La critique (suite)

Décidément, la critique de la critique n’est pas plus aisée que la critique elle-même (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/09/09/le-difficile-art-de-la-critique/) !

Rien à retirer de ce que j’ai écrit, mais le reproche, justifié, d’une vision trop pessimiste. Comme si la critique n’était que négative.

Or, coup sur coup, c’est l’enthousiasme, la ferveur même, qui s’expriment à propos d’un disque et d’un concert tout récents.

France Musique consacrait tout son vendredi à Jonas Kaufmann (quoi ? la radio de service public au service du marketing d’une star du lyrique ? ) et forumopera.com exprimait hier matin une admiration inconditionnelle, quasi amoureuse, sous la plume d’ordinaire moins encline à la tendresse de Sylvain Fort, pour le nouveau disque du ténor allemand (http://www.forumopera.com/cd/jonas-kaufmann-nessun-dorma-the-puccini-album-un-peu-plus-que-sublime)

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Preuve s’il en était besoin que les critiques les plus critiques sont capables d’enthousiasme, d’émotion, de plaisir. J’ai, à mon tour, écouté ce disque (comme une partie de la journée de France Musique) et je n’aurais pas trouvé meilleurs mots que Sylvain Fort. Cet enregistrement fait honneur au chanteur (et au chef qu’on a connu parfois moins soigneux), à l’intelligence de sa démarche de musicien, à son exigence artistique. C’est sans doute pour cela qu’on aime et respecte Jonas Kaufmann depuis si longtemps.

Il y a dix ans (le 27 juillet 2005) , le Festival de Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon l’avait invité, un parmi d’autres d’une belle équipe de chanteurs, pour un ouvrage inconnu, Die Königskinder/Les enfants du Roi d’Engelbert Humperdinck : « Sa voix de ténor lyrique, aux accents virils exerce une séduction immédiate et le timbre, égal sur toute la tessiture est capable de vaillance tout autant que de suavité sans une once de mièvrerie. Autant de qualités qui font de lui l’incarnation idéale du prince de conte de fées » (http://www.forumopera.com/v1/concerts/konigskinder_mp05.htm)

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Mardi soir, Nicholas Angelich ouvrait la 36ème édition de Piano aux Jacobins à Toulouse. Comme pour Kaufmann, cet article du Monde prouve que la critique peut parfois rendre les armes face à l’exceptionnel : http://abonnes.lemonde.fr/musiques/article/2015/09/10/le-pianiste-nicholas-angelich-ouvre-des-mondes-sous-ses-doigts_4750775_1654986.html.

Une réserve, une critique ? Les premières lignes de l’article sont-elles nécessaires : « La démarche incertaine de qui sortirait d’un mauvais rêve, les yeux encore clos, la tête lourde d’une pensée si profonde qu’elle donne au visage le quasi-aspect d’un masque, Nicholas Angelich a gravi lentement les trois marches qui mènent au piano » ? C’est ainsi qu’on forge la légende d’un bon géant balourd, à l’écart du monde, perdu dans son propre univers. Ceux qui connaissent bien le pianiste savent que le trait, pour n’être pas infondé, ne décrit que très imparfaitement une personnalité joviale, épicurienne, attentive à ceux qui l’entourent, bref le contraire d’un ermite. Et puis quelle importance quand seul compte ce qu’il fait au piano, et qui est, à chaque concert, nouveau, différent, audacieux, surprenant ! Marie-Aude Roux a raison : Nicholas Angelich ouvre des mondes et révèle des partitions.

Le lendemain, j’avais la chance de retrouver Menahem Pressler, rescapé d’un accident de santé qui nous avait fait craindre le pire au printemps dernier. 92 ans et un programme aux couleurs d’éternité. Des couleurs infinies dans Mozart, Schubert, Chopin, l’agilité et la puissance sont comme assourdies, qu’importe, reste la musique. À l’état pur.

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Indispensable : le beau coffret que Decca (ex-Philips) publie avec l’intégrale des enregistrements du Beaux Arts Trio, dont Menahem Pressler fut le créateur et l’âme pendant près de 50 ans.

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Disques d’été (VIII) : Mauvais goût

J’ai toujours rêvé d’entendre, voire d’animer, une émission de radio qui serait consacrée aux musiques un peu honteuses, de mauvais goût, comme les gens qui disent regarder Arte et se repaissent en cachette de Dallas ou d’Amour, gloire et beauté (ça me rappelle un épisode authentique : Armin Jordan n’acceptait jamais de répétition qui commence trop tôt le matin pour pouvoir regarder tranquillement dans sa chambre d’hôtel  les épisodes du très mauvais feuilleton du moment !)

France Culture fait un tabac avec une émission qui s’intitule Mauvais genres. Je doute que le nouveau directeur de France Musique qui a pourtant été à bonne école et qui ne passe pas pour être orthodoxe, lance ou accepte un projet aussi « déviant ». Quoique…

De quoi s’agit-il ?

D’abord de ces musiques dites « légères », pas très sérieuses, un peu crapuleuses, qui sont juste très agréables à écouter… et très difficiles à bien jouer. Les Anglo-Saxons sont beaucoup moins coincés que nous dans ce domaine, les Anglais ont toute une ribambelle de compositeurs qui restent quasiment inconnus sur le Continent (voir quelques références à la fin de ce billet)

Quant aux Américains, à Boston, à Cincinnati, à Los Angeles, les soirées « Pops » ou du fameux « Hollywood Bowl » sont les plus courues (avec des chiffres de fréquentation à faire frémir tous les Cassandre de la musique classique). Depuis mon premier voyage aux Etats-Unis en 1987, j’ai collectionné à peu près tous les disques, souvent des « live », des mythiques Boston Pops et de leur non moins mythique chef de 1930 à 1979, Arthur Fiedler (références à la fin de ce billet)

Une fois – en 1999 ou 2000 – j’ai eu la chance d’assister à une soirée du célèbre Hollywood Bowl. Musicalement décevant, un chef mollasson qui avait réussi l’exploit de nous endormir avec un Boléro de Ravel avachi, mais une première étonnante, la présence du mime Marcel Marceau ! Mais ce n’est pas la qualité musicale qu’on vient chercher, plutôt une ambiance unique de fête.

Les Berlinois ont leur célèbre Waldbühne, qui se termine immanquablement par le tube de Paul Lincke – une sorte d’épigone berlinois de Johann Strauss – Berliner Luft :

On continuera une autre fois ce petit tour du monde, qui ne passe malheureusement pas par Paris…

Encore ceci sur un chef qu’on peut autant admirer que détester – Herbert von Karajan. Qui n’a jamais eu honte de diriger, et même d’enregistrer, Suppé, Lehar, Strauss, la Gaîté Parisienne d’Offenbach/Rosenthal : il aimait cette musique et la servait avec les mêmes soins que le grand répertoire classique, avec ce surcroît de chic, d’élégance, de raffinement, dont très peu de ses confrères étaient capables. Il avait même enregistré -son choix? ou à la demande d’un producteur ?- toute une série de marches allemandes et autrichiennes, un double album LP qui ne fut jamais disponible en France, partiellement édité en CD. Puis-je faire l’aveu ici que je n’ai pas écouté qu’une seule fois ces « tubes » de la musique de « divertissement » et puis les Berliner Philharmoniker là-dedans…!!

En revanche, le même Karajan pouvait se vautrer dans le vrai mauvais goût, par exemple dans un célèbre Adagio qui n’est pas d’Albinoni, ou dans d’impossibles menuets lentissimes de Bach, Haendel, Haydn ou Mozart (les plus mauvais Concertos brandebourgeois de Bach ou Concerti grossi de Haendel de la discographie, c’est lui !).

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Disques d’été (II) : vive la Suisse !

Nul ne devrait ignorer que le 1er août est le jour de la Fête Nationale suisse (https://fr.wikipedia.org/wiki/Fête_nationale_suisse).

Petite revue de détail de disques récents d’interprètes hélvètes.

On a en déjà parlé (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/07/27/souvenirs-meles/) : une réédition très bon marché (en téléchargement) d’une intégrale des symphonies et trois ouvertures de Schubert, qui tient fièrement sa place face aux Harnoncourt, Marriner, Abbado et autres références, celle du regretté Marcello Viotti (chef suisse pur jus)

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Marcello était un formidable chef d’opéra, qui a eu heureusement le temps de graver plusieurs ouvrages, dont ces courts opéras de Rossini 

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et son dernier enregistrement avec un « cast » de premier choix :

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L’autre Suisse qui fait l’actualité, tout jeune quadragénaire, qui se partage entre Paris et Vienne, est Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris et des Wiener Symphoniker. Une discographie encore maigre, mais construite, comme tout ce que fait le fils d’Armin Jordan, avec un soin particulier : musique française à l’honneur – l’atavisme ! -dans des disques où les timbres, la chaleur de l’incomparable orchestre de l’Opéra sont exaltés.

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Enfin, il faudrait y consacrer plusieurs billets – le grand festival suisse de l’été finissant c’est Lucerne, on y a tant de souvenirs ! Personne ne peut oublier celui qui en fut l’âme durant la dernière décennie : Claudio Abbado, qui avait ressuscité l’orchestre du festival de Lucerne, tel que les fondateurs, Ansermet et Toscanini l’avaient imaginé, les meilleurs musiciens d’Europe rassemblés l’espace d’un été sur les rives du Lac des Quatre-Cantons à l’ombre du Rigi et du Pilatus.

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Souvenirs mêlés

Ce blog va prendre le rythme des vacances qui approchent. Avant une échappée ibérique, quelques souvenirs en vrac, tout récents ou plus anciens.

J’apprends la mort ce matin du pianiste tchèque  Ivan Moravec. J’ai beaucoup de ses disques, des Chopin, Brahms, Beethoven, Mozart, il faudra que je les réécoute pour me convaincre que c’est mieux et plus que du grand piano sérieux, ce qui n’est déjà pas si mal !

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Je l’avais invité à la fin des années 80 au studio Ansermet de la Radio Suisse Romande à Genève, sur la recommandation d’un agent artistique. Une allure de fonctionnaire soviétique d’un roman de John Le Carré, une prestation plutôt ratée du 20ème concerto (le ré mineur) de Mozart, la pression du direct ? Mais quand Tom Deacon l’avait retenu dans sa monumentale collection des Grands Pianistes du XXème siècle, j’avais redécouvert un interprète attachant sinon transcendant.

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Etrange comme Montpellier et ce festival 2015 m’ont ramené à mes années suisses. Un soir au concert assis à ma droite l’ex-grand boss radio de l’UER, celui qui a eu la bien curieuse idée de me recruter en 1986 comme « producteur responsable de la musique symphonique » – c’était l’intitulé exact du poste, ça ne s’invente pas ! – de la Radio Suisse Romande. Ni lui ni moi n’aurions imaginé alors ce que serait la suite du parcours…

Dans les couloirs du Corum avant hier, un ancien proviseur du lycée de Thonon-les-Bains,  dans la salle, un autre ancien proviseur genevois celui-là, venu pour François-Frédéric Guy et son intégrale des concertos de Beethoven…

Sur Facebook, une info glanée au vol : la réédition, avec une couverture pas vraiment sexy, mais tellement dans la ligne austère, on allait dire calviniste, du label suisse fondé par Marguerite Dütschler, Claves, d’une intégrale des symphonies de Schubert, passée inaperçue à sa publication : mon cher Marcello Viotti, bien trop tôt disparu d’une crise cardiaque à 50 ans en 2005, avait enregistré ces Schubert à Sarrebrück. Je me suis précipité pour les télécharger, et j’ai retrouvé le chef fougueux, romantique, si proche de l’esprit de Schubert, que j’avais connu pendant mes années romandes.

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Et pour achever le tableau, je me repose ce lundi des (belles) fatigues montpelliéraines  chez un ami rencontré à la Radio Suisse Romande, avec qui j’ai partagé tant d’aventures radiophoniques et musicales, qui s’est établi sous des ciels jadis chers à Henri Dutilleux, à l’exact confluent des Deux-Sèvres, de la Vienne et du Maine-et-Loire et je m’apprête à découvrir un tout jeune pianiste de sa famille qui travaille auprès de Nelson Goerner… la boucle est bouclée.

Dernière recommandation : consulter toutes les photos, magnifiques, de Marc Ginot sur http://www.festivalradiofrancemontpellier.com.

Don Juan

Coïncidence : un film et un coffret qui me ramènent à la Suisse.

Un film qui ne tiendra sans doute pas longtemps l’affiche, un beau sujet déjà traité par Sébastien Lifchitz dans Les Invisibles, qui fait aussi écho au Harvey Milk de Gus van Sant   avec Sean Penn : Der Kreis / Le Cercle du réalisateur suisse allemand Stefan Haupt (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=226779.html). Docu-fiction plutôt réussie, pudique, juste, sur cette Suisse – on est à Zurich dans les années 1950 – qui passait pour tolérante et qui insidieusement persécutait les hommes et les femmes qui s’aiment. Et un petit plaisir personnel, celui d’avoir été sans doute le seul dans la salle à n’avoir pas eu besoin du sous-titrage pour comprendre les dialogues en pur « Schwyzerdütsch » (le suisse allemand, et son avatar zurichois, étant imperméable même à un parfait germaniste !)

Avant de découvrir ce film, j’avais ouvert le beau coffret que Warner consacre à Thomas Hampson, éternel Don Juan, qui fête une soixantaine rayonnante.

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Coffret richement et intelligemment composé à partir des fonds EMI et Teldec, où l’on retrouve notamment de larges extraits des opéras de Mozart gravés par Harnoncourt

J’ai vu assez souvent le baryton américain sur scène, mais je conserve un souvenir tout particulier d’un Don Giovanni, donné en 1991 – bicentenaire de la mort de Wolfgang oblige – au Grand Théâtre de Genève, dans la mise en scène éblouissante du grand Matthias Langhoff, sous la baguette de mon cher Armin Jordan, avec une équipe comme savait les constituer le patron de la scène genevoise de l’époque, Hugues Gall : aux côtés de Thomas Hampson, prestance physique et vocale idéale pour Don Juan, Marylin Mims (Donna Anna), Gregory Kunde (Don Ottavio), Nancy Gustafson (Donna Elvira), Willard White (Leporello), Francois Harismendy (Masetto), Della Jones (Zerlina), Carsten Harboe Stabell (le Commandeur), et bien sûr l’Orchestre de la Suisse Romande.

Et le souvenir d’un verre partagé avec le chef, et le héros de la soirée, à la Cave Valaisanne : courtoisie, simplicité, culture. Une belle personnalité.

Parasites

Comme auditeur de musique, je n’ai jamais été un puriste, un fanatique de haute-fidélité ou d’appareils dernier cri. Sans doute parce que je préfère la vie à la perfection technique, la rumeur du concert au silence glacé d’une chaîne hi-fi.

En revanche, je fais attention au matériel que j’utilise en écoute ambulatoire – c’est comme cela que disent les spécialistes ! – dans ma voiture ou au casque. Pas de publicité ici mais je suis abonné depuis longtemps à une marque américaine spécialiste de la spatialisation du son.

Et on entend parfois, souvent même, de drôles de choses au casque, toutes sortes de bruits parasites, même dans des enregistrements dits « de studio », donc sans public. Loin de me gêner, ces bruits sont comme des restitutions de moments de vie, échappés aux ciseaux du montage, et donnent une proximité parfois indiscrète avec l’interprète.

Quelques exemples :

Ayant acheté mon premier lecteur de CD aux Etats-Unis en 1989, et quelques enregistrements de mon cher Thomas Beecham – c’était encore l’époque des immenses magasins Tower Records dans chaque ville importante – j’écoute au calme, et au casque, dans ma chambre d’hôtel la Symphonie fantastique gravée par le chef anglais, dans une superbe stéréo, avec l’Orchestre National. Peu après le début du 2e mouvement « Un bal« , j’entends un téléphone sonner, j’ôte mon casque, décroche le combiné de ma chambre. Personne. Je recommence trois fois l’écoute du mouvement, et à chaque fois, je suis interrompu par une sonnerie…Je finis par comprendre que c’est celle d’un téléphone indiscret d’une pièce voisine du studio d’enregistrement… que le monteur n’a pas entendu ou a négligé d’enlever. Allô ! ici Hector….

Je n’ai pas vérifié dans les éditions ultérieures si l’on avait ou non corrigé ce bruit original !

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Autre spécialité assez répandue, surtout chez les pianistes vieillissants, les bruits d’ongles sur les touches du clavier ! Recordman toutes catégories : Claudio Arrau. On se demande si les ingénieurs du son de Philips ont fait semblant de ne pas entendre ou s’ils n’ont pas osé demander au vieux maître chilien de se couper les ongles ! Idem dans certaines captations de Sviatoslav Richter.

Evidemment Glenn Gould a donné le ton, quasiment impossible d’entendre seulement le piano sans un « accompagnement » vocal plus ou moins accordé…

Chez les violonistes, c’est la respiration qui s’invite, parfois peu discrète, mais toujours à l’unisson du jeu de l’interprète, comme le prolongeant, lui faisant écho. Particulièrement sensible dans les pièces pour violon seul (Bach, Paganini, Bartok). Cela ne vaut que pour des enregistrements anciens, malheureusement on fait disparaître cela au montage dans les CD récents (comme ce beau coffret de Tedi Papavrami)

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Les pianistes et les violonistes ne sont pas les seuls à… s’exprimer de la sorte, certains chefs d’orchestre n’échappent pas à cette forme particulière d’expression. Charles Munch était, semble-t-il, coutumier de certains rugissements, Armin Jordan – que j’ai mieux connu et de plus près – ahanait et soufflait, dans le feu de l’action, et les preneurs de son de la radio suisse romande ou d’Erato avaient parfois du mal à masquer cet enthousiasme. Dans certains disques, en dressant l’oreille, on parvient à entendre ces émissions si caractéristiques du grand chef suisse, ce qui nous le rend plus proche encore si c’est possible.

Rien de tel n’est audible dans le 4e mouvement de la 4e symphonie de Mahler, « Das himmlische Leben / La vie céleste », qu’Armin Jordan dirigea en mai 2006 à Liège, quatre mois avant sa mort…

En revanche, beaucoup de bruits de podium, de chaises, de plancher, de pupitres dans les prises de son très spectaculaires (et très proches) qui étaient la marque des labels américains dans les grandes années de la stéréo triomphante (fin des années 50 et 60). C’est très sensible dans les prises de Bernstein à New York, mais personnellement j’adore  ce qui ajoute encore au frémissement du moment, à l’engagement physique du chef… On est très gâtés en ce moment avec les imposantes rééditions du considérable legs discographique du compositeur/chef américain.

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Et parfois même chez un perfectionniste comme Karajan, on entend de bien étranges choses : enregistrements faits trop vite ? erreurs de montage ? Ainsi dans un CD plutôt lourdingue d’ouvertures d’Offenbach, le rare Vert-Vert, avec un beau cafouillage rythmique que personne n’a corrigé. Une explication dans ce documentaire ?

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Le mur

Deux souvenirs de la chute du Mur de Berlin.

Tout juste rentré des Etats-Unis où j’avais accompagné une tournée de l’Orchestre de la Suisse Romande, un peu décalé, je regardais la télévision avec ma petite famille à Thonon-les-Bains. Impossible de décrocher de ces images incroyables. Et de ne pas penser aux amis roumains qui nous avaient rendu visite à l’automne 1987 et qui attendraient encore quelques semaines pour accomplir leur propre Révolution.

Le lendemain je repartais pour Barcelone, et son extraordinaire Palau de la Musica, où Armin Jordan devait diriger avec ses musiciens romands et l’Orfeo Catala une oeuvre qui prit ce jour-là un relief tout particulier, cette vaste fresque humaniste, en refus de la guerre, des guerres, le War Requiem de Britten.

25 ans ont passé, il en faudra plus pour effacer les traces dans les esprits, les comportements, et même les coeurs, de ceux qui ont subi ce Mur de la honte.

Il reste aujourd’hui cette sorte de musée à ciel ouvert réalisé sur des pans de l’ancien Mur, qu’on peut voir après la monumentale Karl Marx Allee…

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Voisine

Enregistrement cette semaine dans la grande nef du Musée d’Orsay d’une soirée qui sera diffusée pendant les fêtes de fin d’année sur France 3, et parmi les nombreux participants Felicity Lott.  Une amie de presque trente ans, qui est aussi ma voisine lorsqu’elle est parisienne. C’était en décembre 1988, j’étais chargé de l’organisation de certains concerts de l’Orchestre de la Suisse Romande, deux soirées avaient été prévues, d’abord à Bienne, puis à Genève. Au programme un chef d’oeuvre trop rare dans les salles de concert : Les Illuminations de Benjamin Britten sur des textes de Rimbaud. 51QVokE4O6L

C’était aussi la première rencontre de Felicity avec Armin Jordan, qui aurait pu tourner court. Souvenir d’un verre pris après le concert à Bienne, elle très british d’allure et de maintien, Armin un peu provoc comme à son habitude, des blagues qui tombaient un peu à plat. Mais après ce qu’ils venaient de donner sur le plan musical, j’étais persuadé que la relation artistique et amicale allait prospérer… La suite m’a amplement donné raison. 51pNq8bSHGL 51Gt5MHS9yL 51qI1azzYSL 41eXmQCr8VL

Au début de l’année 2000, récemment nommé à la direction de l’Orchestre Philharmonique de Liège, je m’étais rendu à Genève pour un double événement : un Pelléas et Mélisande au Grand Théâtre, réunissant un plateau de rêve, la toute jeune et déjà fabuleuse Alexia Cousin, Simon Kennlyside, José Van Dam et à la baguette mon futur directeur musical, Louis Langrée, et le lendemain au Victoria Hall La Voix humaine de Poulenc avec Dame Felicity et Armin Jordan.  À peine arrivé à Genève, je reçois un message très alarmant, Armin Jordan est au plus mal, je fonce à l’hôpital, on ne me laisse passer que parce que j’affirme que je suis de sa famille et j’accède à une salle de soins intensifs, ou plutôt palliatifs, où je découvre mon cher Armin tubé de partout, mais d’excellente humeur et absolument pas mourant. Certes il n’est pas en état de diriger le lendemain… et c’est Louis Langrée qui fera le concert. Felicity Lott est à son acmé dans ce monologue un peu daté de Cocteau et Poulenc.

Elle a aimé travailler avec Langrée. Je pense déjà au programme qui devrait ouvrir le mandat de Louis Langrée à Liège et Bruxelles en septembre 2001 : le Poème de l’amour et de la mer de Chausson et Shéhérazade de Ravel. Felicity est libre et enthousiaste. Quelques jours plus tard, son agent m’appelle, très ennuyé : Deutsche Grammophon a prévu un enregistrement du Rosenkavalier à Dresde avec Giuseppe Sinopoli à la même période, Felicity ne peut pas refuser pareille proposition, elle qui a été une Maréchale inoubliable sur toutes les grandes scènes du monde. Finalement l’enregistrement ne se fera jamais, Sinopoli meurt d’une crise cardiaque le 20 avril 2001. Mais trop tard pour reprogrammer la chanteuse à Liège en septembre. On ouvrira donc la première saison Langrée/Liège avec… Alexia Cousin, et Felicity Lott nous récompensera de deux soirées mémorables de Nouvel An en janvier 2002. Avec tout ce répertoire dans lequel la plus française des cantatrices britanniques a triomphé notamment sur la scène du Châtelet avec Offenbach.

Nous nous rappelions l’autre soir cette semaine de l’hiver 2002 à Liège. Et une équipée baroque dans les rues commerçantes de la Cité ardente : Dame Felicity devait être reçue à son retour à Londres par l’Ambassadeur de France dans la capitale britannique pour être décorée de la Légion d’Honneur, et il lui fallait une tenue en rapport avec la solennité de la circonstance ! Nous finîmes par trouver une belle boutique de la rue du Pot d’Or, où l’apparition de la chanteuse ne passa pas inaperçue. Après bien des essayages et des hésitations, Felicity choisit plusieurs ensembles griffés de couturiers français…

Je ne parlerai pas des dizaines de représentations, de récitals, de soirées partagées avec cette grande dame. Une amitié précieuse.

Merci

Les Liégeois ont voulu conclure en beauté l’aventure qui a été la nôtre, ensemble, pendant 15 ans : voir OPRL, les adieux à J.P.Rousseau. 

Le temps n’est pas encore venu du souvenir, mais c’est celui de la reconnaissance et de la gratitude. Merci à tous ceux qui ont participé à cette formidable aventure humaine et musicale. Merci aux chefs d’orchestre Paul STRAUSS, Pierre BARTHOLOMEE, Louis LANGREE, Pascal ROPHÉ, François-Xavier ROTH, Christian ARMING qui, comme directeurs musicaux, ont attaché leurs noms à la prestigieuse histoire plus que cinquantenaire de l’Orchestre philharmonique royal de Liège.

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Merci à Serge BAUDO, Rudolf BARCHAI, Gabriel CHMURA, Alexandre DMITRIEV, Theodor GUSCHLBAUER, Luca PFAFF, Jaap SCHRÖDER, Jerzy SEMKOW, Muhai TANG, Ronald ZOLLMAN qui ont longtemps accompagné la vie de l’orchestre. Merci à tous ces amis qui ont fait confiance au talent des Liégeois, qui ont répondu à mes invitations, pour certains au tout début de leur carrière, bien avant qu’ils n’acquièrent sur les grandes scènes du monde la notoriété qui est aujourd’hui la leur : Eivid AADLAND, David AFKHAM,  Stefan ASBURY, Alain ALTINOGLU, John AXELROD, Christoph CAMPESTRINI, Edmon COLOMER, Paul DANIEL, Patrick DAVIN, Pieter-Jelle DE BOER, Stéphane DENEVE, Jean DEROYER, Enrique DIEMECKE, Rumon GAMBA, Edward GARDNER, Claire GIBAULT, Pablo GONZALEZ, Jean-Pierre HAECK, Vernon HANDLEY, Günther HERBIG, Philippe HERREWEGHE, Domingo HINDOYAN,  Armin JORDAN, Philippe JORDAN, Jean Jacques KANTOROW, Kirill KARABITS, Fayçal KAROUI, Pavel KOGAN, Hannu LINTU, Manuel LOPEZ-GOMEZ, John NELSON, John NESCHLING, George PEHLIVANIAN, Tommaso PLACIDI, Thomas RÖSNER, Pablo RUS, Petri SAKARI, Oswald SALLABERGER, Stefan SANDERLING, Thomas SANDERLING, Radoslav SZULC, Antoni WIT, Michael ZILM…

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Merci à ces grands artistes qui, pour les plus jeunes, ont souvent fait leurs débuts en Belgique avec l’OPRL, et qui ont témoigné d’une longue et belle fidélité, nourrie par une amitié rare et précieuse, les pianistes  Piotr ANDERSZEWSKI, Nicholas ANGELICH, Martha ARGERICH,  Yulianna AVDEIEVA, Jean Efflam BAVOUZET, Boris BEREZOVSKI,  Hervé BILLAUT, Daniel BLUMENTHAL,  Frank BRALEY, Ronald BRAUTIGAM, Rudolf BUCHBINDER, Philippe CASSARD, Bertrand CHAMAYOU, François CHAPLIN, Michel DALBERTO, Nikolai DEMIDENKO, Claire DESERT, Luc DEVOS, Severin von ECKARDSTEIN, Brigitte ENGERER, Till FELLNER, David FRAY, Nelson FREIRE, Kemal GEKIC, Jonathan GILAD, Boris GILTBURG, Roberto GIORDANO, Nelson GOERNER, Benjamin GROSVENOR, Alexander GURNING, François-Frédéric GUY, Jean-François HEISSER, Arthur et Lucas JUSSEN, David KADOUCH, Katia et Marielle LABEQUE, Florence et Isabelle LAFITTE, Adam LALOUM, Willem LATCHOUMIA, Claire-Marie LE GUAY, Eric LE SAGE, Bernard LEMMENS, Julien LIBEER, Robert LEVIN, David LIVELY, Benedetto LUPO, Radu LUPU, Plamena MANGOVA, Wayne MARSHALL, Denis MATSUEV, Jeremy MENUHIN, Laura MIKKOLA, Roger MURARO, Jean-Frédéric NEUBURGER, Ferhan et Ferzan ÖNDER, Francesco PIEMONTESI, Maciej PIKULSKI, Menahem PRESSLER, Dezsö RANKI, Vitaly SAMOSHKO, Fazil SAY, Johan SCHMIDT, Andreas STAIER, Cédric TIBERGHIEN, Andrew TYSON, Mauricio VALLINA, Jean-Claude VANDEN EYNDEN, Anna VINNITSKAIA, Stefan VLADAR, Bojan VODENITCHAROV, Vanessa WAGNER, Christian ZACHARIAS, et j’en oublie sûrement…,

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les violonistes Pierre AMOYAL, Rashya AVANESIAN, Boris BELKIN, Véronique BOGAERTS, Nikita BORISO-GLEBSKI, Marc BOUCHKOV, Boris BROVTSYN, Renaud CAPUÇON, Stéphanie-Marie DEGAND, Augustin DUMAY, James EHNES, Miriam FRIED, David GARRETT, Lorenzo GATTO, David GRIMAL, Daniel HOPE, Yossif IVANOV, Daishin KAJIMOTO, Ning KAM, Barnabas KELEMEN, Sergei KHATCHATRYAN, Laurent KORCIA, Harriet LANGLEY, Maria MILSTEIN, Sarah NEMTANU, Tedi PAPAVRAMI, Régis PASQUIER, Alina POGOSTKINA, Vadim REPIN, Tatiana SAMOUIL, Baiba SKRIDE, Valery SOKOLOV, Kirill TROUSSOV, Frank Peter ZIMMERMANN

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les altistes Lise BERTHAUD,  Nathan BRAUDE, Gérard CAUSSÉ, Kim KASHKASHIAN, Antoine TAMESTIT, Arnaud THORETTE, Tabea ZIMMERMANN

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les violoncellistes Emmanuelle BERTRAND, Gautier CAPUÇON, David COHEN, Marc COPPEY, Henri DEMARQUETTE, Anne GASTINEL, Alban GERHARDT, Marie HALLYNCK, Gary HOFFMANN, Christian-Pierre LA MARCA, Ivan MONIGHETTI, Truls MORK, Christian POLTERA, Jean-Guihen QUEYRAS,  François SALQUE, Sébastien WALNIER, Sonia WIEDER-ATHERTON, PIeter WISPELWEY

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et puis encore Thierry ESCAICH, Bernard FOCCROULLE, Johan FOSTIER, Anne FROIDEBISE, Sharon ISBIN, Olivier LATRY, Anneleen LEENHAERTS François LELEUX, Christian LINDBERG, Paul MEYER, Sergei NAKARIAKOV, Francis ORVAL, Emmanuel PAHUD, Bruno SCHNEIDER, Olivier VERNET

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les chanteurs Yann BEURON, Alexia COUSIN, Inger DAM-JENSEN, Stéphane DEGOUT, Marie DEVELLEREAU, Karine DESHAYES, Melanie DIENER, Ruxandra DONOSE, Domagoj DOROTIC, Wojtek DRABOWICZ, Karina GAUVIN, Anne-Catherine GILLET, Isabelle GEORGES, Susan GRAHAM, Nora GUBISCH, Sébastien GUEZE, Hélène GUILMETTE Werner GÜRA, Reinhard HAGEN, Barbara HANNIGAN, Dietrich HENSCHEL, Wolfgang HOLZMAIR, Sophie KARTHÄUSER, Marc LAHO, Thomas LASKE, Magali LEGER, Felicity LOTT, Geraldine McGREEVY, Charlotte MARGIONO, Sophie MARIN-DEGOR, Clémentine MARGAINE, Elsa MAURUS, Peter MIKULAS, Sara MINGARDO, Evgeny NIKITIN, Olga PASICHNYK, Patrick RAFTERY, Antony ROLFE-JOHNSON, Céline SCHEEN, Elzbieta SMYTKA, Kenneth TARVER, Béatrice URIA-MONZON, José VAN DAM, Iris VERMILLION, David WILSON-JOHNSON, Endrik WOTTRICH, etc

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Merci aux artistes qui sont venus jouer ou diriger dans la Salle Philharmonique, Sharon BEZALY, Andrey BOREIKO, Jean-Claude CASADESUS, Christophe COIN, Mikko FRANCK, Hélène GRIMAUD, Hilary HAHN, Pierre HANTAI,  Emmanuel KRIVINE,  Philippe PIERLOT, Christophe ROUSSET, Jordi SAVALL, Yuri SIMONOV, Kenneth WEISS… et tant d’autres ensembles, groupes, qu’il m’est impossible de tous citer ! Merci aux compositeurs qui nous ont fait confiance pour les créer, les jouer, les enregistrer, Ondrej ADAMEK, John ADAMS, Nicolas BACRI, Philippe BOESMANS, Pierre BOULEZ, Jean-Paul DESSY, Pascal DUSAPIN, Thierry ESCAICH, Jean-Luc FAFCHAMPS, Bernard FOCCROULLE, Michel FOURGON, Claude LEDOUX, Jacques LENOT, Magnus LINDBERG, Bruno MANTOVANI, Benoit MERNIER, Marc MONNET, Wolfgang RIHM, Eric TANGUY, Jörg WIDMANN, liste non exhaustive…

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Et surtout merci à tous les musiciens de l’Orchestre, ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui, qui nous ont offert des centaines de concerts et de moments d’exception, comme pendant ces inoubliables tournées en France, en Allemagne, en Espagne, en Suisse, en Amérique du Sud, en Europe centrale – trois concerts en moins de dix ans dans la grande salle dorée du Musikverein de Vienne, trois concerts au Théâtre des Champs-Elysées, trois concerts au Concertgebouw d’Amsterdam, etc… Merci à Anne-France, Antoine, Christophe, Elise, Eric, Erwan, Hervé, Laurent, Malik, Marie-Caroline, Marlène, Pierre, Robert, Sabine, Séverine, Silvia, Sophie, Stéphane, Valérie, merci aux garçons et aux filles qui sont le sourire de la Salle Philharmonique.

On ne réveille pas un souvenir qui dort

J’aime beaucoup Düsseldorf, la douce quiétude qui règne dans la vieille ville, le long du Rhin. Moins célèbre, moins abîmée aussi, que Cologne.

Comme Bonn est associée à Beethoven, Düsseldorf l’est aux Schumann, Robert et Clara. C’est au 15 de la Bilkerstrasse, une jolie rue, bien conservée (ou restaurée !) perpendiculaire à Carlsplatz que le compositeur et son épouse emménagent en 1852 – on a proposé en 1850 au musicien natif de Zwickau (Saxe) le poste convoité et bien rémunéré de Generalmusikdirektor de la ville de Düsseldorf. Le bonheur sera de courte durée, le 4 mars 1854 Robert Schumann est interné à l’asile du Docteur Richarz à Endenich, près de Bonn, dont il ne sortira plus jusqu’à sa mort en 1859.

ImageImageImageD’autres photos de mon excursion rhénane sur http://lemondenimages.me/2014/05/04/un-couple-mythique/

Revenons à Schumann et à sa musique, réputés moins abordables que Beethoven, Mendelssohn ou Brahms. Cliché ? Pas totalement. Certains interprètes ne s’y hasardent pas, parce qu’ils disent ne pas avoir la clé d’un univers puissamment romantique, poétique, fuyant, imprégné de ce concept si allemand de Phantasie. L’opposé de Beethoven en quelque sorte. Au piano, par exemple, les grands interprètes de Beethoven sont rarement de grands schumanniens… et réciproquement.

Schumann, je l’ai d’abord découvert par son univers symphonique. Quatre symphonies (cinq si l’on inclut ce qui ressemble fort à une symphonie, le triptyque « Ouverture, scherzo et finale »). Un corpus longtemps considéré avec dédain (ou crainte ?) par les chefs d’orchestre qui lui préféraient de loin Beethoven ou Brahms. On a même avancé que Schumann ne savait pas orchestrer – d’ailleurs Mahler lui-même a réorchestré les symphonies de Schumann !

Comme souvent, c’est par des 33 tours soldés ou trouvés à bon marché que j’ai abordé les symphonies de Schumann. D’abord la 2e symphonie et la rare ouverture Jules César par Georg Solti et l’orchestre philharmonique de Vienne (Decca). J’avais dû en lire une bonne critique, sur l’énergie déployée par le chef hongrois, les qualités de l’orchestre, etc… Puis la 1ere symphonie avec le jeune Daniel Barenboim dirigeant le somptueux orchestre symphonique de Chicago (Deutsche Grammophon). Longtemps, dans mon esprit, ces versions ont été mes références.

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J’ai réécouté Solti il y a quelques mois, et je me suis demandé comment j’avais pu aimer une vision aussi raide, martiale même, dépourvue de toute Phantasie schumannienne.

Et puis j’ai commandé (en Italie) et reçu tout récemment un coffret d’une vingtaine de CD de Daniel Barenboim chef d’orchestre, qui reprend des enregistrements de ses périodes Paris et Chicago, pour certains indisponibles depuis longtemps. Et justement les 1ere et 4eme symphonies de Schumann.

ImageEt de nouveau déception, le contraire de mon souvenir : un jeune chef qui étire, ralentit, alanguit, pour imiter sans doute son mentor et modèle Furtwängler, sans y parvenir !

C’est le risque de raviver ses souvenirs de jeunesse !

Le paradoxe dans l’histoire, c’est que c’est le chef le plus austère et sage d’apparence, Wolfgang Sawallisch, qui reste, avec son intégrale réalisée avec le plus bel orchestre schumannien du monde, la Staatskapelle de Dresde, la référence indétrônée depuis 40 ans.

ImageOn ne doit pas faire la fine bouche sur le coffret tout récent d’Archiv/DGG : John Eliot Gardiner est trop rationnel, contrôlé, pour convaincre vraiment dans cette véritable intégrale symphonique Schumann… En revanche, Le Paradis et la Péri, belle fresque vocale et chorale, lui convient admirablement. Et j’ai toujours eu une vraie tendresse pour l’enregistrement réalisé pour Erato par Armin Jordan et l’Orchestre de la Suisse Romande.

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Parcourant hier la vieille ville de Düsseldorf, je repensais aussi à un excellent policier, paru il y a quatre ans, et dont je conseille vivement la lecture :

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Le sujet : Dans l’Allemagne du XIXe siècle, les compositeurs étaient ce que sont les rock stars aujourd’hui : célèbres, courtisés, jalousés, entourés d’admirateurs et d’ennemis. Alors, quand un des nombreux parasites qui constituent l’entourage de Robert et Clara Schumann est assassiné dans d’étranges circonstances, l’inspecteur Hermann Preiss de Düsseldorf tente de résoudre le mystère, ainsi que l’énigme d’un la qui s’obstine à sonner faux sur le piano de M. Schumann ou à lui bourdonner aux oreilles tel le plus terrible des acouphènes- Sur ce la, les avis des témoins sont partagés : Liszt, Brahms, Helena, la belle violoncelliste amie de Preiss, Hupfer, l’accordeur des plus grands, chacun a quelque chose à en dire, ou à se reprocher. Avec un humour subtil, Morley Torgov nous balade dans les cercles musicaux et les soirées de Düsseldorf. Belles femmes et bijoux, jeunes arrivistes tel Liszt drapé dans sa cape noire, journaliste prêt au chantage, tout cela est vu par les yeux et raconté par la voix de l’inspecteur Preiss, vieux routard des rues sordides et des bassesses de l’âme humaine. L’accordeur est-il honnête ? Clara aurait-elle un amant ? Robert ment-il entre ses crises de démence ? Comme dans les bons vieux polars en huis clos, les suspects sont en nombre restreint, mais ils le sont bien tous, surtout quand de nouveaux éléments permettent d’ajouter aux soupçons et que l’on découvre des raisons de complicité entre eux. Très finement, ce roman est basé sur la stricte réalité (hormis le crime) d’un milieu, d’une époque et de personnages essentiels dans l’histoire de la musique. voilà pourquoi Meurtre en la majeur est un livre hors norme. »