Coup de jeune

L’une des tartes à la crème du débat culturel est le « rajeunissement du public ». Comme si on pouvait décréter qu’une salle de concert, un théâtre, un festival devait se remplir de plus de têtes blondes que de têtes grises. SI le public ne convient pas, il faut le changer !

La réalité est heureusement tout autre, il y a quand même pas mal d’années que les vrais professionnels, je veux dire ceux qui aiment plus que la culture, les artistes, les créateurs, les musiciens, les auteurs, les acteurs,, ont entrepris non pas de « rajeunir », de sectoriser le public, mais de renouveler les formes d’accès de ces publics à la culture.

Deux exemples ce dernier week-end.

Le festival de Pâques à Deauville ouvrait sa 19ème édition samedi dernier. J’ai encore le souvenir des premières éditions, le seul énoncé des noms des artistes qui faisaient alors leurs premiers pas laisse songeur : Renaud Capuçon, Jérôme Ducros, Nicholas Angelich, cornaqués par leurs aînés. Tiens, dans la même soirée le Quintette « La truite » de Schubert mené par Jérôme Ducros au piano, puis le Concert de Chausson avec Augustin Dumay, Nicholas Angelich, Renaud Capuçon, etc… Et cette belle idée a perduré, prospéré. Samedi concert d’orchestre en formation « de chambre », un effectif plutôt inhabituel pour le programme proposé : la Passacaille de Webern, les Wesendonck Lieder de Wagner et la 1ere symphonie de Mahler. Le grand orchestre en miniature, dans la salle Elie de Brignac, des transcriptions et arrangements plutôt réussis (mes lecteurs belges relèveront que c’est à Henri Pousseur qu’on doit la « réduction » de la Passacaille de Webern) , et surtout une performance artistique de la part des tout jeunes musiciens rassemblés dans le Secession Orchestra / L’Atelier de Musique dirigé par Clément Mao-Takacs. Mention particulière pour la voix chaleureuse d’Irina de Baghy dans Wagner. Seul bémol, le contraste entre la moyenne d’âge du public… et celle des musiciens !

Le lendemain, promesse faite de longue date à Arièle Butaux, on se retrouvait pour trois heures de pur bonheur, de partage musical, serrés comme des sardines dans la minuscule salle du Sunside, rue des Lombards. Un « salon idéal », vraiment !

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Vincent Segal, Geneviève Laurenceau, Gwendal Gigueley, Yanowski, Thomas Enhco, David Enhco, Kyrie Kristmanson, Patrick Messina, Guillaume de Chassy, Maria Mosconi, Manuel Nunez Camelino, Pierre-François Blanchard, Antoine Rosenbaum, Marion Rampal, Louis Rodde, je suis sûr que j’en oublie… De la chanson, de la poésie, du cabaret, du jazz, des mélodies populaires, Brahms, Gershwin, Weill, il faisait grand soleil dehors mais la chaleur était sur la minuscule scène du Sunside.

L’éclatante démonstration de l’universalité de la musique, et du bonheur des musiciens de dépasser leurs propres frontières.

Inextinguible

Salles combles pour tous les concerts auxquels j’ai assisté depuis que je suis à Montpellier. Il doit bien y avoir une raison à ce succès public !

En réalité c’est un ensemble de facteurs, mais le premier est l’originalité de la programmation. La marque de fabrique du Festival de Radio France Montpellier Languedoc Roussillon depuis ses origines.

L’Orchestre National et Alain Altinoglu jeudi dernier, plusieurs Lieder de Schubert orchestrés par Reger, un jeune ténor qui promet, en troupe à l’opéra de Vienne, encore un peu vert dans ce répertoire. Salle Berlioz du Corum pleine.

Vendredi et samedi l’Orchestre Philharmonique de Radio-France sous la houlette tressautante du fantasque et tout jeune Santtu-Matias Rouvali. Du tout Ravel – un peu en déficit de sensualité – aux trop rares Cloches de Rachmaninov, un festival de sonorités, d’explosions orchestrales et chorales. Le Corum trépidant, ovations interminables.

Hier un programme proposé par l’Orchestre national de Lille et son chef historique, Jean-Claude Casadesus – en rapport direct avec le thème du festival – le centenaire de la Grande Guerre . Adam Laloum jouait pour la première fois le Concerto pour la main gauche de Ravel, des trésors de poésie jamais entendus jusqu’alors, une technique sublimée.

Au coeur de ce programme, la 4e symphonie de Nielsen, dite Inextinguible, composée entre 1914 et 1916. Un flux sonore impérieux, tourmenté, vétilleux même, que les Lillois et leur chef défendent avec ardeur. Une grande symphonie à connaître absolument.

Même si on redécouvre l’oeuvre du contemporain danois de Sibelius, Carl Nielsen, ses six symphonies sont encore trop rares au concert. Trois versions de référence à mes yeux de la 4e symphonie :

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Colin Davis dont ce fut l’une des dernières apparitions à la tête de « son » orchestre londonien

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Karajan qui signe avec cette somptueuse 4e symphonie l’un de ses plus beaux enregistrements

.51T1cbs-R1L._SY450_Et puis l’expert Herbert Blomstedt qui s’y est pris à deux fois (pour EMI et DECCA).

Belle interprétation de Paavo Järvi et de l’orchestre de la radio de Francfort