Souvenir éblouissant

On ouvre Le Figaro au petit déjeuner et on y lit ceci :

« Ce ne sont pas seulement les interprètes contemporains qui sont à l’honneur en cette rentrée discographique, c’est aussi la musique de notre temps. À commencer par un prolongement de nos émotions festivalières, puisque l’un de nos grands souvenirs de l’été a été l’exécution éblouissante du Concerto pour clarinette de Magnus Lindberg par Jean-Luc Votano à Montpellier. Le musicien belge en sort maintenant un enregistrement (Fuga Libera) qui permet de mesurer toute la palette expressive de cette oeuvre qui exige énormément du soliste en termes de virtuosité, de théâtralité, d’endurance (une demi-heure de musique !). Dans un couplage original avec le trop rare Karl Amadeus Hartmann, Jean-Luc Votano se confirme comme un clarinettiste inspiré, avec lequel il faut compter dans le paysage international de son instrument. L’occasion est aussi de rappeler l’excellence de la formation à laquelle il appartient, l’Orchestre philharmonique royal de Liège, dirigé ici une dernière fois par celui qui en fut le remarquable directeur musical ces dernières années, Christian Arming. Un disque où les planètes sont alignées » (Christian Merlin, Le Figaro, 17 septembre 2019)

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Je confirme ce que dit Christian Merlin, je l’avais déjà écrit (L’air du nord : Magnus Lindberg: le concert du 25 juillet dernier au Festival Radio France fut un des temps forts de ce dernier festival. L’interprétation éblouissante de Jean-Luc Votano du concerto de Lindberg sous les yeux et les oreilles du compositeur a marqué tous les auditeurs !

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Me revient en mémoire l’un des premiers concours de recrutement qu’ait présidés Louis Langrée lorsqu’il était directeur musical (2001-2006) de l’Orchestre philharmonique de Liège. Nous devions remplacer l’historique clarinette solo de l’orchestre. C’était au printemps 2002. Beaucoup de candidats (il y a toujours beaucoup de candidats pour cet instrument !), et très vite une évidence : ce jeune Belge de 20 ans surclassait tous les autres par sa virtuosité décomplexée, son aisance décontractée. Pour la forme, le jury fit mine de s’interroger sur son manque d’expérience pour tenir un pupitre si exposé. Sa décision fut sans appel : Jean-Luc Votano, entrant à l’OPRL, allait entraîner un spectaculaire renouvellement des pupitres des vents… et devenir ce soliste ‘qui compte dans le paysage international de son instrument » !

Bravo Jean-Luc !

 

Des souvenirs et des hommes

Je viens de mettre la dernière main au communiqué de presse qui relate le bilan de la 35ème édition du Festival Radio France Occitanie Montpellier : 101.400 spectateurs pour 153 événements, soit une augmentation de près de 9% par rapport à 2018.

Des chiffres, il faut des chiffres, on donne des chiffres !

Mais aucun chiffre ne restituera jamais la densité des souvenirs, des émotions, des rencontres, des découvertes qu’a permis le festival. Ni le bonheur d’auditeurs/spectateurs qui, cette année plus que lors d’éditions précédentes, m’ont dit leur surprise, leur enthousiasme, d’avoir pu entendre des oeuvres, des artistes qui leur étaient complètement inconnus, de pénétrer des univers musicaux qui leur étaient étrangers.

Le 19 juillet, j’avais une excellente raison de demander à Emmanuel Krivine de diriger Die Seejungfrau (La petite sirène) de Zemlinsky : c’est très exactement dix-neuf ans plus tôt (en juillet 2000) que j’avais découvert le capiteux triptyque symphonique du beau-frère de Schoenberg, à Montpellier… sous la baguette d’Emmanuel Krivine qui prenait alors congé de l’Orchestre National de Lyon qu’il avait victorieusement conduit depuis 1987. J’avais scellé les prémices de la relation à venir entre le chef français et l’Orchestre national de France avec cette même oeuvre en octobre 2015 (Capiteux)Je voulais raviver ces deux souvenirs. Le résultat fut au-delà de mes espérances.

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Emmanuel Krivine passe pour être d’un abord difficile, compliqué dans  ses relations de  travail.  Je n’ai jamais directement travaillé avec lui, bien qu’il m’eût proposé de le faire dès 1987 (j’avais refusé sa proposition, j’étais arrivé depuis peu à la Radio Suisse romande et ne m’en voyais pas partir aussi vite), mais je n’ai jamais éprouvé de difficulté avec lui, au contraire !

IMG_4475Santtu-Matias Rouvali, Jean-Luc Votano et Magnus Lindberg après un fabuleux concert le 25 juillet

IMG_4436Magnus Lindberg attentif et bienveillant

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Les spectateurs de l’Opéra Berlioz, les auditeurs de France Musique, et la presse internationale venue en nombre, ne s’y sont pas trompés : Fervaal de Vincent d’Indy constituait, ce 24 juillet, l’événement lyrique de l’été : Le Figaro : Fervaal ressuscité à Montpellier et le héros de la soirée était l’époustouflant Michael Spyres.  Un concert à réécouter sur France Musique !

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Extraordinaire ambiance mardi 23 juillet avec l’Australian Youth Orchestra (AYO), dont c’était l’unique étape en France d’une belle tournée européenne : le pianiste Jan Liesecki (qui était déjà venu, quasiment en culottes courtes, jouer au Festival en récital !)   jouait le 2ème concerto de Rachmaninov et Krzysztof Urbanski donnait l’une des plus belles 10ème symphonie de Chostakovitch qu’il m’ait été donné d’entendre.

En présence du très médiatique ambassadeur d’Australie en France, Brenden Berne (à qui je trouve une étonnante ressemblance avec Philippe Jordan !)

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Le festival ce sont aussi des dizaines de concerts dans des dizaines de lieux magnifiques de la région, et des publics toujours plus nombreux et curieux.

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Comme je l’ai déjà raconté souvent ici (L’air du Nord : Magnus Lindbergtout est affaire d’amitié, d’enthousiasme, d’envie, de désir, de curiosité. J’ajoute un élément, pour moi, déterminant : la simplicité, qui est la marque des plus grands. Rien d’affecté, d’artificiel, dans le comportement de ces fantastiques artistes. Presque timides sous les félicitations, mais intensément chaleureux lors des retrouvailles (L’arrivée de l’orchestre de Tampere)

Lorsque viendra le temps de se rappeler les moments-clé de cette aventure, les rencontres humaines seront au moins aussi fortes que les émotions musicales.

Les tableaux d’une exposition

Nelson Freire a annulé il y a quelques jours le récital qu’il devait donner ce samedi à Montpellier dans le cadre du Festival Radio FranceLa chance a voulu que le jeune pianiste russe Andrei Korobeinikov soit libre (il était déjà venu en 2007, 2012, 2015 et 2017 !) et nous offre un programme somptueux et généreux : En première partie, rien moins que trois mazurkas , les première et quatrième Ballades et la polonaise « héroïque » de Chopin !

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En seconde partie, trois préludes de l’opus 23 de Rachmaninov et surtout Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski dans leur version primitive pour piano (après les versions orchestrales de Ravel et de Cohen que les auditeurs du Festival et de France Musique avaient pu entendre le 13 et le 15 juillet !).

Salle Berlioz comble, en dépit de la défection de Nelson Freire, longues ovations debout pour un musicien vraiment exceptionnel et des Tableaux d’anthologie (à réécouter d’urgence sur francemusique.frsuivis de…

cinq bis (« Cloches » de Chtchedrineune mazurka de Chopin, deux autres préludes de Rachmaninov, et une Etude de Scriabine) !

Cette semaine, on a aussi eu le privilège de visiter la magnifique rétrospective – Chemins de Traverse – que le musée Fabre de Montpellier consacre à l’un des artistes les plus originaux et prolifiques de notre temps, Vincent Bioulès l’enfant du pays.

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En présence du peintre et avec ses commentaires et souvenirs mêlés à l’excellente présentation faite par le directeur du musée Fabre et co-commissaire de l’exposition, Michel Hilaire.

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Impossible de résumer ici, ou même de donner un aperçu du foisonnement créatif de Bioulès, de ses différentes « périodes ». Il faut vraiment visiter cette exposition, qui donne à voir finalement un passionnant panorama des courants qui ont traversé la peinture française depuis soixante ans, et de la liberté d’un artiste qui ne s’est jamais enfermé dans un dogme ou une « marque de fabrique ». Je n’ai retenu ici que des toiles récentes, peut-être parce qu’elles me parlent plus que d’autres.

IMG_4159(Un soir d’été, 2015)

IMG_4161(Un soir l’Etang, 2016)

IMG_4163(L’Etang de l’Or, 2015)

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IMG_4167(L’île Maïre, 1995)

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Opening nights

J’en prends chaque année la résolution – ne pas commenter ici les concerts du Festival Radio France – et chaque année je ne peux m’y tenir. Impossible de taire mes premières impressions, mes premières émotions. Et depuis que le #FestivalRF19 a commencé mercredi soir, elles sont nombreuses.

Un Festival, c’est d’abord une atmosphère, comme une veillée d’armes avant le jour J.

IMG_3960(Montpellier la nuit dans le coeur de la vieille ville)

Au matin on fait un tour en ville pour vérifier…

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Et le soir de ce mercredi, on décide de sortir de Montpellier, pour retrouver un singulier trio, dans le cadre enchanteur du château de Restinclières.

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Les trois virtuoses du marimba – le trio SR9 – ont convaincu sans peine un public qui, ici même, avait applaudi Alexandre Kantorow (Alexandre le bienheureux) il y a trois ans.

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Mais avant les marimbas en plein air, on a pris soin et surtout plaisir à saluer les musiciens de l’Orchestre national d’Estonie tout juste arrivés de Tallinn, leur chef Neeme Järvi et le tout jeune violoniste Daniel Lozakovich qui se rencontraient pour la première fois et répétaient le concerto pour violon de Beethoven, au programme du concert d’ouverture ce jeudi 11 juillet.

IMG_3980Dès les premières minutes, on sut que les étincelles seraient au rendez-vous !

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C’est peu de dire que la réalité a dépassé toutes nos espérances. De larges extraits de la suite de Pelléas et Mélisande de Sibelius pour installer la thématique du 35ème Festival Radio France – Les musiques du Nord – et surtout la signature sonore de la phalange balte. Le concerto de Beethoven passe comme un rêve, le petit prodige suédois nous donne à entendre l’essence, le coeur d’une oeuvre qui fuit l’épate et la virtuosité gratuite, Lozakovich et Järvi s’écoutent, se répondent, atteignent plus d’une fois au sublime, à cet état suspendu de pure beauté. Le silence est absolu dans la vaste salle de l’opéra Berlioz du Corum de Montpellier. Nous avons tous le sentiment de vivre l’un de ces moments que la mémoire rendra indélébile…

Le public de cette soirée d’ouverture n’est pas au bout de ses surprises : la Cinquième symphonie d’Eduard Tubin – on consacrera le prochain volet de la série L’air du Nord à ce compositeur estonien exilé en Suède à la veille de la Seconde Guerre mondiale ! – est une révélation, le « Chostakovitch estonien » nous avait annoncé Neeme Järvi. Le vieux chef longuement ovationné nous fait le cadeau en bis de l’Andante festivo de Sibelius

Un concert à retrouver dans son intégralité le mardi 16 juillet sur France MusiqueNot to be missed…

Privilège, bonheur d’un directeur de Festival, le dîner qui suit le concert avec les artistes

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Marc Voinchet, le directeur de France Musique, assis en face de lui écrira sur Twitter : « Même quand il parle, il dirige ». 

Peut-on imaginer l’émotion qui est la mienne à cet instant, de partager en toute simplicité – c’est toujours la marque des plus grands – ce dîner avec Neeme Järvi ? Vingt-six ans après un autre dîner, le 2 juillet 1993, à Genève. Il venait de diriger l’Orchestre de la Suisse romande, et moi j’allais quitter mes fonctions à la Radio suisse romande pour rejoindre France Musique. L’administration et les amis de l’Orchestre avaient organisé une petite fête à mon intention, Neeme et Lilia Järvi en étaient.

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Neeme Järvi me rappelait avec fierté cette série d’enregistrements de Stravinsky engagée au début des années 1990. Et lorsque je lui demandai pourquoi il avait fait un mandat si court – 2012-2015 – à la tête de ce même OSR, il ne mâcha pas ses mots sur l’incompétence, l’incurie – et j’en passe – de la présidence et de la direction de l’orchestre suisse qui renie le passé, l’histoire d’une phalange fondée par Ansermet. Et avec laquelle il souhaitait prolonger, enrichir le prodigieux héritage du chef romand (mort il y a cinquante ans). Järvi reste fier d’avoir pu, envers et contre tous, enregistrer quatre disques de musique française, et non des moindres, salués par toute la critique.

Autre motif de fierté pour moi, avoir montré à mon voisin comment on fait un « selfie »…

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Autour de la table se trouvaient bien sûr Daniel Lozakovich – à qui le vieux chef décerna un compliment qui nous mit aux larmes – et le « duo » qui allait prendre le relais hier soir avec l’Orchestre National de Montpellier Occitanie, Kristjan Järvi et une autre violoniste, la norvégienne Mari Samuelsen.

Ce vendredi 12, comme un apéritif au concert de 20h, Jean-Christophe Keck nous régalait, à l’Opéra Comédie de Montpellier, d’un jouissif Pomme d’api d’Offenbach

IMG_4033(de gauche à droite, Jean-Christophe Keck, la pianiste Anne Pagès, et les irrésistibles Hélène Carpentier, Sébastien Droy et Lionel Peintre)

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Einojuhani RAUTAVAARA
Cantus Arcticus « Concerto pour oiseaux et orchestre »

Pēteris VASKS né en 1946
Lonely Angel, méditation pour violon et orchestre à cordes

Max RICHTER né en 1966
Dona Nobis Pacem 2 pour violon et orchestre

Arvo PÄRT né en 1935
Fratres pour violon, percussion et orchestre à cordes

Kristjan JÄRVI né en 1972
Aurora pour violon et orchestre

Kristjan Järvi avait conçu la première partie de son concert comme une célébration ininterrompue. Public surpris d’abord, complètement conquis finalement.

J’observais Neeme Järvi assis à côté de moi dans la salle vibrer, réagir, diriger même avec son fils…

En seconde partie, un Oiseau de feu de Stravinsky tout simplement « phénoménal » comme s’exclamera mon voisin, visiblement fier, admiratif de son fiston.

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CE SOIR I MIDNIGHT SUN 20H I OPERA BERLIOZ, CORUM @kristjanjarvi Kristjan Järvi et @samuelsenofficial mettent le cap au nord ! avec l'Opéra Orchestre national Montpellier Occitanie infos & réservations : http://bit.ly/2PGztXW Tous les vendredis soirs de juillet, la Métropole organise les "Estivales" sur l'esplanade Charles de Gaulle proche du Corum. Merci de prendre vos précautions pour accéder aux parkings et aux salles. . . . . #classicalmusic #music #musician #piano #classical #violin #orchestra #cello #musicians #concert #classicalmusician #instamusic #pianist #violinist #love #composer #opera #viola #performance #singer #pianomusic #chambermusic #musica #photography #violinista #musicianlife #stringsant

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L’air du Nord (II) : Finlandia

C’est sans doute l’oeuvre la plus cèlèbre de Jean Sibelius (1865-1957) : Finlandia.

Elle ouvre ce samedi le concert de l’Orchestre du Capitole de Toulouse dirigé par Tugan Sokhiev à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France (FestivalRF19)

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Ce Finlandia a toute une histoire qu’il n’est pas inintéressant de rappeler dans le contexte politique de sa création. La version la plus jouée aujourd’hui – celle qui le sera samedi – est confiée au seul orchestre, elle a été créée le 2 juillet 1900 par le grand chef finnois Robert Kajanus (1856-1933), fondateur en 1882 de la Société orchestrale d’Helsinki qui deviendra l’Orchestre philharmonique d’Helsinki.

L’une des très grandes versions de Finlandia : Neeme Järvi dirige l’orchestre symphonique de Göteborg.

En 1899, Sibelius compose une Musique pour la célébration de la presse en plusieurs tableaux, comme un manifeste contre la censure opérée sur la presse finlandaise par le régime tsariste (la Finlande étant constituée depuis 1809 en Grand-Duché sous la tutelle de la Russie, son indépendance ne sera obtenue de haute lutte que le 6 décembre 1917 !)

Le dernier tableau s’intitule Eveil de la Finlande, ou Eveil du printemps finlandais. Il sera joué à Paris, lors de l’Exposition universelle de 1900, sous le titre explicite de La Patrie !

De fait, Finlandia est devenu très rapidement une sorte d’hymne patriotique pour les Finlandais. Sibelius l’intègre dès 1900 à ses Scènes historiques op.25.

Mais la musique originale de 1899 « pour la célébration de la presse » n’a jamais été publiée  intégralement du vivant de Sibelius. Il faut attendre presque un siècle plus tard pour que la partition soit reconstituée, en sept tableaux

  1. Prélude : Andante (ma non troppo) ;
  2. Tableau 1 : La chanson de Väinämöinen ;
  3. Tableau 2 : Les Finnois sont baptisés par l’évêque Henri ;
  4. Tableau 3 : Scène de la Cour du Duc Jean ;
  5. Tableau 4 : Les Finnois dans la Guerre de Trente Ans ;
  6. Tableau 5 : La Grande colère ;
  7. Tableau 6 : Éveil de la Finlande (plus tard transformé en Finlandia).

En 1998, c’est l’orchestre philharmonique de Tampere – autre invité de marque du #FestivalRF19  avec son chef actuel, le génial Santtu-Matias Rouvali les 25 et 26 juillet prochains – qui réalise le premier enregistrement de cette musique.

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Finlandia sera adaptée, par Sibelius lui-même, dès 1900 pour le piano

puis pour choeur d’hommes et orchestre en 1938, puis en 1940 pour choeur mixte sur un texte de l’écrivain et académicien Veikko Antero Koskenniemi. La puissance de cette dernière version, créée dans le contexte dramatique du début de la Seconde Guerre mondiale, n’est plus à démontrer.

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L’air du Nord (I) : rhapsodie suédoise

Puisque la 35ème édition du Festival Radio France Occitanie Montpellier explore des contrées musicales moins familières à nos oreilles, celles qui bordent la Baltiqueje vous propose quelques haltes rafraîchissantes dans des univers que j’affectionne depuis longtemps.

Première étape, la Suède, et le compositeur Hugo Alfven (1872-1960)

La seule oeuvre d’Alfven à avoir acquis une célébrité internationale et à figurer dans des compilations de showpieces orchestrales, est cette première rhapsodie suédoise écrite au Danemark, créée à l’opéra de Stockholm en 1904, et reprise à Chicago en 1912 et à New York en 1913. Elle repose sur des mélodies populaires finlandaises et porte le titre de Midsommarvaka souvent traduite par La Nuit de la Saint-Jean.

Hugo Alfven étudie le violon et la composition au conservatoire de Stockholm de 1887 à 1891. Il poursuit ensuite des études en privé de violon avec Lars Zetterquist et de composition avec Johan Lindegren. . De 1896 à 1899, il étudie le violon à Bruxelles avec César Thomson. De 1890 à 1892, il est violoniste à l’orchestre de l’Opéra royal de Suède. Sa consécration de compositeur vient après sa seconde symphonie, dont la première a lieu en 1899. Grâce à cette symphonie, il obtient des bourses pour étudier en Europe, en particulier la direction d’orchestre à Dresde avec Kutzschbach. À partir de 1904, il dirige différents chœurs. En 1908, il entre à l’Académie royale de Musique et à partir de 1910, à l’Université d’Uppsala, dont il devient directeur de la musique. Il mène parallèlement une carrière de chef d’orchestre dans toute l’Europe. En 1911, il crée le festival de musique d’Uppsala et travaille pour le chœur Orphei Drängar.

Son œuvre comporte plus d’une centaine de pièces dont cinq symphonies, trois rhapsodies suédoises, plusieurs chants et pièces pour piano et de nombreuses pièces pour chœurs et orchestre ou a cappella.

Le moins qu’on puisse dire est que Alfven demeure en retrait des mouvements qui agitent la première moitié du XXème siècle, loin, très loin des recherches sérielles des trois Viennois, Berg, Schönberg, Webern !

Le meilleur panorama de l’oeuvre d’orchestre d’ Hugo Alfven reste le coffret très bien constitué, et très bon marché, qu’on doit à Neeme Järvi – qui ouvre ce jeudi, avec son Orchestre National d’Estonie, la 35ème édition du Festival Radio France  (Le Choc des Titans) –

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Quant à cette « ouverture de fête » il se pourrait bien qu’on l’entende lors de la soirée de clôture, la Last night, du #FestivalRF19sous la baguette de Santtu-Matias RouvaliIl est prudent de réserver dès maintenant pour ce concert le 26 juillet (lefestival.eu)

 

Démiurge

Je déteste les adjectifs excessifs, passe-partout, qui ne veulent plus rien dire tant ils sont galvaudés.

Mais, pour une fois, je vais qualifier le concert auquel j’ai assisté hier soir de fabuleux, fantastique, historique même !

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Un programme d’une belle intelligence d’abord : sur le papier, rien ne semble rapprocher Brahms et sa Troisième symphonie d’Harold en Italie de Berlioz.

Hier soir, l’enchaînement entre ces chefs-d’oeuvre paraissait évident, comme allant de soi !

Grâce, il faut le dire ici haut et fort, à celui qui préside aux destinées musicales de l’Orchestre National de France depuis bientôt deux ans, Emmanuel Krivine. Plutôt que chef d’orchestre, il faudrait le nommer démiurge ou alchimiste. Parce que c’est lui l’artisan de ce lustre retrouvé, de cette cohésion de chaque instant des pupitres, de ce bonheur collectif de jeu d’une phalange que j’ai personnellement toujours aimée pour sa singularité, ses couleurs, ses qualités individuelles…. et ses défauts !

Je ne crois pas avoir jamais entendu au concert la difficile Troisième symphonie de Brahms, avec cette allure, cette souplesse, l’écoute miraculeuse entre les pupitres, et, passé un premier mouvement encore corseté, cette liberté qui est le propre des grands attelages chef-orchestre. Sublime deuxième mouvement, avec son balancement idéal, ni pesant ni trop rapide, et les interventions magiques de la clarinette de Patrick Messina, du cor d’Hervé Joulain – pardon de ne pas citer les autres ! –

Et en seconde partie, une autre oeuvre finalement rare au concert, Harold en Italie de Berlioz, dont je parlais déjà dans mon billet du 8 mars dernier : Harold en Russie.

Berlioz l’évoque ainsi dans ses Mémoires

« Paganini vint me voir. “J’ai un alto merveilleux me dit-il, un instrument admirable de Stradivarius, et je voudrais en jouer en public. Mais je n’ai pas de musique ad hoc. Voulez-vous écrire un solo d’alto ? Je n’ai confiance qu’en vous pour ce travail.” “Certes, lui répondis-je, elle me flatte plus que je ne saurais dire, mais pour répondre à votre attente, pour faire dans une semblable composition briller comme il convient un virtuose tel que vous, il faut jouer de l’alto ; et je n’en joue pas. Vous seul, ce me semble, pourriez résoudre le problème.” “Non, non, j’insiste, dit Paganini, vous réussirez ; quant à moi, je suis trop souffrant en ce moment pour composer, je n’y puis songer ». J’essayai donc pour plaire à l’illustre virtuose d’écrire un solo d’alto, mais un solo combiné avec l’orchestre de manière à ne rien enlever de son action à la masse instrumentale, bien certain que Paganini, par son incomparable puissance d’exécution, saurait toujours conserver à l’alto le rôle principal. La proposition me paraissait neuve, et bientôt un plan assez heureux se développa dans ma tête et je me passionnai pour sa réalisation. Le premier morceau était à peine écrit que Paganini voulut le voir. À l’aspect des pauses que compte l’alto dans l’allegro : “Ce n’est pas cela ! s’écria-t-il, je me tais trop longtemps là-dedans ; il faut que je joue toujours.” “Je l’avais bien dit, répondis-je. C’est un concerto d’alto que vous voulez, et vous seul, en ce cas, pourrez bien écrire pour vous”. Paganini ne répliqua point, il parut désappointé et me quitta sans me parler davantage de mon esquisse symphonique. […] Reconnaissant alors que mon plan de composition ne pouvait lui convenir, je m’appliquai à l’exécuter dans une autre intention et sans plus m’inquiéter de faire briller l’alto principal. J’imaginai d’écrire pour l’orchestre une suite de scènes, auxquelles l’alto solo se trouverait mêlé comme un personnage plus ou moins actif conservant toujours son caractère propre ; je voulus faire de l’alto, en le plaçant au milieu des poétiques souvenirs que m’avaient laissés mes pérégrinations dans les Abruzzes, une sorte de rêveur mélancolique dans le genre du Childe-Harold de Byron. De là le titre de la symphonie : Harold en Italie. Ainsi que dans la Symphonie fantastique, un thème principal (le premier chant de l’alto) se reproduit dans l’œuvre entière ; mais avec cette différence que le thème de la Symphonie fantastique, l’idée fixe s’interpose obstinément comme une idée passionnée, épisodique, au milieu des scènes qui lui sont étrangères et leur fait diversion, tandis que le chant d’Harold se superpose aux autres chants de l’orchestre, avec lesquels il contraste par son mouvement et son caractère, sans en interrompre le développement. »

L’alto solo de l’ONF, Nicolas Bône, incarne à la perfection le « rêveur mélancolique » dont parle Berlioz, au milieu d’un orchestre brillant de mille feux, galvanisé par un chef qui lâche la bride à ses troupes en conservant une maîtrise confondante sur les incessants changements de rythmes et d’humeurs dont regorge la partition.

Salle en délire, longue ovation au soliste, à des musiciens visiblement heureux et à Emmanuel Krivine qui nous avouait que peu de chefs ont envie de diriger cette oeuvre, si complexe, exigeante dans la mise en place. Il aurait bien eu tort de s’en priver.. et de nous en priver.

Un concert exceptionnel à réécouter et revoir sur France Musique !

L’occasion de réécouter aussi l’une des grandes versions au disque de la 3ème symphonie de Brahms, l’enregistrement de 1963 d’Herbert von Karajan

et cette version – qui m’a fait découvrir Harold au disque ! – de Rudolf Barchai… dirigée par David Oistrakh !

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J’en profite pour rappeler que l’Orchestre National de France et Emmanuel Krivine sont à Montpellier le 19 juillet prochain, dans le cadre du Festival Radio France, pour un programme choisi sur mesure : le Double concerto de Brahms et ma Seejungfrau bien-aimée de Zemlinsky !

Réservations très vivement conseillées : lefestival.eu

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