Un joyeux anniversaire

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Belle affiche hier soir au Théâtre des Champs-Elysées à Paris.

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Soirée de gala des 10 ans du Palazzetto Bru Zane, ce « Centre de musique romantique française » ouvert à Venise en 2009 à l’initiative du Docteur Nicole Bru.

Vive la France !

J’ai souvent évoqué dans ce blog le travail du Palazzetto pour réhabiliter, redécouvrir, faire revivre des pans entiers de répertoire français (L’éternel secondTimbres d’or et d’argentLa nonne et son ténorSainte Nitouche), j’ai eu le plaisir de collaborer à plusieurs reprises avec Alexandre et Benoît Dratwicki, Baptiste Charroing, infatigables défricheurs, promoteurs, animateurs du PBZ.

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On mesure avec le coffret anniversaire de 10 CD que vient de publier le PBZ, l’importance considérable d’une seule décennie d’activité :

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Une grande partie des artistes qui ont participé à cette aventure étaient présents hier soir sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées, à commencer par le « chef préféré de Nicole Bru » Hervé Niquet (dixit Diapason !)

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Au risque d’en oublier, l’Orchestre de chambre de Paris (en très grande forme), le Choeur du Concert Spirituel, le harpiste Emmanuel Ceysson, le comédien Olivier Py (travesti as usual), les chanteurs Véronique Gens, Lara Neumann, Ingrid Perruche, Chantal Santon-Jeffery, Judith van Wanroij, Marie Gautrot, Rodolphe Briand, Cyrille Dubois, Edgaras Montvidas, Flannan Obé, Tassis Christoyannis, Antoine Philippot, Pierre Cussac à l’accordéon et Vincent Leterme au piano.

Deux heures et quart sans interruption, joliment mises en espace par Romain Gilbert, qui ont passé comme un rêve.IMG_6274

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La pharmacie et la musique

J’imagine que des thèses ont dû être consacrées à ce sujet : le rapport entre la pharmacie et la musique. Quand on évoque Nicole Bru, on doit parler de son mari, de son beau-père, qui ont créé les Laboratoires UPSA (l’aspirine, l’efferalgan, etc…), d’où une fortune aujourd’hui mise au service non seulement de la musique mais d’autres nobles causes.

Dans le passé, trois autres illustres exemples me viennent à l’esprit: Thomas Beecham créant son propre orchestre, le Royal Philharmonic, grâce à la fortune accumulée par les laboratoires Beecham et leurs fameuses pilules… laxatives ! Francis Poulenc bien sûr héritier des établissements Poulenc frères devenus le groupe Rhône-Poulenc. Ou encore Paul Sacher, qui avait épousé l’héritière des laboratoires Hoffmann-Laroche…

 

L’opéra parfait

Le plus souvent vu

Bonne idée, l’Orchestre de chambre de Paris avait choisi de sortir des sentiers de rentrée trop battus, en ouvrant sa saison avec une représentation de Don Giovanni de Mozart. C’était jeudi soir au Théâtre des Champs-Elysées.

Je n’ai pas fait le compte, mais je crois que Don Giovanni est l’opéra que j’ai vu le plus souvent, depuis que j’ai commencé à fréquenter, un peu, les scènes lyriques. Premier grand et fort souvenir, le Don Giovanni du bicentenaire (de la mort de Mozart) au Grand Théâtre de Genève, raconté ici : Don Juan.

« J’ai vu assez souvent Thomas Hampson sur scène, mais je conserve un souvenir tout particulier d’un Don Giovanni, donné en 1991 – bicentenaire de la mort de Wolfgang oblige – au Grand Théâtre de Genève, dans la mise en scène éblouissante du grand Matthias Langhoff, sous la baguette de mon cher Armin Jordan, avec une équipe comme savait les constituer le patron de la scène genevoise de l’époque, Hugues Gall : aux côtés de Thomas Hampson, prestance physique et vocale idéale pour Don Juan, Marylin Mims (Donna Anna), Gregory Kunde (Don Ottavio), Nancy Gustafson (Donna Elvira), Willard White (Leporello), Francois Harismendy (Masetto), Della Jones (Zerlina), Carsten Harboe Stabell (le Commandeur), et bien sûr l’Orchestre de la Suisse Romande »

Et puis, j’en oublie certainement, il y eut 1998 l’inauguration de l’ère Lissner à Aix-en-Provence avec Peter Mattei mis en scène par Peter Brook et la direction confiée en alternance à Claudio Abbado et Daniel Harding (21 ans !).

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Il y eut l’été 2002 à Glyndebourne : Louis Langrée me donna à entendre ce soir-là une version, une vision, une incarnation – plus qu’une interprétation – comme je ne l’ai plus jamais entendue depuis, même sous baguette. C’est simple, à part le grand cheval mort qui obstruait la scène, je n’ai pas retenu grand chose de la mise en scène de Graham Vick, je n’ai pas non plus retenu le détail d’une distribution inégale, mais j’ai compris, grâce à Louis Langrée, pourquoi  Don Giovanni est une oeuvre parfaite (toujours citée d’ailleurs dans les 10 opéras les plus marquants de l’histoire de la musique).

L’opéra parfait

Dans tous les autres ouvrages de Mozart, les Noces, Cosi, la Flûte, on peut trouver quelques longueurs, ou des conventions de théâtre qui diluent le propos. Pas dans Don Giovanni ! Il y a comme un concentré du génie dramatique et mélodique de Mozart, rien de trop, une « urgence » (mon Dieu, que je déteste ce mot, mais je n’en trouve pas d’équivalent ici), des scènes, des airs, des ensembles qui s’enchaînent, quintessence du dramma giocosoà un rythme qui ne laisse aucun répit ni au spectateur ni aux interprètes.

A Glyndebourne, The Guardian (lire l’article de Tim Ashley) écrivait : « Louis Langrée conducts with a combination of driven intensity and heady languor ». Une combinaison d’intensité passionnée et de langueur enivrante. Tout est dit.

En 2010 à Aix-en-Provence, Louis Langrée renouvelle presque l’exploit, musicalement, mais le moins qu’on puisse dire est que les tripatouillages de Dmitri Tcherniakov n’ont pas convaincu. Gilles Macassar dans Télérama ne contient pas sa rage à l’encontre du metteur en scène russe (Un Don Giovanni navrant par Monsieur Sans-Gêne

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Puis j’ai vu à la télévision le Don Giovanni de Michael Haneke.

Dalla sua pace

Je laisse à d’autres le soin de faire la critique du concert de jeudi, une version semi-scénique donnée cet été au Festival de Garsington (une sorte de petit frère, créé en 1989, du festival de Glyndebourne).

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Je ne connaissais a priori aucun des chanteurs :

Jonathan McGovern Don Giovanni
David Ireland Leporello
Camila Titinger Donna Anna
Sky Ingram Donna Elvira
Trystan Llŷr Griffiths Don Ottavio
Mireille Asselin Zerlina
Paul Whelan Le Commandeur
Thomas Faulkner Masetto

Un cast inégal et pas toujours convaincant.

Au début de ce papier, j’évoquais Thomas Hampson qui était, par la taille, l’allure, la séduction de ses traits, un Don Giovanni idéal. On a un peu de mal à imaginer que celui qui chantait le rôle hier tombe toutes ses conquêtes grâce à un physique avantageux ou un organe vocal remarquable… Leporello ressemble à un pilier de pub, le Commandeur n’est pas très effrayant, Masetto donne le change, tandis que les trois femmes, à défaut de belles voix (une Elvira un peu ingrate) incarnent aussi justement qu’il est possible leurs rôles. On garde le meilleur pour la fin, le jeune ténor gallois Trystan Llyr Griffiths

France Musique l’avait déjà repéré l’an dernier. Il a à peu près tout pour lui ! Et comme Mozart a eu la bonne idée de confier deux de ses plus beaux airs de ténor à l’Ottavio de son Don Giovanni – Dalla sua pace et Il mio tesoro intanto – Trystan Llyr Griffiths m’a mené plus d’une fois au bord des larmes… Ah cette reprise sur les cîmes du souffle du thèmé de Dalla sua pace ! Instant d’éternité.

La dernière fois – c’était en concert en 2006 à Liège – qu’un chanteur m’avait à ce point ému et ébloui dans ces airs, c’était Kenneth Tarver

J’ai eu envie de revenir ce week-end à un grand classique du disque, à une version qui tient toujours son rang de référence :

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Le mois de l’opérette

Les spectateurs parisiens ont été gâtés ce mois de juin. Après Mam’zelle Nitouche (lire Sainte Nitouchece fut la dernière, jeudi dernier, de l’unique opérette d’Albert Roussel – Le testament de la tante Caroline – au théâtre de l’Athénée et avant-hier la première à l’Opéra Comique de Madame Favart d’Offenbach, né il y a tout juste 200 ans, le 20 juin 1819 !.

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L’accueil critique et public de l’opérette de Roussel a été unanime. On ne peut que regretter, comme Laurent Bury sur Forumopera, qu’il n’y ait eu que cinq représentations : …Les Frivolités Parisiennes ont su également faire les bons choix, avec une équipe de chanteurs-acteurs qui se donnent sans compter. A tout seigneur tout honneur, il faut inévitablement commencer par chanter les louanges de Marie Lenormand, qui hérite du rôle en or de Béatrice, la nièce religieuse, irrésistible dans l’air où elle confesse avoir jadis péché. Quelques mots suffisent à Till Fechner pour imposer un savoureux personnage de notaire revêche, imperméable mastic et clope au bec. Les deux couples formées par les nièces et leur conjoint sont admirablement caractérisés : la Noémie versaillaise de Lucile Komitès et son époux coureur de jupon Aurélien Gasse, la Christine superbement idiote de Marion Gomaret son lamentable conjoint Charles Mesrine. En Lucine, Marie Perbost fait valoir un timbre limpide et une excellente diction, mais son personnage reste très sage. Noël donne à Fabien Hyon l’occasion de montrer une belle vaillance vers la fin de l’œuvre, et Roussel est bien heureux qu’on ait confié ce rôle à pareil titulaire. Pour avoir peu à chanter, Romain Dayez n’en manifeste pas moins une très séduisante désinvolture dans le rôle du docteur. »

On n’aurait pas dit mieux. Un pur régal !

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Pour célébrer au jour près le bicentenaire de la naissance d’Offenbach, le Palazzetto Bru Zane et l’Opéra Comique avaient bien fait les choses en choisissant Madame Favart, dans la salle… Favart !

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Dans cet opéra comique, créé en 1878, Offenbach s’empare d’un sujet historique :

« Le maréchal de Saxe veut séparer Charles-Simon et Justine Favart afin de faire de l’actrice sa maîtresse. Les voilà forcés de vivre séparés et cachés. Leur génie de l’intrigue sauvera-t-il leur couple ?
Immense actrice de l’époque des Lumières, Justine fut aussi une héroïne. Fuyant entre France et Pays-Bas les assiduités du maréchal, elle change d’identité pour sauver son honneur, le bonheur de ses amis, la carrière de son époux dramaturge et, sans le savoir… l’avenir de l’Opéra Comique. À peine romancée, l’anecdote se mêle à l’Histoire pour s’achever par un spectacle dans le spectacle.
Avec Madame Favart, Offenbach a réussi à conjuguer récit picaresque et célébration de l’opéra-comique dans une pièce lyrique à souhait. Presque oubliée après des décennies de succès, cette grande comédie renaît pour le bicentenaire du compositeur. »

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Avouera-t-on une petite déception ? Des longueurs, un livret décousu, des dialogues parlés inutiles, et un final faiblard. Mais une résurrection bienvenue sur le plan musical, grâce à une belle équipe menée tambour battant par Laurent Campellone à la tête d’un orchestre de chambre de Paris qui trouve vite ses marques dans une partition qui ne lui est pas familière.

Marion Lebègue embrasse le rôle-titre avec une présence scénique indéniable. une voix opulente à la diction souvent problématique. Anne-Catherine Gillet est une parfaite Suzanne. candeur, élégance, pétulance !

Chez les ténors, François Rougier campe un Hector un peu lourdaud. Si la voix est claire et bien projetée, on aurait aimé davantage de demi teintes ; cependant le chanteur utilise efficacement ses aigus émis en force à des fins comiques dans une tyrolienne bien acrobatique. Eric Huchet incarne un gouverneur Pontsablé d’une fatuité et d’un ridicule irrésistibles.

Le Charles-Simon Favart de Christian Helmer semble gêné par la tessiture tendue.  En Cotignac et Biscotin, Franck Leguérinel et Lionel Peintre ont, eux, peu à chanter : par leur présence scénique ils n’en campent pas moins des personnages savoureux.

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Des goûts et des couleurs

« Je sais aussi d’expérience…. qu’on ne sert pas les musiciens, a fortiori quand on les aime, par l’hypocrisie ou le silence, on n’est pas obligé pour autant de les blesser inutilement. Le musicien, l’artiste sait mieux que quiconque si son récital, son concert, a été réussi ou… moins réussi. Il n’a que faire des compliments de complaisance ».

Voilà ce que j’écrivais dans un article – Le difficile art de la critique – qui m’avait valu beaucoup de commentaires, et qui me revient maintenant.

Si ce blog était véritablement mon journal intime, je n’hésiterais pas une seconde à lui confier sans détour les sentiments que m’ont inspirés certains concerts auxquels j’ai assisté. Mais, si j’ai choisi de le laisser en accès libre, donc public, je restreins de moi-même mon expression.

Il a suffi d’un adjectif – « déçu » – posté sur Facebook à l’issue d’un récent concert pour que je sois sommé de m’expliquer et qu’un débat s’ouvre avec d’autres musiciens, des collègues du pianiste auquel je faisais référence. Il en ressortait que je ne pouvais pas être déçu, que ce n’était pas possible, vu que l’artiste en question est considéré comme un immense talent en devenir et qu’il est impérial dans le répertoire où précisément j’ai eu l’impression de le voir sombrer. En résumé, si je disais ce que je pense, je risquais de compromettre une brillante carrière – et ce serait de ma faute ! -.

De toutes les façons, je ne peux définitivement pas être, publiquement, juge et critique. Je garderai donc les raisons de ma déception pour moi…

D’un autre concert – les 40 ans de l’Orchestre de chambre de Paris, mercredi au Théâtre des Champs-Elysées – je ne dirai guère plus. Il y avait du bon, de l’excellent et du moins bon. IMG_9127 (1)

Sans doute était-il osé, risqué même, de faire se succéder deux cycles de mélodies pour ténor, avec deux chanteurs différents, en première partie – comme l’a noté Bachtrack, mais comme je suis un inconditionnel des cycles de Britten, en particulier ses Illuminations sur des poèmes de Rimbaud, j’ai été comblé d’y entendre Mark Padmore. Certes je préfère de loin la version pour soprano – qui est l’originale, puisque écrite pour la chanteuse suisse, Sophie Wyss – que j’ai eu l’immense chance de pouvoir programmer, il y a presque trente ans, avec Felicity Lott, Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse romande.

 

Avec un chanteur de la qualité de Mark Padmore, et la présence au sein de l’OCP depuis quelques mois,  d’un fabuleux jeune corniste, Nicolas Ramezje me demande si la sublime Sérénade pour ténor, cor et orchestre du même Britten n’eût pas été en meilleure situation… Un prochain concert ?

Dans mon courrier ce matin, un tout nouveau disque et un gentil mot de Jean-Marc Luisadal’un des musiciens les plus singuliers de la planète piano.

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J’aime beaucoup Jean-Marc Luisada, sa passion encyclopédique pour le cinéma, je n’aime pas tout ce qu’il fait au piano, précisément parce qu’il prend certains partis, qui peuvent me dérouter dans certains répertoires, mais jamais il ne m’ennuie ou m’indiffère.

Avec ce nouveau CD Schumann, il récidive, remet sur l’ouvrage ces deux chefs-d’oeuvre qui ont échappé à plus d’un – Humoresque en particulier – Je vais évidemment au plus tôt le confronter avec ce premier jet, presque trentenaire, livré aux micros d’un personnage ô combien original, François Dominique Jouis, et son label Harmonic Records, qui furent quelque temps installés à Thonon-les-Bains où j’eus plus d’une occasion de croiser leur destinée compliquée.

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Le discours d’un roi

Une semaine après la France, nos amis belges célèbrent aujourd’hui leur fête nationale. Dans la douleur du terrible souvenir des attentats du 22 mars. Le roi Philippe a prononcé hier soir une allocution tout sauf convenue ou banale. Un grand discours, qu’on aurait aimé entendre de la part de nos responsables politiques français ces derniers jours. Un message de courage et d’espoir : Le discours du roi des Belges.

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Comme si l’histoire se jouait des agendas et des souvenirs, c’est ce même 22 mars 2016 que j’avais vu pour la dernière fois sur scène Natalie Dessay, dans un rôle étonnant sur la scène du Châtelet : Une tragédie, une Passion.

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Quatre mois plus tard, je retrouvais Natalie Dessay hier soir à Montpellier, venue chanter quelques Lieder de Mendelssohn avec son partenaire Philippe Cassard, au milieu d’un concert de l’Orchestre de chambre de Paris tout entier voué au compositeur du Songe d’une nuit d’été. 

13709822_10153801301112602_6805704933239361760_n(de gauche à droite, Douglas Boyd, Philippe Cassard, Natalie Dessay, Jean Pierre Rousseau)

 

Sir Roger et Papa Joseph

Ce n’était pas la foule des grands soirs mais le programme autant que les interprètes justifiaient qu’on soit présent au Théâtre des Champs Elysées ce mardi soir. Très british indeed !

Roger Norrington, Ian Bostridge, Purcell (la suite Abdelazer or the Moor’s Revenge, dont le rondeau a servi de thème à Britten pour son fameux Young person’s guide to the orchestra), Britten justement et son Nocturne, pour ténor et orchestre, d’un accès moins aisé que la Sérénade antérieure, la sublime Fantaisie de Vaughan Williams sur un thème de Thomas Tallis, et last but non least la 103eme symphonie de Haydn qui s’ouvre par un spectaculaire « roulement de timbales »

On est heureux de constater la grande forme de l’Orchestre de Chambre de Paris, qui se plie avec une souplesse confondante aux exigences stylistiques, aux facéties parfois de l’illustre chef britannique, qui comme son compatriote John Eliot Gardiner, comme chef de choeur d’abord, puis chef d’orchestre a tant fait pour nous faire redécouvrir tout le répertoire classique et pré-romantique.

Jubilation particulière pour moi à l’écoute de l’une des symphonies les plus parfaites de Haydn – mais pourquoi les entend-t-on si rarement au concert?  ! Deux souvenirs personnels liés à cette oeuvre et ce chef.

Je ne me rappelle plus pourquoi un 33 tours Mercury, comportant les symphonies 94 et 103, par Dorati et le Philharmonia Hungarica, était présent dans cette bergerie glaciale que mes parents avaient louée dans les Pyrénées non loin de La Mongie en cet hiver 1970. On avait apporté l’électrophone pour passer quelques disques de Noël, et ce Haydn m’était-il destiné pour mon anniversaire ? Je me rappelle l’avoir passé en boucle et n’avoir jamais faibli depuis dans l’affection que je porte à ces deux symphonies.

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En cherchant sur Youtube, je suis tombé sur cette version plutôt inattendue de … Pierre Boulez (à Chicago en 2006)

L’autre souvenir est lié à l’émission Disques en lice, fondée en décembre 1987 sur Espace 2, la chaîne musicale et culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry, à laquelle j’ai participé sans interruption jusqu’à mon départ de la Suisse pour France Musique (à l’été 1993).

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(Roger Norrington et François Hudry / Photo F.H.)

La grande affaire de ces années-là avait été l’intégrale très admirée et très controversée des symphonies de Beethoven que Roger Norrington avait réalisée pour EMI avec les London Classical Players. Norrington avait devancé Harnoncourt et Gardiner dans cette entreprise, il prétendait se fier strictement aux indications métronomiques de Beethoven lui-même. Quel décrassage, quel dégraissage pour nos oreilles ! Et voici qu’un jour (pour la centième de l’émission ?) François Hudry avait invité Norrington à venir lui-même parler de ses interprétations, en l’occurrence de la 6e symphonie « Pastorale » de Beethoven.

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Et l’émission et le repas qui suivit furent bien trop courts… Sir Roger étant un formidable personnage, savant, gourmand, jouissant de la musique comme des farces qu’il fait aux musiciens et au public.

Je me rappelle alors lui avoir demandé s’il comptait graver Haydn. Il se tâtait encore, connaissant la difficulté de l’entreprise. La réponse vint quelques années plus tard, pour ce qui est des symphonies « londoniennes » et tout récemment pour le cycle des « parisiennes« . Evidemment indispensable !

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