Des disques et des critiques

Un début de mois c’est pour moi la lecture des mensuels de musique classique, ceux auxquels je continue d’être abonné à l’édition papier (BBC Music, Diapason, Classica). Dans chacun d’eux, en général, une discographie comparée, et souvent pour le lecteur, irritation ou frustration, parce qu’évidemment en cette matière il y a autant de critiques avertis que de lecteurs, comme il y autant de sélectionneurs que de spectateurs de matches de ligue 1 de football !

Chostakovitch, les oubliés

Diapason consacre tout un dossier à Chostakovitch, dont on commémorera le 9 août le cinquantenaire de la disparition. Il n’y a jamais besoin de prétexte pour évoquer le plus grand compositeur russe du XXe siècle (oui je sais, on va me rétorquer « Et Prokofiev alors? »). Ceux qui suivent depuis longtemps, c’est mon cas, l’auteur de ce dossier, Patrick Szersnovicz, connaissent ses dilections discographiques, son admiration sans réserve pour certains chefs d’orchestre (Karajan par exemple), mais sans dévoiler ses préconisations pour les symphonies de Chostakovitch, on peut regretter l’étroitesse de ses choix. Jamais un chef aussi important que Kirill Kondrachine (le créateur de la 4e symphonie notamment) n’est cité, aucun Russe en dehors de Mravinski et encore parcimonieusement. Mais c’est sa liberté.

Hautement recommandable aussi ce coffret patchwork à petit prix :

Les Anglais aiment les Français

Dans le numéro de février du concurrent de Gramophone, BBC Music Magazine, tout un papier consacré au « Lighter side of Ludwig » van Beethoven, en l’occurrence à sa 4e symphonie. Passionnante analyse, comme très souvent. Et des recommandations discographiques qui peuvent surprendre.

En numéro 1, la version de Hans Schmidt-Isserstedt à Vienne (dans le cadre d’une intégrale souvent louée).

Et la surprise vient du numéro 2, devant plusieurs illustres versions « authentiquement informées », Emmanuel Krivine et la Chambre Philharmonique ! Des disques qui manquaient à ma discothèque, sans doute disparus au cours d’un déménagement, et que j’ai retrouvés tout récemment d’occasion.

Depuis son retrait de la direction de l’Orchestre national de France, Emmanuel Krivine se fait discret, beaucoup trop discret.

Dans leurs discographies comparées, les rédacteurs de BBC Music Magazine indiquent toujours une version to avoid/à éviter. Ici la dernière version de Karajan avec Berlin pour DGG au début de l’ère digitale « en pilotage automatique »

Il aurait fallu tout de même ajouter que la version de 1962 est au contraire un concentré d’énergie.

Les Anglais toujours

Un passage chez Melomania et ce sont encore quelques trouvailles… venues d’Outre Manche

Rien d’inédit ni d’inconnu mais le vieux chef anglais surprend toujours en concert. On pourrait s’amuser à le comparer à lui-même…

Falling in love with Joan

Dieu sait que je ne suis pas un inconditionnel de celle que ses fans appelaient  » la stupenda« , mais quand Joan Sutherland s’amuse, ça vaut le coup d’oreille, surtout dans des viennoiseries chantées en anglais !

PS Deux enregistrements à rajouter à cette liste, et beaucoup d’émotion. A lire sur brevesdeblog

Suivez le chef

Débuts parisiens

Devais-je y aller en tant qu’ami ou comme critique ? J’ai hésité un moment avant d’accepter de « couvrir »‘ pour Bachtrack le Rigoletto donné à l’Opéra Bastille ce dimanche. C’était une première pour le chef vénézuélien Domingo Hindoyan. Une première parfaitement réussie pour lui, même si la mise en scène et certains chanteurs laissent à désirer (Bachtrack: « la direction musicale et le rôle-titre sont autant d’atouts qui magnifient le chef-d’oeuvre de Verdi« )

Il y a une bonne quinzaine d’années que je connais l’actuel chef de l’orchestre de Liverpool, que je l’avais invité à plusieurs reprises (à l’instigation d’un impresario – Pedro Kranz – aujourd’hui disparu en qui j’avais grande confiance) à diriger l’Orchestre philharmonique royal de Liège (lire Hindoyan dirige à Liège). Pour ma première édition en 2015 comme directeur du Festival Radio France à Montpellier, c’est tout de suite à lui que j’avais pensé pour le concert d’ouverture avec un programme particulièrement festif avec l’orchestre de Montpellier. Les musiciens comme le public se rappellent encore un fameux Boléro !

Et puis il y eut en 2016 Iris de Mascagni, en 2017 Siberia de Giordano, avec Sonya Yoncheva, et en 2021 une glorieuse soirée de clôture avec ce couple aussi heureux sur la scène que dans la vie.

Ecoutez ce que disait Christian Merlin, mon cher confère du Figaro, à propos du travail du chef et de la chanteuse, alors qu’on prévoyait de donner avec eux, en juillet 2020, Fedora de Giordano. Projet évidemment abandonné pour cause de pandémie…

Ici à Bordeaux, après une superbe représentation du Démon de Rubinstein dirigée par un autre ami cher, Paul Daniel (à droite) et avant un concert que devait diriger Domingo Hindoyan (à gauche) en janvier 2020.

Soirée de clôture du festival Radio France 2021 : la fête retrouvée après la longue parenthèse de la pandémie, avec Sonya Yoncheva et Domingo Hindoyan.

Oui ou non

Je me pose toujours la question de la pertinence pour un chef d’orchestre d’aller au bout de ses limites. Pour un Bernard Haitink qui, à 90 ans, un an avant sa mort, a mis fin à sa carrière, après quelques concerts où il n’était déjà plus que l’ombre de ce qu’il avait été, on a le contre-exemple éloquent de Charles Dutoit, 88 ans depuis le 7 octobre, qui ne ralentit ni ses voyages (on se demande quels pays il lui reste à visiter dans le monde !), ni ses concerts. Dans le nouveau numéro de Classica, Olivier Bellamy livre une interview-fleuve, qui aurait mérité un meilleur découpage et un vrai travail de décryptage d’un entretien où tout se mêle et s’emmêle parfois : Charles Dutoit est bavard et il a tant à dire d’une vie foisonnante. A lire tout de même !

En revanche, quel intérêt y a-t-il pour le public, ses admirateurs, et le grand musicien qu’il a été, de documenter l’inexorable décrépitude de Daniel Barenboim ? Je trouve presque indécent d’assister à cette déchéance. La critique n’ose pas écrire ce qui pourtant saute aux oreilles des derniers disques de Barenboim chef : qu’on ne devrait même pas les publier. Dernier triste exemple en date : la Symphonie de Franck avec l’orchestre philharmonique de Berlin ! Emouvant diront certains, infiniment triste diront tous les autres…

Barenboim avait gravé il y a presque cinquante ans une magnifique version de la dite symphonie avec l’Orchestre de Paris au tout début de son mandat. En rester à ce souvenir lumineux !

Mauvais traitements (V) : un scherzo de Bruckner

Tout est parti d’un dossier réalisé par Hugues Mousseau, dans le dernier numéro de Diapason, sur la 9e symphonie de Bruckner.

A sa manière, sans manières justement, le critique taille des croupières à des valeurs supposées sûres, élimine sans barguigner des versions considérées comme des références, en oublie surtout pas mal qui eussent largement mérité d’être au moins citées et mises en confrontation. D’où un débat comme Facebook les aime, dont je suis un peu responsable puisque c’est moi qui l’ai lancé en regrettant qu’Hugues Mousseau ait oublié Carl Schuricht comme l’un des chefs qui comptent dans la discographie de l’ultime symphonie de Bruckner.

Comme pour Schubert (Une affaire de tempo ) et bien d’autres partitions, je m’aperçois que je suis, depuis toujours, très sensible au respect du caractère d’un mouvement, singulièrement dans une oeuvre symphonique : le troisième mouvement est très souvent… à trois temps, un menuet, un scherzo, voire une valse. C’est moins affaire de tempo métronomique que d’esprit. En l’occurrence, dans la 9e symphonie de Bruckner, c’est le 2e mouvement qui est un scherzo dont le compositeur précise les contours : Bewegt, lebhaft, qu’on peut traduire par « Animé, vivace ». Le plus important, parce que c’est la partition qui le commande, c’est de respecter la pulsation de ce 3/4 qui prend appui sur le premier temps.

Le moins qu’on puisse dire est que les conceptions des (grands) chefs qui ont dirigé et enregistré cette symphonie divergent du tout au tout, surtout dans ce passage.

Commençons par les caricatures :

Je n’ai jamais compris la fascination qu’exerce encore Sergiu Celibidache sur les auditeurs de ses disques (en concert, la gestique, la posture pouvaient faire illusion).

Quant à Leonard Bernstein, le champion de Mahler, il n’a jamais enregistré de Bruckner que la seule 9e symphonie, à New York d’abord, à Vienne ensuite (quelques mois avant sa mort). Les deux fois, il est vraiment à côté de la plaque.

Carlo-Maria Giulini que nul plus que moi ne révère – j’ai eu la chance d’assister à ses derniers concerts à Paris – prend un parti étonnant dans sa gravure à Chicago. Dès que le scherzo est lancé, il ralentit le mouvement, l’enserre dans une tenaille incompréhensible, c’est raide et sans ressort.

Christoph von Dohnanyi (lire Authentiques) à Cleveland n’est pas très viennois dans son approche, mais au moins c’est un scherzo « bewegt » et « lebhaft » C’est l’un des plus rapides de toute la discographie.

Bernard Haitink dans son unique gravure de la 9e de Bruckner (voir L’intégrale Concertgebouw) est comme souvent, un modèle de respect du texte

Approchons-nous des versions chères à nos oreilles.

J’ai toujours admiré la liberté d’Eugen Jochum dans ses deux intégrales Bruckner. Il n’édifie pas d’impressionnantes cathédrales sonores, immuables, intangibles, il anime toujours, bouscule parfois, chaque partition. Ici personne mieux que lui ne rend ce scherzo aussi poussé dans ses retranchements, accélérant, retardant, relançant le discours.

Karajan en 1966, souvent cité comme une référence au sein même de sa propre discographie, c’est vraiment quelque chose :

On ne sera pas étonné que j’achève ce trop bref tour d’horizon par ma version de chevet, « oubliée » par Hugues Mousseau, qui la considère comme « médiocre », découverte lors d’un Disques en Lice il y a plus de trente ans, qu’au terme d’une écoute à l’aveugle nous avions de loin placée en tête : Carl Schuricht (81 ans) dirigeant l’Orchestre philharmonique de Vienne en 1961 dans une superbe stéréo.

Et puisque, dans cette confrontation, figurait l’un des tout premiers disques de Zubin Mehta avec le même Orchestre philharmonique de Vienne, enregistré il y a 60 ans, je ne résiste pas au plaisir d’en faire entendre cet extrait : le tempo est retenu mais le jeune Mehta respecte l’esprit et la lettre de la partition !

Post-Scriptum : j’ai pris connaissance du commentaire (voir ci-dessous) de Patrice Merville, et je m’apprêtais à lui répondre d’abord que je ne m’attribuais aucune compétence particulière de « Brucknérien », ensuite que dans cet article je ne prétendais à aucune exhaustivité. Mais je dois aussi reconnaître mes torts… ou mes travers : je n’ai jamais aimé ces tribunes, ces discographies comparées, où l’on ramène toujours tout à Furtwängler ou Toscanini. J’ai donc « zappé » le Bruckner de Furtwängler, et j’ai eu bien tort, tant cette version par exemple, et le scherzo central, sont proches de l’idéal que je décris au début de mon article, la fureur, la noirceur en plus. Prodigieux oui vraiment !

En scènes : Alagna, Sawallisch et le Domino noir

Roberto le sexygénaire

Comme souvent, les publications ont un métro/train/avion de retard. Roberto Alagna, notre ténor/trésor national a fêté ses 60 ans le 7 juin… 2023, mais ce n’est que maintenant que sortent disques et coffrets qui célèbrent son passage dans la catégorie des sexygénaires !

J’invite à relire ce précédent article : Un miracle qui dure et le long portrait que Sylvain Fort avait consacré à Roberto Alagna dans Forumopera, comme le texte qu’il avait signé pour ce premier coffret paru en 2018

Aujourd’hui Warner réédite l’intégrale des opéras auxquels Alagna a prêté sa voix et son talent, souvent en compagnie de son ex-épouse Angela Gheorghiu.

Que du connu et du reconnu ! Mais quel bonheur de retrouver intact ce timbre de lumière, cette fougue juvénile, et cette diction si parfaite !

Aparté publie, de son côté, un disque au titre explicite : Roberto Alagna y révèle le secret de son éternelle jeunesse.

Sawallisch suite et fin

En mai dernier, comme pour les 60 ans d’Alagna, je regrettais le retard mis à célébrer le centenaire de l’un des grands chefs du XXe siècle, Wolfgang Sawallisch (1923-2013). Lire : Les retards d’un centenaire.

Heureusement, Decca et Warner se sont bien rattrapés et on n’attendait plus que le complément annoncé : l’intégrale – ou presque – des opéras enregistrés par Sawallisch, pour l’essentiel à Munich dont il fut le Generalmusikdirektor incontesté de 1971 à 1992. Mais Warner précise – et c’est bien de le faire – que, même parus jadis sous étiquette EMI, Arabella et Friedenstag, ne sont pas inclus dans ce coffret pour des questions de droits.

Wagner et Richard Strauss s’y taillent la part du lion, mais ce coffret contient de vraies raretés comme Weber, Schubert ou les deux brefs opéras de Carl Orff.

Mozart: La flûte enchantée
Weber: Abu Hassan
Schubert: Die Zwillingsbrüder
Wagner: Der Ring des Nibelungen, Les Maîtres-Chanteurs de Nuremberg
Richard Strauss: Capriccio, Intermezzo, Die Frau ohne Schatten, Elektra
Carl Orff: Die Kluge, Der Mond

Mais je conserve une affection toute particulière pour ma toute première version de La flûte enchantée, le premier coffret d’opéra que j’ai acheté à sa sortie en 1973, avec celle qui est à jamais la plus extraordinaire Reine de la nuit, l’immense Edda Moser.

Je recommande très vivement ce coffret :

Auber à l’Opéra-Comique

On avait adoré Le Domino noir donné au printemps 2018 à l’Opéra-Comique (voir L’esprit Auber). Ce fut pour moi la dernière occasion d’applaudir Patrick Davin, si brutalement arraché à notre affection il y a un peu plus de quatre ans déjà. Pour le compte de Bachtrack, j’ai eu la chance d’assister à la première de la reprise de cette formidable production, dirigée cette fois par le maître des lieux, Louis Langrée. Mon compte-rendu vient de paraître : La reprise triomphale du Domino noir à l’Opéra Comique.

Ses amis furent heureux, à l’issue de cette première, d’assister à la remise de la Croix de Commandeur des Arts et Lettres à celui qui a bien mérité de la culture et de la musique française.

La planète Holst

Voici un compositeur qui n’est l’homme que d’une seule oeuvre, passé à la postérité grâce à un titre et un tube qui fait le bonheur des chefs et des orchestres depuis 104 ans : Les Planètes. C’était encore le cas le 6 mars dernier avec Daniel Harding dirigeant l’Orchestre philharmonique de Radio France (lire Planètes parisiennes)

Gustav Holst, né il y a 150 ans le 21 septembre 1874, mort il y a 90 ans le 25 mars 1934, est un personnage qui mérite bien mieux que cette célébrité univoque.

J’invite à lire l’excellent article que Mark Pullinger consacre – en anglais – au compositeur britannique sur Bachtrack = Gustav Holst Top Ten

J’en traduis ici les premières lignes :

« Holst naît à Cheltenham le 21 septembre 1874 de parents musiciens, un père suédois et une mère anglaise. Il étudie le piano et le violon, mais une névrite au bras droit lui a rend la pratique du piano difficile (c’est la raison pour laquelle il dirigeait de la main gauche). Il avait une mauvaise vue et fut plus tard déclaré inapte au service militaire pendant la Grande Guerre. Le jeune Gustav commence à jouer du trombone, son père pensant que cela pourrait l’aider à lutter contre son asthme. Gustav étudie la composition au Royal College of Music avec Charles Villiers Stanford. Holst se passionne pour la musique de Wagner et en insère des bribes dans sa musique ; Stanford désapprouve: « Ça ne va pas, mon garçon, ça ne va pas. »

Au Royal College of Music, Holst rencontre Ralph Vaughan Williams. Ils deviennent amis pour la vie, partageant une fascination pour la chanson folklorique. Les deux partent en vacances pour collecter des chansons populaires, qu’ils utilisent chacun dans leur musique. En 1949, Vaughan Williams écrira que « Holst déclarait que sa musique était influencée par celle de son ami : l’inverse est certainement vrai. »

On doute que le sesquicentenaire(*) de Holst, en dehors de sa terre natale, contribue à enrichir la connaissance de son oeuvre par les publics continentaux. Suivons donc le guide Mark Pullinger qui recommande les 10 oeuvres à connaître de Gustav Holst :

Sur les Planètes, je renvoie à mon propre article (De la terre aux étoiles) et à l’une de mes versions favorites :

2. Egdon Heath (1927) est sans doute la pièce symphonique la plus achevée et la plus « moderne » de son auteur, celle dont en tout cas il était le plus fier, après le « fardeau » que représentait le succès planétaire des Planètes


3. Beni Mora (1912) est une pièce pour grand orchestre – qui précède donc Les Planètes – tout à fait étonnante; Holst l’écrit après un voyage en Algérie en 1908, où il a recueilli nombre de rythmes et de mélodies dans les rues d’Alger. Il en tire une musique qui évite l’orientalisme facile et qui, notamment dans le 3e mouvement, annonce le mouvement minimaliste par la répétition 163 fois d’un motif de huit notes joué à la flûte.

4. St.Paul’s suite (1913)

Charmante pièce pour cordes, composée pour l’orchestre d’étudiants de la St.Paul’s Girl School de Londres, elle fait le bonheur des orchestres de chambre.

5. The Perfect Fool (1923)

De l’opéra ouvertement symboliste de Holst, créé à Covent Garden le 14 mai 1923, on ne joue plus guère que les pièces du ballet.

6. The Hymn of Jesus (1920)

Un compositeur anglais qui n’écrit pas pour le choeur, ça n’existe pas. Non seulement Gustav Holst n’a pas échappé à la règle, mais c’est avec cette grande oeuvre de 1920 The Hymn of Jesus qu’il a connu son plus grand succès public (en dehors des Planètes).

Dans le même registre, on peut citer une autre fresque chorale The Cloud Messenger

7. Savitri (1908) est un opéra de chambre qui reflète la passion nourrie par le compositeur pour l’hindouisme, le sanskrit (qu’il apprend) et les légendes indiennes.

Mais toute l’oeuvre de Holst, qui est relativement peu abondante en regard de ses contemporains, mérite une écoute attentive. C’est une figure profondément originale dans un univers largement dominé par Elgar.

Quelques disques/coffrets recommandés :

(*) sesquicentenaire = 150e anniversaire

L’été 24 (III) : avec Shura Cherkassky

Dans un billet de juin 2019 où je le citais (Le deuxième concerto), j’écrivais « il faudra corriger cela » en évoquant le pianiste Shura Cherkassky (1909-1995) auquel je n’ai encore jamais consacré un seul article de ce blog. Cinq ans après, il est temps !

J’ai téléchargé la petite vingtaine de CD que j’ai de lui, pour profiter enfin, durant mon séjour dans le Sud , d’un art absolument unique, d’une manière de jouer du piano qui n’existe plus, tant dans les grandes oeuvres que dans une multitude de piécettes, de bis, qu’il adorait servir au public. La seule fois où j’ai entendu le pianiste américain né à Odessa (Ukraine) en vrai, c’était à Toulouse, dans le cadre d’une des premières éditions de Piano aux Jacobins. Je ne parviens pas à retrouver l’année (entre 1987 et 1992) même sur le site du festival toulousain ! Je me rappelle au moins six bis, et je crois bien la 3e sonate de Chopin. Ce petit monsieur qui s’avançait sur scène avec une démarche de danseuse, m’avait impressionné au dîner qui suivait par sa grosse voix de basse qui a bien profité de la vie.

Decca avait publié une sorte d’édition Cherkassky en une dizaine de CD, que des « live ». Jamais réédités, jamais réunis en coffret. Il y a des merveilles chez DG, EMI, Nimbus, Hännsler etc… Un conseil – celui que je suis depuis des années – toujours acheter un CD de Cherkassky dès qu’on le trouve, souvent dans les magasins d’occasion (pour rappel, le meilleur à Paris : Melomania)

Qu’on écoute seulement les sons qu’il tire de son piano, l’inégalable élégance d’un jeu qui peut tout se permettre dans ces deux pièces qui faisaient jadis l’ordinaire des « encores » des très grands…

Je retrouve un article d’Alain Lompech dans Le Monde du 30 décembre 1995 : La mort de Shura Cherkassky. : « Le répertoire de Shura Cherkassky était à l’image d’un homme qui, n’ayant jamais vécu qu’à l’hôtel, refusait de s’installer dans ses meubles, comme il refusait le confort d’un répertoire rebattu. Cet anticonformiste avait souffert de ce qu’on ne pouvait le faire entrer dans une case. A peine l’avait-on admiré dans le Carnaval de Schumann qu’il pouvait indifféremment se lancer dans une de ces transcriptions d’un kitsch incroyable dont les virtuoses du XIXe siècle avaient le secret, dans l’une des dernières sonates de Beethoven, ou dans une des études de Georgy Ligeti, qu’il avait mises à son répertoire à quatre-vingts ans passés dès qu’elles furent éditées… quand les pianistes n’enrichissent généralement plus leur répertoire après soixante ans. » Il faut lire tout l’article en accès libre, pour comprendre le génie de cet interprète.

Il faut surtout écouter et réécouter parfois plusieurs versions d’une même oeuvre : toujours lui-même et jamais exactement pareil.

J’avais découvert le nom de ce pianiste dans l’un de mes tout premiers disques… de Karajan, où il est le soliste de la Fantaisie hongroise de Liszt.

Je découvre à’l’instant ce récital filmé à Amsterdam en 1992. Tout simplement prodigieux…

La Mer et les chefs

J’aurais préféré écrire une meilleure critique sur le concert auquel j’ai assisté jeudi dernier (le jour où on annonçait le nom du successeur de Louis Langrée à CincinnatiUne semaine pas très ordinaire). A lire sur Bachtrack : La Mer trop calme du National avec Cristian Măcelaru à Radio France.

La formule est schématique, mais elle traduit bien l’impression de statisme qu’on a éprouvée à l’écoute d’une interprétation qui ne manquait pas de qualités. Le National et son chef avaient déjà donné le triptyque debussyste en 2022 comme en témoigne cette captation :

J’ai pensé que c’était l’occasion de faire le point non pas sur la discographie de l’oeuvre – des centaines de versions ! – mais d’une part en comparant l’Orchestre national de France à lui-même sous les différentes baguettes qui l’ont dirigé, d’autre part en tirant de ma discothèque des versions qui m’accompagnent depuis longtemps

La Mer et le National

La fausse symphonie de Debussy est bien évidemment l’un des piliers du répertoire de l’orchestre radiophonique qui célèbre ses 90 ans d’existence cette année. Ce qui est doublement fascinant, c’est d’une part la constance dans les couleurs si françaises de « notre » Orchestre national, et d’autre part la marque qu’y impriment les différents directeurs musicaux, leurs tempéraments, et quelques invités prestigieux :

2018 : Emmanuel Krivine (2017-2020)

2012 Daniele Gatti (2008-2014)

Evgueni Svetlanov (1998) au festival Radio France Montpellier

1984 : Seiji Ozawa

1974 : Jean Martinon (1968-1973)

1956 : Charles Munch (1962-1967)

Je n’ai pas trouvé d’enregistrement disponible de La Mer sous la direction de Lorin Maazel et Charles Dutoit qui se sont succédé à la tête de l’Orchestre National entre 1977 et 2001.

Les chefs de La Mer

Souvent les versions citées comme des « références » perdent de leur superbe au fil des années et de l’accroissement de la discographie d’une oeuvre. En l’occurrence, pour La Mer de Debussy, ces fameuses références demeurent inchangées, voire insurpassées.

Ernest Ansermet (1883-1969)

On ne sait pas toujours que le chef suisse, fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande, a non seulement connu Debussy, mais le jeune homme qu’il était alors s’était même permis de suggérer au compositeur quelques corrections dans sa partition ! Le lien entre Ansermet et Debussy était tel que le programme inaugural de l’orchestre genevois était tout entier dédié à Debussy

J’ai beau la connaître par coeur, la version d’Ansermet de La Mer me paraît indépassable. Quand je dis à propos du dernier concert du National que les tempi sont trop lents, ce n’est pas seulement affaire de métronome, mais aussi et surtout de mouvement. Et Ansermet savait de qui et de quoi il parlait !

Pierre Boulez (1925-2016)

Avec d’autres moyens, et un luxe orchestral supérieur, qu’Ansermet, Pierre Boulez réalise avec Cleveland, deux fois pour Sony et DG, une version passionnante.

Herbert von Karajan (1908-1989)

Les deux seules fois où j’ai eu le privilège d’entendre Karajan en concert, en 1974 à Lucerne et en 1985 à Genève, La Mer était au programme. C’est dire si le chef autrichien aimait l’oeuvre. Il en a laissé pas moins de trois versions officielles au disque.

Ma liste n’est évidemment pas exhaustive, mais il y a ici pour l’amateur quelques heures passionnantes d’écoute en perspective !

Crépuscules : Pollini, Eötvös

J’ai pris quelques jours de vacances en me promettant de me tenir loin de l’actualité.

Le cas Pollini

Mais voilà qu’après avoir débarqué sur les rivages d’une mer calme après un heureux voyage je suis submergé par les hommages que je lis de tous côtés sur le pianiste Maurizio Pollini, mort ce 23 mars.

Comme pour Frédéric Mitterrand avant-hier mon premier réflexe est de me taire, de ne rien écrire ou dire de plus que le tombereau de tributs sous lequel le disparu est déjà enseveli. J’avais écrit naguère, après un récital du pianiste italien à la Philharmonie de Paris, un billet sobrement intitulé Crépuscule, qui m’avait valu tellement de reproches, voire de sarcasmes – comment osais-je critiquer une « légende » ? – que je vais m’en tenir là.

Maurizio Pollini 21 novembre 2019 / Philharmonie de Paris (Photo JPR)

Un jour, quand je ne serai plus en vacances, j’expliquerai peut-être pourquoi je n’ai jamais marché dans le « narratif » (c’est comme ça qu’on dit aujourd’hui !) élaboré autour du personnage et même de l’artiste. Entre-temps, je réécouterai sûrement quelques-uns de ses enregistrements (je précise, tout de même, que, tout critique que je sois à l’égard de Pollini, j’ai la totalité de ses enregistrements officiels dans ma discothèque et même quelques « live »)

Peter Eötvös (1944-2024)

Peter Eötvös (1944-2024)

Je ne peux pas dire que j’ai bien connu le chef et compositeur Peter Eötvös, qui vient de disparaître à tout juste 80 ans, mais les quelques rencontres que j’ai eues avec lui m’ont marqué, pour différentes raisons. Et sa disparition, même prévisible – la maladie l’avait empêché d’assister à l’hommage que Radio France voulait lui rendre pour son anniversaire en janvier dernier -, m’attriste.

Le personnage était très attachant, exigeant mais jamais poseur, et il a sans doute fait beaucoup plus pour la « musique contemporaine » que nombre de ses collègues, parce qu’il avait le don de la pédagogie, y compris dans son écriture.

La dernière fois que j’ai eu l’occasion de faire oeuvre utile pour lui, c’était il y a neuf ans, dans mes fonctions d’alors de directeur de la musique de Radio France, comme je l’ai raconté dans un billet précédent (Suites et conséquences) :

« C’est ainsi qu’un magnifique projet de concerts et d’enregistrements fin 2014 autour de Peter Eötvös  avait  failli capoter, parce que la mise en place des répétitions et des concerts dans les deux toutes nouvelles salles de concert de la Maison de la radio (Studio 104 et Auditorium) s’avérait très compliquée du fait des effectifs requis. Il n’y avait pas de maison de disques partenaire à l’horizon.  A force de conviction, de persévérance, et de beaucoup de bonne volonté de la part de toutes les personnes impliquées, on a pu organiser les répétitions, les concerts, puis la collaboration entre Radio France et le label Alpha, membre du groupe Outhere (le même éditeur que le coffret Lalo des Liégeois !). Le disque vient de sortir, où ma préférence va, je l’avoue, à la prestation pyrotechnique de Martin Grubinger !

J’ajouterai à ce que j’écrivais en 2016 que l’organisation administrative qui régissait alors les services de Radio France mettait tous les freins possibles à ce qui ‘n’entrait pas dans les périmètres balisés des uns et des autres…

Je reviendrai plus tard sur d’autres souvenirs de cette lumineuse personnalité…

Voix de miel et de bronze : Victoria et Jessye

C’est un exercice auquel je refuse de me livrer, même si j’y suis parfois contraint : comment décrire une voix humaine, a fortiori chantante ? On en est réduit à des images, à des adjectifs dont la banalité le dispute souvent à l’inexactitude.

Une centenaire solaire

Victoria de Los Angeles est née, il y a cent ans, le 1er novembre 1923 à Barcelone et morte le 15 janvier 2005 dans sa ville natale. Warner a eu la bonne idée de lui dédier un coffret copieux, qui ne contient à ma connaissance aucun inédit, mais qui résume bien la carrière exceptionnelle de cette voix sensuelle, gorgée de lumière, qui s’était confiée au micro de Jean-Michel Damian sur France Musique à l’occasion de ses 70 ans : Mémoire retrouvée, Victoria de Los Angeles. J’ai pour ma part le souvenir d’un récital donné à Cannes, à l’occasion du MIDEM, à l’automne 1993, récital capté par France Musique : les craintes de l’équipe technique, et la mienne, avaient été levées dès les premiers instants. La cantatrice savait parfaitement ce qu’elle pouvait encore chanter, à un âge où ses consoeurs avaient depuis longtemps renoncé, et ce fut un éblouissement constant.

J’évoquais l’été dernier les circonstances particulières de l’enregistrement de l’un des plus beaux disques de Carmen de Bizet – L’impossible Carmen

Je ne vais pas me livrer au petit jeu des préférences : tout est admirable dans cette boîte. Quelques-uns des trésors qui font mon bonheur depuis des lustres :

Dans ce Ravel, on ne sait qu’admirer le plus : la diction, le timbre, la souplesse de la voix…

Jessye enfin

Bien plus que Victoria de Los Angeles, Jessye Norman (1945-2019) a été, dès mes premiers émois musicaux, la compagne de mon éducation à l’univers de la voix, de la mélodie, de l’opéra même, comme je l’ai raconté ici lorsqu’elle a disparu il y a quatre ans : Les chemins de l’amour .

Ce coffret récapitulatif de ses enregistrements de studio (à l’exception des intégrales d’opéra) avait été annoncé il y a plus de deux ans – lire Disques fantômes, et on avait fini par penser qu’il ne sortirait jamais. Finalement, commandé vendredi (sur un site italien), reçu samedi, je l’ai ouvert et découvert comme un enfant à qui on aurait fait le plus beau cadeau de Noël. Il n’y a là pourtant rien que je ne connaisse déjà, que j’ai précieusement collectionné au fil des ans, à part peut-être The Child of our time de Tippett, dirigé par Colin Davis, qui m’avait échappé. Il y a des doublons, mais on ne fait pas la fine bouche quand la 9e de Beethoven est dirigée par Levine ou Böhm, la 3e de Mahler par Abbado et Ozawa, ou encore quand se présentent deux versions du Chant de la Terre de Mahler (avec une préférence pour celle de James Levine et le trop rare et magnifique Siegfried Jerusalem)

Comme pour le coffret Los Angeles, une somme admirable qui rend justice à l’une des plus extraordinaires musiciennes de la fin du XXe siècle, voix de bronze et d’ambre d’une puissance inégalée.

Détails du coffret :

CD1    Schubert & Mahler Lieder 
CD2    Schumann: Frauenliebe und -leben Op. 42; Liederkreis, Op.39 
CD3    Les Chemins de l’amour – Songs By Duparc, Ravel, Poulenc & Satie 
CD4    Brahms: 12 Lieder 
CD5    Brahms: 29 Lieder 
CD6    Brahms: 23 Lieder 
CD7    Schubert: 12 Lieder 
CD8    Richard Strauss: 20 Lieder 
CD9    Live at Hohenems 
CD10    Live in Europe 
CD11    Salzburg Recital 
CD12    Tippett: A Child Of Our Time 
CD13    Jessye Norman sings Wagner 
CD14    Mahler: Songs from « Das Knaben Wunderhorn »  (dir. Bernard Haitink avec John Shirley-Quirk)
CD15    Schoenberg: Gurrelieder
CD16    Schoenberg: Gurrelieder (dir. Seiji Ozawa)
CD17    Berlioz: Les Nuits d’été; Ravel: Shéhérazade 
CD18    Beethoven: Symphony No.9 in D minor, Op.125 – « Choral »  (dir. Karl Böhm
CD19    Mahler: Das Lied von der Erde (dir. Colin Davis avec Jon Vickers)
CD20    Mahler: Symphony No.3 in D minor 
CD21    Mahler: Symphony No.3 in D minor (dir. Claudio Abbado)
CD22    Richard Strauss: Four Last Songs 
CD23    Beethoven: Symphony No.9 in D minor, Op.125 – « Choral »  (dir. James Levine)
CD24    Wagner: Tristan und Isolde excerpts; Siegfried Idyll; Overture « Tannhäuser » 
CD25    Live at Notre Dame 
CD26    Beethoven: Missa Solemnis, Op.123 
CD27    Beethoven: Missa Solemnis, Op.123 (dir. James Levine)
CD28    Schoenberg: Erwartung; Cabaret Songs 
CD29    Mahler: Symphony No.3 in D minor 
CD30    Mahler: Symphony No.3 (dir. Seiji Ozawa)
CD31    Mahler: Das Lied von der Erde (dir. James Levine avec Siegfried Jerusalem)
CD32    Spirituals 
CD33    Sacred Songs 
CD34    A Great Day in the Morning 
CD35    Spirituals in Concert 
CD36    Christmastide 
CD37    In the Spirit – Sacred Music for Christmas 
CD38    With a Song in My Heart 
CD39    Lucky To Be Me 
CD40    I Was Born in Love with You 
CD41    Mahler: Kindertotenlieder; Lieder eines fahrenden gesellen; Wagner: Wesendonck Lieder 
CD42    Berlioz: La Mort de Cléopatre; Brahms: Alto Rhapsody; Bruckner: Te Deum 

DVD1: Jessye Norman Recital 
DVD2: Jessye Norman at Christmas 
DVD3: Jessye Norman A Portrait

Rachmaninov : une Première mal aimée

Cet été j’ai pas mal voyagé et donc écouté beaucoup de musique. Une programmation aléatoire m’a fait entendre deux versions de la Première symphonie de Rachmaninov et m’a, du même coup, rappelé une promesse que je m’étais faite d’établir quelques discographies des oeuvres du compositeur russe, né il y a 150 ans et mort il y a 70 ans.

Les heureux Parisiens auront la chance de pouvoir l’entendre fin octobre à la Philharmonie avec l’orchestre « rachmaninovien » par excellence, celui que dirigea le compositeur lui-même et avec lequel il enregistra plusieurs de ses oeuvres, l’orchestre de Philadelphie et son actuel chef Yannick Nezet-Seguin

En attendant, revue de quelques versions -de ma discothèque- pas toujours les plus connues :

  1. Lorin Maazel, Orchestre philharmonique de Berlin (DG)

Une fois de plus, ce n’est pas spontanément qu’on associe Rachmaninov à un chef comme Lorin Maazel. Et pourtant sa gravure des trois symphonies avec Berlin est plus qu’intéressante, elle a été heureusement rééditée dans le coffret presque complet des enregistrements DGG du chef américain disparu en 2014.

2. Walter Weller, Orchestre de la Suisse Romande (Decca)

A l’occasion du décès du violoniste et chef viennois Walter Weller (1939-2015) en juin 2015, j’avais écrit ceci :

« Quelques années plus tôt, j’avais acheté au marché aux puces de St Ouen un coffret de 3 33 tours des Symphonies de Rachmaninov et j’avais été fasciné par la 1ere symphonie (plus, à l’époque, que par les 2e ou 3emes) et par la beauté de la version de….Walter Weller et de l’Orchestre de la Suisse Romande, une captation Decca réalisée en 1971 au Victoria Hall de Genève.

Je me dis que jamais plus je n’aurais l’opportunité d’entendre « en vrai » l’oeuvre et les interprètes de ce disque, si je ne demandais pas à Walter Weller de reprendre cette 1ere symphonie de Rachmaninov vingt ans après cet enregistrement. Il fut d’abord très surpris de ma demande – peut-être n’avait il jamais plus redonné l’oeuvre en concert depuis l’enregistrement ?!, moi-même j’ai dû attendre 2007 et l’enthousiasme de Patrick Davin pour la reprogrammer à Liège ! –

Inutile de dire que ce concert genevois de Walter Weller m’est resté en mémoire (d’autant plus que le Berg donné en première partie avait pour soliste un Pierre Amoyal au sommet de ses moyens).

3. Vladimir Ashkenazy, Concertgebouw Amsterdam (Decca)

Autant je suis loin d’être convaincu par le pianiste Ashkenazy – qui a beaucoup, trop, enregistré – autant je lui reconnais pas mal de belles réussites comme chef d’orchestre, en particulier dans l’oeuvre symphonique de Rachmaninov, où il bénéficie de surcroît du somptueux Concertgebouw d’Amsterdam

4. Charles Dutoit, orchestre de Philadelphie (Decca/Newton)

Ce n’est pas – et de loin – la part la plus connue de la discographie du chef suisse, et pourtant la quasi-intégrale symphonique Rachmaninov que Charles Dutoit a enregistrée l’a été à Philadelphie et compte pour moi parmi les plus inspirées.

5. Zoltan Kocsis, Orchestre national de Hongrie (Budapest Music Center)

Lorsque j’avais rendu hommage à Zoltan Kocsis, le grand pianiste hongrois disparu en novembre 2016, j’avais évoqué, trop brièvement, son activité de chef d’orchestre. La dernière fois que je m’étais rendu à Budapest (et que j’avais encore trouvé un magasin de disques !) j’avais pu acheter ce CD, comportant… la Première symphonie de Rachmaninov !

Je n’ai malheureusement pas trouvé de vidéo de cet enregistrement… mais je le recommande très chaudement. Comme on a toujours chaleureusement recommandé Kocsis dans les concertos de Rachmaninov…

6. Mikhail Pletnev, Orchestre national de Russie (DGG)

Le pianiste Mikhail Pletnev est, de mon point de vue, aussi génial au clavier que sur le podium du chef. Il ne laisse personne indifférent, et c’est pour cela qu’on l’admire.

Il a aussi gravé les trois symphonies de Rachmaninov, et ses partis-pris dans la 1ere peuvent déconcerter autant que passionner l’auditeur.

Pour ne pas encourir le reproche que d’aucuns de mes lecteurs ne manqueraient pas de me faire, je précise que les versions que j’ai retenues ici n’excluent pas évidemment les références que sont Ormandy, Jansons, Svetlanov, et qui demeurent chères à mes oreilles !