanne. candeur, élégance, pétulance !

Chez les ténors, François Rougier campe un Hector un peu lourdaud. Si la voix est claire et bien projetée, on aurait aimé davantage de demi teintes ; cependant le chanteur utilise efficacement ses aigus émis en force à des fins comiques dans une tyrolienne bien acrobatique. Eric Huchet incarne un gouverneur Pontsablé d’une fatuité et d’un ridicule irrésistibles.

Le Charles-Simon Favart de Christian Helmer semble gêné par la tessiture tendue.  En Cotignac et Biscotin, Franck Leguérinel et Lionel Peintre ont, eux, peu à chanter : par leur présence scénique ils n’en campent pas moins des personnages savoureux.

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Sainte Nitouche

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Vendredi soir, première parisienne d’un spectacle qui a beaucoup tourné depuis sa création en octobre 2015 à Toulon (sous la direction du chef belge Jean-Pierre Haeck), Mam’zelle Nitouche, l’opérette sans doute la plus connue de Louis-Auguste-Florimond Ronger, dit Hervé.

Au théâtre Marigny, à deux pas de l’Elysée, rouvert depuis quelques mois sous la houlette de l’ancien directeur du Châtelet, Jean-Luc Choplin, qui en a fait un nouveau temple de la comédie musicale et de l’opérette. En l’occurrence, cette série de représentations de Mam’zelle Nitouche – jusqu’au 15 juin – est à l’initiative du Palazzetto Bru ZaneOn avait déjà applaudi une première « résurrection » de l’oeuvre d’Hervé due au PBZ, Les Chevaliers de la Table ronde en décembre 2015 !

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On ne change pas une équipe qui gagne ! La recette du succès de ces Chevaliers a été appliquée avec bonheur à Mam’zelle Nitouche : la mise en scène loufoque et déjantée de Pierre-André Weitzla direction spirituelle de Christophe Grapperon (avec, cette fois, dans la fosse, les excellents musiciens des Frivolités parisiennes).

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Et une distribution qui ne mérite que des éloges :

Denise de Flavigny / Mam’zelle Nitouche, Lara Neumann
Célestin / Floridor, Damien Bigourdan
Fernand de Champlâtreux, Samy Camps
Le Major, comte de Château-Gibus, Eddie Chignara
La Tourière / Sylvia, Sandrine Sutter
Le Directeur, Antoine Philippot
Lydie, Clémentine Bourgoin
Gimblette, Ivanka Moizan
Gustave, officier, Pierre Lebon
Robert, officier, David Ghilardi
Le Régisseur, Piero (alias Pierre-André Weitz)

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Au milieu de tout ce petit monde, tour à tour Mère supérieure du couvent de Hirondelles,    Corinne, chanteuse de cabaret sur le retour, ou Loriot, Olivier Py s’en donne à coeur joie.

L’apparition de Sainte Nitouche au dernier acte n’est pas la moins réussie des surprises que nous réserve la mise en scène de Pierre-André Weitz !

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Bref, on s’amuse beaucoup. Même si le sujet est un peu daté, la substance musicale un peu courte. On en redemande !

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Les couleurs françaises

Un début de semaine a priori tout en contrastes, deux soirées qui paraissent n’avoir aucun lien. Et pourtant …

Lundi soir, c’était un concert immanquable : Louis Langrée dirigeait un programme tout Ravel à la tête de l’Orchestre des Champs-Elysées... au théâtre des Champs-Elysées comme il se doit. Et avec une soliste de grand luxe, Anne Sofie von Otterqui nous avait bouleversés en Prieure des Dialogues des Carmélites de Poulencdans ce même théâtre il y a un peu plus d’un an.

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C’est la première fois que la formation fondée par Philippe Herreweghe s’attaquait à Ravel. Essai marqué et réussi ! On n’est pas surpris que Louis Langrée se meuve tout à son aise dans un univers – celui de Ravel – qui n’a plus aucun secret pour lui !

On admire le travail de coloriste qui fait entendre une incroyable palette dans l’ouverture « de féerie » Shéhérazade mais plus encore dans Ma mère l’oyeQuel savoureux orchestre, quel fruité dans les timbres !

C’est évidemment dans l’autre Shéhérazadele cycle de trois mélodies que Ravel écrit en 1903 sur des poèmes de Tristan Klingsor, très wagnérien pseudonyme de l’écrivain Léon Leclère (1874-1966), qu’on attend le couple inédit Langrée/Von Otter. On craint, bien à tort, que la chanteuse sexagénaire, se trouve en difficulté dans certains passages tendus de la partition, et on rend les armes devant tant de parfait investissement dans le texte de ces mélodies qu’on connaît par coeur, tant de volupté dans le déploiement d’une voix qui n’a rien perdu d’une sensualité si bien appariée à la langue française. La sensualité est aussi du côté de l’orchestre. Et comment !

Le concert se termine par l’apocalyptique Valse  (lire les souvenirs de Ravel lui-même : La Valse à Vienne). Louis Langrée dit, dans la vidéo ci-dessus, tout ce qu’est ce chef-d’oeuvre, il en donne avec l’orchestre des Champs-Elysées une version, une vision comme radiographiée, éblouissante de timbres et de couleurs, qui évite les excès de rubato auxquels bien des baguettes illustres cèdent trop souvent… comme le cher Leonard Bernstein dirigeant l’Orchestre National de France dans ces mêmes murs en 1975 !

L’Orchestre des Champs-Elysées et Louis Langrée poursuivent leur « tournée » Ravel : après Paris, Poitiers, Saintes, ils sont ce jeudi à l’abbaye de l’Epau et vendredi, en Occitanie, à l’Archipel à Perpignan. Not to be missed !

Mardi soir réjouissances d’un autre genre, au Studio 104 de la Maison de la Radio, les 20 ans d’une émission de France Musique, qui a traversé le temps, les directions successives de la chaîne : Etonnez-moi Benoît

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Benoît Duteurtre a eu la gentillesse de rappeler que je fus le premier à lui confier une émission sur France Musique (Les beaux dimanches) avant que Pierre Bouteiller ne l’invite à nous étonner chaque samedi matin.

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Cette soirée anniversaire – qui sera diffusée le 8 juin sur France Musique – aurait pu n’être que nostalgie et regrets de temps révolus, surtout avec pour invités d’honneur Marcel Amont (90 ans) Hervé Vilard ou Marie-Paule Belle (72 ans)

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Et ce fut tout le contraire, même si on n’évita pas quelques refrains sur le mode « c’était mieux avant ».

Il faut écouter France Musique le 8 juin, Marcel Amont rendant un hommage drôlissime à ses parents, Marie-Paule Belle reprenant sa Parisienne et rendant le plus émouvant des hommages à BarbaraHervé Vilard racontant les origines de son Capri c’est fini et surtout  chantant Maurice Fanon.

Et puis apportant un démenti cinglant à ceux qui pensent que l’opérette, la chanson, la comédie musicale, c’est fini, c’est ringard, Marie Lenormand, Franck Leguérinel, Emeline Bayart, l’orchestre Les Frivolités parisiennes

et d’autres encore nous rappelaient qu’Offenbach, Maurice Yvain, Messager et tous ces répertoires qu’illustrent l’Opéra Comique, le théâtre Marigny, le Palazzetto Bru Zane, sont bien vivants et vivaces.

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