Pas plus tard qu’en septembre dernier, à l’occasion d’une sympathique petite cérémonie à France Musique, Arnaud Merlin – l’une des voix du jazz sur l’antenne – me donnait des nouvelles d’André Francis (de son vrai nom André Brut).
Voici qu’on apprend que l’un des producteurs les plus emblématiques de Radio France – pas seulement France Musique – est mort paisiblement dans sa 94eme année…
J’ai eu la chance de côtoyer ce monument, et même d’essayer de le diriger (comme directeur de France Musique). Tant de souvenirs me reviennent de ce fort caractère qui connaissait tout et tout le monde.
Deux surgissent au moment de lui rendre hommage.
D’abord l’incroyable soirée que ses amis producteurs, musiciens et la direction de la chaîne avaient organisée pour les 50 ans de présence ininterrompue d’André sur les ondes de Radio France…et une retraite à laquelle, lois du travail obligent, il avait dû se résoudre. Ce devait être en 1995 ou 1996. J’imagine que France Musique va retrouver trace de cette soirée.
Autre souvenir. Après la disparition de Michel Petruccianiil y a vingt ans (Michel qui avait bien entendu participé à la soirée Francis), le 24 janvier 1999, à la demande instante du nouveau PDG de Radio France, Jean-Marie Cavada – qui n’avait finalement pas daigné paraître à cette soirée !! – c’est André Francis qui s’était spontanément proposé de prendre les contacts pour rendre au fantastique pianiste l’hommage qui lui était dû. Et ce fut de nouveau une incroyable soirée !
Je ne sais où sont passés – si même ils ont été répertoriés et archives – les milliers de bandes qu’André Francis conservait dans son bureau et chez lui…
Un grand serviteur du jazz s’en va. Son œuvre demeure.
Après le mauvais bouquin de Ségolène Royal – recyclage de ses thèmes de campagne de 2007 sur le mode « j’ai eu raison avant tout le monde », agrémenté de quelques piques pas très fines sur à peu près tout le personnel politique, surtout celui de son camp, les souvenirs, souvent drôles, parfois répétitifs, de Jane Birkin,
je me disais qu’à la perspective de quelques heures d’avion je devais changer de registre. Et pourquoi pas le Goncourt dont je venais d’entendre l’interview sur France Inter ?
D’ordinaire, je ne me précipite jamais. Mais ce Nicolas Mathieu – que je ne connaissais pas – m’a d’emblée paru sympathique, modeste, surpris de ce qui lui arrive, pas poseur pour un sou.
J’ai lu la « présentation de l’éditeur » :
Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence. Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans. Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.
Et je me suis dit : encore un de ces faux romans naturalistes, autobiographiques, à la Eddy Louis. J’ai quand même téléchargé un extrait…et j’ai très vite téléchargé tout le livre. Parce que, comme une oeuvre musicale inconnue qui vous empoigne, vous surprend, vous captive, le roman de Nicolas Mathieu vous embarque, ne vous lâche plus. Dans une langue à la fois très élaborée, mais jamais précieuse, ni auto-complaisante, et très directe, un mélange que je n’imaginais pas possible entre le parler cru des ados et de purs moments de poésie, le récit coule, fluide, riche de mille détails qui dressent un décor sans digressions inutiles.
Bon, voilà, j’aime ce livre, j’aime cet écrivain et je félicite l’académie Goncourt !
Hier je partais pour la Finlande, où je n’avais pas remis les pieds depuis l’été 2006 (Helsinki et la Carélie), et une semaine en décembre 2005 à Helsinki, à l’occasion du concours Sibelius de violon.
Voyage intéressé, conséquence directe d’un dîner d’après-concert en juillet dernier (lire George et Igor). J’avais écrit ceci :
« Alors Le Sacre à la manière Rouvali ? Je manque d’objectivité sans doute, mais j’ai entendu hier soir tout ce que j’aime dans cette partition, les scansions primitives – dommage que les orchestres français n’aient plus (?) de basson français, mais les solides Fagott allemands ! – , les rythmes ancestraux, la fabuleuse organisation des coloris fauves de l’orchestre. Il n’est que de réécouter le concert ici : francemusique.fr.
Et la confirmation que le jeune chef finlandais – 32 ans seulement – est déjà l’une des très grandes baguettes de notre temps. On n’attendra pas quatre ans pour le réinviter à Montpellier… »
Santtu-Matias Rouvali – c’est lui le jeune chef de 32 ans, 33 depuis deux jours ! – me disait à ce dîner, dans la chaleur des nuits de Montpellier, qu’il voulait revenir au plus vite au Festival Radio France. Voeu partagé, mais qui semblait loin d’être exaucé, puisque, comme tous les surdoués de sa génération, SMR est très pris, très demandé, « principal conductor » de l’orchestre de Göteborg, « principal guest conductor » du Philharmonia de Londres, et directeur musical, depuis 2010 de l’orchestre philharmonique de Tampere, l’un des très bons orchestres de Finlande.
Mais quand on veut, on trouve, et la solution fusa presque immédiatement : « Invite-moi avec « mon » orchestre de Tampere, je te promets, je reviens en 2019″ ! Il ne fallait pas me le promettre deux fois. Le temps que la nouvelle directrice générale de l’orchestre prenne ses fonctions début août, et le contact était noué.
Et me voici à Tampere, pour discuter de la venue de l’orchestre et de son chef, sans doute pour deux concerts et deux programmes, à Montpellier l’été prochain. Et voir et entendre ces musiciens et leur chef répéter et jouer dans leur fabuleuse salle de concert – quelle acoustique idéale ! –
Dans quelques heures, un programme qui est la marque de l’originalité du chef. Son premier Carmina Burana – succès populaire garanti – avec pas moins de 200 choristes sur scène (tous « amateurs » mais à quel niveau !!) – précédé de mélodies avec orchestre (pour baryton et soprano) de Richard Strauss, que je n’ai personnellement jamais entendues en concert. Impatient !
J’écoute rarement la radio en milieu d’après-midi, sauf lorsque j’ai un trajet à faire en voiture. Ce qui m’est arrivé récemment. J’ai pris en cours de route Affaires sensibles,l’émission de Fabrice Drouelle sur France Inter,consacrée ce jour-là à Georges Pâques, l’espion français du KGB. L’invité, Pierre Assouline, racontait sa fascination pour ce personnage, Georges Pâques(1914-1993) au coeur de l’une des plus retentissantes affaires d’espionnage du XXème siècle.
Je dus faire plusieurs librairies avant de trouver Une question d’orgueil.
« Qu’est-ce qui pousse un homme à trahir son pays ? Ou, plus précisément : qu’est-ce qui pousse, en pleine guerre froide, un haut fonctionnaire français, doté de responsabilités à la Défense et à l’OTAN, à transmettre des documents secrets au KGB pendant près de vingt ans ? Ni l’argent ni l’idéologie. Quoi alors ? Obsédé par ce cas unique dans les annales de l’espionnage, l’auteur décide de tout faire pour retrouver cet antihéros de l’Histoire et tenter de déchiffrer ses mobiles. Une longue traque va s’ensuivre, où il reviendra à deux femmes de lui livrer les clés de ce monde opaque. » (Présentation de l’éditeur)
Inutile de dire que Pierre Assouline nous tient en haleine et que ce livre a tous les ingrédients d’un roman… d’espionnage ! Passionnant.
Comme à mon habitude – de lire plusieurs bouquins en parallèle – je suis aussi plongé dans un ouvrage qui vient de paraître. L’auteur était jusqu’à l’an dernier le patron des espions français, Bernard Bajoleta été, en effet, le tout puissant directeur général de la Sécurité extérieure (DGSE) de 2013 à 2017, après une carrière diplomatique exceptionnelle qui l’a mené au coeur de tous les poudriers de la planète (Damas, Sarajevo, Bagdad, Kaboul, Alger…). Il a inspiré les scénaristes de la fameuse série Le Bureau des légendes.
Bernard Bajolet entraine le lecteur dans les points chauds du globe où son parcours de diplomate l’a conduit : Syrie, Jordanie, Bosnie, Irak, Algérie, Afghanistan… Il le fait assister à ses rencontres avec des personnages souvent fascinants, parfois sulfureux, lui fait entrevoir les coulisses des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, l’introduit dans le bureau de quatre présidents français : Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande. Voyage dans l’espace, voyage dans le temps : Bernard Bajolet ne livre pas seulement des souvenirs sur sa période diplomatique -de 1975 à 2013-. Il les relie à l’Histoire plus ancienne –notamment lorsqu’elle donne des clés d’explication- et les rapproche des développements récents de l’actualité, qui trouvent en partie leur origine dans les évènements dont il a été le témoin. Il explique comment l’intervention des Etats-Unis en Irak en 2003 et leur gestion de l’après-guerre ont favorisé l’avènement de Daech. Par le biais de la petite histoire qu’il a vécue, -semée d’anecdotes souvent pittoresques, il fait entrer le lecteur dans la grande Histoire, et pose la question du rôle de la France et de l’Europe dans un monde dérégulé (Présentation de l’éditeur)
Autant le dire d’emblée, ceux qui s’attendent à un récit enjolivé et linéaire des exploits d’un diplomate chevronné ne seront certes pas déçus, mais ce livre est beaucoup plus que des mémoires ordinaires. J’en ai plus appris sur l’histoire du Moyen Orient depuis soixante ans… et depuis Jésus et Mahomet, sur l’essence, la nature et la dérive des religions, en quelques chapitres saisissants d’intelligence, de concision, de connaissance intime des peuples moyen-orientaux et de leur histoire, qu’en plusieurs gros pavés de « spécialistes » auto-proclamés. Les chapitres consacrés à la Syrie sont parmi les plus éclairants, les plus intelligibles, qu’il m’ait été donné de lire. Mais tout le reste est à l’avenant. Je ne connaissais pas Bernard Bajolet, sinon son titre et sa fonction. Son livre me donne le regret de ne pas l’avoir croisé plus tôt.
L’intérêt est nettement moindre, et la déception avérée, avec une nouveauté au titre fracassant :
La journaliste, comme l’écrit un lecteur de cet ouvrage, » semble faire de ce livre son journal intime et paraît par moments très satisfaite d’elle-même. La narration estparfois un peu pénible, Un peu d’humilité serait la bienvenue, de même qu’un récit plus axé sur son sujet. Certaines questions auraient eu le mérite d’être plus creusées. Pour résumer, la journaliste semble avoir pris du plaisir à découvrir ce monde, et à le montrer aux autres fièrement, mais passe à côté de nombreuses questions intéressantes et accessibles. (Source Amazon)
L’année 1914 a été prodigue en grands chefs d’orchestre : Giulini, Kondrachine, Fricsay, Rowicki, Kubelik excusez du peu ! En 2014, Fricsay et Giulini ont bénéficié d’hommages discographiques « à la hauteur » (lire Centenaires). Kondrachine a été oublié, Rowicki partiellement réédité.
Quant au chef tchèque Rafael Kubelik (1914-1996), il avait été bien servi par ses éditeurs successifs, mais incomplètement pour ce qui concerne Deutsche Grammophon :
La branche italienne d’Universal/DGG avait édité un coffret comportant les quatre intégrales symphoniques réalisées par Kubelik pour l’étiquette jaune : Beethoven, Dvorak, Mahler et Schumann, qui n’avait pas été largement distribué en France.
Voici que Deutsche Grammophon se rattrape avec une vraie intégrale de tout ce que le chef, né tchèque, mort suisse, avait gravé. A l’apogée d’une carrière mouvementée, qui a prouvé que Rafael Kubelik ne transigeait pas avec la liberté, avec sa liberté.
Voir les détails de ces coffrets sur : Bestofclassic
Impossible de résumer, de caractériser en quelques mots – laissons cela aux critiques professionnels – l’art et la carrière de Rafael Kubelik.
J’ai eu, une seule fois, la chance de le voir en concert, à la fin des années 70, dans l’horrible salle du Palais des Congrès à Paris. Il dirigeait l’Orchestre de Paris dans la 9ème symphonie de Mahler. J’en ai conservé un souvenir lumineux, Et c’est aussi avec Kubelik que j’ai commencé mon exploration des symphonies de Dvorak (lire La découverte de la musique : carnet tchèque), puis Smetana.
Que faut-il retenir de son abondante discographie, et en particulier de ce beau coffret Deutsche Grammophon ? Que Kubelik est un musicien du grand large, qui brosse à fresque, s’épanouit dans de vastes paysages symphoniques. Ce n’est pas faire injure à sa mémoire de dire que ses Mozart, ses Beethoven (une intégrale originale réalisée avec un orchestre différent pour chaque symphonie), ne sont pas essentiels, comme si la forme classique lui était un carcan.
En revanche, quel souffle dans Dvorak, Smetana, Martinu ou Janacek ! Quelle poésie dans la musique de scène du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, ou les opéras de Weber (Oberon) et Wagner (Lohengrin) présents dans le coffret DG ! (mais très peu idiomatique dans un Rigoletto capté à la Scala, et souvent présenté – pourquoi ? – comme une référence). Ses symphonies de Mahler me laissent partagé, peut-être à cause d’une prise de son qui m’a toujours semblé étriquée – pourtant c’est l’orchestre de la Radio bavaroise – quand, dans le même temps, Solti faisait des étincelles chez Decca.
Et puis il y a pas mal de curiosités dans ce coffret DG (voir la liste complète sur Bestofclassic) : un disque Haendel avec Berlin – Water music et les Royal fireworks – daté mais pas désagréable – pour l’anecdote, c’est un extrait de ce disque qui servait d’indicatif à l’indéboulonnable émission de Jean Fontaine, le dimanche soir sur France Inter, Prestige de la musique ! -, sans doute la version de référence du grand opéra de Pfitzner, Palestrina, une rareté de Carl Orff, Oedipe le tyran (1959), des concertos pour piano bien peu personnels d’ Alexandre Tcherepnine, avec le compositeur au piano, une grande version des Gurrelieder de Schoenberg, ou encore deux magnifiques visions des 4ème et 8ème symphonies d’un compositeur allemand vraiment trop négligé du XXème siècle, Karl-Amadeus Hartmann…
Rafael Kubelik a eu une fin de vie pénible. Après son retour triomphal à Prague – qu’il avait fuie en 1948 – pour le concert d’ouverture du Printemps de Prague 1990 – quelques mois après la chute du mur de Berlin – il devra cesser de diriger, sans doute victime de la maladie d’Alzheimer, et vivra reclus dans sa maison des environs de Lucerne où il s’était établi dans les années 60.
Ci-dessous ce témoignage très émouvant du cycle de Smetana, jamais aussi bien nommé – Ma Patrie – dirigé par Kubelik retrouvant sa chère Philharmonie tchèque.
Il n’y a bien qu’en France qu’on peut s’enflammer pour ce genre de combat, qu’on peut en faire un sujet d’actualité, la une d’un hebdomadaire et une flopée de bouquins : la langue, celle qu’on parle, celle qu’on écrit, notre langue française !
Je ne suis pas en reste sur ce blog, dernier article en date : Inclusif intrusif.
« On voit mal quel est l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela compliquerait plus encore celle des lecteurs. »
« Si on fait autant d’histoires autour d’elle, c’est sans doute une bonne nouvelle. On parle d’attachement à une langue. « Non à l’écriture inclusive, volontairement machiste, rendue machiste par les hommes » disent certaines et certains… « Une langue mise en péril. La langue française parle d’histoire et d’héritage. Y toucher, c’est la mettre en péril » disent les autres, comme l’Académie française pour qui le masculin est neutre. .
Nous adorons, nous les français* (Dommage d’avoir laissé cette faute sur le site de France Inter : nous les Français, et pas les français !), les querelles linguistiques et historiques. Nous en faisons des débats qui tournent souvent au vinaigre. La réforme de l’orthographe il n’y a pas si longtemps… L’écriture inclusive depuis quelques semaines, depuis que Hatier a introduit, dans un manuel scolaire, ce point milieu qui met sur le même niveau féminin/masculin : Auditeur.trice.s ou encore agriculteur.trice.s. Quelle histoire et bien parlons-en ! »
Au-delà de cette question, que je trouve parfaitement ridicule et surtout inopérante – en quoi cette déformation de la langue française favoriserait-elle l’égalité hommes-femmes ? – demeurent de vraies interrogations sur l’évolution du français (cf. le remarquable dossier du Point la semaine dernière). Dans l’entreprise, sur les réseaux sociaux, dans les médias.
Tous les jours, que ce soit dans les journaux, à la télévision, mais aussi dans la publicité ou au supermarché (sans parler des réseaux sociaux), l’orthographe et la grammaire sont maltraitées… Il est temps que cela cesse ! Je t’apprends le français bordel! se propose de rétablir les vérités les plus évidentes (par exemple, connaître l’utilité des accents : « DSK à la barre » ne signifie pas la même chose que « DSK a la barre ») aux plus subtiles (la différence entre « apporter » et « emmener », ou entre « censé » et « sensé », les noms à double consonne, l’accord des adjectifs et des couleurs).
Tel un justicier de l’orthographe, l’auteur(Julien Szewczyk) illustre dans un style ironique et grinçant, avec de vrais exemples à l’appui, toutes ces fautes que nous ne voulons plus jamais voir, comme ces « comme même » au lieu de « quand même », ces « en dirait » au lieu de « on dirait », ou ces « entre guimets » au lieu de « entre guillemets », mais aussi ces étiquettes de supermarché faites à la va-vite qui promeuvent fièrement des « tronches de pastèque », des « merguez de beauf », des « jambons péchés en Côte d’Ivoire », ou des « qui oui ».
L’humour n’est pas de trop dans un combat qui est tout sauf rétrograde ou réactionnaire, mais un combat pour la richesse et la diversité d’une langue qu’on aime, qu’on admire, et qu’on pratique dans le monde entier.
On avait fait l’ouverture à Pibrac (Révolution), on a fait pas moins de deux clôtures ! Le #FestivalRF17 s’est achevé vendredi soir par un double bouquet final à Montpellier et à Marciac.
Sur le Parvis de l’hôtel de ville de Montpellier, une soirée proposée et diffusée en direct par FIPavec trois groupes qui ne risquaient pas de refroidir l’atmosphère : Rey Cabrera, African Salsa Orchestra et La Mambanegra
Katia et Marielle Labèque et leurs amis chanteurs et percussionnistes basques Eñaut Elorrieta,Thierry Biscary,Raphael Seguinier, Harkaitz Martinez de San Vicente, Mikel Ugarte Azurmend précédaient Norah Jones sous l’immense chapiteau de la petite commune gersoise.
Erreur
Cette vidéo n’existe pas
(avec Mathieu Gallet co-président du Festival Radio France auprès de Katia et Marielle Labèque)
Jeudi, à l’Opéra Berlioz, c’était des retrouvailles avec « le » flûtiste star, Emmanuel Pahud, et Michael Schonwandt en très grande forme à la tête de « son » Orchestre de Montpellier. Nielsen, Langgaard et Sibelius (un concert à réécouter sur francemusique.fr)
Je faisais le compte au dîner qui suivit un concert très applaudi : 25 ans d’amitié avec le flûte solo des Berliner Philharmoniker !
Et cet agréable sentiment que ni les années ni la distance n’ont de prise sur notre complicité.
Mercredi soir, bonheur de pouvoir – enfin – partager un concert de jazz au Domaine d’O avec Yaron Hermanen trio, rejoints pour un boeuf final par Emile Parisien, fantaisie et imagination au pouvoir !
Et mardi soir, c’était le concert emblématique du Festival 2017 : trois compositeurs russes, quasi contemporains, Prokofiev, Glière et Chostakovitch, un chef historique, le vétéran Vladimir Fedosseiev, le Choeur et l’Orchestre philharmonique de Radio France en grand appareil, et la voix souple et charnue d’Albina Shagimuratova. Un programme spectaculaire à réécouter en entier sur francemusique.fr.
C’est à un tout jeune média de Montpellier que j’ai confié mes impressions sur ce #FestivalRF17. Au-delà des chiffres, certes éloquents – 105.000 spectateurs pour 152 concerts et manifestations, soit une hausse de 17% par rapport à 2016 – 58 communes, 65 lieux de concert dans toute l’Occitanie – il y a ce bonheur partagé avec tous ces publics si mélangés, il y a la joie de travailler avec des équipes formidables, et encore mille projets pour l’avenir…
Pierre Bouteillertire sa révérence, annonce France Inter ce matin. Je suis triste, mais pas surpris. Depuis quelques années, l’homme de radio, pétillant, toujours à l’affût d’une bonne blague, s’était comme absenté, atteint sans doute par cette maladie de l’âge qu’on n’ose pas nommer. La dernière fois que je l’ai vu, il était assis dans le nouvel Auditorium de la Maison de la radio, à l’automne 2014. Il ne reconnaissait plus personne, son regard perdu balayait l’assistance. Nous étions malheureux, et les nouvelles que nous avions eues depuis n’étaient guère encourageantes
Pierre Bouteiller, pour moi comme pour des millions d’auditeurs, c’est une voix, un ton inimitables et si souvent (mal) imités. C’est un magazine quotidien sur Inter – dont on ne se rappelle plus le(s) nom(s), c’est l’animateur du Masque et la Plume, de Table d’écoute sur France Musique, et tout un tas d’autres émissions de radio et de télévision.
À partir de 1993, c’est devenu un collègue, et je le pense un ami : il était directeur des programmes de France Inter, lorsque je suis devenu celui de France Musique. Pas de familiarité avec Pierre. Dans un milieu où le tutoiement est la règle, nous nous sommes toujours vouvoyés, malgré la complicité et la connivence. Lorsque nous nous retrouvions le jeudi matin pour ce que nous appelions la grand messe, la réunion de tous les directeurs autour du PDG de Radio France, nous échangions toujours la dernière blague, ou mieux, la dernière contrepèterie entendue. Il n’était pas rare que le PDG de l’époque – Jean Maheu – demandant à fixer telle ou telle réunion, Pierre lui répondît : « Président, vous avez le choix sur la date ! ». Le même Pierre demandant sur France Inter à Amélie Mauresmo si elle était favorable au « tennis en pension » !
Et le 24 janvier 1999, à la demande de Jean-Marie Cavada, nouveau PDG de Radio France, qui voulait changer d’un coup tous les patrons de chaînes, Pierre est devenu… mon successeur à la tête de France Musique, devenue avec lui France Musiques. Et, contrairement à tant d’autres, il n’a jamais émis la moindre critique sur son prédécesseur pour mieux valoriser son action. A mon tour, quoique j’aie été souvent sollicité, je n’ai jamais commenté ses décisions, pas plus que celles de ses successeurs.
Bouteiller n’était pas un ange, loin de là. Il avait des rancunes tenaces, des inimitiés durables, un cynisme de façade qui ne l’a pas aidé – euphémisme – dans ses fonctions directoriales. J’avais été déçu par son livre de souvenirs, qui aurait pu être si riche, et qui s’attardait un peu trop à des règlements de comptes…
De lui je ne veux garder que les fabuleux souvenirs de radio qu’il nous laisse et les quelques rencontres plus privées, où l’amateur de jazz qu’il était se mettait à improviser au piano…
Débat dérisoire au regard des tragédies de l’actualité que celui qui s’est développé depuis quelques jours sur certains « murs » Facebook et lors d’une discussion avec un éminent rédacteur de programmes musicaux.
Un auditeur mal luné de Vincent Josse qui anime l’émission quotidienne La Récréation sur France Interfaisait le reproche au journaliste de prononcer Bach à la française (= Bak), et dressait une longue liste de compositeurs dont on se ferait un plaisir d’écorcher les noms. Polémique ridicule. Il y a des règles et des usages, que j’avais rappelés dans un article de ce blog : Comment prononcer les noms de musiciens étrangers ?.
Notre discussion avait trait un peu au même sujet : la prononciation et la graphie des noms russes. Depuis un siècle les usages ont beaucoup évolué, sous l’influence du nivellement international, en réalité anglo-saxon. Jusqu’à la fin du XXème siècle, chaque idiome transcrivait un nom russe selon ses normes : Shostakovich (Шостакович) donnait Chostakovitch en français, Schostakowitsch en allemand. Prokofievet Rachmaninovétaient transcrits Prokofieff et Rachmaninoff pour faire entendre la prononciation correcte du v final. Sur nombre de disques parus de son vivant, on écrivait Emile Guilels et non Gilels, transcription littérale de Гилельс.
Il est admis depuis toujours, dans les livres d’histoire comme dans la presse, que les noms russes se terminant par le suffixe -in sont écrits –ine : Staline, Lénine, Pouchkine, Kossyguine, Eugène Onéguine… Mais marché mondial du disque oblige, on écrit Vadim Repin, Sergei Larin, Boris Belkin ou Evgeny Kissin…
(Lire à propos de cet excellent coffret le papier que lui consacre J.C.Hoffelé : Pour l’amour d’Evgeny);
Mais contrairement à cette mode, le patronyme du tout-puissant patron de toutes les Russies, et accessoirement complice et allié des bourreaux d’Alep, ne « bénéficie » pas, dans les médias français, de la graphie internationale de son nom Пу́тин = Putin mais est toujours écrit à la française : Poutine… Craindrait-on un défaut de prononciation et un rapprochement hasardeux ? À la différence de l’héroïne de la pièce de Sartre, ce P. là n’est ni respectueux ni respectable.
Je ne peux m’empêcher de redonner ici la chronique que Nicole Ferroni a livrée ce matin sur France Inter :
On ne pourra jamais lui faire le reproche – et on ne le lui a d’ailleurs jamais fait ! – de ne pas savoir bien parler le français. D’être parfois trop long oui, un bavard impénitent oui. Mais quand on aime, on accepte (presque) tout..
Je viens de terminer Une minute pour conclure de l’ami Ivan Levaï.
Pas vraiment des mémoires, quoique l’échéance – redoutée ? -de ses proches 80 printemps ait sans doute incité celui qui restera pour moi et quelques millions d’auditeurs « la » voix de la revue de presse quotidienne de France Inter, à livrer bien des souvenirs intimes, sa naissance à Budapest, une enfance de migrant, le gamin de Paris, de la rue des Pyrénées à la rue François Ier et aux studios d’Europe 1.
Orphelin d’une femme libre et d’un père inconnu, Ivan Levaï commence sa vie en France, sous Pétain. Il a 7 ans quand le général de Gaulle s’écrie, du balcon de l’Hôtel de Ville : » Nous sommes ici chez nous dans Paris levé, debout pour se libérer, et qui a su le faire de ses mains. » C’est là, près de la Seine, que l’enfant caché venu du Danube décidera d’être français et plus tard journaliste, afin de raconter ce qu’il entend et voit. Pendant plus d’un demi-siècle, le chroniqueur, plus européen qu’austro-hongrois, interrogera tous les acteurs de la vie publique, politiques, artistes, créateurs, grands patrons, magistrats et personnalités étrangères… Mais c’est aujourd’hui qu’il dit tout des bons et des méchants qu’il a pris le temps d’observer durant sa carrière. En effet, pour Ivan Levaï, c’est à l’heure de conclure une longue et belle vie qu’il convient d’être gai et de chanter. Même si la musique diffusée garde son parfum de nostalgie, prix à payer d’une authentique sincérité. (Présentation de l’éditeur).
Moi qui croyais connaître un peu Ivan Levai, ses amitiés éclectiques, sa fidélité à Mitterrand, Montand, Signoret, j’ai découvert dans ce bouquin des aspects de sa personnalité qui finalement ne me surprennent pas : une très grande culture, nourrie d’une insatiable curiosité, une vraie connaissance de la musique et des musiciens. Bref tout le contraire d’un conteur d’anecdotes superficiel.
Et en ces temps de grand remue-ménage électoral, certains candidats à la magistrature suprême seraient bien inspirés de lire ce témoignage de première main d’un observateur affûté qui fut aussi un acteur discret de l’histoire de notre République française du demi-siècle écoulé.
J’apprends ce matin la mort de Jean-Michel Damian à 69 ans. Et, comme le dit la chanson, ça me fait quelque chose !
Damian c’était d’abord une voix, unique, chaude et grave (lire cet extrait de blog J.M.Damian), l’une des plus radiogéniques de Radio France, où il a officié pendant près d’une quarantaine d’années alternativement sur France Inter et France Musique.
C’était une silhouette enveloppée, toujours habillée de chic, un dandy « talentueux comme pas deux, fin, cultivé, impertinent, ami adorablement insupportable, musicien, curieux, paresseux, gourmand et gourmet, il avait fait du samedi après-midi de France Musique un havre de gai savoir en ouvrant son micro à des débats passionnants qu’il rendait légers comme une plume, auxquels il conviait, dans un souci de diversité des propos des gens venus d’horizons divers. Y jouèrent, chantèrent les plus grands : Bartoli, Egorov, Freire, Perlemuter, Rosen, Dalberto, Kremer, Ross et des dizaines d’autres… connus ou pas mais tous singuliers artistes. » (Alain Lompech sur Facebook).
J’ai connu Jean-Michel Damian d’abord comme auditeur, puis comme directeur de France-Musique et je dois reconnaître que ce n’était pas le producteur le plus simple à gérer. Il savait entretenir le statut à part que sa personnalité, sa culture mais aussi ses exigences lui avaient conféré sur la chaîne. Il voulait toujours être entouré, rassuré, par de jeunes – et toujours talentueuses – assistantes (dont plusieurs ont fait elles-mêmes de belles carrières radiophoniques). Hypocondriaque, il me faisait à chaque fois tout un cinéma lorsqu’on lui demandait de travailler loin de Paris – comme ce week-end au festival d’Evian où il ne se sentait pas de se rendre, jusqu’à ce que je lui garantisse que j’avais sur place d’excellents amis médecins, spécialistes de toutes les maladies qui pouvaient l’atteindre, prêts à intervenir en urgence…
Mais j’ai tellement de merveilleux souvenirs de Damian et de ses samedis après-midi incontournables, inamovibles, que tous les petits défauts de l’homme s’effacent de la mémoire.
Deux me reviennent en particulier : le 23 décembre 1995, nous avions décidé de fêter les 80 ans d’Elisabeth Schwarzkopf, qui avait accepté de faire spécialement le déplacement de sa retraite zurichoise pour venir en direct dans l’émission de Damian. Ce dernier regimbait à l’idée d’accueillir cette artiste jadis compromise avec le régime nazi – mais combien parmi la multitude d’invités reçus dans l’émission avaient été vierges de toute compromission avec le pouvoir politique ? -. Les dernières préventions de Damian tombèrent lorsqu’il vit le studio 104 de la maison de la radio plein comme un oeuf, et qu’il put poser à Schwarzkopf toutes les questions qu’il souhaitait. Comme celle de son enregistrement préféré : un miraculeux Wiener Blutenregistré en 1953 avec le formidable chef suisse Otto Ackermann et le tout jeune ténor suédois Nicolai Gedda.
L’autre grand souvenir, c’est quelques mois plus tôt, le 23 avril 1995 à Berlin. Cette fois c’est France-Musique qui se déplaçait pour aller rencontrer Dietrich Fischer-Dieskau, pour lui souhaiter un joyeux 70ème anniversaire ! Dans les studios de la RIAS. Je me rappelle encore l’arrivée de la limousine grise, conduite par Julia Varady. J’ai un autre souvenir moins agréable en revanche : j’avais proposé à JMD de faire la traduction simultanée des propos de Fischer-Dieskau, l’allemand étant, au sens propre du terme, ma langue maternelle. Dubitatif, Damian s’enquit des services d’un ami dont c’était paraît-il le métier, mais qui n’avait aucune habitude de la radio ni de la traduction simultanée, on allait malheureusement s’en rendre compte très vite. On n’était pas loin de frôler la catastrophe, Fischer-Dieskau comprenant très bien le français corrigeait de lui-même les questions…et les réponses mal traduites par ce malheureux interprète… Dommage ! Reste cette merveilleuse rencontre avec DFD…
J’espère que France Musique et l’INA nous donneront à réentendre quelques-uns de ces grands rendez-vous de Jean Michel Damian.
J’ai retrouvé ce document, émouvant à plus d’un titre :