Sérénades

Quarante-huit heures se sont écoulées sans qu’on ait à déplorer une nouvelle mort illustre….mais la journée n’est pas terminée !

Profitons-en pour faire écho à un excellent dossier du mensuel britannique Gramophone qui, dans le dernier numéro, brosse un panorama de la sérénade au XXème siècle.

Sérénade, j’aime doublement ce mot, parce qu’il évoque, bien sûr, le soir, la nuit, ces pièces de musique qu’on adresse à la personne aimée ou qui embellissent une fête, mais aussi parce que j’y entends le mot de sérénité, l’idée d’un moment paisible, serein, calme.

Musicalement, c’est aussi l’expression d’une certaine sérénité, de quelque chose d’heureux, de divertissant – au sens où l’on entendait le divertissement, le divertimento, au XVIIIème siècle. La période classique regorge de sérénades et autres divertissements (Haydn, Mozart, même Beethoven).

Au XIXème siècle, le genre devient plus rare, mais Brahms, Dvorak, Tchaikovski, Elgar nous ont laissé quelques chefs-d’oeuvre en forme de… sérénades. Quelques (p)références discographiques :

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Gramophone met l’accent sur quelques Sérénades du XXème siècle, qui s’éloignent parfois beaucoup du caractère joyeux et plaisant des modèles classiques.

Dans un ordre qui n’a rien d’historique, ni de musicologique, qui est simplement celui de mes inclinations, d’abord Benjamin Britten et sa lumineuse et parfois irréelle Sérénade pour cor, ténor et orchestre (1943) écrite pour l’ami Dennis Brain, corniste prodige, tragiquement disparu à 36 ans en 1957 dans un accident de la route, et le compagnon et fidèle interprète, le ténor Peter Pears.

Evidemment la version du compositeur fait référence, mais j’ai une tendresse particulière pour la vision de Giulini, servie par le cor merveilleux de Dale Clevenger, qui a tenu le premier pupitre de l’orchestre de Chicago de 1966 à 2013 (!) et la voix idéale de Robert Tear.

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Leonard Bernstein a, lui aussi, intitulé Sérénade ce qui est en réalité un concerto pour violon en cinq mouvements (1954) d’après le Banquet de Platon. La version du dédicataire, Isaac Stern, accompagné par le compositeur est évidemment à connaître, même si d’autres violonistes ont donné plus de force et d’intensité à l’oeuvre (comme Gidon Kremer toujours avec Bernstein, ou plus récemment Hilary Hahn)

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Les Scandinaves ont le privilège d’avoir les nuits extrêmes, les plus longues en hiver, les plus claires en été, et leurs compositeurs ont l’inspiration féconde

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Ralph Vaughan Williams, le grand symphoniste anglais du XXème siècle, qui reste scandaleusement méconnu, voire méprisé sur le Continent, a composé deux versions de sa Serenade to Music, d’abord pour 16 solistes vocaux et orchestre, puis pour choeur, évidemment directement inspirée de la dispute sur la musique du Marchand de Venise de Shakespeare. Dans l’une et l’autre version, c’est une oeuvre puissante, profondément émouvante. Deux très grands disques indispensables : Bernstein et Boult.

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Happy Birthday

Il a soixante-dix ans aujourd’hui et on a l’impression d’avoir toujours vécu avec lui. Comme l’écrit Renaud Capuçon dans les notes de présentation de l’un des deux considérables coffrets qui lui sont consacrés.

Happy birthday Mister Perlman !

Comme son contemporain Daniel Barenboim, Itzhak Perlman a beaucoup, énormément enregistré pour tous les grands labels, surtout EMI (devenu Warner) et Deutsche Grammophon.

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Je laisserai aux critiques patentés le soin de caractériser par les mots idoines l’art et le jeu de Perlman. 

Mes oreilles se sont habituées depuis l’adolescence à un son pur et chaleureux, à un très beau violon toujours sensuel, jamais vulgaire. Et dans les partitions très techniques (Paganini, Wieniawski) une virtuosité qui ne vise pas l’épate.

Se livrer au jeu des comparaisons serait aussi ridicule que fastidieux.

Cela étant, on n’est pas obligé de souscrire à la totalité de ces propositions, tout n’est pas de la même eau, en partie à cause des accompagnateurs. Quand Giulini sert Beethoven et Brahms aux mêmes hauteurs que son soliste, cela donne des versions de référence. Quand Previn, Foster ou Barenboim sont à la manoeuvre, on n’est pas toujours dans l’élan, la souplesse et la légèreté, parfois même on entend la rapidité de la mise en boîte.

Dans le coffret DG, peu de doublons avec la somme EMI – sauf les concertos de Mozart – plutôt des compléments, Berg, Stravinsky, Lalo, et un couplage inattendu du concerto de Tchaikovski et du 1er concerto de Chostakovitch où Perlman dirige le jeune Ilia Gringolts. Mais surtout deux intégrales que j’ai toujours beaucoup aimées des Sonates pour violon et piano de Beethoven avec Vladimir Ashkenazy, naguère parues chez Decca, et des Sonates pour violon et piano de Mozart avec Barenboim.

Bel hommage à un artiste rayonnant, de ceux qui donnent envie d’aimer la musique.

Centenaires

Beaucoup de centenaires à commémorer cette année, à commencer par le début de la Première Guerre mondiale comme nul ne peut l’ignorer !

Dans le domaine musical, la liste est assez impressionnante, mais tous les centenaires n’ont pas été célébrés de la même manière, tant s’en faut.

Carlo Maria Giulini (1914-2005)a eu droit à tous les honneurs – et c’est justice – (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/04/26/vieux-sages/)Image

En revanche, rien d’organisé ni de cohérent pour Kirill Kondrachine (1914-1981). Quelques rééditions Melodia, mais rien de prévu du côté de Decca (ex-Philips) notamment une série de « live » fabuleux parus jadis dans une édition « Collector ». Lire : https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/03/06/centenaire-russe/

Pour Rafael Kubelik (1914-1996), un coffret symphonique bienvenu chez DGG (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2014/06/15/kubelik-symphonique-8214333.html)

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Rien ou si peu, en revanche, pour le grand chef polonais Witold Rowicki (1914-1986), à part une belle intégrale des Symphonies de Dvorak

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Félicitations en revanche à Deutsche Grammophon pour la réédition complète annoncée des enregistrements réalisés pour le label jaune par l’un des plus grands artistes du XXème siècle, le chef hongrois Ferenc Fricsay né le 31 juillet 1914, mort beaucoup trop jeune après une terrible maladie le 20 février 1963.

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Trois grands pianistes, nés en 1914, ont eu droit à un hommage discographique bienvenu, sinon exhaustif. Annie Fischer, Witold Malcuzynski, Jorge Bolet.

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Et puis petit clin d’oeil à la doyenne d’une prestigieuse famille, Gisèle Casadesus, à son fils Jean-Claude, et à ses arrière-petits-fils les très doués musiciens de jazz David et Thomas Enhco

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