Suite

Jamais je n’aurais imaginé que mon billet d’hier – La dictature de l’émotion – pût être vu, partagé, commenté par autant de lecteurs, plusieurs milliers si j’en crois les statistiques du site qui héberge ce blog.

Je m’interroge évidemment sur cet intérêt soudain et si nombreux pour un article qui n’avait d’autre prétention que d’appeler à un peu de raison.

Parce que, je dois le rappeler comme je l’ai fait maintes fois depuis hier matin sur les réseaux sociaux, il ne s’agit pas de la mort de David Bowie, de l’émotion qu’elle a suscitée, encore moins du personnage, de sa musique, de sa place dans la vie artistique des cinquante dernières années.

Mais de quelque chose d’assez simple somme toute : pourquoi et comment sommes-nous conditionnés par les médias à devoir partager, simultanément, les mêmes sentiments, les mêmes « émotions » lorsque surviennent des événements dramatiques, graves comme une guerre, un attentat, une catastrophe, ou tristes comme la disparition d’un chanteur, d’un créateur ou d’un artiste ?

Et pourquoi le traitement « émotionnel », jadis on eût dit « sensationnel « , remplace ou masque le traitement professionnel, journalistique, on n’ose dire rationnel, de l’événement ?

12540530_10154676730909625_7619706881640527978_n(Formidable dessin de DuBus dans La Libre Belgique de ce matin)

J’ai été taxé d’élitisme pour avoir osé écrire que je n’étais pas très fan de Bowie, et que je ne trouvais pas son « oeuvre » si « géniale » que ça. Non je ne vis pas que de Boulez ni de musique classique, j’ai une palette de goûts musicaux très large qui varie selon les humeurs du moment, et qui en défriserait plus d’un. Je reconnais qu’elle (la palette) est tout sauf politiquement correcte (mon dernier téléchargement : les meilleures chansons de Régine !!). Et non la disparition de David Bowie n’est pas comparable à la mort d’un compositeur comme Mozart ou Dutilleux…

Tout n’est pas dans tout, tout ne vaut pas tout. Michel Delpech ne vaut pas Brel, Galabru ne vaut pas Michel Bouquet, même si tous peuvent être aimés, appréciés, appartenir à l’univers d’un honnête homme.

On va – malheureusement – commémorer en 2016 les trente ans de la disparition de Daniel Balavoine, Thierry Le Luron, Coluche (Desproges les suivra dans la mort en 1988). C’est fou comme leur insolence, leur impertinence, leur non-conformisme nous manquent aujourd’hui. Comme nous manquent Cabu, Wolinski… Ils auraient bien tous rigolé de ce torrent de larmes obligé que les médias alimentent, à défaut de traiter les vrais sujets.

 

La reine et le géant

L’affiche a tenu toutes ses promesses, beaucoup plus que ses promesses. Encore un 3ème concerto de Prokofiev, encore une 5ème symphonie de Mahler ? Oui mais quand Martha Argerich, Andris Nelsons et l’orchestre du Festival de Lucerne (pardon, mais je ne me sens pas tenu d’écrire comme dans le programme Lucerne Festival Orchestra !) sont réunis comme ils l’étaient hier soir à la Philharmonie de Paris, ça devait produire des étincelles. À l’heure où j’écris ces lignes, les échos de la fête résonnent encore dans ma tête.

Je n’avais plus entendu Martha Argerich en concert depuis quatre ans, une bien médiocre création d’un double concerto de Rodion Chtchedrine* au théâtre des Champs-Elysées, et je ne l’avais jamais entendue dans ce cheval de bataille de Prokofiev.

Un de ses tout premiers disques avec Claudio Abbado, à qui le concert d’hier rendait hommage (et en 1969 le premier concert à Paris du chef italien avec l’orchestre national à l’époque de l’ORTF au théâtre des Champs-Elysées)

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Transcendant, miraculeux, magique, les adjectifs manquent toujours pour décrire l’art de Martha Argerich, la « reine Martha ».

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Pour avoir partagé avec elles deux tournées (en 1987 et 1989) je sais qu’il peut y avoir des soirs moins fulgurants, moins engagés. Mais hier soir « son » 3e concerto de Prokofiev n’était que musique pure, poésie infinie, osmose avec un discours orchestral d’une subtilité rare. Tout ce qui est effort, démonstration, muscle, chez tous les autres, même les plus grands, est tellement maîtrisé, dominé, que c’en est désarmant. En bis, Martha Argerich confère une incroyable variété de couleurs à la sonate Kk 141 de Scarlatti – c’est « son » bis à elle – et nous met au bord des larmes. Comme un rêve éveillé.

Quel contraste avec un autre géant du piano, enregistré ici un an avant sa mort en 1985, Emil Gilels !

Un agenda trop chargé (ou mal organisé !) m’avait jusqu’alors privé du bonheur d’entendre Andris Nelsons « live ». La séance de rattrapage n’en fut que plus époustouflante.

Je n’ai pas le souvenir de ma vie de mélomane d’avoir écouté aussi passionnément, intensément, d’un bout à l’autre sans désemparer, la Cinquième symphonie de Mahler comme je l’ai fait hier soir grâce au chef letton. On comprend d’abord pourquoi deux phalanges aussi prestigieuses que le Boston Symphony et le Gewandhaus de Leipzig se sont attachées à lui, jusqu’à se le partager à partir de 2017. Ce géant à tête d’enfant émerveillé, les mains grandes ouvertes pour inviter, évoquer, suggérer la musique, le corps penché amoureusement vers ses musiciens, rien chez ce chef n’est posture, esbroufe, épate, tout est exclusivement service de l’oeuvre et fabrique en continu de la musique.

Et puis il y a des signes qui ne trompent pas : quand pendant près de 80 minutes, une Philharmonie certes pas comble, mais très bien garnie, retient littéralement son souffle, pas une toux, un râclement de gorge, c’est que tous ont le sentiment de vivre un événement, une soirée unique.

En l’occurrence, on avait abandonné tout sens critique. Certains tempi de Bernstein, une analyse au scalpel des passages les plus complexes (comme le finale) à la Boulez, trêve de références. Il faut désormais compter avec « la » Cinquième mahlérienne de Nelsons, fabuleux conteur, magnifique architecte de la grande forme en même temps qu’éclaireur du détail le plus ténu. Simplement prodigieux !

Et quel orchestre ! Cette réunion temporaire de solistes des meilleures phalanges européennes qu’avait voulue Abbado, recréant le projet initial de Toscanini et Ansermet en 1938, c’est tout sauf une berline de luxe. Un Klangkörper prodigieux de cohésion, d’enthousiasme collectif. Friedrich Reinhold à la trompette (ah ces premières notes si redoutées !), Alessio Allegrini au cor, et des affaires de famille, les membres du quatuor Hagen, le vétéran Wolfram Christ, légendaire alto solo des Berliner Philharmoniker, son fils Raphael, chef d’attaque des seconds violons, et Tanja chez les altos.

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*Chtchédrine : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rodion_Chtchedrine

Une certaine radicalité

Il y a des mots piégés, le monde culturel en est friand. Exemple : radical, une lecture, une oeuvre, une interprétation radicale. Çà ne veut pas, plus, dire grand chose, mais ça fait bien dans la conversation et ça évite, dans un article, de préciser  la teneur, le contenu de cette radicalité. Parlons de démarche originale, extrême, dérangeante, la langue française est riche !

Je viens de trouver, chez un éditeur anglais, regroupés en un coffret de 13 CD, tous les enregistrements réalisés entre 1959 et 1962, dans une superbe stéréo, par un personnage oublié, et vraiment radical, de la musique du XXème siècle, René Leibowitz. 

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René Leibowitz (https://fr.wikipedia.org/wiki/René_Leibowitz) a dit, écrit des horreurs (plus que Boulez à qui on en prête pourtant beaucoup) : « Sibelius, le plus mauvais compositeur du monde ». Lire à ce sujet l’excellent papier de Jean-Luc Caron (http://www.resmusica.com/2013/01/06/rene-leibowitz-l’assassin-assassine/).

J’ai assez vite abandonné, je l’avoue, la lecture des ouvrages théoriques de Leibowitz, mais je suis resté fasciné, depuis que je les ai découvertes, par les interprétations vraiment… radicales de Leibowitz chef d’orchestre.

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Je dénonçais récemment (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/10/24/arnaques/) les rééditions erratiques des symphonies de Beethoven que René Leibowitz a gravées à Londres. Ce n’est évidemment pas le cas du coffret très soigné qu’on peut se procurer directement auprès de l’éditeur britannique (http://www.scribendumrecordings.com/our-shop/4583959841/sc510-13cd—the-art-of-leibowitz/10114478).

Je ne vais pas redire ici combien la vision de Leibowitz de l’univers symphonique de Beethoven était à l’époque, et est restée cinquante ans après, radicale, neuve, passionnante. 30 ans avant Norrington, Harnoncourt ou Gardiner, il dégraisse, dépoussière, adopte les tempi indiqués par Beethoven. Il n’est pas loin d’un Pierre Monteux qui à la même époque, grave à Londres et Vienne une intégrale inégale, mais d’une vigueur rythmique et d’une jubilation mélodique admirables (Monteux avait 85 ans !).

Mais, à la différence de son élève Pierre Boulez, Leibowitz n’a jamais été un grand chef d’orchestre, les oreilles attentives auront vite fait de le constater par exemple en écoutant le (Mas)Sacre du printemps, ou le finale de la IXème symphonie de Beethoven.

En revanche, on aura de quoi être surpris par l’association Leibowitz/ Offenbach ou Gounod ou Auber ou Puccini. Sans doute des commandes d’un éditeur de l’époque (le Reader’s Digest ?) avec les inévitables showpieces, ouvertures, suites etc. Tout ça ne cadre pas très bien avec le théoricien, le chantre du dodécaphonisme… Mais peut-être Leibowitz n’était-il pas aussi sérieux qu’on l’imagine ? C’est bien lui qui a écrit ceci :

Sir Roger et Papa Joseph

Ce n’était pas la foule des grands soirs mais le programme autant que les interprètes justifiaient qu’on soit présent au Théâtre des Champs Elysées ce mardi soir. Très british indeed !

Roger Norrington, Ian Bostridge, Purcell (la suite Abdelazer or the Moor’s Revenge, dont le rondeau a servi de thème à Britten pour son fameux Young person’s guide to the orchestra), Britten justement et son Nocturne, pour ténor et orchestre, d’un accès moins aisé que la Sérénade antérieure, la sublime Fantaisie de Vaughan Williams sur un thème de Thomas Tallis, et last but non least la 103eme symphonie de Haydn qui s’ouvre par un spectaculaire « roulement de timbales »

On est heureux de constater la grande forme de l’Orchestre de Chambre de Paris, qui se plie avec une souplesse confondante aux exigences stylistiques, aux facéties parfois de l’illustre chef britannique, qui comme son compatriote John Eliot Gardiner, comme chef de choeur d’abord, puis chef d’orchestre a tant fait pour nous faire redécouvrir tout le répertoire classique et pré-romantique.

Jubilation particulière pour moi à l’écoute de l’une des symphonies les plus parfaites de Haydn – mais pourquoi les entend-t-on si rarement au concert?  ! Deux souvenirs personnels liés à cette oeuvre et ce chef.

Je ne me rappelle plus pourquoi un 33 tours Mercury, comportant les symphonies 94 et 103, par Dorati et le Philharmonia Hungarica, était présent dans cette bergerie glaciale que mes parents avaient louée dans les Pyrénées non loin de La Mongie en cet hiver 1970. On avait apporté l’électrophone pour passer quelques disques de Noël, et ce Haydn m’était-il destiné pour mon anniversaire ? Je me rappelle l’avoir passé en boucle et n’avoir jamais faibli depuis dans l’affection que je porte à ces deux symphonies.

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En cherchant sur Youtube, je suis tombé sur cette version plutôt inattendue de … Pierre Boulez (à Chicago en 2006)

L’autre souvenir est lié à l’émission Disques en lice, fondée en décembre 1987 sur Espace 2, la chaîne musicale et culturelle de la Radio suisse romande, par François Hudry, à laquelle j’ai participé sans interruption jusqu’à mon départ de la Suisse pour France Musique (à l’été 1993).

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(Roger Norrington et François Hudry / Photo F.H.)

La grande affaire de ces années-là avait été l’intégrale très admirée et très controversée des symphonies de Beethoven que Roger Norrington avait réalisée pour EMI avec les London Classical Players. Norrington avait devancé Harnoncourt et Gardiner dans cette entreprise, il prétendait se fier strictement aux indications métronomiques de Beethoven lui-même. Quel décrassage, quel dégraissage pour nos oreilles ! Et voici qu’un jour (pour la centième de l’émission ?) François Hudry avait invité Norrington à venir lui-même parler de ses interprétations, en l’occurrence de la 6e symphonie « Pastorale » de Beethoven.

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Et l’émission et le repas qui suivit furent bien trop courts… Sir Roger étant un formidable personnage, savant, gourmand, jouissant de la musique comme des farces qu’il fait aux musiciens et au public.

Je me rappelle alors lui avoir demandé s’il comptait graver Haydn. Il se tâtait encore, connaissant la difficulté de l’entreprise. La réponse vint quelques années plus tard, pour ce qui est des symphonies « londoniennes » et tout récemment pour le cycle des « parisiennes« . Evidemment indispensable !

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Le mécène musicien

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Première étape de la tournée de l’OPRL le 18 mai dernier, Bâle est la ville natale d’un personnage considérable, né en 1906, mort il y a quinze ans jour pour jour, en 1999 : Paul Sacher. 

Le nom ne dit peut-être plus grand chose aux jeunes générations (http://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-sacher/) . Si l’on commence à énumérer la liste des 300 oeuvres qu’il a commandées à la presque totalité des grands compositeurs du XXème siècle, on prend conscience de l’importance, du rôle décisif de ce musicien, devenu riche par son mariage en 1934 avec Maja Stehlin, l’héritière de la firme pharmaceutique Hoffmann-La Roche. Bartok, Martinu, Honegger, Boulez, Rihm, Tippett, Moret, Frank Martin, Dutilleux, et tant d’autres vont bénéficier non seulement de ses commandes, mais aussi d’un soutien artistique, amical très précieux.

Pour lui rendre hommage, Mstislav Rostropovitch, qui a lui aussi bénéficié des largesses de Paul Sacher, incite, en 1976, douze compositeurs à écrire des pièces pour violoncelle sur le nom de SACHER. Cela donne un joli bouquet :

Compositeur Œuvre
Alberto Ginastera Puneña n° 2, op. 45
Wolfgang Fortner Zum Spielen für den 70. Geburtstag : Thema und Variationen für Violoncello Solo
Hans Werner Henze Capriccio
Conrad Beck Für Paul Sacher : Drei Epigramme für Violoncello solo
Henri Dutilleux Trois Strophes sur le nom de Sacher
Witold Lutosławski Sacher-Variationen
Luciano Berio Les Mots sont allés
Cristobal Halffter Variationen über das Thema eSACHERe
Benjamin Britten Tema « Sacher »
Klaus Huber Transpositio ad infinitum, für ein virtuoses Solocello
Heinz Holliger Chaconne, für Violoncello Solo
Pierre Boulez Messagesquisse, pour 7 violoncelles

J’ai eu la chance de voir et d’entendre quelquefois Paul Sacher. Personnage imposant à tous les sens du terme. Premier souvenir, pendant le festival de Lucerne en 1974, il dirigeait un concert sérénade (à la tête du Collegium musicum de Zurich) dans les jardins du Monument au Lion (Löwendenkmal). Je me le rappelle d’autant mieux que j’ai découvert ce soir-là la Posthorn-Serenade de Mozart.

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Aujourd’hui la Fondation Paul Sacher, à Bâle, est une source inépuisable de documentation et d’information pour tous les apprentis musicologues, musiciens et compositeurs.

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J’imagine qu’on en a déjà eu l’idée, mais cela vaudrait le coup de se pencher sur les rapports particuliers de la pharmacie et de la musique. Sacher donc, mais aussi Poulenc (Rhône-Poulenc), Beecham (les célèbres pilules… laxatives Beecham !), et aujourd’hui, à Venise, le Palazzetto Bru-Zane / Centre de musique romantique française, branche de la Fondation Bru (http://www.fondation-bru.org/docteurs-bru/une-reussite-exemplaire.php).

ImageImage(L’hôtel de ville de Bâle)

Initiation

Je l’ai déjà raconté, j’ai découvert peu à peu la musique classique, d’abord par quelques 33 tours qu’il y avait à la maison ou qu’on nous offrait à Noël, puis en cherchant les disques les moins chers – à la mesure de mes faibles moyens. Des collections aujourd’hui disparues, qui ne disent plus rien aux moins de 50 ans (Fontana, Musidisc, la Boîte à musique, Vanguard, la Guilde du disque, etc.). En Suisse, il y avait Ex Libris, une filiale des coopératives Migros, qui éditait sous sa marque des enregistrements d’origine Deutsche Grammophon, Decca ou Philips.

J’ai repensé à cela en faisant mon article sur Ernest Ansermet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/05/06/un-suisse-chez-les-russes/). L’un de mes premiers disques achetés en souscription chez Ex Libris c’était un double album consacré au Requiem allemand de Brahms… dirigé par Ansermet, avec plusieurs ensembles choraux dirigés par un homme que j’aurais la chance de côtoyer plus tard, pendant mes années à la Radio Suisse romande, infatigable animateur, entrepreneur, inventeur, l’inestimable André Charlet. Son décès il y a deux mois m’avait échappé, mais qui de ceux qui l’ont connu, approché, aimé (ou moins aimé !) pourrait oublier André ?

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On se rappelle toujours ses premiers disques, on leur garde une affection même si l’on est déçu par la suite ( https://jeanpierrerousseaublog.com/2014/05/04/on-ne-reveille-pas-un-souvenir-qui-dort/). 

Mes premiers Vivaldi (L’estro armonico) par Paul Kuentz et son orchestre de chambre (avec Monique Frasca-Colombier au premier violon) : j’avais trouvé l’album – un Deutsche Grammophon ! -pas cher à la Librairie des Etudiants à Poitiers, et m’étais fait apostropher par un garçon à peine plus âgé que moi – c’était « une mauvaise version » ! – qui se proposait de m’en faire entendre de meilleures. C’était déjà un mordu de Vivaldi, il l’est toujours, puisqu’il signe toujours des chroniques dans Diapason (Roger-Claude Travers).

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La musique baroque, des concertos de Bach par exemple, c’était chez Musidisc Roland Douatte et son Collegium Musicum, au clavecin Ruggero Gerlin… Plus jamais entendu parler d’eux. Pas plus que de chefs d’orchestre qui s’appelaient Karl Ritter ou Carl Bamberger – pseudos de chefs plus connus ? – Ou Richard Müller-Lampertz, qui avec un orchestre hambourgeois, je crois, m’a fait découvrir des Danses slaves de Dvorak ou la 2e rhapsodie hongroise de Liszt.

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La mode était aussi aux disques-catalogues très bon marché : ainsi un disque au look très seventies, aux couleurs flashy, avec Karajan en surimpression – la Moldau de Smetana, Les Préludes de Liszt (qui sont restés ma référence), des Danses hongroises de Brahms, un autre tout violet de marque CBS consacré à Pierre Boulez (le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, l’ouverture des Maîtres Chanteurs de Wagner – que j’ai tout de suite détestée ! – et à l’inverse une mélodie que j’ai aussitôt aimée, Die Nachtigall, extraite des Sieben frühe Lieder d’Alban Berg… Et puis, un jour de soldes d’été, un coffret de 3 disques bradé de valses et polkas de Strauss par Boskovsky et le philharmonique de Vienne (déjà !).

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Et puis il y eut la période des « Clubs du disque », et autres souscriptions par correspondance, où l’on pouvait encore, pour des prix adaptés aux maigres ressources d’un étudiant, acquérir de très intéressants coffrets. On imagine le sentiment d’intense fierté, d’émotion qui m’étreignait lorsque le postier venait apporter d’imposants paquets à la maison familiale de Poitiers. Je me les rappelle comme si c’était hier.

Quatre disques dont Karajan et le Philharmonique de Berlin étaient l’objet, le sujet, l’ornement : une très intelligente compilation/initiation. Avec la 2e symphonie de Brahms, Finlandia et le concerto pour violon de Sibelius – avec Christian Ferras -, les Tableaux d’une exposition de Moussorgski/Ravel et un disque d’intermezzi d’opéras (qui me ravit toujours autant !).

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Ou un beau coffret rouge d’une dizaine de galettes consacré aux grands concertos pour violon à partir du fonds EMI : Milstein, Oistrakh, Menuhin...

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Encore du vert foncé pour la Guilde du Disque et une 6e symphonie de Beethoven avec Munch et un orchestre hongrois, les 2e et 4e de Beethoven par Monteux et la NDR de Hambourg, etc…

Et puis je ne peux oublier – parce que je les ai tous conservés, à la différence de tout le reste de ma discothèque vinyle – les disques que mon « lecteur » de russe – de mes dernières années de lycée – me rapportait d’Union Soviétique (ou m’envoyait dans de drôles de paquets cartonnés !), de marque Melodia – puisque c’était le seul label autorisé et officiel -. C’est notamment par ces disques que j’ai découvert la 3e symphonie de Khatchaturian avec orgue (une version dirigée par Rojdestvenski… que je n’ai jamais retrouvée en CD). J’ai longtemps rêvé de la programmer…ce sera l’une des surprises de la prochaine saison de l’Orchestre philharmonique royal de Liège !

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La phénoménale version de Kondrachine, enregistrée à Moscou en 1967, a heureusement été rééditée.