Make our Planet great again

C’est à se demander s’il ne le fait pas exprès ! Trump a peut-être finalement rendu le meilleur des services à la cause de la Planète et des défenseurs de l’environnement en adoptant une position aussi caricaturale ! La réaction immédiate du président français a été exceptionnelle, tout comme celle des autres pays signataires de l’Accord de Pariset de millions d’Américains bien décidés à contourner les velléités du POTUSLa réaffirmation de leur engagement par les deux pays les plus peuplés de la planète, la Chine et l’Inde est rassurante. Non seulement l’espoir n’est pas mort, mais il pourrait renaître plus fort de cette « trumperie »

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L’autre événement de la semaine, c’est évidemment le retour sur notre belle planète de notre héros national Thomas PesquetComme des millions d’autres, j’ai suivi, émerveillé, ébahi comme un enfant, le fabuleux voyage du spationaute, sur Twitter, et ses images extraordinaires.

45060808_6_c518_2017-01-09-35c872f-28605-1d4it8p-02i3npcik9_835980cd351f857152a3629974c18b27J’attends avec impatience l’émission Envoyé spécial sur France 2 le 8 juin prochain.

Autre nouvelle de la semaine pour le monde musical, un ajout à mon article d’avant-hier Obituaries : le décès brutal, à 74 ans, ce vendredi du chef d’orchestre anglais Jeffrey Tateanobli il y a quelques semaines par le Prince William.

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J’ai vu assez souvent Jeffrey Tate en concert ou à l’opéra, à Genève (au Grand Théâtre, avec l’OSR), à Paris (notamment avec l’Orchestre National de France dont il fut le premier chef invité de 1989 à 1998, avec lequel il dirigea une mémorable Tétralogie au Châtelet) ou au Festival d’Aix-en-Provence. Me revient une anecdote, qu’Armin Jordan aimait à raconter avec ce mélange d’humour (noir) et d’affection qui le caractérisait. Dans les années 1990, les deux chefs dirigeaient chacun un opéra de Mozart au Festival d’Aix et logeaient dans le même hôtel chic. À l’époque, le chef suisse souffrait de troubles musculaires au bras (j’en avais été moi-même témoin), ses biceps restaient bloqués. Jeffrey Tate lui demandant si ce n’était pas trop pénible, Armin Jordan ne put s’empêcher de lui répondre : « Et c’est toi qui me pose la question ? ».  Il faut avoir vu Jeffrey Tate s’avancer sur scène ou dans la fosse pour comprendre l’invraisemblable courage qu’il a fallu à ce musicien pour dominer son terrible handicap de naissance. Respect !

Je ne sais pas si Jeffrey Tate a laissé une trace discographique marquante – en dépit de nombreux enregistrements – mais il laisse à tous ceux qui ont travaillé avec lui le souvenir d’un personnage extrêmement attachant et savant. Tous les chefs ne peuvent pas en dire autant…

Dans les cordes

Trump, la primaire à droite, les spéculations à gauche, j’ai mis sur pause. J’ai préféré faire le plein de musique, sans souci de l’actualité. Les gros coffrets s’accumulent, j’en reparlerai, mais voici un sujet que la disparition récente de Neville Marriner m’a suggéré : la littérature musicale pour les orchestres à cordes. Essentiellement celle des XIXème et XXème siècles.

C’est un souvenir précis et flou à la fois, j’étais encore au Conservatoire de Poitiers, était-ce dans le bureau du directeur, sur sa chaîne, que j’ai découvert la Sérénade pour cordes de Tchaikovski, dans la première version de Karajan ? 

Est-ce parce que j’y entends les échos des lointains d’une Russie millénaire (plus fantasmée que réelle) que j’aime si passionnément cette oeuvre ? Particulièrement dans les deux versions (1966 et 1980) qu’en ont gravées Karajan et ses Berlinois.

Un peu plus tard, c’est un disque en solde (les petits budgets des étudiants !) qui me révélait la Sérénade pour cordes de Dvořákun 33 tours Heliodor que j’ai mis des années à retrouver en CD, avec le grand Hans Schmidt-Isserstedt

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Puis suivront les sérénades de Dag WirénElgarSibelius (Rakastava), Nielsen (Petite suite), Grieg (Suite Holberg) presque toutes découvertes grâce à Marriner…

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Je garde le plus rare, mais pas le moins bon, pour la fin.

Franz Tischhauserce nom ne vous dit assurément rien ! Compositeur suisse né en 1921, sa notoriété n’a jamais vraiment franchi les limites de la Confédération. Prolifique, il écrit en 1963 une brève suite pour 12 cordes Omaggi a Maelzel, créée par les Festival Strings de LucerneUn petit bijou vraiment méconnu à tort : 

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L’autre Suisse Othmar Schoeck est évidemment d’une tout autre dimension, mais il est loin d’avoir chez nous la renommée que son oeuvre devrait lui valoir. En particulier cette Sommernacht /  Nuit d’été qu’Armin Jordan défendit, avec raison, comme un chef-d’oeuvre inspiré par La Nuit transfigurée de Schoenberg.

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La reine dans ses oeuvres

Quand on la voit sur scène, à son piano, on a peine à imaginer qu’elle a tourné les trois quarts de siècle en juin dernier (Martha A.). En classant des photos l’autre jour, je suis tombé sur celles-ci, prises en novembre 2001 à Liège, lorsque Martha Argerich avait répondu à mon invitation pour deux concerts dirigés par Armin Jordan.

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(Sur ces photos, prises au bord de la Meuse dans ce qui était le restaurant L’Héliport on aperçoit, outre Armin Jordan et Martha Argerich, le pianiste Mauricio Vallina et le chef d’orchestre Louis Langrée, alors directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Liège).

EuroArts sort un coffret de 7 DVD pour célébrer les 75 ans de la reine Martha.

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La compilation est plutôt bien faite et le minutage généreux (et le prix très raisonnable !). On retrouve le singulier documentaire, Bloody Daughter réalisé par la benjamine des filles de Martha Argerich, Stéphanie, dont le père est le pianiste américain Stephen KovacevichAinsi que le film de Georges Gachot Evening Talks, contemporain des concerts liégeois de la pianiste argentine (on y voit d’ailleurs le même jeune pianiste cubain Mauricio Vallinaqui vaut surtout pour les extraits de répétitions du concerto de Schumann.

Beaucoup d’échos de concerts récents, à Verbier, à Buenos Aires. Et deux archives tout simplement époustouflantes : le 1er concerto de Tchaikovski capté à Preston (une ville du Lancashire au nord de Liverpool) – ah la robe très seventies de Carnaby street !! – et le 3ème concerto de Prokofiev donné, la même année (1977), à Croydon. La performance de la pianiste dépasse l’entendement, l’extrême virtuosité des deux oeuvres est comme transcendée par un jeu qui semble ignorer toutes les difficultés techniques sans l’ombre d’un effort apparent. Proprement hallucinant !

En revanche, le texte de présentation aurait pu d’abord être mieux rédigé (un recopiage de la notice Wikipedia !), et surtout relu et corrigé dans ses traductions allemande et française. Le Concours international de Genève (Geneva Competition), devient ainsi soit Genua, soit Gênes.

Un généreux coffret pour tous les amoureux de la reine Martha !

 

 

Etat de grâce

Il aura fallu attendre le dixième anniversaire de sa mort, le 20 septembre 2006, pour qu’enfin un hommage discographique digne de ce nom, et surtout digne de sa personnalité, soit rendu à Armin Jordan

C’est dans la prestigieuse collection Icon de Warner que l’ami Jean-Charles Hoffelé a regroupé tout le legs symphonique français du grand chef suisse, publié jadis par Erato, 13 galettes généreusement remplies, avec plusieurs inédits en CD – notamment les références des deux chefs-d’oeuvre symphoniques de Guillaume Lekeu, cet  extraordinaire compositeur belge, prématurément disparu à 24 ans, son Adagio pour orchestre à cordes (qui préfigure la Nuit transfigurée de Schoenberg) et sa Fantaisie sur deux airs populaires angevins.

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J’ai souvent évoqué ici , et dans de précédentes éditions de ce blog, l’attachement presque filial qui me liait au chef suisse. Il était le patron de l’Orchestre de la Suisse Romande, lorsque, il y a exactement trente ans aujourd’hui, j’ai intégré la Radio suisse romande comme « producteur responsable de la musique symphonique » (ça ne s’invente pas un titre pareil), empruntant un nouveau  chemin professionnel – la radio, la musique – que je n’ai jamais regretté d’avoir choisi ! J’ai coutume de dire qu’Armin m’a tout appris d’un métier où l’expérience, la sensibilité, le sens des rapports humains, la perception des forces et des fragilités des artistes ne sont inscrits dans aucune règle. Puisque le 13ème CD de ce coffret nous restitue un enregistrement resté confidentiel de mélodies françaises avec Felicity Lott, ce souvenir de la première rencontre entre la cantatrice britannique et le chef suisse : Voisine.

Un autre souvenir lié à Disques en lice, l’émission de critique de disques créée fin 1987 par la chaîne culturelle (Espace 2) de la radio suisse, sous la houlette de François Hudry (Pierre Gorjat et moi formions avec lui le trio infernal de l’émission !). Lorsque, au printemps 1988, paraît l’enregistrement de la Symphonie de Franck réalisé par Armin Jordan à la tête de « son » OSR, François Hudry invite le chef à participer à l’émission. Pari risqué, même si l’écoute se fait à l’aveugle. Mais Armin est un bon client et joue le jeu (dommage que l’émission n’ait pas été filmée : ce qui s’est dit et montré hors micro valait le détour, comme toujours avec lui !). Six versions en lice, dont un « live » mythique de Furtwängler avec le Philharmonique de Vienne qui commence en catastrophe (Jordan est scandalisé « mais c’est pas possible » !), et parmi elles, les deux versions de l’Orchestre de la Suisse romande, celle d’Ansermet en 1961 et la sienne. Sans nous forcer (ni nous influencer) les uns les autres, nous reconnaissons immédiatement le son de l’OSR, même à 25 ans d’écart.

Ce coffret, à petit prix, est évidemment un indispensable de toute discothèque. Pour retrouver l’état de grâce dans lequel public et musiciens étaient placés chaque fois qu’Armin Jordan dirigeait cette musique française qu’il aimait tant. On espère maintenant la réédition de tout le reste, notamment le répertoire germanique, et les opéras !

Détail des 13 CD du coffret Icon : Armin Jordan, l’hommage

 

La musique nocive

Parmi les horreurs de l’actualité que je découvre à mon retour de Cuba – le terrible bilan humain et culturel du tremblement de terre en Ombrie, la prolifération des candidatures d’envergure (!!) aux différentes primaires – je tombe au moins sur une nouvelle réjouissante : La musique aussi nocive que le tabac

Je le concède, je fais un raccourci malhonnête dans mon titre. Mais c’est ainsi, paraît-il, qu’on suscite l’intérêt du lecteur, qu’on fait le buzz comme on dit.

Plus sérieusement, le combat de Nigel Rodgers est légitime et nécessaire. Et couvre évidemment un champ beaucoup plus large que les seuls grands magasins. Tous les lieux de convivialité, bars, cafés, restaurants, devraient aussi être interdits de musique enregistrée.

Combien de fois ai-je dû demander, avec insistance souvent, à un restaurateur de baisser, voire de supprimer la musique qu’il diffusait dans son établissement… Je me rappelle plusieurs anecdotes savoureuses avec Armin Jordan, après des concerts qu’il venait de diriger : il ne supportait pas non plus de dîner avec un fond musical quel qu’il soit (il interpellait le serveur en lui disant soit qu’il détestait la musique, soit que son état de santé ne lui permettait pas d’en entendre….On imagine la tête du serveur !). Un ami restaurateur m’a un jour confié qu’il était certes bien d’accord avec moi mais qu’il se sentait obligé de « meubler » le vide abyssal des conversations de ses hôtes, surtout en couples ! Il est vrai que, pour qui s’est trouvé un jour à dîner au restaurant un soir de Saint-Valentin, le constat est réaliste !

La pollution sonore est souvent aussi le propre des pays qui découvrent une certaine liberté d’écouter des musiques étrangères, non locales. Dans ces cas-là on ne mégote pas sur les décibels, sur de mauvaises installations, dans des conditions parfois totalement incongrues. Je me rappelle une plage au bord de la Mer Noire en Roumanie, il y a une douzaine d’années, ou tout récemment dans un complexe hôtelier à l’est de La Havane, où il était tout simplement impossible de se reposer au bord de la piscine, tant un haut-parleur crachait toutes sortes de musiques sans aucun rapport avec l’ambiance lounge qu’on est censé espérer en un tel endroit (même si le silence me paraît toujours préférable). J’ai eu beau expliquer à la responsable de l’établissement que sa programmation faisait fuir sa clientèle (heureusement la plage de sable blond n’était pas loin !), la sono était à fond même quand l’orage tropical inondait les lieux… Totalement incongru. Idem dans les taxis.

Mais sans aller chercher si loin, ce phénomène de pollution sonore semble s’accentuer dans les grands hôtels parisiens. Je me rappelle, il y a quelques semaines, un thé pris avec Menahem Pressler dans le lobby d’un établissement réputé du quartier Saint-Lazare. Il a fallu toute l’insistance de l’agent du pianiste pour qu’on réduise très fortement le volume d’une bande son résolument techno, complètement déplacée dans ce cadre et à cette heure. Le personnel semblait lui-même impuissant à lutter contre cet environnement…

J’ai bien évoqué l’interdiction de la musique enregistrée, parce que, bien au contraire, je suis extrêmement favorable, à de la musique vivante, lorsque les lieux et les cironstances s’y prêtent. De ce point de vue, autant j’ai été déçu par l’état de délabrement de Cuba (La Révolution décrépite), autant j’ai aimé la profusion de musique et de musiciens partout, dans le moindre café ou restaurant. En passant dans certaines rues, ou traversant certaines places de La Havane, cela pouvait donner de joyeuses cacophonies, mais au moins c’était de vrais musiciens, souvent excellents, comme ceux qui se produisent dans la célèbre Bodeguita del Medio :

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L’autre Arthur H.

Depuis quand sa 3ème symphonie n’avait-elle pas résonné dans une salle de concert parisienne ? Longtemps, trop longtemps sans doute. Daniele Gatti et l’ONF (Bravo Maestro) ont corrigé – et de quelle manière ! – l’injustice de cette longue absence jeudi soir à l’Auditorium de la Maison de la radio à Paris.

Orchestre National de France / Daniele Gatti / video du concert du 9 juin 2016

J’ai un lien particulier avec Arthur Honegger. Il est mort un mois avant ma naissance, et il y a trente ans, il a peut-être contribué involontairement à me faire engager à la Radio suisse romande. Lors des entretiens préalables à mon recrutement comme producteur, en juillet 1986, le regretté Robert Dunand m’avait collé sous les yeux une partition d’orchestre (pour vérifier mon aptitude à lire la musique du point de vue d’un chef d’orchestre !) : c’était la 3ème symphonie du Franco-suisse !

Puis j’aurai le bonheur de rencontrer la fille d’Arthur, Pascale, infatigable mélomane, à qui me lie une indéfectible amitié doublée d’affection, qui défend et promeut très intelligemment l’oeuvre de son père. Un jour j’aurai aussi la surprise, dans le hall du Victoria Hall de Genève, lors de l’inauguration d’un buste d’Arthur Honegger, de faire la connaissance de son fils Jean-Claude, exact sosie du père !

Je dois reconnaître qu’il n’est pas aisé de programmer du Honegger dans une saison. Comme Hindemith et d’autres compositeurs « non alignés » du XXème siècle, il souffre sinon d’une sorte de mépris, du moins d’une certaine condescendance de la part des tenants d’une modernité plus « radicale ».  Mais dès qu’on parvient à le faire jouer, les auditeurs sont toujours surpris par la puissance d’évocation, l’inspiration, d’une musique il est vrai rétive à tout classement facile. Il n’était que d’entendre les commentaires à l’entracte du concert de jeudi soir. Pendant mes années liégeoises, je serai parvenu à programmer Le Roi David, la très bucolique Pastorale d’été, et cette Troisième symphonie dite Liturgique sous la direction de Louis Langrée. Christian Arming a, lui, eu la chance de diriger cette saison le grand oeuvre d’Arthur H. Jeanne au bûcher.

Deux très grandes versions à recommander de la Troisième symphonie :

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et deux livres indispensables

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Carnegie Hall

L’anecdote est connue de tous ceux qui ont côtoyé le chef suisse Armin Jordan (1932-2006)   : lors de la première tournée américaine de l’Orchestre de chambre de Lausanne, dont Jordan a été le directeur musical de 1973 à 1985, un journaliste interroge le chef : « N’est-ce pas un risque pour vous et pour l’orchestre de vous produire dans la plus prestigieuse salle de New York, le Carnegie Hall ? – C’est la salle qui était la plus proche de notre hôtel ! » Apocryphe ou pas, l’anecdote traduit à la fois l’humour d’Armin Jordan et la fascination qu’exerce un complexe unique en son genre (Le Carnegie Hall).

Je me rappelle à mon tour le concert que le même Armin Jordan, cette fois à la tête de l’Orchestre de la Suisse romande, avait donné en octobre 1989. Et ma propre émotion en découvrant, en répétition, puis en concert, l’acoustique unique, chaleureuse et précise, de la salle mythique. La soliste était Julia Varady, qui y faisait aussi ses débuts, avec les Vier letzte Lieder de Richard Strauss. Le lendemain, le critique du New York Times saluait la performance de la cantatrice, dont la voix lui semblait idéalement sertie dans l’écrin orchestral que Jordan lui avait dessiné. Julia n’avait pas du tout lu le papier dans ce sens. Catastrophée, elle se lamentait auprès du secrétaire général de l’orchestre, Ron Golan, et moi, attablés au petit déjeuner – « vous vous rendez compte, le public ne m’entendait pas, ma voix ne ressortait pas ! ». Nous lisions plutôt dans cet article un compliment. Une heure plus tard, je retrouve par hasard Julia Varady dans l’ascenseur de l’hôtel, tout sourire. Elle m’embrasse et me confie : « Je viens de parler à Dietrich (Fischer-Dieskau, son mari !), je lui ai lu l’article, il m’a dit exactement la même chose que vous et m’a félicitée ».

Je rappelle ces souvenirs en découvrant, en dégustant lentement, un magnifique objet, qui fait honneur à son éditeur, d’abord un livre très richement illustré, et surtout un coffret exceptionnel.

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Peu d’inédits sans doute, mais la joie de retrouver des moments véritablement exceptionnels (la dénomination Great Moments n’est pas usurpée), des récitals légendaires (Rubinstein, Horowitz, Serkin, Bolet, Kissin, Berman…) ou cette incroyable soirée pour célébrer le 85ème anniversaire de Carnegie Hall qui réunit le 18 mai 1976 une affiche inédite : Vladimir Horowitz, Leonard Bernstein, Dietrich Fischer-Dieskau, Yehudi Menuhin, Mstislav Rostropovitch, Isaac Stern…

Détails du coffret sur : Bestofclassic

Admiration

« alors admiration »… comme le chante Alain Souchon. « J’aime admirer », c’est ce que répète Jean d’Ormesson dans Je dirai malgré tout que cette vie fut belle.

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C’est bien cela, le ressort, la raison de mon métier, du métier que j’ai embrassé il y a bientôt trente ans à Genève, à la radio suisse romande, avec l’Orchestre de la Suisse romande : l’admiration pour les créateurs, les compositeurs, les interprètes.

Qu’a-t-on reproché finalement à certains communiqués officiels consécutifs à la disparition de Nikolaus Harnoncourt  ?(https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/03/08/hommages-dommages/). Des erreurs factuelles certes, mais surtout l’absence d’une expression personnelle d’empathie, d’admiration !

Je n’ai pas honte à l’avouer, j’ai besoin d’admirer. À commencer par ceux que j’aime. L’amour ne dure et ne perdure au-delà de l’attraction initiale que s’il se nourrit de l’admiration pour ce qu’est l’autre, pour qui est l’autre, et qui n’est pas un simple miroir de soi-même.(surtout pas !).

J’ai une chance incroyable de travailler pour ceux que j’admire, pour ces musiciens qu’adolescent je révérais non comme des idoles, mais comme des idéaux.

Je garde à jamais gravée dans ma mémoire ma première rencontre physique avec Armin Jordan, en septembre 1986. Je venais tout juste d’être recruté par la radio suisse comme « producteur responsable de la musique symphonique » (ça ne s’invente pas !), ignorant à peu près tout du milieu de la musique, avec mon seul enthousiasme comme viatique. Lorsque je vis s’approcher de moi un chef que j’admirais depuis longtemps en secret, et qu’il me dit très simplement : « Alors bienvenue ! on va travailler ensemble… » je sus qu’il me faudrait désormais être à la hauteur de ces personnages magnifiques et complexes qui peupleraient mon univers professionnel.

Trente ans plus tard, je n’ai pas changé. Je masque moins mes sentiments sans doute, j’ai dû côtoyer, parfois travailler avec des musiciens pour qui je n’éprouvais aucune admiration – surtout quand la réalité est si contraire aux apparences, quand la personnalité profonde est à l’exact opposé de l’image qu’on veut donner !- mais j’ai eu, et j’ai encore, tant et tant d’occasions de manifester mon enthousiasme, mon admiration, que je ne m’embarrasse plus de précautions et de convenances. Notre vie musicale ne peut pas être un filet d’eau tiède. Comment susciter l’adhésion d’un public de festival ou d’une saison de concerts si on n’est pas porté par un enthousiasme conquérant, une admiration explicite pour les artistes, les musiciens, les créateurs qu’on programme ?

Qu’a fait d’autre Ernest Ansermet, infatigable bâtisseur, créateur de l’Orchestre de la Suisse romande, que de convaincre son public de le suivre dans ses aventures, ses découvertes ?

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Musiques climatiques

Alors que s’ouvre une conférence mondiale décisive pour l’avenir de la planète et donc de l’humanité, on peut (on doit ? ) écouter ou découvrir les musiques que la Nature, nos paysages, nos espaces ont inspirées aux compositeurs les plus divers. La puissance d’évocation de certaines d’entre elles est telle que nous voyons les images, nous ressentons les immensités, les sommets, les flots, tous les éléments de notre environnement.

Quelques propositions, qui ne prétendent aucunement à l’exhaustivité.

Puisque l’hiver est proche, j’ai toujours entendu la 1ere symphonie de Tchaikovski (sous-titrée Rêves d’hiver) comme l’expression la plus poétique de l’immensité russe sous son manteau de neige. Le tout début de la symphonie, puis le magique deuxième mouvement (écouter ici à partir de 12″)

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IMG_1262(Fin avril 2011, la Volga à Kostroma commence tout juste à dégeler)

Mais j’ai une autre vision très forte d’une forêt enneigée, associée pour toujours dans ma mémoire au sublime duo de Tristan et Isolde « O sink hernieder » de Wagner, une scène qu’on aurait pu trouver dans le célèbre Ludwig de Visconti, mais qui se trouve dans le beaucoup moins connu Ludwig, requiem pour un roi vierge (1972) du réalisateur allemand Hans-Jürgen Syberberg – qui produira en 1983 un très remarqué Parsifal, qui repose sur l’enregistrement d’Armin Jordan, qui joue lui-même Amfortas dans le film ! –

On reconnaît les voix de Kirsten Flagstad et Ludwig Suthaus dans la version légendaire de Furtwängler.

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Au Nord de l’Europe, toute la musique de Sibelius donne le sentiment d’exprimer l’infinité des lacs et forêts de Carélie. Je le pensais déjà avant de visiter la Finlande, et j’en ai eu l’abondante confirmation au cours de l’été 2006. D’autres compositeurs finnois ont le même pouvoir d’évocation de la rudesse et de la poésie des vastes horizons de leur pays natal, comme Leevi Madetoja (1887-1947) ou Uuno Klami (1900-1961)

Pour Madetoja comme pour Klami, je recommande les versions inspirées de mon ami Petri Sakari dirigeant l’orchestre symphonique d’Islande.

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Un siècle plus tôt, Mendelssohn parvenait à traduire assez justement les impressions qu’il avait retirées de son voyage en Ecosse à l’été 1829 et de sa visite de l’île de Staffa, où se trouve la grotte de Fingal, qui donnera le titre d’une ouverture écrite au cours de l’hiver 1830/31

Mais c’est sans doute en Amérique que les compositeurs du XXème siècle s’attachent, avec le plus de constance et de réussite, à traduire musicalement les paysages et les espaces qui les entourent. Aaron Copland (1900-1990) en est le prototype, même s’il ne peut être réduit au cliché de compositeur « atmosphérique », mais son ballet Appalachian spring   évoque immanquablement la diversité de la chaîne des Appalaches.

Mais le spécialiste du genre est incontestablement Rudolph von Grofé, plus connu comme Ferde Grofé (1892-1972), arrangeur, orchestrateur (notamment de Gershwin), qui écrit des musiques ostensiblement descriptives – le Mississippi, le Grand Canyon, les chutes du Niagara

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Et puisque la déforestation massive est souvent mise en cause dans la dégradation du climat, on écoutera avec émotion cette ode à la forêt amazonienne, l’une des toutes dernières oeuvres – Floresta do Amazones – du grand compositeur brésilien Heitor Villa-Lobos (1887-1959)

Plus près de nous,  qui connaît encore les évocations musicales des paysages de France qui constituent une bonne part du répertoire symphonique de  Vincent d’Indy (1851-1931) ?

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Capiteux

La vie du mélomane est faite d’enthousiasmes et de déceptions, comme la vie d’artiste. Il y a des soirs avec et des soirs sans.

Hier c’était avec ! Je suis sorti de l’auditorium de la Maison de la radio la tête encore pleine des mélodies capiteuses d’une oeuvre qui me fascine depuis longtemps : Die Seejungfrau (La petite sirène) de Zemlinsky.

J’attendais ce programme (je n’y étais à vrai dire pas totalement étranger) : en première partie Chasse royale et orage, un extrait symphonique des Troyens de Berlioz, le 2ème concerto de Chopin (avec Louis Lortie) et ce somptueux Zemlinsky en seconde partie. Emmanuel Krivine retrouvait l’Orchestre National de France, qu’il avait déjà mené au triomphe au festival de Montreux en septembre dernier.

En général on sait dès les premières minutes si le concert sera ou non réussi, si le couple chef/orchestre va fonctionner. Je soupçonne le cher Emmanuel Krivine d’avoir choisi ce Berlioz à dessein: un début pianissimo casse-gueule au possible, changements incessants de rythmes et de couleurs. Aucun doute hier soir, un National très concentré, chaleureux, visiblement heureux de suivre la baguette la plus précise et inspirée qui soit.

Chopin, peu de chefs aiment diriger le premier ou le second concerto, il n’y a « rien à faire », c’est « mal orchestré » – les poncifs ont la vie dure ! -. Krivine lui prend du plaisir à donner du relief à ce qui est un véritable écrin pour la virtuosité et la poésie du pianiste. Le jeu du soliste canadien, Louis Lortie, m’a toujours semblé un peu froid, neutre même, mais dans Chopin ce n’est pas forcément un défaut, ça nous épargne les mièvreries, les relucades de telle star chinoise.

Venons-en donc à Zemlinsky. J’avais une petite idée en suggérant que Krivine dirige cette Sirène plutôt qu’un Brahms ou un Tchaikovski : je voulais retrouver – et faire partager au public de l’Auditorium – l’incroyable émotion que j’avais ressentie le 18 juillet 2000 en découvrant… à Montpellier (le Festival déjà !) cette somptueuse fresque symphonique dirigée par…Emmanuel Krivine prenant congé de l’Orchestre national de Lyon (dont il avait été le directeur musical depuis 1987). Par deux fois plus tard je programmerais Die Seejungfrau à Liège (d’abord avec Armin Jordan, puis avec Pascal Rophé). Et à chaque fois j’entendrais public et musiciens comblés, ensorcelés, par cette sirène !

Nul mieux que Krivine aujourd’hui ne maîtrise cette partition qui fait scintiller tous les pupitres du grand orchestre, qui fait circuler de sublimes motifs, des Leitmotive presque, parmi les trois mouvements de l’oeuvre. Les alliages de timbres, l’allure, la souplesse si viennoises, montrent un Orchestre National et des solistes (le cor d’Hervé Joulain, le violon de Sarah Nemtanu, mais tous les autres sont à citer !) des très grands jours. On espère que l’histoire aura une suite…

La discographie de Zemlinsky n’est pas encore pléthorique, mais Chailly n’est pas le plus mauvais choix.

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