La vie des chefs

Pour en avoir côtoyé, engagé un grand nombre, je me pose toujours, à propos des chefs d’orchestre, une question à laquelle j’ai rarement eu une réponse convaincante : pourquoi devient-on chef d’orchestre ? Qu’est-ce qui pousse un musicien à le devenir, sachant que tel Saint-Sébastien il sera plus souvent criblé de flèches que de compliments par ceux qu’il tiendra sous sa baguette ?

Question d’autant plus actuelle à l’heure des réseaux sociaux, des investigations orientées, des procès médiatiques. L’article que je publiais il y a tout juste un an, à propos de ce qu’on a appelé l’affaire Roth (Confidences et confidentialité), n’a rien perdu de son actualité. Notons qu’aucune instance judiciaire, aucune plainte, aucune enquête n’ont été engagées depuis les « révélations » concernant le chef français, mais le résultat est le même : F.X. Roth a été banni de toutes les formations qu’il avait l’habitude de diriger, y compris celle qu’il a fondée, Les Siècles !

Enquêtes ?

France Musique et la presse musicale se font l’écho d’une vaste enquête menée par un media néerlandais sur le comportement du chef d’orchestre Jaap van Zweden, sur lequel, bien avant d’apprendre sa nomination comme directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Radio France, je m’étais exprimé sans fard (lire Bâtons migrateurs) : Jaap Van Zweden accusé de faire régner un climat de peur

J’avais écrit pour Bachtrack les réserves que m’avait inspirées une exécution pour le moins sommaire de la IXe symphonie de Beethoven au tout début de cette année.

J’entends déjà dire, à mots à peine couverts, qu’on va regretter Mikko Franck au Philhar’…

Sur une autre nomination – Chung à la Scala – j’ai dit ce que je peux en dire (lire brèves de blog). Je doute qu’on enquête un jour sérieusement sur ses comportements passés en France – il y a prescription, mais certains n’ont pas la mémoire courte ! Aurait-on oublié ce qui s’est passé en Corée il y a dix ans ? (Le maestro Chung en difficulté en Corée).Mais il faut absolument lire l’article très complet et très informé du Blog du Wanderer : Scala, Le nouveau directeur musical n’est pas celui qu’on attendait.

Daniele Gatti vient d’ailleurs d’annoncer qu’il annule tous ses futurs engagements à la Scala de Milan !

Mais il y a heureusement des nouvelles beaucoup plus réjouissantes dans l’actualité.

Daniel Harding vient de quitter la direction musicale de l’Orchestre symphonique de la radio suédoise, qu’il occupait depuis dix-huit ans.

L’orchestre lui a fait une belle ovation à sa manière :

Pierre Dumoussaud, plusieurs fois invité à Montpellier, est le futur chef de l’Opéra de Rouen. il en est heureux, et nous plus encore !

Il dirigeait le concert final du Concours Eurovision des jeunes musiciens en 2022 :

Enfin ma découverte d’avant-hier au Châtelet, la jeune cheffe coréenne Sora Elisabeth Lee, qui se tire avec tous les honneurs d’un spectacle inégal. Lire ma critique sur Bachtrack : Purges et élixirs du docteur Bizet (et ma brève de blog)

Comment naît-on à la musique ?

Sur ce blog j’ai consacré toute une série d’articles à ma/mes découverte(s) de la musique (La découverte de la musique de I à XVI), aux concerts, aux rencontres, aux disques qui m’ont fait aimer la musique et les musiciens.

Mais la vraie question, qu’on me pose d’ailleurs fréquemment – à moi qui serais devenu (sourire) quelqu’un d’important dans la musique classique (re-sourire !) – est : comment suis-je venu à la musique ? comment et pourquoi ma mémoire a-t-elle emmagasiné autant de sons, autant de notes ?

Naissance à la musique

Dans un article consacré aux chefs d’orchestre (Pères et fils) mais que j’aurais pu étendre aux musiciens en général, je relevais une évidence : quand on naît dans une famille de musiciens, on a mécaniquement plus de chances de développer une appétence pour la musique. Dans la chanson, la musique classique, plus rarement à l’opéra, on connaît des générations de musiciens. Mais il y a quantité de contre-exemples, où le milieu social ou familial n’a eu aucune influence sur le développement du goût voire de la pratique de la musique. On se rappelle cette séquence de l’émission « La France a un incroyable talent » où un adolescent de 15 ans, hébergé dans un foyer, avait surpris et ému tout le jury en répondant d’abord que ses idoles étaient Liszt et Beethoven et en jouant le finale de la sonate « au clair de lune » de Beethoven : Rayane Hechmi.

Je ne sais pas si ce garçon qui s’est depuis inscrit au Conservatoire Paul Dukas à Paris fera ou non une carrière de pianiste concertiste. Mais pour lui et sans doute pour beaucoup de ceux qui l’ont regardé à la télévision ou écouté dans les gares où il jouait, la musique est devenue indispensable, vitale.

Education et intérêt pour la musique

Je suis en revanche beaucoup plus circonspect quant à la relation éducation à la musique => goût pour la musique. Je ne sais pas moi-même si mon goût puis ma passion pour la musique ont pour origine mes années au Conservatoire de Poitiers (solfège, piano, trois ans de violon, ensemble vocal), alors que mes deux soeurs, elles aussi inscrites dans le même établissement, ont choisi d’autres voies, même si elles sont comme on dit « sensibles » à la musique.

Parenthèse, j’ai été ému de retrouver dans les archives numérisées de l’INA les deux émissions de France Musique « Les jeunes Français sont musiciens » qui avaient été enregistrées fin mars et diffusées en avril 1973 à Poitiers. J’aimerais bien récupérer une copie…

Au fil des années et de mes responsabilités dans le domaine musical, je suis allé de surprise en déception en constatant chez nombre de professionnels, en particulier les musiciens d’orchestre, un manque de culture musicale, une absence d’intérêt pour la substance même de leur métier. Comment peut-on étudier dur pendant des années, passer des concours très difficiles pour accéder à des postes de titulaires, et rester indifférent, voire ignorant, aux répertoires joués, à la vie musicale, aux artistes invités ? Il y a heureusement beaucoup d’exceptions, mais c’est resté pour moi une énigme.

Je me rappelle aussi avoir dû, tout au long de ma vie professionnelle, rechercher, recruter des collaborateurs, pour travailler, qui dans une chaîne de radio musicale, qui dans un orchestre, qui dans un festival ou la direction de la Musique de la radio… Quand je posais comme pré-requis au moins une connaissance certaine de la musique classique, je voyais parfois/souvent poindre l’étonnement chez les DRH et lorsque nous en arrivions à l’entretien avec des candidats pré-sélectionnés d’après leur CV, nous n’étions pas toujours au bout de nos surprises… J’ai en revanche un souvenir encore très vivace de l’expérience que j’avais proposée à la direction de la chaîne culturelle de la Radio Suisse romande – Espace 2 – en 1991, pour faire face à la pénurie de producteurs/animateurs : un recrutement complètement ouvert ! En deux temps : après inscription, les candidats étaient soumis à une épreuve écrite destinée à cerner leurs connaissances musicales et leurs goûts. Des questions à choix multiples, presque conçus comme des jeux. Puis, à partir de ces réponses, des entretiens individuels. Il en résulta l’engagement de six producteurs. Quatre d’entre eux ont depuis lors été des voix reconnues et admirées de la radio suisse, jusqu’à leur retraite récente, comme l’ami Charles Sigel, l’une des meilleures plumes de Forumopera.

Encyclopédisme et gourmandise

J’ai longtemps fait un complexe – que certains appellent le syndrome de l’imposteur – du fait que, dans les fonctions qui m’ont été successivement confiées, je ne me sentais pas à ma place, parce que je n’avais pas le savoir musicologique, les diplômes, voire le « niveau » a priori requis pour la fonction, ou parce que je côtoyais des personnages infiniment plus cultivés et/ou expérimentés que moi. Je me rappellerai jusqu’à mon dernier souffle mon premier contact avec l’Orchestre de la Suisse romande, dont j’allais être le producteur à la Radio suisse romande, de 1986 à 1993. Totalement inconnu dans le milieu musical genevois, je succédais à quelqu’un qui était lui-même musicien, sorti d’un conservatoire romand, organisateur de concerts, etc. Je n’étais rien de tout cela (et c’est peut-être pour cela qu’on m’avait choisi comme « outsider »). Je jouai la franchise, en leur disant que j’allais apprendre à leurs côtés et que je m’efforcerais de les servir de mon mieux. J’ai la faiblesse de penser qu’ils n’ont pas gardé un trop mauvais souvenir de mon passage à la RSR…

J’ai beaucoup d’admiration pour les musicologues, les spécialistes qui savent faire partager non seulement leur science mais surtout leur passion, leur gourmandise. Ce sont en général d’excellents pédagogues, des « transmetteurs » recherchés (je me rappelle deux rencontres avec le célèbre musicologue américain H.C. Robbins Landon, dont les travaux sur Haydn et Mozart ont fait date. C’était l’incarnation de l’honnête homme du XVIIIe siècle, infatigable narrateur et pourvoyeur d’histoires, petites et grandes, et surtout bon vivant). J’ai plus de réticences – euphémisme – à l’égard de professeurs – je ne citerai pas de noms – qui sont de bien piètres communicants.

Aujourd’hui heureusement, on est sorti de ces vieux clivages. Nos Conservatoires produisent non seulement d’excellents musiciens, qui pourront être d’excellents enseignants, mais aussi de formidables médiateurs – puisque c’est le terme usité -, je les nommerais plutôt « passeurs ». Pendant quelques années, nous avions noué, avec le Festival Radio France et le Conservatoire supérieur de Lyon, des contrats permettant à quelques étudiants du CNSMDL de participer au festival notamment pour y animer des séances avec le public – présentation d’oeuvres, d’artistes, entretiens, etc. – J’allais moi-même à Lyon animer des échanges avec ces étudiants, pour les inciter à se former, se perfectionner à cet exercice indispensable. Ils sont plusieurs à avoir poursuivi dans cette voie avec succès, le plus connu d’entre eux étant Max Dozolme qui officie sur France Musique.

Enfin, pour grandir dans l’amour de la musique, il y a la critique, les critiques – cf. les articles que j’ai consacrés au sujet -, ceux qui, sans être nécessairement ni spécialistes ni musicologues, ont le don de donner envie, de donner à aimer.

Je l’ai cité une seule fois il y a longtemps (Les arbitres des élégances). J’ai repris ces jours derniers un ouvrage qu’on déguste comme un merveilleux livre de souvenirs : Jacques Lonchampt

Une mine d’or !

Et dans mes brèves de blog à découvrir quelques pépites (Argerich, Barenboim, Maria Tipo, etc.)

La passion Liège et une disparition

J’avais déjà dit (lire Le choix du chef) combien la nomination de Lionel Bringuier à la direction musicale de l’Orchestre philharmonique royal de Liège me réjouissait et constituait pour une formation que j’ai eu l’honneur et le bonheur de diriger de 1999 à 2014, une formidable opportunité de retrouver une trajectoire de succès dans ses répertoires de prédilection.

Je viens de découvrir la présentation de la saison 2025/2026 de l’OPRL, et j’ai déjà envie d’inscrire toutes les dates à mon agenda.

Je veux d’abord saluer une équipe qui a travaillé avec Lionel Bringuier à ce spectaculaire renouvellement de la « fabrication » d’une saison, de sa communication, de ses répertoires. Une équipe bien menée par Aline Sam-Giao, qui est restée très largement fondée sur celles et ceux que j’ai pu recruter, avec qui j’ai aimé travailler et innover et qui sont toujours là, fidèles et ardents (Sabine, Sophie, Silvia, Séverine, Elise, Valérie, Robert, Laurent, Erwan, Pierre, Christophe, Eric), une équipe qui comme les musiciens a aussi beaucoup changé au fil des départs à la retraite et des recrutements et à laquelle je souhaite bonne chance !

Un orchestre c’est surtout et d’abord une affaire d’identité dans un paysage musical mouvant, ce sont aussi des affinités électives entre des chefs, des répertoires, et des publics. Ce fut, quinze ans durant, mon ambition et mon obsession. Je suis vraiment très heureux de voir combien Lionel veut incarner – et incarne déjà – cette identité forte, avec ces nouvelles séries, ces nouveaux formats, qui prolongent, amplifient tout ce que nous avions déjà lancé, créé, au fil des saisons. Quand je vois par exemple le succès des Music Factory que j’avais naguère confiées à Fayçal Karoui, reprises aujourd’hui avec un talent incomparable par Pierre Solot, mon bonheur est complet.

J’ajoute combien il est important, pour les musiciens, pour le public, que l’orchestre ait à sa tête musicale un chef francophone et particulièrement à Liège où le français est la langue pratiquée, aimée, désirée. Tout le monde se rappelle les présentations de Louis Langrée, les Dessous des quartes qu’il animait, tout le monde aimera entendre Lionel Bringuier partager ses envies de musique, comme il l’a fait dans sa présentation de « sa » première saison liégeoise.

La mort d’un ami

Au moment de boucler cet article, j’apprends la disparition de Jean-Paul Montanari, l’infatigable fondateur et animateur du festival Montpellier Danse (lire le bel article que lui consacre Le Midi Libre)

PORTRAIT DE JEAN PAUL MONTANARI / DIRECTEUR DU FESTIVAL INTERNATIONAL MONTPELLIER DANSE / AGORA CITE DE LA DANSE / PHOTO GIACOMO ITALIANO

Jean-Paul avait largement dépassé l’âge de la retraite, mais à chaque fois que lui, ou d’autres, évoquaient l’idée d’arrêter ce qui fut l’oeuvre de sa vie, ce festival incomparable, je l’interrogeais mi-sérieux mi-goguenard (« vraie ou fausse sortie » ?), et lorsque je lui annonçai mon départ de la direction du festival Radio France en 2022, il me confia qu’en réalité il devrait lui aussi se résoudre à passer la main, mais nous savions tous qu’il ne pouvait l’imaginer. Je ne peux m’empêcher de penser que la maladie qui l’a emporté n’est pas sans lien avec la fin de cette, de son aventure. Hommage !

Je relis cet article (Une certaine modernité) où je relatais un souvenir personnel partagé avec Jean-Paul Montanari :

« Je racontais à Jean-Paul Montanari, l’infatigable animateur de ce rendez-vous estival, un souvenir personnel de Dominique Bagouet, l’inoubliable chorégraphe, le lumineux fondateur de Montpellier Danse en 1981. C’était en 1977 ou 1978, j’habitais alors un tout petit atelier d’artiste sous les toits dans le 3ème arrondissement de Paris à quelques mètres du Centre Pompidou qui venait d’être inauguré, j’avais invité quelques amis pour un verre, l’un d’eux arriva accompagné d’un tout jeune homme, timide, fluet, un doux sourire aux lèvres. C’était Dominique Bagouet, dont le nom m’était inconnu. Je n’ai plus jamais revu personnellement le jeune chorégraphe, mais le souvenir de cette brève rencontre ne m’a jamais quitté »

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(Une certaine modernité, 9 juillet 2017)

Bach concertant et déconcertant

Comme souvent, ça commence par une discussion sur Facebook et ça devient un article de blog. Jean-Charles Hoffelé fait un portrait laudatif du dernier disque de Beatrice Rana, tout entier consacré à des concertos de Bach joués au piano. J’ai réagi à son papier en disant : « On n’a pas dû entendre la même chose », et la discussion a commencé…

Dès que cet enregistrement a été disponible sur IDAGIO, je me suis précipité pour l’écouter… et j’ai été pour le moins déconcerté.

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Je ne comprends pas le parti pris par une pianiste que j’ai admirée dès que je l’ai entendue en concert (en 2012), que j’ai invitée à ouvrir le Festival Radio France 2016 à Montpellier avec les Variations Goldberg de Bach qu’elle a enregistrées dans la foulée.

En réalité, cette approche – que je n’aime pas – révèle combien Bach est à la fois solide et fragile. C’est une musique qui tient bon, quelque traitement qu’on lui fasse subir, mais c’est une musique qui ne se révèle que lorsqu’on trouve le point d’équilibre entre toutes ses composantes : tempo, rythme, articulation, mélodie, contrepoint, etc… Dans ce concerto en ré mineur pour le clavier – mais cela vaut pour les autres – il y a les interprètes qui trouvent ce point d’équilibre… et beaucoup d’autres qui ne le trouvent pas.

Je me suis amusé à revoir d’abord ma discothèque personnelle, qui offre une variété de versions finalement assez vaste.

Glenn Gould

En écoutant Beatrice Rana et sa mécanique toute droite, j’ai pensé à Glenn Gould… que je n’avais pas écouté depuis des lustres. A tort ! Le pianiste canadien est aux antipodes, c’est le moins qu’on puisse dire de sa jeune consoeur et cela nous paraît aujourd’hui insupportable, tout autant que « l’accompagnement » de Bernstein. Mais cette vidéo est émouvante en ce qu’elle rappelle la formidable série des Young People Concerts animés par le génial Leonard Bernstein.

Tatiana Nikolaieva

La grande pianiste russe (lire La grand-mère du piano) que j’ai entendue jouer ce concerto à Evian au début des années 90 continue de me fasciner. Elle est un peu plombée par un accompagnement trop plan-plan, mais que j’aime ce Bach à la fois dense et joyeux !

Vasso Devetzi

J’ai une affection particulière pour cette version captée à Moscou au mitan des années 60 et qui a plutôt bien vieilli. Rudolf Barchai et son orchestre de chambre de Moscou sont nettement plus alertes que les Lituaniens, et la pianiste grecque, aujourd’hui bien oubliée, Vasso Devetzi (1927-1987) joue un Bach qui chante et vibre.

Pletnev et Richter

Pour continuer avec les Russes, deux visions/versions vraiment caricaturales. Celles de Mikhail Pletnev et de Sviatoslav Richter. Pourtant Dieu si on admire l’un et l’autre dans les autres répertoires !

A l’exact opposé, le pianiste allemand Martin Stadtfeld dame le pion à Beatrice Rana question vitesse et précipitation dans le vide…

La version de David Fray est étrange, elle fait dresser l’oreille au début. Le tempo est giusto, mais outre qu’on n’entend quasiment pas l’orchestre, le pianiste français fait quantité de choses qui ne sont pas vraiment écrites, le discours en devient artificiel.

Murray Perahia

C’est peut-être Murray Perahia qui trouve le mieux ce point d’équilibre entre toutes les composantes de l’oeuvre, et qui donne tout son sens à l’allegro initial

Konstantin Lifschitz

J’ai découvert récemment ces disques enregistrés par le pianiste d’origine ukrainienne, Konstantin Lifschitz, installé à Lucerne depuis 2008. Les tempi sont vifs, mais on ne perd absolument rien de la richesse de la partition et de la variété du jeu du pianiste.

To avoid

Dans les magazines anglais (Gramophone ou BBC Music Magazine) quand ils font des discographies sélectives, il y a toujours une version « to avoid » (à éviter). Ici cette étonnante captation (on trouve vraiment tout sur YouTube) d’un pianiste qui, dans les années 80, enregistra une série de concertos de Bach avec Neville Marriner – non indispensables, et qui n’est manifestement plus tout à fait en possession de ses moyens, Andrei Gavrilov.

Et toujours pour les impressions du jour : brevesdeblog

Un vrai festival

Qu’est-ce que ça fait du bien d’assister à un vrai festival, de partager débats, discussions, moments de musique et d’amitié qui réchauffent le coeur autant que les oreilles ! C’est ce qui m’est arrivé le week-end dernier au Printemps des Arts de Monte-Carlo, et dont j’ai essayé de rendre compte pour Bachtrack.:

Le Bruckner « objectif » de Jukka Pekka Saraste

Venise et Vienne à Monte Carlo

« Un mot d’abord d’un festival qui porte bien et haut son nom, qui n’est pas juste une addition de grands noms et de tubes du classique, qui rempliraient à coup sûr le Forum Grimaldi ou l’Auditorium Rainier III, mais un patchwork astucieux de rencontres d’avant (les before) ou d’après (les after) concert, de soirées de musique de chambre, de récitals, de concerts symphoniques, et à l’intérieur de ces formats habituels, des surprises, des aventures, et toujours ce lien entre un directeur artistique, le compositeur Bruno Mantovani, aussi savant que pédagogue, et le public qui boit ses paroles introductives, rit à ses souvenirs croustillants ou admire sa capacité d’expliquer simplement des concepts bien complexes. » (Extrait de Venise et Vienne au Printemps des Arts de Monte Carlo @JPR)

Ne pas prendre le public pour des c…

En réalité, il n’y a pas de mystère. Un bon festival, une bonne saison de concerts (ou d’opéra) c’est d’abord un(e) bon(ne) « patron(ne)  » qui a des envies, des idées, des intuitions, si possible une grande culture, et qui n’oublie pas qu’il fait partie lui aussi, lui d’abord, du public auquel il s’adresse.

Lors d’une de mes premières présentations de saison à Liège, j’avais eu cette formule, qui avait surpris la presse : « Je ne programme que ce que j’ai envie d’entendre » Au-delà de la formule elliptique, je voulais évidemment dire qu’on ne peut rien faire sans la passion, le désir de convaincre, mais surtout cette irrépressible envie de partager avec le plus grand nombre les merveilles – artistes et/ou partitions – qu’on aime, qu’on a découverts.

Quand j’évoquais avec Bruno Mantovani sa programmation à Monte Carlo, en louant son audace, son courage même, sa réplique a fusé : « Il faut arrêter de prendre le public pour des cons« . Du Mantovani tout craché, tel que je l’aime et le pratique (pas assez souvent à mon gré) depuis des années. J’ai ici même théorisé – ou plus modestement rapporté mon expérience personnelle – sur « le grand public« . Je n’ai pas une ligne à changer à cet article d’il y a bientôt dix ans. J’ajoute, dans le cas de l’ami Mantovani, une sorte de gourmandise (pas seulement celle du gastronome !), d’exubérance absolument contagieuses, que ses origines catalanes n’expliquent pas totalement.

Porter la musique partout où elle peut aller

Lorsque j’ai dû composer ma première édition en 2015 comme directeur du festival de Radio France, fondé il y quarante ans par Georges Frêche (maire de Montpellier), Jean-Noël Jeanneney (PDG de Radio France) et René Koering, j’ai immédiatement pensé célébrer « 30 ans d’amour« , d’audace, de premières, de découvertes d’un festival unique en son genre. Et c’est la même idée qui a présidé à toutes les éditions qui ont suivi jusqu’en 2022. Comme l’attestent ces quelques bandes-annonces

En 2021, après l’épreuve du COVID, nous avions affirmé : Chaque concert est une fête

En réalité, ce n’est pas seulement le slogan d’un festival. C’est l’essence même du concert.

Heureusement, il y a plein de festivals en France qui se sont régénérés ces dernières années, grâce à des musiciens et des animateurs gourmands, créatifs, attentifs précisément à offrir au public l’aventure de la découverte, je pense – liste absolument pas exhaustive – à Colmar, Beaune, La Chaise-Dieu

Pour les à-côté de mon séjour à Monaco : brevesdeblog

Tout un cinéma

Comme je le rappelais l’an dernier, à pareille époque (Oscars, Césars et Zanzibar) les longs voyages en avion me servent à rattraper mes retards en matière de cinéma. Le lendemain de la dernière cérémonie des Césars – qui pour une fois, se laissa regarder jusqu’au bout, bien rythmée, avec l’amusante et bienvenue séquence du « césar pour ceux qui n’ont pas eu le césar » – je prenais l’avion pour la Tanzanie, et à cause d’un important retard au départ, j’ai eu le temps de voir pas mal de films… dont certains de ceux qui ont été récompensés ce 28 février.

Un p’tit truc en plus

Je n’avais pas fait partie des près de 11 millions de spectateurs qui ont vu le premier film d’Artus, Un p’tit truc en plus.

J’ai compris le succès de ce film. Surtout pour quelque chose d’essentiel, que bien d’autres ont souligné avant moi : le regard porté sur les acteurs handicapés n’est jamais ni dans la bienveillance factice, ni dans le militantisme « inclusif ». On sourit souvent de leurs maladresses, de leurs réactions, de leurs tics et de leurs tocs. Et on finit par oublier complètement la performance qu’a dû constituer le tournage de ce film. On conserve longtemps en mémoire la lumière que dégage cette formidable troupe d’acteurs.

L’histoire de Souleymane

Je savais que le film avait déjà été primé à Cannes et ailleurs, et pourtant j’avais été réticent à aller le voir au cinéma. C’est le césar de la révélation masculine attribué à Abou Sangaré qui m’a finalement décidé à voir le film dans l’avion.

Tout le monde devrait voir ce film, parce qu’il évite tout ce que redoutais, le misérabilisme militant comme la critique manichéenne. Cela m’a rappelé un souvenir de la période Covid, lors d’un de mes séjours à Montpellier, lorsque les restaurants étaient encore fermés et que nous avions recours à la livraison à domicile. Je logeais au centre de Montpellier, dans une rue très facile à trouver, et pourtant ce jour-là le livreur – peut-être un Guinéen ? – n’arrivait pas à me trouver, se faisait engueuler par le restaurateur. Bref il finit par arriver, je l’attendais au bas de l’immeuble, et je vis un garçon qui me semblait très jeune, en pleurs, se confondant en excuses et me disant qu’il allait se faire virer à cause de son retard. Je l’écoutai quelques minutes me raconter son quotidien, la concurrence féroce entre livreurs pour espérer attraper les commandes, et un gain journalier de quelques euros. Je lui promis d’intervenir auprès du restaurateur et de la centrale par laquelle je passais pour mes commandes, pour obtenir de leur part la garantie que non seulement il ne serait pas sanctionné ni évincé, mais qu’au contraire il serait mieux employé et rémunéré. Ce fut le cas, et deux semaines plus tard A. revint me livrer, tenant à monter les deux étages qui accédaient à mon appartement. Un café bu rapidement, parce qu’il avait encore beaucoup de commandes à livrer.

On a dit que le film de Luc Lojkine relevait plus du documentaire que de la fiction. Peu importe. Tout y est juste, et jamais univoque. Les réseaux, les « frères » qui exploitent les réfugiés comme le Souleymane du film, mais aussi les amitiés qui naissent dans le foyer où il est hébergé, montrent l’envers d’un décor bien peu ragoûtant. Je repense toujours à la chanson de Pierre Perret, Lily, qui date de 1977 et demeure d’une saisissante actualité :

On la trouvait plutôt jolie, Lily
Elle arrivait des Somalies, Lily
Dans un bateau plein d’émigrés
Qui venaient tous de leur plein gré
Vider les poubelles à Paris

Le fil

J’avais vaguement vu passer ce film de Daniel Auteuil, Le fil, sans y prêter attention. Un avocat (Daniel Auteuil), sa femme avocate elle aussi (la prodigieuse Sidse Babett Knudsen, l’héroïne de la série Borgen), un père de famille (formidable Grégory Gadebois) accusé du meurtre de sa femme alcoolique. Ça pouvait faire un bon téléfilm du vendredi soir. Et c’est beaucoup mieux que cela, avec une issue surprenante, qu’on ne va évidemment pas dévoiler. Daniel Auteuil prouve, une nouvelle fois, que c’est l’acteur français le plus intense, le plus versatile qui soit. Son rôle dans l’Adversaire, le film de Nicole Garcia en 2002, sur l’affaire Romand, avait déjà donné la mesure de l’immensité de son talent.

Le roman de Jim

Autant être honnête, si Karim Leklou n’avait remporté, à la surprise générale, le César du meilleur acteur, je n’aurais sans doute pas regardé le film des frères Larrieu, Le roman de Jim.

Dans de superbes paysages du Jura se déroule une histoire assez simple au départ : Quand, lors d’une soirée, Aymeric rencontre par hasard sa collègue, Florence, celle-ci est célibataire et enceinte. Le jour où elle donne naissance à Jim, Aymeric est à ses côtés et passe des jours heureux avec eux. Un jour, le père biologique de l’enfant ressurgit« .

Je ne sais pas si la prestation de Karim Leklou dans ce film sympathique justifiait sa nomination. Au moins elle aura eu le mérite de l’inattendu. Le personnage qu’il incarne ici (Aymeric) lui va bien : un gentil un peu naïf, qui se fait avoir par les autres, par la vie, par les circonstances, qui fait office de père de substitution, dont on se débarrasse quand on n’a plus besoin de lui. Attachant, touchant, pas le plus grand film de l’année, mais à voir à l’évidence.

Dans le vol du retour deux films seulement – il faut un peu dormir tout de même ! –

En Fanfare

Malgré une rumeur très favorable autour de moi, je n’étais pas allé voir En fanfare, le film d’Emmanuel Courcel qui réunit Benjamin Lavernhe et Pierre Lottin (qu’il serait tout de même temps de considérer autrement que comme l’attardé de la famille Tuche).

Sympathique certes, mais à la limite de la caricature. Au moins Benjamin Lavernhe est crédible en chef d’orchestre, et les musiciens qu’on voit et entend dans le film sont de vrais musiciens, professionnels ou amateurs. Pour le reste gentillet, attendu et souvent tiré par les cheveux.

Edmond

Pas vraiment récent, mais bien ficelé, Edmond d’Alexis Michallik. Intéressant pour comprendre la genèse d’une oeuvre et ce qui se passe dans la tête d’un créateur. Je n’ai cessé de penser à Mozart écrivant dans la nuit précédant la première à Prague, l’ouverture de son Don Giovanni (1787).

Ravel #150 : le Boléro

Mars est le mois des anniversaires : Ravel né le 7 mars 1875 et Boulez né le 26 mars 1925. Comme en témoignent les couvertures des magazines musicaux – la dernière malheureusement pour Classica.

Je profite de quelques jours loin des réseaux et des connexions pour entamer une petite série sur Ravel. Je n’ai aucune prétention musicologique ou historique. Les bons ouvrages et les bons articles pullulent.

Plutôt mon parcours de découverte de l’oeuvre de Ravel et, partant, des souvenirs de concerts et des choix discographiques assumés.

Le Boléro

Le dernier souvenir que j’ai de la plus célèbre oeuvre de Ravel, c’est au cinéma il y a un an avec le film d’Anne Fontaine (lire Le Boléro d’Anne Fontaine)

Au concert, je n’en ai pas tant que cela finalement. Deux me reviennent, en total contraste. Le premier catastrophique, c’est le 18 juin 2000 dans ce qui tient lieu de salle de concert provisoire pour l’Orchestre philharmonique de Liège (l’église Saint-Martin). Louis Langrée que j’ai pressenti pour la fonction de directeur musical a souhaité un programme tout Ravel pour « tester » l’orchestre. Le régisseur de l’époque de l’orchestre a programmé à la caisse claire un charmant garçon qui fait office alternativement de garçon d’orchestre, chauffeur… et percussionniste. Ce qui devait se passer arriva : la caisse claire perdue en rase campagne au milieu du Boléro, heureusement rattrapée par un autre percussionniste, un vrai, un titulaire, de l’orchestre… Pas sûr que dans la touffeur de cette après-midi, le public se soit rendu compte de quelque chose. Mais comme entrée en matière, on était très mal partis…

L’autre souvenir, nettement plus agréable, se situe quinze ans plus tard, pour le concert d’ouverture de la 30e édition du Festival Radio France, la première issue de ma programmation (2015). A la tête de l’orchestre de Montpellier, j’ai invité un jeune chef encore peu connu en France, avec un programme particulièrement festif qui se terminait par le Boléro. Je l’ai dit le soir même à Domingo Hindoyan, et lui ai répété à l’occasion : il a donné ce soir-là l’une des meilleures exécutions que j’aie jamais entendues du Boléro.

Le génie de l’oeuvre tient à la tenue inexorable, imperturbable de la même formule rythmique soutenue par un crescendo orchestral de pure magie. Mais un tempo trop lent (cf. Celibidache par exemple), des variations – non écrites – de tempo (cf. l’épouvantable ralenti avant la modulation finale de Maazel avec le philharmonique de Vienne) ou, ce qui est plus rare, une accélération, compromettent absolument l’oeuvre.

Quelques exemples, pas forcément attendus, de belles versions du Boléro

Leonard Bernstein et l’Orchestre national de France

Günther Herbig avec l’orchestre de Berlin-Est, dans une prise de son admirable

Et Daniel Barenboim, qui fait le show, avec son orchestre de jeunes West-Eastern Divan.

Leur Mozart

La mort d’Edith Mathis avant-hier nous a rappelé quelle merveilleuse mozartienne elle fut. Elle est de pratiquement tous les enregistrements d’opéra ou de messes de Mozart pour Deutsche Grammophon, sous la baguette de Böhm, Karajan, Marriner, Hager, etc.

Y a-t-il merveille plus émouvante que ce duo entre Gundula Janowitz et Edith Mathis dans Les Noces de Figaro ? Moment d’éternité…

Dans les disques achetés ou remarqués ces dernières semaines, là aussi des merveilles.

Julien Chauvin

J’avais adoré le Don Giovanni que dirigeait Julien Chauvin en novembre dernier, et je l’avais même écrit pour Bachtrack : L’implacable et génial Don Giovanni de Julien Chauvin. Je savais déjà quel mozartien est le violoniste/chef du Concert de la Loge. Mais je n’avais pas prêté attention à ce disque original associant le Requiem de Mozart à la Messe pour le sacre de Napoléon de Paisiello.

Pour les habitués aux versions traditionnelles, ce qui saute aux oreilles c’est la prononciation « à la française » du latin de la messe des morts. C’est devenu fréquent ces dernières années et j’ai trouvé dans ce texte une explication lumineuse : Pourquoi prononcer le latin à la française ?

Pierre Génisson

Autre interprète ami dont je sais depuis longtemps les affinités mozartiennes, le clarinettiste Pierre Génisson.

Quelle idée intelligente que d’assembler le fameux concerto pour clarinette, l’un des derniers chefs-d’oeuvre de Mozart, écrit quelques mois avant sa mort en décembre 1791, et de fameux airs d’opéra !

Pierre Génisson se substitue aux chanteuses pour les plus beaux airs des Noces, de Cosi fan tutte, ou de la Clémence de Titus, dans les arrangements si subtils du formidable Bruno Fontaine !

Reinhoud van Mechelen

J’ai tant aimé accueillir à Montpellier Reinhoud van Mechelen dans diverses formations, dont celle qu’il a créée et anime avec un bonheur contagieux, A nocte temporis. Reinhoud s’est lancé dans un disque qui me fait infiniment plaisir, d’abord parce qu’il met en valeur de purs chefs-d’oeuvre de Mozart, qui sont rarement en lumière, encore plus rarement programmés au concert, des airs pour ténor qui me bouleversent à chaque écoute.

La prise de son est plutôt étrange, la réverbération excessive, mais quelle beauté !

Indispensable dans toute discothèque !

Comme l’est ce pilier de ma discothèque, le disque par lequel j’ai découvert ce pan de l’oeuvre de Mozart, l’immense ténor hongrois József Réti né il y a tout juste 100 ans, disparu trop tôt en 1973.

Mon journal à lire sur brevesdeblog

Toute la musique qu’on aime

Je mesure chaque jour la chance que j’ai de faire partie de l’équipe de Bachtrack et de partager un peu de la passion qui anime ses fondateurs et ses responsables par pays, à commencer par le rédacteur en chef de l’édition française ! Bachtrack est une référence dans le paysage européen de la musique classique.

Bilans

Preuve en est le formidable bilan de l’année musicale 2024 dressé par le site, à partir évidemment de ses propres statistiques et observations. Bilan repris à son compte et commenté par Diapason !

J’invite à découvrir ce riche bilan, traduit de l’anglais et commenté in fine par Tristan Labouret :

Des chiffres et des notes : les statistiques Bachtrack 2024 de la musique classique

A propos de bilan, tout le monde s’accorde à dire que celui de Jean-Philippe Thiellay, président jusqu’au 31 janvier du Centre national de la Musique, est bon, voire très bon. Surtout quand on songe qu’il a été en première ligne lors de la période COVID ! J’en sais quelque chose, comme responsable d’un des grands festivals de musique à l’époque. S’il n’y avait pas eu quelques têtes bien faites comme lui (que j’avais connu quand il était directeur adjoint de l’Opéra de Paris) pour obtenir des décisions du ministère de la Culture qui nageait en plein brouillard (lire Même pas drôle), je ne sais pas ce que mes camarades d’Avignon, Aix, Orange ou La Roque d’Anthéron auraient pu sauver, sans parler de tous les autres festivals de France et de Navarre.

J’ignore pourquoi Thiellay n’a pas été reconduit. Il a dû déplaire. Il aura au moins la fierté du devoir accompli.

Dolly au Lido

Dans mon papier pour Bachtrack sur l’opéra de Haendel, Orlando, qui est actuellement donné au Châtelet, j’écrivais : « Depuis la période Lissner-Brossmann, on avait perdu l’habitude du lyrique, a fortiori du baroque, dans ce qui est redevenu le temple de la comédie musicale et de l’opérette. » C’est un constat, et sûrement pas un regret. J’ai ici même assez souvent cité et loué Jean-Luc Choplin qui, contre vents et tempêtes de la bien-pensance, avait ressuscité l’histoire des lieux, avec une provocation réjouissante – son premier spectacle était Le chanteur de Mexico !. Choplin est ensuite parti à Marigny, et lorsque le théâtre a changé de propriétaire, il est parti quelques centaines de mètres plus loin, redonner une nouvelle vie à un lieu mythique de la nuit parisienne, le Lido.

Jusqu’à hier soir, je n’avais jamais mis les pieds au Lido, le cabaret. Je me rappelle juste un magasin de disques qui le jouxtait, où les prix étaient plus élevés qu’ailleurs, mais on m’avait répondu une fois que l’adresse (les Champs-Elysées) se payait !

J’ai passé une excellente soirée, non sans avoir relevé – on n’oublie pas son passé professionnel – la qualité de l’accueil, des vigiles dans le couloir d’entrée ou dans la salle, à tout un personnel très paritaire, jeune, souriant et diligent. Seul bémol qu’on a déjà dû signaler maintes fois au maître des lieux : le sous-dimensionnement évident des toilettes !

Un bravo particulier aux excellents musiciens qu’on ne voit pas ici sur ce teaser mais qui sont bien placés en surplomb de la scène.

Rappel : je rappelle que j’ai, parallèlement à ce blog, une sorte de « diary », de journal où je consigne humeurs, réactions, séquences de vie : brevesdeblog

La mort de JFK, Orlando au musée

Retour sur ce jeudi 23 janvier (lire brevesdeblog)

Le JFK français

J’ai quelquefois brièvement approché et salué Jean-François Kahn, disparu hier. La dernière fois c’était pour célébrer les 25 ans de l’émission de Benoît Duteurtre Etonnez-moi Benoît à Radio France. Je l’avais trouvé physiquement fatigué, mais dès qu’un micro s’ouvrait, le visage, la parole s’animaient comme je les avais toujours connues.

Dans tous les articles qu’on lui a consacrés, on évoque sa passion pour la chanson française, mais JFK avait une connaissance encyclopédique de la musique, et pas seulement de la chanson.

Réécouter absolument cette émission de France Musique du 19 juin 2021 : Jean-François Kahn et Benoît Duteurtre

On veut imaginer que ces deux-là qui s’aimaient se retrouvent maintenant là où ils sont pour poursuivre une complicité que la mort ne peut éteindre.

L’un des très beaux hommages rendus à notre JFK français, est de la plume de l’ami Joseph Macé-Scaron

« Généreux dans tous les domaines, il ne se contentait pas de prodiguer des conseils. D’ailleurs, l’âge venant, il aimait répéter la phrase de Vauvenargues : «Les conseils de la vieillesse éclairent sans réchauffer comme le soleil d’hiver». Il aura influencé tant de journalistes qu’il est impossible de tous les citer (Franz-Olivier Giesbert, Éric Zemmour, Laurent Joffrin, Elisabeth Lévy, Natacha Polony…). Avec bon nombre d’entre eux, il se sera fâché, puis réconcilié, avant de s’engueuler à nouveau. Encore et toujours frotter sa cervelle à celle des autres, sa passion constante« 

J’ai beaucoup lu les essais de Jean-François Kahn, j’ai lu et me suis même abonné à L’événement du jeudi, puis à Marianne, lorsqu’il en était le directeur. Le premier a disparu, le second a mal tourné.

Dois-je verser dans une pré-nostalgie ? Ceux qui comme moi pleurent aujourd’hui Jean-François Kahn ont naguère pleuré celle de Jean-François Revel, et doivent bien constater que lorsque les octogénaires Philippe Labro, Alain Duhamel, Catherine Nay ou Michèle Cotta, et le guère plus jeune Franz-Olivier Giesbert auront disparu (et comme le disait le général de Gaulle lors de l’une de ses célèbres conférences de presse « ça ne manquera pas d’arriver » !), notre paysage culturel, intellectuel, et journalistique, sera bien dépeuplé.

Les nus de Suzanne

J’ai eu la chance de visiter l’exposition que propose le Centre Pompidou, l’une des dernières avant sa fermeture pour (longs) travaux en septembre), autour de la figure de Suzanne Valadon (1865-1938). Je dois bien avouer que l’artiste ne m’avait intéressé qu’occasionnellement et que je n’y avais porté qu’une attention distraite à l’occasion de mes visites de musée. La rétrospective qui est proposée à Beaubourg a, sinon changé ma perception de son oeuvre, du moins actualisé ma connaissance d’une personnalité finalement assez singulière.

Suzanne Valadon : La chambre bleue (1923)

Valadon : Autoportrait

Suzanne Valadon consacré plusieurs toiles à sa famille, sa mère, mais aussi son amant André Uttar, son fils Maurice Utrillo (1883-1955)

Deux toiles à consonance musicale, dont le célèbre portrait d’Erik Satie (1893), avec qui Valadon entretint une brève et tumultueuse liaison, qui laissa le compositeur dévasté et lui fit écrire ses extraordinaires Vexations… qui furent l’une des attractions du festival Radio France en 1995, comme le relate un article du New York Times (on trouve vraiment de tout sur la Toile !)

Suzanne Valadon doit aussi sa réputation et son originalité au nombre de nus féminins qu’elle a peints, des nus éloignés de toute préoccupation esthétique, qui parfois se rapprochent de ceux de Degas ou Toulouse-Lautrec. Seule exception, dans cette exposition, à la profusion de nudité féminine, cette grande toile qui représente le même personnage, en l’occurrence le compagnon de Valadon, André Utter, dans trois postures différentes. On nous dit que la peintre, craignant d’être refusée à un salon, a pudiquement masqué le sexe de son amant derrière le filet de pêche !

Un opéra au musée

Après le Centre Pompidou, direction le Châtelet pour la première d’Orlando de Haendel, dirigée par Christophe Rousset à la tête de ses Talens lyriques, dans une mise en scène de Jeanne Desoubeaux.

À lire ma critique sur Bachtrack : Orlando passe la nuit au musée au Châtelet