Notre Dame : orgues et organistes

Je l’ai promis hier : puisque France Télévisions a soigneusement évité de citer les oeuvres jouées durant les cérémonies et messes de réouverture de Notre Dame, et surtout d’ignorer les organistes qui ont « réveillé » le grand orgue, je vais tenter de combler ces lacunes (lire Demandez le programme !)

Pour ce faire, je vais emprunter sans vergogne à Renaud Machart la suite de « twitts » qu’il a publiés sur le réseau X.com, non sans avoir rappelé l’ouvrage de base qu’il a signé il y a quelques années avec l’organiste Vincent Warnier

« J’ai lu des propos assez peu informés sur les interventions des quatre organistes de #NotreDameDeParis, regrettant et moquant le style de leurs improvisations.

1. L’improvisation est la partie la plus essentielle de la liturgie. Ce n’est pas pour rien que nous sont parvenues des messes d’orgue et des hymnes qui alternaient avec le chant. Si Rameau n’avait pas tant improvisé à l’église, on aurait un livre d’orgue de lui probablement… Fantasme suprême.

2. Le style harmonique « moderne » pratiqué samedi soir, qu’on peut ne pas aimer, est absolument le même que celui de Pierre Cochereau (1924-1984) dans les mêmes lieux voici plus d’un demi-siècle.

3. De toute évidence le langage dissonant/consonant utilisé reflète la situation de la cathédrale #NotreDameDeParis, passée du chaos à la lumière. On fait cela depuis la nuit des temps

Les organistes n’ont bien sûr pas été nommés. On a de la chance : les commentateurs de France TV n’ont pas osé parler pendant la musique, d’ordinaire leur grande spécialité. Par ordre d’apparition :

1. Olivier Latry, nommé en 1985 au poste d’organiste titulaire du grand-orgue : Réveil sur accord final solaire de Sol M.

2. Vincent Dubois, nommé organiste titulaire du grand-orgue en 2016, a improvisé une Tierce en taille (qui rappelle la partie ancienne de l’orgue) à la manière de Grigny ou de Marchand.

3. Thierry Escaich, ancien organiste. titulaire de Saint-Étienne-du-Mont à Paris de 1996 à 2024 au côté de Vincent Warnier. Nommé le 24 avril Organiste titulaire du grand-orgue de #NotreDameDeParis. Reconnu comme un des plus grands improvisateurs du temps.

4. Thibault Fajoles, Organiste titulaire adjoint du grand-orgue et de l’orgue de chœur, nommé le 24 avril. Il n’a que 21 ans, est encore étudiant (élève de Latry et Eschaich). Mais très pro: il a improvisé un fond d’orgue dans le style ancien Grigny/Marchand des XVIIe et XVIIIe. siècles et il a eu le privilège d’improviser la sortie dans un style de Toccata festive très traditionnel, lui aussi. Yves Castagnet, en poste depuis 1988, demeure titulaire de l’orgue de chœur de la Cathédrale. » (Renaud Machart sur X.com)

Ceci étant dit et clairement dit, on peut comprendre la frustration, l’incompréhension de nombreux téléspectateurs qui ont été privés de pièces connues, comme celles que grava l’illustre Pierre Cochereau – ce fut mon tout premier disque d’orgue.

Pour ce qui est de mes amis Thierry Escaich et Olivier Latry, compagnons d’aventures musicales depuis de longues années, je renvoie aux articles que je leur ai déjà consacrés.

Je suis très attaché à ce disque, le premier consacré à des oeuvres symphoniques de Thierry Escaich (Diapason d’Or 2003) : l’orgue de la Salle Philharmonique de Liège n’était pas encore restauré, et la partie d’orgue du concerto a été ensuite enregistrée… à Notre Dame de Paris.

En 2005, nous avions consacré toute une semaine de fête au « réveil » de l’orgue Schyven de Liège et c’était bien entendu avec Thierry Escaich, qui quelques années plus tard tiendrait la partie d’orgue de la 3e symphonie de Saint-Saëns magnifiquement captée sous la direction de Jean-Jacques Kantorow

Quant à Olivier Latry, c’était l’un des invités de choix de « mon » dernier festival Radio France en juillet 2022. Personne ne se rappelait avoir vu une telle foule pour un récital d’orgue à Montpellier…

Pour en revenir à Notre Dame, il faut réécouter cette formidable improvisation d’Olivier Latry qui se mêle aux cloches de la cathédrale à l’issue de la première messe célébrée dimanche.

Inutile de comparer les talents d’improvisateur des titulaires de Notre Dame : mais Thierry Escaich est toujours surprenant quand il s’empare d’un thème connu et qu’il nous emmène en terre inconnue.

Notre-Dame : cherchez le programme !

Le 15 avril 2019 je racontais ici Ma Notre-Dame, l’épreuve, l’horreur, les souvenirs d’une cathédrale en flammes.

Ce week-end je ne pouvais pas, je ne voulais pas manquer sa réouverture. Au terme de ces festivités, le bilan est mitigé pour user d’un euphémisme.

Félicitations

Commençons par les félicitations. Je suis un lève-tôt et un fidèle de Télématin sur France 2 depuis des années. Des présentateurs, des chroniqueurs, compétents, sympathiques, parfaitement intégrés à une formule qui a fait ses preuves, et surtout, surtout, grâce sans doute à la brièveté des journaux qui rythment l’émission toutes les demi-heures, quasiment pas de ces micro-trottoirs ridicules qui ont envahi les JT de 13h ou 20 h (je n’ai pas compté le nombre de fois où le mot « émotion » a été prononcé ce week-end !).

Samedi et dimanche les équipes de Télématin étaient devant Notre-Dame, avec des invités, des reportages, des « sujets » tous remarquables sans exception. Factuels, informatifs (qui savait ce qu’était un taillandier ? l’origine du nom du personnage de Victor Hugo Quasimodo ? même moi qui fus enfant un pratiquant assidu, je ne me rappelais plus qu’il s’agissait du dimanche qui suit Pâques). Bref un modèle de « matinale » informative et divertissante.

Ratage international

On ne doute pas que la diffusion des différentes cérémonies et messes du week-end a représenté pour France Télévisions un effort sans précédent. C’était une occasion exceptionnelle de montrer au monde le savoir-faire du service public.

Occasion ratée malheureusement. Tout le monde se souvient des grandes cérémonies qui rythment la monarchie britannique, pour ne prendre que les plus récentes les obsèques de la reine Elisabeth ou le couronnement de Charles III : la musique y tient une place considérable (voir La Playlist de Charles III). A tout moment, pour qui suit la cérémonie à la télévision, la BBC donne de l’information sur ce qui se passe, met les titres des morceaux joués, donne le nom des interprètes. Là RIEN, pas la moindre indication, tant pendant la cérémonie de réouverture que pendant les messes de dimanche, RIEN. Même quand retentit l’Alleluia du Messie de Haendel par le choeur et la maîtrise de Notre Dame, RIEN !

J’exagère ? Il n’est que de regarder la cérémonie inaugurale sur une chaîne comme NBC…

Ce n’est pas comme si ces cérémonies avaient été décidées au dernier moment, comme si leur déroulé avait été ignoré des équipes de télévision.

Certes il ne manquait pas de commentateurs pour citer les personnalités politiques, ou ressasser à l’envi l’histoire de cette résurrection. Il y avait naguère un excellent journaliste, très versé dans la chose liturgique, Philippe Harrouard, personne pour le remplacer ?

L’orgue de Notre-Dame était heureusement à la fête ! Oui mais qui a parlé des quatre organistes qui se sont succédé à la tribune ? on n’a aperçu que leur crâne. Jamais un mot sur ce qu’ils faisaient, jouaient, créaient. Les téléspectateurs ont pu être désarçonnés de n’entendre aucune pièce d’orgue connue, et on a vu nombre de commentaires désobligeants.. et compréhensibles puisque personne n’a eu droit à la moindre explication…

Franchement lamentable !

Le concert inutile

Je préfère ne pas savoir qui a fait le programme du « grand concert », ni qui en a choisi les interprètes… mais je n’ai malheureusement pas été surpris.

Je connais les équipes de production et de réalisation de ce genre d’événements – ce sont les mêmes qui font le concert du 14 juillet sous la Tour Eiffel

Le 14 juillet 2014 : seule la Maire de Paris Anne Hidalgo est encore en fonctions ! De gauche à droite : Anne Hidalgo, Bruno Julliard, François Hollande, JPR, Manuel Valls (Photo Présidence de la République)

Il se trouve que Radio France est très engagée dans ce type de concerts : moyens techniques, forces musicales. Mais tout récemment nommé directeur de la Musique j’avais découvert, il y a dix ans, que nous n’avions pas eu notre mot à dire sur le programme, le choix des interprètes, accessoirement le montant des cachets versés aux artistes… Sans parler de certaines pratiques dénoncées un an plus tôt par le Canard enchaîné.

Pour la préparation du concert du 14 juillet 2015 je comptais bien remettre les choses en ordre, et reprendre la main sur la conception, la programmation et l’organisation d’une soirée qui serait dirigée par Daniele Gatti, avec l’Orchestre national de France, le choeur et la maîtrise de Radio France. C’est ce qui fut fait : je me rappelle une réunion que j’avais provoquée, avec son plein accord, dans le bureau même du chef d’orchestre à Radio France, en présence de toutes les parties prenantes, notamment de France Télévisions. On évita le défilé de stars lyriques, on chercha et on trouva des oeuvres en rapport avec la circonstance : je crois – mais je n’en suis plus sûr – que Gatti retint l’idée de diriger l’ouverture 1812 de Tchaikovski avec choeur. Autour de la table, sans vouloir vexer personne, je pense qu’à part le chef et moi, personne ne savait que Tchaikovski cite la Marseillaise et pourquoi il le fait.

Mais je n’étais plus en fonction pour assister à ce concert ni aux suivants.

L’obsession des organisateurs de ce type de concerts, comme celui de Notre-Dame, est de ne surtout pas dépasser les 5 minutes (8 étant le très grand maximum) par séquence. Il paraît qu’on peut perdre ou lasser le spectateur… Ce qui est tout de même extraordinaire c’est que jamais on ne se permettrait de telles exigences avec des chanteurs de variétés (même si le format habituel d’une chanson est de l’ordre des 3 minutes), mais pour le classique tout est bon, y compris caviarder ou « arranger » un morceau pour que ça tienne… (l’autre soir, il ne suffisait pas que Lang Lang massacre le 2e concerto de Saint-Saëns, mais on avait coupé dans le finale !).

Réaction d’un vieux ronchon que la mienne ? Assurément non, parce que je revendique d’avoir fait ce beau métier d’organisateur et de programmateur durant près de quarante ans, sans jamais me moquer ni des artistes ni du public, au contraire. Relire en tant que de besoin tous les articles que j’y ai consacrés sur ce blog (comme Le grand public).

Le dernier événement que j’ai contribué à organiser était la finale du Concours Eurovision des jeunes musiciens en 2022 à Montpellier. De nouveau débat avec la production – la même que celle qui assume les Victoires de la Musique et autres rares émissions classiques à la télévision – sur la longueur des extraits et le choix de ceux-ci. Je ne dirai rien sur le résultat final, la « mise en scène » d’un spectacle calqué une soirée de variétés, mais je peux dire que les jeunes finalistes ont tous été respectés et que nous avons choisi avec eux les oeuvres qu’ils allaient jouer, sans coupure ni caviardage. Quasiment pas de supposés « tubes » grand public, mais des musiciens et des compositeurs que beaucoup ont dû découvrir ce soir-là. Je me rappelle la réaction des équipes présentes quand, déjà en répétition puis au concert, ils entendirent le vainqueur de ce concours – Daniel Matejca – jouer la cadence et le finale du 1er concerto de Chostakovitch

Comme l’orgue et les organistes ont été les grands oubliés de ce week-end, même si on les a heureusement beaucoup entendus, je leur consacrerai tout un billet demain.

Indépendance

Le 6 décembre c’est autre chose qu’un jour à jamais triste pour moi (Il y a 52 ans) ou la Saint-Nicolas fêtée dans tous les pays germaniques et nordiques (lire Saint-Nicolas en musique), c’est aussi Itsenäisyyspäivä, la fête de l’Indépendance, la fête nationale de la Finlande.

(Mon dernier voyage en Finlande en novembre 2018 – ici à Tampere – pour préparer l’édition 2019 du festival Radio France)

Le 6 décembre 1917, la Finlande conquérait enfin son indépendance après des siècles de tutelle tour à tour suédoise ou russe.

Seiji Ozawa avait enregistré tout un disque d’hymnes nationaux, dont celui de la FInlande

Mais bien avant la proclamation officielle de son indépendance, la Finlande avait trouvé son héraut, à l’occasion de la célébration de la Presse en 1899 : Sibelius compose une musique en plusieurs tableaux, dont le dernier L’Eveil de la Finlande débouchera bientôt sur ce qui est depuis considéré comme le véritable hymne national des Finnois, Finlandia. Lire toute la genèse de l’oeuvre ici : Finlandia.

La version orchestrale est la plus fréquemment donnée : ici dans la version par laquelle, adolescent, j’ai tout à la fois découvert l’oeuvre et le concerto pour violon de Sibelius (lire Sibelius m’était conté)

Mais la version avec choeur est plus impressionnante et plus… patriotique ! Hommage ici au chef finnois récemment disparu, Leif Segerstam (1944-2024)

Suivez le chef

Débuts parisiens

Devais-je y aller en tant qu’ami ou comme critique ? J’ai hésité un moment avant d’accepter de « couvrir »‘ pour Bachtrack le Rigoletto donné à l’Opéra Bastille ce dimanche. C’était une première pour le chef vénézuélien Domingo Hindoyan. Une première parfaitement réussie pour lui, même si la mise en scène et certains chanteurs laissent à désirer (Bachtrack: « la direction musicale et le rôle-titre sont autant d’atouts qui magnifient le chef-d’oeuvre de Verdi« )

Il y a une bonne quinzaine d’années que je connais l’actuel chef de l’orchestre de Liverpool, que je l’avais invité à plusieurs reprises (à l’instigation d’un impresario – Pedro Kranz – aujourd’hui disparu en qui j’avais grande confiance) à diriger l’Orchestre philharmonique royal de Liège (lire Hindoyan dirige à Liège). Pour ma première édition en 2015 comme directeur du Festival Radio France à Montpellier, c’est tout de suite à lui que j’avais pensé pour le concert d’ouverture avec un programme particulièrement festif avec l’orchestre de Montpellier. Les musiciens comme le public se rappellent encore un fameux Boléro !

Et puis il y eut en 2016 Iris de Mascagni, en 2017 Siberia de Giordano, avec Sonya Yoncheva, et en 2021 une glorieuse soirée de clôture avec ce couple aussi heureux sur la scène que dans la vie.

Ecoutez ce que disait Christian Merlin, mon cher confère du Figaro, à propos du travail du chef et de la chanteuse, alors qu’on prévoyait de donner avec eux, en juillet 2020, Fedora de Giordano. Projet évidemment abandonné pour cause de pandémie…

Ici à Bordeaux, après une superbe représentation du Démon de Rubinstein dirigée par un autre ami cher, Paul Daniel (à droite) et avant un concert que devait diriger Domingo Hindoyan (à gauche) en janvier 2020.

Soirée de clôture du festival Radio France 2021 : la fête retrouvée après la longue parenthèse de la pandémie, avec Sonya Yoncheva et Domingo Hindoyan.

Oui ou non

Je me pose toujours la question de la pertinence pour un chef d’orchestre d’aller au bout de ses limites. Pour un Bernard Haitink qui, à 90 ans, un an avant sa mort, a mis fin à sa carrière, après quelques concerts où il n’était déjà plus que l’ombre de ce qu’il avait été, on a le contre-exemple éloquent de Charles Dutoit, 88 ans depuis le 7 octobre, qui ne ralentit ni ses voyages (on se demande quels pays il lui reste à visiter dans le monde !), ni ses concerts. Dans le nouveau numéro de Classica, Olivier Bellamy livre une interview-fleuve, qui aurait mérité un meilleur découpage et un vrai travail de décryptage d’un entretien où tout se mêle et s’emmêle parfois : Charles Dutoit est bavard et il a tant à dire d’une vie foisonnante. A lire tout de même !

En revanche, quel intérêt y a-t-il pour le public, ses admirateurs, et le grand musicien qu’il a été, de documenter l’inexorable décrépitude de Daniel Barenboim ? Je trouve presque indécent d’assister à cette déchéance. La critique n’ose pas écrire ce qui pourtant saute aux oreilles des derniers disques de Barenboim chef : qu’on ne devrait même pas les publier. Dernier triste exemple en date : la Symphonie de Franck avec l’orchestre philharmonique de Berlin ! Emouvant diront certains, infiniment triste diront tous les autres…

Barenboim avait gravé il y a presque cinquante ans une magnifique version de la dite symphonie avec l’Orchestre de Paris au tout début de son mandat. En rester à ce souvenir lumineux !

Le Suisse de Paris

En avril dernier, l’Orchestre symphonique de Cincinnati annonçait le nom du successeur de Louis Langrée à sa direction musicale, Cristian Măcelaru et j’écrivais : Pas d’information pour l’heure du côté du National… puisque le chef roumain est l’actuel titulaire de l’Orchestre national de France.

Aujourd’hui l’information que j’espérais, est tombée : Philippe Jordan prendra les rênes du National à partir de 2027.

Le 9 avril 2002, à la veille du 1er tour de l’élection présidentielle, l’encore ministre de la Culture, Roselyne Bachelot remettait les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur à Philippe Jordan.

J’ai été bien placé pour savoir que tant qu’une nomination n’est pas confirmée et reconfirmée, elle n’est pas faite, même si, cette fois-ici, rien ne semble avoir entravé un processus dont le chef lui-même situe la source au 6 octobre 2022. Tristan Labouret dans Bachtrack l’avait écrit au terme du premier concert que le chef suisse avait dirigé à Radio France : « qu’on revoie bien vite le maestro à la tête d’une phalange parisienne… non plus pour un seul concert mais bien pour un mandat ! »

Philippe Jordan m’avait confié son impatience et sa joie de diriger l’ONF. Le sourire et le clignement d’yeux qui avaient répondu à ma question : « Alors tu reviens à Paris ? » avaient été éloquents.

Moi-même j’écrivais (Le monde d’hier) : Le chef obtient un triomphe, et l’on voit tant dans les yeux des musiciens que du public ou des personnalités présentes autour de Sibyle Veil, la PDG de Radio France, le souhait manifeste que cette « première » ne soit pas une dernière.

Il dirige de nouveau ce jeudi soir l’Orchestre national de France, je me réjouissais d’y être, jusqu’à ce que la neige à Paris me prive d’être rentré à temps de Montpellier (où il ne neige pas !).

Le vrai Fauré (suite)

Nous y voilà : Gabriel Fauré, né le 12 mai 1845 est mort il y a cent ans exactement, le 4 novembre 1924. En juin dernier j’avais déjà consacré un article au compositeur ariégeois (Le vrai Fauré) en citant quelques disques qui comptent pour moi. Entre-temps sont parues plusieurs nouveautés (au piano) et rééditions, qui ont suscité des critiques très partagées, par exemple sur les disques de Théo Fouchenneret et Aline Piboule

Je connais l’une et l’autre (Ils ont fait Montpellier : En blanc et noir), mais comme je n’ai pas écouté leurs disques, je me garderai bien d’en parler. Je peux seulement les féliciter d’apporter leur pierre à un édifice discographique qui n’a guère évolué depuis une trentaine d’années pour ce qui est du piano seul (relire Le vrai Fauré).

C’est vrai de l’ensemble de l’oeuvre de Fauré, comme en témoigne le coffret récapitulatif que publie Warner/Erato.

Le plus étonnant – à moins que ce ne soit un choix ? – est qu’il ne s’y trouve aucun des enregistrements d’une intégrale de la musique de chambre réalisée, un peu à la va-vite, pour le même éditeur il y a quatorze ans, intégrale aujourd’hui indisponible (à l’exception du Quatuor Ebène)

Une adresse à l’éditeur : en dehors d’un index des oeuvres en anglais, le livret ne donne aucune indication sur le contenu des 26 CD ni sur les interprètes !

Seul apport à une discographie déjà multi-rééditée, la tragédie lyrique Prométhée dénichée dans les archives de l’INA, un « live » réalisé le 19 mai 1961 à l’Orangerie du parc de Sceaux par Louis de Froment dirigeant l’Orchestre national et le choeur de la RTF avec une distribution grand format : Berthe Monmart, Jeannine Collard, Janine Micheau, Emile Belcourt, André Vessières et Jean Mollien. Plus une palanquée d’archives. Et des versions connues et reconnues qui n’ont rien perdu de leur superbe !

Mon Fauré

En plus des versions que j’ai déjà signalées (Le vrai Fauré) j’aimerais signaler quelques-uns des disques auxquels je reviens régulièrement

Ai-je besoin de rappeler l’admiration que j’éprouve pour ces deux amis de longue date, Tedi Papavrami et Nelson Goerner ?

Mention aussi de Giulio Biddau, un jeune pianiste sarde, dont j’avais découvert le disque il y a quelques années :

On ne sera pas surpris de trouver ici le nom de Felicity Lott, dont il faut thésauriser les disques, très épars, de mélodie française

Même admiration pour ma très chère Sophie Karthäuser et son merveilleux partenaire Cédric Tiberghien.

Dommage que le coffret Erato/Warner ne reprénne aucun des enregistrements d’Armin Jordan, comme un merveilleux Requiem

Version 1.0.0

Les audaces de Marianne

J’assistais vendredi soir à la première parisienne du dernier ouvrage lyrique de George Benjamin et Martin Crimp – Picture a Day like this -, à l’Opéra-Comique, un an après sa création au festival d’Aix-en-Provence.

J’en ai rendu compte pour Bachtrack : Marianne Crebassa bouleverse l’Opéra-Comique dans Picture a Day like this.

Discrètement assise à la corbeille de l’Opéra Comique, une spectatrice attentive – ma chère Felicity Lott (Voisine)

Comme je l’écris dans mon article, deux souvenirs m’ont envahi : celui de la création, à laquelle j’avais assisté, en 2012, de Written on Skin à Aix-en-Provence, qui m’avait durablement bouleversé

et, plus récemment, le 21 juillet 2022 à Montpellier, la formidable interprétation des Sea Pictures d’Elgar que Marianne Crebassa chantait pour la première fois.

J’ai d’autant plus de raisons de me rappeler cette soirée, que ce fut la dernière où je vis et entendis notre si regrettée Jodie Devos (lire Jodie dans les étoiles) chanter, malgré quelques péripéties, dans la Première symphonie de Vaughan Williams.

Ce soir-là, Marianne Crebassa nous avait tous convaincus que ce répertoire britannique peut être chanté par d’autres que par les Britanniques. J’ignorais alors qu’elle serait choisie pour créer le quatrième ouvrage lyrique de George Benjamin en juillet 2023 !

J’ai eu la chance de pouvoir inviter Marianne, née à Béziers, restée si attachée à sa région natale, plusieurs fois durant mon mandat de directeur du Festival Radio France de Montpellier.

En 2015, elle « ressuscitait » Fantasio d’Offenbach sous la houlette de Friedemann Layer (1941-2019), en 2018 elle s’associait à Fazil Say pour un récital magnifique, la pandémie et les restrictions sanitaires avaient reporté à 2022 des projets déjà envisagés pour 2020 puis 2021.

J’admire profondément d’abord la personne Marianne Crebassa, qu’on ne peut dissocier de l’artiste hors norme qu’elle est devenue. Elle aurait pu se laisser entraîner sur la voie toute tracée de la « jeune mezzo-soprano française qui monte », de festival en festival, de rôle en rôle dé plus en plus lourd. Il faut réécouter ce qu’elle déclarait au micro de France Musique le 23 octobre dernier. On ne lui souhaite pas une belle carrière, mais une vie de femme, de mère et d’artiste réussie dans toute sa plénitude. :

Musiques de l’intime

Les chambres d’Annie Dutoit

J’ai plusieurs fois cité ici les bonnes affaires que je fais sur le site allemand jpc.de. L’une des dernières en date est ce DVD :

La fille de Martha Argerich et Charles Dutoit, Annie Dutoit, a conçu ces deux documentaires comme des concerts privés, au domicile de Daniel Barenboïm à Berlin, chez sa mère Martha Argerich à Genève. Quelle belle manière d’entrer au coeur de la musique, dans l’intimité des artistes. On aime quand ces immenses musiciens sont ainsi filmés, interviewés, aimés…

44 ans les séparent

C’est l’un des plus grands pianistes russes, c’est parfois un chef inspiré, c’est un immense musicien en tout cas, Mikhail Pletnev (67 ans), qui s’est associé à un violoniste miraculeux de 23 ans, Daniel Lozakovich que, concert après concert (notamment depuis mon invitation à Montpellier en 2019) je ne cesse d’admirer

Daniel Lozakovich, 18 ans, en juillet 2019 aux côtés de Neeme Järvi (assis), Kristjan Järvi et Mari Samuelsen

Cette nouveauté, ce duo, ce dialogue entre le vieux maître et le jeune artiste, sont tout simplement admirables.

Lekeu éternel

Le numéro d’octobre de Classica propose une écoute comparée de la sonate pour violon et piano de Guillaume Lekeu (1870-1894). C’est une excellente idée pour ce qui est un chef-d’oeuvre de la musique de chambre.

Je ne suis pas surpris que le résultat de cette écoute à l’aveugle mette l’inaltérable version de Christian Ferras et Pierre Barbizet en tête de liste.

Vous les femmes…

Prendre pour titre de ce billet l’une des chansons les plus ringardes du chanteur le plus ringard du siècle passé* m’expose à des critiques et des quolibets que le contenu de cet article, je l’espère, ne justifiera pas.

L’anniversaire de Françoise P.

75 ans de mariage, ce sont des noces d’albâtre. 75 ans de vie de musique et de talent, c’est l’anniversaire que vient de fêter, sans aucunement s’en cacher, la cantatrice française Françoise Pollet. Qu’attendent les éditeurs de disques qui l’ont enregistrée au sommet de sa gloire pour rééditer ces trésors et lui rendre l’hommage qui lui est dû?

Tiens, puisque j’évoque l’albâtre, écoutez ce Spectre de la rose, la deuxième des Nuits d’été de Berlioz,

Je n’oublie évidemment pas ce grand moment du Festival Radio France 2021 : la Masterclass impériale de Françoise Pollet, si riche d’humanité, d’humour et d’expérience.

Une déclaration à Marthe K.

Je crois que j’ai toujours été secrètement amoureux de Marthe Keller, j’ai aimé tous ses films

(avec une tendresse particulière pour Fedora de Billy Wilder)

Je ne me rappelle pas l’avoir vue sur scène, mais je l’ai très souvent aperçue au concert assise dans le public. Et je n’ai jamais osé lui avouer mon admiration (qu’en aurait-elle eu à faire ?).

Je l’aime plus encore maintenant que j’ai lu ce qui ressemble à des mémoires, mais qui sont plutôt une suite d’instantanés, très bien écrits – pas de « gras », pas de circonvolutions, à la pointe sèche -. Les souvenirs de stars sont rarement passionnants, la vie de Marthe Keller est, au contraire, fascinante. Et son amour, sa connaissance de la musique et des musiciens – son travail avec Ozawa par exemple, ses mises en scène d’opéra, ses créations – ne font renforcer mon admiration. Et puis ce délicieux accent suisse allemand qui me la rend si proche…

Les sons d’Elsa

Jusqu’à jeudi dernier, je ne savais pas grand chose ni de la personnalité ni de la musique d’Elsa Barraine (1920-1999). Il a fallu que l’Orchestre national de France et son chef Cristian Măcelaru décident d’inscrire à leur programme de rentrée la 2e symphonie de la compositrice française pour que je découvre une auteure vraiment originale. Lire ma critique sur Bachtrack : L’ouverture de saison contrastée du National à Radio France

Comme me le confiait le chef à l’issue du concert, un disque d’oeuvres symphoniques d’Elsa Barraine vient d’être enregistré par l’Orchestre national, avec notamment Le fleuve rouge, un poème symphonique de 1945. Cristian Măcelaru s’amusait du caractère très « communiste » de ce nouvel enregistrement, qu’on attend avec d’autant plus d’impatience que la discographie de la compositrice est pour le moins étique.

En bis, jeudi soir, l’Orchestre national et son chef offraient un extrait du ballet Callirhoé de Cécile Chaminade.

Tout au long de la saison, le chef et l’orchestre proposeront ainsi des « bis » de compositrices, reprenant ainsi la formidable idée du Palazetto Bru Zane qui nous avait fait le cadeau d’un coffret de 8 CD d’inédits au printemps 2023.

*Julio Iglesias

Tables d’ailleurs et d’ici

J’ai souvent remarqué que les grands musiciens, les chefs d’orchestre en particulier, étaient de fins gourmets. Entre « chefs » on se reconnaît semble-t-il !

Parti loin de France pendant près de trois semaines (Kirghizistan, Ouzbékistan), j’avais hâte de retrouver la diversité – unique au monde – des cuisines françaises.

Tables kirghiz et ouzbek

Pour ceux de mes lecteurs qui s’aventureraient en Asie centrale, je veux tout de même signaler quelques adresses qui sortent un peu de l’ordinaire des plats traditionnels ou qui les subliment. De manière générale, on évite les adresses conseillées par les agences/guides touristiques sur place. A Bichkek, on n’a rien trouvé de transcendant, même si le restaurant du Novotel s’en sort plutôt bien à des prix toujours raisonnables. A Tachkent, le restaurant italien de l’hôtel Hyatt sert du raffiné, mais pousse vraiment trop sur les prix. On trouvera tout aussi bon, et même plus original, et beaucoup moins cher dans un charmant établissement, très couru des locaux, le Syrovarnya.

Dans l’antique cité de Khiva, on recommande sans hésiter… ce que les guides recommandent : le restaurant Terrassa, vue imprenable sur la place centrale, service, accueil et prix tout doux pour une cuisine locale savoureuse.

A Boukhara, on évite absolument le restaurant Old Bukhara, très quelconque à tous points de vue, malgré une situation enviable au centre de la vieille ville. En revanche, la très belle découverte – le lieu magique comme l’assiette – c’est l’Ayvan Restaurant, dans une rue un peu à l’écart de la place centrale. Exceptionnel !

A la différence de Khiva ou Boukhara, où le visiteur peut se promener dans un périmètre central, trouver boutiques, cafés, restaurants facilement, Samarcande est une ville très étendue, répartie en quartiers qui ont chacun leurs spécificités. Inutile de chercher petites échoppes et cafés sympa autour des grands monuments comme le Reghistan : comme c’était le seul convenable à proximité à pied de notre hôtel, on a cédé deux fois aux charmes d’un tout nouvel établissement, Emirhan – réservation conseillée pour dîner en terrasse avec vue sur l’arrière du Reghistan ! Sans être exceptionnelle, une cuisine très honnête et diversifiée, service diligent et addition raisonnable.

On a été plus réservé sur un autre restaurant « historique » du quartier russe, Platan.

Nemausus

Il y a malheureusement plusieurs mois que j’ai dû renoncer à une petite tradition qui consistait à aller déjeuner avec ma mère une à deux fois par an dans un restaurant de Nîmes. Le Skab, 7 rue de la République, ne nous a jamais déçus.

La brasserie de l’hôtel Imperator (L’Impé !) nous avait plutôt séduits, dans le cadre redessiné d’un établissement mythique de Nîmes. Manifestement je ne suis pas le seul à avoir déchanté quant à la qualité du service et même de la cuisine.

Sur la toute proche place d’Assas (à deux pas de la Maison carrée), il y a le meilleur et l’arnaque. Pour un rapide déjeuner avec une de mes soeurs, la Table d’Assas nous semblait idoine. Alors qu’à Samarcande j’avais dégusté une excellente et authentique salade César, je croyais trouver ici au moins aussi bon, dans la ville romaine jadis contrôlée par l’empereur Auguste ! Mal m’en a pris. Et la réponse du restaurateur à mon avis sur TripAdvisor vaut son pesant de sesterces : Braves gens qui pensez naïvement manger du « fait maison » dans un restaurant qui affiche fièrement son 5e rang au classement du site…. détrompez-vous, c’est le patron qui l’écrit :

Mon avis : « On n’avait pas encore repéré ce restaurant à Nîmes, on s’est dit qu’on avait peut-être manqué quelque chose à lire les avis très flatteurs qui précèdent. On aurait aimé manger du « fait maison », au lieu de quoi dans une salade césar qui n’en avait que l’apparence, à part de la laitue fraîche, tout le reste était signé Métro (ou similaire), des croûtons sortis d’un sachet, le poulet en nuggets façon McDo, bref rien à voir avec une vraie salade César. Dessert idem. Et des prix déraisonnables. On ne renouvellera pas l’expérience« 

La réponse intégrale non corrigée du « directeur général » :

« Bonjour Monsieur 
À quel moment, avez vous lu sur notre carte Salade Caesar Faite Maison ???
Quel Restaurateur fait ses Caesar 100% maison avec des chickens croustillants préparés minute ?
Soyons sérieux !!!!!
La réalité n’est pas ce que vous voyez dans Top Chef 
ou les candidats ont 1 heure pour préparer un plat qu’ils enverront en plus froid, Imaginez nos restaurants avec 200 couverts/ jour travailler à ce rythme !!!
Il y a en France d’excellents Artisans, faisant du travail d’une extrême qualité, Pour nos chickens par exemple
nous Sélectionnons de la volaille française, et ceux-ci sont élaborés avec des filets de poulet entier et non reconstituer avec une panure aux céréales.

Idem pour les croûtons, issus d’une société, et ayant presque I siècle d’existence et dont la réputation n’est plus à faire.
alors, pour continuer dans le délire de l’imaginaire de ceux qui se permettent de juger, sans avoir notion de la quantité de travail, de la faisabilité, et du coup que cela représenterait à la carte pour nos clients, il est important de comprendre que nous faisons une majeure partie de nos préparations maison, mais que lorsque sur des tâches chronovores sur lesquelles des artisans font un superbe travail nous n’avons aucun souci de collaboration en toute transparence pour nos clients puisque nous n’affichons pas de faux Label Fait Maison ou Maître Restaurateur comme tant d’autres.
Quant à nos prix, ils sont affichés et apparemment ne dérangent nullement nos 200 clients quotidiens.
Cordialement 
Ingrid S 
La Table d’Assas

Au moins c’est clair…

En revanche, le lendemain avant un concert dans les Jardins de la fontaine, j’avais réservé juste en face, sur la même place : Livia a Tavola. Pour une fois je souscris pleinement au classement de TripAdvisor qui place ce nouveau restaurant italien en premier. Très conseillé évidemment.

Vers et revenant de Nîmes

Pour ce déplacement de quelques jours j’avais opté pour la voiture, et décidé de prendre mon temps sur un parcours Paris-Montpellier-Nîmes, si souvent fait à toute allure, par l’autoroute. A chaque fois que je fais halte à l’écart de ces grands axes, je m’émerveille de trouver partout de petits hôtels charmants, des restaurants simples et délicieux, de plus en plus souvent tenus par des jeunes couples. Inventaire de mes découvertes de la semaine passée .

A Salbris (Loiret), à quelques kilomètres de La Motte Beuvron, patrie des Soeurs Tatin,

la vie de château s’offre au voyageur pour moins de 100 € la nuit et un menu gastronomique à moins de 50 €. C’est le Domaine de Valaudran.

Pour effacer un souvenir très ancien et très pluvieux, je me suis arrêté à l’heure de midi au Puy en Velay. Au pied de la cathédrale, Les Flâneurs sont la très bonne surprise du chef-lieu de la Haute-Loire.

Sur la route du retour, c’est en Lozère à Florac, annoncé comme « village-étape », qu’on a trouvé de nouveau une adresse qu’on regretterait presque d’avoir visitée si brièvement : Le restaurant Adonis de l’hôtel-logis de France des Gorges du Tarn. Une équipe jeune, extrêmement accueillante et attentive, avec l’apéritif une tapenade aux figues fraîches à tomber (j’en aurais bien emporté quelques flacons s’ils avaient existé !), une crème froide de courgettes délicieuse et un filet de dorade accompagné de préparations inouïes de légumes.