Madrid, choses vues et entendues

Le hasard fait parfois bien les choses, je devais partir pour Alger, j’ai atterri à Madrid (voir Été indien à Madridet j’y ai fait le plein de sons et d’images. Trois musées, un concert de l’Orchestre national d’Espagne, et des retrouvailles imprévues avec le pianiste Bertrand Chamayou

IMG_2244(L’Auditorio Nacional de Musica de Madrid)

Le programme 100% russe de ce concert – le 30 septembre dans la grande salle de l’Auditorio Nacional où je n’étais pas revenu depuis octobre 1999 – était plein de promesses : l’Orchestre National d’Espagne (dont le directeur musical est l’excellentissime David Afkham) était dirigé par Semyon Bychkov, trois oeuvres annoncées – la très rare ouverture de l’Orestie de Taneievle 1er concerto pour piano et trompette de Chostakovitch, et la 1ère symphonie « Rêves d’hiver » de Tchaikovski.

Une brève annonce en début de concert nous avertit que l’ouverture de Taneiev ne sera pas jouée, sans explication. C’est donc Chostakovitch qui ouvre la marche, Bertrand Chamayou interprète idéal d’un piano tour à tour virtuose, sarcastique, rêveur, et le jeune trompette solo de l’orchestre, Manuel Blanco, sensible et brillant, dans un écrin de cordes somptueusement dressé par le chef russe. Un Chostakovitch plus grave, moins « énervé » que d’habitude dans son finale, une option passionnante.

La seconde partie donnait la mesure de ce qu’un grand chef peut obtenir d’un orchestre a priori peu familier avec l’univers du premier Tchaikovski. C’était pour moi la première fois que j’entendais en concert une version aussi convaincante d’une oeuvre que j’aime depuis toujours, très inspirée dans ses mouvements médians (admirable cantilène du hautbois dans l’adagio cantabile), maladroite dans son premier mouvement, mal fichue – une fugue ratée – et une coda interminable dans son finale. Magnifique travail sur les phrasés, les nuances, les enchaînements, les atmosphères.

IMG_2248

Je n’apprendrai qu’après le concert, en dînant avec Bertrand Chamayou, que ce résultat était assez inespéré, compte-tenu des tensions qui avaient jalonné le travail du chef et de l’orchestre… et qui avaient motivé la déprogrammation de l’ouverture de Taneiev !

Dans le foyer de l’Auditorio, une impressionnante collection de photos de toutes les célébrités passées par ces lieux, la plupart signées. Je me suis arrêté sur ce cliché du regretté Giuseppe Sinopoli, dont la signature ne laisse pas d’intriguer.

IMG_2251

Mais Madrid, ce sont évidemment trois étapes incontournables : le Musée Thyssen (lire Miss Espagne au musée) le Prado évidemment et sa fabuleuse collection de Velazquez, Goya, Rubens, Zurbaran, Titien, Tintoret etc., et le Musée Reina Sofia voué à l’art moderne et contemporain  Etrange politique de ces trois musées nationaux : chez Thyssen ou Reina Sofia, on photographie ce qu’on veut, comme on veut (sauf le Guernica de Picasso), au Prado interdiction absolue de photographier des chefs-d’oeuvre qui appartiennent à l’humanité…

IMG_2258(L’austère bâtiment du Conservatoire de Madrid à côté du musée Reina Sofia)

IMG_2261

IMG_2263(Juan Uslé, Ryder Blue 1991)

IMG_2274(Luis Feito, Numero 179, 1960)

IMG_2289(Yves Klein, Victoire de Samotrace, 1962)

IMG_2291

Clin d’oeil aux amis belges, quelques belles toiles des maîtres du plat pays !

IMG_2295(René Magritte, Le secret du cortège, 1927)

IMG_2268(Pierre Alechinsky, Les hautes herbes, 1951)

IMG_2270(CorneilleHomme et bêtes, 1951-1952), Corneille né à Liège en 1922, mort à Auvers-sur-Oise en 2010 où je vois sa tombe ornée d’une céramique de sa main, en face de celles de Theo et Vincent Van Gogh, à chaque fois que je visite le petit cimetière qui domine les derniers paysages peints par Vincent en juillet 1890.

IMG_2299(Salvador Dali, Gitan de Figueras, 1923)

IMG_2280(Rafael Zabaleta, Paysan andalou, 1951)

Conseil aux touristes d’un week-end : acheter par internet le pass qui donne accès aux trois musées.

Un autre jour, j’évoquerai ma maigre mais originale moisson de disques, de musiques d’Espagne et d’ailleurs.

lemondenimages.wordpress.com

Bouquet final

On avait fait l’ouverture à Pibrac (Révolution), on a fait pas moins de deux clôtures ! Le #FestivalRF17 s’est achevé vendredi soir par un double bouquet final à Montpellier et à Marciac.

Sur le Parvis de l’hôtel de ville de Montpellier, une soirée proposée et diffusée en direct par FIP avec trois groupes qui ne risquaient pas de refroidir l’atmosphère : Rey Cabrera, African Salsa Orchestra et La Mambanegra

DF1Req3WAAIFqvf

J’ai pour ma part rejoint Marciac, pour une soirée unique et double à la fois : clôture du Festival Radio France et ouverture du 40ème Jazz in Marciac

Katia et Marielle Labèque et leurs amis chanteurs et percussionnistes basques Eñaut Elorrieta, Thierry Biscary, Raphael Seguinier, Harkaitz Martinez de San Vicente, Mikel Ugarte Azurmend précédaient Norah Jones sous l’immense chapiteau de la petite commune gersoise.

Erreur
Cette vidéo n’existe pas

IMG_0059(avec Mathieu Gallet co-président du Festival Radio France auprès de Katia et Marielle Labèque)

Jeudi, à l’Opéra Berlioz, c’était des retrouvailles avec « le » flûtiste star, Emmanuel Pahudet Michael Schonwandt en très grande forme à la tête de « son » Orchestre de Montpellier. Nielsen, Langgaard et Sibelius (un concert à réécouter sur francemusique.fr)

Je faisais le compte au dîner qui suivit un concert très applaudi : 25 ans d’amitié avec le flûte solo des Berliner Philharmoniker !

20294279_10154903282927602_5735010459125935562_n

Et cet agréable sentiment que ni les années ni la distance n’ont de prise sur notre complicité.

Erreur
Cette vidéo n’existe pas

(répétition du concerto pour flûte de Nielsen)

Mercredi soir, bonheur de pouvoir – enfin – partager un concert de jazz au Domaine d’O avec Yaron Herman en trio, rejoints pour un boeuf final par Emile Parisien, fantaisie et imagination au pouvoir !

IMG_0018

Et mardi soir, c’était le concert emblématique du Festival 2017 : trois compositeurs russes, quasi contemporains, Prokofiev, Glière et Chostakovitchun chef historique, le vétéran Vladimir Fedosseievle Choeur et l’Orchestre philharmonique de Radio France en grand appareil, et la voix souple et charnue d’Albina Shagimuratova. Un programme spectaculaire à réécouter en entier sur francemusique.fr.

C’est à un tout jeune média de Montpellier que j’ai confié mes impressions sur ce #FestivalRF17. Au-delà des chiffres, certes éloquents – 105.000 spectateurs pour 152 concerts et manifestations, soit une hausse de 17% par rapport à 2016 – 58 communes, 65 lieux de concert dans toute l’Occitanie – il y a ce bonheur partagé avec tous ces publics si mélangés, il y a la joie de travailler avec des équipes formidables, et encore mille projets pour l’avenir…

Mes préférés (II) : Le Boulon

C’était il y a des lustres, du temps des concerts de la série « Prestige de la Musique.  » à la Salle Pleyel. Présentés par l’inimitable Jean Fontaine, longtemps, très longtemps, inamovible animateur des soirées dominicales de France Inter. C’était la première fois que j’entendais l’Orchestre philharmonique tchèque et son chef d’alors Vaclav Neumann.

En ouverture d’un concert dont je suis incapable de me rappeler le reste du programme, une pièce qui m’a durablement marqué. C’est par cette suite du ballet Le Boulon que je suis entré dans l’univers de Chostakovitch

Il m’a fallu attendre près de quarante ans pour avoir une chance de la réentendre en concert. Ce sera chose faite le 25 juillet prochain, puisque je l’ai programmée dans un concert vraiment extra-ordinaire que dirigera l’un des vétérans de la direction d’orchestre russe, Vladimir Fedosseiev, à la tête des forces réunies du Choeur et de l’Orchestre philharmonique de Radio France.

Un Chostakovitch jeune – il a 25 ans lorsqu’on lui commande ce qui devait être un ballet – insolent, encore plein d’illusions mais d’une lucidité totale sur les dérives d’un régime qui finira par étouffer toute critique. De loin le meilleur serviteur de ce Chostakovitch politiquement incorrect est et reste Guennadi Rojdestvenski, le seul avoir gravé l’intégrale de la musique de ballet, et à plusieurs reprises, la suite d’orchestre qu’en avait tirée Alexandre Gaouk.

51FnpC517ZL71n1648bD2L._SL1064_

En second choix, la version somptueuse – trop – et moins impertinente de Chailly avec l’orchestre de Philadelphie.

818Tqweq81L._SL1200_

Une version économique, qui manque de sel et de piment :

61KRZFP8S9L

Pour Brigitte

Tout a été dit, écrit, sur Brigitte – pardon, je ne parle pas de l’épouse très médiatique du nouveau président de la République, que je n’ai pas l’heur de connaître, mais d’une amie chère disparue il y a cinq ans, le 23 juin 2012, à la veille de son soixantième anniversaire, la pianiste Brigitte Engerer. Le temps passe mais n’atténue ni la tristesse ni le regret. J’ai l’impression que la Nuit du piano que nous avions organisée à la Salle Philharmonique de Liège, et confiée à Brigitte Engerer, à l’automne 2010, c’était hier. Tant sont vivaces chacun des moments de pure grâce que la pianiste française et ses partenaires nous avaient prodigués.

Et pourtant Brigitte affrontait déjà la maladie à répétition qui allait l’emporter quelques mois plus tard. Mais elle semblait s’en moquer, se refusant à modérer un goût prononcé pour la cigarette, le bon vin et le jeu (je lui avais naguère fait découvrir le casino tout proche dans la station thermale de Valkenburg).

Brigitte était chez elle à Liège depuis son prix au concours Reine Elisabeth de Belgique en 1978. Je l’admirais, la connaissais de loin, avant d’arriver à la direction de l’orchestre philharmonique de Liège puis ce furent douze ans de compagnonnage ininterrompu. En 2003, elle fut la reine du festival de mi-saison « Piano Roi »un 1er concerto de Tchaikovski à couper le souffle. En 2006 elle jouait le quintette avec piano de Chostakovitch avec le quatuor Danel, en 2009 c’était Saint-Saëns à Anvers, et cette incroyable Nuit du piano d’octobre 2010 à Liège. Comme cette Valse de Ravel, âpre et sensuelle, avec l’immense Nicholas Angelich

    La Valse de Ravel à 2 pianos : Nicholas Angelich et Brigitte Engerer  

Elle tenait à jouer le 1er concerto de Brahms en novembre 2012 avec Christian Arming, qui venait de prendre ses fonctions de directeur musical de l’OPRL. La rencontre n’aura jamais lieu…

J’aurai encore une pensée pour Brigitte Engerer en entendant son inséparable partenaire des dernières années, le 20 juillet prochain au Festival Radio France, Boris Berezovsky

Rappel non exhaustif d’une discographie qui reflète la générosité, le tempérament, le grand art d’une personnalité qui nous manque…

81zbMI98wML._SL1500_

71BLhEc8xyL._SL1266_

71AK6ROv2RL._SL1400_

Artur et Helmut

J’étais en train de préparer un papier enthousiaste sur un de ces coffrets-trésors qui nous restitue l’art d’un très grand chef, un peu disparu des radars, Artur Rodzińskiné à Lviv en 1892, mort à Boston en 1958.

5178cy0fjyL

A propos d’un précédent coffet sur Robert Casadesus, je dénonçais le prix de vente abusivement élevé de ce type de rééditions dans les magasins français. Ai-je été entendu ? Cette nouveauté Scribendum est disponible autour de 40 €. Une aubaine dont il faut d’autant plus profiter qu’un vrai travail de remasterisation permet de redécouvrir, dans leur splendeur originelle, des prises de son magnifiques, les premières stéréo à Londres.

Si l’on devait trouver un qualificatif facile pour décrire l’art de ce chef, on pourrait le situer entre Toscanini et Monteux, pour la précision, l’alacrité rythmique, le sens des couleurs. On aime tout particulièrement les Falla, Albeniz, Kodaly, une 5ème de Chostakovitch âpre et droite, des Tchaikovski idiomatiques (superbe Casse Noisette) …

Tous les détails de ce coffret miracle ci-dessous.

La nouvelle de l’après-midi c’est bien sûr la disparition d’Helmut KohlL’honnête chancelier chrétien-démocrate est entré dans l’Histoire, en se faisant, envers et contre tout et tous, l’artisan résolu d’une réunification de l’Allemagne que personne, à commencer par lui, n’imaginait aussi rapide à l’orée des années 90. Chapeau bas !

francois-mitterrand-et-helmut-kohl-main-dans-la-main-le-22-septembre-1984-a-verdun-l-incarnation-du-couple-franco-allemand-photo-afp-1497627174

Les détails du coffret Scribendum / Rodzinski

Albéniz:

Navarra

El Corpus Christi en Sevilla (from Iberia, book 1)

Triana (from Iberia, book 2)

Beethoven:

Symphony No. 5 in C minor, Op. 67

Bizet:

Carmen Suite No. 1

Carmen Suite No. 2

Borodin:

Prince Igor: Polovtsian Dances

Dvorak:

Slavonic Dances Nos. 1-8, Op. 46 Nos. 1-8

Slavonic Dances Nos. 9-16, Op. 72 Nos. 1-8

Symphony No. 9 in E minor, Op. 95 ‘From the New World’

Falla:

El sombrero de tres picos – Suite

Ritual Fire Dance (from El amor brujo)

Franck, C:

Symphony in D minor

Le Chasseur maudit

Glinka:

Ruslan & Lyudmila Overture

Granados:

Danza española, Op. 37 No. 5 ‘Andaluza’

Grieg:

Peer Gynt Suites Nos. 1 & 2

Ippolitov-Ivanov:

Caucasian Sketches

Kodály:

Dances of Galanta

Dances of Marosszék

Háry János Suite

Mussorgsky:

Pictures at an Exhibition

A Night on the Bare Mountain

Khovanshchina: Prelude

Prokofiev:

Symphony No. 1 in D major, Op. 25 ‘Classical’

The Love for Three Oranges: Suite Op. 33b

Rachmaninov:

Symphony No. 2 in E minor, Op. 27

Rimsky Korsakov:

Russian Easter Festival Overture, Op. 36

Rossini:

Guillaume Tell Overture

Schubert:

Symphony No. 8 in B minor, D759 ‘Unfinished’

Shostakovich:

Symphony No. 5 in D minor, Op. 47

Strauss, J, II:

An der schönen, blauen Donau, Op. 314

Kaiser-Walzer, Op. 437

Frühlingsstimmen Walzer Op. 410

Rosen aus dem Süden, Op. 388

Geschichten aus dem Wienerwald, Op. 325

Strauss, R:

Don Juan, Op. 20

Till Eulenspiegels lustige Streiche, Op. 28

Der Rosenkavalier – Suite

Salome: Dance of the Seven Veils

Tanzsuite aus Klavierstücken von François Couperin

Tod und Verklärung, Op. 24

Tchaikovsky:

The Nutcracker, Op. 71

Symphony No. 4 in F minor, Op. 36

Symphony No. 5 in E minor, Op. 64

Symphony No. 6 in B minor, Op. 74 ‘Pathétique’

Romeo & Juliet – Fantasy Overture

Wagner:

Tristan und Isolde: Prelude & Liebestod

Die Walküre: Ride of the Valkyries

Die Walkure: Magic Fire Music

Götterdämmerung: Siegfried’s Funeral March

Götterdämmerung: Dawn and Siegfried’s Rhine Journey

Tristan und Isolde: Prelude & Liebestod

Die Meistersinger von Nürnberg: Overture

Die Meistersinger von Nürnberg: Dance of the Apprentices

Lohengrin: Prelude to Act 1

Tannhäuser: Overture

Chicago Symphony Orchestra

Royal Philharmonic Orchestra

New York Philharmonic

Philharmonia Orchestra

Columbia Symphony Orchestra

Vienna State Opera Orchestra

Ratages officiels

J’évoquais hier (Quelle histoire ! le courageux pied-de-nez que Chostakovitch avait fait à Staline au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. On attendait de l’auteur des monumentales et dramatiques 7ème (1941) et 8ème (1943) symphonies une oeuvre en forme de célébration grandiose de la victoire de l’Armée rouge sur l’Allemagne nazie. Et on a eu tout le contraire, une symphonie presque modeste, ironique, malgré un poignant mouvement lent.

Pourtant Chostakovitch comme bien d’autres compositeurs a commis des oeuvres « de circonstance » qui sont le plus souvent très en deçà du génie de leurs auteurs. Le fait qu’elles soient souvent jouées ne corrige pas leur banalité.

Petite revue non exhaustive de quelques-uns de ces ratages :

L’Ouverture de fête op.96 de Chostakovitch, qui reçoit en 1954 la distinction d’Artiste du Peuple de l’URSS. Plus creux et ronflant que ça… difficile, et pourtant si souvent enregistré !

Toujours chez les Russes, autre « tube » irrésistible des concerts de plein air, l’Ouverture 1812 de TchaikovskiLe compositeur lui-même avouait : « L’ouverture sera très explosive et tapageuse. Je l’ai écrite sans beaucoup d’amour, de sorte qu’elle n’aura probablement pas grande valeur artistique. »

Très souvent jouée dans sa seule version orchestrale, avec canons de pacotille, je dois reconnaître que cette Ouverture a une tout autre allure dans sa version primitive avec choeurs :

Pas grand chose à sauver en revanche dans cette pièce bruyante et creuse écrite pour le couronnement du tsar Alexandre III.

Du côté de Richard Strauss, le Festliches Praeludium composé en 1913 pour l’inauguration du Konzerthaus de Vienne sonne sacrément indigeste :

IMG_7801

Il arrive, en revanche, qu’une oeuvre de circonstance libère le compositeur du carcan dans lequel il pourrait se trouver enfermé. Quand Johannes Brahms est fait docteur honoris causa de l’université de Breslaul’actuelle Wroclaw, on lui fait comprendre qu’une oeuvre de sa main serait bienvenue : ce sera son Ouverture pour une fête académiqueRien d’académique justement, ni de chantourné ou de guindé dans cette joyeuse collection de chansons estudiantines.

Juste pour s’amuser au jeu du « qui a copié qui ? », cette ouverture vraiment très peu connue de Suppé, Flotte BurscheAprès avoir écouté l’ouverture académique de Brahms, écoutez celle-ci à partir de 3’15″…. comme un air de parenté évidemment puisque Suppé cite aussi Gaudeamus igiturcet hymne des étudiants.

Pour en revenir aux musiques « officielles », et en particulier aux hymnes nationaux, les réussites sont très inégalement réparties.

Il n’a échappé à personne qu’Emmanuel Macron avait choisi dimanche soir d’apparaître devant la pyramide du Louvre sur fond d’hymne européen.

Ce que peu savent, c’est que cet extrait célébrissime de la 9ème symphonie de Beethoven a été arrangé, à la demande du Conseil européen, par un chef d’orchestre – Herbert von Karajan – dont les compromissions avec le régime nazi n’étaient un mystère pour personne…

71+japjsFDL._SL1395_

Pas de commentaire sur La Marseillaisesauf le frisson qui me parcourt à chaque fois que je l’entends.

Il y a de quoi faire tout un billet sur les hymnes nationaux et leurs sources d’inspiration. Pour mes amis belges par exemple, savent-ils que leur Brabançonne est citée par Debussy dans sa Berceuse héroïque, écrite en 1914 « pour rendre hommage à S.M. le Roi Albert Ier de Belgique et à ses soldats » ?

 

Quelle histoire !

Ivan Levai, qui était dans la chambre 15 de l’hôtel Au Vieux Morvan à Château-Chinon le soir du 10 mai 1981, a rapporté les premiers mots de François Mitterrand après la confirmation de son élection à la Présidence de la République : « Ah ! quelle histoire, tout de même, quelle histoire… »

J’ignore ce qu’Emmanuel Macron a dit lorsqu’on lui a annoncé les premiers résultats et qu’il a découvert cette image à la télévision dès 20 heures hier soir :

18274954_10154636283772602_1177561185875923019_n

Je ne vais pas commenter à mon tour les résultats de ce second tour, un score bien plus élevé pour le nouveau président que ce que donnaient les derniers sondages, l’extrême droite qui double le score de 2002, et l’importance inédite de l’abstention conjuguée au vote blanc et nul.

J’ai suivi cette soirée électorale à la télévision, vu le défilé des habituels porte-parole. Et eu le triste sentiment qu’aucun n’avait perçu la nouveauté de la situation. L’arrivée à la présidence de la cinquième puissance mondiale d’un chef d’Etat trentenaire change la donne, la place de la France en Europe et dans le monde. Le renouvellement profond qui va s’opérer dans la classe politique, malgré le concours de langue de bois auquel se sont livrés quasiment tous les invités des plateaux de télévision hier soir, va changer la donne.

Mais à l’évidence aucun état de grâce ne sera concédé à Emmanuel Macron (lire L’ardente obligation). Raison de plus pour ne pas s’enfermer à nouveau dans les petits compromis et les calculs à courte vue. Le nouveau président a promis de l’audace. Chiche  !

Et puisque nous sommes le 8 mai, jour de commémoration de la Victoire des Alliés sur le nazisme – en Russie c’est le 9 mai – une célébration en musique avec la surprenante 9ème symphonie…de ChostakovitchSurprenante, parce que le compositeur prend le contrepied de la solennité, de la grandeur triomphale que Staline et l’Union soviétique attendaient pour la circonstance.

Histoires juives

Un vieux monsieur, un Russe né en Sibérie mort aux Etats-Unis, au nom imprononçable, tout juste une brève sur les sites d’info. Et pourtant l’un des plus grands poètes du XXème siècle, Evgueni Evtouchenkoné le 18 juillet 1932 mort ce 1er avril.

800px-Evtushenko

En 1961, il publie un long poème qui évoque le massacre de Babi Yar vingt ans plus tôt (lire l’excellente analyse historique Babi Yar)

Non, Babi Yar n’a pas de monument.

Le bord du ravin, en dalle grossière.

L’effroi me prend.

J’ai l’âge en ce moment

Du peuple juif.

Oui, je suis millénaire.

Il me semble soudain-

l’Hébreu, c’est moi,

Et le soleil d’Egypte cuit ma peau mate ;

Jusqu’à ce jour, je porte les stigmates

Du jour où j’agonisais sur la croix.

Et il me semble que je suis Dreyfus,

La populace
me juge et s’offusque ;

Je suis embastillé et condamné,

Couvert de crachats
et de calomnies,

Les dames en dentelles me renient,

Me dardant leurs ombrelles sous le nez.

Et je suis ce gamin de Bialystok ;
le sang ruisselle partout.

Le pogrom.

Les ivrognes se déchaînent et se moquent,

Ils puent la mauvaise vodka et l’oignon.

D’un coup de botte on me jette à terre,

Et je supplie les bourreaux en vain-

Hurlant ’’Sauve la Russie, tue les Youpins !’’

Un boutiquier sous mes yeux viole ma mère.

Mon peuple russe ! Je t’aime, je t’estime,

Mon peuple fraternel et amical,

Mais trop souvent des hommes aux mains sales firent de ton nom le bouclier du crime !

Mon peuple bon !

Puisses-tu vivre en paix,

Mais cela fut, sans que tu le récuses :

Les antisémites purent usurper

Ce nom pompeux :’’Union du Peuple Russe’’…

Et il me semble :

Anne Franck, c’est moi ;

Transparente comme en avril les arbres,

J’aime.

Qu’importent les mots à mon émoi :

J’ai seulement besoin qu’on se regarde.

Nous pouvons voir et sentir peu de choses-

Les ciels, les arbres, nous sont interdits :

Mais nous pouvons beaucoup, beaucoup- et j’ose

T’embrasser là, dans cet obsccur réduit.

On vient, dis-tu ?

N’aie crainte, c’est seulement

Le printemps qui arrive à notre aide…

Viens, viens ici.

Embrasse-moi doucement.

On brise la porte ?

Non, c’est la glace qui cède…

Au Babi Yar bruissent les arbres chenus ;

Ces arbres nous sont juges et témoins.

Le silence ici hurle.

Tête nue
mes cheveux grisonnent soudain.

Je suis moi-même
silencieux hurlement

Pour les milliers tués à Babi Yar ;

Je sens

Je suis moi-même

Je suis moi-même

chacun de ces enfants,

chacun de ces vieillards.

Je n’oublierai rien de ma vie entière ;

Je veux que l’Internationale gronde

Lorsqu’on aura enfin porté en terre

Le dernier antisémite du monde !

Dans mon sang, il n’y a pas de goutte juive,

Mais les antisémites, d’une haîne obtuse comme si j’étais un Juif, me poursuivent-

Et je suis donc un véritable Russe ! (Traduit du russe par Jacques Burko)

Chostakovitch  va donner à ce poème un retentissement auquel ni le poète ni le compositeur ne s’attendaient avec sa 13ème symphonie. Les circonstances de la création de la symphonie, le 18 décembre 1962, n’y sont pas pour rien : alors que Mravinski avait créé plusieurs des symphonies de Chostakovitch, notamment la 12ème, en 1961, il refuse la 13ème (un sujet trop explosif ?), c’est Kondrachine qui prend le relais à Moscou, mais la censure khrouchtchevienne veille et Evtouchenko devra retoucher son texte pour qu’il reste conforme à la doctrine officielle : Babi Yar est le massacre par les nazis de milliers de civils russes et ukrainiens anti-fascites. Surtout pas l’extermination des populations juives de Kiev et des environs, à laquelle les Soviétiques ont prêté main forte !

Cette 13ème symphonie est l’une des oeuvres les plus fortes de Chostakovitch. Je me rappelle – ce devait être en 1992 – que je l’avais programmée avec l’Orchestre de la Suisse romande, sous la direction de Neeme Järvi, avec le choeur d’hommes de la radio bulgare. Assis au milieu du Victoria Hall de Genève, j’entendais autour de moi de fidèles – et pas très jeunes – abonnées de l’OSR se demander si elles supporteraient cette symphonie « contemporaine » chantée en russe de surcroît. A la fin, elles étaient en larmes, bouleversées comme une bonne partie du public,

812BZX8yXDL._SL1500_

Dans le film de Nicolas Bedos, Monsieur et Madame Adelman, que je suis allé voir hier, la question juive n’est pas accessoire dans les ressorts de ce qui reste foncièrement une comédie douce-amère. La « découverte » par le jeune écrivain de la judéité de sa petite amie – formidable Doria Tillier – et l’empathie immédiate qu’il éprouve pour la famille de celle-ci – quelques scènes d’anthologie ! – le fait qu’il renonce à son patronyme à  particule (et par là-même à l’effrayant conformisme rance de son paternel – excellent Pierre Arditi à contre-emploi – ) pour un nom d’emprunt à consonance juive sont autant de marqueurs du propos d’un film qui, sous le masque d’une fantaisie virtuose, invite à une profondeur qu’on n’attendait pas forcément de Nicolas Bedos. Premier film, belle réussite ! À voir

monsieur-madame-adelman-l-affiche-01-754x1024

Révolution(s)

J’ai un peu l’impression d’avoir couru un marathon, la décompression est bienvenue.

Ce vendredi 10 mars n’était pas une journée comme les autres : un Conseil d’administration, une conférence de presse et la présentation au public de l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier .

Faut-il que je fasse un dessin ? Sur le stress qui gagne toute l’équipe à mesure qu’on s’approche de l’échéance, les dernières corrections, les changements de dernière minute (programmer 160 concerts et événements dans 65 lieux différents, un beau défi !), les outils de communication, le site, la billetterie, les réseaux sociaux. À quoi s’ajoutaient des incertitudes liées aux agendas très compliqués des co-présidents du Festival, bref l’ordinaire d’un directeur qui a le souci – normal – que tout soit prêt le jour dit…

17155779_1571639032886642_4791038278306652628_n

La conférence de presse est visible ici, la partie musicale – un condensé des temps forts du #FestivalRF17 à partir de 35’20 »

Pourquoi le choix d’un tel thème ? Réponse ici : Révolution(s).

Précision utile, j’avais décidé il y a plus d’un an de ce choix, je constate que le mot et l’idée ont été abondamment repris depuis..

Parmi les oeuvres que je tenais à programmer, Le boulon de ChostakovitchToute l’audace, le génie créateur d’une époque – le compositeur a 25 ans – brutalement réduits au silence par la censure stalinienne en 1931. La Révolution… et après ?

51FnpC517ZL

Le classique c’est jeune(s)

Non je ne relance pas le débat – qui n’en est pas un d’ailleurs ! – sur le public de la musique classique, l’aspect supposément élitaire du concert classique, etc.. Je me suis souvent exprimé sur ce blog, et pense avoir démontré l’inanité de ces clichés dans mes responsabilités passées et actuelles. Pour faire simple, ceux qui véhiculent ces clichés – et malheureusement ils sont encore nombreux – sont ceux qu’on ne voit jamais au concert !

Je viens d’assister coup sur coup à deux concerts, très (trop ?) classiques dans leurs programmes, dont les interprètes témoignaient, s’il en était besoin, que la valeur n’attend définitivement pas le nombre des années.

Jérémie Rhorer dirigeait jeudi soir, au Théâtre des Champs-Elysées, le Requiem de Verdi. À la tête de l’Orchestre National de France et du Choeur de Radio France. Avec un quatuor de solistes où le baryton-basse Ildebrando d’Arcangelo faisait figure de grand aîné du haut de ses 46 ans ! J’en entendais autour de moi douter qu’une aussi jeune équipe soit de taille à affronter le chef-d’oeuvre de Verdi, j’ai même lu des critiques dans le même sens. Toujours les clichés… Moi j’ai entendu des voix ardentes, musiciennes, qui ne faisaient pas un numéro de bête de scène. Et je suis sorti heureux de cette soirée*

Vendredi soir, à l’Auditorium de la Maison de la radio, l’attraction c’était un musicien de 27 ans, le pianiste et chef israélien Lahav Shani.

14671144_1266923606651835_2018378059430426688_n

Le microcosme musical ne parle que de lui depuis deux ou trois ans. Surtout depuis qu’il a remplacé, au pied levé, Philippe Jordan dans une tournée de l’Orchestre symphonique de Vienne il y a quelques mois, ou Franz Welser-Moest avec l’autre phalange viennoise, les Wiener Philharmoniker ! Un surdoué à l’évidence. Avec l’Orchestre philharmonique de Radio France, il avait choisi un programme à la fois populaire et original : les danses symphoniques de West Side Story de Bernstein, le second concerto pour piano – qu’on ne donne jamais en concert ! – et la 9ème symphonie de Chostakovitch. 

Un concert à réécouter absolument sur  France Musique*

En ce dimanche d’automne, une musique qui accompagne idéalement les couleurs de la saison, le deuxième mouvement du second concerto de Chostakovitch que Lahav Shani jouait et dirigeait du clavier.

14670825_10154047344087602_6121464812218372206_n*J’ai pris le parti de ne pas faire de critique des concerts auxquels j’assiste. Ce n’est pas mon rôle. Mais je ne peux m’interdire d’exprimer mon enthousiasme. Et ces deux soirées m’ont enthousiasmé !