Le discours d’un roi

Une semaine après la France, nos amis belges célèbrent aujourd’hui leur fête nationale. Dans la douleur du terrible souvenir des attentats du 22 mars. Le roi Philippe a prononcé hier soir une allocution tout sauf convenue ou banale. Un grand discours, qu’on aurait aimé entendre de la part de nos responsables politiques français ces derniers jours. Un message de courage et d’espoir : Le discours du roi des Belges.

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Comme si l’histoire se jouait des agendas et des souvenirs, c’est ce même 22 mars 2016 que j’avais vu pour la dernière fois sur scène Natalie Dessay, dans un rôle étonnant sur la scène du Châtelet : Une tragédie, une Passion.

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Quatre mois plus tard, je retrouvais Natalie Dessay hier soir à Montpellier, venue chanter quelques Lieder de Mendelssohn avec son partenaire Philippe Cassard, au milieu d’un concert de l’Orchestre de chambre de Paris tout entier voué au compositeur du Songe d’une nuit d’été. 

13709822_10153801301112602_6805704933239361760_n(de gauche à droite, Douglas Boyd, Philippe Cassard, Natalie Dessay, Jean Pierre Rousseau)

 

Rattrapés par l’actualité

Après un week-end plutôt agité (La réponse de la musique), on s’attendait à un début de semaine plus serein. C’était sans compter avec un…camion. Sans rapport avec celui qui a fait la macabre actualité du 14 juillet. Mais chargé d’une cargaison indispensable.

Tous les musiciens étaient pourtant présents dès les premières heures de ce lundi : Martin Grubinger père et fils, AlexGeorgiev, trois percussionnistes de haut vol, ainsi que Ferhan et Ferzan Önder, les pianistes jumelles turques.

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Mais tout le dispositif considérable de percussions nécessaire au concert du soir ? Pas arrivé à Montpellier. La raison ? le patron de l’entreprise de transport qui devait convoyer les instruments de Vienne à Montpellier avait décalé d’un jour le départ de ses chauffeurs, sans prévenir personne. Le camion, à la mi-journée, était encore dans les environs de Gênes en Italie. Il fallut donc envisager toutes les hypothèses, dont celle de ne pas jouer les oeuvres (en création française) de Tan Dun (Tears of Nature) et de Fazil Say (Gezi Park I). On passe sur les sentiments des uns et des autres… Dans ce genre de situations, indispensable de garder son sang-froid et de réduire le stress ambiant !

Et pour compliquer la donne, France Musique et d’autres radios de l’UER diffusaient le concert en direct. D’où balance son préalable !

Bref, le fameux camion finit par accoster au Corum à 18h30, soit 90 minutes avant le début du concert. Nos trois percussionnistes, aidés d’une armada impressionnante de techniciens, avaient achevé de disposer leurs instruments à 19h15, vingt minutes de répétition et de balance son du Tan Dun. 

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Mais impossible de répéter l’oeuvre de Fazil Say et de prendre le risque de la diffuser en direct. France Musique devrait la proposer en podcast. Le public nombreux de Montpellier a, lui, été envoûté par la puissance évocatrice de la pièce du pianiste/compositeur turc qui relate la répression qui s’était abattue sur de paisibles manifestants dans Gezi Park à Istanbul en 2013. Trois ans plus tard, le faux coup d’Etat manigancé par Erdogan résonnait tragiquement à nos oreilles.

Bref, jusqu’à la dernière minute, tous ont essayé de sauver l’essentiel de ce concert-fleuve,  même si la Sonate de Bartok pour deux pianos et percussions, annoncée dans les programmes, a dû passer à la trappe.

Et sans doute à cause de l’extrême tension de la journée, la soirée fut de celles qui s’inscrivent dans la mémoire des mélomanes et d’un festival.

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(Ferhan et Ferzan Önder, Alex Georgiev, Martin Grubinger junior et senior)

Entre deux démonstrations de virtuosité, l’ensemble Canticum Novum nous avait ramenés aux sources de la musique ottomane des XVIème et XVIIème siècles…IMG_3896L’actualité nous rattrapait aussi au dîner qui suivit le concert. Tandis que les trois percussionnistes rempaquetaient tout le matériel, les deux soeurs pianistes profitèrent de la douceur de la nuit montpelliéraine pour reprendre des forces. Ferzan me racontait qu’elle et son mari (Martin Grubinger) hébergeaient depuis plusieurs mois dans leur  maison des environs de Vienne, un réfugié syrien, qui s’était parfaitement intégré, était devenu en peu de temps un fameux cuisinier, mais demeurait séparé de sa femme et de ses enfants qui étaient toujours bloqués en Turquie. Cet homme charmant, devenu un ami du couple, ne convenant pas à la femme de ménage (autrichienne) de Ferzan, celle-ci refuse de le voir, de nettoyer sa chambre et ses affaires, parce que « vous comprenez Madame, mon mari est au chômage et je ne vois pas pourquoi on accueille des étrangers qui nous coûtent cher »…. C’est bien l’Autriche en effet qui a failli élire un président de la République d’extrême droite il y a quelques semaines…

La réponse de la musique

Le seul avantage d’un agenda surchargé est d’éviter les flots de commentaires, tous médias confondus, sur l’actualité. Je ne pensais pas tout de même que ce que je prévoyais dans Emotion et impudeur serait à ce point avéré. Il y a, heureusement, des journalistes qui remettent l’actualité en perspective, comme cet éditorialiste de Ouest-France : Attentat de Nice ; un grand moment de médiocrité politique

À Montpellier, nous avons choisi d’opposer à la barbarie, au massacre des innocents, la seule réponse qui vaille, celle de la Culture, et de la Musique. Même si nous avons parfois dû affronter des positions surprenantes au nom du deuil national proclamé pendant ces trois derniers jours. Les préfets avaient demandé aux collectivités locales de renoncer aux « festivités » prévues, certains, heureusement peu nombreux, ont fait pour le moins une interprétation extensive de ces consignes en supprimant les concerts, là où il n’y avait aucun risque quant à la sécurité…

Ce samedi deux beaux rendez-vous étaient prévus, s’y est rajouté un troisième décidé in extremis

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En ces temps troublés, la présence de Menahem Pressler (93 ans) revêtait une importance particulière, et le public l’a bien ressenti, qui a fait salle comble. Après que le doyen des pianistes en exercice nous eût joué, comme dans un rêve de sonorités liquides, le Rondo en la mineur de Mozart, les Estampes de Debussy et la 3ème Ballade de Chopin, ainsi qu’en bis, le nocturne en do dièse mineur et une mazurka en la mineur du même Chopin, je tentai le pari, impossible à tenir en une petite heure, de lui faire évoquer les grandes heures de sa prodigieuse existence. Une leçon de vie pour les hommes de ce temps en quête d’espérance !

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(Après le concert, rencontre impromptue entre Menahem Pressler et Michel Dalberto, qui prépare toute une journée et une soirée consacrée à Brahms ce mardi 19 juillet)

À 20 h, à l’Opéra Comédie, la Maîtrise de Radio France et Sofi Jeannin régalaient un public très familial des aventures de Marco Polo et la Princesse de Chine d’Isabelle Aboulker.

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Et à 21h30 les musiciens de l’Orchestre national de Montpellier et leur chef Paul Daniel, empêchés de se produire à Perpignan pour cause d’annulation intempestive, avaient décidé de jouer à Montpellier cette Cinquième symphonie de Beethoven qu’ils avaient donnée la veille à Mende. Toutes les équipes s’étaient mobilisées pour organiser dans les meilleures conditions ce concert imprévu, France Musique bouleversait sa grille de programmes pour le diffuser en direct, et la foule des citoyens de Montpellier et d’ailleurs emplissait la grande nef de l’opéra Berlioz du Corum. Partageant le message universel de Beethoven, de liberté et de fraternité humaines. Quelques grincheux n’ont pas compris que l’on ne joue pas des musiques tristes ou funèbres, l’affirmation beethovénienne du triomphe de la vie sur les coups du destin, ce finale éclatant de la 5ème symphonie, disaient au contraire avec force notre compassion avec les victimes de Nice et notre espérance d’un monde qui résiste à la barbarie.

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Emotion et impudeur

Comme si les faits eux-mêmes n’étaient pas assez tragiques, insupportables, éprouvants, l’écoeurement gagne quand on lit, par exemple, sur le site d’une grande radio : « Emouvants hommages » à propos non pas des victimes, mais des témoignages qui s’expriment dans le monde à la suite de l’attentat de Nice. Et les médias vont de nouveau se précipiter, micro et caméra à la main, pour recueillir tous ces émouvants témoignages, ou les témoignages de l’émotion…

L’impudeur est tout autant du côté des réactions politiques, le parti des « y a qu’à » et des « faut qu’on » n’a jamais aussi largement rassemblé. Ils ont tous, après coup, leur solution pour arrêter un 38 tonnes lancé à pleine vitesse, ou priver de liberté tout éventuel possible potentiel futur hypothétique terroriste…

Le moindre des respects qu’on doive aux victimes de Nice, de Bagdad, d’Istanbul, de Bruxelles, de Paris et de tant d’autres lieux martyrs, c’est la pudeur.

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Ce soir, sur décision bien compréhensible des autorités locales, le concert FIP qui devait avoir lieu sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Montpellier a été annulé. Mais le Zoroastre de Rameau dirigé par Raphael Pichon avec son ensemble Pygmalion aura bien lieu dans la grande salle Berlioz du Corum (en direct sur France Musique). Parce que la Musique est la meilleure, la seule réponse, à l’horreur du monde.

L’invitation au voyage

J’avais prévenu, ce blog prendrait quelques libertés avec la régularité. Pas eu le temps de souffler depuis 72 heures. Les réseaux sociaux et les médias ont largement rendu compte de ce qui m’a occupé, et qui valait bien qu’on y consacre toute son énergie et tout son temps.

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Quelques photos, quelques échos, tout sourire,  de ces premiers jours de festival. Heureux que le public ait répondu si nombreux et si enthousiaste à l’invitation au Voyage d’Orient que nous lui avons lancée.

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(Avec Karine Deshayes et Lambert Wilson, soliste et récitant du concert d’ouverture du 11 juillet / Photo Marc Ginot)ON-Capitole-Toulouse-Festival-RF-1(Lucas Debargue, Andris Poga et l’orchestre national du Capitole de Toulouse hier soir)

CnLqw2wWcAUPOQn.jpg-large(Enguerrand de Hys, Stéphanie Varnerin, Rémy Mathieu, Jean Gabriel Saint-Martin irrésistibles dans Ba-Ta-Clan d’Offenbach, sous la houlette de Jean-Christophe Keck)

Regarder  Le Festival vu par France 3 et de nombreuses photos sur le site du Festival.

Un conseil pour ceux qui ne sont pas à Montpellier ou dans la région : écouter ou réécouter les concerts du Festival sur France Musique

 

 

La musique en son royaume

La nouvelle, tombée ce matin, n’avait aucune chance de faire la une de quelque journal que ce soit, et pourtant celui qui vient de disparaître est de ces personnalités rares, de plus en plus rares.Harry Halbreich, né le 9 février 1931 à Berlin, s’est éteint doucement chez lui à Bruxelles la nuit dernière.

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J’ai eu la chance de le connaître – un peu – surtout pendant mes années belges, je le voyais presque toujours au concert au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles, souvent ronchon, rarement satisfait, mais toujours en alerte, en avance d’une curiosité, d’une découverte ou d’une redécouverte, avec des enthousiasmes de jeune homme pour telle partition, tel compositeur oublié. Un côté professeur Nimbus, au savoir encyclopédique.

Il ne se gênait pas pour eugueuler tel programmateur, tel directeur de festival. Il avait aussi des obsessions. Je n’avais pas imaginé, il y a une dizaine d’années, qu’en inscrivant au programme d’un concert de l’Orchestre Philharmonique de Liège, la Première symphonie d’Albéric Magnard (sous la direction du chef russe Alexandre Dmitriev), que je lui procurerais une telle joie ! C’était, selon lui, la première belge de l’oeuvre, et il savait de quoi, de qui il parlait.

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Il faut bien dire que le puits de science qu’était Harry Halbreich pouvait parfois agacer, voire indisposer, par son caractère rocailleux, ceux avec qui il travaillait – il avait toujours raison, et eux tort ! -. Le responsable musical du Palais des Beaux-Arts qui était un peu sa tête de Turc soupirant un jour « heureusement qu’il n’y en pas deux comme lui », je ne pus m’empêcher de prolonger : « Et pourtant ce n’est qu’un demi-royaume (Halb Reich !)« , songeant au mot célèbre de Sacha Guitry à l’issue de la première de la très longue pièce de Claudel Le soulier de satin : « Heureusement qu’il n’y avait  pas la paire ».

Harry Halbreich et son joyeux encylopédisme vont manquer aux auditeurs de Musiq3, de France Musique. il nous reste ses ouvrages de référence sur quelques-uns des grands compositeurs du XXème siècle.

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Collier de perles

La tragédie s’invitant chaque jour ou presque à la une de nos médias, il faut se dépêcher de repérer dans l’actualité les raisons de sourire.

Quelques perles toutes récentes :

Une jeune femme plutôt stressée qui m’interviewait à propos du prochain Festival de Montpellier, à qui j’annonçais une grande soirée Carmina Burana : « Ah oui une très belle artiste » !

Ce matin, dans Télématin sur France 2, une journaliste présentant un reportage sur la vente de vinyles de la discothèque de Radio France, explique que tous ces disques ont alimenté les antennes de Radio France, comme « de la musique brésilienne sur FIP, Benjamin Biolay sur France Inter, ou bien évidemment les disques classiques sur… Radio Classique (sic) ». C’est évidemment de France Musique qu’il s’agit. Mais la confusion entre la chaîne publique et la radio privée n’est ni rare ni récente. Au point que je me suis toujours demandé, lorsqu’on recevait les chiffres d’audience mesurés par Médiamétrie, si les « sondés » ne faisaient pas eux-mêmes souvent la confusion. Un ancien responsable de France Musique me disait ce matin qu’il recevait souvent… à Radio France des mails adressés à Radio Classique !

France Musique

Or, bien qu’on s’en défende dans le service public, les chiffres, et plus encore, les courbes d’audience sont forcément prises en considération…

Dans un autre registre, cette phrase dans le texte accompagnant un nouveau disque de symphonies de Tchaikovski. À propos de la première symphonie du compositeur russe : « Coïncidant avec la période où il commençait à accepter son homosexualité, il eut du mal à maîtriser les complexités de la forme symphonique ». La grammaire et la logique étant doublement blessées, j’ai recherché l’original anglais : « Coinciding with the period in which he was coming to terms with his homesexuality, he struggled to cope with the complexities of symphonic form ». La traduction n’est plus en cause, mais le rapport entre la prise de conscience de sa sexualité et la difficulté de Tchaikovski de venir à bout d’une grande symphonie, continue de m’échapper. De manière générale, j’ai du mal avec ce genre d’explications sociologico-psychologiques d’une oeuvre de création…

Reste à écouter cette première et juvénile symphonie…

… par exemple dans la version magnifique de Lorin Maazel qui me l’avait fait découvrir.

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Bravo Maestro

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S’il y a un terme qui m’a toujours paru déplacé, voire ridicule, lorsqu’il est utilisé en français, mais qui, hier soir, était pleinement justifié, c’est celui de Maestro. À un chef d’orchestre italien qui nous a enthousiasmé, on peut en effet dire Bravo Maestro ! ou comme on le ferait à La Scala de Milan ou dans les Arènes de Vérone, crier Viva il maestro !.

C’était ce jeudi le dernier concert officiel de Daniele Gatti en tant que directeur musical de l’Orchestre National de France. Réussite complète sur toute la ligne. Le programme d’abord, choisi par le chef, donnant dans la gravité plus que dans la fantaisie, et d’une rareté bienvenue : la Troisième symphonie d’Honegger dite « Liturgique »et la cantate Alexandre Nevski de Prokofiev. On reviendra sur chacune de ces oeuvres.

Si l’heure est aux hommages et aux compliments, il faut reconnaître que ni le chef ni l’orchestre n’ont été épargnés par la critique pendant leur aventure commune de huit saisons. Hier, comme en maintes autres occasions, l’ONF et Daniele Gatti ont prouvé que, dans le répertoire génétique de l’orchestre, ils sont exceptionnels. J’ai rarement entendu Honegger aussi puissant et émouvant, et dans Prokofiev un orchestre scintillant, virtuose, et un Choeur de Radio France à son meilleur dans cette exaltation de la grande Russie.

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La longue ovation d’un auditorium de Radio France comble a salué l’inoubliable performance d’Olga Borodina, du choeur, de l’orchestre et du directeur musical partant.

Daniele Gatti en a manifestement été touché ! Bravo Maestro et à bientôt à Amsterdam !

Série noire (suite)

Il y a peu de chances que la nouvelle fasse l’ouverture des journaux télévisés ou provoque une émotion mondiale (vous  vous rappelez ? https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/11/la-dictature-de-lemotion/). Pourtant c’est un personnage considérable qui vient de nous quitter : Philippe Beaussant, écrivain, musicologue, membre de l’Académie française, est mort hier à 86 ans (http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/philippe-beaussant).

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Philippe Beaussant a été, avec Jacques Merlet, celui qui, sur France Musique, a initié l’adolescent que j’étais à la musique du Grand Siècle, qui m’a fait aimer Versailles, et Lully, et Louis XIV. Un érudit dans l’acception classique du terme.

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C’est évidemment par le film de Gérard Corbiau Le Roi danse, inspiré par sa biographie de Lully (Lully ou le musicien du Soleil –Grasset 1992) que Beaussant connaît une célébrité relative.

 

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Très fort le titre du Parisien : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-culture/mort-de-l-academicien-philippe-beaussant-specialiste-de-la-musique-barroque-08-05-2016-5777795.php.  !

 

Hommages, dommages

Et rebelote !

« C’est la dictature de l’émotion, ajoutée à celle de l’hyperbole. Tout disparu devient immédiatement le plus grand, le plus mythique, le plus célèbre » (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/11/la-dictature-de-lemotion/)

Nikolaus Harnoncourt avait à peine rendu son dernier souffle (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/06/pour-leternite/) que les hommages déferlaient. Tout à fait justifiés s’agissant d’une personnalité de ce calibre. Mais pas n’importe comment.

Gaëtan Naulleau (Diapason), qui est intervenu avec beaucoup de justesse et de compétence sur l’antenne de France Musique, écrit cet après-midi sur Facebook : « Peut-on écrire d’un interprète, même réformateur de génie comme le fut Nikolaus Harnoncourt, qu’il fut un « créateur de génie ». Vaste débat (lui aurait bien sûr refusé l’expression, sans appel), invité impromptu dans l’hommage de la Ministre. 
Maladroit aussi, le détour pro domo par la « démocratisation culturelle », qui n’était vraiment pas le credo d’Harnoncourt. Et laborieuse, que la première phrase est laborieuse (« incarnait le sommet d’une culture et d’un esprit. »). C’est à un communiqué de la ministre française de la Culture qu’il fait allusion. On n’ira pas plus loin…

Mais on se demande à qui et à quoi servent ces déclarations officielles, qui sont comme des figures obligées après le décès d’une personnalité ? Déclarations certes calibrées en fonction de l’exposition médiatique des personnalités concernées. Pas une voix n’avait manqué pour marquer la disparition de Michel Delpech en début d’année, Pierre Boulez aussi, mais on se rappelle que la mort de Dutilleux n’avait suscité aucun hommage présidentiel ou ministériel…

On a dû penser que bien qu’autrichien, né à Berlin et non à Graz comme le dit le communiqué ministériel, Harnoncourt avait une célébrité suffisante pour qu’on se fende d’un compliment.

Mais le manque de discernement ou de mesure n’est pas l’apanage des officiels, tout le monde se croit obligé de réagir en termes dithyrambiques à une disparition qui émeut justement ceux qui admiraient le grand chef. L’exagération ou la surenchère sont les ennemis du respect et de la révérence. Bref, rien de nouveau…

Heureusement, on peut réécouter Harnoncourt, sans perdre son sens critique, aimer passionnément ou rejeter tel ou tel parti interprétatif. Et puis lire ou relire le dernier opus du chef qui était aussi un penseur de la musique, dans la pertinente traduction de Sylvain Fort.

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