18 mai : Arming, François, Bâle

Le centenaire de Samson

Je l’avais anticipé le 17 mars dernier – Rédécouvrir Samson – c’est aujourd’hui le centenaire de la naissance du pianiste Samson François. On ne manquera pas le nouveau Portrait de famille que Philippe Cassard lui consacre aujourd’hui sur France Musique

Il y a dix ans (II) : halte à Bâle

Comme je le rappelais dans le premier épisode de la série Il y a dix ans, l’Orchestre philharmonique royal de Liège entreprenait au printemps 2014 une nouvelle tournée en Suisse et en Autriche, qui avait commencé à Bâle le 18 mai.

A propos de cette belle ville frontalière de la France et de l’Allemagne, je ne peux m’empêcher de raconter à nouveau une anecdote vécue sur l’antenne de France Musique, il y a heureusement bien longtemps. Un présentateur devait annoncer puis désannoncer un disque enregistré par Armin Jordan dirigeant l’orchestre symphonique de la ville suisse. En anglais comme en allemand, Bâle se dit Basel. Et la dénomination allemande de l’orchestre est : Basler Sinfonie-Orchester. Ce qui donna sur France Musique : « Armin Jordan(e) dirige l’orchestre Basler » ! Rien de grave franchement, juste amusant.

Donc, le 18 mai 2014, l’OPRL était à Bâle, et j’en avais profité pour dresser le portrait d’une personnalité exceptionnelle liée à l’industrie pharmaceutique qui a fait la fortune de la cité suisse, Paul Sacher. Lire Le mécène musicien.

On pourrait suggérer à Warner de rééditer le legs discographique passionnant de ce monument du XXe siècle :

La fidélité à un chef

Il y a cinq ans, j’avais assisté à Liège au dernier concert de Christian Arming en sa qualité de directeur musical de l’OPRL (lire Fidélité). C’est lui qui très logiquement dirigeait la tournée de l’orchestre au printemps 2014, j’en reparlerai dans quelques jours à propos de l’étape viennoise.

C’est encore Christian Arming que j’accueillerais plusieurs fois à Montpellier (voir Ils ont fait Montpellier : Top chefs), notamment en 2018 avec les Liégeois et en ouverture de programme le chef-d’oeuvre du compositeur Guillaume Lekeu (1870-1894)

Souvenirs (IV) : Martha Argerich et l’OSR à Tokyo (1987)

Au fil de mes activités professionnelles, j’ai beaucoup déménagé, emportant dans des cartons de précieux souvenirs enregistrés sur des cassettes audio et vidéo. Et puis lorsque je me suis fixé il y a quelques années dans une jolie maison près de la dernière demeure de Vincent et Theo Van Gogh, j’ai posé ces cartons dans ma cave, en attendant, en repoussant plutôt, le jour où j’aurais et prendrais le temps de les ouvrir. Ce jour est enfin venu, et j’ai trouvé près de chez moi un professionnel qui a accepté de numériser une série de vidéos qui ont plus ou moins bien résisté à l’usure du temps, à l’humidité, aux déménagements successifs. Voir les précédents épisodes : Hugues Cuénod, Karajan à Salzbourg, Le Grand Echiquier de Karajan.

Martha Argerich à Tokyo en novembre 1987

J’ai eu l’immense chance de pouvoir suivre la grande tournée de l’Orchestre de la Suisse romande au Japon et en Californie à l’automne 1987, avec Armin Jordan bien sûr et en solistes la pianiste Martha Argerich et le violoniste Gidon Kremer. J’ai déjà raconté une partie de ces souvenirs japonais ici : Les printemps de Martha A.

Mais jamais les circonstances de ce document vidéo. Quelques jours avant l’un des deux concerts que l’OSR devait donner à Tokyo, l’administrateur de l’orchestre est averti que la NHK veut enregistrer et diffuser le concert en direct. Or aucune répétition n’est prévue ni même possible pour la télé et la radio. La NHK répond qu’elle n’en a pas besoin, qu’elle a tout réglé sur plans, qu’elle a l’habitude de la salle (le Suntory Hall), qu’elle veut juste vérifier avec un responsable de l’OSR que ses plans sont corrects. On me demande de m’en occuper. Je suis impressionné par le professionnalisme des gens que je rencontre : les cameramen et preneurs de son sont tous musiciens, et n’auront donc aucun mal à capter le concert partition sous le nez ! Je profite de ce contact pour évidemment demander un droit de diffusion sur le antennes radio et télé de la Suisse romande. Et à la fin du concert on me remettra la bande mère en NTSC, un format qui n’était pas celui de l’Europe.

La vidéo que je livre ici est donc sans montage, et ce n’est pas celle qu’ont vue jadis les téléspectateurs suisses. Mais dans les premières images, l’un des cameramen a repéré dans la salle Gidon Kremer

Pour le reste, un programme tout Ravel, dans lequel Armin Jordan et l’OSR étaient sans rivaux, et une Martha Argerich en état de grâce :

Quelques années plus tard, en décembre 2001, à Liège, nous nous étions retrouvés, Armin Jordan, Martha Argerich et moi (le jeune homme à droite de Martha Argerich est le pianiste Mauricio Vallina)

(Liège, décembre 2001 / Photo JPR)

Vendredi saint

Voilà des lustres que je ne célèbre plus la Semaine sainte – depuis mon enfance et mon adolescence poitevine (lire Retour à Poitiers) sans doute – et voici que, séjournant en terre musulmane durant le ramadan, j’éprouve le besoin de retrouver au moins certaines émotions musicales liées notamment à la Passion.

Comme celle que me procura l’un de mes premiers disques (La découverte de la musique), un double album Kathleen Ferrier :

Est-ce la raison pour laquelle j’ai toujours préféré la Passion selon Saint-Jean à la Saint-Matthieu ? Et que je garde toujours aussi vif dans ma mémoire le souvenir d’un concert du si regretté Michel Corboz et de ses forces lausannoises ?

Quoique le choeur introductif de la Passion selon Saint-Matthieu selon Otto Klemperer (Eloge de la grandeur) me bouleverse à chaque écoute :

Est-on si loin de Bach avec cette musique du Vendredi Saint de Parsifal de Wagner, dans cette version si chère à mes oreilles, Rudolf Kempe dirigeant l’orchestre philharmonique de Vienne ?

Et puis il y a une oeuvre, découverte récemment, à l’occasion d’un CD dont j’avais fait la critique pour Forumopera : Miroir de peine du compositeur néerlandais Henrik Andriessen (1892-1981). Voici en substance ce que j’écrivais : « Est-on plus heureux à l’écoute du cycle de cinq brèves mélodies qui ouvre le disque ? La notice – indigente – du livret n’en dit quasiment rien, et ne livre aucun des cinq poèmes, hormis les titres – Agonie au jardin, Flagellation, Couronnement d’épines, Portement de croix, Crucifixion – qui évoquent la Passion du Christ. Pas un mot de l’écrivain Henri Ghéon, étrange personnage resté dans la – petite – histoire de la littérature française pour avoir été l’ami « intime » de Gide, catholique fervent et fervent promoteur de l’homosexualité (auteur de la Vie secrète de Guillaume Arnoult, qui inspirera le Corydonde Gide) On sait seulement que ce Miroir de peine est écrit par Henrik Andriessen en 1923 pour voix aiguë et orgue, puis orchestré en 1933. Les influences de Diepenbrock, Caplet ou Pierné y sont audibles« .

Entre-temps j’ai trouvé une très belle version, remarquablement chantée par Roberta Alexander de ce Miroir de peine, qui décrit la Passion du Christ :

Klaus, Nicholas, Santtu, Vincent et les autres

D’un dimanche à l’autre, je suis passé par toutes sortes d’émotions « positives ».

Le Mahler de Mäkelä

Le festival Enesco de Bucarest s’achevait le week-end dernier par deux concerts de l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, dirigé par son futur chef Klaus Mäkelä. J’étais évidemment curieux de découvrir ce que donnerait la rencontre entre le jeune Finlandais, qui nous a habitués à Paris à tant de belles choses, et ce fabuleux orchestre hors ses murs. J’en ai fait le compte-rendu pour Bachtrack : Klaus Mäkelä et le Concertgebouw en majesté à Bucarest. Et comme je l’ai écrit, je ne veux retenir que le souvenir d’une Troisième symphonie de Mahler, dont le dernier mouvement continue de me hanter. Je n’ai pas l’habitude de recourir à l’exagération, mais je n’avais jusqu’alors jamais entendu d’aussi sublime.

J’emprunte à une consoeur de Bachtrack, une partie du papier (The definition of love) qu’elle fit à la mi-septembre après avoir entendu les mêmes in situ. J’aurais pu signer ces lignes :

In the finale, originally subtitled What Love Tells Me, one of the finest symphonic movements ever written, tears welled in my eyes after just the first few notes. The subdued restraint and beauty in the strings was quite overwhelming. Mahler asks the question: What is love? Words truly are not enough when we have music such as this.

The intense horn and string climax, the rising double bass figures, the warmth of the oboe entry – almost vocal in quality – displayed playing of the highest calibre/…/This was Mäkelä and the RCO at their best, finding long lines, the phrasing, the nuance and that special something in a score laden with Mahler’s detailed instructions while the music became ever more urgent. Horn bells aloft again, the final climax was perfectly timed before shimmering violas and a flute, wafting like a butterfly, led us to Mahler’s definition of love. This was not the usual triumphant ending, but something much more subtle. Tonight’s concert will stay long in the memory.  (Backtrack, 16 septembre 2023, Clare Varney)

Le chapeau de paille de Vincent Dedienne

Titre provocateur qui ne correspond en rien à la réalité du spectacle vu ce jeudi soir au théâtre de la Porte Saint Martin… même si la promotion s’appuie sur la notoriété de l’humoriste/comédien.

Suivant une mode très contestable, qui consiste à faire un « avant-papier » et non une critique a posteriori, Le Monde s’était fendu d’un long article (Alain Françon embarque sur le rêve de Labiche) qui, il est vrai, m’avait intrigué, ne serait-ce que parce qu’Alain Françon n’est pas réputé pour son appétit pour la gaudriole ou le vaudeville !

Eh bien, non seulement on n’a pas regretté sa soirée, mais on a redécouvert les ressorts du théâtre de Labiche, et cette pièce en particulier – Un chapeau de paille d’Italie – qu’on n’a pas le souvenir d’avoir jamais vue sur scène.

Je n’ai pas vu l’intérêt de la contribution de Feu! Chatterton à cette mise en scène, surtout après avoir assourdi toute la salle au lever de rideau… mais elle ne dénature pas l’esprit de Labiche. Esprit de Labiche qu’Alain Françon, au contraire, exalte, décuple, en exacerbant les effets comiques, poussant chacun de ses nombreux acteurs/actrices à l’extrême de leur fantaisie (qu’on veut tous citer ici : Vincent Dedienne, Anne Benoit, Eric Berger, Emmanuelle Bougerol, Rodolphe Congé, Laurence Côte, Suzanne De Baecque, Luc-Antoine Diquéro, Noémie Develay-Ressiguier, Antoine Heuillet, Tommy Luminet, Marie Rémond, Alexandre Ruby, Balthazar Gouzou, Victor Lalmanach, Noémie Moncel, Léa Constance Piette, Fiona Stellino, Baptiste Znamenak).

On ne s’aperçoit qu’aux saluts que c’est une actrice – fabuleuse Anne Benoît – qui joue le futur beau-père de Fadinard, le jeune rentier (Vincent Dedienne) et on applaudit absolument toute la troupe sans aucune exception! Spectacle évidemment chaudement recommandé… et bravo évidemment à Vincent Dedienne qui n’avait pas besoin de nous prouver qu’il est d’abord et surtout un formidable comédien.

Pour Chostakovitch

Les fidèles de ce blog savent ma fidélité à un compatriote de Klaus Mäkelä, presque un vétéran à 37 ans (!), mon très cher Santtu-Matias Rouvali, invité régulier du Festival Radio France à Montpellier, du temps où j’en avais la charge, entre 2014 et 2021. Je ne pouvais évidemment manquer le concert qu’il dirigeait à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France, à la maison de la radio, vendredi soir.

L’attraction de ce concert – sans entracte ! une « nouveauté » de la saison Radio France, il n’est jamais trop tard pour bien faire ! – était, paraît-il, la violoniste coréenne Bomsori. Dans un tube du répertoire, le concerto de Tchaikovski. La jeune femme, dans une robe rouge qu’elle arbore semble-t-il sur toutes les scènes, est bardée de prix et sort un premier disque chez Deutsche Grammophon (ce qui, aujourd’hui, compte-tenu de la politique artistique complètement erratique d’un label jadis prestigieux, ne représente au mieux que l’assurance d’un soutien promotionnel important). Jamais ce concerto ne m’a paru aussi ennuyeux que sous cet archet besogneux, non exempt d’accrocs et de traits bousculés, aussi banal et parfois de mauvais goût.

On était impatient de passer à la seconde partie du concert : la Sixième symphonie de Chostakovitch, qui tient une place particulière dans mon panthéon personnel

« Quant à la 6ème symphonie de Chostakovitch, c’est encore avec l’Orchestre de la Suisse romande que j’ai pu la programmer et l’entendre pour la première fois en concert ! Je me rappelle encore cette séance du comité de programmation de l’orchestre, présidé par Armin Jordan, lors duquel j’avais suggéré un programme qui me semblait original et cohérent, avec Les Fresques de Piero della Francesca de Martinu, les Chants et danses de la mort de Moussorgski (interprétés par Paata Burchuladze), et cette 6ème de Chostakovitch. Plusieurs membres dudit comité de se récrier, pas assez « grand public », deux oeuvres du XXème siècle ô horreur, même avec un soliste vedette ! Armin Jordan, qui devait diriger ce programme, trancha : « Je ne connais pas ni le Martinu, ni le Chostakovitch, mais si Jean-Pierre le propose, je suis son idée et je dirigerai ce programme ».  Point final ! Et le jour venu, devant un Victoria Hall comble (preuve que le public est toujours plus intelligent que les programmateurs frileux !), Armin Jordan dirigea l’un de ses plus beaux concerts ! » (extrait de mon billet du 18 janvier 2019).

Quand dans le concerto de Tchaikovski, chef et orchestre semblaient être en pilotage automatique, Santtu-Matias Rouvali et l’Orchestre philharmonique de Radio France allaient donner leur pleine puissance dans une oeuvre qui continue de fasciner, ce long mouvement lent qui l’ouvre, presque insoutenable, jusqu’à ce vide sidéral d’où seules émergent le piccolo et la flûte, suivi d’un allegro bien dans la veine sarcastique de son auteur et se terminant dans un presto grinçant à force de paraître si insouciamment guilleret.

Bernstein dans un formidable DVD explique, avec tellement d’évidence, le miroir que forment les deux 6e de Tchaikovski et Chostakovitch :

Pour cette 6e de Chostakovitch, et pour elle seule, on doit réécouter le concert de vendredi sur francemusique.fr.

Hommage incomplet

J’attendais impatiemment ce coffret d’hommage à Nicholas Angelich (lire Le piano était en noir)

On est évidemment très heureux de retrouver tous ces témoignages « live » de l’art d’un musicien si tôt disparu, mais à jamais installé parmi les très grands. Des Liszt captés à Radio France en 1999, la sonate de Berg, une rareté absolue, les quatre Fantaisies de Zemlinsky sur des poèmes de Dehmel (Douai 1995), la 2e suite anglaise de Bach (Québec 2011), les variations sur un thème de Haendel de Brahms (en avril 2019 en Bretagne, testamentaire), un programme tout Ravel, vraiment exceptionnel, au théâtre des Champs-Elysées en 2013, les variations Goldberg sur la meme scène deux ans plus tôt, le quintette de Franck avec les Ébène à Verbier, la sonate 2 pianos et percussions de Bartok avec Martha Argerich, une prodigieuse Waldstein (Lyon 2015) et des Tableaux d’une exposition idiomatiques (Paris 2013), et un seul CD de concertos (le 3e de Rachmaninov avec l’Orchestre philharmonique de Radio France en 2010, la Rhapsodie Paganini avec Tugan Sokhiev avec Toulouse en 2013).

Cet ensemble est formidable, mais on aurait pu/dû aisément le compléter par d’autres captations, tout aussi indispensables, réalisées en Belgique ou en Suisse par les radios publiques. Espérons qu’à défaut de figurer dans ce coffret, ces précieux témoignages seront bientôt disponibles pour le public. C’est le moins qu’on puisse faire pour rendre hommage à un musicien d’une telle envergure.

L’été 23 (III) : la mer à Lucerne

Petite série estivale pendant que ce blog prendra quelques distances avec l’actualité, quelques disques enregistrés en été, tirés de ma discothèque : épisode 3

J’ai déjà raconté ici mon été 1974 à Lucerne (La découverte de la musique). Etrangement, problème de droits sans doute, il y a assez peu de témoignages discographiques « live » d’un festival qui, depuis sa fondation par Toscanini et Ansermet en 1938, et singulièrement après la Seconde Guerre mondiale, a été et reste l’une des plus grandes manifestations estivales d’Europe avec Salzbourg.

Le label allemand AUDITE a entrepris, depuis quelques années, de publier les belles archives de ce festival, dont celle-ci, en 2021.

Le disque est le reflet de deux concerts donnés en 1988 et 1994, et donne une image de l’art du chef suisse beaucoup plus conforme au souvenir que j’ai de ce qu’il pouvait donner en concert.

Il y a de surcroît ici un inédit dans l’abondante discographie d’Armin Jordan (1932-2006), la deuxième suite de Bacchus et Ariane de Roussel.

Et il y a surtout une fabuleuse version d’une pièce qu’Armin Jordan connaissait par coeur, qu’il est le seul à avoir enregistrée avec trois cantatrices différentes – Jessye Norman, Françoise Pollet, Felicity Lott, excusez du peu ! – le Poème de l’amour et de la mer de Chausson.

Rachel et Zémire

Rachel Yakar (1936-2023)

Je ne l’ai pas connue personnellement, je ne me souviens pas de l’avoir entendue en concert, et pourtant c’est l’une des musiciennes que j’admire depuis longtemps.

La chanteuse Rachel Yakar est morte ce 24 juin. Personne ne lui a rendu plus bel hommage qu’Ivan Alexandre dans Diapason :

Chérie des pionniers « baroques », mozartienne de style et de cœur, la soprano lyonnaise fut aussi la voix intime de Strauss, Debussy ou Messiaen. Carrière éclatante d’une artiste sans fard.

La maturité venue, son aigu ardent quasi sans vibrato, son style direct et son profil altier lui ouvrirent le royaume des sorcières. Médée de Clérambault pour Reinhard Goebel, Armide de Lully pour Philippe Herreweghe, Circé de Leclair pour John Eliot Gardiner, Melissa de Handel pour Roger Norrington : cris et chuchotements à la demande générale. Quelle ironie ! Sorcière, Rachel ? La plus tendre, la plus maternelle des sopranos. La plus aimée des collègues. La plus courue des professeurs. Un ange sur la terre.

Née à Lyon mardi 3 mars 1936, tentée par le dessin et la peinture puis absorbée par la musique, Rachel Yakar étudie dans les années 1950 au Conservatoire de Paris et, comme Régine Crespin ou Nadine Denize, fréquente le 5, quai Voltaire, où Germaine Lubin rentrée d’exil forme une génération fastueuse. « Lubin n’était pas la femme à poigne qu’on prétendait. Exigeante, oui, mais généreuse et attentionnée. » Bonne école.

Presque aussitôt après ses débuts à Strasbourg, elle passe la frontière et intègre en 1964 – à l’instant où Carlos Kleiber s’en va ! – la troupe du Deutsche Oper am Rhein. Entre Duisbourg et Düsseldorf elle sera deux décennies durant Gilda de Rigoletto comme Antonia des Contes d’Hoffmann, Liù de Turandotcomme Mimi de La Bohème, la Comtesse de Figaro comme la Maréchale du Chevalier à la rose, Marguerite de Faust comme Anne du Rake’s Progress… rôles qu’elle reprendra partout en Europe. Notamment à Munich (Don Giovanni, titre de ses débuts à Glyndebourne en 1977) ou au palais Garnier qui la découvre en 1970 – Gilda de Verdi puis Micaëla de Bizet.

Sculptrice du verbe, dessinatrice du chant, mélodiste et bête de scène, elle marque à cette époque des rôles délicats : la tragique Jenufa, la virtuose Celia de Lucio Silla, la malheureuse Elvira de Don Giovanni, la périlleuse Fiordiligi (premier Mozart / Da Ponte enregistré avec « instruments historiques », au festival de Drottningholm), Mélisande dont elle incarne l’idéal à la fin des années 1970 et qu’elle immortalise sous la baguette d’Armin Jordan (Erato), Madame Lidoine des Carmélites… tout en se distinguant loin du théâtre avec Michel Corboz (Messe en si mineur de Bach en 1979 et Paulus de Mendelssohn sept ans plus tard, joyaux purs et simples) ou dans les mélodies de Fauré, Duparc, Poulenc, Messiaen (Harawi absolu).

Quelques silhouettes de Wagner (Freia à Bayreuth dans le Ring selon Boulez & Chéreau) lui font vite comprendre que la clameur n’est pas son fort. C’est au contraire par les champs baroques qu’elle devient semeuse. Poppée pour l’éternité dans le cycle Monteverdi que le Dr Drese, alors patron de l’Opéra de Zurich, confie au duo Harnoncourt-Ponnelle. Ce 8 janvier 1977, la scène où, quittant le lit de Néron (Eric Tappy), elle tisse fil à fil une toile sans issue, comble d’érotisme et de pureté, sonne la fin des à-peu-près. L’art des Anciens a trouvé sa muse. Nikolaus Harnoncourt ne la lâche plus (lien réciproque : elle adore ce maître de l’infime détail qui laisse au chant toute latitude) ; Gustav Leonhardt lui fait enregistrer Campra, Grétry, Rameau (Pigmalion, autre bijou) ; elle est des premières Indes galantes au disque (Emilie avec Jean-Claude Malgoire), du premier opéra de Handel sur instruments d’époque (Admeto par Alan Curtis), d’Hippolyte & Aricie à Aix (fière rivale de Jessye Norman), de Scylla & Glaucus à Lyon… jusqu’aux adieux à la scène dans sa ville natale : Clymène de Phaëton avec Marc Minkowski et Karine Saporta pour l’inauguration de l’Opéra Nouvel en 1993.

C’était il y a trente ans. Pour quelques saisons encore elle enseignait au Conservatoire de Paris. Peu à peu retirée à Loix dans l’Île de Ré, elle ne se voulait plus Mademoiselle Yakar mais Madame Lecocq, épouse qu’on dirait aujourd’hui fusionnelle du ténor Michel Lecocq. Joyeuse et intarissable quand il s’agissait de parler musique, elle souffrait depuis longtemps quand ses grands yeux noirs se sont fermés au matin du 24 juin. Condoléances muettes à Michel qui ne doit plus savoir où regarder, à leurs proches, et à vous qui savez quelle fontaine d’amour vient de disparaître. Un amour qui s’entend et qui – disques, bandes, DVD, mémoires (dûment consignés pour sa famille) – n’est pas près de finir. (Ivan A.Alexandre, Diapason)

J’ai heureusement nombre des enregistrements auxquels elle a participé, dont ceux-ci que je chéris particulièrement, comme cet inoubliable Pelléas et Mélisande dirigé par Armin Jordan (lire Etat de grâce)

Ou ce Scylla et Glaucus de Leclair récemment réédité dans le coffret Warner de John Eliot Gardiner (lire Les Pâques de Gardiner)

Rachel Yakar a souvent chanté – et enregistré – avec Michel Corboz, tous enregistrements heureusement réédités (lire Ferveurs)

C’est peut-être dans l’art de la mélodie que Rachel Yakar me touche le plus. On espère que Warner lui consacrera l’hommage qui est lui dû…

Zémire et Azor à l’Opéra Comique

J’avais deux raisons d’être à l’Opéra Comique ce lundi soir : le souvenir d’un bicentenaire qui m’avait coûté pas mal d’efforts en 2013, Louis Langrée à la manoeuvre. Je voulais vérifier ce que je pensais de Grétry – dont on avait – plutôt mal -célébré les 200 ans de la mort dans sa ville natale, Liège – et d’une oeuvre dont je ne connaissais que quelques extraits, Zémire et Azor.

A Paris, la rue Grétry débouche sur la place Boieldieu où se dresse l’Opéra Comique.

Il est des soirs où l’on se félicite en secret de ne pas devoir écrire de critique. J’aurais sans doute écrit – mais moins bien que lui – quelque chose comme le papier d’Emmanuel Dupuy dans Diapason : À l’Opéra Comique, un trop sage Zémire et Azor. Mais je n’aurais pas pu dire que Grétry ne m’a jamais passionné, quelques efforts que j’aie faits en 2013, pour essayer de comprendre son succès.

Il a fallu toute la conviction, la subtilité de la direction de Louis Langrée, pour donner un peu de relief à des airs et des situations bien conventionnels, à quelques passages d’orchestre plus relevés. Et ce n’est pas l’absence de mise en scène de Michel Fau qui nous aura fait changer d’avis.

Le seul avantage est que le spectacle n’est pas long, et que Louis Langrée parvient à nous faire croire qu’il s’agit d’un chef-d’oeuvre.

Kremer l’insatiable

C’était lundi dernier, le concert du trio Kremer à la salle Gaveau. J’en ai rendu compte pour Bachtrack : L’insatiable curiosité de Gidon Kremer.

Extrait : « L’homme qui pénètre, seul avec son violon, sur la scène de la Salle Gaveau a aujourd’hui 76 ans. N’était le grisonnant de la chevelure, on a l’impression de retrouver le Gidon Kremer qu’on a pu longuement écouter et fréquenter en 1987 au cours d’une tournée au Japon. Et son air d’éternel adolescent, toujours un peu gauche, presque timide quand il salue le public. Déjà à l’époque – sept ans après avoir fui l’Union Soviétique et son pays natal, la Lettonie, qui en faisait partie – le violoniste jouait systématiquement ses contemporains aux noms imprononçables, en bis des concertos ou sonates du répertoire inscrits à ses programmes. »


Le Japon en 1987

Avant la tournée au Japon et en Californie, à l’automne 1987, de l’Orchestre de la Suisse Romande, que j’avais été invité à suivre comme jeune producteur de la Radio suisse romande, je ne connaissais Gidon Kremer que par le disque (je me rappelle des pochettes Eurodisc !). Le violoniste letton était l’un des solistes, l’autre étant Martha Argerich, embarqués par Armin Jordan dans cette tournée de plus de 5 semaines ! Et ce fut pour moi, cela reste encore aujourd’hui, une somme inoubliable de souvenirs.

J’ai retrouvé sur YouTube l’un des deux concerts que l’OSR avait donnés à Tokyo : je me rappelle avoir préparé la captation avec les équipes de la NHK, la télé publique japonaise, qui n’avaient eu besoin de rien d’autre qu’une minutieuse préparation sur plans, pas de répétition générale, et dont je pense tous les cameramen étaient eux-mêmes musiciens. La preuve ? dans la bande mère que j’avais récupérée, il y avait des plans du public, et une caméra s’était attardée sur… Gidon Kremer présent dans la salle pour écouter sa camarade Martha Argerich ! Ce plan n’a évidemment pas été conservé mais le témoignage de ce concert tokyoite garde toute sa force :

Je n’ai malheureusement pas retrouvé de trace filmée des concerts où Gidon Kremer jouait le concerto de Sibelius. Je me rappelle très bien, comme je l’ai raconté dans mon article pour Bachtrack, que Kremer prenait un malin plaisir à jouer des bis complètement inconnus comme ce finale de la partita pour violon du Lituanien Vitautas Barkauskas (1931-2020)

Montpellier 2019

Du temps où le Festival Radio France Occitanie Montpellier faisait confiance à la curiosité du public et répondait en cela à sa vocation première, j’avais convié, le 15 juillet 2019, Gidon Kremer et sa Kremerata Baltica pour un concert à tous égards exceptionnel : Grâce à France Musique, on peut le réécouter intégralement ici.

Il y avait notamment ce soir-là, un véritable événement, puisque les deux créateurs du chef-d’oeuvre d’Arvo Pärt en 1977, Tabula Rasa, Gidon Kremer et sa partenaire d’alors Tatiana Grindenko, redonnaient ce double concerto devant le public de Montpellier et pour les auditeurs de la radio.

Tous ceux que je croisai ce soir-là à l’entr’acte – et il y avait pas mal d’officiels locaux – me dirent, le souffle encore court, l’intense émotion qui les avait saisis, alors même que, le plus souvent, ils ne connaissaient ni l’oeuvre ni le compositeur ni même les interprètes.

Tout Kremer sans réserve

J’ai déjà consacré pas mal d’articles à Gidon Kremer. J’y renvoie pour plus de détails. Plus je cherche, moins je trouve d’enregistrements, de disques qui seraient négligeables ou moins réussis.

On l’aura compris, moi qui n’aime pas les classements ni les superlatifs, je tiens Gidon Kremer pour le plus grand violoniste de notre temps. D’abord par la qualité exceptionnelle de son jeu, mais surtout par le charisme inépuisable d’une personnalité qui n’a cessé d’inspirer chacun(e) de ses partenaires. Il est, dans tout ce qu’il joue, comme la vibration de l’âme humaine.

Et comme il est d’une infatigable curiosité, il continue de jouer et d’enregistrer de nouveaux répertoires, comme le compositeur Mieczyslaw Weinberg

Les disparus de mai

J’essaie, autant que possible, d’éviter que ce blog se transforme en obituaire, Il y a des disparitions qui me touchent, d’autres qui m’indiffèrent, ou plus exactement qui ne m’inspirent aucun commentaire.

Menahem ou l’art du chant

Mon cher Menahem Pressler est mort le jour où Charles III se faisait couronner, à quelques mois de son centième anniversaire. Je l’ai souvent évoqué sur ce blog. Souvenirs toujours vivaces de merveilleuses soirées à Liège, à Vienne, à Saint-Pétersbourg, à Berlin et à Montpellier. Je réécoute sans m’en lasser le précieux legs qu’il nous a laissé avec le Beaux-Arts Trio. Et je redécouvre des enregistrements plus récents, qui sont autant de témoignages d’un art du chant si éloquent.

Je découvre aussi ce documentaire si émouvant.

Me revient un souvenir très particulier, parmi tant d’autres. J’étais à Saint-Pétersbourg à la fin décembre 2013, pensant y célébrer le passage de l’an neuf sous la neige et dans le froid – il n’y eut ni neige ni froid ! –

mais j’avais pris des places pour trois opéras et un concert au Marinski, tous dirigés par Valery Gergiev (j’y vis Anna Netrebko y faire ses débuts dans Le Trouvère). Le concert, donné un après-midi, était entièrement voué à Mozart, avec notamment le 17ème concerto joué par…Menahem Pressler. Le jour dit, on nous prévint que le concert commencerait avec une heure de retard, les répétitions n’étant pas terminées. Mozart vu par Gergiev, c’était a priori exotique, ce fut plus que réussi (une Jupiter de haut vol !). Quelques mois plus tard, Menahem Pressler me rappela les circonstances de ce concert qui faillit avoir lieu sans lui. Les répétitions du concerto étaient laissées à l’initiative du premier violon et de l’orchestre qui, selon le pianiste, n’avaient aucune idée du phrasé, du style mozartien. Pressler fit savoir qu’il renonçait à jouer avec des partenaires aussi obtus et rentra à son hôtel. Coup de fil de Gergiev, qui s’excusa platement et lui promit une nouvelle répétition (avec lui bien sûr). C’est à cette répétition in extremis que nous dûmes le début différé du concert… et une exécution peut-être pas mémorable mais au moins convaincante du concerto de Mozart !

Ingrid Haebler ou l’ennui distingué

La pianiste autrichienne Ingrid Haebler, née le 20 juin 1929, est morte le 14 mai dernier. Je m’aperçois que je ne lui ai encore jamais consacré un billet. Alors que j’avais acquis il y a quelques années un coffret édité par la branche coréenne d’Universal, comportant toutes ses gravures de Schubert et Mozart, coffret republié il y a peu par Decca avec quelques ajouts.

Je me rappelle Armin Jordan qui aimait bien jouer avec elle, parce que, me disait-il, elle était toujours « juste » stylistiquement.

Mais Dieu que tout cela est propre et ennuyeux ! Désolé, je n’y arrive pas, j’ai écouté ses sonates de Schubert et de Mozart, ses concertos aussi. Il n’est que de comparer Pressler et Haebler dans le même 27ème concerto de Mozart,.. L’un chante (avec les moyens techniques de son âge), l’autre tricote aimablement.

Je peux comprendre que certains aiment ce jeu aussi ordonné que la coiffure de l’interprète. Tant dans Mozart que dans Schubert j’ai besoin de plus de vie, de sang, de rires et de larmes.

Grace pour l’éternité

Je n’ai jamais eu la chance d’entendre Grace Bumbry ni en concert ni sur scène. Née le 4 janvier 1937 à St Louis aux Etats-Unis, elle est morte le 7 mai dernier à Vienne où elle s’était retirée. Il y a heureusement nombre d’enregistrements audio et vidéo qui attestent de la flamboyance de son chant, de sa rigueur stylistique aussi.

Je n’évoquerai pas ici les disparitions de Philippe Sollers, qui porte son maoïsme militant comme une tache indélébile, quelles qu’aient été ses qualités littéraires ou mondaines. Je n’ai jamais lu Martin Amis – c’est sans doute un grand tort – et de celui qu’on a décrit comme le rival en beauté d’Alain Delon, Helmut Berger, je ne peux que répéter ce qui a été partout écrit – les rôles sur mesure que lui avait servis Visconti -. Je l’avais trouvé émouvant en Saint-Laurent décrépit dans le film de Bertrand Bonello, aussi parce que c’était le très regretté Gaspard Ulliel qui incarnait le couturier jeune.

Prokofiev en boîte

Puisqu’il a été décidé que Serge Prokofiev, mort il y a 70 ans, méritait la une des deux magazines français de musique classique (lire Les deux Serge et Prokofiev etc.), réjouissons-nous de voir paraître un copieux coffret de 36 CD chez Warner.

Simple recyclage d’enregistrements déjà bien connus ? Pour partie oui, mais avec pas mal de redécouvertes. Et surtout un choix éditorial qui, dans un catalogue aussi vaste que celui des labels désormais regroupés sous la houlette de Warner (EMI, Erato, Teldec, etc.), prend des partis, retient telle version plutôt que telle autre.

Le piano

Ainsi, pour reprendre dans l’ordre de présentation des CD, dans les sonates pour piano, on retrouve partiellement la formidable intégrale de Vladimir Ovchinnikov, mais aussi l’énorme surprise qu’est la réédition de la 2ème sonate par le tout jeune Rafael Orozco.

Nikolai Luganski joue la 6ème sonate, et c’est, comme une forme d’hommage au pianiste franco-américain trop tôt disparu, à Nicholas Angelich que revient la 8ème sonate (comme son formidable cycle des Visions fugitives)

Les cinq concertos pour piano se partagent entre Andrei Gavrilov / Simon Rattle (1), le récent Beatrice Rana / Antonio Pappano (2), trois versions et non des moindres pour le 3ème, l’historique version du compositeur lui-même secondé par Piero Coppola et le LSO en 1932, Martha Argerich/Charles Dutoit et Alexis Weissenberg/Seiji Ozawa, Michel Béroff/Kurt Masur (4) et Richter/Maazel (5).

Le violon

C’est sans doute dans le chapitre « violon » et musique de chambre qu’il y a le moins de surprises : pour les deux sonates les inusables Repin et Berezovsky, pour les deux concertos les Oistrakh multi-réédités (j’aurais préféré les versions, pour moi insurpassées, de Nathan Milstein avec Giulini (1) et Frühbeck de Burgos (2)), mais aussi les moins connus Perlman avec l’apport de Rojdestvenski au podium.

Pierre et le Loup

Pour ce coffret, Warner avait l’embarras du choix dans les versions du conte musical Pierre et le Loup. Il y a pas moins de 6 versions, en français ,anglais, allemand, japonais, espagnol et néerlandais ! Avec d’illustres narrateurs : une version longtemps introuvable en allemand de Romy Schneider, à l’époque des Sissi, en espagnol avec Miguel Bosé, et en français c’est Claude Piéplu qui est annoncé sur la pochette… et c’est Peter Ustinov qu’on entend aux côtés d’Igor Markevitch et de l’Orchestre de Paris (1969). Le même Peter Ustinov, enregistré plusieurs années auparavant, est également présent dans la version anglaise avec Karajan et le Philharmonia (chef et orchestre qui manquent singulièrement de poésie !)

Les Ballets

C’est sans doute le point faible de ce coffret. En dehors des versions archi classiques d’André Previn de Roméo et Juliette et Cendrillon et du bien médiocre Fils prodigue de Lawrence Foster, rien dans les autres ballets et musiques de scène de Prokofiev à se mettre dans l’oreille ! En revanche une belle surprise avec les trois suites de Roméo et Juliette, dues à Armin Jordan et l’orchestre de la Suisse romande, passées sous les radars à leur sortie.

Rien de neuf non plus côté musiques de films ou assimilées : l’Alexandre Nevski d’André Previn manquant vraiment de « russité », l’impressionnant Ivan le Terrible de Riccardo Muti.

Les opéras

A l’instigation de Claude Samuel, les forces musicales de Radio France – Choeur et Orchestre National – avaient prêté leur concours à un très coûteux pour les finances d’Erato : le monumental Guerre et Paix sous la conduite passionnée de Mstislav Rostropovitch. L’Amour des trois oranges réunit la fine fleur du chant français sous la houlette nettement moins fervente de Kent Nagano.

Les symphonies

C’est toujours Rostropovitch et le National qu’on retrouve pour la plupart des symphonies (notamment pour les deux versions de 4ème), Previn conduisant les 1 et 7. On aurait pu imaginer un choix un peu plus vaste, notamment pour la 5ème symphonie…

Le livret du coffret est réduit au minimum, pas de détails sur les CD, les dates d’enregistrement etc… (tout cela c’est sur chaque pochette, écrit en minuscules minuscules !). Un bon texte de Loic Chahine en trois langues.

Précision : j’achète tous les disques et coffrets que je commente et présente dans mon blog. Je n’ai jamais demandé ni reçu ce qu’on appelle dans le jargon professionnel des « services de presse » (gratuits).

César Franck #200

C’est aujourd’hui le bicentenaire de la naissance, le 10 décembre 1822 à Liège, de César Auguste Franck.

En dehors de sa ville natale, et de quelques concerts parisiens, on ne peut pas dire que cet anniversaire ait bénéficié de grandes célébrations. Pas très vendeur sans doute le père Franck.

Après le point fait sur la discographie – lire Ave César -, mes choix purement subjectifs, et quelques pépites bien cachées ou oubliées.

Symphonie

L’unique symphonie, en ré mineur, de César Franck, achevée en 1888 et créée le 17 février 1889, bénéficie d’une discographie pléthorique. J’ai déjà ici souvent exprimé mes préférences, corroborées par la critique.

Je ne peux évidemment pas revoir, sans une profonde émotion, ces deux vidéos pourtant si différentes : l’Orchestre national de France exalté par le geste conquérant de Leonard Bernstein, l’Orchestre de la Suisse romande et Armin Jordan si authentiques.

J’ai fait le compte, j’en ai 43 versions dans ma discothèque (en CD) sans compter les téléchargées. Dont les trois enregistrées par Carlo-Maria Giulini, à Londres, à Berlin et à Vienne. On admire immensément ce chef, mais sa lecture hiératique, chargée d’intentions, statufie un peu plus le père Franck !

La sonate pour violon

Définitivement le duo Christian Ferras – Pierre Barbizet dans leurs deux versions EMI (1958) et DG (1965)

Psyché avec ou sans choeur

Déjà écrit (Ave Cesar), pour ceux qui voudraient sortir de la Symphonie, la trop justement méconnue symphonie qui ne dit pas son nom, le « poème symphonique avec choeur » Psyché.

Malheureusement pas grand chose à tirer ni à entendre de la toute récente et bien banale version des Liégeois dirigés par leur actuel chef, mais tout à redécouvrir grâce à la réédition d’un enregistrement de 1976 avec le même orchestre de Liège et son chef de l’époque, l’Américain Paul Strauss, pour la version complète avec choeur :

Et pour la version sans choeur, un enregistrement que j’écoutais hier dans un taxi – c’est rare un taxi branché sur France Musique ! – et qui m’enthousiasmait sans que je parvienne à le reconnaître. Lorsque j’entendis, à la fin de l’extrait, « désannoncer » Armin Jordan et l’orchestre symphonique de Bâle. (et pas, comme je l’entendis jadis sur cette même chaîne, l’orchestre Basler !!), je n’en fus pas surpris. Comme dans la symphonie, Armin Jordan est un chef qui a tout saisi du caractère de la musique de Franck, né au carrefour des cultures germanique et latine.

Le chasseur maudit

Sans doute l’oeuvre la plus « romantique » de César Franck, un poème symphonique d’une quinzaine de minutes où rodent les ombres de Berlioz, de Weber et du premier Wagner.

Michel Plasson et « son » Capitole de Toulouse en donnent une vision frémissante :

Piano et orchestre

Franck a écrit plusieurs pièces pour piano et orchestre, un concerto notamment (on les retrouve dans le coffret anniversaire OPRL/Fuga Libera. Seules restent jouées les Variations symphoniques – en réalité un concerto bref en trois parties – et Les Djinns.

J’ai longtemps été rebuté par le début empesé, lourd, de beaucoup de versions des Variations symphoniques, malgré l’excellence des pianistes et des chefs. Et à chaque fois je reviens à mon tout premier disque, inégalé, inégalable : Artur Rubinstein en 1957 et un chef Alfred Wallenstein qui ne se croit pas obligé d’embrumer Franck.

Pour le reste, je renvoie à l’esquisse de discographie déjà dressée dans Ave Cesar.

Petit cadeau pour cet anniversaire, une version vraiment inattendue de l’une des mélodies (genre qu’il a peu cultivé) de Franck, son Nocturne :