Troisième tour (bis)

Je relis ce que j’écrivais il y a six ans après les élections municipales de 2020 : Troisième tour. C’était à propos de l’élection des maires de quelques villes qui me sont proches à un titre ou un autre. La conclusion de ce billet s’est avérée prémonitoire : ‘Emmanuel Macron l’a emporté en 2017 en prenant tout le monde par surprise. En 2022, il risque fort de lui manquer ce qui a toujours constitué le socle électoral des présidents de la Vème République, une base populaire, ancrée dans les territoires. »

Ce samedi matin, c’est avec une certaine émotion que j’ai ceint de nouveau l’écharpe de maire-adjoint, 37 ans après l’avoir revêtue une première fois à Thonon-les-Bains (lire Elections municipales, hier et aujourd’hui).

On ne peut pas dire que j’ai couru après une carrière politique pour avoir des postes et des titres! Mais comme je l’expliquais jadis au Bourgmestre de Liège (depuis 2000), Willy Demeyer, avec qui j’aimais beaucoup échanger sur la politique, d’une certaine manière j’ai fait de la politique dans les postes à responsabilité qui m’ont été confiés dans le domaine culturel. Sans recourir aux grands mots, j’ai bien mis en oeuvre des principes, des idées, auxquels je crois de toutes mes forces depuis tout jeune, tant à la direction de France Musique, qu’à celle de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, puis plus récemment à la direction de la musique de Radio France et au Festival Radio France.

Mon village près d’Auvers

En m’installant il y a onze ans dans ce qui fut jusqu’en 1948 un hameau d’Auvers-sur-Oise – Butry-sur-Oise – je n’imaginais pas un instant reprendre du service dans un mandat municipal. Mais comme je l’ai raconté dans une brève de blog le 25 novembre dernier, je n’ai pas le souvenir d’une période de ma vie, depuis mes années de lycée, où je n’aie pas été d’une manière ou d’une autre impliqué dans l’action collective. Directement concerné par les problèmes survenus en février 2024 à Butry (Ce mur qui menaçait de s’effondrer), je ne pouvais pas rester spectateur. Depuis ce matin, dans mes nouvelles fonctions et attributions d’adjoint au Maire, je vais devoir m’atteler au sujet pour le moins épineux de la circulation dans le village. Un nouveau défi à relever…

Une belle toile d’Olga Rocher (Une rue de Butry) que j’ai eu la chance de rencontrer lors du dernier salon de peinture de Butry et qui est désormais accrochée dans la salle du Conseil municipal !

Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog !

L’éloquence des Hongrois

On sait l’admiration que j’ai pour l’infatigable Cyrus Meher-Homji qui a l’art de dénicher les trésors des archives des labels Philips, Decca, Deutsche Grammophon et associés et de les rééditer dans sa collection Eloquence

J’ai parfois des doutes quant à la pertinence voire l’utilité de ces rééditions (lire Dispensables), mais le coffret qui vient de paraitre (que j’ai acheté beaucoup moins cher que le prix français sur un site danois) est une formidable surprise :

Qui, dans la jeune génération de mélomanes, connait encore ne serait-ce que les noms de János Ferencsik et de György Lehel ?

Je me souviens de la fièvre qui me gagnait quand il y avait encore des magasins de disques à Budapest où l’on pouvait rafler les pépites du label national Hungaroton, je me rappelle aussi quelques rares vinyles ou CD où les noms de ces deux chefs étaient moins rares qu’aujourd’hui.

Mais là, c’est le bonheur intégral, et le plaisir de retrouver ces prises de son du début ou du milieu des années 60 si caractéristiques des pays de l’Est, qui restituent l’acoustique des salles où les orchestres (et choeurs) ont été enregistrés, sans traficotage inutile, et surtout un son d’orchestre si reconnaissable !

Le chef en son pays

János Ferencsik a été le chef hongrois le plus éminent de la seconde partie du XXe siècle, en tout cas de ceux qui sont restés en Europe. Au-delà des répertoires « locaux » qui sont regroupés dans ce coffret, il a imposé sa marque dans le répertoire classique et romantique et connu une carrière internationale remarquée.

C’est par sa version qui n’a jamais quitté le catalogue que j’ai découvert les Gurre-Lieder de Schoenberg

C’est aussi mon premier disque Kodály avec les Danses de Galánta et les Danses de Marozzsék

György Lehel à redécouvrir

Quant à György Lehel, la relative brièveté de sa carrière – il est mort à 63 ans – l’a sans doute empêché d’avoir une carrière plus internationale et les quelques disques de lui distribués en Occident l’ont cantonné au répertoire hongrois. Alors que, de nouveau, en cherchant bien chez les disquaires, on pouvait trouver un éventail beaucoup plus large de son art.

C’est avec lui que le jeune Zoltan Kocsis grave les concertos 1 et 2 de Bartók !

Kodály par Kodály

Quelle joie de retrouver dans ce coffret cet incunable de Zoltán Kodály dirigeant lui-même en 1961 son bien peu connu Concerto pour orchestre et cet admirable Soir d’été !

Un indispensable, vraiment indispensable de toute discothèque !

Et toujours humeurs et bonheurs du temps dans mes brèves de blog : les suites d’élections, un nouveau rôle, la mort de Jospin

Orchestres sans tête et autres nouvelles

Nul ne sait en dehors de la Belgique francophone ce qu’est un oiseau sans tête, je garde de mes années liégeoises un excellent souvenir de cette spécialité culinaire. C’est ce à quoi m’a fait penser un excellent article d’un journaliste français installé depuis des lustres au Québec, Christophe Huss dans le journal Le Devoir

Orchestres sans tête

Christophe Huss évoque un « marché des chefs d’orchestre en ébullition aux Etats-Unis » dans un article très complet que j’invite à lire.

Il évoque quatre grands orchestres américains – Cleveland, Boston, San Francisco, Los Angeles – qui se retrouvent, à court terme, sans chef titulaire.

À Cleveland, c’est Franz Welser-Moest qui part après un « règne » de plus de vingt ans dont on a du mal à percevoir les lignes de force ni l’héritage qu’il laissera.

A San Francisco, Esa-Pekka Salonen part après un quinquennat trop bref, au motif que sa programmation était trop audacieuse pour complaire aux généreux mécènes de l’orchestre…

A Los Angeles, c’est Dudamel qui jette l’éponge après seize ans d’un mandat qui a fait pas mal d’étincelles.

Quant à Boston, j’ai déjà évoqué le conflit entre l’administration et Andris Nelsons.

Quand on change d’avis

Je n’avais pas du tout aimé la première parution d’une intégrale des symphonies de Beethoven enregistrées « live »à Vienne par Simon Rattle. Prise de son étriquée, son d’orchestre qui ne reflétait en rien l’opulence des Wiener Philharmoniker. Et puis Warner a réédité le coffret, avec semble-t-il une vraie « remasterisation » et le rendu est cette fois d’une toute autre ampleur.

Le pianiste révélé

Je l’avoue, je n’ai pas encore cédé à l’attrait que le tout jeune pianiste russe, Alexandre Malofieiev (oui c’est bien ainsi qu’on prononce son nom, n’en déplaise à cette affreuse habitude de la transcription internationale) exerce sur une critique qui semble conquise d’avance (Alexandre Malofeev stupéfie la salle Gaveau). A défaut de l’avoir entendu en concert – mais cela ne saurait tarder ! – j’ai acheté le double album qu’il vient de sortir.

Programme admirable, qui nous change si heureusement de tous les disques inutiles de certaines stars du piano (ou du violoncelle)

Et toujours humeurs et bonheurs dans mes brèves de blog ! (l’au-revoir à Philippe Provensal, la disparition d’Isabelle Mergault, le soutien à Sophia Aram)

Irritants

C’est l’un de ces mots à la mode pour évoquer une réaction, une colère, un énervement.. L’actualité ne manque pas d’irritants.

En finir avec Jack L.

La démission forcée de Jack Lang de la présidence de l’institut du Monde Arabe (lire La honte) nous vaut dans pratiquement tous les médias l’habituelle litanie sur le grand Ministre de la Culture, le seul après Malraux, qu’il fut et serait resté dans la mémoire collective. Sans qu’évidemment personne ne s’avise de creuser le sujet, de sortir des formules faciles et fallacieuses. Et surtout sans que personne ne s’étonne que ce monsieur n’ait jamais cessé d’être considéré comme un dignitaire d’Etat, attaché à tous les privilèges d’une réputation largement surfaite. A-t-il jamais payé un centime de sa poche pour assister à un spectacle, pour acquérir une oeuvre d’art (ses « amis » s’en occupaient pour lui).ou même pour payer ses notes d’hôtel (si l’on en croit Pierre Lescure) Tout Paris bruissait de ses interventions ou de celles de sa femme pour être de toutes les réceptions qui comptent. La manière dont il s’est accroché à son poste – rémunéré – de président de l’IMA, obtenant d’Emmanuel Macron d’être renommé en 2023 (alors que le poste avait été promis à Jean-Yves Le Drian, qui, lui, s’y connaissait en matière de relations avec les pays arabes et de diversité des cultures de cette région du monde). L’homme était mielleux avec les puissants, détestable avec les petits.

Il faut relire ce que Michel Schneider disait de Jack Lang et de sa « politique » culturelle dans un précieux essai : La comédie de la culture.

Banalité

Je ne peux pas ne pas regretter que l’un des festivals les plus originaux de France, et même d’Europe, soit tombé à un niveau de banalité qui efface quarante années d’audace et de succès public. Dommage ! Déjà l’an passé Christian Merlin le déplorait dans Le Figaro

Qu’il est loin le temps où l’on invitait le jeune Jonas Kaufmann dans un chef-d’oeuvre méconnu…

Finalement pas si mal

J’ai rarement pu écouter sans interruption ce que j’ai toujours – peut-être à tort – considéré comme un saucisson*, Une symphonie alpestre / Eine Alpensinfonie de Richard Strauss. Je redoutais un peu la seconde partie du concert que dirigeait Semyon Bychkov la semaine dernière à la tête de l’Orchestre de Paris (lire ma critique sur Bachtrack : Les ascensions de Kirill Gerstein et Semyon Bychkov)

J’ai été surpris de voir que, chez les jeunes chefs, c’est devenu un tube. Rien qu’à l’Orchestre de Paris, Andris Nelsons, Daniel Harding, et Klaus Mäkelä l’ont dirigée en moins de dix ans !

Belle réussite que celle de Semyon Bychkov, qui a réussi le petit exploit de me rendre cette Alpensinfonie moins indigeste !

Et toujours mes humeurs et bonheurs dans mes brèves de blog (ma « campagne », Lang et Santini, Radio France)

*saucisson : C’est un terme que j’entendais souvent en Suisse pour désigner une pièce musicale longue et indigeste. Ce n’est pas la définition qu’en donne Stéphane Gendron dans son ouvrage C’est du pipeau ! (lire Les mots et les notes)