Un ami disparaît

C’est par un communiqué, tombé à 17h45 aujourd’hui, du théâtre de La Monnaie à Bruxelles, qu’on apprend l’impossible nouvelle :

« Nous avons l’immense tristesse de vous annoncer que le chef d’orchestre Patrick Davin est décédé cette après-midi, juste avant d’entamer une répétition de l’opéra Is this the end ? Les musiciens, les chanteurs et les collaborateurs de la Monnaie en sont profondément affligés. Les répétitions qui étaient prévues ont été immédiatement annulées. Les membres du comité de direction et le personnel de la Monnaie adressent leurs sincères condoléances et leur profond soutien à la famille de Patrick Davin ainsi qu’à ses proches« 

Dans ce métier, on a peu de véritables amis. Patrick en était un, et de longue date. Sa mort soudaine m’afflige et me renvoie à de tristes souvenirs personnels

Il y a quelques jours encore il me disait sa fierté d’avoir été nommé à la direction du Conservatoire de Liège…

Les souvenirs affluent en pagaille à ma mémoire, qui peineront cependant à restituer la richesse de sa personnalité et le lien qui nous unissait.

Besançon

En 1992, je siégeais au jury du Concours international de chefs d’orchestre de Besançon. C’est la première fois que je vis et entendis Patrick Davin, et que je compris que c’était un musicien exceptionnel, même sous des dehors brouillons: sa gestique quelque peu expansive lui a alors probablement coûté le Premier prix, qui est allé à un concurrent qui imitait mieux Karajan et dont on n’a guère plus entendu parler par la suite.

Liège

Nommé à la direction de l’Orchestre philharmonique – pas encore royal – de Liège en octobre 1999, je retrouve le chef belge dès mon premier contact avec la Cité ardente et son orchestre, puisque, comme je l’ai raconté – Liège à l’unanimité – c’est Patrick Davin qui dirigeait le concert de rentrée de l’Orchestre le 24 septembre 1999.

C’était le début d’une aventure humaine, amicale et musicale qui allait durer… jusqu’à ce que le coeur de Patrick en décide autrement.

Quand de nombreux chefs et musiciens s’empressaient de se « positionner » – rien que de très normal et légitime ! – auprès du nouveau directeur de l’OPL, Patrick Davin ne me demanda jamais de rendez-vous. C’est moi qui le sollicitai, quelques mois après mon arrivée et ce concert de « rentrée ». Pour un projet, puis d’autres, il y en eut tant de magnifiques.

Il faudrait que je feuillette l’ouvrage que nous avions réalisé pour le cinquantenaire de l’orchestre. Pour ne rien oublier de tout ce que Patrick a fait avec et pour l’orchestre.

Une infinie curiosité

Patrick Davin partageait – me voici à parler déjà de lui au passé ! – avec un autre grand chef – Rudolf Kempe – une caractéristique physique qui frappait au premier contact : de petits yeux vifs curieusement enfoncés dans les orbites.

Que de déjeuners ou dîners où nous avons refait le monde, imaginé d’audacieux programmes, organisé des enregistrements.

Me reviennent ainsi les trois symphonies de Rachmaninov, une phénoménale Septième symphonie de Mahler, de la musique contemporaine – même si lui comme moi étions soucieux de ne pas l’enfermer dans une étiquette de spécialiste (qu’il était), la musique française bien sûr, les compositeurs belges

C’est le même Patrick Davin à qui je propose, pour la saison du 50ème anniversaire de l’Orchestre, de diriger le tube des tubes, Carmina Burana de Carl Orff et qui, au lieu de se récrier, accepte d’enthousiasme en glissant dans son programme Shaker Loops de John Adams. C’était tout Patrick ça !

A l’opéra

Mon ami Jean-Louis Grinda avait fait de Patrick le premier chef invité de l’Opéra royal de Wallonie. Chaque année, jusqu’au départ de Jean-Louis en 2007, ce furent de nouvelles productions, et non des moindres, comme le somptueux Mefistofele de Boito qui marqua la fin du mandat de Grinda. Ou encore un Roi d’Ys mémorable

A la Monnaie de Bruxelles, où il est mort aujourd’hui, Patrick Davin avait associé son nom et son talent en particulier à notre cher Philippe Boesmans. Impossible d’être exhaustif. On dira ailleurs et plus tard la carrière magnifique qui fut celle de Patrick Davin.

Mon dernier projet avec lui, c’était à la fois pour la saison de Radio France et le Festival Radio France – La Jacquerie de Lalo – en juillet 2015 à Montpellier et en mars 2016 à Paris.

et la dernière fois que je l’ai applaudi à l’opéra, c’était à l’Opéra Comique pour un fameux Domino Noir

Pardon si j’oublie tant de moments, de concerts, de soirées d’opéra.

L’homme qui doute

Je veux garder de Patrick, au-delà de son legs musical, le souvenir d’un homme de bien, comme on le disait au XVIIIème siècle.

A chaque étape d’une vie professionnelle et aussi personnelle, qui n’a jamais été pour lui un long fleuve tranquille, où que nous soyions lui et moi, mon téléphone sonnait, souvent tard le soir. Et nous parlions de tout, des choix devant lesquels il était placé, de programmation bien sûr, mais plus souvent du sens des choses, de la vanité de certains aspects d’une « carrière » de chef, et même assez récemment, de l’opportunité de poursuivre dans cette voie. Je n’étais pas alors le directeur d’un orchestre (ou d’un festival) susceptible de le réengager, j’étais juste – mais quelle responsabilité ! – un ami à qui on peut tout dire, confier doutes et désirs, dont il attendait écoute, conseils, réconfort.

So long Patrick….

Toutes les vies d’Annie

Ne comptez pas sur moi pour en rajouter dans le flot d’hommages qui saluent la disparition de Tata YoYo !

Oui parce que 70 ans de carrière se résument, pour 98% des commentaires et des articles, à une chanson et à la figure d’une blonde rigolote !

Je suppose que, quand viendra son tour, son amie Line Renaud – née deux semaines après Annie Cordy – sera, elle aussi, résumée à sa Cabane au Canada.

Sans doute est-il difficile d’imaginer aujourd’hui ce qu’ont été les carrières de telles personnalités !

On réécoutera avec bonheur les deux émissions que Benoît Duteurtre lui avait consacrées sur France Musique il y a dix ans : Annie Cordy invitée de Benoît Duteurtre

La comédie musicale, l’opérette, les revues, le cabaret, après un enseignement classique de la musique, oui Annie Cordy a su tout faire, même des chansons populaires, qui nous font du bien.

D’autres ont dit la force de travail, la rigueur de la chanteuse disparue ce vendredi 4 septembre.

Une belle actrice

Je regrette, qu’à part Michel Denizot qui a immédiatement twitté sur cet aspect, on n’ait que peu mentionné l’actrice remarquable qu’a été Annie Cordy – souvent à contre-emploi de la chanteuse « rigolote » –

Au concert

J’ai, quant à moi, le souvenir d’avoir plusieurs fois vu Annie Cordy au concert, à Pleyel ou au Théâtre des Champs-Elysées, petite dame emmitouflée que peu de spectateurs reconnaissaient. À chaque fois que l’Orchestre philharmonique royal de Liège se produisait à Paris, je l’invitais. Elle était toujours présente et se confondait en remerciements qu’on ait pensé à la convier ! Elle me confiera une fois que ses plus grandes émotions musicales c’est au concert « classique » qu’elle les éprouvait !

Retour à la vie

C’était l’événement, le premier concert dans le monde dans une salle de concert devant un vrai public – 600 personnes ! – depuis le début du confinement. Ce 25 juin, Michel Orier, le directeur de la Musique et de la Création de Radio France, a eu les mots justes : « 105 jours sans vous, c’est long, trop long », après qu’une puissante salve d’applaudissements a salué l’arrivée sur la scène de l’Auditorium de Radio France les musiciens de l’Orchestre National de France.

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Le temps retrouvé

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Un orchestre qui ne peut encore (mais bientôt ?) jouer en grande formation, notamment avec les vents et les cuivres, des pupitres de cordes donc très sollicités.

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Un programme admirable, idéalement conduit par François-Xavier Roth. Peu sont capables comme lui de passer d’une symphonie du plus original des fils Bach, Carl Philip Emanuel au Divertimento de Bartók. 

Je me rappelle toujours avec bonheur – même si l’aventure fut de courte durée – les programmes imaginés dans l’enthousiasme avec le chef français pour son concert inaugural de directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en 2009 : Haendel (Royal fireworks), Haydn (symphonie n°96) et Holst (Les Planètes) ! Pas moins !

Conjurer l’angoisse

Comme Daniele Gatti le 11 juin dernier avec la 2ème symphonie d’Honegger (1941), le programme d’hier soir reprenait deux oeuvres quasi-contemporaines, écrites en 1939-1940, à la demande du chef et mécène suisse Paul Sacher, comme de Double concerto pour cordes, piano et timbales de Martinů.

Le compositeur explique la frénésie de ce concerto par la pesanteur des années précédant la Seconde Guerre mondiale : « J’ai voulu me dégager de cette oppression, me défendre par mon travail et lutter contre cette menace qui devrait tourmenter chaque artiste et chaque homme dans ses convictions les plus profondes »

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Cédric Tiberghien avait rejoint les cordes et le timbalier de l’Orchestre National de France. Et ce fut sans doute une découverte pour une majorité du public présent comme de celui qui suivait le concert sur France Musique et/ou sur ArteConcert.

Concert à réécouter/revoir dans son intégralité ici sur francemusique.fr

Le Divertimento de Bartók

C’est dans le chalet de son commanditaire, Paul Sacher, près de Saanen (en Suisse), que Bartók, compose du 1er au 17 août 1939, cette oeuvre au titre paradoxal, qui n’a vraiment rien d’un aimable divertissement qui exprime « l’angoisse de l’auteur confronté à la guerre qui menace ». L’oeuvre est créée le 11 juin 1940 par l’orchestre de chambre de Bâle. Deux mois plus tard le compositeur s’exile aux Etats-Unis où il mourra en 1945 au terme d’un véritable chemin de croix physique et moral.

Il se trouve que c’est l’oeuvre qui m’a fait découvrir et aimer Bartok, lors de l’un des rares concerts auxquels j’ai pu assister, adolescent, à Poitiers (La découverte de la musique). Et à la différence du Concerto pour orchestre ou de la Musique pour cordes, percussions et célesta, elle reste peu programmée au concert.

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C’est donc avec une intense émotion que j’ai entendu ce Divertimento hier soir. Une vision, une version d’anthologie, sous la houlette de la merveilleuse Sarah Nemtanu – qui chantait dans son arbre généalogique – et de François-Xavier Roth restituant idéalement douleur et nostalgie, effroi et espérance, d’une partition si profondément bouleversante

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Au disque, des chefs d’origine hongroise pourtant comme Ormandy ou Solti ont trop gommé les aspérités, les racines populaires du Divertimento. Boulez à Chicago est tellement dans la musique pure qu’il passe à côté de l’oeuvre.

Pour moi, il n’y a guère que deux références, Sandor Vegh (1912-1997) et Antal Dorati (1906-1987).

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Après le concert

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, on a retrouvé, après le concert, une adresse qu’on avait tellement aimée et qu’on avait vu lentement dépérir ces derniers mois – Chaumette rue Gros, rouverte il y a trois semaines sous un autre nom, mais avec le même décor, le même chef, cette cuisine joyeuse et goûteuse, ces vins aimables servis à la ficelle, comme dans la bonne tradition lyonnaise. Des serveurs virevoltant d’une table à l’autre, dans la bonne humeur et l’efficacité. On aura de nouveau plaisir à y revenir…

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Les filles du vent

L’écologie est à la mode… électorale : il n’est que de voir la situation dans une grande partie des villes françaises à la veille du second tour des élections municipales dimanche prochain. On saura le 28 juin au soir si le vert a le vent en poupe…

En musique on pourrait s’amuser – ça prendrait un temps certain ! – à distinguer les compositeurs écolo, tous ceux que la Nature inspira, sans qu’ils eussent même idée que cette sensibilité à leur environnement constituerait un jour un programme politique. Haydn, ses Saisons et sa Création, Beethoven et sa Pastorale, pour ne citer que les plus évidents…

L’excellent animateur de Table d’écoute, l’émission de critique de disques de la RTBF – à qui on souhaite au passage un bon anniversaire, un anniversaire qui compte dans une vie d’homme ! – a eu la bonne idée de programmer, le 14 juin dernier, une oeuvre aussi rare au concert qu’au disque, Les Eolides de César Franck. 

Onze ans – 1875 – avant l’unique Symphonie qui lui assurera une célébrité universelle, le compositeur né à Liège en 1822 (précision historique: la Belgique n’ayant été fondée qu’en 1830, le jeune César est né dans une province des Pays-Bas, dans une famille germanophone !) écrit son deuxième poème symphonique, Les Éolides, inspiré d’un poème éponyme (vraiment très mauvais) de Leconte de Lisle (à lire intégralement à la fin de cet article).

En une dizaine de minutes, César Franck semble tester ce qui fera la marque de sa symphonie, un seul thème cyclique, une mélodie chromatique ascendante, qui tourne sur elle-même, se nourrit de ses variations et renversements. Une oeuvre puissamment romantique. L’émission est à réécouter ICI.

Des six versions choisies par Camille de Rijck, écoutées à l’aveugle comme de bien entendu, j’ai été heureux que mes camarades et moi ayons choisi deux interprétations qui nous semblaient restituer l’essence de cette oeuvre, et parmi elles celle d’un orchestre pour qui Franck n’a aucun secret, l’orchestre de sa ville natale, l’Orchestre philharmonique royal de Liège. Une phalange qui a gravé par trois fois « la » symphonie – des versions toujours citées en référence (L’or des Liégeois) – sous les baguettes successives de Pierre Bartholomée, Louis Langrée et Christian Arming. 

Malgré la brièveté de son mandat, François-Xavier Roth a eu le temps de graver deux disques magnifiques avec l’OPRL, dont ce disque tout Franck. Version voluptueuse, sensuelle, qui épouse le mouvement de ces filles d’Éole.

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L’autre version arrivée en tête est celle de Yan Pascal Tortelier, fils du grand violoncelliste Paul Tortelier, un chef français qui, comme 90 % de ses compatriotes, a fait toute sa carrière hors de France, essentiellement au Royaume-Uni (Ulster, BBC Philharmonic à Manchester, aujourd’hui directeur musical de l’orchestre symphonique…. d’Islande !

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Nous n’avons pas beaucoup aimé – c’est la loi du genre – les glorieux aînés, Ansermet, Cluytens, l’un et l’autre compassés, inutile d’insister.

En revanche, j’ai regretté l’absence – c’est toujours le reproche qu’encourt le producteur d’une telle émission ! – d’une version traversée d’un souffle (!!) prodigieux, superbement enregistrée avec et dans le Concertgebouw d’Amsterdam, par un chef hollandais que je tiens pour l’un des plus grands, Willem van Otterloo (1907-1978)

Une version qu’on peut retrouver dans un beau coffret emblématique de l’art de ce grand chef.

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Les Éolides (Leconte de Lisle)

Ô brises flottantes des cieux,
Du beau Printemps douces haleines,
Qui de baisers capricieux
Caressez les monts et les plaines !Vierges, filles d’Eole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l’Aurore vermeille.Effleurant le cristal des eaux
Comme un vif essaim d’hirondelles,
De l’Eurotas aux verts roseaux
Revenez-vous, Vierges fidèles ?Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs,
Et qu’un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive,
Vous gonfliez d’amour la neige de ses flancs
Sous le regard charmé de l’Epouse pensive.L’air où murmure votre essor
S’emplit d’arome et d’harmonie :
Revenez-vous de l’Ionie,
Ou du vert Hymette au miel d’or ?

Eolides, salut ! Ô fraîches messagères,
C’est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ;
Et le clair Ilissos d’un flot mélodieux
A baigné le duvet de vos ailes légères.

Quand Theugénis au col de lait
Dansait le soir auprès de l’onde,
Vous avez sur sa tête blonde
Semé les roses de Milet.

Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d’Homère,
Plus tard prenant la route où l’Alphée aux flots bleus
Suit Aréthuse au sein de l’étendue amère,
Dans l’Ile nourricière aux épis onduleux,

Sous le platane où l’on s’abrite
Des flèches vermeilles du jour,
Vous avez soupiré d’amour
Sur les lèvres de Théocrite.

Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais,
Rires des Immortels dont s’embellit la Terre,
C’est vous qui fîtes don au pasteur solitaire
Des loisirs souhaités à l’ombre des forêts.

Au temps où l’abeille murmure
Et vole à la coupe des lys,
Le Mantouan, sous la ramure,
Vous a parlé d’Amaryllis.

Vous avez écouté, dans les feuilles blotties,
Les beaux adolescents de myrtes couronnés,
Enchaînant avec art les molles reparties,
Ouvrir en rougissant les combats alternés,

Tandis que drapés dans la toge,
Debout à l’ombre du hallier,
Les vieillards décernaient l’éloge,
La coupe ornée ou le bélier.

Vous agitiez le saule où sourit Galatée,
Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs,
Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée,
Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.

Quand les vierges au corps d’albâtre,
Qu’aimaient les Dieux et les humains,
Portaient des colombes aux mains,
Et d’amour sentaient leurs coeurs battre,

Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant
Les hymnes de Vénus, la volupté divine,
Et tendiez leur oreille aux plaintes de l’amant
Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.

Oh ! combien vous avez baisé
De bras, d’épaules adorées,
Au bord des fontaines sacrées,
Sur la colline au flanc boisé !

Dans les vallons d’Hellas, dans les champs Italiques,
Dans les Iles d’azur que baigne un flot vermeil,
Ouvrez-vous toujours l’aile, Eolides antiques ?
Souriez-vous toujours au pays du Soleil ?

O vous que le thym et l’égile
Ont parfumés, secrets liens
Des douces flûtes de Virgile
Et des roseaux Siciliens,

Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez-nous encor !
Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or,
Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !

Beethoven 250 (VII) : Langrée, Liège, Cincinnati

Hier et aujourd’hui, à Cincinnati, Louis Langrée a réédité l’exploit qui l’avait conduit, en mars 2004, à reconstituer à Liège la soirée historique du 22 décembre 1808 à Vienne.

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Que s’est-il passé ce soir de décembre 1808 à Vienne ? Un concert-fleuve, une « académie » voulue et dirigée par Beethoven, au Theater an der Wien où le compositeur a ses habitudes : c’est dans cette salle, dirigée par Emanuel Schikaneder, le librettiste de la Flûte enchantée, qu’ont déjà été créées les Deuxième et Troisième symphonies, le 3ème concerto pour piano, le concerto pour violon, Fidelio..

Ce 22 décembre, le programme est à la démesure de son auteur. Qu’on en juge :

Première partie

Symphonie n°6 « Pastorale »

Ah ! perfido, air de concert pour soprano et orchestre

Gloria de la Messe en do Majeur op.86

Concerto pour piano n°4

Pause

Seconde partie

Symphonie n°5

Sanctus de la Messe en do Majeur

Une fantaisie improvisée au piano (qui donnera la Fantaisie op.77 )

Fantaisie chorale pour piano, choeur et orchestre

Le dimanche 14 mars 2004, à la Salle Philharmonique de Liège, prenait fin une semaine de festival que l’Orchestre philharmonique de Liège et Louis Langrée avaient dédié à Beethoven. Avec l’exacte reconstitution de l’académie du 22 décembre 1808. Claire-Marie Le Guay était au piano, Alexia Cousin chantait Ah! perfido, et le Choeur symphonique de Namur rejoignait l’orchestre dans les extraits de la Messe en do et la Fantaisie chorale.

Le concert avait commencé à 14h et pris fin vers 20 h. Le public ne voulait plus laisser partir les musiciens. Il y avait tellement de bonheur sur la scène, malgré la fatigue, et dans la salle…

L’Association Beethoven France en avait fait un compte-rendu aussi exhaustif que laudateur.

« La direction de Louis Langrée des œuvres de Beethoven est vigoureuse et juste, délicate et franche à la fois. Aucun doute pour l’auditeur : le chef d’orchestre vit cette musique et il comprend Beethoven avec le cœur. De plus, sa capacité à échanger avec l’auditoire et sa manière de partager son plaisir, par ce sourire dont il n’est guère avare, nous ont conquis plus encore que nous nous apprêtions à l’être. C’est un très grand chef qui se confirme sous nos yeux. »

 

Avant les concerts de ce week-end à Cincinnati, Louis Langrée avait déjà dirigé plusieurs fois la Cinquième symphonie, notamment à l’occasion de la fête des Lumières – Lumenocity – qui avait enchanté la ville de l’Ohio en 2013.

 

 

Des ténèbres aux lumières du Nord

Jeudi soir le cadre toujours impressionnant de la Fondation Singer Polignac, avenue Georges Mandel à Paris, juste en face de l’appartement où Maria Callas a vécu et fini ses jours.

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Public choisi, dont la moyenne d’âge doit se situer entre 80 et 90 ans. Réuni pour un concert qui paraissait prévu pour la triste circonstance du décès récent du président de la Fondation, l’ophtalmologue et académicien Yves Pouliquen.

Vincent Dumestre proposait une sorte de mix d’un genre très en vogue en France au XVIIème siècle : les Leçons de ténèbres

À l’époque baroque, pendant le Carême, théâtres et salles de concerts étaient fermés en signe de pénitence. Les compositeurs s’exprimaient alors exclusivement dans la musique liturgique, livrant des œuvres d’une grande sobriété en même tant que d’une extraordinaire puissance expressive. Les Leçons de ténèbres sont des partitions composées pour les offices des trois derniers jours de la semaine sainte, qui conclut le Carême avant la fête de Pâques. Les textes utilisés, tirés des Lamentations de Jérémie, se rapportent à la solitude de Jésus avant sa crucifixion. Les musiques bouleversantes composées par Couperin sur ce thème étaient jouées selon le rituel de l’office, qui se tenait à la nuit tombée. Au terme de chaque pièce, un des cierges qui éclairaient l’église était éteint, symbolisant l’abandon progressif du Christ par ses disciples. C’est une fois l’église plongée dans l’obscurité totale que retentissait le terrible Miserereimplorant le pardon divin.

Spécialiste de ce répertoire singulier, Le Poème Harmonique, qui a déjà reconstitué ce cérémonial spectaculaire pour des musiques de Charpentier, Lalande et Cavalieri, s’y replonge avec celles de Couperin, dans un concert à l’atmosphère unique.

GUILLAUME-GABRIEL NIVERS (1632-1714)

  • Antienne Zelus domus tuae (plain-chant)
  • Psaume Salvum me fac Deus (plain-chant)
  • Versicule Dum convenirent

FRANÇOIS COUPERIN (1668-1733)

  • Leçons de ténèbres pour le Mercredy Saint
    • Première leçon à une voix
  • Messe solennelle
    • Gloria « Tierce en taille »
  • Leçons de ténèbres pour le Mercredy Saint
    • Deuxième leçon à une voix
  • Messe solennelle
    • Sanctus « Cromorne en taille »
  • Leçons de ténèbres pour le Mercredy Saint
    • Troisième leçon à deux voix

GUILLAUME-GABRIEL NIVERS

  • Antienne Justificieris Domine

LOUIS-NICOLAS CLÉRAMBAULT (1676-1749)

  • Miserere à trois voix

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Magnifique prélude à une série de sept concerts qui seront donnés en juillet prochain dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier.

Changement de lieu, mais cadre tout aussi somptueux, le lendemain : la Salle Philharmonique de Liège.

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Je lui avais promis l’été dernier, quand il avait joué à Montpellier le concerto pour. clarinette de Magnus Lindberg devant le compositeur, avec l’orchestre philharmonique de Tampere et son chef Santtu-Matias Rouvali.

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Je voulais réentendre Jean-Luc Votano là où je lui avais demandé de créer ce concerto en Belgique, en 2008, avec un. chef – Christian Arming – qui n’était pas encore le directeur musical de l’Orchestre philharmonique royal de Liège

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D’autant que, depuis Montpellier, l’enregistrement du concerto était sorti, chez Fuga Libera, récoltant toutes les récompenses – Diapason d’or de l’année, Classica, Crescendo, prix Caecilia de la presse musicale belge, etc.

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Je ne peux que confirmer ce qu’écrivait Christian Merlin dans Le Figaro :

« Ce ne sont pas seulement les interprètes contemporains qui sont à l’honneur en cette rentrée discographique, c’est aussi la musique de notre temps. À commencer par un prolongement de nos émotions festivalières, puisque l’un de nos grands souvenirs de l’été a été l’exécution éblouissante du Concerto pour clarinette de Magnus Lindberg par Jean-Luc Votano à Montpellier. Le musicien belge en sort maintenant un enregistrement (Fuga Libera) qui permet de mesurer toute la palette expressive de cette oeuvre qui exige énormément du soliste en termes de virtuosité, de théâtralité, d’endurance (une demi-heure de musique !). Dans un couplage original avec le trop rare Karl Amadeus Hartmann, Jean-Luc Votano se confirme comme un clarinettiste inspiré, avec lequel il faut compter dans le paysage international de son instrument. L’occasion est aussi de rappeler l’excellence de la formation à laquelle il appartient, l’Orchestre philharmonique royal de Liège, dirigé ici une dernière fois par celui qui en fut le remarquable directeur musical ces dernières années, Christian Arming. Un disque où les planètes sont alignées » (Christian Merlin, Le Figaro, 17 septembre 2019)

Avec chez Jean-Luc vendredi un sentiment de liberté, d’aisance souveraine dans une partition si difficile. Douze ans après la première belge avec le même équipage, le public de la Salle Philharmonique a fait à ce dernier le triomphe qu’il méritait.

Je reviendrai demain sur la seconde partie du programme, les Danses symphoniques de Rachmaninov.

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S’il est un événement que le monde musical ne risque pas d’oublier en cette année 2020, c’est le deux-cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Beethoven le 15 décembre 1770 (Beethoven 250).

Un autre anniversaire me paraît être, lui, passé inaperçu (à moins qu’il n’ait été évoqué lors du Concert de nouvel an à Vienne le 1er janvier ?), c’est l’inauguration, il y a 150 ans,  le 6 janvier 1870, de la grande salle dorée du Musikverein, qui sert de cadre précisément au concert le plus regardé dans le monde.

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Au programme du concert inaugural, la 41ème symphonie Jupiter de Mozart – la critique loue unanimement l’acoustique de la salle, qui donne une dimension nouvelle à l’ultime symphonie de Wolfgang -, et, centenaire de Beethoven oblige, l’ouverture d’Egmont et la Cinquième symphonie de ce dernier. Et puis des airs de Bach, Haydn, Mozart. Il ne saurait y avoir d’inauguration à Vienne sans un grand bal : pour l’occasion Johann Strauss compose son opus 340, sa valse Freuet Euch des Lebens.

Andris Nelsons l’avait logiquement mise au programme du concert du 1er janvier 2020.

 

C’est Johann von Herbeck (1831-1877), un nom quasi oublié aujourd’hui, qui dirige ce concert à la tête de l’orchestre de la Gesellschaft der Musikfreunde (la Société philharmonique de Vienne). 

En 1857, l’empereur François-Joseph décide de faire démanteler le mur d’enceinte de la capitale autrichienne, pour agrandir la ville trop à l’étroit dans son coeur historique, et lui donner le visage qu’on lui connaît aujourd’hui. Les remparts sont remplacés par un boulevard circulaire, le Ring, le long duquel vont être construits tous les palais et bâtiments publics (Parlement, Opéra, Théâtre, Hôtel de Ville, etc.) qui font la fierté de Vienne (voir les photos : Chez Sissi). 

En 1863, le même François-Joseph donne un terrain en face de la basilique Saint-Charles-Borromée pour y édifier une grande salle de concert.

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C’est à l’architecte d’origine danoise Theophil Hansen qu’est confié le projet de la nouvelle Maison de l’Union musicale de Vienne / Haus des Wiener Musikvereins qu’on appellera vite par son abrégé, le Musikverein. C’est au même architecte qu’on doit le Parlement néo-classique.

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Que dire de la grande salle dorée du Musikverein qui n’ait été déjà dit et répété ? J’ai eu la chance d’y aller souvent et d’éprouver, à chaque fois, le même choc, la même émotion.

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Voici par exemple ce que j’écrivais, en 2014, dans Soirées de Vienne : Je me rappelle, comme si c’était hier, l’émotion qui nous avait tous saisis, des plus chevronnés aux plus jeunes musiciens de l’Orchestre philharmonique – qui n’était pas encore Royal ! – de Liège, lorsqu’en octobre 2005 nous étions entrés dans les coulisses, puis sur la scène de la grande salle du Musikverein. Pour un concert dirigé par Louis Langrée – le concerto en sol de Ravel avec Claire-Marie Le Guay, et bien évidemment la Symphonie de Franck. Je n’imaginais pas alors que l’OPRL reviendrait en 2011 puis en 2014, trois fois en moins de dix ans !.

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Comme pour Beethoven 250, je compte égrener, au fil de l’année, les grands souvenirs que j’ai dans cette salle. Premier indice :

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Les beaux jours

Je ne vis pas dans le passé, ni la nostalgie d’un temps que le souvenir embellirait. Mais j’aime parfois à me remémorer les jours heureux, pour y retrouver des permanences qui inspirent l’aujourd’hui et le demain, vérifier que le chemin parcouru n’était pas si mal choisi, que les idéaux d’hier ont tracé leur sillon.

Il y a neuf ans, nous avions célébré les 50 ans d’une phalange à laquelle j’ai consacré quinze années de passion professionnelle, l’Orchestre philharmonique royal de Liège. Je classais ces jours-ci des partitions que je n’avais pas encore eu le temps de ranger depuis mon déménagement de la Cité ardente il y a cinq ans.

J’ai retrouvé l’une d’elles avec une émotion particulière : la Symphonie en trois mouvements que nous avions commandée à Pierre Bartholomée, qu’il allait créer le 7 décembre 2010 à la tête de l’orchestre dont il avait été le directeur musical de 1977 à 1999, et qu’il a eu la délicate attention de me dédicacer. 

J’ai voulu retrouver la trace de ce moment particulier de l’histoire de la phalange belge. L’excellent film réalisé par Laurent Stine – L’accord parfait – est disponible en quatre parties. C’est l’occasion d’y revivre nombre de moments forts – Pierre Bartholomée de retour devant « son » orchestre.

Louis Langrée, Pascal Rophé, tant de visages familiers de musiciens…

et dans ce deuxième « épisode », outre Pierre Bartholomée, un autre personnage considérable, le compositeur Philippe Boesmans, qui évoque le concerto pour violon qu’il écrivit en 1980 pour Richard Piéta et l’orchestre de Liège

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ainsi que le Capriccio pour deux pianos, une commande de l’OPRL, qu’il terminait d’écrire pour les soeurs Labèque. Les trois oeuvres concertantes que Philippe Boesmans a écrites pour l’OPRL ont été enregistrées tout récemment, un disque salué par la critique unanime à sa sortie.

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Au hasard de ce documentaire, répondant à des questions sur l’orchestre, son répertoire, la musique contemporaine, le public, l’accès à la musique classique, j’exprimais un point de vue, des convictions, je relatais une expérience, qui n’ont, je le crois, rien perdu de leur force ni de leur actualité.

 

Le théâtre lumière

J’assistais, mercredi soir, au spectacle d’Isabelle Georges, Oh La La, au Théâtre des Champs-Elysées. une reprise très attendue d’un tour de chant donné au Bal Blomet il y a deux ans (Isabelle au Bal), après une soirée il y a un mois au mythique Club 54 de New York.

Que dire de plus que ce qu’on a déjà écrit à propos de cette artiste, qui n’a pas d’équivalent en France, qui tient la scène – très bien entourée certes – comme l’une de ces stars légendaires de Broadway ou du Paris de l’après-guerre.

Le Théâtre des Champs-Elysées est sûrement la salle que j’ai le plus fréquentée à Paris. J’en ai rarement parlé, rarement dit le bonheur renouvelé d’entrer dans ce lieu si chargé d’histoire et de souvenirs, le plaisir de s’asseoir le plus souvent à la corbeille de face, de s’y sentir comme chez soi.

D’y entendre les plus grands interprètes, dans un son qu’on a souvent critiqué pour sa sécheresse, l’étroitesse du cadre de scène, certes un son qui ne pardonne rien aux médiocres, qui radiographie les ensembles qui s’y produisent.

Fierté qui fut la mienne lorsqu’à deux reprises, je pus y amener l’orchestre philharmonique royal de Liège, en 2004 sous la conduite de Louis Langrée, en 2012 pour une soirée exceptionnelle.

Et tant d’autres souvenirs impérissables (le cycle Iberia d’Albeniz sous les doigts aussi athlétiques que poétiques de Rafael Orozco, trop tôt disparu, si souvent l’Orchestre philharmonique de Vienne, la série d’opéras russes sous la conduite de Valery Gergiev au mitan des années 90, etc.), il y aurait plus qu’un ouvrage pour les consigner tous.

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Mercredi soir, dans le couloir des loges des artistes, pourtant si souvent arpenté, je voyais des affiches historiques que j’avais négligé jusqu’alors de remarquer. Et quelles affiches !

Cette annonce d’un récital d’oeuvres de Prokofieff – comme on écrivait alors en français – … par l’auteur ! Le 11 mai 1923.

Ce récital d’oeuvres espagnoles – sans détails – par Arthur Rubinstein (qui souhaitait qu’on orthographiât son prénom : Artur)

Cet anniversaire du Groupe des Six sous l’égide de Jean Cocteau, toujours prompt à s’attribuer les mérites de ses camarades.

Ou bien encore la tournée de l’Opéra de Vienne, faisant étape dans la prestigieuse salle de l’avenue Montaigne.

A l’occasion du centenaire du théâtre a été publié un fascicule, en format carte postale, reprenant 100 affiches de légende du Théâtre des Champs-Elysées.

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Rach 3

Dans le jargon des pianistes, on a ses raccourcis pour désigner certaines oeuvres du répertoire, surtout si ce sont des must des grands concours internationaux. Ainsi le 3ème concerto pour piano de Rachmaninov est-il appelé le Rach 3 ! (On fait de même pour la Rhapsodie sur un thème de Paganini du même Rachmaninov qu’on désigne en abrégé par Rach Pag).

J’évoque aujourd’hui ce sommet de la littérature concertante pour piano parce que je viens, coup sur coup, d’en entendre deux versions extraordinaires.

La première c’était hier soir, à Montpellier, lors du concert qui célébrait le 40ème anniversaire de l’Orchestre National Montpellier Occitanie. Je retrouvais mon très cher Nelson Goerner, six ans après que je l’eus invité à Liège à jouer ce même Rach 3 dans le cadre du festival I love Rachmaninov qui présentait l’intégrale des concertos (avec Bertrand Chamayou dans le 2ème, Benedetto Lupo dans le 1er et Claire-Marie Le Guay dans le 4ème).

IMG_7200(Michael Schonwandt, Nelson Goerner et l’Orchestre National Montpellier Occitanie le 15 novembre 2019)

Ce n’est pas un hasard si, lors de plusieurs écoutes comparatives, la version, captée en concert il y a une vingtaine d’années, du pianiste genevois d’origine argentine est toujours arrivée en tête.

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Nelson Goerner y est souverain, dans cette manière supérieure de faire oublier la technique – un concentré de difficultés redoutables – pour ne donner à entendre que le chant, les élans rhapsodiques, la densité d’une partition qui n’est pas qu’un numéro d’esbroufe. Le soliste me confiait à l’entracte : « Tu es d’accord, on ne doit pas « taper » dans ce concerto ». 

On ne manquera pas d’écouter ce concert le 3 janvier sur France Musique.

Seconde version extraordinaire écoutée ce matin. Hier, Bruno Fontaine écrivait sur sa page Facebook : Ébloui…fasciné …mais surtout ému à l’écoute de ce nouveau Rach 3…
Nul besoin de s’étendre sur la fabuleuse technique de Daniel Trifon.ov .mais plutôt sur sa merveilleuse maîtrise des lignes, du contrepoint…jamais entravée par sa virtuosité …et puis…et j’allais dire, surtout…!!!
La beauté absolue de l’orchestre de Philadelphie, dirigé avec une science admirable des équilibres et des couleurs par Nézet-Séguin…!!!

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Je n’écrivais pas autre chose quand étaient parus les 2ème et 4ème concertos : Quand Rachmaninov rime avec Trifonov. « … le tandem Trifonov/Nézet-Séguin est d’une telle qualité d’écoute réciproque, de liberté poétique, qu’on accepte sans réticence leurs tempi buissonniers. Et pour le Quatrième concerto l’on tient certainement la meilleure version de la discographie rachmaninovienne (malgré les beautés du piano d’Arturo Benedetti Michelangeli, si pâlement secondé par Ettore Gracis dans la légendaire version EMI de 1957).

On imagine que le Troisième concerto suivra bientôt ». 

Voeu exaucé, ô combien. A écouter absolument ! Cette nouvelle intégrale des concertos de Rachmaninov due au trio magique que constituent Trifonov, Nézet-Séguin ET l’orchestre de Philadelphie se hisse dans le peloton de tête de la discographie pléthorique de ce corpus (où figure le légendaire tandem Peter Rösel / Kurt Sanderling)

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Un souvenir me revient, que j’avais naguère évoqué sur un précédent blog. Il y a presque trente ans j’avais été convié à un dîner à Chamonix par une relation professionnelle qui m’avait promis une surprise, quelqu’un qu’elle voulait me présenter ! Pour une surprise c’en fut une ! A peine arrivé dans le bel hôtel où se tenait ce dîner, j’eus l’impression de me trouver face à… Rachmaninov !

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Mêmes traits, même stature.

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Il s’agissait du petit-fils du compositeur, Alexandre Rachmaninoff (il tenait à cette orthographe usitée hors de Russie) – 1933-2012 – Alexandre était le fils de Tatiana Rachmaninova (1907-1961), la cadette des deux filles de Rachmaninov, Tatiana avait épousé Boris Conus (prononcer Ko-niouss), fils du violoniste et compositeur Julius Conus   (1869-1942), auteur d’un concerto pour violon jadis joué par les plus grands, aujourd’hui un peu oublié. Alexandre était né Conus et avait relevé le nom de son grand-père.

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