Génération Bernstein

C’est comme une sorte de petit frère de Leonard Bernsteingénie et notoriété en moins, mais bien des similitudes de parcours et de carrière (le piano, le jazz, la comédie musicale, la direction d’orchestre)

Je ne sais pas à quelle occasion Sony réédite le legs RCA d’André Previn

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alors que les hommages discographiques qui lui avaient été rendus pour ses 80 ans étaient passés inaperçus (voir bestofclassic : André Previn l’éclectique).

Bernstein naît en 1918 dans le Massachussets, de parents juifs ukrainiens immigrés au début du siècle aux Etats-Unis, Previn naît Andreas Ludwig Priwin en 1929 (ou 1930 ?) à Berlin, la famille, les parents Charlotte et Jack et le petit Andreas, fuient le nazisme, émigrent en 1939, s’installent à Los Angeles, où le grand oncle Charles Previn compose pour les studios Universal après avoir travaillé comme arrangeur pour près d’une centaine de productions à Broadway.

Dans cet environnement, le jeune André, naturalisé Américain en 1943, entame un parcours qui va beaucoup ressembler à celui de son aîné. Il écrit et arrange des musiques pour Hollywood, il profite de son service militaire (en 1951-52) à San Francisco pour prendre des leçons privées de direction d’orchestre auprès de Pierre Monteux, le grand chef français (lui aussi naturalisé Américain en 1942), patron de l’Orchestre symphonique de San Francisco depuis 1935.

Dans les années 50, c’est surtout le pianiste et le jazzman qui va se faire un nom, il travaille avec J.J. Johnson, Shelly Manne, Leroy Vinnegar, Benny Carter, et bien d’autres. Il enregistre Jerome Kern, Frederick Loewe, Vernon DukeHarold Arlen, 1960) accompagne Dinah Shore, Doris Day, Julie London, Jolie brochette ! Il se revendique d’Art Tatum, Hank Jones, Oscar Peterson, Horace SilverBill Evans. Mais à la même époque, fin 50, début 60, il enregistre des disques classiques, au programme parfois surprenant, qu’on redécouvre avec bonheur dans ce coffret Sony (voir détails sur bestofclassic).

Comme chef d’orchestre, André Previn prend un premier poste en 1967 à l’orchestre symphonique de Houston (où il succède à John Barbirolli), mais c’est avec l’orchestre symphonique de Londres (1969-1979) qu’il va connaître une fructueuse décennie – avec un nombre impressionnant d’enregistrements (pour EMI ou RCA). Suivront des périodes de moindre envergure à Pittsburgh, à Los Angeles, de nouveau à Londres (avec le Royal Philharmonic) 

Comme Bernstein, Previn, pendant ses années londoniennes, se fait pédagogue télévisuel. Comme Bernstein est multi-cartes, c’est un compositeur prolifique et tous terrains, mais ce n’est pas diminuer ses mérites que de reconnaître qu’aucune de ses oeuvres, que ce soit dans le classique, le jazz ou la comédie musicale, n’a jamais atteint la notoriété, ni l’originalité de celles de son aîné.

Quant au chef d’orchestre Previn, les réussites sont très inégales selon les répertoires. Dans les classiques viennois, Haydn, Beethoven on ne sort jamais d’une honnête neutralité, comme si le chef évitait de prendre un parti interprétatif. C’est plus intéressant dans Richard Strauss, où l’Américain Previn semble prendre plaisir à faire rutiler ses orchestres (notamment les Wiener Philharmoniker). Mais c’est aussi la plus calamiteuse version de La Chauve Souris de Johann Strauss, un beau ratage (la comparaison avec Carlos Kleiber est édifiante !)

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Previn est, à l’évidence, plus à l’aise dans le répertoire du XXème siècle (Holst, Prokofiev) et en particulier dans une belle intégrale des symphonies de Vaughan Williams

A propos de Bernstein, on salue le beau projet de Radio France (Bernstein Story) à retrouver bien sûr sur France MusiqueMême si on a eu confirmation hier soir que le compositeur Bernstein « sérieux » n’est pas toujours le plus captivant, ni le plus original. Même quand il est bien défendu par Kirill Gerstein, Vassily Petrenko et l’orchestre philharmonique de Radio France, interprètes virtuoses de la 2ème symphonie « The Age of anxiety »

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Le son de la neige et Karl Böhm

À l’heure où j’écris  ces lignes, il neige de nouveau sur l’Ile de France et ma maison. J’imagine que ce nouvel épisode hivernal va encore faire la une des journaux télévisés (voir Paris centre du monde)

Oserai-je avouer que le spectacle de la neige, et plus encore le son de la neige, me fascinent aujourd’hui autant que lorsque j’étais enfant ? La rumeur de la ville ou des champs, les bruits de la vie comme tamisés par ce manteau immaculé, une atmosphère magique…. Evidemment la magie est moindre quand on doit se déplacer… ou subir les errements de conducteurs en déroute !

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On s’apprête à passer le week-end au chaud en découvrant le beau coffret qu’on avait commandé dès que le spécialiste incontesté du dit chef m’en eut prévenu – je veux parler de Remy Louis – : après trois coffrets plutôt concentrés sur les enregistrements symphoniques,

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Deutsche Grammophon propose un fort pavé consacré à Karl Böhmchef d’opéra.

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On aurait aimé saluer sans réserve cette initiative, mais le titre du coffret est trompeur : il ne s’agit pas de l’intégrale des « vocal recordings » de Karl Böhm, puisqu’il y manque rien moins que le fameux Ring capté à Bayreuth, et une rare Chauve-souris parue sous étiquette Decca avec la Rosalinde la plus lumineuse de la discographie, Gundula Janowitz.

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Mais, tel qu’il est, ce superbe coffret rappelle l’immense chef d’opéra que fut Karl Böhm, ses versions incandescentes de Lulu et Wozzeck, des Mozart certes plus classiques, moins aventureux que ceux de Gardiner ou Harnoncourt, mais jamais anodins ou banals – et quelles distributions ! – et bien sûr de légendaires Richard Strauss dont Böhm fut l’un des plus ardents et fidèles interprètes.

Tous les détails – oeuvres, interprètes -de cet « indispensable » de toute discothèque à voir ici : Karl Böhm chef d’opéra

Le compositeur maudit

Je l’écrivais hier (La maison de Georgeles magasins de disques semblent avoir disparu de Roumanie, à moins que je les aie mal cherchés. Dans l’une des boutiques du château de Bran (L’horreur Draculaj’ai trouvé un seul et unique CD du label roumain Electrecord d’un compositeur dont j’ignorais le nom comme l’oeuvre : Ciprian Porumbescu

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La photo de couverture n’a rien de très séduisant, le détail des plages et des interprètes m’interpellait déjà plus favorablement. Ce Ciprian Porumbescu a toutes les caractéristiques du compositeur maudit, romantique et romanesque.

Né en 1853, il meurt la même année que Wagner (1883) à 29 ans d’une tuberculose qu’une santé fragile dès l’enfance et une vie mouvementée sur le plan personnel et politique n’ont évidemment pas arrangée.

Ciprian a cependant laissé près de 250 oeuvres. Né en Bucovine ukrainienne, il étudie à Suceava et Cernăuți (aujourd’hui Tchernivtsi en Ukraine, arrosée par une rivière au doux nom de Prout!). Mais c’est à Vienne auprès d’Anton Bruckner et Franz Krenn que le jeune homme se perfectionne en même temps qu’il étudie la philosophie. Il enseignera brièvement le chant choral à BrașovÀ Vienne il observe avec intérêt le succès des opérettes d’Offenbach, Strauss, Suppé, Porumbescu écrit la première opérette roumaine, sur des thèmes moins frivoles que celles qu’il a entendues à Vienne, la création à Brasov en 1882 de Crai Nou/La Nouvelle lune est un triomphe. Ci-dessous un extrait délicieusement vintage d’un film à la gloire du jeune compositeur.

Mélodies et rythmes traditionnels roumains font revivre la légende populaire de la fête de la Nouvelle Lune censée exaucer les voeux de bonheur des amoureux.

L’inspiration populaire est tout aussi évidente dans cette charmante Ballade pour violon et orchestre datant de 1880.

(Stefan Ruha est accompagné par l’orchestre symphonique de Cluj-Napoca – la ville des débuts de Julia Varady – dirigé par Emil Simon)

Lorsque la version orchestrale de sa Rhapsodie roumaine – initialement écrite pour piano – fut créée, sous sa direction, en 1882, on ne manqua pas de trouver des parentés avec le Liszt des Rhapsodies hongroises.

Porumbescu est un fervent nationaliste, membre d’une assemblée d’étudiants en pointe dans la résistance à la domination austro-hongroise, Arboros. En 1877, pour avoir soutenu publiquement une manifestation à la mémoire du prince Ghica, exécuté un siècle plus tôt par l’occupant ottoman, le jeune compositeur subit trois mois de cachot, qui seront fatals à sa santé.

(Une courte danse, la hora de Brașov)

L’inconnu de la baguette (suite)

Au fur et à mesure que le Südwestrundfunk (la radio publique allemande qui regroupe les antennes historiques de Baden BadenSüdwestfunk – et Stuttgart – Süddeutscher Rundfunkpublie les archives de celui qui a été le directeur musical de l’orchestre du SWF de Baden Baden de 1986 à 1999, l’enthousiasme va croissant.

Après les  Beethoven, Mahler, Bruckner de Michael Gielen (lire L’inconnu de la baguette), ce sont des coffrets composites, mais extraordinairement passionnants, qui nous sont proposés.

D’abord parce qu’ils illustrent l’étendue du répertoire de ce contemporain de Pierre Boulezà qui il a souvent été comparé et dont il partageait plus d’un trait commun. Mais à la différence du Français, Gielen l’Autrichien n’a jamais oublié les racines de la musique qui l’a nourri, et a toujours dirigé le répertoire classique, en même temps qu’il défendait et promouvait la création contemporaine. Et, sans qu’il ait eu besoin de le dire et de l’afficher, dans le même état d’esprit qu’Harconcourt ou Gardiner : le respect du texte, de l’Urtext. Ses Haydn manquent un peu de la fantaisie qu’y mettait un JochumMais tout le reste paraît simplement évident, justesse des tempi, des phrasés, sens de la ligne (cf. les vidéos ci-dessous).

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Le 4ème volume de cette Michael Gielen Edition est peut-être encore plus exceptionnel : le Requiem de Berlioz, les Scènes de Faust de Schumann– qui rappellent combien Gielen était un maître des grandes architectures (sa Huitième de Mahler, les Gurre-Lieder, la Missa solemnis, etc.), mais, plus inattendus, Weber, Suk, Tchaikovski ou Dvorak – et un magnifique témoignage de l’art du grand violoncelliste Heinrich Schiff disparu le 23 décembre dernier.

Et cerise sur le gâteau, une prodigieuse Kaiserwalzer – un bis – qui nous fait regretter que Gielen n’ait jamais été invité à diriger le concert de Nouvel an à Vienne. Pas assez médiatique, un look trop austère sans doute. Et pourtant quelle leçon de style, d’élégance, tout simplement du respect du texte…

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On espère encore plusieurs volumes qui devraient rendre justice à ce grand chef… et à l’orchestre qu’il a dirigé et qui a maintenant fusionné avec Stuttgart !

 

En marches

J’étais dans l’avion  quand a retenti la traditionnelle (sempiternelle !) Marche de Radetzky à la fin du concert du Nouvel an dirigé cette année par Gustavo Dudamel.

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Mais Youtube rattrape le temps perdu…(merci à la télévision publique espagnole !)

Tempo parfaitement juste pour ce genre de marche de caractère, qui n’a rien de militaire ni de guerrier. Juste parce que c’est le rythme des chevaux qui défilent, ni trot ni galop. Et puis la marche viennoise doit conserver cette Gemütlichkeit indissociable des grands rassemblements festifs.

J’ai depuis longtemps dans ma discothèque un double album que, même sous la torture, je n’aurais jamais osé avouer posséder. Il y a des plaisirs interdits… Des marches prussiennes et autrichiennes dirigées par un ex-membre du NSDAP. Impensable.

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Et pourtant lors d’un festival de mi-saison de l’Orchestre philharmonique de Liège, en janvier 2010, François-Xavier Roth n’avait pas résisté au plaisir de diriger trois harmonies spectaculairement réunies sur la scène de la Salle Philharmonique, et de faire scander par le public l’une de ces marches prussiennes, devenue un tube dans le monde entier :Alte Kameraden (ou Old Comrades)

Et chaque programme de Nouvel An comporte son lot de marches, certes souvent conçues pour célébrer un événement, un anniversaire, très rarement une victoire militaire ou un appel patriotique. Gustavo Dudamel n’y a pas coupé avec cette marche extraite de l’opérette de Franz LeharWiener Frauen. Prise trop rapidement à mon goût (ci-dessous à 2’20)

Les deux fils du père Strauss ont écrit, à leur tour, une marche « patriotique » (Vaterländischer Marsch)  qui emprunte beaucoup à la Radetzky ! Hommage au fondateur de la dynastie ?

Parfois le compositeur et avisé homme d’affaires qu’était Johann Strauss fils cherchait à s’attirer les bonnes grâces des puissants (qui l’invitaient à prix d’or avec son orchestre), ainsi cette Napoleon Marsch dédiée à Napoléon III (et pas à Napoléon 1er comme le suggère l’illustration de la vidéo ci-dessous)

De nouveau il y a certains codes à respecter, une tradition aristocratique viennoise : Boskovsky sait y faire, et pour cause ! Tandis que le fougueux octogénaire Georges Prêtre lance une attaque de cavalerie…hors sujet !

Zubin Mehta, un habitué des concerts de Nouvel An, a révélé nombre de ces marches de célébration. Comme cet hommage inattendu à la Révolution française, tiré de la dernière opérette de Johann Strauss Die Göttin der Vernunft (La Déesse de la Raison)

Parfois la marche prend une tournure plus martiale, mais ne perd jamais en élégance, comme cette marche de la garde fédérale impériale Auf’s Korn surtout dans sa version chantée.

Si l’on sort de Vienne, il n’est que de penser aux Prom’s à Londres, à nombre de fêtes populaires américaines, ou encore à l’immense concert de la Waldbühne à Berlin. Tous se concluent par des marches reprises par des foules multicolores et de tous âges…

Une nuit à Venise

Montpellier proposait un spectacle de fin d’année qui a fait grincer quelques dents (lire Soupe pop), l’Opéra de Lyon fait certes plus traditionnel avec une opérette de Johann Straussmais avec un ouvrage rarement donné sur les scènes françaises Une Nuit à Venise (la dernière fois que j’avais vu l’ouvrage c’était en 1997 à l’Opéra Comique !)

top-leftPhoto(© Stofleth)

J’ai aimé sans réserve ce que j’ai vu mercredi soir, la direction de Daniele Rustioni – un tout jeune chef pressenti pour succéder à Kazushi Ono comme directeur musical de la scène lyonnaise, qui maîtrise tous les ressorts d’une musique si difficile dans sa fausse légèreté -, la mise en scène de Peter Langdal qui gomme toutes les faiblesses d’une comédie alambiquée, en situant l’action dans les années 50 dans une Venise de carte postale, les décors et les costumes flamboyants, et une excellente troupe de chanteurs qu’on croirait passés par le Volksoper de Vienne, la routine en moins.

Comme dans la plus connue Chauve-Sourissous la gaieté apparente affleure toujours cette mélancolie, cette nostalgie si caractéristiques de la musique de Johann Strauss (Capitale de la nostalgie). 

Dans cet air en particulier :

La première berlinoise d’Une nuit à Venise en 1883 ayant été un fiasco, Strauss s’empressa de recycler ses beaux thèmes de valse dans la Valse de la Lagune (Lagunen Walzer)

Et puis – est-ce une vue de l’esprit de ma part ? – j’entends un hommage évident à Wagnermort… à Venise en février 1883, l’année de la création de cette Nuit à Venise, Wagner qui admirait Johann Strauss, dans cet air de (Helden)tenor :

 

Les bonnes versions de l’opérette ne sont pas légion. Pour le style parfait du bien trop sous-estimé chef suisse Otto Ackermann et un casting d’enfer (mais pas nécessairement idéal ! l’aristocratique Elisabeth Schwarzkopf, vocalement somptueuse, n’est pas très crédible en Annina, marchande de poissons de son état…). Voir la vidéo ci-dessus

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Vingt-cinq ans plus tard, Nicolai Gedda retrouvait Rita Streich (tout aussi distinguée poissonnière que Schwarzkopf !) dans ce qui demeure la meilleure version moderne de l’opérette

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 Mes petits bonheurs

Tempus fugitl’âge avance, mais je ne suis blasé de rien, surtout pas dans le domaine de la musique.

Comme Jean Gabin…  Il y a 60 coups qui ont sonné à l’horloge 
Je suis encore à ma fenêtre, je regarde, et j’m’interroge.. La vie, l’amour, l’argent, les amis et les roses…On ne sait jamais le bruit ni la couleur des choses 

Bref, je n’ai pas beaucoup changé depuis mes 20 ans et mes enthousiasmes de jeunesse.

Je fréquente toujours assidûment les quelques bonnes adresses qui restent en activité, à la recherche de quelque trésor caché, d’une édition rare, d’un inédit. Chez Melomania38 bd St Germain à Paris – l’adresse incontournable ! – qui a le bon goût de proposer quantité d’imports japonais, je suis tombé sur une petite merveille, un CD Denon au programme a priori banal, deux concertos de Beethoven, mais avec des interprètes peu banals…

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Monique de la Bruchollerieun peu comme Yvonne Lefébure (Clavier pas tempéré), c’était pour moi un nom, entouré de mystère (privée de l’usage de ses mains à 40 ans après un grave accident de la route, morte à 47 ans). Et ici je l’entends, je la découvre plutôt, fulgurante, incandescente, passionnée dans mon concerto préféré de Beethoven (le 3eme)  une captation stéréo de concert de 1966, à Budapest, avec le grand Janos Ferencsik dirigeant son orchestre d’Etat hongrois. Il y a bien quelques notes à côté, des traits un peu boulés, mais quelle ardeur, quel son, quelle autorité ! Et c’était sans doute l’un des derniers concerts de la pianiste avant son terrible accident.

Quant à Jacob Gimpel, j’avais déjà dans ma discothèque un très précieux 1er concerto de Brahms, enregistré en 1967 avec Rudolf Kempe et l’orchestre philharmonique de Berlin. Un CD prodigieux naguère éditée dans une collection éphémère Royal Classics (puisée dans le fonds EMI) aujourd’hui impossible à trouver ! Mais disponible sur Youtube :

Sur le CD Denon, il s’agit d’un enregistrement de studio – 1964 – du 4ème concerto de Beethoven réalisé à Berlin avec le vénérable Artur RotherDu grand piano dans la grande tradition allemande.

Toujours chez Melomania, je me laisse tenter par une « occasion », même si j’ai toujours du mal avec ce type de voix (Paroles de star), et je tombe sous le charme. Surtout du récital de mélodies (Schubert, Mendelssohn, Johann Strauss !) et d’airs de soprano du répertoire sacré qui se trouve sur le 3e CD de ce coffret-compilation. Max Emanuel Cenčić ne réalise pas seulement une performance, il fait de la musique, et de la très belle !

Et puis voilà qu’un long article du dernier numéro de Gramophone revient sur l’enregistrement d’un choix de sonates de Scarlatti réalisé en 1994 par Mikhail Pletnev, et me donne envie de m’y replonger. Et de retrouver l’un des musiciens, pianiste et chef, les plus insolemment doués, l’un des plus originaux aussi, que la Russie ait produits au XXème siècle.

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Ce double CD est bien un must !

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La valse de l’Empereur

Vienne commémore par plusieurs expositions et manifestations le centenaire de la mort – le 21 novembre 1916 – de son dernier empereur, François-Joseph (https://fr.wikipedia.org/wiki/François-Joseph_Ier_d%27Autriche).

L’une des plus célèbres valses de Johann Strauss porte le titre de Kaiser Walzer (Valse de l’Empereur). On devrait plutôt écrire « Valse des Empereurs », puisque l’oeuvre résulte d’une commande faite au fils Strauss pour marquer la visite de François-Joseph d’Autriche à Guillaume II de Prusse à Berlin en 1869. Le titre initial était d’ailleurs Hand in Hand (le  précurseur germanique du  mano en la mano cher au général de Gaulle en visite au Mexique en 1964). C’est l’éditeur Simrock qui trouva plus habile d’appeler cette valse Kaiser Walzer, puisqu’ainsi nommée, on maintient l’ambiguïté sur l’identité du ou des Kaiser !

Pour une oeuvre de circonstance, on peut dire qu’elle aura porté chance à son auteur. Ici une version que je trouve idéale, sans empois, sans lourdeur, captée lors de l’un des deux concerts de Nouvel An que dirigea le regretté Claudio Abbado.

Deux disques indispensables :

Une seule oeuvre de Johann Strauss fait, en réalité, directement allusion à l’empereur d’Autriche-Hongrie. Précisément une marche  au titre compliqué : Kaiser Franz Joseph I. Rettungs-Jubel-Marsch. Ecrite pour célébrer avec pompe mais élégance le rétablissement de l’empereur après l’agression au couteau dont il avait été victime le 18 février 1853 de la part d’un jeune forgeron hongrois Janos Libenyi.

Emouvant de retrouver cette marche sous la baguette du plus viennois des chefs (même s’il était né à Berlin), notre cher Nikolaus Harnoncourt, disparu le 5 mars dernier.

Nettement plus dispensable le film de Billy Wilder La Valse de l’Empereur (1948) avec Bing Crosby et Joan Fontaine, qui pousse la caricature jusqu’à l’absurde.

http://www.tcm.com/mediaroom/video/377182/Emperor-Waltz-The-Movie-Clip-Voice-Of-Austria.html

Centenaire ou pas,  François Joseph n’aura jamais la postérité de son épouse Elisabeth, beaucoup plus connue sous le nom de Sissi. Et le promeneur des bords du Léman à Genève ne peut éviter le jardin et la statue qui immortalisent celle qui mourut sous les coups d’un anarchiste à sa descente de bateau sur le quai du Mont-Blanc

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La mort en majeur

Je trouverais sûrement, si je la cherchais, la réponse dans d’épais et savants ouvrages : pourquoi certaines oeuvres me touchent-elles à ce point, déclenchent-elles de tels torrents d’émotions et de sentiments mêlés ?

Depuis que j’ai découvert Die tote Stadt (La Ville morte), l’opéra de Korngold (https://fr.wikipedia.org/wiki/Erich_Wolfgang_Korngold), je ne sors jamais indemne d’une écoute ou d’une représentation. Le sujet, la musique, tout cela sans doute, mais bien d’autres opéras, d’autres symphonies me passionnent et m’émeuvent sans me mettre dans cet état.

Hier soir, un projet nourri de longue date, les forces musicales de Radio France – hormis l’Orchestre National en tournée aux Etats-Unis – étaient rassemblées, Orchestre Philharmonique, Choeur et Maîtrise, non comme prévu sous la houlette de Mikko Franck, malade, mais sous celle de la jeune cheffe Marzena Diakun qui a fait mieux que relever un impossible défi. Et, pour une fois, aucune défection dans une distribution idéale pour un ouvrage aussi exigeant pour les deux rôles principaux. Klaus Florian Vogt, Camilla Nylund, exceptionnels en Paul et Marietta, mais aussi le formidable baryton Markus Eiche, Catherine Wyn-Rogers  (Brigitta) Matthias Wohlbrecht le Comte Albert) Dania El Zein (Juliette) Yaël Raanan Vandor  (Lucienne) Jan Lund (Victorin-Gaston).

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Cette Ville morte est le chef-d’oeuvre d’un compositeur de 23 ans, un orchestre luxuriant qui certes évoque plus d’une fois Wagner, Mahler, Richard Strauss ou Puccini, mais qui s’inscrit surtout dans la tradition viennoise (comme Schreker). Est-ce cela qui finalement me perturbe et m’émeut tant ? Les quelques grands airs qui sont ceux de la déploration, du regret de l’être aimé ou du désir inatteignable, sont, comme chez Mozart ou chez Richard…ou Johann Strauss, en mode majeur.

J’ai vu plusieurs fois Die tote Stadt en scène, un premier souvenir à Anvers, avec un bouleversant William Cochran, à Paris, et à Genève sous la direction idéale d’Armin Jordan qui malheureusement dut faire une première avec un ténor…aphone !.

Au disque, bien sûr en tout premier, l’enregistrement qui m’a fait découvrir et aimer l’ouvrage, qui n’a rien perdu de ses charmes vénéneux.

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Autre magnifique témoignage du festival de Salzbourg :

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Et pour ceux qui veulent retrouver quasi le même casting qu’hier soir, cette fois avec Mikko Franck au pupitre, le DVD d’un spectacle qui avait fait sensation à Helsinki.

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No-stalgie

Je n’ai pas d’inclination pour la nostalgie, le regret du temps passé. Pourtant tout ce week-end m’y poussait.

Vendredi, une promesse faite depuis longtemps au talentueux Camille de Rijck de participer à une Table d’écoute, l’émission de critique de disques de Musiq3. La chaleur (!!) de l’accueil à l’entrée de la RTBF, l’odeur des couloirs si caractéristique de toutes les radios du monde, un bref passage par la cantine où l’on aperçoit quelques figures connues, puis deux heures de très bonne humeur partagées avec le piquant animateur et ses habituels comparses Martine Dumont Mergeay et Yoann Tardivel.

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Le tout à écouter sur Musiq3 (ou à podcaster) le 27 décembre. Le sujet ? trois valses de Johann et Josef Strauss, et Die Libelle de Josef Strauss. Ringarde la famille Strauss ? Il se pourrait bien que, loin des clichés du concert viennois de Nouvel An, les auditeurs de cette Table d’écoute changent d’avis…

Le même soir, on ralliait Liège pour retrouver beaucoup d’amis. Une soirée klezmer à la Salle Philharmonique, en terrain de connaissance(s). Ma chère Isabelle Georges, le généreux Sirba Octet, des musiciens et un chef en symbiose. Les grandes soirées d’avant Noël comme il y en eut tant à Liège. Et l’incontournable Sotto piano où l’on se retrouve accueilli comme si c’était hier.

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Cette vidéo n’existe pas

Samedi c’était circuit habituel, Maastricht – la période des soldes commence toujours avant Noël aux Pays Bas ! -, la petite boutique des excellents chocolats Galler, les rues du centre de Liège sous bonne garde, des militaires et des policiers armés partout ! Et le soir un dîner surprise avec les amis de toujours, le plaisir de retrouver Les Folies gourmandes, l’une des tables les plus chaleureuses de la Cité ardente.

Ce dimanche, il ne fallait pas traîner pour être à l’heure à la « matinée » de l’orchestre du Gürzenich, à la Philharmonie de Cologne, dirigé par Louis Langrée. Et partager avec des « fans » liégeois un programme typiquement français (Ravel Ma mère l’oye, concerto en sol et la Symphonie Fantastique de Berlioz). Un répertoire peu familier pour l’orchestre, qui reste corseté tout au long du concert, un pianiste oubliable, mais on n’est pas objectif s’agissant de l’ancien directeur musical de Liège et du Music director du Cincinnati Symphony !934081_614968305301991_2951005884953696317_n

On ne peut pas refermer ce week-end en omettant les deux disparitions survenues dans le monde musical. L’une est passée inaperçue, pourtant le timbre et la beauté de la voix de contralto d’Aafje Heynis (1923-2015) n’ont pas fini de nous émouvoir, l’autre a été saluée comme toujours avec force adjectifs hyperboliques – c’est une manie dans les médias, quelqu’un de connu disparaît, surtout âgé, et c’est automatiquement « l’un des plus grands » ! – la mort du chef d’orchestre Kurt Masur (1927-2015). J’y reviendrai bien sûr, mais sans verser dans l’excès ni de critiques ni de louanges. France Musique lui consacre son lundi, l’occasion peut-être de réévaluer la carrière du vieux chef.