La légende de la Grange

J’étais passé par hasard devant il y a quelques mois (voir Mémorables), cette fois j’y suis entré et j’ai vérifié que la Grange de Meslay est à la hauteur de son mythe (lire ma brève de blog : Mythique).

Sviatoslav Richter tombe amoureux de cette grange qui se relève tout juste des injures de la guerre, au début des années 60 et décide d’y fonder quelque chose comme un festival. La suite elle est racontée sur le site de la Grange de Meslay. Enfant puis adolescent, étudiant au conservatoire de ma ville de Poitiers, j’étais déjà fasciné par cette histoire, à laquelle je pensais ne jamais avoir accès. Et le fait est qu’il m’a fallu attendre juin 2026 pour enfin découvrir les lieux et vérifier la réalité de la légende. A lire sur Bachtrack : Tiberghien et Arielle Beck entrent dans la légende de la Grange de Meslay

La légende du lieu elle s’est construite bien sûr d’abord avec Richter et ses amis (voir ci-dessous), mais elle a prospéré avec cette cohorte d’artistes, de pianistes essentiellement, qui nous laissent de précieux témoignages, le plus émouvant d’entre eux étant celui de Nicholas Angelich, lors de l’un de ses derniers concerts, en août 2020

Leif Ove Andsnes est un habitué de la Grange

Quand Warner se décidera-t-il à consacrer un coffret au grand György Sebök qui jouait en 1991 à Meslay ?

Trouvé sur YouTube ce film sur Richter à Tours, mais à réserver à ceux qui comprennent l’allemand (la langue maternelle du pianiste russe)

Sur place à Meslay, ou en d’autres lieux tout proches, Sviatoslav Richter a enregistré plusieurs disques Bach et Haendel, réédités au hasard des coffrets publiés en 2015 à l’occasion du centenaire de l’artiste

Richter Bach

Richter Oistrakh

Et toujours mes brèves de blog sur les sujets du moment… et mon week-end à la Grange de Meslay !

Victoires jubilaires

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Alors que j’avais émis quelques réserves l’an dernier (lire Quelles victoires ?) je dois saluer la réussite des 25èmes Victoires de la musique classique qui ont eu lieu hier soir dans le cadre magique de la Grange au Lac d’Evian.

Sans doute parce que tant de souvenirs m’attachent à ce lieu, à l’inauguration duquel j’avais assisté. J’ai déjà évoqué ici l’âme et l’instigateur de cette Grange au Lac (lire Anniversaires 90 + 175 :

« Evian d’abord où le grand patron d’industrie Antoine Riboud s’était entiché de Slava, dont il avait fait, en 1987, le président et l’âme des Rencontres Musicales d’Evian (fondées en 1976 par Serge Zehnacker) et à qui il avait offert une salle de concert hors norme dans le parc de l’hôtel Royal, la Grange aux Lacs.

Beaucoup de souvenirs pas seulement musicaux de ces retrouvailles annuelles, auxquelles j’assistais en voisin. J’y reviendrai, tant il y en eut d’émouvants, d’agaçants ou de cocasses. L’un me revient à propos de Pierre Bouteiller : celui-ci n’était jamais le dernier à courir les cocktails d’après-concert, surtout lorsqu’ils avaient lieu au Royal. A l’heure où la plupart des convives rassasiés partaient se coucher, Pierre se mettait au piano près du bar et jouait des standards de jazz…

Autre souvenir lié à l’inauguration devant un parterre très people de la Grange aux Lacs. La soirée avait été particulièrement pluvieuse, les abords immédiats de la salle n’étaient pas achevés, et c’est sur des chemins de terre détrempés que les invités devaient rejoindre le dîner au Royal en contrebas. Sortant par hasard de la salle à côté de Raymond Barre, j’entendis l’ancien Premier ministre s’exclamer : « Ce n’est pas la Grange aux lacs ce soir, c’est la grange aux flaques » !

La soirée d’hier était aussi mieux rythmée, plus courte (relativement, puisque terminée à 23h30). Leila Kaddour-Boudadi a de loin surclassé ses consoeurs stars de la télé qui s’étaient naguère essayées avec nettement moins de bonheur à l’exercice délicat de la présentation de cette soirée et bien entendu Frédéric Lodéon nous a encore servi des anecdotes dont il a le secret, après avoir avoué que ce serait la « der des der » et qu’il était temps pour lui de transmettre le flambeau après 17 ans de présentation des Victoires de la musique classique.

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Sur le nombre de récompenses, la sélection des « nommés », les votes de la profession, les critiques n’ont jamais manqué et n’épargneront pas ces 25èmes Victoires. Je constate simplement que le tableau d’honneur de cette soirée était à nouveau très impressionnant, qu’aucun des nommés, a fortiori aucun des récipiendaires de cette année n’était indigne d’y figurer, bien au contraire. Le plus surprenant – qui atteste d’ailleurs de l’incroyable foisonnement de talents français dans cette discipline – est peut-être que les prix de la Révélation du soliste instrumental et du meilleur Soliste instrumental soient allés à deux violoncellistes, quasiment du même âge, les excellents Bruno Philippe et Victor Julien-Laferrière.

IMG_4503(Bruno Philippe en pleine discussion avec le pianiste Jérôme Ducros)

IMG_4512Que Sabine Devieilhe ait raflé deux Victoires n’aura étonné personne !

On est moins convaincu par l’utilité d’un vote pour le « meilleur compositeur » de l’année, comme si on pouvait juger de l’oeuvre et du travail d’un compositeur dans ce genre de compétition, mais on est heureux qu’après Thierry Escaich l’an passé, ce soit Karol Beffa qui ait été honoré hier soir.

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Et puis il faudrait remercier Paul Meyer, Nelson Goerner, Anna Vinnistakaia, Lucas Debargue, et tous les autres, des moments rares de musique qu’ils nous offerts, exercice particulièrement périlleux dans ce genre de soirée télévisée. On me pardonnera d’avoir à mon tour succombé – après plus de 2 millions de personnes qui l’ont vu sur les réseaux sociaux – à la voix, au talent, au charme du contre-ténor polonaos Jakub Józef Orlinski

Toute la soirée est à revoir/réentendre sur francemusique.fr25èmes Victoires de la musique classique (mais contrairement à ce qu’indique le site de France Musique, ce n’est pas l’Orchestre national mais celui de l’Opéra de Lyon qui officiait hier soir)

28276254_1477216289072764_142791242358761763_n(Nelson Goerner après un Clair de lune de Debussy gorgé de poésie)

IMG_4511(Paul Meyer jouant un extrait du concerto de Thierry Escaich).

Enfin nul n’oubliera la prestation survoltée de Barbara Hannigan, chef et soliste d’un arrangement de Girl crazy de Gershwin

Tous les détails du palmarès de ces 25èmes Victoires ici : Le palmarès des 25èmes Victoires de la musique classique