Avis mitigés

Je profite de cet entre-deux-fêtes, sans activité « rééducative » post infarctus, pour jouer les touristes à Paris. Content d’ailleurs qu’à la différence de la ridicule valse-hésitation du gouvernement belge (lire Ils n’ont donc rien compris), le gouvernement français n’ait pas décidé la fermeture ou une réduction de jauge intenable des lieux de spectacle et de culture.

Cole Porter

Mardi soir, j’étais donc au théâtre du Châtelet, où je n’étais pas retourné – mon blog en témoigne – depuis cinq ans et le spectacle de clôture de l’ère Choplin (L’anti-déprime). L’affiche promettait : Cole Porter in Paris

On a pu en profiter pour visiter un peu le grand théâtre parisien rénové. Couleurs claires et lumières crues. De la terrasse du 5ème étage (qu’on ne connaissait pas) belle vue sur le centre de Paris.

D’où vient un sentiment de pas totalement réussi, et même d’occasion manquée, dans le spectacle qu’on a vu ? Pourtant on a souvent aimé les musiciens de ce Cole Porter, Les Frivolités parisiennes (Les Bains macabres de Guillaume Connesson, Sainte Nitouche, Le Testament de tante Caroline, etc.). Ils sont toujours remarquables en format jazz band.

C’est sans doute, comme l’écrit Ariane Batelier dans Le Figaro, que : « Cole Porter a vécu à Paris de 1919 à 1939. En figure des Années folles. Il était à la fois le mari de Linda Lee Thomas, milliardaire plus âgée que lui, et l’amant de Boris Kochno, le dernier secrétaire de Serge de Diaghilev, génial créateur des Ballets russes…. On aimerait retrouver cette ambiance dans le show du Châtelet. Voir resplendir la vie de cet homme extravagant qui vivait dans un hôtel particulier au 13, rue Monsieur, se levait à l’aube pour dire ses prières, partait monter à cheval, reprenait ses esprits avec un champagne au bar du Ritz, composait sur un piano blanc et rejoignait à Venise la Café Society d’Elsa Maxwell. Cole Porter in Paris n’en garde malheureusement que la nostalgie« .

Le parti de Christophe Mirambeau, créateur de ce spectacle, de faire un récit musical – Cole Porter est incarné et (mal) chanté par trois interprètes qui se complètent et parfois se superposent – dans une suite de tableaux aux décors minimalistes (on est quand même dans un ancien temple de l’opérette !) ne fonctionne pas. « Pour Cole Porter, auteur de Kiss Me Kate, Can Can ou Anything Goes, il faudrait un show à tout casser, on a un « récit musical », avec textes platement didactiques en français sur la vie du musicien américain, qui enchaînent sur des chansons en anglais. Cole Porter flotte dans des habits trop grands. Cependant, passé la déception, le spectacle, s’il ne comble pas les regards, s’écoute du moins avec un certain plaisir. (Le Figaro)

Je dois aussi ajouter qu’il manque à ce « show » notamment et même surtout chez les chanteurs et chanteuses ces caractérisations vocales qui restent en mémoire une fois éteints les feux de la rampe.

Mais soyons heureux que, malgré une brève interruption pour cause de « cas contact », ce spectacle puisse avoir lieu.

Les frères Morozov

Les Karamazov de Dostoievski étaient trois, les Morozov dont la collection est actuellement présentée à la Fondation Vuitton étaient deux : Ivan né en 1871, mort il y a cent ans le 21 juillet 1821.

Ivan Morozov peint par Edouard Serov devant une toile de Matisse que les frères avaient achetée.

Le frère aîné, Mikhaïl, né en 1870, est mort jeune, à 33 ans.

Avant de dire un mot de ce qu’on a vu ce mercredi, cette remarque sur les conditions d’accueil et de non-respect du public d’un établissement voulu et conçu par Bernard Arnault comme devant être exemplaire.

Comme dans tous les musées, et singulièrement depuis la crise sanitaire, il faut réserver à l’avance une date et une heure.

Ce qu’on avait fait pour 11h30 aujourd’hui. Moyennant quoi, à 11h25, une file immense piétinait sous la pluie (et sans parapluie Vuitton offert par le musée !) tandis que finissaient seulement d’entrer les gens qui avaient réservé pour 11 h!

Le résultat c’est qu’une fois parvenus à l’intérieur, dans un hall d’accueil d’ailleurs exigu où il faut demander son chemin pour trouver les toilettes, ou les vestiaires complètement débordés (la fondation Vuitton doit être le seul musée au monde où on voit des visiteurs se promener dans les salles d’exposition avec des parapluies dégoulinants !), l’affluence est telle qu’il faut prendre la foule à revers et passer au plus près des toiles pour apercevoir ce qu’on nous y présente.

Le respect des distances ? l’aération dans des lieux où les gens s’agglutinent ? Il est vrai qu’à entendre pas mal de réflexions, on se demande ce que certains font ici – ce doit être le « must » à faire à Paris pendant les fêtes !

Quant à l’exposition elle-même, elle mérite la visite, même si on est loin du choc ressenti lors de l’exposition Chtchoukine (L’imprononçable collection) il y a cinq ans.

Une collection certes impressionnante par la quantité d’oeuvres rassemblées, mais peu de chefs-d’oeuvre inconnus ou exceptionnels.

Prédilection des frères Morozov pour Pierre Bonnard.

Ici un portrait de Fiodor Chaliapine par Constantin Korovine.

Un Cézanne bien connu

Un Edvard Munch plus rare.

On est en revanche saisi par les grands décors peints qu’Ivan Morozov avait commandés en 1907 à Maurice Denis pour la salle de musique de son hôtel moscovite.

Stephen Sondheim : Send in the clowns

Grâce à Jean-Luc Choplin, le public français a pu découvrir le génie de Stephen Sondheim, qui vient de disparaître à 91 ans. Le théâtre du Châtelet à Paris a programmé nombre d’ouvrages de celui qu’on a qualifié hâtivement de « roi de Broadway », de « star de la comédie musicale ». Pour l’immense majorité, son nom reste lié à West Side Story, le célébrissime ouvrage de Leonard Bernstein, dont Sondheim a écrit les lyrics – à l’opéra on parlerait de livret – autrement dit les paroles des chansons. Stephen Sondheim était un authentique grand compositeur et son oeuvre n’est pas systématiquement souriante, joyeuse, dansante.

En 2013, Renaud Machart publiait, dans la collection Actes Sud/Classica, le seul essai en français consacré à Stephen Sondheim :

“Il ne manque rien au compositeur de Broadway Stephen Sondheim, sinon la canonisation”, a-t-il été écrit à propos de celui qui est en effet une légende vivante dans les pays anglo-saxons et le dieu de nombreux amateurs de comédie musicale. Il manque cependant encore à Sondheim une vraie reconnaissance en France, où ses comédies musicales sont depuis quelques années seulement à l’affiche, notamment du Théâtre du Châtelet à Paris. Cet essai, le premier consacré en français au compositeur et «lyricist» américain, parcourt en détail son oeuvre considérable.

J’ai eu la chance de voir au Châtelet tous les spectacles de Sondheim programmés durant la décennie 2010, et plusieurs à Londres.

Le dernier en date, à une date absolument tragique, le 22 mars 2016 : Une tragédie, une Passion : deux anniversaires

En 2010, A Little Night Music avec rien moins que Leslie Caron, une autre légende, Greta Scacchi, Lambert Wilson

En 2011, Sweeney Todd :

En 2013 Sunday in the park with George

Et bien entendu la reprise du spectacle original de 1957 de West Side Story pour le cinquantenaire de l’ouvrage en 2007.

Je n’ai jamais eu la chance de rencontrer personnellement Stephen Sondheim, ni de lui exprimer mon admiration et ma gratitude. Ni de lui dire que, sans le savoir, il a beaucoup compté pour moi. En 1989 ou 1990, le grand clarinettiste, mon ami Paul Meyer, était venu jouer au Victoria Hall de Genève, avec l’Orchestre de la Suisse romande dirigé par Günther Herbig, le premier concerto de Weber. En bis, il avait joué une pièce qui m’avait bouleversé, et que – je n’ai pas honte à l’avouer – j’entendais pour la première fois : Send in the clowns. En mars 2001, j’avais invité Paul – dans le concerto de Mozart cette fois – pour le premier concert d’abonnement de Louis Langrée à Liège. De nouveau, il avait bissé avec Send in the clowns. Plus tard, j’avais conseillé au nouveau clarinette solo de l’Orchestre philharmonique royal de Liège de s’emparer de ce bis. Et, en juillet 2019, lorsque Jean-Luc Votano avait donné la première française du concerto pour clarinette de Magnus Lindberg à Montpellier, il avait malicieusement glissé dans sa cadence du concerto une citation de… Send in the clowns (ce qui n’avait pas manqué d’amuser le compositeur présent dans la salle !).

Maintenant que Stephen Sondheiml a rejoint les étoiles, écoutons Benny Goodman lui chanter cette petite musique de nuit

La découverte des Ballets russes (I)

#Confinement Jour 37

En décembre, puis en mars dernier, j’évoquais ici un ouvrage, dans lequel le confinement me donne tout loisir de me replonger (lire Mouvement contraire)

91cka4bso1LOn a déjà dit ici le fantastique travail réalisé par les courageux éditeurs de La Coopérative pour rééditer, compléter (iconographie, discographie) ces Mémoires du grand chef Désiré-Émile Inghelbrechtpubliés en 1947 aux éditions Domat.

Inghelbrecht a été un témoin et un acteur considérable de la vie musicale de la première moitié du XXème siècle. Comme sa plume est aussi cultivée que sa baguette, chaque chapitre de ses souvenirs est un régal et une mine d’informations pour le lecteur.

Le 8 mars dernier, j’évoquais son récit de la naissance du Théâtre des Champs-Elysées (lire Naissance d’un théâtre).

Aujourd’hui, partant du chapitre XVI de ce Mouvement contrairej’aimerais vous inviter à suivre, en quelques épisodes, Inghelbrecht dans sa découverte émerveillée et affûtée de l’aventure des Ballets russes à Paris et de son personnage central Serge Diaghilev (1872-1929).

« C’est en 1906 que Diaghilev entreprit sa conquête de Paris, par une exposition de peinture russe contemporaine. L’année suivante il donnait à l’Opéra une série de concerts historiques russes, dirigés par Nikisch et Rimski-KorsakovEn 1908, toujours à l’Opéra, il révèle Boris Godounovavec Chaliapineque l’on retrouve en 1909 au Châtelet incarnant Ivan le Terrible de la Pskovitaine (un opéra en trois actes de Rimski-Korsakov)

 

Au cours de cette saison, les opéras alternent avec les ballets, dont la révélation soulève un enthousiasme unanime, et qui constitueront généralement seuls les spectacles des saisons suivantes. »

 

« De haute stature et de corpulence robuste, Serge de* Diaghilev avait l’aisance et la distinction natives du grand seigneur/…./ Son regard perçant semblait dépasser souvent sa vision immédiate et il jouait de son monocle, comme pour dérouter ceux qu’il observait/…./ Encore que son accueil fût cordial, il restait distant et son sourire était réticent. On sentait qu’il ne s’écartait jamais du but qu’il poursuivait, ne s’intéressant aux hommes qu’en fonction de leur utilité éventuelle, qu’il s’agisse d’artistes, de financiers, du public ou des snobs, desquels il sut se servir en maître » (* Diaghilev avait rajouté une particule à son patronyme sans doute pour en remontrer aux… snobs, particule qui n’existe pas en russe !)

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L’innovation la plus frappante apportée par les Russes était d’ordre décoratif/…./ Nos hôtes printaniers allaient nous émerveiller soudain par la coordination de leurs mises en scène, grâce à une unité de conception picturale/…./ Au point de vue musical, il avait fallu, au début, s’en tenir à des adaptations de Chopin, pour les Sylphides, de Schumann, pour le Carnaval, et de quelques compositeurs russes pour Cléopâtre.

(Fabuleuse interprétation d’Ernest Ansermet (l’un des premiers chefs à travailler pour et avec les Ballets russes) du Carnaval de Schumann orchestré pour le ballet par Glazounov et Rimski-Korsakov.)

« Un drame chorégraphique, audacieusement imaginé sur la symphonie Shéhérazade de Rimski-Korsakov, avait même soulevé la réprobation des héritiers du maître. Mais, dès la seconde année, Diaghilev allait demander à des musiciens d’avant-garde d’écrire spécialement des musiques de ballets. Et c’est ainsi que nous eûmes coup sur coup la révélation du génie de Stravinsky avec l’Oiseau de feu et Pétrouchka… »

Suite au prochain épisode !

Conseil discographique : l’un des interprètes les plus éclairés de ces fascinantes musiques créées pour les Ballets russes est le grand Ernest Ansermet.

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Prétention

Le service des abonnements de Diapason s’avérant incapable de servir ses abonnés (ce qui fut mon cas) j’ai dû attendre deux semaines pour consulter le numéro de mars à mon bureau.

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La couverture de ce numéro ne laisse pas d’interpeller – c’était bien l’objectif recherché !

Alors, bien sûr, on se précipite sur l’interview – excellente – de ce chef « qui casse les codes ».

Je précise, par honnêteté, que je n’ai jamais entendu Teodor Currentzis en concert ou à l’opéra. Je voulais me rattraper en assistant au concert prévu lundi dernier à la Philharmonie de Paris, où le nouveau chef de l’orchestre de la radio de Stuttgart devait diriger Richard Strauss et Mahler. Loupé ! annulé pour cause de coronavirus ! Mais grâce à Youtube on peut entendre le même programme joué à Stuttgart il y a quelques jours :

Aux questions pertinentes, parfois impertinentes, de Vincent Agrech, Currentzis fait des réponses pour le moins surprenantes.

Eloge de Poutine : « La Russie est devenue plus autoritaire en réaction aux attaques venues de l’Ouest/…./ L’obsession de faire de la Russie un mauvais voisin, voilà le fait historique. Ce temps où elle était le pays le plus libre d’Europe me manque terriblement. Je déplore le tournant autoritaire, mais il se produit à chaque fois que nous devons défendre notre sécurité. Tout dirigeant refusant de vendre son pays à l’étranger adorerait la même attitude que Poutine/…./ Je ne trouve pas la vie plus contrainte en Russie qu’en Allemagne, qui reste un pays anti-démocratique.

Voilà qui est clair : les employeurs actuels de M. Currentzis, la radio publique allemande (le Südwestrundfunk) apprécieront ! On ignorait que la Russie fût à ce point menacée par ses voisins, on avait plutôt le souvenir, encore tout récent, de l’annexion de la Crimée, de la guerre du Donbass, d’interventions musclées en Tchétchénie, sans parler de la Syrie !

Saint-Pétersbourg et Gergiev : Teodor Currentzis a quitté Perm l’an dernier, au terme d’un clash avec les autorités de la ville (Vincent Agrech relate l’aventure artistique et musicale exceptionnelle du chef gréco-russe de 2011 à 2019). Il s’est installé, avec son ensemble MusicAeterna, à Saint-Pétersbourg.

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« Vous surestimez beaucoup Saint-Pétersbourg, à bien des égards plus provinciale que Perm aujourd’hui. Des institutions de répertoire exceptionnelles assurément. Mais la musique ancienne ? la création ? la rencontre entre les disciplines ? l’invention d’un nouveau rapport au public ? Le sommeil de cette cité merveilleuse mais incapable d’innovation sociale semble inscrit dans son ADN/…./Valery Gergiev et moi ne faisons pas le même métier. Il est l’un des plus grands patrons de maison que l’histoire musicale ait connus, un héritier de Karajan. Moi, je suis un chef de troupe, j’entraîne les interprètes et le public, dans ma passion pour les compositeurs vivants ou morts, l’expérimentation, l’underground. »

Et voilà donc Gergiev et l’ancienne capitale des tsars habillés pour l’hiver !

Je ne vais pas citer toute l’interview, notamment les développements autour du projet de festival Diaghilev au théâtre du Châtelet à partir de la saison 20-21.

Beethoven réinventé ?

Dans sa dernière question, Vincent Agrech interroge Teodor Currentzis sur l’intégrale des symphonies de Beethoven en cours de parution chez Sony.

V.A. « Abordez-vous la Cinquième de Beethoven avec la confiance donnée par votre parcours musical… ou l’angoisse d’ajouter votre nom à une discographie monumentale ?

T.C. Discographie riche de grandes personnalités qui avaient souvent davantage de respect envers elles-mêmes qu’à l’égard du compositeur/…./ Mon ambition est de construire cet édifice selon les proportions exactes voulues par Beethoven. Dès cette 5ème, j’espère faire entendre certains éléments pour la première fois – certains croiront que nous avons réorchestré ! Je serai satisfait qui l’on considère qu’il ne s’agit pas de détails, mais d’une vision renouvelée de la structure qui en magnifie la beauté! »

Harnoncourt, Gardiner, Norrington, aux oubliettes ! Beethoven a son nouveau héraut, qu’on se le dise !

J’avoue être passablement agacé par ce discours et cette posture. Je ne doute pas du talent, évident, réel, de ce chef d’orchestre, mais pour quelqu’un qui fait la leçon à ses collègues et à ses illustres aînés, qui se targue de respecter les compositeurs qu’il interprète, je trouve, dans ses enregistrements, au contraire, une recherche permanente de l’effet, du choc, qui font dresser l’oreille, plus que suivre la partition. Ainsi sa 1ère de Mahler (cf. vidéo ci-dessus) se révèle-t-elle un festival de trucs et de tics, qui vont jusqu’à dénaturer le propos du compositeur, or s’il y a un compositeur qui était extrêmement rigoureux, précis et disert dans ses annotations, c’est bien Mahler !

 

Funny girl

Du passé faisons table rase… ou avant moi le déluge ! Quelle étrange et stupide manie de la part de certains directeurs d’institutions culturelles que celle qui consiste à laisser accroire qu’ils ont réinventé le monde et à renier ou cacher ce qui a été fait avant eux.

Ce matin, long reportage sur France 2 sur le spectacle donné au Châtelet à Paris pour ces fêtes de fin d’année : Un Américain à ParisInterview de certains artistes, interview de l’actuel co-directeur du théâtre parisien qui a rouvert ses portes en septembre après deux ans de travaux. Tout le monde de louer le succès de l’entreprise, qui a tourné pendant cinq ans dans le monde entier, depuis la création de ce spectacle en 2014… au Châtelet à Paris. Mais pas un mot de celui qui avait lancé ce projet un peu fou de transformer en comédie musicale le film de Vincente Minnelli, couronné de six oscars en 1952, avec le couple légendaire formé de Gene Kelly et Leslie Caron… le directeur du Châtelet de l’époque, Jean-Luc Choplin.

Le spectacle proposé ces jours-ici au Châtelet est bien la reprise de celui créé il y a cinq ans !

Jean-Luc Choplin officie désormais au théâtre Marignydélicieuse bonbonnière, toute refaite de neuf, à quelques mètres de l’Elysée.

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Pour les plus anciens d’entre nous, c’est ici que furent captées, et le plus souvent diffusées en direct, les soirées de la mythique émission de Pierre Sabbagh Au théâtre ce soir de 1966 à 1986 !

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C’est ici que se donne l’autre succès de cette fin d’année, la comédie musicale Funny Girlcréée le 26 mars 1964 au Winter Garden Theatre de Broadway à New York, par Barbra Streisand dans le rôle principal.

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New York, années 1910.
Fanny Brice est la star des Ziegfeld Follies. Alors qu’elle attend la sortie de prison de son mari Nick Arnstein, elle se remémore les étapes de sa carrière, de l’adolescente ingrate à la star reconnue.
Fanny est une adolescente au physique difficile qui ne pense qu’à monter sur scène et qui obtient son premier emploi dans un théâtre de vaudeville.
Après des débuts chaotiques en tant que « chorus girl », elle se fait remarquer comme chanteuse comique et rencontre l’élégant Nick Arnstein.
Ils tombent amoureux dans la grande tradition romantique et se marient.
Mais alors que Fanny devient une star grâce à Florenz Ziegfeld, les affaires de Nick périclitent et il est arrêté.

La comédie musicale se termine là où elle a commencé : Nick revient, et Fanny et lui décident de se séparer.

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Une distribution formidable, à commencer par celle qui relève le défi de faire oublier la créatrice du rôle, une boule d’énergie et de talent, Christina Bianco.

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Le spectacle est prolongé jusqu’au 7 mars 2020. Aucune excuse pour le manquer !

 

Un miracle qui dure

Étrange, je n’ai jamais parlé de lui sur ce blog. Il a fallu un éditorial sur forumopera – et les commentaires qui ont suivi, pour que je m’aperçoive que j’ai « oublié » Roberto Alagnaun artiste que je suis et admire quasiment depuis ses débuts, auquel France Musique a consacré toute une journée le 30 octobre dernier.

Mais un mot de ce remarquable éditorial, qu’on va citer in extenso, puisque je pourrais en reprendre chaque mot. Il est signé, jusque là rien que de très ordinaire, de l’un des fondateurs du site forumoperaqui dès 2004 consacrait un important dossier au ténor français, mais son admiration devient soudain suspecte puisque Sylvain Fort est, comme nul ne peut l’ignorer, l’un des très proches collaborateurs du président de la République. Comment un proche d’Emmanuel Macron peut-il encore s’exprimer sur la musique, l’opéra, un illustre chanteur, dans les colonnes du site qu’il a fondé, sans que cela soit a priori sujet à critique, voire à polémique ? On lui prête tant d’influence, le choix du futur directeur de l’Opéra de Paris, et bien d’autres encore. Les fantasmes ont la vie dure…

« C’était un soir d’août 1993. Le jour faiblissait. La radio diffusait des extraits des répétitions de La Traviata donnée cet été-là aux Chorégies d’Orange, quand soudain résonna le timbre radieux d’un jeune ténor dans la cabalette d’Alfredo. C’était Roberto Alagna. Ce fut comme si le soleil déclinant jetait dans la pièce que gagnait l’ombre un pur rayon d’or. En quelques mesures, cette voix à la fois franche et tendre, lumineuse et profonde, vint imprimer dans notre oreille une trace qui ne devait plus jamais s’effacer.

Roberto Alagna avait alors trente ans et déjà cinq ans de carrière. Nous n’avions jamais pu l’entendre, car sans internet ni réseaux sociaux, alors, seule l’opportunité d’une diffusion ou d’une représentation pas trop lointaine l’aurait permis, et cette opportunité ne s’était pas présentée. De lui, cependant, nous avions alors déjà entendu amplement parler, notamment de la bouche de son « découvreur » et « ange-gardien », Gabriel Dussurget. Nous savions le choc de la découverte, dans cet appartement de la rue de Dunkerque, à Paris, où le ténor était venu se faire entendre, accompagné par sa fidèle pianiste Simone Féjard, de celui qui avait fondé le festival d’Aix-en-Provence et découvert Berganza, Sciutti, Alva, Van Dam, etc. Nous savions l’histoire de ce concours Pavarotti auquel le ténor italien l’avait convié au détour d’une signature de disques dans un grand magasin parisien, et qu’il avait remporté parmi des centaines de candidats – dont Cecilia Bartoli – ; Alagna avait même avant dû cela remporter un concours national de moindre ampleur pour, avec l’argent du prix, s’offrir un costume digne de la finale à Philadelphie. Nous savions les débuts à Glyndebourne, et cette Traviata à La Scala avec Muti. Dussurget se félicitait que le chanteur fût sage et patient, et fît bon usage de l’argent qu’il commençait à gagner. Une réputation s’était forgée et les attentes étaient élevées : peut-être tenait-on là, en France, le meilleur ou un des meilleurs ténors lyriques de sa génération.

Bientôt cependant, on comprit que nous avions affaire à tout autre chose qu’à une belle promesse. La révélation advint en 1994, avec le Roméo et Juliette de Gounod donné au Covent Garden de Londres dans la production toulousaine de Nicolas Joel – autre ange-gardien d’Alagna. Chaque soirée en fut miraculeuse. Le triomphe fut si complet, inédit, fracassant, qu’il fut à tous évident que nous ne tenions pas là simplement un superbe ténor en devenir, un talent rare, ni même un de ces météores dont le monde lyrique est friand. Par le style, l’intensité, le naturel, l’incarnation, nous assistions à la résurrection des plus hautes heures de l’histoire du chant. Revenu chez lui après une représentation de ce Roméo, un spécialiste d’opéra passa la nuit à écouter tous les Roméo de la discographie ; le matin venu, il appela l’agent d’Alagna et lui déclara, en proie à une vive émotion, que jamais, non jamais personne ne l’avait chanté ainsi.

Se brûler en quelques saisons aurait pu être le prix de cette entrée éclatante dans le paysage lyrique. Ainsi, pendant des années, on ne manqua pas de bonnes âmes guettant la chute qui devait inévitablement sanctionner une ascension si fulgurante. Cent fois on annonça sa fin. Cent fois, il fut clair qu’Alagna creusait son sillon sans faiblir. Les grands destins d’artistes sont certes faits d’autant d’épines que de roses. Mais ce destin, Alagna sut ne pas le subir. Inlassablement, il se l’inventa. Pour cela, il refusa de limiter son art aux quelques rôles payants qu’on promène d’une scène à l’autre. Sans cesse il s’est soustrait à la fois de la routine qui endort et des audaces qui tuent. Toujours il s’est renouvelé, réinventé, Phénix échappant aux cendres qu’on lui prédisait et relevant triomphalement les défis qu’il s’était à lui-même lancés.

Trente ans après le début de cette carrière, le « wonderboy » est toujours là, et la provende de sa carrière a passé les promesses de ses débuts, pourtant si brillantes. Celui qui aurait pu être le prodige de quelques années, celui que la vie aurait put abattre lorsque la maladie lui enleva sa jeune épouse, celui que la nature avait doté de ces dons naturels qui souvent fondent en quelques saisons, réussit le véritable miracle : celui de durer.

Ces décennies furent jalonnées de prises de rôle, d’aventures, de découvertes, de voyages, mais aussi de disques soigneusement mis au point, pensés, enregistrés avec les meilleurs dans des studios où la perfection est la seule option. Alagna, bête de scène, génie du direct, n’a jamais cessé d’être aussi cet artisan qui polit son art dans le secret de l’atelier, le remet sur le métier autant que nécessaire, pour en livrer le fruit quintessencié – qui, en matière lyrique, est la vérité de l’accent, la perfection du style, la  justesse des couleurs. Si bien que ce coffret n’est en rien une anthologie et encore moins un « best of ». C’est, en soi, un grand et beau chapitre de l’histoire du chant.

Il est frappant qu’aucun de ces disques ne soit un disque de convenance. Chacun relève d’une ambition musicale spécifique qui se traduit par une exploration méthodique, exigeante, du répertoire vocal.

Tout ténor peut céder à la facilité d’enchaîner les tubes du répertoire pour faire valoir ses facilités et son brio. Alagna ne s’en est jamais contenté. Dès son premier disque d’airs d’opéra, il va chercher dans le rare Polyeucte de Gounod, et le Marouf de Rabaud. Il conservera dès lors toujours cette méthode : ne jamais enregistrer un disque pour rien, mais toujours en faire le résultat d’un patient travail de recherche, à la fois pour le répertoire, l’interprétation, les arrangements, et toujours relier ce disque à son identité profonde, qui est à la fois française et italienne.

Disons-le nettement : personne n’a jamais fait entendre à la fois la vibration épique de Berlioz et l’intensité héroïque de Verdi avec autant de vérité et d’engagement. Personne n’a donné un accent aussi lyrique aux pages crues du vérisme italien ni une vérité aussi drue aux grandes mélopées du bel canto. Et dans le répertoire français, nous n’avons pas fini de nous imprégner de cette diction qui semble trouver au cœur des mots la vibration dont naît le chant, comme si la ligne mélodique s’ancrait dans la musicalité profonde de notre langue que pourtant on dit peu chantante. C’est cela qu’on appelle le style : non pas une façon de chanter valable dans tous les répertoires, mais la faculté pour chaque répertoire, chaque œuvre, chaque air, de sculpter le visage du personnage, de définir par la seule voix un caractère et un sentiment, sans jamais perdre de vue la qualité du chant, la tenue de la ligne, cette hauteur de ton qui est aussi une hauteur de vue et qui fait la beauté du chant. Si Alagna a reçu en naissant le don de la voix, tout ce qui lui a permis d’approfondir et de durer est le fruit du seul travail, d’une recherche ininterrompue à la fois sur la technique vocale et sur le répertoire, d’une érudition accumulée avec passion au contact des enregistrements du passé, et d’une curiosité jamais en défaut, jamais tarie, qui le maintient en éveil et le fait avancer.

Ainsi, cette suite d’enregistrements est une exploration fascinante du répertoire vocal mais aussi un autoportrait. De là la volonté du ténor de dépasser les frontières de l’opéra.

Certains puristes ont reproché à Alagna de pratiquer un répertoire plus léger que le répertoire d’opéra, comme si c’était déchoir. Mais ce qui aurait été léger, c’eût été de creuser toujours le même sillon et de ne jamais surprendre. Ce qui aurait été léger, c’eût été de nier l’homme derrière l’artiste, alors que c’est l’homme, ses racines, ses goûts, ses choix, qui font l’épaisseur de l’artiste, et que la chanson ou l’opérette, qu’à quinze ans il chantait dans les cabarets,  ont aussi largement contribué à la formation de l’artiste Alagna, ont modelé son imaginaire et continuent de le fasciner. Et puis, le répertoire de la chanson sicilienne ou cubaine ne sont pas plus faciles que l’opéra, parce que l’émotion, les sentiments, les histoires racontées sont enracinées dans une sensibilité et une mémoire complexes. Faire passer cette émotion n’a rien de facile, et parfois même la voix est exposée à nu, l’âme n’a plus le paravent des belles notes, et alors l’artiste se donne sans filtre ni détour. Le soin apporté aux arrangements, aux instruments, aux timbres qui sonnent dans ces chansons est en soi une quête musicale captivante menée par Alagna et ses partenaires.

Devant cette série d’enregistrements, un certain vertige nous saisit. La matière en est vaste, riche, quasiment inépuisable. Ce sont des années de travail inlassable qui se concentrent ici. Et cependant ils ne réunissent qu’une part du travail d’Alagna. Plus large encore est sa curiosité, plus ample encore son travail, plus divers son répertoire ; et les années n’ont jamais interrompu le déploiement d’un artiste qui ne cesse de se réinventer, et de nous livrer sans compter les merveilles qu’il conquiert. Que ce vertige ne nous retienne pas de nous plonger dans les trésors que, pêcheur de perles, il a réunis pour nous dans ce coffret. Le guide en est sûr, le fruit en est certain. Cela n’exige rien de nous en retour sinon un peu de notre âme et de notre attention. C’est bien la moindre des choses pour que le miracle advienne ». (Sylvain Fort, Forumopera, 15 octobre 2018)

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J’ai eu la chance de voir Roberto Alagna sur scène, dans ses premières années, et si je n’ai pas entendu la Traviata de 1993, à laquelle Sylvain Fort fait allusion, je me rappelle très bien son Rigoletto de 1995 aux Chorégies d’Orange, un an après ses débuts à la Scala de Milan, sous la direction de Riccardo Muti ! Un choc, une projection inépuisable, une voix solaire.

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Même chance d’avoir vu, à peu près au même moment, à l’Opéra Comique à Paris, ce Roméo et Juliette de Gounod, devenu légendaire, donné en 1994-1995 au Capitole de Toulouse et à Covent Garden, avec une partenaire absolument idéale, Leontina Vaduva (extraits vidéo à voir ici)

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Le disque suivra bientôt, cette fois avec une autre Roumaine qui partagera sa vie pendant une bonne dizaine d’années, Angela Gheorghiu.

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Et puis, en mars 1996, il y aura un somptueux Don Carlos de Verdi au Châtelet, que la récente production de l’Opéra de Paris avec un plateau de stars (lire Don Carlos de Madrid à Paris n’a pas éclipsée.

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Difficile, voire impossible, de faire une discographie sélective de Roberto Alagna. Le coffret édité à petit prix (cf. supra) constitue un excellent panorama des talents du chanteur – ses récitals Berlioz, Verdi, Puccini, bel canto sont des must, mais les albums plus « légers » sont tout sauf banals et bâclés. J’ai une tendresse particulière pour le dernier sorti de la liste (2016), des chansons siciliennes et napolitaines, dans de beaux arrangements d’Yvan Cassar, dont Roberto Alagna souligne la douce nostalgie, la mélancolie méditerranéenne plus que l’éclat ou les coups de glotte un peu vulgaires d’illustres aînés.

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Enfin, comment ne pas souligner ce que relate Sylvain Fort, la « recherche ininterrompue sur le répertoire », la « curiosité jamais tarie » de notre ténor national, avec ces trois témoignages d’ouvrages rares, donnés à l’instigation du Festival Radio France :

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Salut l’artiste !

Je l’aimais bien Yvette Hornerdisparue hier, à 95 ans, au terme d’une belle vie bien remplie (La diva de l’accordéon)

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Je l’aimais bien parce que c’était une authentique musicienne, et parce que c’était l’accordéon, un instrument qui m’a toujours ému, dans quelque répertoire que ce soit.

J’ai un souvenir merveilleux du Casse Noisette de Maurice Béjart donné au Châtelet à Paris en 2000, dans lequel Yvette Horner était la « Fée marraine »(elle apparaît à 41′)

 

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Tchaikovski lui-même intégrait, dès 1883, quatre petits accordéons (des bayansà sa Suite n°2 pour orchestre (à partir de 24′)

Et l’accordéon, onirique, poétique, on l’entendra encore, le 15 juillet prochain, au Festival Radio France, sous les doigts de Roland Romanelli, aux côtés d’Isabelle Georges, Frederik Steenbrink et de l’orchestre de Pau dirigé par Fayçal Karoui. (à 2’03 sur cette vidéo)

 

Don Carlos, de Madrid à Paris

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Il y a une semaine à Madrid, au Prado, j’observais ce portrait de Charles d’Autriche dû à Alonso Sánchez CoelloC’est tout l’art d’un peintre officiel que de savoir donner de la grâce et de l’allure au rejeton issu du premier mariage de Philippe II et de Marie-Manuelle de Portugalalors que le jeune homme était ‘difforme, épileptique, d’une laideur repoussante’ comme le rappelle, dans un texte aussi drôle qu’historiquement informé Roselyne Bachelot sur forumopera.com (Don Carlos le vrai).

Je me préparais évidemment pour l’événement de la saison lyrique, le Don Carlos, grand opéra à la française de Verdi créé il y a 150 ans – le 11 mars 1867 – à l’Opéra de Paris, dans une distribution de rêve dominée par le tenorissimo de l’heure Jonas Kaufmann, qui ne ressemble pas exactement, comme le relève l’ex-ministre chroniqueuse, au personnage qu’il incarne.

J’ai eu la chance de pouvoir assister hier soir à la générale d’un spectacle sold out depuis des mois, précédé d’une rumeur sulfureuse, le metteur en scène Krzysztof Warlikowski ayant déclaré vouloir « mettre à poil le drame de Don Carlos » (Forumopera 22 août 2017).

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Petit moment d’angoisse lorsqu’un responsable de l’Opéra se présente sur scène. Ménageant son effet, il énonce la distribution qu’on entendra ce soir, en commençant par les rôles secondaires, puis les personnages principaux, Ildar Abdrazakov en Philippe II, Dmitry Belosselskiy en Grand Inquisiteur, Ludovic Tézier en Rodrigue, Elīna Garanča en princesse Eboli, Hibla Gerzmava en Elisabeth de Valois – première surprise, j’attendais Sonya Yoncheva – et, toute la salle retenant son souffle, Jonas Kaufmann en Don Carlos ! 

Je ne ferai ici aucune critique de ce que j’ai vu, d’abord parce que ce n’est pas mon métier, ensuite parce qu’il s’agissait d’une générale. Mais je peux tout de même dire le bonheur que j’ai éprouvé à entendre une distribution aussi homogène, sans doute la plus belle qu’on puisse réunir aujourd’hui pour un tel ouvrage – la langue française pour un opéra aussi long n’étant pas le moindre des défis à relever pour les stars en présence -. Les uns et les autres se sont parfois économisés – ou plutôt adaptés à la captation filmée – mais jamais au détriment de la musique et du ressort dramatique.

Philippe Jordan dans la fosse magnifie la partition parfois longuette de Verdi, l’orchestre et les choeurs de l’Opéra superbes de cohésion et de nuances. Et Warlikowski, dont le moins qu’on puisse dire est que je ne suis pas toujours fan, réussit son pari d’exalter une intrigue intime qui s’inscrit dans un univers monumental.

Pour les très nombreux déçus qui n’auront pas la chance de voir ce spectacle dans cette distribution, il y aura la consolation de l’entendre sur France Musique – qui consacre cette semaine une série d’entretiens et vendredi prochain toute une journée à Philippe Jordan – et bientôt en vidéo.

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Ce Don Carlos en version française avait déjà été donné, en 1996, dans une autre très grande version et vision, au Châtelet (lire Luc Bondy et Don CarlosJ’en garde un souvenir extraordinaire.

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Make our Planet great again

C’est à se demander s’il ne le fait pas exprès ! Trump a peut-être finalement rendu le meilleur des services à la cause de la Planète et des défenseurs de l’environnement en adoptant une position aussi caricaturale ! La réaction immédiate du président français a été exceptionnelle, tout comme celle des autres pays signataires de l’Accord de Pariset de millions d’Américains bien décidés à contourner les velléités du POTUSLa réaffirmation de leur engagement par les deux pays les plus peuplés de la planète, la Chine et l’Inde est rassurante. Non seulement l’espoir n’est pas mort, mais il pourrait renaître plus fort de cette « trumperie »

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L’autre événement de la semaine, c’est évidemment le retour sur notre belle planète de notre héros national Thomas PesquetComme des millions d’autres, j’ai suivi, émerveillé, ébahi comme un enfant, le fabuleux voyage du spationaute, sur Twitter, et ses images extraordinaires.

45060808_6_c518_2017-01-09-35c872f-28605-1d4it8p-02i3npcik9_835980cd351f857152a3629974c18b27J’attends avec impatience l’émission Envoyé spécial sur France 2 le 8 juin prochain.

Autre nouvelle de la semaine pour le monde musical, un ajout à mon article d’avant-hier Obituaries : le décès brutal, à 74 ans, ce vendredi du chef d’orchestre anglais Jeffrey Tateanobli il y a quelques semaines par le Prince William.

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J’ai vu assez souvent Jeffrey Tate en concert ou à l’opéra, à Genève (au Grand Théâtre, avec l’OSR), à Paris (notamment avec l’Orchestre National de France dont il fut le premier chef invité de 1989 à 1998, avec lequel il dirigea une mémorable Tétralogie au Châtelet) ou au Festival d’Aix-en-Provence. Me revient une anecdote, qu’Armin Jordan aimait à raconter avec ce mélange d’humour (noir) et d’affection qui le caractérisait. Dans les années 1990, les deux chefs dirigeaient chacun un opéra de Mozart au Festival d’Aix et logeaient dans le même hôtel chic. À l’époque, le chef suisse souffrait de troubles musculaires au bras (j’en avais été moi-même témoin), ses biceps restaient bloqués. Jeffrey Tate lui demandant si ce n’était pas trop pénible, Armin Jordan ne put s’empêcher de lui répondre : « Et c’est toi qui me pose la question ? ».  Il faut avoir vu Jeffrey Tate s’avancer sur scène ou dans la fosse pour comprendre l’invraisemblable courage qu’il a fallu à ce musicien pour dominer son terrible handicap de naissance. Respect !

Je ne sais pas si Jeffrey Tate a laissé une trace discographique marquante – en dépit de nombreux enregistrements – mais il laisse à tous ceux qui ont travaillé avec lui le souvenir d’un personnage extrêmement attachant et savant. Tous les chefs ne peuvent pas en dire autant…

Fantastique Fantasio

On a rarement eu de mauvaises surprises dans la programmation de l’Opéra Comique du temps de Jérôme Deschamps (Du rire aux larmes). 

Olivier Mantei poursuit sur la même lancée victorieuse, il espérait inaugurer le théâtre rénové par ce Fantasio dont nous avions parlé il y a plus de deux ans. Raté pour la salle Favart – mais y a-t-il jamais eu, en France, un chantier terminé à temps ? – mais pari formidablement relevé pour cette nouvelle production qui a trouvé un beau refuge sur la scène du Châtelet (qui doit aussi fermer bientôt pour rénovation, vous suivez ?).

Les spectateurs du Festival de Radio France et les millions d’auditeurs qui, grâce à France Musique, ont pu entendre, dans le monde entier, le concert du 18 juillet 2015, avaient déjà admiré une partition du meilleur Offenbachreconstituée par le grand spécialiste Jean-Christophe Keck, donnée dans une distribution éblouissante…

11219131_10153439694448194_6380105925159628429_n(Julie Depardieu en récitante, Marianne Crébassa en Fantasio, Omo Bello en Elsbeth le 18 juillet 2015 à Montpellier).

Sur la scène du Châtelet, on retrouve la révélation de cette version de concert, Marianne Crébassa, dans le rôle titre, ainsi que Jean-Sébastien Bou qui chantait déjà le prince de Mantoue, Loic Felix (Marinoni), Enguerrand de Hys (Facio) et toute une fine équipe de chanteurs, admirablement mis en scène par l’inventif et facétieux Thomas JollyDans la fosse, Laurent Campellone tire des sortilèges de poésie de l’orchestre philharmonique de Radio France.

Mention spéciale pour le programme vendu au public. Un parfait exemple de pédagogie intelligente, comme on aimerait en lire plus souvent. D’abord toute l’aventure de la « fabrication » de ce Fantasio, le making of (Chroniques d’un opéra), des textes clairs, sans jargon pour spécialistes, très documentés sur le compositeur, l’ouvrage, Mussetl’Opéra comique, les interprètes… Exactement ce qu’il faut pour enrichir l’expérience du spectacle.

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Il faut donc courir voir ce Fantasio, ou le repérer sur CultureBox et sur France Musique !