Ne m’appelez pas Maestro !

« S’il y a un terme qui m’a toujours paru déplacé, voire ridicule, lorsqu’il est utilisé en français, mais qui, hier soir, était pleinement justifié, c’est celui de Maestro. À un chef d’orchestre italien qui nous a enthousiasmé, on peut en effet dire Bravo Maestro ! »  

C’est ainsi que je commençais mon billet du 10 juin 2016 après le concert d’adieu de Daniele Gatti de ses fonctions de directeur musical de l’Orchestre National de France. Me revient en mémoire précisément une anecdote à propos de ce terme – maestro – : peu après ma prise de fonction comme directeur de la musique de Radio France en juin 2014 j’avais demandé à rencontrer les directeurs musicaux des orchestres de la Maison ronde. Le premier contact avec Daniele Gatti fut un peu rude, comme je l’ai déjà raconté (Remugles) : je m’adressai à lui en l’appelant « Monsieur Gatti », il me rétorqua « non Maestro Gatti » ! Je lui fis observer qu’on était en France et que je continuerais à m’adresser à lui en français. En bons Latins que nous sommes, nous convînmes finalement de nous appeler par nos prénoms, et peu après, de nous tutoyer !

Ridicule, de surcroît incorrecte, en effet, cette habitude prise de parler du maestro Untel pour désigner un chef d’orchestre, un artiste connu, voire un compositeur. C’est le seul défaut de la traduction française de ce passionnant livre d’entretiens entre deux… maîtres, qui m’a été offert récemment (par celui qui se reconnaîtra et que je remercie à nouveau).

Je doute que Seiji Ozawa – pardon le maestro Ozawa (!!) – désigne, en japonais, ses collègues comme « maestro Karajan » ou « maestro Bernstein »

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Cet ouvrage, enfin paru en français, six ans après sa publication au Japon, eût mérité de conserver le titre original que le grand écrivain mélomane, Haruki Murakami, lui avait donné : J’ai parlé de musique avec Seiji Ozawa. Car c’est bien lui qui a pris l’initiative d’une série d’entretiens avec le chef nippon, lorsque ce dernier a été obligé de ralentir, voire de cesser, ses activités, pour soigner un cancer de l’oesophage dans les années 2010-2011.

Extraits du texte introductif de Murakami :

Je n’avais jamais eu de vraie conversation sur la musique avec Seiji Ozawa avant de commencer la série d’interviews qui figure dans ce livre. Certes, j’ai vécu à Boston de 1992 à 1996, période pendant laquelle il était encore directeur musical du Boston Symphony, et je me rendais souvent aux concerts qu’il dirigeait, mais je n’étais rien de plus qu’un fan anonyme dans le public/…./

Si nous ne nous sommes jamais vraiment épanchés sur le sujet de la musique auparavant, c’est parce que son travail de chef d’orchestre accaparait toute son énergie/…./

On diagnostiqua un cancer de l’oesophage à Ozawa en décembre 2009, et après qu’il eut subi une opération très lourde le mois suivant, il dut réduire sérieusement ses activités/…/ C’est ainsi que nous nous sommes mis à parler de plus en plus de musique. Quoiqu’il soit affaibli, une nouvelle vitalité s’emparait de lui à chaque fois que nous abordions le sujet/…./

Je suis un grand amateur de jazz depuis maintenant un demi-siècle, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier tout autant la musique classique, de collectionner les disques classiques dès mes années de lycée et d’assister à autant de concerts que j’ai pu. C’est surtout pendant ma période passée en Europe, de 1986 à 1989, que mon immersion dans la musique classique a été la plus totale….

Difficile de résumer cet ouvrage, qui n’a pas d’équivalent. Censé être découpé en six chapitres – les différentes versions du concerto n° 3 de Beethoven, Brahms joué au Carnegie Hall, les années 1960, Gustav Mahler, l’opéra et la direction d’orchestre – il relate plutôt un dialogue au fil de l’eau, au gré des souvenirs du chef. Savoureuses digressions, anecdotes sans langue de bois notamment sur les deux aînés auprès desquels le jeune Ozawa a appris son métier, Bernstein et Karajan : l’Américain, tout en énergie communicative, se souciant comme d’une guigne du fini orchestral, l’Autrichien cultivant ce fameux Karajan sound, obsédé de perfection technique.

Même dans la première partie, lorsque l’écrivain et le chef comparent, partitions en main, différentes versions du 1er concerto de Brahms, et surtout du 3ème concerto de Beethovenleurs échanges restent abordables pour le non-spécialiste, et donnent, au contraire, envie d’écouter ou réécouter les versions qu’ils écoutent, et dont ils louent les interprètes.

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Murakami et Ozawa évoquent ce fameux concert du 6 avril 1962 au Carnegie Hall de New York, illustrant le complet désaccord entre le soliste, Glenn Gould, et le chef, Leonard Bernstein, sur l’interprétation de ce 1er concerto de Brahms. Concert enregistré, longtemps indisponible.

Puis le dialogue se poursuit sur plusieurs versions du 3ème concerto de Beethoven – je partage avec Murakami une passion pour ce concerto, qui m’a toujours paru le plus parfait des concertos beethovéniens – : d’abord Gould-Bernstein, où l’entente ici entre chef et soliste contraste avec le désaccord brahmsien.

Puis – l’une de mes versions de référence – l’incroyable énergie du duo Serkin/Bernstein, un tempo qui paraît fou de rapidité à nos deux interlocuteurs.

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Et Ozawa de regretter de n’avoir pas mis la même ardeur, d’être resté trop neutre, lorsque, 25 ans plus tard, il enregistrera les concertos de Beethoven avec le même Serkin

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L’écrivain et le chef s’accordent à reconnaître, à propos de Serkin, puis de Rubinstein, que ce que ces deux immenses pianistes perdent en perfection technique, ils le gagnent en liberté poétique avec l’âge.

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Bref, faites-vous offrir ce livre, et, comme moi, lisez-le pas nécessairement dans l’ordre des chapitres. Vous n’êtes pas au bout de vos découvertes.

Comme, par exemple, cet aveu du grand chef japonais. Lui que la critique internationale a si souvent loué pour ses interprétations de la musique française et russe (qui dominent d’ailleurs sa discographie avec le Boston Symphony) dit finalement préférer, de loin, la musique allemande, Bach, Beethoven, Brahms, Wagner

Une discographie très complète de Seiji Ozawa à retrouver ici : Bestofclassic.

Il faut y ajouter ce coffret qui résulte du travail sur le répertoire germanique auquel le chef nippon a pu enfin s’adonner librement avec l’orchestre Saito Kinenqu’il a fondé en 1984 en hommage à son premier maître Hideo Saito.

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Le Russe oublié (suite)

J’ai plusieurs fois râlé – en vain – sur le sort discographique fait à l’un des plus grands chefs du XXème siècle, je recommence aujourd’hui, avec guère plus d’espoir de voir la situation évoluer. Kirill Kondrachine (1914-1981) est le grand oublié des rééditions/anthologies qui ont fleuri ces dernières années

Pourtant, le label « officiel » de l’ex-URSS, Melodia, a plutôt bien fait les choses pour honorer ses artistes stars : Gilels, Richter, Svetlanov. Quatre somptueux coffrets avec nombre d’inédits hors de Russie.

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Evgueni Mravinski (1903-1988) n’a pas eu droit aux mêmes égards – pour le moment – mais sa discographie a été abondamment documentée par ailleurs.

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Pour Kirill Kondrachine, qui, de mon point de vue, est au moins au même niveau que ses deux illustres collègues, on doute que le label russe lui rende pareil hommage. Même si ses quasi-intégrales Chostakovitch ou Mahler ont été assez régulièrement rééditées et distribuées. Mais Kondrachine avait fui l’URSS en décembre 1978 – Bernard Haitink l’avait immédiatement accueilli au Concertgebouw d’Amsterdam. Ça fait toujours mauvais genre dans la Russie de Poutine…

Il faut donc continuer de pister les rééditions sous diverses étiquettes, et demander à Decca de republier en coffret les précieux « live » jadis édités par Philips dans une collection « Collector » / The Kondrashin Recordings (voir détails : Le Russe oublié)

Dresde, les indispensables

Leipzig, c’est promis, je reparlerai en détail de ses musiciens, orchestres, compositeurs ! Et de Dresde aussi, le sujet est inépuisable (La Florence du nord)

Mais Dresde déjà, quelques disques ou coffrets mythiques, indispensables ! Si vous cherchez encore à faire des cadeaux pour cette Saint-Sylvestre, ou juste à des personnes que vous aimez, tout ce qui suit est à écouter/acheter/offrir les yeux fermés.

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Günther Herbig m’avait raconté que cet enregistrement des douze symphonies dites « londoniennes » de Haydn tenait du miracle. Tout le monde avait oublié la date de l’enregistrement de ces douze symphonies. Le jour dit, en plein hiver, les micros de l’unique entreprise de disques de la RDA se posaient dans la salle de la Philharmonie de Dresde pour capter les 12 dernières symphonies de Haydn. Personne n’était prévenu, ni chef, ni orchestre. Triomphe de la bureaucratie ! Malgré tout, il fallait respecter les ordres. C’est ainsi, toujours selon le chef allemand, que certains de ces enregistrements résultent d’une seule prise… sans répétition ! Et dans une prise de son magnifique, comme l’étaient presque toujours celles de l’Allemagne de l’est.

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Evidemment, la Staatskapelle de Dresde est l’orchestre « straussien » par excellence. L’intégrale de l’oeuvre concertante et orchestrale de Richard Strauss que grava Rudolf Kempe dans les années 70 fait toujours figure de référence, tant la souplesse, la transparence et la sensualité de l’orchestre saxon s’y déploient.

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L’intégrale Schumann de Sawallisch réalisée à peu près à la même époque reste indétrônée. Tout comme les dernières messes de Schubert.

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Eugen Jochum a enregistré une deuxième intégrale des symphonies de Bruckner. Sans renier la première, on revient toujours avec bonheur à celle-ci.

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Pour qui aime Beethoven, deux visions assez singulières et contrastées des symphonies, l’une, méconnue, oubliée, d’un grand chef qui fit beaucoup pour la musique de son temps, le Dresdois Herbert Kegell’autre gravée par le vénérable Herbert Blomstedt (qui vient de récidiver avec Leipzig, on en reparlera !), avec les deux orchestres concurrents de la ville. Deux coffrets à tout petit prix !

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On aime bien aussi cette intégrale des symphonies de Schubert par Blomstedt (comme celle que réalisera ultérieurement avec la même Staatskapelle Colin Davis).

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Justement du passage de Colin Davis à la direction de la phalange saxonne nous sont restés beaucoup de beaux disques. Ce coffret de prises de concert en est une belle illustration.

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Il faudrait aussi citer tout ce qu’a laissé Giuseppe Sinopolichef de la Staatskapelle de 1992 à sa mort brutale en 2001.

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Pour qui aime les concertos de Mozart, une intégrale très bien captée autour d’une artiste demeurée complètement inconnue à l’Ouest, la pianiste Annerose Schmidtaccompagnée par Kurt Masurdu temps où il dirigeait la Philharmonie de Dresde (avant le Gewandhaus de Leipzig)

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Enfin pour ceux qui voudraient un « digest » de la monumentale édition de « live » de la Staatskapelle entreprise par Hänssler, un double CD qui voit défiler les plus grands chefs du moment.

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Et puisque nous sommes le 31 décembre, ce gala de la Saint-Sylvestre 2011 s’impose

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Enfin pour plaire aux fans de Jonas Kaufmann... et du prestigieux orchestre, cette soirée d’hommage à Wagner, dont le nom et l’oeuvre sont si intimement liés à Dresde :

Bernard et Roméo

Je l’avais annoncé hier (Un orchestre royal), l’un de mes premiers disques fut, un peu par hasard, un disque Philips de Bernard Haitink dirigeant l’orchestre du Concergebouw d’Amsterdam.

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Dans ces années d’adolescence, l’argument décisif du choix de tel ou tel disque était.. son prix. Je ne pouvais pas me permettre d’acheter au prix fort, je profitais des souscriptions par correspondance, des collections économiques (Fontana, Musidisc) et des soldes. Ce qui me vaut quelques savoureux souvenirs.

Une fois que je furetais dans le rayon disques de la.. Librairie des Etudiants (aujourd’hui disparue) rue Gambetta à Poitiers, que tenait un homme charmant, toujours en blouse blanche, affligé d’un chuitement systématique (il prononçait Giulini : Gü-i-li-ni !), je vois un double album de L’estro armonico de Vivaldi par Paul Kuentz – qui faisait alors les beaux jours du catalogue Deutsche Grammophon français. Je m’apprête à l’acheter – petit prix – un jeune homme à côté de moi m’interpelle : « Non franchement il y a bien mieux que cela pour Vivaldi ! Si vous voulez, j’habite tout près, je vais vous montrer ma collection ». Surpris par cette intervention et cette proposition inattendue, je bredouillai une excuse et sortis prestement les mains vides de tout achat. Quelques mois plus tard, je découvris l’identité de mon conseiller ès-Vivaldi, c’est lui qui signe la plupart des chroniques consacrées au Prêtre roux dans Diapason, Roger-Claude Travers !

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Pour en revenir à mon disque Haitink/Concertgebouw, ce fut l’occasion d’une quintuple découverte. Cet orchestre magnifique, que je n’avais – et pour cause – jamais entendu en vrai, un chef que je ne connaissais pas, deux oeuvres de Tchaikovskison Capriccio italien et le poème symphonique Roméo et Juliette et le Scherzo capriccioso de DvořákJ’aimai immédiatement ces pages romantiques et colorées. Je découvrirai bien des années après que le grand Bernard Haitink n’est pas le chef le plus doué de fantaisie ni le plus expansif dans ce répertoire. Mais l’absence d’effets a aussi ses vertus.

C’est finalement Karajan qui me semblera plus proche de l’idée que je me faisais de Tchaikovski

Et pour Dvořákles gravures d’Istvan Kertesz ont toujours ma préférence

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Mes préférés (VI) : un orchestre royal

J’avais déjà une bonne partie des coffrets édités au fil des ans par la radio néerlandaise de fabuleux concerts de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam (Koninklijk Concertgebouworkest). L’un des trois orchestres que je préfère au monde (avec Vienne et Berlin) ce qui n’a rien d’original. J’évoquerai demain le premier disque que j’achetai de cet orchestre et de son chef d’alors, Bernard Haitink.

Pour célébrer son 125ème anniversaire, le Concertgebouw a fait les choses en grand. Toute une histoire, des « live » plus passionnants les uns que les autres, captés par la radio néerlandaise, rassemblés en deux coffrets magnifiques, que j’avais renoncé à racheter en raison d’un prix, certes justifié par la qualité des enregistrements, mais dissuasif – comme l’étaient d’ailleurs les premiers coffrets partiels. J’ai finalement trouvé les deux précieux boîtiers à un prix beaucoup plus raisonnable sur www.amazon.co.ukJe m’empresse d’en télécharger le contenu en prévision de mes vacances est-européennes.

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La liste des oeuvres, des solistes, des chefs, donne le vertige. Evidemment les directeurs musicaux successifs, Eduard van Beinum, Bernard Haitink, Riccardo Chailly, Mariss Jansons, tant de grands chefs associés, Monteux, Szell, Dorati, Giulini, Sawallisch, Colin Davis, Kondrachineet cette acoustique miraculeuse.

Une très large place à la musique du XXème siècle, à des compositeurs et artistes hollandais bien peu connus hors des frontières bataves, de grands chefs, Boulez, Jochum, Krips, dans des répertoires qu’ils n’ont jamais servis au disque, des gravures historiques au sens premier du terme, Mengelberg, Furtwängler, Klemperer, Ormandy, Ancerl, des rencontres soliste-chef parfois inattendues, bref ces 152 CD méritent tous qu’on s’y arrête et qu’on parcoure, grâce à eux, la fabuleuse histoire de l’une des plus belles phalanges du monde.

Détails complets du coffret disponibles sur : Bestofclassic : Concertgebouw Amsterdam 125

Des cadeaux intelligents

Nous connaissons tous l’horreur de la question rituelle à l’approche des fêtes de fin d’année : que va-t-on pouvoir offrir à X, quel cadeau original faire à Y ? Et affronter la foule des grands magasins ?

Quelques suggestions personnelles… toutes disponibles sur le Net et sans se ruiner !

D’abord une formidable aubaine : 25 ans d’Europakonzerte de l’Orchestre philharmonique de Berlin25 DVD dans un boîtier format CD (un exemple à suivre, svp Messieurs les distributeurs de DVD !), à moins de 50 €. 51hfw6oqkzl-_sl1200_81adiunl5al-_sl1484_L’idée est née en 1991 de proposer, chaque 1er mai, un concert prestigieux des Berliner dans un lieu ou une salle emblématiques d’Europe. L’affiche de ces concerts – chefs, solistes, programmes – parle d’elle-même. Indispensable !

Autre coffret de DVD, même format, mais plus cher et plus hétéroclite, même s’il restitue l’art multi-facettes du pianiste Daniel Barenboim

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Après une discussion passionnée sur Facebook à propos d’une récente réédition de « live » captés à Dresde sur le chef/compositeur italien Giuseppe Sinopoliprématurément disparu en 2001 à 54 ans, je signale deux coffrets formidables (l’un de 16 CD musique orchestrale et chorale, l’autre de 8 CD concertos) à trouver sur www.amazon.ità des prix inversement proportionnels au talent unique du chef disparu :

71cvmcaiirl-_sl1146_5132aldmcdl(Voir détails des deux coffrets à la fin de cet article)

Une nouveauté qui pourrait passer inaperçue : la 4ème symphonie et le concerto pour violon de Weinberg (1919-1996) dans un boîtier au format livre de poche, et à un prix dérisoire. Un très grand compositeur qu’on commence seulement à redécouvrir et à enregistrer, un magnifique concerto pour violon.

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Dans un registre plus traditionnel en ce temps de Noël, deux jolis disques, qui sortent un peu des sentiers balisés, avec la fine fleur des interprètes français de la jeune génération.

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Trouvé hier chez mon libraire de la rue de Bretagne un excellent ouvrage tout ce qu’il y a de plus sérieux sur une musique qui n’a jamais été très prise au sérieux, l’Easy listening !

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La musique easy listening erre au-dessus de tous les styles musicaux qui existent depuis le XVIIIe siècle jusqu’au début des années 1970. C’est une musique large, sans oeillères, qui va puiser son inspiration à des sources bien dissemblables comme les compositeurs de musique classique, les big bands américains des années 1940, les ensembles gamelan balinais folkloriques, les Beatles, la bossa-nova ou la musique hawaïenne traditionnelle. Elle rassemble des personnages aussi différents que l’illustre Burt Bacharach, l’hypnotique pseudo-Indien Korla Pandit, la diva péruvienne Yma Sumac, le Français Roger Roger, auteur de pastilles musicales pour l’ORTF et de son compère Nino Nardini, ou encore Ennio Morricone, c’est dire la difficulté de recenser tous les représentants de cette famille musicale qui a servi de base de données infinie et de source d’inspiration pour des artistes tels que les Beastie Boys, le Wu-Tang Clan, Stereolab, The Avalanches, Portishead, The Cramps etc. Des ascenseurs et supermarchés au salon des clubs lounge, de l’exotica qui envahit l’Amérique d’après-guerre aux bandes-son des films d’exploitation, cet ouvrage définit les contours d’un genre musical omniprésent et pourtant mal connu. (Présentation de l’éditeur).

Il faut saluer ce travail remarquable, et souhaiter qu’il soit complété par tout un pan de ce qui fait bien partie de l’histoire de l’Easy listening, la profusion de grands orchestres américains, souvent issus de phalanges classiques (Boston Pops, Cincinnati Pops, Hollywood Bowl) ou animés par des musiciens charismatiques (MantovaniXavier Cugat, Frederick Fennell, Morton Gould, etc.).

Et comme, pour la plupart d’entre nous, ce 25 décembre ne sera pas blanc, ce potpourri qui réveille en moi tant de souvenirs d’enfance :

 

  • Coffrets Sinopoli /
  • Orchestral Works (16 CD) Beethoven Symph.9 (Dresde) – Brahms Requiem allemand (Phil.tchèque) – Bruckner Symph.4 & 7 (Dresde) – Tchaikovski Symph.6 & Roméo et Juliette (Philharmonia) – Elgar Variations Enigma & Sérénade cordes & In the South – Maderna Quadrivium & Aura & Biogramma (NDR) – Mahler Symph.5 (Philharmonia) – Mendelssohn Symph.4 (Philharmonia) – Schumann Symph.2 (Vienne) – Moussorgski Tableaux d’une exposition (New York) – Ravel Valses nobles et sentimentales (New York) – Ravel Boléro & Daphnis (Philharmonia) – Debussy La Mer (Philharmonia) – Respighi Pins de Rome, Fontaines de Rome, Fêtes romaines (New York) – Schoenberg La nuit transfigurée & Pelléas et Mélisande – Schubert Symph.8&9 (Dresde) – Sinopoli Lou Salomé (Popp, Carreras, Stuttgart) – R.Strauss Ainsi parlait Zarathoustra (New York) Don Juan (Dresde) Danse des sept voiles (opéra Berlin)
  • Concertos (8 CD) Beethoven Concertos piano 1&2 (Argerich, Philharmonia) – Beethoven Conc.violon & Romances (Mintz, Philharmonia) – Bruch conc.vl.1 + Mendelssohn Conc.vl (Shaham) – Elgar Conc.violoncelle + Tchaikovski Variations Rococo (Maisky) – Manzoni Masse Omaggio a Edgar Varese (Pollini, Berlin) + Schoenberg Symph.de chambre op.9 (Berlin) – Mozart Conc.fl.harpe + Symph.conc.vents (Philharmonia) – Paganini Conc.vl.1 + Saint-Saëns Conc.vl.3 (Shaham, New York) – Sibelius & Tchaikovski Conc.vl (Shaham, Philharmonia)

Suites et conséquences : les Français enfin

Ce n’est pas la durée qui fait l’importance d’une fonction ou d’une responsabilité, c’est les changements qu’on imprime, les initiatives qu’on prend.

Rappelez-vous, la critique musicale n’a eu longtemps de cesse de dénoncer l’absence de musique française et de chefs français dans les programmes des orchestres parisiens, et particulièrement ceux de Radio France. Certes les tubes de Ravel, Debussy, Berlioz et basta.

J’aurai au moins réussi à convaincre les directeurs musicaux et les équipes artistiques des formations de Radio France de se réapproprier des répertoires parfois négligés durant de nombreuses années.

Tout récemment Mikko Franck dirigeait un mémorable concert composé de L’enfant et les sortilèges de Ravel et de l’Enfant prodigue de Debussy (Mikko Franck Ravel et Debussy). 

Mais, compte-tenu des délais de préparation d’une saison, c’est naturellement à partir de la saison 16/17 que les décisions prises de faire une place beaucoup plus importante – et légitime ! – à la musique française notamment dans la programmation de l’Orchestre National de France, produisent leurs effets (La saison 2016/17 de Radio France). Et pour la première fois depuis très longtemps, 6 chefs d’orchestre français sont invités à l’ONF dans une même saison, les mêmes qui font de brillantes carrières dans le monde entier et qui étaient encore rares dans leur pays natal.

A Stéphane Denève l’honneur d’ouvrir le ban avec deux magnifiques programmes exclusivement français (Ibert, Schmitt,  Saint-Saëns, Ravel, Milhaud, Connesson, Poulenc…)

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Stéphane Denève qui avait signé avec Eric Le Sage, Frank Braley et l’orchestre philharmonique de Liège la référence moderne des concertos de Poulenc, qui reste un bestseller souvent réédité par Sony.

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Deux semaines après Stéphane Denève, c’est un autre jeune chef français, Fabien Gabel qui dirige Debussy, Berlioz et Richard Strauss au théâtre des Champs-Elysées (Fabien Gabel / ONF).

Jean-Claude Casadesus continuera de fêter ses 80 printemps avec un programme emblématique (Jean Claude Casadesus / ONF)

Lui succèdera un autre octogénaire, Bernard Haitink, qui a lui-même composé son programme. Eloquent ! Gloria de Poulenc et l’intégrale de Daphnis et Chloé de Ravel !

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Emmanuel Krivine peut bien se permettre des échappées orientales, lui qui a si souvent et excellemment servi la musique française (Krivine / Rachmaninov / Dvorak) et qui continuera, on l’espère de toutes ses forces, à s’en faire le héraut avec l’ONF.

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Au printemps c’est Alain Altinoglu qui avec Anne Gastinel, proposera Prokofiev, Bloch, Dutilleux et Roussel (Altinoglu / ONF / Gastinel).

Puis un beau doublé pour Louis Langrée : une série de représentations de Pelléas et Mélisande au Théâtre des Champs-Elysées (Pelléas et Mélisande / Louis Langrée), et un concert avec Nelson Freire (dans le 4ème concerto de Beethoven) et, en écho à Debussy, le poème symphonique de Schoenberg... Pelléas et Mélisande (Schoenberg / Pelléas / Langrée)

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Du côté de l’Orchestre philharmonique de Radio France, le répertoire français et notamment les compositeurs du XXème siècle ne seront pas négligés, bien au contraire. Et on peut faire confiance à Sofi Jeannin, la cheffe des deux formations vocales de Radio France, le Choeur et la Maîtrise, pour exciter la curiosité du public et lui livrer Fauré, Duruflé, Messiaen, et tant d’autres.

Comme je l’écrivais hier (Suites et conséquences), il faut parfois croire que l’impossible est possible….