Jeudi, Daniele Gatti et le Requiem de Verdi au théâtre des Champs Elysées (Immortel requiem), vendredi, faute d’avoir pu aller revoir Hamlet à l’Opéra Comique (Il ne faut pas croire Chabrier) – regrets avivés par les échos unanimes que j’en ai – je m’étais promis d’aller entendre Louis Langrée à la Seine Musicale, avec l’Orchestre des Champs-Elysées et un joli programme de musique française (Bizet, Saint-Saëns). Rendez-vous manqué, pour cause de méforme passagère.
John Eliot Gardiner, dont Louis Langrée fut l’assistant à l’Opéra de Lyon, assistait à la dernière d’Hamlet (Photo @Chrysoline Dupont/Twitter)
Heureusement hier soir j’ai pu me rendre à la Maison de la Radio et de la Musique, où je n’avais pas remis les pieds depuis plusieurs semaines :
Et retrouver justement un chef (Le jardinier de la musique) qu’on avait laissé, conquis, bouleversé, à La Côte Saint-André en août 2018, dirigeant des cantates de Bach. Et un soliste, Antoine Tamestit, qu’on n’a plus jamais perdu de vue, depuis une stratosphérique Symphonie concertante de Mozart en janvier 2006 à Liège. Je ne suis pas sûr d’avoir déjà raconté les circonstances de cette première rencontre : le magnifique violoniste Frank Peter Zimmermann, qui était un peu un abonné de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, et que nous avions sollicité pour le festival Mozart dirigé par Louis Langrée, nous avait dit : « Je ne le connais pas encore, mais j’aimerais bien qu’on invite Antoine Tamestit à mes côtés ». C’est peu dire que ce fut un coup de foudre entre les deux solistes, entre Antoine et le chef, avec le public. Et, même à distance, entre l’altiste et moi, une amitié admirative qui m’a souvent fait regretter de manquer tel ou tel de ses concerts..
Un grand souvenir
A La Côte Saint-André, en 2018, je n’avais pu assister, justement, au concert de l’Orchestre révolutionnaire et romantique dirigé par John Eliot Gardiner, où Antoine Tamestit devait jouer cette oeuvre si étrange de Berlioz, sa « symphonie avec alto principal », Harold en Italie.
Hier soir, dans le cadre chaleureux de l’Auditorium de la Maison de la Radio et de la Musique, d’abord on rattrapa les souvenirs perdus, et on eut le sentiment d’une plénitude rare.
Ce miraculeux Harold est heureusement à (ré)écouter sur francemusique.fr.
Manifestement l’entente entre le chef anglais – qui fêtera ses 80 ans l’an prochain – et l’Orchestre philharmonique de Radio France produit des étincelles autant dans Berlioz, qui n’est pas la partition la plus facile à diriger, que dans la seconde partie du programme.
Elgar dans le sud
J’ai raconté mes vacances d’entre deux confinements en 2020 :Italie 2020, et notamment ma visite d’une charmante cité balnéaire de Ligurie, Alassio : C’est au cours de l’hiver 1903/1904 qu’Elgar séjourne à Alassio. Dans l’une des nombreuses lettres qu’il adresse à son ami August Johannes Jaeger– qu’il surnomme affectueusement Nimrod, du titre qu’il a donné à la fameuse neuvième variation des Enigma Variations– il écrit, à Noël 1903 : « …This place is jolly – real Italian and no nursemaids calling out ‘Now, Master Johnny!’ like that anglicised Bordighera!…Our cook is an angel…We have such meals! Such Wine! Gosh!… » Plus tard il écrira : “Then in a flash, it all came to me – the conflict of the armies on that very spot long ago, where I now stood – the contrast of the ruin and the shepherd – and then, all of a sudden, I came back to reality. In that time I had composed the overture – the rest was merely writing it down.” (extrait de mon billet du 25 août 2020)
Je n’avais jamais entendu ce poème symphonique d’Elgar – In the South – en concert (pas difficile puisque la musique anglaise n’est quasiment jamais programmée en France ! on se rattrapera avec la prochaine édition du Festival Radio France). Encore moins l’oeuvre qui terminait le concert : Sospiri.
Merci Sir John Eliot ! Revenez à Paris dès que vous pouvez.
Même en prenant de l’âge – ce que la nature se charge de me rappeler (Une expérience singulière) – je n’éprouve pas la nostalgie ou le regret du temps enfui, du « c’était mieux avant ».
Et pourtant surgissent, de temps à autre, des bouffées de souvenirs qui ramènent à la douceur des choses, ravivent de belles émotions.
Ainsi la mort de René de Obaldia, disparu à l’âge respectable de 103 ans, m’évoque immédiatement la figure de sa première épouse, Mildred Clary (1931-2010), une inoubliable voix de France Musique, une femme lumineuse que j’ai beaucoup aimée.
Olivier Greif chez Mildred Clary
Dans le portrait que j’avais fait d’elle (France Musique : les fortes têtes), je n’avais pas raconté ce qui fut ma dernière rencontre avec elle. Mildred m’avait invité dans son tout petit appartement de la rue Aubriot, dans le Marais, pour un dîner qui réunissait, entre autres, le compositeur Olivier Greif – quelques semaines avant sa brutale disparition – le chef de choeur anglais John Poole (qui avait animé le Groupe vocal de France). Un dîner délicieux comme notre hôtesse. A plusieurs reprises, Mildred Clary me réinvita, mais mon activité à Liège ne m’a plus jamais permis d’honorer ses invitations, et c’est avec une infinie tristesse et d’infinis regrets que j’appris son décès en 2010 après une brève et foudroyante maladie.
Olivier Greif est un compositeur, une personnalité hors normes, et surtout hors dogmes, et il est heureux qu’il soit toujours admiré, joué, par toutes les générations d’artistes.
Le Balzar n’est plus ce qu’il était
Longtemps leBalzar, à côté de la Sorbonne, dans le Quartier Latin à Paris, a été l’une de mes tables régulières. Non pas parce que la cuisine y est exceptionnelle, mais parce que le personnel – maîtres d’hôtel, garçons – formait une chaleureuse équipe et que s’y retrouvaient quelques figures connues. On se rappelle avoir souvent côtoyé Jean Tulard, avoir voisiné avec Bernard Pivot, aperçu Jean-Noël Jeanneney, l’académicien aujourd’hui disparu, Marc Fumaroli, et même à deux reprises Micheline Presle !
Et puis la crise sanitaire, une activité moins parisienne pour moi, ont espacé mes visites. Je suis retourné au Balzar mercredi à l’invitation d’amis chers. Et, en dehors du décor qui n’a heureusement pas changé, je n’ai quasiment rien retrouvé de ce que j’aimais dans ce lieu. Un service déplorable (un serveur masque baissé à qui il fallait demander et redemander de l’eau, du pain, des couverts et qui semblait n’en avoir « rien à cirer »). La clientèle habituelle semblait aussi avoir déserté. Même le traditionnel baba au rhum paraissait plus fade…
Je vais me consoler de cette étrange impression en lisant le nouveau Pivot :
Il n’y a pas de hasard, juste les coïncidences du cœur.
Je reçois ce matin ce beau coffret, commandé il y a plusieurs semaines :
Et c’est ce mercredi que Frédéric Lodéon fête ses 70 ans, que France Musique lui a consacré une journée spéciale.
À mon tour de souhaiter un joyeux anniversaire à l’ami Frédéric !
Et de nous réjouir de retrouver enfin rassemblés ces formidables enregistrements du jeune Lodéon. Je pensais les avoir tous, j’en découvre que j’ignorais.
Le moment n’est plus à regretter que Frédéric ait lâché trop tôt son violoncelle, il est resté le musicien enthousiaste, le passeur de musique qui a donné envie à des millions d’auditeurs de France Inter puis de France Musique et de téléspectateurs sur France 3 et lors des Victoires de la musique classique. Tous ceux-là vont pouvoir maintenant découvrir ou redécouvrir l’archet vibrant, la chaleur du violoncelle de Frédéric Lodéon, le plus souvent entouré de ses amis ! Quelle bande magnifique, la si regrettée Daria Hovora, Pierre Amoyal, Augustin Dumay, Jean-Philippe Collard…
Et cerise sur le gâteau : c’est Frédéric Lodéon lui-même qui signe le texte du livret à la première personne. C’est évidemment passionnant d’abord parce qu’il décrit les coulisses de cette série d’enregistrements, le choix des répertoires et des partenaires, il présente ainsi chaque disque – on l’imagine le faisant à la radio ! –
Détails du coffret :
Strauss, R: Cello Sonata in F major, Op. 6
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Prokofiev: Cello Sonata in C major, Op. 119
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Haydn: Cello Concerto No. 2 in D major, Hob. VIIb:2 (Op. 101)
Frédéric Lodéon (cello)
Bournemouth Sinfonietta Orchestra
Theodor Guschlbauer
Haydn: Cello Concerto No. 1 in C major, Hob. VIIb:1
Frédéric Lodéon (cello)
Bournemouth Sinfonietta Orchestra
Theodor Guschlbauer
Mendelssohn: Cello Sonata No. 1 in B flat major, Op. 45
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Mendelssohn: Cello Sonata No. 2 in D major, Op. 58
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Boccherini: Cello Concerto No. 9 in B flat major, G482
Frédéric Lodéon (cello)
Bournemouth Sinfonietta Orchestra
Theodor Guschlbauer
Boccherini: Cello Concerto No. 10 in D major, G483
Frédéric Lodéon (cello)
Bournemouth Sinfonietta Orchestra
Theodor Guschlbauer
Mendelssohn: Piano Trio No. 1 in D minor, Op. 49
Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)
Mendelssohn: Piano Trio No. 2 in C minor, Op. 66
Frédéric Lodéon (cello), Pierre Amoyal (violin), Anne Queffélec (piano)
Schumann: Fantasiestücke, Op. 73
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Schumann: Adagio and Allegro in A flat major, Op. 70
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Schumann: Stücke im Volkston (5), Op. 102
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Schumann: Träumerei (from Kinderszenen, Op. 15)
Frédéric Lodéon (cello), Daria Hovora (piano)
Brahms: Clarinet Trio in A minor, Op. 114
Frédéric Lodéon (cello), Michel Portal (clarinet), Michel Dalberto (piano)
L’Orchestre national de France et son chef Cristian Măcelaru – ainsi que le Choeur de Radio France – ont bien fait les choses pour commémorer le centenaire de la mort de Camille Saint-Saëns : ce soir à 20h à l’auditorium de Radio France, en direct sur France Musique, ils donnent du très connu – la Troisième symphonie avec orgue – Olivier Latry étant à la console des grandes orgues de l’auditorium – et de l’inconnu, le Requiem, composé en huit jours à Berne , dédié à un généreux donateur, Albert Libon, et créé le 22 mai 1878 à l’église Saint-Sulpice de Paris.
Pour notre part, nous allons clore ici une série commencée en septembre dernier (Saint-Saëns #100) avec quelques pépites discographiques (qui s’ajoutent à toutes celles qu’on a dénombrées dans les articles précédents !)
Avec ou sans S ?
Mais d’abord une interrogation musicologique et linguistique de la plus haute importance : faut-il ou non prononcer le « s » final du nom Saint-Saëns ? Aujourd’hui tout le monde prononce « sens », et pas « cent ». Pourtant le propre père de Camille tenait, semble-t-il, à ce qu’on ne prononçât point cette finale. À cause de l’histoire !
La très jolie petite ville normande deSaint-Saëns, aujourd’hui située en Seine-Maritime, doit son nom au moine irlandais Saen (en gaélique ancien, il correspond au prénom « Jean ») qui, vers l’an 675, fonda un monastère sur les rives de la Varenne, en lisière de la forêt d’Eawy, d’où naquit le bourg qui porte depuis son nom. Le « S » final est une adjonction récente apparue au XVIIème siècle. Et malgré ladite adjonction, jusqu’au XIXème siècle, on a continué de dire « cent », et non « sens ».
Le Carnaval de Karl B.
Pour être inattendue, cette version n’en est pas moins ma préférée, et Dieu sait s’il y a d’excellentes versions du Carnaval des animaux.
Oui Karl Böhm lui-même n’a pas craint d’enregistrer avec l’Orchestre philharmonique de Vienne, la version de référence de cette plaisanterie musicale, de même qu’un fantastique Pierre et le Loup de Prokofiev.
Le récitant de la version française est Jean Richard.
Dans la monumentale réédition des enregistrements symphoniques de Karl Böhm chez Deutsche Grammophon, on a laissé deux versions, en anglais, et en allemand – c’est le fils du chef d’orchestre, l’acteur Karlheinz Böhm (1928-2014), qui en est le récitant. Mais pas de version française, ou, ce qui eût été infiniment préférable, SANS récitant !
Du violoncelle à la trompette
J’ai encore un souvenir merveilleux de ma rencontre avec le trompettiste russe prodige Sergei Nakariakov – 44 ans aujourd’hui ! -. J’avais ses disques, je savais qu’il était fabuleusement doué, mais je ne l’avais jamais entendu en concert jusqu’à ces jours d’août 2008 où il avait été pressenti par les organisateurs locaux de la tournée de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en Amérique du Sud. Il devait jouer une fois à Rio de Janeiro, une autre fois à Rosario, la troisième ville d’Argentine au nord-ouest de Buenos Aires. Nous fîmes route ensemble de Buenos Aires à Rosario – où il devait jouer le concerto pour trompette de Hummel, un grand classique – mais Sergei ne me parla que musique contemporaine, création, nouveaux répertoires. C’est au cours de ce trajet qu’il me fit entendre un extrait d’une oeuvre nouvelle, à lui dédiée, Ad Absurdum de Jörg Widmann. Je décidai de la programmer dès que possible à Liège, j’en parlai à François-Xavier Roth qui devait prendre la direction musicale de l’orchestre à l’automne 2009, et Nakariakov offrit aux publics de Liège et Bruxelles une version… soufflante de ce petit chef-d’oeuvre du surdoué Jörg Widmann.
Mais Sergei me parla aussi beaucoup de ses transcriptions d’oeuvres, de concertos écrits pour d’autres instruments. Dans le coffret anthologie publié par Warner (lire L’indispensable anthologie), il y a une version aussi réussie qu’inattendue du 1er concerto pour violoncelle de Saint-Saëns, mais aussi joué à la trompette !
Transcriptions
Le grand pianiste américain Earl Wild (1915-2010), outre ses dons de virtuose, était un transcripteur forcené. C’est à lui qu’on doit par exemple cette version pour le piano du poème symphonique Le Rouet d’Omphale de Saint-Saëns
J’en profite pour signaler une version peu connue du très connu Deuxième concerto pour piano due à Earl Wild :
Valses
Etonnamment, le virtuose qu’était Saint-Saëns a relativement peu écrit pour le piano solo, et pas de pièces d’importance. Il est d’autant plus émouvant de le retrouver jouant sa Valse mignonne, filmé par Sacha Guitry en 1914 (Saint-Saëns avait encore de sacrés doigts sept ans avant sa mort !)
Bertrand Chamayou donne la référence moderne de la Valse nonchalante
Le 18 décembre on commémorera le centenaire de la disparition de Camille Saint-Saëns (1835-1921) : avec le Carnaval des animaux, l’oeuvre la plus célèbre du compositeur français est sans aucun doute sa Troisième symphonie « avec orgue ».
Cette symphonie est une commande de la Royal Philharmonic Society de Londres, elle fait appel à un orchestre « classique » auquel s’ajoutent un orgue et un piano (joué à quatre mains) qui n’ont jamais un rôle soliste. La symphonie est créée à Londres sous la direction du compositeur le 18 mai 1886, elle est dédiée à Franz Liszt (qui meurt le 31 juillet 1886). La création française a lieu en janvier 1887.
Ces années 1886-1887 sont fastes pour la symphonie française : créations de la 3ème symphonie de Saint-Saëns, de l’unique symphonie en sol mineur de Lalo et de la symphonie sur un chant montagnard de Vincent d’Indy. La symphonie de Franck suivra de peu (en 1889).
J’ai consacré le premier billet de cette petite série dédiée à Saint-Saëns au corpus des cinq symphonies : Saint-Saëns #100 les symphonies.
Une discographie sélective
Il y a pléthore de versions de la symphonie « avec orgue » de Saint-Saëns.
Ce qui suit est une sélection personnelle, qui ne suit pas nécessairement les habituelles recommandations, les fameuses « références » établies une fois pour toutes sans qu’on prenne la peine de les réécouter, et donc de les réévaluer. Détail technique important : la plupart des disques du commerce font appel à des organistes connus… et à des instruments qui ne sont pas situés dans la salle ou le studio d’enregistrement. D’où montage et parfois petits problèmes de justesse !
Barenboim à Chicago
Les réussites de Daniel Barenboim comme chef symphonique, surtout dans la musique française, sont très inégales. Mais son enregistrement de la 3ème symphonie réalisé à Chicago en 1975 (avec Gaston Litaize enregistré à Paris !) avait été loué par la critique à sa sortie, et reste une grande version.
Saint-Saëns à Berlin
Il n’y a pas pléthore de disques berlinois d’une symphonie qui ne ressortit pourtant pas à une esthétique vraiment française.
James Levine a gravé, en 1986, l’une des plus belles versions de la 3ème symphonie, avec un finale en Technicolor où il parvient à éviter les lourdeurs auxquelles succombent nombre de ses confrères.
L’horrible couverture du disque (quel génie du marketing a bien pu avoir une aussi piètre idée chez Deutsche Grammophon ? ), ce vieillard qui ressemble à un spectre caché dans les tuyaux d’un orgue infernal, ne doit pas nous dissuader d’écouter une version surprenante : Karajan y fait entendre toutes les subtilités de l’orchestre de Saint-Saëns, avec une précision rythmique hallucinante. C’est lui qui avait expressément demandé à ce que la partie d’orgue soit enregistrée par Pierre Cochereau à Notre-Dame de Paris.
Les grandes orgues de Liège
J’avais eu le bonheur d’inaugurer, en septembre 2000, après complète rénovation, ce que les Liégeois appelaient la salle du Conservatoire, ou tout simplement le Conservatoire, et que nous rebaptiserions Salle Philharmonique de Liège. Cinq ans plus tard, c’était au tour des grandes orgues Schyven de la Salle philharmonique d’être inaugurées lors d’un festival qui avait mobilisé nombre d’organistes belges et français, l’Orchestre philharmonique royal de Liège bien sûr et Louis Langrée (lui-même fils de l’organiste Alain Langrée). Bien évidemment, la troisième symphonie de Saint-Saëns était au programme, et c’était Thierry Escaich qui était à la console.
C’est évidemment l’orgue de la Salle philharmonique qui a servi dans les deux enregistrements récents de la symphonie. Dans le dernier en date, Jean-Jacques Kantorow dirige l’OPRL, et Thierry Escaich fait sonner les tuyaux liégeois.
En 2006, c’était une autre star de l’orgue qui faisait entendre pour la première fois au disque l’instrument restauré de Liège, Olivier Latry, cette fois avec Pascal Rophé à la tête de l’orchestre philharmonique de Liège.
La référence Paray
Je pourrais citer plusieurs autres disques, dont certains plutôt « à éviter » – il y a quand même quelques ratages de cette symphonie, et des parfois célèbres -. Je préfère mettre en avant un disque qui n’a jamais perdu de son éternelle jeunesse, et qui reste un modèle de prise de son (ah les fameux Mercury Living presence !)
Les auditeurs de France Musique, et les Parisiens qui seront à l’Auditorium de Radio France mercredi ou jeudi prochain, pourront entendre en concert la Troisième symphonie : l’Orchestre national de France et Cristian Macelaru seront à l’oeuvre, au moment où sort leur intégrale des symphonies de Saint-Saëns
J’ai commencé cette série consacrée à Camille Saint-Saëns – dont on commémore le centenaire de la mort – par ses symphonies : Saint-Saëns #100 Les Symphonies, à l’occasion de la publication d’une formidable intégrale due à Jean-Jacques Kantorow et à l’Orchestre philharmonique royal de Liège.
Le grand violoniste et chef d’orchestre était jeudi soir à l’Auditorium de Radio France pour écouter un pianiste qu’il connaît bien, son propre fils, Alexandre, dans le 5ème concerto pour piano, dit « L’Egyptien », de Saint-Saëns.
L’Orchestre national de France était dirigé par Kazuki Yamada, qui remplaçait Cristian Macelaru empêché.
Je ne dirais pas mieux qu’Alain Lompech, présent quelques rangs derrière moi, qui écrit ceci sur Bachtrack : Et « L’Egyptien » de Saint-Saëns ? Alexandre Kantorow en aura été le patron. Son piano est d’une précision aussi hallucinante qu’elle est au service d’un propos plein d’esprit et pur de toute volonté de paraître. Son jeu est tout de grâce et d’élégance, d’une telle variété d’attaques et de nuances et d’une telle puissance de pensée que l’orchestre et le chef sont à son écoute. La façon virevoltante dont il joue les traits les plus véloces, tout comme sa façon de prendre un tempo un peu rapide dans le fameux thème andalou du deuxième mouvement sont irrésistibles au moins autant que sa virtuosité incandescente et joueuse dans la toccata conclusive. Triomphe. Il revient jouer la Première Ballade de Brahms avec le son transparent et timbré du jeune Horowitz ou mieux encore de Michelangeli en public dont le clavier donnait l’impression de faire 20 centimètres de profondeur, comme celui de Kantorow ce soir ! Triomphe encore. Tiens ? Il revient avec son iPad pour un second bis, ce qui est rare après un concerto. Et là – le traître ! –, joue la Cancion n° 6 de Mompou. Trois accords : les lunettes s’embuent. On est au-delà de l’exprimable, dans des sphères de la conscience de chacun auxquelles seuls quelques rares élus se connectent. Kantorow est l’un d’eux«
On peut (on doit !) réécouter Alexandre Kantorow sur francemusique.fr (à partir de 18’30 »)
Et bien sûr acquérir la nouvelle référence discographique des trois derniers concertos, enregistrée il ya deux ans, par le père et le fils :
Intégrales
Jadis rares, les intégrales des 5 concertos pour piano de Saint-Saëns se sont multipliées ces dernières années, intégrales inégales, pas toujours bien enregistrées (Ciccolini/Baudo, Entremont/Plasson). Trois me semblent sortir du lot :
Souvent citée la pianiste française Jeanne-Marie Darré (1904-1999) reste une référence avec cette intégrale réalisée avec Louis Fourestier et l’orchestre national entre 1955 et 1957. Ou quand chic et virtuosité font bon ménage !
Autre intégrale sortie vainqueur d’une écoute comparée (dans Disques en lice, la « tribune » de la Radio suisse romande), Jean-Philippe Collard et André Previn dirigeant le Royal Philharmonic de Londres
Moins connue peut-être, mais passionnante, la vision du pianiste anglais Stephen Hough accompagné par Sakari Oramo et l’orchestre de Birmingham (Hyperion)
L’esprit de Saint-Saëns
Je pourrais citer bien d’autres versions intéressantes. Quelques-uns de mes choix de coeur.
Pour le 2ème concerto
Artur Rubinstein avait tout compris de l’esprit du 2ème concerto. Ma version de chevet.
Peut-on trouver plus émouvant que cette ultime captation d’une oeuvre que le pianiste a jouée durant toute sa carrière, ici au soir de sa vie avec André Previn au pupitre de l’orchestre symphonique de Londres ?
Autre version sortie largement en tête d’une Table d’écoute sur Musiq3 (RTBF), le tout premier disque de concertos de Benjamin Grosvenor. Le tout jeune pianiste anglais y fait preuve d’une inventivité, d’un esprit ludique, qui nous fait redécouvrir littéralement une oeuvre qu’on croyait bien connaître.
Pour les 2 et 5
Je n’oublie pas l’excellent Bertrand Chamayou, plusieurs fois entendu au concert – l’Egyptien au Festival Radio France à Montpellier en 2016, en 2017 à Paris avec Emmanuel Krivine…
Rareté
On ne peut pas dire que le Quatrième concerto de Saint-Saëns soit souvent à l’affiche du concert. Je ne l’ai personnellement jamais entendu « live » ! C’est dire si la version qu’en ont laissée Robert Casadesus et Leonard Bernstein est précieuse
Elle a fêté hier ses 80 ans, on lui doit tant de beaux souvenirs : tous nos voeux Julia Varady !
Il y a un an (Légendaires) je m’interrogeais : « qu’attend Orfeo pour regrouper la meilleure et la plus complète série d’enregistrements de la cantatrice roumaine ? ». Réponse, ce coffret à l’occasion de son anniversaire !
Quant à Deutsche Grammophon, pour qui Julia Varady a beaucoup, mais discrètement, enregistré, l’hommage tient en une compilation numérique…
J’ai déjà raconté ici (et sur de précédents blogs) les quelques souvenirs radieux que j’ai de Julia Varady en concert et sur scène.
Carnegie Hall : Je me rappelle à mon tour le concert que le même Armin Jordan, cette fois à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande, avait donné en octobre 1989. Et ma propre émotion en découvrant, en répétition, puis en concert, l’acoustique unique, chaleureuse et précise, de la salle mythique. La soliste était Julia Varady, qui y faisait aussi ses débuts, avec les Vierletzte Lieder de Richard Strauss. Le lendemain, le critique du New York Times saluait la performance de la cantatrice, dont la voix lui semblait idéalement sertie dans l’écrin orchestral que Jordan lui avait dessiné. Julia n’avait pas du tout lu le papier dans ce sens. Catastrophée, elle se lamentait auprès du secrétaire général de l’orchestre, Ron Golan, et moi, attablés au petit déjeuner – « vous vous rendez compte, le public ne m’entendait pas, ma voix ne ressortait pas ! ». Nous lisions plutôt dans cet article un compliment. Une heure plus tard, je retrouve par hasard Julia Varady dans l’ascenseur de l’hôtel, tout sourire. Elle m’embrasse et me confie : « Je viens de parler à Dietrich (Fischer-Dieskau, son mari !), je lui ai lu l’article, il m’a dit exactement la même chose que vous et m’a félicitée ».
Nabucco : en 1995, pour l’inauguration du mandat d’Hugues Gall à la direction de l’Opéra de Paris, coup de maître et coup de génie : Julia Varady est une Abigaille de rêve, puissance et poésie réunies.
Monsaingeon
J’avais eu la chance, en 1998, d’assister à un récital privé de Julia Varady et Viktoria Postnikova, enregistré en vue du documentaire que Bruno Monsaingeon consacrait à la cantatrice.
Pleyel, 28 janvier 1998, Requiem de Verdi, Carlo-Maria Giulini
Et puis encore cette soirée mémorable à plus d’un titre : le dernier concert de Carlo-Maria Giulini à la tête de l’Orchestre de Paris, un Requiem de Verdi en état de grâce, et de nouveau, radieuse, Julia Varady.
Voici ce qu’en écrivait Alain Lompech dans Le Mondedu 1er février 1998 : « Giulini ne bouge presque pas, ne souligne aucune phrase, ne singe pas l’émotion ; il est là, et cela suffit pour que les musiciens, les chanteurs, sublime Varady, inapprochable artiste, irréprochable chanteuse qui convertirait un mécréant, oublient leurs propres limites pour atteindre cette osmose, cette fluidité, cette évidence de l’expression qui se confondent avec l’oeuvre elle-même...Le Requiem s’achève comme il a commencé : dans le silence. Quand Giulini descend du podium, il est ailleurs, son visage de marbre met quelques secondes à s’animer. Il revient parmi nous pour être acclamé par une salle et un plateau à l’unisson. France-Musique a diffusé, en direct, le premier des trois concerts que le chef italien, né en 1914, aura dirigé Salle Pleyel » :
J’ai la chance d’avoir pu conserver une copie de cette captation :
Chère Julia, je vous envoie une immense brassée de pensées reconnaissantes et de voeux ardents. Votre voix « déchirée par des éclairs de lumière » n’est pas près de déserter nos mémoires.
Première d’une série limitée à ce mois d’août, des versions inattendues, des rencontres parfois surprenantes entre un chef et une oeuvre/un compositeur, peut-être même des « références » oubliées ou négligées.
Igor Stravinsky est mort il y a cinquante ans. On cite rarement Herbert von Karajan (1908-1989) comme l’un de ses interprètes de prédilection. Et pourtant ! Deux versions de studio et plusieurs « live »du Sacre du printemps, mais ni Petrouchka ni L’Oiseau de Feu.
Mais de sublimes interprétations d’Apollon musagète, du Concerto en ré, de la Symphonie de psaumes, de la Symphonie en ut et même de Circus polka, et un rare Jeu de cartes capté avec le Philharmonia.
On n’échappe pas à l’exercice obligé du bilan quand approche la fin d’un festival : La fête malgré tout c’est le titre que j’ai donné à celui de l’édition 2021 du Festival Radio France Occitanie Montpellier qui s’est achevé vendredi soir par le triomphe de Sonya Yoncheva dans un opéra Berlioz comble qui ne voulait plus la laisser partir.
On va laisser décanter les beaux souvenirs (et oublier les quelques mauvais) de ce festival pas comme les autres.
Comme cet époustouflant récital de Benjamin Grosvenor le 28 juillet. Et ce dîner avec un musicien heureux, simple, bon vivant, à l’éternelle tête d’enfant.
Ici avec François-Xavier Szymczak qui a présenté pour France Musique les derniers concerts du Festival.
NarboVia à Narbonne
Le dernier-né des grands musées de la région Occitanie, NarboVia, à Narbonne, accueillait mercredi le quatuor de saxophones Ellipsos devant un public familial ravi.
J’ai eu le privilège de voir grandir et s’installer ce musée magnifique, dessiné et conçu par Norman Foster. Où soudain on a l’impression d’être dans une villa pompéienne…
Ici avec Jakub Jozef Orlinski, Ted Huffman et Philip Venables
La réussite de ce festival, de cette fête, c’est celle d’une équipe formidable, qui a franchi tous les obstacles, et fait de chaque concert… une fête !
Je n’entrerai pas dans ce débat, nous ferons le bilan une fois l’édition 2021 terminée, mais je constate que l’enthousiasme des spectateurs ne faiblit pas, au contraire !
Menu extrêmement copieux au programme de ces derniers jours. Témoignages en images, et comme tous les concerts du soir ont été diffusés en direct sur France Musique, ils peuvent tous être (ré)écoutés sur francemusique.fr
Avec Alexander GurningAprès le concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France : debout derrière une partie de l’état-major de la direction de la musique de Radio France, de gauche à droite JPR, Adriana Gonzalez, Santtu-Matias Rouvali, Jean-Marc Bador, Thibaut Garcia, Alex Gurning
Après la masterclass de Michel DalbertoLe 20 juillet Bertrand Chamayou jouait Les Djinns et les Variations symphoniques de César Franck avec l’Orchestre national de France dirigé par Cristian Macelaru Le maire de Montpellier Michael Delafosse et la coprésidente du festival et PDG de Radio France Sibyle Veil assistent au concert de l’ONFDébut de la masterclass de Françoise Pollet
Le trio Métral joue Beethoven Un quintette de choc et de chic : Jordan Victoria, Thomas Enhco, Félicien Brut, Thibaut Garcia, Édouard Macarez pour un hommage survolté à PiazzollaLe phénomène Yoav Levanon, comme une réincarnation de LisztL’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée dirigé par Duncan Ward avec la mezzo Anna Stephany
Politesse ?
Une remarque qui n’engage que moi : que penser d’une ministre venue tout spécialement à Montpellier pour une visite du musée Fabre… et d’un nouvel hôtel de luxe certes situé dans un bâtiment historique magnifiquement restauré, qui n’a pas jugé utile de rencontrer les responsables des trois festivals (théâtre, danse, musique) qui font la fierté et la renommée de Montpellier la culturelle, ni à fortiori de rendre visite au festival qui s’y déroule actuellement ?
Que penser d’invités à un concert – parmi eux des responsables importants – qui ne prennent pas soin de prévenir – et de s’excuser – de leur absence ? Est-ce parce que le cocktail d’après-concert a été annulé ? On n’ose le croire…