C’est un peu notre grand-mère à tous qui s’en est allée cette nuit. La doyenne des comédiens français (et des Comédiens-Français !), Gisèle Casadesusest morte à l’âge de 103 ans, nous l’aimions bien cette délicieuse vieille dame à l’élégance si naturelle.
Je ne l’ai pas connue directement, mais je connais bien plusieurs membres de cette immense famille, au patronyme renommé depuis des générations, les Casadesus.
Commençons par les descendants directs de la défunte :
Le plus célèbre des quatre enfants de Gisèle est – à droite sur la photo – Jean-Claude Casadesus, l’âme et le patron incontesté de l’Orchestre National de Lille durant quarante ans.
Quelques souvenirs récents avec cet éternel jeune homme, un beau concert à Montpellier en juillet 2014 (Inextinguible); quelques mois plus tard à mon invitation il dirigeait l’Orchestre National de France pour le Grand Echiquier spécial d’hommage à Jacques Chancel en janvier 2015. Et encore à des concerts d’autres orchestres et d’autres chefs, où je le vois parfois accompagné par son jeune frère compositeur Dominique Probst (à gauche sur la photo de famille)
Je n’oublie pas l’inauguration en janvier 2013 de la toute nouvelle salle du Nouveau Siècle à Lille, un projet porté à bout de bras par J.C. Casadesus, et un programme qui donnait à entendre La Voix humaine de Poulenc, interprétée – on restait en famille – par la fille du chef, Caroline Casadesus ! Qui, elle-même, a été mariée avec le violoniste de jazz Didier Lockwood.
Comme par hasard, les deux fils de Caroline sont aussi musiciens, tombés dès leur plus jeune âge dans le bain du jazz (influence du beau-père Didier Lockwood ?) et du classique. Je me rappelle très bien le choc éprouvé un dimanche matin dans Thé ou café, il y a une petite dizaine d’années, à découvrir Thomas et David Enhco, l’un au piano, l’autre à la trompette. Depuis, nos chemins n’ont cessé de se croiser, et ils font honneur à la dynastie familiale (lire Musique sans protection).
D’une autre branche des Casadesus, on connaît bien sûr les pianistes Robert, Gaby (sa femme), et Jean (leur fils). J’ai raconté comment j’avais eu l’honneur de connaître Gaby Casadesus (Tout sur Robert). Le legs discographique de ces pianistes magnifiques est heureusement réédité (même si ce coffret n’est pas exhaustif)
Autres figures musicales illustres de la famille : Marius, fils du patriarche Luis, et oncle de Gisèle et Robert, génial faussaire, qui a fini par avouer, en 1977, être le véritable auteur d’un concerto pour violon attribué à …Mozart, qu’il disait avoir redécouvert en 1931.
Marius a eu un fils, Gréco Casadesus, avec qui j’ai été en contact dans une circonstance bien particulière.
Pour célébrer les 50 ans de la fondation officielle en 1960 de l’Orchestre de Liège – devenu Orchestre philharmonique royal de Liège – j’avais imaginé, avec la complicité de l’éditeur Cypres, de rééditer en 2010 la totalité des enregistrements commerciaux réalisés par l’orchestre des années 60 à 2009. Un coffret de 50 CD (vendu 50 €). Il fallait évidemment l’accord des interprètes eux-mêmes, des différents labels, et de leurs directeurs artistiques. Il se trouve que les premiers disques commerciaux de l’Orchestre furent enregistrés sous la baguette de Paul Strauss, en 1972/73, pour EMI/Pathé-Marconi qui cherchait à se développer en dehors de l’Hexagone : le directeur artistique qui réalisait là ses tout premiers enregistrements était un jeune homme de 22 ans, Gréco Casadesus, avec qui j’ai correspondu et qui, pour le livret du coffret-anniversaire, avait bien voulu livrer quelques souvenirs émouvants.
On n’a pas fini de fréquenter cette grande famille d’artistes, qu’on salue affectueusement au moment où leur doyenne les quitte…
Quatre mois après un premier coffret paré d’argent, paraît la suite, tant attendue, du projet discographique sans doute le plus considérable de l’histoire du disque : une anthologie quasi exhaustive de la musique symphonique russe par un géant de la direction d’orchestre, Evgueni Svetlanov (lire Le génie de Genia).
Le premier coffret couvrait tous les compositeurs du XIXème siècle de Glinka à Liapounov et comportait relativement peu d’inédits, la plupart de ces enregistrements avaient été édités en CD, sous différentes étiquettes ou labels.
On retrouve ici des Rachmaninov, Scriabine d’anthologie, portés par un souffle immense, une intégrale d’un compositeur certes prolifique et inégal, mais bien négligé en Occident, Glazounov(mort à Neuilly en 1936 !).
Mais ce second coffret révèle bien des surprises : trois CD consacrés au très médiocre mais inamovible secrétaire de l’Union des compositeurs soviétiques (de 1948 à 1991 !) Tikhon Khrennikov, trois au contestable et pas toujours inspiré Rodion Chtchedrine(six lettres en russe, Щедрин, onze en français !), époux à la ville de la célèbre danseuse Maia Plisstetskaia, disparue en 2015. Mais de grands absents, quasiment rien de Prokofiev, Khatchaturian, Weinberg ou Glière, quelques symphonies de Chostakovitch, rien de Schnittke,Gubaidulina, Denisov, en revanche une superbe anthologie, très remarquée à sa sortie, des symphonies de Miaskovski. Incompréhensible l’absence des propres compositions orchestrales de Svetlanov, qui, pour n’être pas touchées par le génie, ne sont pas inécoutables, loin de là. Pudeur de l’éditeur, des proches du chef ?
Evidemment, ce coffret comme le premier (ou ceux que Melodia a consacrés à Richter et Gilels) n’est pas bon marché, mais les différences de prix entre les pays sont incompréhensibles : 455 € sur le site français d’Amazon, 315 € lorsque je l’ai commandé, maintenant à 345 € (110 € de moins !) sur le site italien du même distributeur.
On consacrera ultérieurement des chroniques à certains des compositeurs, connus ou inconnus, à certains des solistes aussi, présents dans ce coffret (comme le tout jeune Vadim Repin, interprète de luxe des concertos de Khrennikov !)
D’abord ce beau coffret commandé avant les vacances, arrivé le jour de mon retour, et depuis dégusté à petites doses, comme des retrouvailles avec quelqu’un qu’on avait un peu perdu de vue ou d’oreille.
Faut-il rappeler qui est Rudolf Serkin ? Peut-être pas le plus grand pianiste, si l’on s’en tient à des critères techniques, mais l’un des musiciens les plus emblématiques du XXème siècle. Sa vie, ses origines, sa destinée épousent tous les cahots, les horreurs comme les lumières d’un siècle qui ne fut pas avare de fortes personnalités.
On redécouvre, dans ce coffret, dans un son largement amélioré, d’immortelles gravures de Mozart, Beethoven, Schubert, Brahms, et, plus rares, Bartok (1er concerto), Prokofiev (4ème concerto), Reger, Chopin (Préludes), et ces trésors de musique partagés à Marlboro avec les Busch, Casals, Schneider, Fleisher et tant d’autres.
Decca honore, pour son 80ème anniversaire, l’un de ses artistes maison, stakhanoviste de l’enregistrement tant comme pianiste que comme chef : Vladimir Ashkenazy
Dans le dernier numéro de Gramophone le pianiste est évoqué, par euphémisme, comme « peu soucieux de couleurs ». Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites.. Virtuose certes, chez lui dans Rachmaninov ou Prokofiev, avare de poésie et de fantaisie dans le répertoire romantique (Beethoven, Brahms, Schumann, Chopin), je n’ai jamais accroché à Ashkenazy pianiste, surtout lorsqu’il est enregistré dans des acoustiques de salle de bain ou sur des pianos ferraillants qui durcissent un jeu qui n’est déjà pas très varié. J’ai toujours trouvé mieux, plus intéressant, plus idiomatique ailleurs.
Ashkenazy chef d’orchestre est souvent beaucoup plus pertinent que le pianiste. Decca serait bien inspiré (c’est peut-être prévu ?) de regrouper ses gravures comme chef, dans son répertoire natif (somptueux Rachmaninov avec le Concertgebouw) mais aussi dans des registres plus surprenants (Sibelius, Richard Strauss, Mahler…)
Il y a dix jours, je quittais à regret une ville – Brașov– et un pays – la Roumanie – que, quarante-quatre ans après un premier voyage, j’ai redécouverts avec passion.
L’opéra qu’en a tiré Philippe Hersantm’est plus familier. Créé au Festival Radio France le 1er août 1992, l’ouvrage a beaucoup contribué à la reconnaissance et à la notoriété du compositeur français, qui s’est frayé une voie originale et singulière dans un paysage de musique contemporaine largement dominé par Boulez et ses disciples.
Quand on prend le temps de parcourir les paysages contrastés, montagnes couvertes de forêts profondes, vallées sinueuses, du massif des Carpathes en Roumanie (et en partie en Bulgarie), ce que j’ai eu la chance de faire à quatre reprises en quarante ans, on comprend que Jules Verne, Bram Stoker(Dracula) y aient puisé inspiration et installé des personnages fantasmatiques.
C’est bien dans ces régions montagneuses du centre et du nord de la Roumanie, partagées entre Transylvanie, Moldavie, Bucovine, qu’on perçoit le mieux la richesse – et le poids – d’une histoire mouvementée, le mélange de cultures, de langues (allemand, hongrois, roumain, russe), le brassage des religions, qui font la singularité de cette région d’Europe.
Voilà des mois que des amis artistes, des musiciens vénézuéliens nous alertent, sur les réseaux sociaux, voilà des semaines que les démocrates que nous sommes censés être assistent, impuissants, à l’effondrement d’un pays, à la répression de toutes les libertés publiques, à l’établissement sans vergogne d’une dictature brutale et mortifère.
« Le pays est confronté à l’une des plus graves crises de son histoire, à la fois économique et politique. Comme toujours lorsque les cours du pétrole fléchissent, les finances du plus gros détenteur de réserves mondiales sont en berne. Mais quinze ans d’une gestion catastrophique du secteur public, ruiné par le népotisme, et la déliquescence des infrastructures aggravent les conséquences pour la population qui se trouve aujourd’hui en situation d’urgence humanitaire et manque des produits alimentaires et médicaux de première nécessité.
Un fossé de haine sépare désormais les tenants de la révolution bolivarienne, lancée en 1999 par le feu président Hugo Chávez, poursuivie par son disciple Nicolás Maduro, et le reste de la population, qu’elle soutienne une opposition encore divisée ou manifeste simplement son exaspération. Le mouvement de protestation qui secoue le pays depuis le début de l’année a fait plus de 120 morts, dont nombre d’adolescents tombés sous les balles de la police.
El Sistema,le mouvement d’éducation populaire par la pratique de l’orchestre fondé il y a 42 ans par José Antonio Abreu est né bien avant la révolution bolivarienne, mais celle-ci en a considérablement augmenté les moyens, doublant, selon les chiffres officiels, des effectifs qui avoisineraient aujourd’hui les 800.000 élèves.
Politicien aguerri, Abreu a su préserver une totale indépendance dans la gestion interne de son projet en plaçant celui-ci au-dessus des ministères et en convaincant Hugo Chávez, en 2011, de le rattacher directement à la Présidence de la République. Or, ce qui était bouclier sous l’ancien chef d’Etat est devenu talon d’Achille sous le nouveau, qui ne se contente plus des retombées d’image, mais exige une allégeance politique de ses personnels. Tous les salariés du Sistema ont ainsi été informés qu’ils couraient le risque d’être licenciés s’ils ne participaient pas au vote de juillet dernier. Cette menace n’a pas encore été mise à exécution contre ceux qui se sont abstenus, mais le gouvernement dispose désormais d’une liste d’enseignants et de cadres qu’il peut révoquer à tout moment.
Le directeur musical de l’Orchestre Symphonique Simon Bolivar et du Los Angeles Philharmonic s’est longtemps vu reprocher son silence devant les dérives un régime dont il profitait largement à titre personnel. Outre un engagement de jeunesse revendiqué auprès de Hugo Chávez, la crainte pour ses collègues vénézuéliens des représailles qui s’annoncent aujourd’hui en était un motif probable. Depuis le printemps, Dudamel est sorti de cette réserve, appelant d’abord à la conciliation entre les partis, puis élevant une protestation solennelle après l’assassinat par la police d’un adolescent issu du Sistema, lors d’une manifestation au mois de mai.
Le chef a également joué de son influence pour faire libérer Wuilly Arteaga, le manifestant violoniste dont les marches en musique avaient fait vibrer les réseaux sociaux, mais aussi en s’impliquant personnellement dans les discussions entre certains membres du parti au pouvoir et de l’opposition. La veille des élections controversées, Gustavo Dudamel a franchi un nouveau pas en publiant une tribune en anglais et en espagnol dans le quotidien El Pais : « Ma foi en la justice, et dans le respect de la diversité des opinions, m’oblige, comme citoyen vénézuélien, à dénoncer la décision illégale, de la part du gouvernement, de faire élire une assemblée constituante qui aurait le pouvoir non seulement de réécrire la constitution, mais aussi de dissoudre les institutions nationales. […] J’enjoins le gouvernement vénézuélien à suspendre la convocation de cette constituante. J’enjoins tous les leaders politiques sans exception à assumer leurs responsabilités en tant que représentants du peuple vénézuélien, afin de créer un nouveau cadre de coexistence. Notre pays doit urgemment poser les bases d’un ordre démocratique qui garantisse la paix sociale, la sécurité et un futur prospère à tous ses enfants. »
Peut-on mieux dire ?
(Il y a deux ans, à la Philharmonie de Paris, Gustavo Dudamel fêtait son 34ème anniversaire après un concert de l’orchestre des jeunes Simon Bolivar)
En novembre 2016, après la mort de Castro, j’écrivais déjà ceci sur ce blog (Castro et la déformation) :
« Sur Cuba, j’ai écrit cela il y a trois mois : La révolution décrépite. Mais qui s’intéresse à la situation catastrophique du Venezuelade M. Maduro, vainqueur de l’élection présidentielle truquée de 2014, et digne émule du « meilleur ami » de Cuba, le sinistre Hugo Chavez ? Ah oui mais Chavez est inattaquable, c’est grâce à lui, n’est-ce pas, que s’est développé ce formidable outil d’éducation populaire El Sistema ! Sauf que c’est faux – l’exemple même de la désinformation, de la déformation de la réalité – ! Chavez n’est pour rien dans la genèse ni la réussite de cette prodigieuse idée. »
Et puis, tout de même, si l’on se dit démocrate – ce que tous proclament, en France tout du moins – peut-on l’être à moitié, ou à géométrie variable ? y aurait-il, pour certains, de bons et de mauvais dictateurs ? la répression des droits fondamentaux de la personne humaine serait-elle plus admissible selon qu’elle vient d’un Staline, d’un Hitler, ou d’un Castro ? »
Aujourd’hui j’ajoute Maduro à cette sinistre liste.
Pourtant, sans surprise – hélas ! – les mêmes qui ont pleuré la disparition de Castrocontinuent de trouver des circonstances atténuantes à son épigone vénézuélien (lire : Mélenchon et le Vénézuéla : l’inquiétant déni)
Extraits d’une « conversation » récente sur Facebook :
« Très à l’écoute, sans jugement préconçu, je m’interroge beaucoup et trouve que la partialité assumée et matraquée par les médias est vraiment dangereuse. L’Obs, comme les autres, tord le cou aux faits en ne montrant qu’une face. Loin de moi de faire de Maduro un mouton blanc. Mais ne pas prendre en compte le sabotage économique par une grande partie du patronat serait comme oublier les vastes grèves de routiers qui, en 1973, avaient paralysé le pays – avec l’appui du patronat chilien et de la CIA – en prélude au coup d’Etat de Pinochet. Au printemps 1973, aux élections législatives, les droites françaises avaient un slogan anti Union de la Gauche: « Ils vous promettent le Pérou, ce sera le Chili ». 6 mois plus tard… En 2017, la même rengaine est entonnée contre la seule opposition à Macron. » (M.D.)
L’accusation de corruption est celle que le régime utilise depuis des années pour emprisonner les opposants… Je ne vais certainement pas prétendre que l’opposition vénézuélienne est uniquement composée de blanches colombes, ni que les Etats-Unis ont toujours facilité la tâche aux chavistes. Mais rejeter à l’étranger la responsabilité de la situation actuelle du Venezuela est une plaisanterie. Ce pays a été ruiné pied à pied pendant dix-huit ans par l’incompétence et le népotisme, pas par autre chose. Quand les cours du pétrole sont hauts, il le masque. Dans la situation actuelle, cela explose. J’ai vu Caracas se délabrer depuis le début du siècle. Le plan de nationalisation voulu par Chavez partait de bonnes intentions, et aurait pu donner de vrais résultats s’il avait mobilisé les bonnes compétences au sein de la société civile. Au lieu de cela, il a licencié les cadres de qualité, pour mettre à la place des militaires, des membres de sa famille, des vassaux… C’est cela, la réalité du socialisme bolivarien depuis au moins 2004 : une mafia où se rejoigne l’armée et les gangs, qui terrorise et assassine la population. Même si une bonne partie des militants sont de bonne foi et n’ont rien à voir avec cette superstructure, ils ont été dupés par elle. Qu’une certaine gauche française tombe dans le panneau, c’est triste, ou coupable.(V.A.)
J’en reviens à mon article du 29 novembre 2016 qui reste d’une sinistre actualité, il suffit de remplacer Castro par Maduro :
« Foin de prudences diplomatiques et de contorsions de langage, une dictature est une dictature, un dictateur est un dictateur, donc un oppresseur, un anti-démocrate, un oligarque vivant aux dépens de son peuple. Sous toutes les latitudes, à toutes les époques. Comment un Mélenchon ose-t-il défendre l’indéfendable ?
J’entends bien l’insistante musique des nostalgiques de Fidel, héros et héraut des luttes anti-impérialistes (traduire par anti-américaines) en Amérique du Sud et en Afrique (en Angola par exemple). L’oncle Sam étant, par principe, odieux comme le capitalisme débridé (pardon, il faut dire ultra-libéral) dont il est le fer de lance, rien n’est plus glorieux que de le combattre. La fin justifiant tous les moyens… »
Un autre chef vénézuélien, l’ami Domingo Hindoyan(qui dirigeait Siberia de Giordano le 22 juillet dernier au Festival Radio France) à la tête de l’orchestre Simon Bolivar en décembre 2016.
Je l’écrivais hier (La maison de George) les magasins de disques semblent avoir disparu de Roumanie, à moins que je les aie mal cherchés. Dans l’une des boutiques du château de Bran (L’horreur Dracula) j’ai trouvé un seul et unique CD du label roumain Electrecordd’un compositeur dont j’ignorais le nom comme l’oeuvre : Ciprian Porumbescu
La photo de couverture n’a rien de très séduisant, le détail des plages et des interprètes m’interpellait déjà plus favorablement. Ce Ciprian Porumbescu a toutes les caractéristiques du compositeur maudit, romantique et romanesque.
Né en 1853, il meurt la même année que Wagner (1883) à 29 ans d’une tuberculose qu’une santé fragile dès l’enfance et une vie mouvementée sur le plan personnel et politique n’ont évidemment pas arrangée.
Ciprian a cependant laissé près de 250 oeuvres. Né en Bucovine ukrainienne, il étudie à Suceava et Cernăuți(aujourd’hui Tchernivtsi en Ukraine, arrosée par une rivière au doux nom de Prout!). Mais c’est à Vienne auprès d’AntonBruckner et Franz Krenn que le jeune homme se perfectionne en même temps qu’il étudie la philosophie. Il enseignera brièvement le chant choral à Brașov. À Vienne il observe avec intérêt le succès des opérettes d’Offenbach, Strauss, Suppé, Porumbescu écrit la première opérette roumaine, sur des thèmes moins frivoles que celles qu’il a entendues à Vienne, la création à Brasov en 1882 de Crai Nou/La Nouvelle lune est un triomphe. Ci-dessous un extrait délicieusement vintage d’un film à la gloire du jeune compositeur.
Mélodies et rythmes traditionnels roumains font revivre la légende populaire de la fête de la Nouvelle Lune censée exaucer les voeux de bonheur des amoureux.
L’inspiration populaire est tout aussi évidente dans cette charmante Ballade pour violonet orchestre datant de 1880.
Lorsque la version orchestrale de sa Rhapsodie roumaine – initialement écrite pour piano – fut créée, sous sa direction, en 1882, on ne manqua pas de trouver des parentés avec le Lisztdes Rhapsodies hongroises.
Porumbescu est un fervent nationaliste, membre d’une assemblée d’étudiants en pointe dans la résistance à la domination austro-hongroise, Arboros. En 1877, pour avoir soutenu publiquement une manifestation à la mémoire du prince Ghica, exécuté un siècle plus tôt par l’occupant ottoman, le jeune compositeur subit trois mois de cachot, qui seront fatals à sa santé.
J’avais déjà une bonne partie des coffrets édités au fil des ans par la radio néerlandaise de fabuleux concerts de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam (Koninklijk Concertgebouworkest).L’un des trois orchestres que je préfère au monde (avec Vienne et Berlin) ce qui n’a rien d’original. J’évoquerai demain le premier disque que j’achetai de cet orchestre et de son chef d’alors, Bernard Haitink.
Pour célébrer son 125ème anniversaire, le Concertgebouw a fait les choses en grand. Toute une histoire, des « live » plus passionnants les uns que les autres, captés par la radio néerlandaise, rassemblés en deux coffrets magnifiques, que j’avais renoncé à racheter en raison d’un prix, certes justifié par la qualité des enregistrements, mais dissuasif – comme l’étaient d’ailleurs les premiers coffrets partiels. J’ai finalement trouvé les deux précieux boîtiers à un prix beaucoup plus raisonnable sur www.amazon.co.uk. Je m’empresse d’en télécharger le contenu en prévision de mes vacances est-européennes.
La liste des oeuvres, des solistes, des chefs, donne le vertige. Evidemment les directeurs musicaux successifs, Eduard van Beinum, Bernard Haitink, Riccardo Chailly, MarissJansons, tant de grands chefs associés, Monteux, Szell, Dorati, Giulini, Sawallisch, Colin Davis, Kondrachine…et cette acoustique miraculeuse.
Une très large place à la musique du XXème siècle, à des compositeurs et artistes hollandais bien peu connus hors des frontières bataves, de grands chefs, Boulez, Jochum, Krips, dans des répertoires qu’ils n’ont jamais servis au disque, des gravures historiques au sens premier du terme, Mengelberg, Furtwängler, Klemperer, Ormandy, Ancerl, des rencontres soliste-chef parfois inattendues, bref ces 152 CD méritent tous qu’on s’y arrête et qu’on parcoure, grâce à eux, la fabuleuse histoire de l’une des plus belles phalanges du monde.
Je me demande si ce n’est pas le premier coffret d’opéra que j’ai acheté. Pourquoi celui-ci et pas un autre, à un âge où l’opéra n’était pas ma première préférence? peut-être parce que j’en avais entendu des extraits sur France Musique ?
Sitôt mis sur ma platine, j’écoutais en boucle un ouvrage dont les beautés mélodiques, les ensembles (ah ces choeurs !) et les airs magnifiques, confiés à chacun des protagonistes, me semblaient être l’essence du bien chanter, du bel canto.
J’ai dû voir ensuite une ou deux fois sur scène ces Puritains qui avaient enchanté mon adolescence.
Mais je découvrais hier soir, comme les spectateurs d’un Opéra Berlioz comble et les auditeurs de France Musique, la version dite napolitaine, composée par Bellini pour la Malibran,
Dire que j’ai été ému tout au long de la soirée serait bien en-dessous de la réalité. Surtout avec des interprètes de ce niveau, pour qui c’était une première prise de rôle !
Il faut les citer tous : Karine Deshayes, impériale dans le rôle si exigeant d’Elvira, les deux ténors, magnifiques, René Barbera et Celso Albelo, et Chiara Amaru, Nicola Ulivieri, Dmitry Ivanchey, Kihwan Sim, le bel ensemble formé par les Choeurs de l’Opéra de Montpellier et de la Radio Lettone, l’Orchestre National de Montpellier Occitanie, à la hauteur de sa réputation et la baguette inspirée du jeune chef italien Jader Bignamini.
Le dîner qui a suivi n’a pas vraiment engendré la mélancolie, le champagne aidant…
Un compositeur que j’ai découvert adolescent grâce à la Tribune des critiques de disques, version originale, de France Musique. Avec les fameux compères, Armand Panigel, Jacques Bourgeois, Antoine Goléa, Jean Roy, que j’ai tous eu, plus tard, la chance de rencontrer. Si bien croqués par ce sketch inusable de Peter Ustinov.
Je me rappelle les horreurs proférées par Goléasur ce concerto (« C’est de la merde« ). Moi-même à l’époque je n’avais pas immédiatement accroché, sauf peut-être dans le dernier mouvement d’allure rhapsodique.
Puis j’ai découvert, dans un coffret de 4 disques acheté en souscription, l’incomparable Christian Ferrasdemeuré ma version de chevet.
Quelques mois après son enregistrement berlinois, le violoniste français jouait ce concerto à Paris, sous la direction du tout jeune Zubin Mehta , sans doute l’une des versions de concert les plus exaltantes qui soient. L’art de Ferras à son apogée.
Quant à la 7ème symphonie, j’avais été fasciné, passionné par les débats de la Tribune. J’ai tout de suite aimé cette étrangeté, ce flux continu de musique, qui m’évoquait des contrées inconnues, des images de lointains infinis. L’étudiant aux modestes moyens que j’étais avait trouvé une caverne d’Ali Baba aux Puces de Saint-Ouen, des dizaines de disques et surtout de coffrets neufs à prix cassés. C’est là que j’ai trouvé et acheté ma première intégrale des symphonies de Sibelius, celle de Lorin Maazel – disparu il y a tout juste 3 ans le 13 juillet 2014 – avec l’Orchestre philharmonique de Vienne. J’en ai aimé beaucoup d’autres depuis, mais je n’ai jamais renié ces premières amours discographiques.
C’était il y a des lustres, du temps des concerts de la série « Prestige de la Musique. » à la Salle Pleyel. Présentés par l’inimitable Jean Fontaine, longtemps, très longtemps, inamovible animateur des soirées dominicales de France Inter. C’était la première fois que j’entendais l’Orchestre philharmonique tchèque et son chef d’alors Vaclav Neumann.
En ouverture d’un concert dont je suis incapable de me rappeler le reste du programme, une pièce qui m’a durablement marqué. C’est par cette suite du ballet Le Boulon que je suis entré dans l’univers de Chostakovitch…
Il m’a fallu attendre près de quarante ans pour avoir une chance de la réentendre en concert. Ce sera chose faite le 25 juillet prochain, puisque je l’ai programmée dans un concert vraiment extra-ordinaire que dirigera l’un des vétérans de la direction d’orchestre russe, Vladimir Fedosseiev, à la tête des forces réunies du Choeur et de l’Orchestre philharmonique de Radio France.
Un Chostakovitch jeune – il a 25 ans lorsqu’on lui commande ce qui devait être un ballet – insolent, encore plein d’illusions mais d’une lucidité totale sur les dérives d’un régime qui finira par étouffer toute critique. De loin le meilleur serviteur de ce Chostakovitch politiquement incorrect est et reste Guennadi Rojdestvenski, le seul avoir gravé l’intégrale de la musique de ballet, et à plusieurs reprises, la suite d’orchestre qu’en avait tirée Alexandre Gaouk.
En second choix, la version somptueuse – trop – et moins impertinente de Chailly avec l’orchestre de Philadelphie.
Une version économique, qui manque de sel et de piment :