Un été Bernstein (III) : L’Italie

Arrivant ce dimanche en Italie pour quelques jours de vacances, je me suis demandé quel était le rapport de l’Américain Leonard Bernstein avec ce pays d’opéra et de traditions populaires, plus que de musique symphonique.

Si l’on excepte la présence du chef au pupitre de La Scala dans les années 50, pour des prestations restées dans les mémoires du fait de « la » Callas, Bernstein a relativement peu travaillé en Italie.

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Il a plusieurs fois dirigé l’orchestre de l’Accademia nazionale di Santa Cecilia de Rome.

C’est avec cette formation qu’il enregistre une version pas vraiment idiomatique, ni dans la conduite de l’orchestre puccinien, ni dans le format vocal des principaux protagonistes, de La Bohème de Puccini

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Bernstein retrouve l’Accademia à la fin de sa vie pour un cycle Debussy, crépusculaire, plus wagnérien que français de touche.

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Pour les Italiens proprement dits, morne plaine : un disque d’ouvertures de Rossini, très « show off », et deux des poèmes symphoniques qui forment la « trilogie romaine » de Respighi. Rien d’indispensable…

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Discographie complète de Bernstein : Bernstein Centenary

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Post scriptum : Après publication de cet article, un amical lecteur s’étonnait que je ne mentionne pas les deux enregistrements verdiens de Bernstein : son Falstaff avec Dietrich Fischer-Dieskau et l’inévitable Requiem.

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Je fais un blocage sur DFD dans Verdi (et pas que dans Verdi !), est-ce pour cela que je n’ai jamais prêté une oreille plus attentive à ce que fait Bernstein dans l’ultime chef-d’oeuvre de Verdi ?

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Même « oubli » pour cette version londonienne du Requiem. Je vais – peut-être – réviser mon jugement avec le troisième coffret – annoncé pour la mi-août – de la Leonard Bernstein Edition de Sony, regroupant tous les enregistrements vocaux, choraux et lyriques du chef.

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Visegrád ou Vyšehrad ?

Lors d’un récent sommet européen consacré à la question de l’accueil des migrants, il a beaucoup été question du Groupe de Visegrádun groupe informel réunissant quatre pays d’Europe centrale, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie, du nom de la petite ville, aujourd’hui hongroise, de VisegrádCe « groupe » n’est pas récent puis dès 1335 les rois de Bohème, de Pologne et de Hongrie s’y rencontraient pour créer une alliance anti-Habsbourg, alliance renouvelée en 1991 pour accélérer le processus d’intégration européenne des trois mêmes pays (la Bohème étant devenue la Tchécoslovaquie qui allait se scinder en 1993)

Les prononciations les plus fantaisistes ont cours dès lors qu’il s’agit de noms slaves (les journalistes et les dirigeants européens s’en sont donné à coeur joie… Viz-grade, Ouaille-z-grad !) La meilleure approche, pour un non slavophile, serait : Voui-chê-grade. 

Voilà pour la cité-forteresse aujourd’hui située en Hongrie, dont l’étymologie est simple : Vise = haut, grad = ville. Visegrad = la ville haute.

Les mélomanes connaissent un autre Vyšehradle premier volet du cycle de six poèmes symphoniques Ma Patrie du compositeur tchèque Bedřich SmetanaVyšehrad est le quartier le plus ancien de Prague, le plus élevé aussi, où avait été édifié le premier château-fort au Xème siècle.

1024px-Vysehrad_as_seen_over_the_Vltava_from_Cisarska_louka_732(Vue sur Vysehrad de la MoldauVltava en tchèque = prononcer Veul-tava, et non Vi-ta-va, comme je l’entendis un jour, répété plusieurs fois, sur France Musique !!)

Le festival Le Printemps de Prague s’ouvre chaque année le 12 mai (date anniversaire de la mort de Smetana) par l’exécution du cycle Ma Patrie. Au terme de la Révolution de Velours, qui mit fin à la dictature communiste, l’édition 1990 du Printemps de Prague fut un événement considérable, puisqu’elle marqua le retour de Rafael Kubelik sur sa terre natale, après 41 ans d’exil. La version du cycle de Smetana que donnèrent ce 12 mai 1990 le vieux chef, déjà atteint par la maladie et sa chère Philharmonie tchèque est portée par un souffle, une vision, véritablement historiques.

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Voir la discographie de Rafael Kubelik ici : Rafael Kubelik, un chef en liberté

Je connais une autre belle gravure de ce premier volet de Ma Patrie de Smetana, assez inattendue, mais très réussie (comme les poèmes symphoniques de Liszt qui figurent sur le disque), celle de Karajan

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New York today

La dernière fois que j’étais venu à New York, c’était à la toute fin de l’année 2012. J’ai raconté le hasard qui avait mis sur mon chemin Mireille Darc le 31 décembre (De mon battre son coeur s’est arrêté.)

Ciel clair, vent frais (mais températures plus clémentes qu’en France en ce moment), idéal pour revoir les quartiers qu’on connaît, en découvrir d’autres, constater beaucoup de nouvelles constructions (voir mes premières photos : Back in New York), et puis juste flâner, s’émerveiller des couleurs de l’automne finissant sur les gratte-ciels miroirs ou sur Washington Square.

Dans le quartier de Meatpackers, visite du nouveau musée Withney, conçu par Renzo Piano, ouvert en 2015.

 

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Edward Hopper

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IMG_2976Andy Warhol

IMG_2993(May Stevens, Dark Flag)

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IMG_3002Laura Owens

IMG_2958(L’Hôtel Standard sur la High Line)

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Hudson RiverIMG_3071

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Flatiron

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Un peu de musique évidemment, hier une Norma au Metropolitan Operaqu’il me semble préférable de ne pas commenter. Même au Met ce n’est pas fête tous les soirs…Mais il y a tant de glorieuses productions dans cet immense vaisseau….

C’est Sonya Yoncheva qui fait la couverture du programme de la saison…et qu’on retrouvera dans quelques jours dans La Bohème à l’Opera de Paris !

Disques d’été (V) : les amitiés particulières

Lors d’une de ces discussions interminables que certains de mes « amis » affectionnent sur Facebook – toujours à propos des mérites comparés de tel pianiste, tel chef, telle version – le nom d’un chef d’orchestre est venu sur le tapis, d’aucuns regrettant qu’il soit oublié, d’autres relevant que, malgré sa brève carrière, il a laissé un bel héritage discographique.

Thomas Schippers est né à Kalamazoo en 1930 et mort d’un cancer du poumon en 1977.

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Je n’avais pas spécialement prêté attention à sa biographie, ni même à son physique d’acteur hollywoodien, lorsque je suis tombé sur le livret d’un très beau disque :

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Un disque pour l’essentiel consacré à Samuel Barber, Giancarlo Menotti (et très accessoirement à D’Indy). Je m’attendais à lire une analyse très sérieuse de ces compositeurs et de leurs oeuvres, beaucoup moins à tout apprendre de la sexualité des deux compositeurs américains en question et du jeune chef d’orchestre.

Donc si j’ai bien compris, Barber et Menotti ont fricoté ensemble, ils ont eu une « relation », c’est avéré, ensuite Menotti a pris le chef sous son aile, il est même insinué que les deux compositeurs se seraient partagé les faveurs du jeune Thomas… et tant qu’on y est, que finalement le jeune chef ne devrait sa carrière qu’à ses « protecteurs ». En quelque sorte une version gay de « coucher pour réussir »…Etonnant non, cette musicologie qui lorgne du côté de la presse à sensation ?

Il n’y a rien de choquant, de mon point de vue, à évoquer la sexualité des créateurs et des interprètes, dès lors que ce peut être un élément de compréhension de leur personnalité et de leur talent – mais de compréhension seulement, pas d’explication !- En revanche laisser accroire que ceux-là ne devraient leur réussite qu’à leur orientation sexuelle particulière est d’un ridicule achevé. Comme le disait avec une ironie mordante un ancien ministre de la Culture français* : « selon certains, si on n’est pas juif, homosexuel et franc-maçon point de salut » !

Revenons donc à Thomas Schippers et à son vrai et authentique talent, à sa carrière brisée en plein essor. Puisque SONY réédite généreusement en coffrets à tout petit prix des pans entiers de son immense catalogue (les fonds CBS et RCA notamment), pourrait-on suggérer qu’ils rassemblent le legs symphonique du chef américain, pour le moment éparpillé et difficilement trouvable sauf en seconde main.

Grâce à l’amitié (particulière ?) de Leonard Bernstein, Schippers a pu graver de très beaux disques avec le Philharmonique de New York au début des années 60

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Schippers a aussi été l’un des prédécesseurs de Louis Langrée à la tête de l’orchestre de Cincinnati, où il a laissé quelques beaux enregistrements pour le label Vox. A rééditer aussi !

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Mais c’est évidemment comme chef d’opéra que Thomas Schippers reste le plus présent dans la discographie et qu’il donne les plus éclatants témoignages de son talent.

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On consacrera le prochain billet à l’exact contemporain de Thomas Schippers, Lorin Maazel né comme lui en 1930 – leurs années de jeunesse ont plus d’un point commun – et mort il y a un an, le 13 juillet 2014 exactement

*Cet ancien ministre n’est pas Frédéric M. !

Don Carlo

Le ténor Carlo BERGONZI est mort hier quelques jours après son 90ème anniversaire. Né en Emilie Romagne le 13 juillet 1924, il s’est éteint à Milan ce 25 juillet 2014.

J’ai un seul souvenir de lui en récital.. à 70 ans, salle Gaveau à Paris, où il proposait un programme de chansons italiennes. Quel coffre, quel souffle, quel style, quelle allure encore à cet âge.

Et ce délicieux chuintement reconnaissable entre tous !

Une carrière exemplaire, une classe, un éclat vocal, une distinction incomparables dans tous les rôles qu’il a abordés avec sagesse : le ténor verdien par excellence

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S’il fallait ne retenir qu’un seul de tous ces enregistrements exceptionnels, ce serait la version insurpassée de Don Carlo dirigée par Georg Solti, avec une distribution éblouissante : Carlo Bergonzi, Nikolai Ghiaurov, Dietrich Fischer-Dieskau, Renata Tebaldi, Grace Bumbry..

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Au début des années 70, à l’apogée de ses moyens vocaux, Carlo Bergonzi avait réalisé pour Philips une magnifique anthologie d’airs de ténor des opéras de Verdi, heureusement rééditée l’an passé :

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Dans plusieurs opéras de Verdi, Bergonzi est un récidiviste. Ainsi dans le coffret Decca le trouve-t-on dans la première Traviata de Joan Sutherland – la plus belle selon certains – . Mais j’ai une affection toute particulière pour la version proche de la perfection de Georges Prêtre dirigeant en 1967 une Montserrat Caballé inégalée :

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Mais Carlo Bergonzi c’est aussi Puccini, une Bohème, une Madame Butterfly, où il fait couple avec Renata Tebaldi sous la houlette de Tullio Serafin. Solaire, stylé, émouvant.

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C’est encore un modèle dans des ouvrages où le mauvais goût n’épargne pas tous les ténors à glotte : Cavalleria Rusticana de Mascagni et Pagliacci deLeoncavallo, dans les enregistrements scaligères de référence de Karajan :51thmE0iE2L._SX300_.jpg

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