Indépendance

La création par des musiciens de l’Opéra de Paris d’un nouvel orchestre – Philopera – et son concert inaugural dimanche soir au Palais Garnier – compte-rendu à lire sur Bachtrack – ont suscité, comme c’est normal, commentaires et interrogations. Je ne partage ni le titre ni toutes les analyses d’Yves Riesel (voir son article et l’interview du président de Philopera sur le site couacs-info) mais son interpellation a le double mérite d’éclairer le mélomane sur le mode de fonctionnement de nombre d’orchestres et d’interroger sur la place que peut occuper cette nouvelle phalange dans un paysage musical parisien qu’on peut juger saturé.

Daniel Harding et le nouvel orchestre Philopera à l’issue du concert inaugural le dimanche 6 septembre 2026.

Autogestion ?

Je ne sais pas s’il faut trop s’attarder sur les modes d’organisation des orchestres symphoniques, en France notamment. Parce que les situations varient d’une ville à l’autre : certains sont des régies municipales, d’autres sont chapeautés par une structure publique, comme une Métropole, certains sont constitués en EPIC ou associations subventionnés par les collectivités locales, et bien sûr dans le cas de l’Orchestre national de France et de l’Orchestre philharmonique de Radio France gérés par Radio France. Ces orchestres font figure de structures « lourdes » – et c’est bien ce qui nourrit le débat depuis des lustres (relire ce qu’en dit Lionel Esparza dans mon dernier billet) – avec leurs musiciens titulaires, leur encadrement technique, administratif, artistique.

Mais Philopera, constitué en une association de musiciens, n’est ni une nouveauté ni une exception. Même si elles ont peu à peu perdu de leur importance, les associations symphoniques parisiennes portent bien leur nom. Lamoureux, Colonne, Pasdeloup, n’ont toujours existé que sous forme de libre association des musiciens, avec une organisation minimaliste.

L’exemple le plus frappant est celui de tous les ensembles dits « baroques ». Ce sont des structures légères, faiblement subventionnées, dont les effectifs ne sont jamais figés – pas de musiciens titulaires ! -. Il n’est pas rare de voir dans les rangs du Concert spirituel un musicien qu’on reverra quelques semaines plus tard dans ceux des Siècles.

Indépendance

Mais pour justifier leur création, les musiciens « associés » de Philopera ont pris leurs exemples à l’étranger. Ainsi, historiquement, l’orchestre philharmonique de Vienne quand il se produit en concert en tant que Wiener Philharmoniker est l’émanation de l’orchestre de l’opéra d’Etat de Vienne (Wiener Staatsoper). Une émanation autonome et autogérée : le directeur de l’opéra de Vienne n’a pas droit de regard sur la programmation des concerts des Philharmoniker. Ainsi le choix du chef qui dirige les concerts de Nouvel an relève-t-il exclusivement des représentants élus des musiciens.

On a pris aussi l’exemple de la Scala de Milan et de la Filarmonica della Scala créée en 1982 à l’instigation de Claudio Abbado. Je trouve l’analogie avec le Bayerisches Staatsorchester – l’orchestre de l’opéra d’Etat de Munich – moins pertinent mais il y a peut-être des détails qui m’échappent.

J’avais pu trouver à Bologne, dans un magasin d’occasion, des disques jamais diffusés en France de Riccardo Muti dirigeant les symphonies de Beethoven à la tête de la Filarmonica della Scala.

Quel est le degré d’indépendance, d’autonomie, y compris financière et administrative, de ces formations ? je n’ai pas la réponse.

Apparences et réalité

Quels que soient la structure et l’organigramme de l’orchestre, la vraie question – à laquelle je ne répondrai pas ici en quelques lignes – est : qui a le pouvoir ? Le chef d’orchestre, le collectif des musiciens, l’administration… ou les sponsors ?

Dans le cas des Berliner ou des Wiener Philharmoniker, c’est net : c’est le board élu des musiciens qui tient dans ses mains la programmation, le choix des chefs. La période des chefs tout-puissants est à jamais révolue. Dans tous les autres cas, et singulièrement dans les pays anglo-saxons où les ressources des orchestres sont quasi exclusivement dépendantes du privé, la personnalité, la réputation… et l’engagement personnel du directeur musical sont décisifs. Je l’avais encore vérifié en me rendant à Cincinnati en octobre 2023 (Lire Sur les ailes de la musique et mon entretien avec Louis Langrée paru en novembre 2023 dans Bachtrack : « Le chef providentiel n’existe pas »).

Dans beaucoup d’autres cas, les responsabilités sont plus diluées ou masquées. Ayant eu quinze ans la responsabilité d’un grand orchestre – l’Orchestre philharmonique de Liège – puis pendant une courte mais intense année celle de la direction de la Musique de Radio France – j’ai pu mesurer ce qui sépare les apparences des réalités.

J’ai toujours privilégié la clarté dans la chaîne de responsabilités : il ne peut pas y avoir de dyarchie ou de dilution des rôles. Le directeur général dirige selon une vision artistique et avec des objectifs définis en accord avec les partenaires subsistants (mais pas sous leurs ordres !), le directeur musical s’inscrit et enrichit cette vision et devant les musiciens c’est le seul patron. Et c’est assez logiquement lui qui prend la lumière quand tout va bien, et le DG qui assume les soucis quand ça va moins bien. Mais quand les responsables sont faibles, la structure a vite fait de s’auto-gérer, de s’auto-planifier, et de fait d’imposer ses vues et ses méthodes à ceux qui sont censés les diriger. Pierre Boulez était féroce contre ceux qui n’étaient pas professionnels… et il avait raison. Je me rappelle un moment très particulier de mon mandat à Radio France. C’était juste après l’inauguration de l’Auditorium et du studio 104 rénové. Il était prévu évidemment que les deux orchestres – le National et le Philhar’ – répètent leurs programmes dans chacun de ces lieux. Le problème était qu’on avait promis au National d’être à l’Auditorium et le Philhar au 104. Or d’évidence les programmes de l’un et de l’autre (notamment pour le Philharmonique le très grand effectif des Notations de Boulez) ne permettaient pas qu’on respecte cette « promesse ». Or les représentants de l’une et l’autre formation, les techniciens et toutes sortes de gens impliqués dans ces productions exigeaient que je respecte cette « promesse » jusqu’au moment où je fis la démonstration que c’était littéralement impossible compte-tenu de ces partitions. Je leur donnai une heure pour se mettre d’accord, moyennant quoi le National joua au 104 et le Philharmonique à l’Auditorium sans qu’aucun ne déchoie, pour le plus grand service de la Musique. Et j’y gagnai accessoirement le respect des musiciens.

Cadeau

Après la 1e symphonie de Mahler de dimanche soir, cet extrait de l’une de mes versions de référence, captée dans une excellente stéréo en 1961, malheureusement introuvable : Paul Kletzki avec l’orchestre philharmonique de Vienne

Dans mes brèves de blog, des rencontres inattendues, de la musique bien sûr et d’autres humeurs du moment.

Mon premier Barenboim

Erwan Gentric n’est pas très tendre, dans le dernier numéro de Diapason, avec le tout récent coffret Warner consacré à Daniel Barenboïm et à ses années parisiennes

Je n’ai pas les mêmes préventions que mon jeune confrère, pour des raisons très personnelles. A l’occasion du 80e anniversaire du pianiste/chef d’orchestre (Barenboim 80) j’écrivais ceci :

« Je renvoie aux deux articles que j’avais consacrés à Daniel Barenboim… il y a cinq ans : Barenboim 75 ou l’artiste prolifiqueBarenboim 75 première salve. Rien à changer dans mes choix de discophile, ni dans mes souvenirs de jeunesse. Les concertos et les sonates de Mozart, les concertos de Beethoven, les symphonies de Franck et Saint-Saëns, la 4ème symphonie de Bruckner, ce sont mes premiers disques… avec Barenboim.« 

Et précisément dans l’impressionnante collection de rééditions parues chez Sony, Deutsche Grammophon et chez Warner, il manquait ces disques enregistrés avec l’Orchestre de Paris pour EMI, du temps où Barenboim en était le directeur musical (lire ce que j’avais écrit il y a quelques mois pour ce qui fut à la fois un retour et un adieu : L’apothéose de Daniel Barenboïm).

Un très beau texte de Remy Louis documente remarquablement ces quinze ans passés (1975-1989) à la tête de l’Orchestre de Paris et ne cache rien des succès et des péripéties qui ont marqué ce mandat.

Je retrouve avec une émotion intacte mes premiers 33 tours de Bizet et Fauré…

CD 1 et 3 Bizet / Carmen, l’Arlésienne suites, Jeux d’enfants, La jolie fille de Perth, Symphonie, Patrie

CD 2 Fauré / Requiem

CD 4 Mozart / concertos flûte, hautbois (Michel Debost, Maurice Bourgue)

CD 5 Vieuxtemps / Concertos 4 et 5 (Perlman)

CD 6 Mozart / symphonie 41, petite musique de nuit

CD 7 Mozart / Requiem (Battle, Murray, Rendall, Salminen)

CD 8 Falla / Nuits dans les jardins d’Espagne (Argerich), Albeniz / Iberia

CD 9 Stravinsky / Le sacre du printemps, Scriabine / Poème de l’extase

CD 10 Dutilleux / Symphonies 1 et 2

CD 11 Stravinsky / Symphonie de psaumes, Scriabine / Symphonie n°3

CD 12 Mahler / Kindertotenlieder, Wagner / Wesendonck Lieder, Wolf / 3 Lieder (Waltraud Meier)

CD 13 Wolf / Penthesilea, Sérénade italienne, der Corregidor

CD 14 Denisov / Symphonie n°1

CD 15 Boulez / Rituel, Messagesquisse, Notations I-IV

Je n’oublierai jamais ce direct sur France Musique en juin 1980 au cours duquel j’entendis pour la première fois les Notations de Boulez, celles qui étaient alors orchestrées (lire Un certain Pierre Boulez)

Et toujours humeurs et bonheurs à suivre sur mes brèves de blog

Carnets secrets (II) : Haitink, Dohnanyi, Cannes, Victoires de la musique, Alagna, Dessay…

Nominations

C’est le privilège et l’avantage de l’âge que de pouvoir suivre, souvent avec admiration, le parcours de celles et ceux qu’on a connus, côtoyés, employés parfois, plus jeunes à l’orée de leur carrière. Certains semblent fixés à vie dans leur entreprise, preuve sans doute qu’ils s’y sentent heureux, épanouis dans leurs fonctions (je pense notamment à mes amis de LiègeMerci ! – Sabine qui était là à mon arrivée en octobre 1999, Silvia, Sophie, Séverine, Valérie, Elise, Robert, Laurent, Erwan, Eric, Pierre, Christophe que j’ai recrutés au début des années 2000), d’autres aiment, à moins qu’ils y soient obligés, emprunter des chemins plus sinueux. Je suis moi-même l’exemple d’une « carrière » professionnelle qui n’a rien de rectiligne, loin s’en faut, où les hasards combinés aux opportunités, et peut-être à un peu de chance, m’ont permis d’accéder à des responsabilités que je n’aurais jamais imaginées.

Dans le seul domaine culturel, a fortiori dans l’étroit microcosme de la musique dite classique, les postes sont rares et les nominations ne découlent pas toujours – doux euphémisme ! – de la qualité des prétendants. Mais tout récemment je me suis réjoui de l’arrivée de Frédéric Morando à la direction de l’Orchestre de chambre de Paris, ou de celle de Jean-Baptiste Henriat à celle de l’Orchestre national de Lille. Ce sont de vrais « pros », mordus de musique. J’ai connu Frédéric en travaillant avec l’orchestre de Pau, notamment pour le spectacle que j’avais commandé à Isabelle Georges, Frederik Steenbrink, Jeff Cohen, Roland Romanelli et Fayçal Karoui pour le festival Radio France 2018.

Février 1995

Deuxième épisode de mes « carnets secrets« , je notais le 6 février 1995 :

« La semaine écoulée fut parisienne, mondaine et musicale. Tautologie !

Lundi le luxe absolu dans un écrin trop âpre. La Philharmonie de Vienne8ème de BrucknerHaitink, au TCE. J’avais le souvenir de Dohnanyi au Châtelet au printemps dernier, et d’un ennui profond, ce qui est le comble pour pareil chef-d’oeuvre, mais enfin on vit ce que certains savaient, que ce M. Dohnanyi est un piètre musicien. Tandis que Haitink ! Notre bonne critique musicale a longtemps accoutumé de le traiter par dessous la jambe. Eh bien on a vu, on a entendu. Un grand. Ce n’était pas un hasard si Pierre Boulez, rencontré à l’entrée, était venu voir son confrère, à peine plus jeune, diriger cette 8ème qu’il m’a dit vouloir enregistrer bientôt aussi avec Vienne. On se régale par avance.

Boulez d’ailleurs, c’était son tour le lendemain mardi. Bien sûr le Tout-Paris dans la salle, la chère et branlante Claude Pompidou. Sourires en tous sens, comment allez-vous ? Programme austère. Boulez s’amuse à déconcerter tous ces bons bourgeois qui lui mangent dans la main après l’avoir mis sur le saint siège de pape de la vie musicale française. Un splendide et acéré Chant du rossignol, ses Notations I-IV, extraordinaire feu d’artifice orchestral.

Mes voisins Dominique Fernandez et Ferrante Ferranti convaincus. Françoise Giroud, devant moi, bien vieille mais vaillante, applaudissant de coeur (son Journal d’une Parisienne la révèle mélomane),

En deuxième partie, l’opus 6 de Webern, somptueuse épure, et le 1er de BartokBarenboim très bien quoique pas très puissant, mais une systématique agaçante.

Escapade à Cannes le mercredi pour le MIDEM. Quelques belles minutes au soleil à Nice, le temps d’une balade près du marché aux fleurs. Le MIDEM est conforme à sa réputation, business, peu de show. Le soir concert d’hommage à Maurice André. J’enrage d’avoir donné à Hervé Corre l’idée d’inviter les meilleurs « vents » actuels et de constater ce qu’il en a fait. Un défilé de patronage, quelques notes de concertos, à peine le temps d’apprécier la chance d’avoir dans la même soirée Emmanuel PahudPaul MeyerJean-Louis Capezzali, Michel BecquetJustaffréAudin, etc.

Jeudi, l’éblouissante Natalie Dessay donne quelque intérêt à Lakmé à l’Opéra-Comique, spectacle kitsch en diable, mais elle est fabuleuse.

Anderson et Alagna dans Lucia dimanche dernier à Bastille n’étaient pas mal non plus. Donizetti est vraiment planplan, Serban a surpris mais sa mise en scène n’a rien d’idiot, au contraire !

Je redoute la soirée de mardi des Victoires de la musique classique au Palais des Congrès. Il a fallu batailler avec France 3 pour imposer à Claude Fléouter une soirée pas trop déshonorante. Avec Jacques Chancel cela devrait aller. Mais on risque un mauvais remake de tristes 7 d’Or. » (@Jean-Pierre Rousseau, 6 février 1995)

Je reprends tels quels mes écrits d’il y a trente et un ans, jamais publiés ni montrés à qui que ce soit. J’en ai retiré quelques phrases à caractère personnel, mais je dois assumer ce que j’ai dit à propos de certains – « Dohnanyi est un piètre musicien » Diantre ! –

L’été 23 (VI): Boulez à Salzbourg

Petite série estivale pendant que ce blog prend quelques distances avec l’actualité, quelques disques enregistrés en été, tirés de ma discothèque : épisode 6.

Je n’en ai jamais fini avec Pierre Boulez (1925-2016), notamment avec ses enregistrements « live » que je collectionne précieusement, tant ils révèlent une part de liberté, de sensualité qu’on ne soupçonne pas toujours chez un personnage a priori austère et rigoureux.

Dans le gros coffret que Deutsche Grammophon a publié à l’occasion du centenaire de la fondation du festival de Salzbourg – en 1920 – à l’initiative de Max Reinhardt et Hugo von Hofmannstahl (prononcer Hof-mann-s-tâl et non -chtal, se référer à un classique de ce blog : Comment prononcer les noms de musiciens ?)

il y a évidemment quantité de trésors, comme le concert que dirigeait, le 14 août 1997, Pierre Boulez à la tête du Gustav Mahler Jugendorchester, un orchestre de jeunes musiciens basé à Vienne, fondé par Claudio Abbado en 1986. Un programme « pur Boulez » avec une oeuvre de Bartok, que Boulez fut l’un des seuls à enregistrer et diriger souvent, les quatre Pièces op.12, les quatre Notations qu’il avait alors orchestrées et un Sacre du printemps sauvage et sensuel.

Ici Boulez parle de ses « Notations » et les dirige à Lucerne (où j’avais eu la chance de longuement le rencontrer avant un concert-fleuve, lire : Un certain Pierre Boulez)

Et Le Sacre du printemps !

La soirée qu’on lui devait

Comme pour toutes les soirées de ce genre, on pouvait s’attendre au pire… ou au meilleur. On ne pouvait faire mieux ni plus juste que cet hommage rendu à Pierre Boulez (1925-2016) hier soir à la Philharmonie de Paris. 

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Enormément de figures connues, compositeurs, musiciens, artistes, « institutionnels », mais aussi beaucoup d’anonymes qui, vu leur âge, découvraient la musique et l’homme. Pas de discours officiel, mais des images d’archives, réjouissantes, qui nous donnaient à voir l’homme joyeux, pétillant, d’une intelligence exceptionnellement vive (qui avait de quoi impressionner ses pairs), rien d’inédit (pour la plupart des documents présentés dans l’exposition que lui avait consacrée la Philharmonie). Des lectures de textes sobrement faites par Catherine Tasca, Laurent Bayle, Bruno Hamard (Orchestre de Paris), Frank Madlener (IRCAM), Hervé Boutry (Ensemble InterContemporain) et beaucoup de musique surtout.

Dans le hall d’entrée puis dans la salle Initiale (1987) pour 7 cuivres (Solistes de l’EIC), des extraits spectaculaires du Dialogue de l’ombre double (1985) avec les clarinettes virtuoses d’Alain Damiens et Jérôme Comte, puis les Improvisations I et II (1957) sur Mallarmé dans la voix de Yeree Suh insérée dans l’ensemble conduit par Mathias Pintscher. Venait ensuite cette extraordinaire pièce pour ensemble de violoncelles Messagesquisse (1977),  une commande de Rostropovitch pour les 70 ans  du mécène Paul Sacher :

Le violoncelliste Marc Coppey m’expliquait que son célèbre aîné, pourtant si ardent promoteur de la création (ils sont si nombreux ceux qui ont écrit pour et à la demande de Rostropovitch, Dutilleux, Chostakovitch, Prokofiev, Schnittke, etc. !), avait été plutôt embarrassé par la complexité de la pièce de Boulez et ne l’avait plus rejouée après sa création.

Bruno Mantovani dirigeait Dérives I (1984) pour six instruments, avec quelques excellents élèves de « son » Conservatoire voisin. Puis prenait place le très grand orchestre requis par l’oeuvre symphonique sans doute la plus célèbre de Boulez, d’abord les Notations I à IV (1980) puis Notation VII (1997-2004). Très logiquement, c’est à l’Orchestre de Paris que revenait l’honneur de clore cette soirée. C’est en effet la phalange parisienne qui fit la création des quatre premières Notations en juin 1980 sous la direction de son chef d’alors – et ami de toujours de Boulez – Daniel Barenboim. Je me rappelle comme si c’était hier du choc, de la fascination que j’avais éprouvés à l’écoute de France Musique qui diffusait le concert en direct – c’était ma première « rencontre » avec l’oeuvre de Boulez. Hier soir c’était Mathias Pintscher, aussi bon chef qu’inventif compositeur (aujourd’hui directeur musical de l’Ensemble InterContemporain), qui s’attelait à une partition d’une redoutable difficulté d’exécution et d’une tout aussi exceptionnelle séduction sonore. Paavo Järvi le relayait pour une Notation VII  contemplative, presque ravélienne, d’une magnifique transparence.

D’ailleurs toute cette soirée démontrait, et révélait au nouveau public, combien la musique de Pierre Boulez s’inscrit dans une tradition française de raffinement, d’évocation plus que d’affirmation, de richesse sonore, de sensualité.

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L’après-concert était l’occasion d’échanger avec nombre de figures amies, comme Pascal Dusapin à qui je rappelais que très exactement un an plus tôt, le 26 janvier 2015 (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/01/29/personnalites/) ici même, Renaud Capuçon avait créé, avec un succès considérable, son concerto pour violon Aufgang.

Ou de faire des projets avec Lionel Bringuier ou Paavo Järvi, qui a titillé ma curiosité de directeur de festival. Mais c’est une autre histoire… à suivre !

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( à l’arrière plan à gauche, Mathias Pintscher)