Le légendaire fondateur de l’Orchestre de la Suisse romande, Ernest Ansermet (1883-1969) a laissé un prodigieux legs discographique, pour l’essentiel gravé pour et par Decca avec l’orchestre suisse dont il fut le directeur musical durant 50 ans !
La musique française bien sûr, les Russes tout autant, comme son ami Stravinsky, et tout un répertoire considérable.
Haydn n’est pas le compositeur qu’on associerait spontanément à Ansermet. Et pourtant on lui doit l’une des très belles versions des Symphonies parisiennes :
Pour la symphonie n°85, un document que je ne connaissais pas : Ernest Ansermet dirige l’orchestre symphonique de la BBC en studio le 2 février 1964 !
Etonnamment, Ansermet n’a pas enregistré au disque, la symphonie n°88 qui était un « tube » pour à peu près tous ses contemporains (Furtwängler, Walter, Klemperer, Reiner…) mais on dispose d’un « live » enregistré par la Radio suisse romande lors du festival de Montreux, le 31 août 1960 :
Plus rare au disque, la symphonie n°90 avec sa fausse fin (ça fonctionne toujours en concert !):
ou la symphonie n°22 dite « Le Philosophe »
Le titre « le Philosophe » ne figure pas sur le manuscrit original et il est peu probable qu’il vienne de Haydn lui-même. On le trouve en revanche sur une copie manuscrite de la symphonie trouvée à Modène et datée de 1790 ; ainsi le surnom date de la vie même du compositeur. Ce titre proviendrait de la mélodie et du contrepoint du premier mouvement (entre les cors et le cor anglais), qui font musicalement allusion à une question suivie d’une réponse et qui constituent l’essence de la disputatio. L’effet de tic-tac en sourdine évoque également l’image d’un philosophe plongé dans ses pensées
Les témoignages d’Ernest Ansermet dans les symphonies « londoniennes » de Haydn sont plus rares. En concert avec l’orchestre de la Radio bavaroise, la n°95 nous semble étrangement poussive.
En revanche, sa gravure de studio, réalisée en 1949 à Genève, de la symphonie n°101, est une démonstration d’allégresse, de virtuosité collective !
Kirill Kondrachine, à mes yeux le plus grand chef russe du XXème siècle avec Mravinski et Svetlanov, né en 1914, mort il y a quarante ans à Amsterdam (le 7 mars 1981) est évidemment très justement reconnu pour ses interprétations admirables des Russes, Tchaikovski, Chostakovitch – magistrale intégrale de ses symphonies -.
On l’associe moins fréquemment à Beethoven dont il a pourtant laissé de splendides enregistrements, le plus souvent « live ».
Seul enregistrement symphonique de studio, une Quatrième symphonie captée en 1967 avec l’orchestre philharmonique de Moscou, dont Kondrachine fut le directeur musical de 1960 jusqu’à son émigration à l’Ouest en 1978.
A Cologne en 1972, il enregistre pour la WDR la Deuxième symphonie :
Une immense Héroïque captée dans le son glorieux du Concertgebouw d’Amsterdam
Dommage que personne n’ait songé à faire enregistrer d’autres symphonies à Kondrachine, à moins que les archives des radios n’aient pas encore livré tous leurs secrets
En tant qu’accompagnateur, Kirill Kondrachine a été souvent requis auprès des plus grands : David Oistrakh plusieurs fois pour le concerto pour violon, mais aussi Leonid Kogan.
mais aussi pour Decca à Vienne avec Kyung-Wha Chung
Pour ce qui est des concertos pour piano, hasard ou nécessités de l’enregistrement, Kondrachine a souvent dirigé le 3ème concerto – mon préféré ! – avec à peu près tous les grands pianistes russes de son temps, Richter, Guilels, Grinberg…
Avec Sviatoslav RIchter à Moscou en 1962 :
Avec Emil Guilels en 1947
Et un deuxième concerto avec la grande Maria Grinberg
Triple concerto
Pour le bicentenaire de la naissance de Beethoven, en 1970, Kondrachine réunit à Moscou les trois solistes stars – Sviatoslav Richter, David Oistrakh, Mstislav Rostropovitch – qui ont enregistré le Triple concerto avec Karajan à Berlin quelques semaines auparavant. L’écoute attentive des deux versions donne l’avantage à l’équipe russe, le trio et le chef évitent la grandiloquence compassée de la version berlinoise.
On – l’intéressé en premier ? – me pardonnera, je l’espère, ce jeu de mots de circonstance – en France la Fête des mères est toujours le dernier dimanche de mai, à la différence de quasiment tous les autres pays !.
C’est un personnage que les discophiles chevronnés connaissent au moins de nom, un Australien au palmarès impressionnant (voir sa notice sur Linkedin) : Cyrus Meher-Homji. A ce titre, il est le responsable de la collection Eloquence, aujourd’hui très largement distribuée dans le monde entier, mais que, pendant quelques années, j’ai dû acheter par correspondance… en Australie !
Je ne sais pas si, dans l’univers de la musique classique, Cyrus Meher-Homji a un équivalent encore en activité. J’en doute. Il est le seul, à ma connaissance, à aussi bien connaître et explorer les fonds et tréfonds de l’immense catalogue constitué par Philips, Decca, Deutsche Grammophon, labels historiques aujourd’hui rassemblés sous la bannière d’Universal.
Dorati
En septembre dernier, je me réjouissais de retrouver des Mozart et des Haydn de Dorati, qui avaient échappé aux rééditions Decca ou Mercury du chef hongrois (lire Haydn dans les Pyrénées)
Kubelik
J’attends avec impatience un coffret commandé il y a quelques semaines, les enregistrés réalisés au tournant des années 50 par Rafael Kubelik pour Decca
Des disques que j’ai déjà, en CD séparés, mais qui vont ressortir dans un son nouveau, « remastérisé ».
Et puis, l’avantage considérable de cette collection et du travail de Cyrus Meher-Homji, c’est de nous donner à redécouvrir, et parfois découvrir tout court, des artistes demeurés dans une ombre que leur talent n’aurait pas dû leur infliger, jusqu’à des noms dont je n’avais jamais entendu parler.
Ainsi d’Anja Thauer (1945-1973), une violoncelliste allemande lumineuse, qui va se suicider à 28 ans, à cause d’une histoire d’amour impossible (lire : Anja Thauer. On l’a comparée à Jacqueline du Pré, autre musicienne exceptionnelle, arrêtée dans son élan par la maladie (la sclérose en plaques).
Le violoniste roumain Ion Voicu (1923-1997) avait lui aussi disparu des radars, quelques disques en Allemagne de l’Est encore trouvables sur le label Berlin Classics.
Ici une belle réédition qui rend hommage à un art du violon « natif » de Roumanie.
Il y a parfois des sommes sans doute utiles à certains collectionneurs, mais sur la pertinence desquelles on peut s’interroger. Je suis loin de partager l’enthousiasme de certains amis sur la réédition de ce coffret. La pianiste Ruth Slenczynska, 96 ans aujourd’hui, a d’évidences qualités de virtuosité, mais un jeu qui confine parfois à la sécheresse, affaire de prise de son ?
Ses études de Chopin respirent large, ce qui est n’est pas pour me déplaire :
Il y a un peu plus d’un mois, j’avais loué la réédition, si attendue, des enregistrements du chef suisse Peter Maag (voir Peter le Suisse) en regrettant une étrange prise de son, pourtant annoncée comme « stéréo », pour un disque de concertos avec Fou Ts’ong. Cyrus Meher-Homji m’avait lui-même répondu en signalant, en toute transparence, qu’il n’avait pu remettre la main sur la bande originale en stéréo.
Dans ce blog, les citations des publications de cette collection sont innombrables.
Je signale que le site britannique prestomusic.com fait actuellement une promotion très intéressante sur l’ensemble de la collection…
En tout cas on doit un fier coup de chapeau à Cyrus Meher-Homji. On a hâte qu’il continue de nous restituer ce qui nous semble une inépuisable réserve de trésors, corrigeant au passage les erreurs ou les oublis des maisons-mères (Deutsche Grammophon ou Decca) comme il l’avait fait pour Eugen Jochum
Il est mort il y a vingt ans, le 16 avril 2001. Il n’a jamais été une star de la baguette, même s’il a attiré très tôt l’attention du public, de ses confrères chefs, par des dons précoces.
Peter Maag est l’un des rares chefs d’orchestre suisses, avec Ernest Ansermet, Armin Jordan ou Silvio Varviso à avoir fait une carrière internationale au XXème siècle. Né le 10 mai 1919 à Saint-Gall, il est mort à Vérone. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’avait pas le sens de l’auto-promotion et ne recherchait ni les honneurs ni les postes.
La collection Eloquence de Decca vient rappeler, en un coffret de 20 CD, l’originalité du talent de Peter Maag, des disques réalisés pour l’essentiel au début de sa carrière pour Decca ou, plus rarement, pour Deutsche Grammophon.
Mozart d’abord, dont Peter Maag fut l’un des hérauts. Malheureusement une discographie très hétérogène, avec des labels, des orchestres très divers.
Une leçon de style, comme dans Schubert, Mendelssohn ou Brahms.
Peter Maag n’a jamais eu de poste fixe, sauf à Berne dans les années 1990. Il était trop indépendant, ou trop dépendant de ses humeurs, refusant le poids de la célébrité. Après avoir triomphé à l’opéra au début des années 60, il se retire deux ans durant dans un monastère bouddhiste !
Maurizio Jacobi évoque de jolis souvenirs des dernières années italiennes de Peter Maag :
D’un point de vue artistique, il était certainement un grand chef d’orchestre ; quelques gestes, souvent sans baguette et avec des mains qui semblaient rétrécies ; mais des gestes essentiels et très clairs. Et puis, il avait un sens de la narration fluide et de la structure globale. Il avait beaucoup de métier, mais c’était avant tout un artiste ; s’il n’était pas d’humeur, il semblait s’ennuyer ; d’où une certaine réputation de discontinuité, et pourtant il y avait toujours un moment où l’on avait l’impression, même dans les répertoires les plus connus, de découvrir des beautés que l’on n’avait jamais saisies auparavant : de vrais trucs de musicien.
Personnellement, je préfère encore cela à la perfection ou à l’exécution parfaite de chefs d’orchestre célèbres dirigeant des orchestres d’une impeccable froideur. Maag en revanche ne dédaignait pas de diriger des orchestres « mineurs », dont il pouvait tirer un son bien à lui, transparent, jamais écrasant même dans les fortissimi. Il cherchait un équilibre « mozartien » ; et justement, Mozart est un compositeur d’une mystérieuse ambiguïté, avec un risque très élevé d’interprétation incomplète ou de fausse représentation. Avec Mozart notamment, Maag a atteint des sommets d’interprétation, anticipant même les critères philologiques actuels, qu’il n’appréciait pas particulièrement. (in Wanderersite.com).
Merci à Cyrus Meher-Homji, le responsable de cette collection Eloquence, qui explore, remet au jour, revivifie des trésors parfois oubliés ou négligés de l’immense fonds Decca, Philipe ou Deutsche Grammophon.
C’est à lui qu’on doit ces 20 CD
Seule déception de ce coffret, le disque de concertos de Schumann et Chopin enregistré pourtant en 1962 – en stéréo – Londres par le magnifique pianiste chinois disparu il y a quelques mois, Fou Ts’ong. Prise de son très médiocre en mono ! Cyrus Meher-Homji a reconnu que les bandes originales avaient été perdues, et qu’il ne disposait que de cette prise.
Mozart: Serenade No. 4 in D major, K203 ‘Colloredo’
Orchestre de la Suisse Romande
Peter Maag
Mozart: Serenade No. 9 in D major, K320 ‘Posthorn’
Orchestre de la Suisse Romande
Peter Maag
Mozart: Symphony No. 28 in C major, K200
Orchestre de la Suisse Romande
Peter Maag
Mozart: Symphony No. 29 in A major, K201
Orchestre de la Suisse Romande
Peter Maag
Mozart: Symphony No. 34 in C major, K338
Orchestre de la Suisse Romande
Peter Maag
Mozart: Symphony No. 32 in G major, K318
London Symphony Orchestra
Peter Maag
Mozart: Symphony No. 38 in D major, K504 ‘Prague’
London Symphony Orchestra
Peter Maag
Mozart: Clarinet Concerto in A major, K622
Gervase de Peyer (clarinet)
London Symphony Orchestra
Peter Maag
Mozart: Horn Concertos Nos. 1-4
Barry Tuckwell (horn)
London Symphony Orchestra
Peter Maag
Mozart: Piano Concerto No. 13 in C major, K415
Julius Katchen (piano), Peter Maag
New Symphony Orchestra of London
Mozart: Piano Concerto No. 20 in D minor, K466
Julius Katchen (piano), New Symphony Orchestra of London, Peter Maag
Mozart: Violin Concerto No. 3 in G major, K216
Joshua Bell (violin), Peter Maag
English Chamber Orchestra
Mozart: Adagio for Violin and Orchestra in E, K261
Joshua Bell (violin), Peter Maag
English Chamber Orchestra
Mozart: Violin Concerto No. 5 in A major, K219 ‘Turkish’
Joshua Bell (violin), Peter Maag
English Chamber Orchestra
Mozart: Rondo for Violin and Orchestra in C, K373
Joshua Bell (violin), Peter Maag
English Chamber Orchestra
Mozart: Notturno in D major K286
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Mozart: Serenade No. 6 in D major, K239 ‘Serenata Notturna’
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Mozart: Lucio Silla, K135: Overture
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Mozart: Thamos, König in Ägypten, KV 345: four interludes
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Mozart: German Dances (6), K509
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Mozart: German Dances (6), K600
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Mozart: German Dances (4), K602
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Mozart: German Dances (3), K605
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Mozart: Madamina, il catalogo è questo (from Don Giovanni)
Fernando Corena (bass), Peter Maag
Orchestre de la Suisse Romande
Mozart: Se vuol ballare (from Le nozze di Figaro)
Fernando Corena (bass), Peter Maag
Orchestre de la Suisse Romande
Mozart: Ah se in ciel, benigne stelle, K538
Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
London Philharmonic Orchestra
Mozart: Mass in C minor, K427 ‘Great’ – Et incarnatus est
Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
London Philharmonic Orchestra
Mozart: Exsultate, jubilate, K165 – Alleluia
Jennifer Vyvyan (soprano), Peter Maag
London Philharmonic Orchestra
Mendelssohn: Symphony No. 3 in A minor, Op. 56 ‘Scottish’
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Mendelssohn: Hebrides Overture, Op. 26
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Mendelssohn: A Midsummer Night’s Dream – incidental music, Op. 61
Peter Maag
London Symphony Orchestra
Chopin: Les Sylphides (arr.Douglas)
Peter Maag
Paris Conservatoire Orchestra
Rossini: Guillaume Tell Overture
Peter Maag
Paris Conservatoire Orchestra
Rossini: La Cenerentola Overture
Peter Maag
Paris Conservatoire Orchestra
Rossini: Semiramide Overture
Peter Maag
Paris Conservatoire Orchestra
Rossini: La gazza ladra Overture
Peter Maag
Paris Conservatoire Orchestra
Delibes: La Source – suite
Peter Maag
Paris Conservatoire Orchestra
Tchaikovsky: Piano Concerto No. 1 in B flat minor, Op. 23
Peter Jablonski (piano), Peter Maag
London Symphony Orchestra
Grieg: Piano Concerto in A minor, Op. 16
Peter Jablonski (piano), Peter Maag
London Symphony Orchestra
Paër: Leonora
Siegfried Jerusalem (tenor), Ursula Koszut, Giorgio Tadeo, Edita Gruberova (soprano), Peter Maag
A l’occasion du centenaire de sa naissance, le 21 mars 1921, Decca a publié un beau coffret de l’intégrale des enregistrements réalisés pour Philips par le violoniste belge Arthur Grumiaux, de 1950 à 1985.
Arthur Grumiaux c’est une légende. En Belgique, c’est un intouchable. Comme son illustre aîné Eugène Ysaye. Ses enregistrements sont souvent cités comme des références comme son partenariat avec Clara Haskil dans les sonates pour violon et piano de Beethoven.
Moi-même, avant d’acquérir ce beau coffret, j’avais dans ma discothèque, une bonne partie de ces « références ». Je m’aperçois que je les avais peu écoutées, que, lorsque je voulais écouter du beau et grand violon, ce n’est pas Grumiaux que je choisissais spontanément (mais plutôt Ferras, Milstein ou Heifetz).
Depuis que j’ai reçu ce coffret, et que je réécoute… ou parfois découvre certains de ces enregistrements, j’éprouve des sensations mitigées.
C’est incontestablement du très beau violon – on sait que Grumiaux surveillait de très près le montage et demandait aux ingénieurs du son d’être toujours plus en avant ! -, élégant, « classique » dans la meilleure acception du terme.
Mais cette recherche du beau son se fait au détriment d’une prise de risque, d’un engagement interprétatif plus éloquent.
C’est particulièrement audible dans cette prise de concert du concerto de Beethoven (à Paris avec Antal Dorati !) ou le premier des deux enregistrements qu’Arthur Grumiaux a réalisés du concerto de Brahms, avec Eduard Van Beinum et le Concertgebouw (en 1958).
Je pense que l’on comprendra mieux mes réserves en comparant ces deux versions du concerto pour violon n°3 de Saint-Saëns
Le finale de ce concerto – écrit pour Sarasate ! – implique virtuosité, panache, élan. Ce qu’on entend dans la version Grumiaux, il faut le dire pas du tout aidé par la direction « plan plan » de Manuel Rosenthal, n’est pas exactement cela !
Nathan Milstein – depuis longtemps ma référence – prouve qu’on peut, qu’on doit oser dépasser la barre de mesure !
On doit aussi observer que le répertoire enregistré d’Arthur Grumiaux est à l’image de son jeu, pas très ouvert et peu aventureux : aucun concerto du 20ème siècle, à l’exception, certes notable, du néo-classique concerto de Stravinsky et d’un bien timide concerto de Berg (pourtant dirigé par le grand Igor Markevitch), mais ni Bartok, ni Prokofiev, ni Sibelius, pour ne pas parler de Chostakovitch ou Szymanowski… Voir le détail complet du coffret ci-dessous*
Restons-en donc à ce qu’on aime de l’artiste, comme son duo légendaire avec Clara Haskil.
Bach, J S: Sonatas & Partitas for solo violin, BWV1001-1006
Schubert est le compositeur de l’intime, de la tendresse, de la douleur retenue, des bonheurs simples et bucoliques.
Dans ses symphonies, les indications de tempo sont tout sauf précises, elles donnent une idée, une allure, de ce que le compositeur avait en tête. D’où des différences, parfois abyssales.
Allegro moderato(6ème symphonie)
Le meilleur exemple en est donné par le finale de la 6ème symphonie marqué « allegro moderato » (bel oxymore !)
Karl Böhm penche nettement du côté moderato :
Mais il est largement battu par un Harnoncourt soporifique !
Le jeune Lorin Maazel, en 1961, oublie complètement le « moderato »
Quarante ans plus tard, il récidive en public avec l’orchestre symphonique de la radio bavaroise – dont il fut le directeur musical de 1993 à 2002.
Ecouter à partir de 17’12
Si le chef américain voulait démontrer la virtuosité collective de son orchestre, c’est réussi. En revanche, on est à des lustres de l’humeur joyeuse de Schubert, plutôt dans une bande-son d’un Tom and Jerry ! À côté de la plaque.
Dans la jeune génération, Andres Orozco Estrada fait la preuve qu’on peut adopter un tempo rapide et varier les atmosphères : la reprise du thème comme un écho alenti de l’allégresse initiale, une trouvaille ! Et quel magnifique orchestre ! à partir de 22’02
A l’inverse, on ne pourra pas accuser René Jacobs d’irrégularité métronomique. Ce dernier mouvement avance désespérément tout droit, comme si le chef s’y ennuyait, avant de décider de bousculer la coda pour en finir !
Et si les clés de cet « allegro moderato » se trouvaient dans la version du Viennois Josef Krips ? Tout y est, un tempo alerte, l’humeur joyeuse qui musarde, s’attarde, la respiration collective d’un orchestre dont ce n’était pas le répertoire d’élection.
Andante (9ème symphonie)
Je ne devrais pas l’écrire, mais, s’agissant de la « Grande » 9ème symphonie de Schubert, je ne trouve pas ses longueurs toujours « divines« , pour reprendre un mot prêté à Schumann qui se démena pour faire créer l’oeuvre, le 21 mars 1839, neuf ans après la mort du compositeur (c’est Mendelssohn qui dirigeait l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig !).
De nouveau, la question du tempo se pose dans l’andante initial, confié au cor solo. Le tempo mais surtout l’esprit, le phrasé. C’est peu dire qu’indépendamment des générations, les chefs abordent l’oeuvre très différemment.
Il y a d’abord un problème de matériel : sur les partitions les plus anciennes, cet andante est indiqué à 4/4, sur les plus récentes (et donc les plus conformes au manuscrit de Schubert), il est à C barré autrement dit 2/2, et donc deux fois plus rapide..
Et ce n’est pas qu’affaire de tempo, mais d’articulation, de phrasé, d’imagination aussi.
Si l’on prend la version de Georg Solti qu’on présente souvent comme une référence, on a un bel exemple de lenteur scolaire, peu inspirée…
Charles Munch paraît presque précipité en comparaison, en tout cas il est « allant », vraiment andante !
Wolfgang Sawallisch qui a laissé l’une des plus belles (et l’une des premières) intégrales des symphonies de Schubert dans les années 60 avec la Staatskapelle de Dresde, nous donne ici au soir de sa carrière, avec les glorieux Wiener Philharmoniker, une version magnifiquement équilibrée
Une autre proposition « viennoise » qui retient l’attention est celle de John Eliot Gardiner
C’est d’un natif de Vienne que vient cette toute récente version – que j’avais chroniquée pour Diapason – Christoph von Dohnanyi dirigeait le Philharmonia de Londres le 1er octobre 2015. Et comme je l’écrivais : les choses commencent bien : le vieux chef entame la symphonie d’un pas alerte, un authentique andante, là où tant d’autres posent des pieds de plomb, mais dans l’allegro ma non troppo qui suit (avec toutes les reprises !) l’ennui va progressivement s’installer, qui ne se dissipera pas avec un 2 ème mouvement (andante con moto) rythmiquement instable. Le scherzo manque de rebond et de tendresse – on devrait y entendre l’écho des Ländler et autres danses populaires viennoises chères à Schubert – et le finale tourne en rond comme épuisé, malgré quelques sursauts inopinés des timbales !
Je me demande si, à tout prendre, ce n’est pas Carlo Maria Giulini qui a réussi la version la plus aboutie de toute la discographie, en 1976 avec l’orchestre symphonique de Chicago. Un début qui donne envie de parcourir jusqu’au bout cette bien longue symphonie, avec un finale fulgurant, qui nous rappelle que Schubert n’avait pas 30 ans lorsqu’il composa son ultime chef-d’oeuvre symphonique !
J’ai décidé de m’abstenir de commentaires – ici et sur les réseaux sociaux – sur les épisodes successifs de la crise sanitaire. D’abord parce que ça ne sert à rien, le virus et ses mutations se déjouant de nos analyses et pronostics.
Juste deux choses qui relèvent de la politique gouvernementale :
Si l’on nous dit – une évidence – que seule la vaccination massive et rapide nous sortira d’affaire, il faut cesser de promettre, et suivre, en France, l’exemple de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis qui ont été et sont encore capables de performances record en matière de vaccination. Aujourd’hui encore, il est impossible de prendre rendez-vous dans un centre de vaccination ou chez un médecin ou pharmacien !
La bureaucratie/technocratie a encore donné un bel exemple de ce qu’elle est capable d’engendrer avec les autorisations administratives (jusqu’à 15 « motifs » !) qu’elle avait pondues pour les régions reconfinées, jusqu’à ce que Matignon rétro-pédale dans la journée d’hier. Sans d’ailleurs que les choses soient beaucoup plus claires pour les pauvres citoyens que nous sommes !
Et comme il faut toujours sourire, j’ai décidé de nommer désormais le virus COVID-XIX, après que des musées parisiens se sont signalés – avant de se déjuger eux aussi – pour avoir voulu bannir les chiffres romains (Louis 14 a ainsi régné au 17ème siècle !) : Les chiffres romains ne sont pas bannis au Musée Carnavalet.
Le marronnier du printemps
Un peu facile de faire un billet sur le printemps – c’est ce qu’on appelle un marronnier chez les journalistes – même si je ne me lasse pas – reconfinement oblige ! – de revisiter ma discothèque.
Comme cet air de Samson et Dalila – Printemps qui commence – par celle dont le nom et la voix restent à jamais attachés à ce personnage de Saint-Saëns, Rita Gorr
J’ai profité hier d’une très belle journée, un peu fraîche, pour parcourir la si joliment nommée Promenade de la Ramponne qui relie deux beaux villages du Vexin français, Labbeville et Vallangoujard.
Quel bonheur simple et toujours aussi bienfaisant que d’entendre ce concert d’oiseaux :
J’ai entendu très brièvement un coucou – que je n’ai pas capté sur cette courte vidéo – et pensé évidemment à cette pièce pastorale de Frederic Delius : On hearing the first cuckoo in Spring
Puisqu’on a rendu hommage à James Levine (lire Une vie pour la musique) disparu le 17 mars, signalons les deux versions que le chef américain a gravées de la première symphonie de Schumann « le printemps », d’abord à Philadelphie, puis à Berlin.
L’une des oeuvres les moins connues de Rachmaninov est sa cantate pour baryton, choeur et orchestre, Printemps, qui date de 1902 sur un poème de Nekrassov
Je n’ai jamais pu m’empêcher, écoutant le premier mouvement de la Première symphonie de Mahler, d’y entendre l’éveil de la nature… au printemps ! Surtout dans une version que je place au tout premier rang de mes (p)références, Paul Kletzki dirigeant l’orchestre philharmonique de Vienne en 1961
Incontournables de ma discothèque, les Voix du printemps évoquées par Johann Strauss, dans deux indépassables versions viennoises, la chantée par Hilde Gueden (et Josef Krips) et l’orchestrale dirigée par Carlos Kleiber lors du concert de Nouvel an 1989
ou encore Le chant de l’alouette, la troisième (Mars) des douze pièces pour piano de Tchaikovski intitulées Les Saisons, ici sous les doigts du pianiste américain Van Cliburn (1934-2013), qui avait fait sensation en remportant, en pleine guerre froide, le concours Tchaikovski de Moscou en 1958
Dans la suite des rééditions du legs discographique de Claudio Abbado chez Deutsche Grammophon, on signale ce coffret tout récent (sur lequel on reviendra)
Et dans ce coffret une version, à laquelle je n’avais jamais prêté attention, et qui vaut pourtant plus qu’une écoute distraite, d’abord en raison de son soliste, Gidon Kremer, des Quatre saisons de Vivaldi
Un lecteur attentif me rappelle que le grand violoniste belge Arthur Grumiaux est né il y a très exactement cent ans, le 21 mars 1921. Une imposante réédition de ses enregistrements pour Philips est prévue pour bientôt. On reparlera de Grumiaux à cette occasion. Promis !
On va beaucoup parler de Camille Saint-Saëns cette année, et ce n’est que justice ! Le compositeur français, né en 1835, est mort il y a cent ans, le 16 décembre 1921.
Le magazine Classica de décembre/janvier lui consacrait sa une et un important dossier, très documenté
Le prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier lui consacrera tout un ensemble de concerts. On sait déjà qu’il y aura de bonnes surprises discographiques (dans le droit fil de la « résurrection » il y a quatre ans du Timbre d’argent).
Saint-Saëns, je l’ai découvert de deux manières, d’abord au bac, l’épreuve « musique ». Parmi les oeuvres imposées figurait Le rouet d‘Omphale, l’un des poèmes symphoniques de Saint-Saëns. Je me souviens l’avoir analysé de long en large (pour rien, puisque je n’ai pas été interrogé là-dessus), et encore plus, de ne l’avoir jamais entendu en concert. Il est vrai que, dans les cinquante dernières années, il n’était pas de bon ton de programmer un compositeur si souvent présenté comme académique – dans la pire acception du terme – conservateur, voire réactionnaire.
Les versions discographiques ne se bousculent pas non plus. Le beau disque de Charles Dutoit est l’un des rares qui soient consacrés aux poèmes symphoniques de Saint-Saëns.
L’autre découverte, moins originale, à peu près à la même époque est celle du Deuxième concerto pour piano, mais dans une version bien particulière, liée à ma passion adolescente pour Artur Rubinstein (lire Un amour de jeunesse). Je ne sais plus à quelle occasion (une Tribune des critiques de disques sur France Musique ?) j’ai entendu pour la première fois ce qui allait rester ma version de référence, le premier des deux enregistrements stéréo d’Artur Rubinstein du 2ème concerto, en 1958, sous la direction d’Alfred Wallenstein.
Tout l’esprit de Saint-Saëns, de ce deuxième concerto qui selon George Bernard Shaw, « commence comme Bach et finit comme Offenbach » et particulièrement dans le deuxième thème de ce mouvement. Rubinstein y est inimitable.
Depuis lors, j’ai entendu souvent cette oeuvre en concert, mortellement ennuyeuse (oui certains pianistes et non des moindres y parviennent !) ou follement débridée.
Comme cette prestation de Fazil Say, qui aurait normalement dû déboucher sur un disque… qui ne s’est pas fait.
Mais sans aller chercher dans les versions historiques, on peut se féliciter des complètes réussites de Bertrand Chamayou et Jean-Philippe Collard, qui confirment que Saint-Saëns, joué avec le panache, l’imagination et la virtuosité qui sont les leurs, n’a rien d’un vieillard ennuyeux.
Sur le confinement de la culture, cette phrase alambiquée de la ministre de la Culture française, Roselyne Bachelot : « L’hypothèse d’un été sans festival est exclue » (France 5, C à vous, 10 février).
Voici des mois que la culture est confinée, qu’une part essentielle de nous-mêmes est privée d’une liberté, d’une nourriture, indispensables. Pourtant nous avons besoin de musique, d’art, de beauté, nous avons besoin de retrouver la réalité vivante du concert, du spectacle. C’est tout le sens de l’édition 2021 du Festival qui aura lieu du 10 au 30 juillet, à Montpellier et dans toute l’Occitanie.
Chaque concert sera une fête !Une fête pour ces milliers d’artistes, de travailleurs du spectacle, privés depuis trop longtemps de la liberté d’exercer leur métier, une fête pour tous les publics, une fête de la musique et de la culture partagées.
Les nouvelles stars
Ils s’appellent Jakub Józef Orliński, Benjamin Grosvenor, Alexandre Kantorow, Yoav Levanon, Filippo Gorini, Thibaut Garcia ou Adriana Gonzalez, ce sont les nouvelles étoiles de la musique, pour beaucoup des découvertes du Festival. Ils sont nombreux au Festival 2021 !
La famille du Festival
Eux aussi ont furieusement envie de faire la fête cet été : les chefs Hervé Niquet, Santtu-Matias Rouvali, Cristian Măcelaru, François Xavier Roth, Michael Schønwandt, Domingo Garcia Hindoyan, mais aussi Sonya Yoncheva, Renaud Capuçon, Michel Dalberto, Bertrand Chamayou, ou encore Félicien Brut, Thom Enhco, Magic Malik, le quatuor Ellipsos. Liste non exhaustive !
La grande famille du Festival s’est donnée rendez-vous en juillet à Montpellier.
De la Terre aux étoiles
Le Festival 2021 c’est aussi la promesse d’aventures exceptionnelles, de journées entières de musiques de fête venues du monde entier. Comme le cycle des Leçons de Ténèbres dans sept des plus hauts lieux de patrimoine de l’Occitanie. Comme les spectaculaires Pléiades de Xenakis, confiées aux percussionnistes de l’Orchestre national de France, une musique de plein air qui tutoie les étoiles. Comme ces temps forts au Mémorial du Camp de Rivesaltes, au nouveau musée #NarboVia de la Narbonne antique, à l’Abbaye de Valmagne (Festival de Thau) au festival des Lumières de Sorèze, au nouveau Conservatoire de Montpellier… Nous sommes prêts à faire la fête avec vous l’été prochain, plus résolus que jamais à retrouver la musique et les musiciens en liberté. (Jean-Pierre Rousseau Directeur)
6 février : Mazeppa
La vie et le destin d’Іван Степанович Мазепа/ Ivan Mazepa (1639-1706) devenu héros de la nation ukrainienne a inspiré les poètes romantiques, Lord Byron, Victor Hugo (dans Les Orientales), Pouchkine (Poltava), les peintres, Delacroix, Géricault, Vernet, et bien sûr les compositeurs, Tchaikovski avec son opéra Mazeppa, et Liszt d’abord avec la 4ème de ses Etudes d’exécution transcendante, puis avec son poème symphonique éponyme, datant de 1851, créé à Weimar sous la direction du compositeur le 16 avril 1854. Liszt a retenu trois éléments de la légende de Mazeppa :la course folle sur le dos du cheval, la chute qui semble annoncer la mort, le réveil et le triomphe. Mazeppa est l’un des poèmes symphoniques les plus flamboyants de Liszt. Peu de chefs ont, à mon goût, restitué la dimension épique, le caractère tourmenté, de cette musique puissamment romantique. Herbert von Karajan en a gravé, en 1959, à Berlin, une version qui reste une référence insurpassée.
7 février : Shura Cherkassky encore
Retour à ce grand musicien très singulier, Shura Cherkassky (1909-1995), à qui j’avais consacré mon « post » dans cette rubrique le 4 février, et qui a suscité nombre de commentaires et de souvenirs. Un répertoire absolument incroyable, je crois sans équivalent parmi ses contemporains et des interprètes de cette envergure.
La preuve, ces Trois pièces chinoises du quasi-contemporain de Cherkassky, élève comme lui de Josef Hofmann, le pianiste virtuose et compositeur américain Abram Chasins (1903-1987). Ici la troisième de ces pièces « Rush Hour in Hong Kong » que Shura Cherkassky adorait jouer dans la série de « bis » (jusqu’à six) qu’il offrait inévitablement à la fin de chaque récital.
On ne saurait trop conseiller le double CD publié par First Hand contenant « the complete HMV stereo recordings » de Cherkassky.
8 février : la disparition de Stefano Mazzonis, Mozart
J’ai appris hier tard dans la soirée la disparition soudaine de Stefano Mazzonis di Pralafera, qui dirigeait l’Opéra royal de Wallonie, à Liège, depuis 2007. On le savait malade, mais sa mort brutale a surpris ses amis, dont j’étais.
Nous savions, lui et moi, quelle était notre responsabilité de conduire les deux magnifiques vaisseaux amiraux de la flotte culturelle de Liège, lui l’Opéra, son choeur, son orchestre, moi l’Orchestre philharmonique royal de Liège, chacun dans deux magnifiques écrins – un luxe inouï pour une ville comme Liège – le « Théâtre royal » pour lui, la Salle Philharmonique pour moi. Il nous est arrivé d’être concurrents, parce que nous visions l’excellence, la conquête de nouveaux publics, il m’est arrivé de ne pas partager certaines des options artistiques de Stefano, mais l’amitié n’a jamais faibli ni failli. Je me rappelle encore cette grande entreprise menée de concert, cette soirée au Théâtre des Champs-Elysées le 31 octobre 2012, où ensemble nous étions allés promouvoir les couleurs de Liège (lire Giscard et la princesse). Je me rappelle aussi ma dernière venue à Liège, il y a plus d’un an, avant la crise sanitaire. Une belle soirée d’opéra, dans la loge royale, avec Stefano et Alexise. Un moment de bonheur. Pensées affectueuses pour celles et ceux qu’il laisse dans la tristesse.
Ce 8 février je publiais cet article : Mauvais traitements, la Quarantième rugissante. Parmi les multiples versions de la 40ème symphonie de Mozart que j’y comparais, j’avais oublié celle, miraculeuse d’élan et d’équilibre, de George Szell
9 février : Raymond, Bernstein et l’Orchestre National
Le 21 novembre 1981, Leonard Bernstein dirigeait l’Orchestre National de France au théâtre des Champs-Elysées. Un programme tout français, avec la 3ème symphonie de Roussel et la Symphonie de Franck (lire Un été Bernstein). Et l’ouverture de « Raymond » d’Ambroise Thomas ! Je me rappelle avoir vu ce concert à la télévision et un Leonard Bernstein déchaîné qui sautait sur son podium.
Cette version a été éditée en CD dans le cadre du coffret anniversaire des 80 ans de l’ONF et figure sur un copieux DVD/Blu-Ray.
Ici c’est l’enregistrement réalisé à New York en 1966.
10 février : Muti et l’ONF
Dans le prolongement de mon billet d’hier (Leonard Bernstein et l’Orchestre National de France) une autre pépite du très beau coffret d’inédits publié en 2015 à l’occasion des 80 ans de l’ONF (voir les détails L’Orchestre national de France : 80 ans)
Une double rareté dans le répertoire de ces deux géants : le concerto pour piano de Dvorak sous les doigts de Sviatoslav Richter et la direction ô combien passionnée de Carlos Kleiber (1930-2004) – voir la discographie du grand chef : Carlos Kleiber
Quand le jazzman jouait Mozart avec Friedrich Gulda et Nikolaus Harnoncourt, un enregistrement rare et jubilatoire du concerto pour 2 pianos de Mozart (1989)
14 février : Hans Richter-Haaser
Le pianiste Hans Richter-Haaser (1912-1980) est un magnifique artiste, un interprète d’élection de Beethoven et Brahms, il a eu une carrière tardive et plutôt brève, mais sa discographie est exceptionnelle : L’autre Richter.
En 1957, il participe au seul enregistrement que Karl Böhm ait fait de la Fantaisie chorale de Beethoven, avec d’illustres partenaires – Teresa Stich-Randall, Hilde Rössel-Majdan, Erich Majkut, Paul Schöffler – et l’Orchestre symphonique de Vienne :
15 février : le Suisse oublié
Aujourd’hui une absolue rareté :un grand compositeur suisse – Othmar Schoeck (1886-1957) – complètement méconnu en dehors de son pays natal, son concerto pour violoncelle d’un lyrisme sans âge, des interprètes magnifiques : le violoncelliste Antoine Lederlin, jadis musicien de l’ Orchestre Philharmonique de Radio France, aujourd’hui membre du Belcea Quartet, l’ Orchestre national d’Auvergne dirigé par Armin Jordan (1932-2006)
16 février : deux décès
Hier soir on apprenait le décès, à 93 ans, des suites du Covid, de la cantatrice Andréa Guiot, dont j’avais raconté quelques souvenirs le 9 décembre dernier (voir Les raretés du confinement V)
Et aujourd’hui celui du chef d’orchestre britannique qui n’a jamais eu une grande notoriété sur le continent Steuart Bedford (1939-2021). Steuart Bedford a voué une grande part de sa vie et de sa carrière de chef à servir un compositeur qui l’avait pris sous son aile Benjamin Britten (1913-1976)
C’est Steuart Bedford qui dirige en 1973 la création du dernier opéra de Britten Death in Venice / Mort à Venise. C’est lui qui reprend en 1974 – jusqu’en 1998 ! – la direction du Festival d’Aldeburgh (sur l’impossible prononciation de cette charmante bourgade du Suffolk relire mon article : Comment prononcer les noms étrangers ?) fondé par Britten en 1948.
J’ai un souvenir à la fois émouvant et cocasse de Steuart Bedford. Je l’avais invité au début des années 90 à diriger un concert de l’Orchestre de la Suisse romande, qui devait se dérouler dans le cadre de la Fondation Pierre Gianadda à Martigny (dans le Valais). Pour aller de Genève à Martigny, et y conduire le chef, j’avais pris une voiture de la Radio suisse romande et choisi d’emprunter l’itinéraire sud du lac Léman (une route que je connaissais par coeur puisque je l’empruntais chaque jour pour faire le trajet Thonon-Genève). Moi qui passais la frontière franco-suisse sans jamais être arrêté par la douane, lorsque j’étais dans ma voiture personnelle, je fus stoppé au moment d’entrer en Haute-Savoie par des douaniers qui firent semblant de ne pas me reconnaître, qui m’interrogèrent sur le but de mon voyage, demandèrent les papiers de mon hôte… et – cerise sur le gâteau – l’autorisation de circuler en France pour un véhicule de la Radio suisse romande !! A l’époque, pas de téléphone portable, pas de possibilité de prouver qu’une répétition générale et un concert nous attendaient. Je jouai le tout pour le tout, en exigeant l’accès à un téléphone, pour prévenir qu’empêchés par la douane française, le chef et l’orchestre devaient annuler le concert… Le chef de poste finit par comprendre la totale absurdité de la situation… et nous laissa filer.
Ce long intermède et la route que nous fîmes ce jour-là me permirent de faire parler Steuart Bedford de Benjamin Britten, de son travail de chef, de ses passions musicales. Humour, calme, flegme, immense culture, il incarnait le parfait musicien britannique.
Je n’avais jamais fait attention jusqu’à hier (!) à ce que la date de naissance de Mozart coïncide avec celle de la mort de Verdi : Wolfgang est bien né un 27 janvier… 1756 à Salzbourg, et Giuseppe est bien mort un 27 janvier… 1901 à Milan
Une date propice au génie ? Sans aucun doute pour ce qui les concerne !
L’occasion, pour moi, de poursuivre le voyage dans mes souvenirs ou comment j’ai découvert Mozart et Verdi ! Et, à rebours sans doute du plus grand nombre, ce n’est pas d’abord par l’opéra que j’ai commencé, mais par la musique sacrée.
Mozart à la messe
Pour Mozart, je me rappelle un cadeau de Noël fait à quelqu’un de ma famille : le Requiem dirigé par Karl Böhm, un disque Philips/Fontana, enregistré en novembre 1956, avec un joli quatuor de solistes. Une version qui ne m’a jamais passionnée, que j’ai peu écoutée. Sauf pour la voix de Teresa Stich Randall… que j’ai découverte grâce à ce disque.
Je ne sais plus pourquoi, adolescent, je me suis intéressé à deux messes de Mozart en particulier, dont la messe dite « des moineaux« , l’oeuvre d’un Mozart de 19 ans, une messe brève (vingt minutes) qui porte ce surnom parce qu’un passage du Sanctus aux violons peut faire penser à un pépiement d’oiseaux. J’ai déjà raconté ici (L’été 73) la surprise qui avait été la mienne d’entendre cette messe dans le cadre d’un office du dimanche dans une église de Munich, et la qualité de l’orchestre et du choeur de l’église !
Verdi sacré
Mes souvenirs s’emmêlent à propos de Verdi (chez qui je suis – trop brièvement – passé l’été dernier : Parme, Toscanini, Verdi). Je pense avoir découvert ses quatre Pezzi sacri… avant son Requiem. Et dans la version de Zubin Mehta enregistrée à Los Angeles, un disque (peut-être acquis en solde ?) paru dans une collection de Decca France à couverture rose fuchsia très seventies
Et seulement après (une offre de mon club du disque suisse !) la version terrifiante du Requiem signée Solti (ma première chaîne stéréo Dual s’en est longtemps souvenue)
Cette version du Requiem a longtemps été la seule pour moi, celle qui m’a fait aimer Marilyn Horne (qui supporte l’adjectif anglais terrific), Pavarotti bien sûr, et l’immense Martti Talvela, mais m’a durablement éloigné de Joan Sutherland, très grande artiste que je respecte, mais dont je ne suis jamais parvenu à aimer ni la voix, ni le timbre, ni la diction.