La fête heureuse

On n’échappe pas à l’exercice obligé du bilan quand approche la fin d’un festival : La fête malgré tout c’est le titre que j’ai donné à celui de l’édition 2021 du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui s’est achevé vendredi soir par le triomphe de Sonya Yoncheva dans un opéra Berlioz comble qui ne voulait plus la laisser partir.

On va laisser décanter les beaux souvenirs (et oublier les quelques mauvais) de ce festival pas comme les autres.

Comme cet époustouflant récital de Benjamin Grosvenor le 28 juillet. Et ce dîner avec un musicien heureux, simple, bon vivant, à l’éternelle tête d’enfant.

Ici avec François-Xavier Szymczak qui a présenté pour France Musique les derniers concerts du Festival.

NarboVia à Narbonne

Le dernier-né des grands musées de la région Occitanie, NarboVia, à Narbonne, accueillait mercredi le quatuor de saxophones Ellipsos devant un public familial ravi.

J’ai eu le privilège de voir grandir et s’installer ce musée magnifique, dessiné et conçu par Norman Foster. Où soudain on a l’impression d’être dans une villa pompéienne…

Ici avec Jakub Jozef Orlinski, Ted Huffman et Philip Venables

La réussite de ce festival, de cette fête, c’est celle d’une équipe formidable, qui a franchi tous les obstacles, et fait de chaque concert… une fête !

(Photo Marc Ginot)

Quand la musique est douce

Je n’ai pas évoqué les concerts Saint-Saëns des 19 et 20 juillet derniers au Festival Radio France (La fête continue) avec notamment Les Siècles et François-Xavier Roth. Ce n’est pas un oubli, ce sera l’objet d’une série sur le compositeur français mort il y a cent ans.

Un festival, le festival, c’est une succession de rencontres, d’émotions, de vertiges, qui pourraient virer à la confusion, à une sorte de trop-plein. Il faudra laisser décanter. Mais quel bonheur pour tous, public, interprètes, programmateurs ! Seule immense frustration pour moi : ne pouvoir assister qu’à une petite partie du festival, ne quasiment pas sortir de Montpellier – où certes la majorité des concerts sont concentrés -.

De la Terre aux étoiles

Le violoncelliste Christian-Pierre La Marca avait conçu un projet « Wonderful world » mêlant musique – avec son comparse Nathanaël Gouin – et poésie – avec Julie Depardieu, sur des images souvent spectaculaires de Yann Arthus-Bertrand, destinées à faire comprendre les enjeux du dérèglement climatique. Salle Pasteur comble.

Sur le parvis du château d’O, la Maîtrise de Radio France sous la conduite de sa cheffe Sofi Jeannin.

Les Percussions de l’Orchestre National de France concluaient un week-end intitulé « De la Terre aux étoiles » avec le chef-d’oeuvre de Xenakis, Pléaides.

Le piano toujours

Ce qui est saisissant au festival, c’est que les interprètes semblent ne se donner aucune limite – programme dantesque pour Yoav Levanon – et un peu la même chose pour Selim Mazari et Tanguy de Williencourt le 26 – la sonate 448 de Mozart pour 2 pianos, la transcription d’André Caplet pour deux pianos de La Mer de Debussy, et une friandise pour finir (!), la suite n°2 pour deux pianos de Rachmaninov !

Une création

D’une difficulté – l’impossibilité de maintenir Bacchus de Massenet initialement prévu le 26 juillet, à cause des restrictions sanitaires – on a fait une chance, la création européenne, en français, de l’opéra de Philip Venables et Ted Huffmann. Première ce lundi soir, deux autres représentations ce soir et demain. À voir vraiment.

Le bonheur de Jakub

Je l’avais applaudi il y a deux ans à Auvers-sur-Oise et j’avais écrit ceci : « On souhaite à Jakub Jozef Orlinski de ne pas succomber aux griseries de la célébrité, aux tentations du marketing, et d’approfondir son art. Il en a le talent.« 

Hier soir il avait élaboré spécialement pour le festival un programme d’airs baroques, en grande partie composé de « world premieres » comme il l’a annoncé fièrement au public.

Le dîner qui a suivi m’a, en tous points, confirmé que Jakub Jozef Orlinski est d’abord un jeune homme qui porte son bonheur de vivre en bandoulière, d’une inlassable curiosité pour des partitions inconnues, la tête parfaitement froide par rapport à la célébrité. Et cette voix si ronde et belle sur toute l’étendue de la tessiture.

A la fin du dîner d’après-concert, les héros du lundi soir, les auteurs de Denis et Katya, Ted Huffmann et Philip Venables sont venus nous rejoindre.

Les raretés du confinement (VIII): Le non-reconfinement, Norman, Cherkassky, Schoenberg, Tous masqués !

Remarque liminaire sur le traitement médiatique de la crise sanitaire : tous les médias avaient annoncé un troisième confinement imminent, inévitable. Le titre du Journal du Dimanche du 24 janvier ne laissait aucun doute, et tous les spécialistes qui défilaient sur les plateaux de télévision faisaient carburer l’idée.

Et puis, voici qu’au terme d’un nouveau « conseil de défense » réuni le 29 janvier en fin d’après-midi, le Premier ministre annonçait qu’il n’y aurait pas de troisième confinement dans l’immédiat (option confirmée par le même hier soir) ! Oui, on s’apercevait tout d’un coup que le président de la République, son gouvernement faisaient de la politique, et décidaient de ne pas se laisser dicter leur choix par la rumeur médiatique et l’enflure des égos médicaux. Et ces pauvres médias, dépités, de parler de « volte-face », de « prise de risque » maximale de la part de l’exécutif. Preuve à nouveau que le pire n’est pas toujours sûr !

23 janvier : Jessye Norman et Chausson

J’ai découvert le Poème de l’amour et de la mer de Chausson, et quelques mélodies (dont la Chanson perpétuelle) du même Chausson, avec le disque Erato, demeuré pour moi insurpassé, de Jessye Norman (lire Les chemins de l’amour) où la grande soprano américaine, disparue il y a six mois, était accompagnée par Armin Jordan et l’ Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo et par Michel Dalberto

24 janvier : Berman et Schubert

Il y a une semaine je commençais, sur mon blog, une série sur les « ratages » de certains grands interprètes (voir Mauvais traitements ) Entre-temps j’ai retrouvé une version étonnante, magnifique, un « live » du 11 mai 1980 à Moscou, du grand pianiste russe Lazar Berman (1930-2005) qui joue la dernière sonate (D 960) de Schubert. Une version disponible dans le coffret Lazar Berman de Brilliant Classics (Historic Russian Archives)

25 janvier : Klemperer, Karajan, Bach cherchez l’erreur !

Quand, au début des années 80, Reinhard Goebel et son ensemble Musica antiqua Köln publièrent chez Archiv Produktion leur enregistrement des Concertos brandebourgeois de Bach, ce fut la révolution. Jamais on n’avait entendus ce célèbre corpus aussi vif, décrassé, articulé (comme en témoigne le menuet du 1er concerto brandebourgeois).Au même moment, Karajan continuait à s’engluer dans une mélasse totalement incompréhensible. Le musée des horreurs c’est dans cet article :Mauvais traitements

26 janvier : quand ça plane pour Karajan

J’ai bien égratigné hier Herbert von Karajan (1908-1989) qui s’y est pris à deux fois pour bien rater les Concertos brandebourgeois de Bach.. Mais il y a tant de répertoires, tant de disques, où il est insurpassable. Personne n’a réussi comme lui ces miniatures orchestrales, ces intermezzi, entractes d’opéras, l’un de mes tout premiers disques (lire : Initiation/).Le chant du cor anglais, la beauté presque irréelle de l’orchestre, dans ce bref intermezzo de l’opéra de Francesco Cilea, Adriana Lecouvreur, sont tout simplement magnifiques :

27 janvier : Mozart à la folie

Pour célébrer le 265ème anniversaire de la naissance de Mozart… et prolonger la discussion entamée avant-hier sur les tempi parfois surprenants d’Herbert von Karajan, une version qui m’a toujours bluffé des trois divertimenti « salzbourgeois » (les Köchel 136, 137, 138) enregistrée en 1966 dans l’église de St Moritz (en Suisse) avec un effectif conséquent de cordes.

Dans le finale du K.136 on a l’impression que Karajan, avec ce tempo d’enfer, s’enivre de la virtuosité collective de « son » orchestre (comme il le fera en 1975 avec le finale de la 35ème symphonie). Peut-être pas très orthodoxe, mais jouissif !

28 janvier : sacré Verdi

Mozart est né un 27 janvier (1756), Verdi est mort un 27 janvier (1901). Voir La découverte de la musique Moins connues que son Requiem, les quatre pièces sacrées (Pezzi sacri) de Verdi sont quatre petits chefs-d’oeuvre. Ici dans version qui me les a fait découvrir, Zubin Mehta dirige les choeurs et l’orchestre philharmonique de Los Angeles

29 janvier : Papillon de nuit

L’une des valses les moins connues, l’une de celles que je préfère, de Johann Strauss, Le papillon de nuit / Nachtfalter . (lire Capitale de la nostalgie), ici dans la transcription au piano et l’interprétation admirables du grand Jorge Bolet, en récital à Carnegie Hall en 1974 :

30 janvier : Les voix de Chostakovitch

Un beau disque, dont j’ai eu le plaisir de faire la critique pour Forumopera.com, la part la moins connue, mais pas la moins intéressante, de l’oeuvre de Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : mélodies, satires, romance, qui couvrent toute sa période créatrice. Une jeune interprète, Margarita Gritskova, à la hauteur de ses illustres devancières : La romance de Chosta

31 janvier : le dernier concerto

Je ne connais pas de plus belle, de plus parfaite introduction orchestrale du 27ème concerto pour piano K. 595 de Mozart : George Szell dirige Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker en 1964, Clifford Curzon est au piano. Ma version n°1 !

1er février : Pot pourri

Le 1er janvier 2006, Mariss Jansons dirigeait son premier concert de Nouvel an à Vienne. Dans le programme un quadrille – une sorte de pot-pourri – le second quadrille des artistes op.201 (Johann Strauss en avait composé un premier), Künstler Quadrille. Mariss Jansons dirige évidemment les Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker.Saurez-vous reconnaître les oeuvres cités par Johann Strauss ? Pas aussi facile qu’on le croit…

2 février : La brigade de fer

Au moment où s’ouvre le festival de musique contemporaine – Présences – à Radio France (lire Présence de Dusapin) j’ai envie de diffuser cette pièce de celui qui a incarné au début du XXème siècle « la » musique moderne, Arnold Schoenberg (1874-1951), le dodécaphonisme, la musique sérielle. Die eiserne Brigade / La brigade de fer est une pochade, une composition de circonstance pour célébrer « un an de camaraderie » sous les drapeaux de la Première guerre mondiale. Il y faut tout l’humour d’aussi merveilleux musiciens que les solistes de l’ Orchestre national de France :

3 février : Tous masqués !

En 1953, Walter Legge confiait au chef suisse, d’origine roumaine, Otto Ackermann, une fabuleuse série d’enregistrements d’opérettes de Johann Strauss (Wiener Blut déjà évoquée : les raretés du confinement/) avec un cast de rêve dominé par Elisabeth Schwarzkopf et Nicolai Gedda. Dans l’opérette Une nuit à Venise, le refrain « Alle maskiert » (Tous masqués) me semble être d’une singulière actualité !

4 février : Cherkassky, Tchaikovski, Svetlanov

Cela fait longtemps que j’ai une double passion, pour le 2ème concerto pour piano de Tchaikovski (lire Le deuxième concerto), et pour l’un de ses interprètes favoris (deux versions au disque), le grand Shura Cherkassky (1909-1995), un pianiste qui semble appartenir à une espèce disparue.Ici une version captée au Japon en 1990 avec un autre géant, le chef Evgueni Svetlanov (1928-2002)

5 février : le chanteur polonais

Moi aussi j’ai eu la tentation de ne le considérer que comme un produit marketing, et puis j’ai écouté ses disques, je suis allé l’entendre en concert (Suffit-il d’être sexy ?). Je me suis rendu à l’évidence : Jakub Józef Orliński est un authentique musicien, il a une voix qui me touche (ce qui n’est pas forcément le cas pour tous ses collègues contre-ténors), il est extraordinairement sympathique et pas dupe de son statut de star montante.