La grande Catherine

On sait ma dilection pour les mémoires des acteurs ou des témoins de l’Histoire.

J’avais suivi avec gourmandise l’impressionnante somme publiée par Michèle Cotta :

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Je me régale depuis quelques jours d’un livre dont la banalité du titre et de la couverture dissimule mal la richesse, la qualité d’écriture, le fourmillement de détails et de témoignages, ces Souvenirs, souvenirs de Catherine Nay

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 » Je serai journaliste « , se promet très tôt la jeune provinciale de Périgueux. Pourquoi ce métier ? Par goût de l’écriture ? Pour partir en reportage et raconter le monde ? Non, pour être libre.
Après une enfance heureuse au sein d’une famille aimante et protectrice, Catherine Nay accomplit peu après son arrivée à Paris un rêve qui fut celui de tous les journalistes débutants dans les années 1960 : entrer à L’Express, la meilleure école de presse à cette époque, sous la double houlette de Jean-Jacques Servan-Schreiber et, surtout, de Françoise Giroud. Elle y trouve une sorte de seconde famille. La figure de Françoise Giroud, dont elle nous révèle ici des aspects inattendus, domine ces années. Elle incarne pour elle un modèle à la fois d’observatrice des moeurs de son temps et de femme de caractère.
Catherine Nay a obéi dans sa propre existence à ce même désir de liberté et d’indépendance. Elle évoque ici pour la première fois sa rencontre en 1968 avec l’un des grands acteurs de la Ve République, Albin Chalandon, resté cinquante ans plus tard le grand amour de sa vie.
Devenue familière des coulisses du monde politique, elle nous offre dans le premier volume de ses mémoires, entre portraits à vif et anecdotes savoureuses, un récit original et perspicace, plein d’humour, d’intelligence et de vivacité, des règnes successifs de Pompidou, Giscard et Mitterrand, jusqu’à l’élection de Jacques Chirac, une chronique intime de cet univers de passions où s’affrontent des personnages hors normes dont elle recueille les confidences, décrypte les facettes les plus secrètes ou les mieux dissimulées.
Sous le regard de cette enquêtrice aguerrie, le pouvoir apparaît tel qu’il est, avec ses rites, ses pratiques, ses grandes et petites rivalités : une comédie romanesque faite de sensibilités particulières, par-delà les idées et les convictions. Catherine Nay la raconte sans cacher ses coups de coeur ni ses partis pris.
Librement ! (Présentation de l’éditeur).

Catherine Nay, c’est un style, une plume (même si Françoise Giroud, qui l’avait recrutée à L’Express, avait confié à Etienne Mougeotte, qui allait faire entrer la journaliste à Europe 1, qu’elle ne « savait pas écrire » !). C’est surtout une capacité à restituer des moments d’histoire tels qu’enfant, adolescent, étudiant, et plus tard engagé en politique, j’ai vécus, avec un effet de zoom sur des événements, des situations, des personnages que j’avais approchés. C’est souvent croustillant, bien envoyé, jamais blessant ni méchant.

On attend avec impatience la suite de ces Souvenirs !

Inclusif intrusif

Excellent article dans Le Monde daté d’aujourd’hui : Prêt.e.s. pour l’écriture inclusive ? 

qui fait suite à d’autres prises de position comme celle de Raphael Enthoven  sur Europe 1 : Le désir d’égalité n’excuse pas le façonnage des consciences.

Mais ce n’est pas le ridicule de cette nouvelle mode de l’écriture « inclusive » qui motive ce billet, qui me trotte dans la tête depuis un bon moment.

C’est l’usage abus-if , dérivé de l’anglais évidemment, d’adject-ifs ou de substant-ifs se terminant par -if, qui contamine le discours public, comme les relations professionnelles.

Quelques exemples, liste malheureusement non exhaust-ive ! :

Emmanuel Macron est-il un président « disruptif » ? (lire Libération : pourquoi tout le monde sort ce mot)

« La soirée, organisée par le réceptif local, a été très déceptive » – traduction pour ceux qui causent encore en vieux français : La soirée, organisée par le correspondant ou responsable local, a été très décevante.

« L’Etat encourage les comportements performatifs et innovatifs des créatifs des start-upers » Innovant, performant c’est ringard ? Certes « créatif » est entré dans le langage courant, comme substantif, il ne prend la place d’aucun mot pré-existant.

J’en appelle au travail collaboratif des lecteurs de ce blog pour enrichir cette rubrique…inclusive !

Et puisque je dénonce le mésusage de ce suffixe -if , je ne résiste pas au plaisir de citer le célèbre poème de Rudyard Kiplingau titre aussi bref qu’évocateur : If

If you can keep your head when all about you   
    Are losing theirs and blaming it on you,   
If you can trust yourself when all men doubt you,
    But make allowance for their doubting too;   
If you can wait and not be tired by waiting,
    Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
    And yet don’t look too good, nor talk too wise:
If you can dream—and not make dreams your master;   
    If you can think—and not make thoughts your aim;   
If you can meet with Triumph and Disaster
    And treat those two impostors just the same;   
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
    Twisted by knaves to make a trap for fools,
Or watch the things you gave your life to, broken,
    And stoop and build ’em up with worn-out tools:
If you can make one heap of all your winnings
    And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
    And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
    To serve your turn long after they are gone,   
And so hold on when there is nothing in you
    Except the Will which says to them: ‘Hold on!’
If you can talk with crowds and keep your virtue,   
    Or walk with Kings—nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
    If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute
    With sixty seconds’ worth of distance run,   
Yours is the Earth and everything that’s in it,   
    And—which is more—you’ll be a Man, my son!

 

On attend avec impatience une traduction en français…inclusif !

Le gamin de Paris

On ne pourra jamais lui faire le reproche – et on ne le lui a d’ailleurs jamais fait ! – de ne pas savoir bien parler le français. D’être parfois trop long oui, un bavard impénitent oui. Mais quand on aime, on accepte (presque) tout..

Je viens de terminer Une minute pour conclure de l’ami Ivan Levaï.

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Pas vraiment des mémoires, quoique l’échéance – redoutée ? -de ses proches 80 printemps ait sans doute incité celui qui restera pour moi et quelques millions d’auditeurs « la » voix de la revue de presse quotidienne de France Interà livrer bien des souvenirs intimes, sa naissance à Budapest, une enfance de migrant, le gamin de Paris, de la rue des Pyrénées à la rue François Ier et aux studios d’Europe 1.

Orphelin d’une femme libre et d’un père inconnu, Ivan Levaï commence sa vie en France, sous Pétain. Il a 7 ans quand le général de Gaulle s’écrie, du balcon de l’Hôtel de Ville :  » Nous sommes ici chez nous dans Paris levé, debout pour se libérer, et qui a su le faire de ses mains.  » C’est là, près de la Seine, que l’enfant caché venu du Danube décidera d’être français et plus tard journaliste, afin de raconter ce qu’il entend et voit. 
Pendant plus d’un demi-siècle, le chroniqueur, plus européen qu’austro-hongrois, interrogera tous les acteurs de la vie publique, politiques, artistes, créateurs, grands patrons, magistrats et personnalités étrangères… 
Mais c’est aujourd’hui qu’il dit tout des bons et des méchants qu’il a pris le temps d’observer durant sa carrière. En effet, pour Ivan Levaï, c’est à l’heure de conclure une longue et belle vie qu’il convient d’être gai et de chanter. Même si la musique diffusée garde son parfum de nostalgie, prix à payer d’une authentique sincérité.  (Présentation de l’éditeur).

Moi qui croyais connaître un peu Ivan Levai, ses amitiés éclectiques, sa fidélité à Mitterrand, Montand, Signoret, j’ai découvert dans ce bouquin des aspects de sa personnalité qui finalement ne me surprennent pas : une très grande culture, nourrie d’une insatiable curiosité, une vraie connaissance de la musique et des musiciens. Bref tout le contraire d’un conteur d’anecdotes superficiel.

Et en ces temps de grand remue-ménage électoral, certains candidats à la magistrature suprême seraient bien inspirés de lire ce témoignage de première main d’un observateur affûté qui fut aussi un acteur discret de l’histoire de notre République française du demi-siècle écoulé.

Pour Ivan, ces échos des bords du Danube :

Indécence

Je vais finir par penser que la direction de l’information de France Télévisions a engagé un partenariat avec Voici ou Gala. Sinon comment expliquer que ce matin, dans Télématin, sur France 2, l’ouverture des cinq journaux télévisés de la matinale ait été consacrée à l’hospitalisation de Jacques Chirac ? Avec un jeune journaliste condamné à répéter cinq fois la fiche Wikipedia de l’ancien président de la République, et un commentaire que Voici ou Gala aurait pu signer…

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Franchement, n’y avait-il aucun sujet plus important que cette information relayée en boucle depuis 24 heures ? À moins que France 2 n’ait voulu se positionner en première ligne pour le cas où…

Indécent !

Mais l’indécence n’est pas l’apanage que du service public (?). L’éditorialiste d’Europe 1 n’a pas manqué de souligner cette invraisemblable course à l’hommage anthume : Comment ils récupèrent l’héritage de Jacques Chirac

 

Bashing

Bashing : mot qui désigne en anglais le fait de frapper violemment, d’infliger une raclée, expression utilisée en français pour décrire le « jeu » ou la forme de défoulement qui consiste à dénigrer collectivement une personne ou un sujet. Lorsque le bashing se déroule sur la place publique, il s’apparente parfois à un lynchage médiatique. Le développement d’Internet et des réseaux sociaux a offert au bashing un nouveau champ d’action, en permettant à beaucoup plus de monde de participer dans l’anonymat t à cette activité collective (Source : Wikipedia).

J’aurai beau ici m’indigner, protester, dénoncer cette « mode », je sais bien que cela ne servira à rien. Mais ça fait toujours du bien de l’écrire !

Internet, les réseaux sociaux se sont transformés en gigantesque café du commerce, où chacun se croit permis d’avoir un avis sur tout et sur tous, voire d’insulter, de calomnier, de créer ou d’alimenter la rumeur. C’est le revers de la liberté d’expression, mais – il faut le rappeler – la loi s’applique aussi aux réseaux sociaux, l’impunité n’existe pas… contrairement à ce que certains usagers de ces réseaux croient.

Mais ce n’est pas ce phénomène qui m’inquiète outre-mesure, c’est le relais que lui donnent les médias… La presse écrite est, paraît-il, en fâcheuse posture, les ventes baissent, des journaux disparaissent, et on a le sentiment que, sous le coup de la panique, les médias font du « bashing » leur bouée de sauvetage.

De quoi parle-t-on ces derniers jours après l’installation de nouvelles équipes à Matignon et à l‘Élysée ? Un peu des quelques milliards à trouver, un peu – mais si peu – de l’Europe, mais surtout et beaucoup, au choix, des « décolletés » proscrits par Ségolène Royal, des primes de cabinet de Manuel Valls, ou des cigarettes que fume le nouveau conseiller com de François Hollande… ah oui, j’allais oublier, les pompes d’Aquilino Morelle ! Passionnant non ?

Remarquable article de Joseph Macé-Scaron dans Marianne :

http://www.marianne.net/Royal-cachez-ce-dessein_a238314.html

ImageConclusion de l’article de JMS :

« Faut-il en rire ou en pleurer ? Nous autres journalistes avons donc mis deux ans pour nous apercevoir qu’Aquilino Morelle faisait cirer ses chaussures à l’Elysée et deux semaines seulement pour savoir que Ségolène Royal interdisait les décolletés. C’est curieux, quand il s’agit d’une femme exerçant des responsabilités, les enquêtes sont toujours plus rapides. Si c’est pas du progrès, ça, coco…Ce sont les mêmes qui viendront après vous parler d’égalité de traitement. Et à part çà, la politique ? Euh, la quoi ? Le nouveau cap pris par la locataire du ministère de l’Ecologie. Rien. Pensez donc ! Royal ne va en plus prétendre nous parler de politique. Cachez Madame, ce dessein qu’on ne saurait voir ! »

Gaspard Gantzer est à peine nommé responsable de la communication à l’Élysée que quelqu’un s’avise de dénicher une ancienne photo de ce jeune homme où il tient une cigarette suspecte… et suivez mon regard, encore un coup dur pour Hollande ! Déjà que le Président tolérait à ses côtés un conseiller amateur de belles chaussures, qui, bien avant l’Élysée, avait semble-t-il conseillé un labo pharmaceutique… ne me dites pas que Hollande n’était pas au courant, il a forcément des fiches secrètes sur tout et tout le monde, hein mon bon monsieur !

Ce matin, dans ces mêmes médias on découvre, grâce à Europe 1, le geste incroyablement politique posé, osé même, par Nicolas Sarkozy en visite à New York. Rendez-vous compte : il a fait deux tours de calèche à cheval dans Central Park avec sa fille Giulia…. pour provoquer le nouveau maire de New York qui voudrait – mais personne n’a vérifié la validité de cette « info » – interdire ces attelages un peu folkloriques qui font la joie de tous les touristes… Pas vrai ce que j’affirme ? Mais si, puisque c’est écrit :

http://www.europe1.fr/Politique/Nicolas-Sarkozy-en-balade-avec-Giulia-a-New-York-2101593/

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Affligeant ? Oui. Vraiment affligeant.