Des Champs-Elysées à l’hôpital

Semaine parisienne chargée et achevée de façon inattendue à l’hôpital.

J’ai manqué lundi le récital de Jean-Marc Luisada à la salle Gaveau. Imprévu familial. Mais il y a ce beau dernier disque Schubert. Comme l’écrivait Jean-Charles Hoffelé : Et si après Chopin et GranadosJean-Marc Luisada avait trouvé en Schubert son nouveau compagnon de route ? Qu’il poursuive ce voyage ! (Artalinna, 8 octobre 2021)

J’ai manqué aussi Tedi Papavrami et Martha Argerich dans cette même salle Gaveau mercredi (lire le papier d’Alain Lompech sur Bachtrack : Argerich et Papavrami à l’unisson), et sans doute plusieurs autres concerts et artistes que j’aurais aimé entendre.

Mercredi la présence de l’Orchestre national de France dans la fosse, de chanteurs français de premier rang dans la distribution, et le plaisir de retrouver un ouvrage connu et aimé m’avaient conduit au théâtre des Champs-Elysées pour l’avant-dernière représentation d’Eugène Onéguine, l’opéra de Tchaikovski inspiré du poème éponyme de Pouchkine.

On va penser que je manque singulièrement de personnalité, puisque je me réfère à d’autres papiers que les miens. Mais quand ils disent mieux que moi ce que j’ai vu, entendu, pensé, alors autant en conseiller la lecture. Ainsi, pour Eugène Onéguine, je n’ai rien à ajouter à la critique de Diapason, sauf peut-être pour remarquer combien il est difficile pour des chanteurs français (en l’occurrence les excellents Jean-François Borras/Lenski, Jean-Sébastien Bou/Onéguine, Jean Teitgen/Grémine) de s’approprier la langue russe. C’était moins flagrant pour les deux autres Françaises de la distribution, Mireille Delunsch et Delphine Haidan. Mais c’est bien de la fosse que la déception est venue.

Jeudi retour au TCE, pour un programme que je n’avais pas d’avance repéré mais qui m’a immédiatement séduit : l’Orchestre de chambre de Paris, dirigé par un expert en réjouissances musicales, Hervé Niquet, donnait un programme « Paris en fête« , qui n’a pas attiré la foule, mais infiniment ravi les présents.

Pourquoi ne joue-t-on jamais ce type de programme à Paris ?

Hahn Mozart, ouverture
Duparc Aux étoiles
Hahn Concerto pour piano
Dukas Villanelle
Milhaud Scaramouche
Chabrier Lamento, Habanera
Anderson The Typewriter
Delibes Fanfare des chasseresses, extraite de Sylvia 

C’était l’occasion de faire briller les solistes de l’orchestre, d’entendre des raretés, comme le concerto pour piano de Reynaldo Hahn que le talent de la pianiste Shani Diluka ne sauve pas d’un verbiage assez creux.

Avant ce concert, j’avais passé l’après-midi à la Bibliothèque naguère Gustav Mahler, aujourd’hui La Grange / Fleuret du nom de ceux qui la fondèrent, Henry-Louis de la Grange et Maurice Fleuret.

Pour y auditionner de jeunes chanteurs et chanteuses sélectionnées par le pôle voix de la fondation Royaumont (plaisir de saluer son fondateur Francis Maréchal), dans la perspective d’une future production au Festival Radio France

Un week-end à l’hôpital

Je n’avais pas vraiment prévu d’achever cette semaine à l’hôpital de Pontoise. Je ressentais depuis quelques jours des douleurs thoraciques tenaces, j’ai fini par appeler le 15 vendredi après-midi. Bien m’en a pris, puisqu’ on a détecté et immédiatement opéré un infarctus coronarien. Mon père, mon oncle, mon grand-père n’avaient pas eu cette chance…

Je voulais juste mentionner ici – puisque, après tout, c’est un blog personnel – l’expérience que j’ai faite de la fantastique chaîne humaine et professionnelle qui m’a pris en charge. Les pompiers, le SMUR, l’accueil aux urgences de l’hôpital public de Pontoise, tout le personnel soignant, cardiologues, chirurgiens, mobilisés un vendredi soir, avec cette chaleur humaine qui fait tant de bien quand on est en situation de souffrance. Grâce à eux, je peux écrire ce soir ce billet et regarder la vie devant moi. Merci !

Dans la terre de Bonne Espérance

Voici ce qu’on pouvait lire ce matin sur le site de la plus grande chaîne privée de la télévision brésilienne Globo-TV :

Le corps du pianiste Nelson Freire sera inhumé ce mercredi (3) à Boa Esperança (MG). Le musicien sera inhumé dans la tombe où reposent ses parents, au cimetière municipal de la ville. Le corps est arrivé en début d’après-midi à l’aéroport de Varginha, d’où il se rendra à Boa Esperança, la ville natale de Freire.
Le corps de Nelson Freire est parti vers 11h30 de l’aéroport Santos Dumont, à Rio de Janeiro. Le transfert est effectué par le service d’incendie de Minas Gerais. L’avion a atterri vers 13h à Varginha. Désormais, le corps du musicien sera transporté à Boa Esperança par l’un des salons funéraires de la ville. Le trajet fait environ 70 km et devrait durer entre 1 et 2 heures.
La ville de Boa Esperança a publié le calendrier des funérailles de Nelson Freire. Le corps sera reçu à l’entrée de Boa Esperança par la garde municipale, la police civile et la police militaire. Les pompiers seront également présents et conduiront en procession le corps du pianiste dans l’un de ses camions jusqu’au Boa Esperança Sports Club, où il sera surveillé.
Les hommages ont été préparés par la Société musicale Lira Esperancense, par l’Académie des lettres de Dorense et par les anciens élèves de l’école de musique Nelson Freire. Le gouvernement du Minas Gerais a publié une note déplorant la mort du pianiste. Le sous-secrétaire d’État à la Culture, Maurício Canguçu, représentera le gouvernement lors
de l’enterrement.

L’enfant de Boa Esperança repose pour toujours dans sa terre natale, au côté de ses parents et de sa soeur.

Un premier hommage musical lui a été rendu au théâtre municipal de Rio de Janeiro

La disparition brutale de Nelson Freire le 1er novembre a suscité une vague d’émotion comme je ne me rappelle pas en avoir connu lors d’autres décès de musiciens célèbres. Comme si chacun de nous avait été touché au coeur, comme la perte d’un ami cher ou d’un membre de notre famille.

Depuis lundi, comme bien d’autres j’imagine, j’ai réécouté, retrouvé des enregistrements connus ou moins connus du pianiste brésilien. YouTube est une mine de ce point de vue, et même si la qualité des captations est parfois précaire, ces vidéos nous restituent si intensément ce qu’était l’art de Nelson Freire, quel fabuleux musicien il était.

Nelson Freire continue ainsi de vivre en nous, pour nous.

Nelson Freire 1944-2021

Même les géants finissent par mourir. Ce 1er novembre c’est l’un des musiciens les plus admirés, l’un des pianistes les plus admirables, et surtout une personne humaine infiniment aimable et aimée, qui nous a quittés : Nelson Freire.

Je l’avais invité à Montpellier en juillet 2019, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier. Il avait renoncé au dernier moment. Je ne pouvais pas lui en vouloir, lui qui, en d’autres temps et d’autres lieux (les Liégeois, entre autres, s’en souviennent) nous avait comblés de tant de merveilles.

Je reproduis ici les deux articles que je lui avais consacrés, où je dis mes souvenirs de lui, et tout ce qu’il nous laisse ;

L’admirable Nelson (1er septembre 2017)

Je m’aperçois que je ne l’ai jamais évoqué sur ce blog, alors que je l’admire depuis si longtemps. J’avais manqué – pour cause de fête de famille (L’eau vive) – un concert que j’avais pourtant contribué à organiser, que France Musique a eu l’excellente idée de diffuser hier soir. Nelson Freire jouait le 4ème concerto pour piano de Beethoven, accompagné – le terme est impropre, tant l’osmose entre soliste, chef et orchestre était évidente – par Louis Langrée et l’Orchestre National de France (qui proposait, en seconde partie, un Pelléas et Mélisande de Schoenberg d’anthologie).

Un concert à réécouter ici : ONF/Louis Langrée/Nelson Freire (24 mai 2017)

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J’ai tant de souvenirs avec ce magnifique musicien. Rien de ce qu’il est, de ce qu’il joue, ne m’a jamais laissé indifférent ou déçu. Il suffit de l’avoir vu, rencontré une fois, il suffit de voir la photo qui orne la pochette ci-dessus, pour entrer définitivement en sympathie avec lui. Et ne plus avoir envie de jouer les critiques, de comparer telle version d’il y a trente ans et un remake plus récent. Ci-dessous, j’ai simplement mis en avant quelques disques de chevet, mais je n’en exclus aucun autre.

Ma première rencontre professionnelle avec Nelson Freire remonte à 1987. Pour célébrer le centenaire de la naissance d’Heitor Villa Lobos, j’avais été chargé de monter un programme un peu exceptionnel avec l’Orchestre de la Suisse romande au Victoria Hall à Genève. En faisant quelques recherches dans la phonothèque de la Radio suisse romande, je tombe sur une bande copiée d’un disque enregistré dès 1948 par Ernest Ansermet et l’OSR… du 1er concerto pour piano de Villa Lobos, une commande de la pianiste canadienne Ellen Ballon au compositeur brésilien.

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Le plus grand pianiste brésilien vivant étant Nelson Freire, je pense immédiatement à lui pour rendre cet hommage à Villa Lobos, dont il a déjà enregistré quelques pièces.

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Mais ni lui, ni aucun autre pianiste d’envergure n’a ce concerto à son répertoire. Nelson accepte, sans discuter, d’apprendre l’oeuvre pour le concert – et accepte une diffusion en direct et sur les radios membres de l’UER !

Je devrai attendre quelques années pour réinviter Nelson Freire. À Liège il nous offre un mémorable récital Chopin en 2004.

Quelques mois plus tard, pour un concert de gala, il remplace Maria Joao Pires qui a annulé pour je ne sais plus quelle (mauvaise) raison, et nous fait entendre le plus beau « Jeunehomme » – le 9ème concerto pour piano de Mozart – que j’aie jamais entendu en concert !

Longtemps erratique, sa discographie s’est heureusement enrichie depuis quelques années grâce à Decca. Quantité de disques admirables, où rayonne suprêmement l’art d’un musicien singulier. Un coup de coeur peut-être pour celui-ci

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Mais on ne m’en voudra pas de revenir à une série d’enregistrements plus anciens, que j’avais patiemment collectionnés, dès que je les trouvais, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, plus rarement en France, et qui sont aujourd’hui tous réédités. Ils sont tous indispensables !

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Et bien sûr ces 2 CD miraculeux… ou quand deux amis se rejoignent sur les cimes du génie !

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L’admirable Nelson (suite) 24 sept.2017

Au début de ce mois, j’évoquais la personnalité, le talent singulier, d’un pianiste depuis si longtemps admiré, Nelson Freire (voir L’admirable Nelson)

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Je viens d’acheter un CD paru il y a un petit mois, des archives de radio allemandes.

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C’est un magnifique ajout à la discographie, longtemps erratique, du pianiste brésilien. Les fans de Nelson Freire connaissaient déjà le DVD d’un concert capté en 1983 à Lugano avec ce 2ème concerto de Saint-Saëns, dirigé par le regretté David Shallon.

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Tout ce qu’on aime dans ce concerto – chic, virtuosité, panache, humour – Nelson Freire le prodigue au plus haut degré.

On retrouve tout cela, trois ans plus tard, à Berlin, dans le « live » publié sur ce CD, cette fois aux côtés d’Ádám Fischer.

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Et le « complément » est tout sauf anecdotique puisqu’on y entend un tout jeune homme (Nelson a 22 ans en 1966), livrer des Pièces lyriques de Grieg intensément poétiques et libres, deux Rhapsodies hongroises et la 2ème Polonaise de Liszt, phénoménales !https://www.youtube.com/embed/8fx9rpFo7Kg?version=3&rel=1&showsearch=0&showinfo=1&iv_load_policy=1&fs=1&hl=fr&autohide=2&wmode=transparent

On l’a compris : encore un indispensable de toute discothèque !

Saint-Saëns #100 : musique ensemble

Diapason consacre, dans son numéro de novembre, un important dossier à Camille Saint-Saëns, mort il y a un siècle le 16 décembre 1921.

Dans la foulée des articles déjà consacrés au compositeur français (Saint-Säens #100 Les Symphonies, Les Concertos pour piano, L’anthologie Warner), j’aimerais distinguer quelques-uns des trésors, trop rarement joués et enregistrés, de sa musique de chambre. Qui sont bien loin des clichés d’académisme qui s’attachent trop souvent à Saint-Saëns.

Ainsi son unique quatuor avec piano, et son finale presque tzigane

Ainsi son septuor pour trompette, piano et cordes et cet exercice de style fugué :

Ainsi les trois sonates tardives pour bois, données l’été dernier au Festival Radio France, par la fine fleur des jeunes lauréats de concours internationaux.

Et bien sûr quand on pense musique de chambre vient immédiatement à l’esprit l’oeuvre sans doute la plus célèbre de Saint-Saëns, son Carnaval des animaux.



Ne pas oublier que Saint-Saëns est l’auteur de l’une des premières musiques de film L’assassinat du duc de Guise


Je rappelle enfin la très belle anthologie publiée par Warner :

Chopin les maîtres étalons

Je m’étonnais, pour m’en réjouir, que Brahms soit devenu très à la mode chez les jeunes pianistes français (lire Ils aiment Brahms). Chopin est beaucoup plus rare. Peut-être à cause du poids considérable des références du passé ?

C’est pourquoi, d’abord dubitatif (encore un coffret de recyclage de versions connues et reconnues ?), on a vite changé d’avis en consultant le contenu, et surtout en écoutant les précieuses galettes du coffret édité par Deutsche Grammophon – une série « limitée » semble-t-il : The Chopin Masters

Il ne s’agit ni d’une anthologie, ni a fortiori d’une intégrale, mais les surprises abondent. Les discophiles connaissent depuis longtemps les précieux témoignages de Martha Argerich, Benedetti-Michelangeli, Gilels, Pogorelich, Zimerman, Pollini, Pletnev, les moins indispensables Barenboim, Vasary ou Eschenbach. Les plus jeunes talents, Yundi Li, Rafal Blechacz, Seong-Jin Cho y ont toute leur place. Mais les vraies surprises sont nombreuses, en tout cas pour moi.

J’avais oublié le Chopin de Géza Anda, j’ignorais les captations du tout jeune Vladimir Ashkenazy en 1955 (je n’ai jamais aimé son intégrale Decca, extraordinairement mal enregistrée), j’aime que Stefan Askenase (le Chopin de mon enfance) soit dans cette compagnie, qu’on retrouve le pianisme puissant de Lazar Berman et plus encore les Polonaises – que je ne connaissais pas – de l’immense Shura Cherkassky.

Qui connaît encore Michel Block (1937-2003), né à Anvers de parents français, puis devenu Américain de fait, étudiant à la Juilliard School puis enseignant à l’Université de l’Indiana à Bloomington. Son nom est resté lié à un scandale au concours Chopin de 1960 : furieux de son mauvais classement à l’épreuve finale (11ème), Artur Rubinstein, membre du jury, lui attribue un prix spécial à son nom ! Une vraie (re)découverte pour moi que ce disque !

Même question pour Julian von Karolyi (1914-1993), pianiste allemand d’origine hongroise, élève de Dohnanyi et Cortot, qui avait peu à peu disparu des radars (sauf sur les sites de téléchargement).

Les amateurs connaissent depuis longtemps les enregistrements d’ Halina Czerny-Stefanska (1922-2001) et Ruth Slenczynska (96 ans!), que je trouve personnellement irrémédiablement austères, ce qui n’est pas le cas du natif de Chodzie (Pologne), vainqueur du concours Chopin 1955, Adam Harasiewicz.

Mais les bonnes surprises de ce coffret sont ce Chopin somptueux de son et de chant du pianiste brésilien Roberto Szidon, exact contempoain de Martha Argerich, emporté par une crise cardiaque il y a dix ans, et plus encore peut-être un disque de 1960 du pianiste britannique d’origine chinoise, disparu en décembre dernier, Fou Ts’ong. Un dernier mot sur Stanislav Bunin, successivemen lauréat du Concours Long-Thibaud en 1983 (à 17 ans) et du Concours Chopin en 1985. Le petit-fils d’ Heinrich et fils de Stanislas Neuhaus s’est fait rare au concert comme au disque en Europe, il est installé au Japon il y a une dizaine d’années.

CD 1 Géza Anda

Préludes Op. 28 ∙ Polonaise Op. 53

CD 2 Martha Argerich (Chopin Competition Winner 1965)

Préludes Opp. 28, 45 & Op. Posth. In A Flat Major ∙ Piano Sonata No. 2 Op. 35

CD 3 Vladimir Ashkenazy (Second Prize Chopin Competition 1955)

Piano Concerto No. 2 Op. 21

Warsaw National Philharmonic Orchestra, Zdzislaw Gorzynski Conductor

Ballade Op. 38 ∙ Études Opp. 10/1 & 25/3 Mazurkas Opp. 41/4 & 30/4 ∙ Scherzo Op. 54

CD 4 Stefan Askenase

Waltzes Opp. 18, 34, 42, 64, Opp. Posth. 69, 70, Kk Iva/15 ∙ Polonaises Opp. 53 & 40

CD 5 Daniel Barenboim

Nocturnes Opp. 9/2, 15, 27/1, 32/1, 37, 48, 55/1, 62/2 & Op. Post. 72/1

CD 6 Arturo Benedetti Michelangeli

Mazurkas Opp. 67/2, 56/2, 67/4, 68/2, 68/1, 33/1, 30/3, 30/2, 33/4 & 68/4 ∙ Prélude Op. 45 ∙ Ballade Op. 23 ∙ Scherzo Op. 31

CD 7 Lazar Berman

Polonaises Opp. 26, Op. 40, 44 & 53

CD 8 Rafał Blechacz (Chopin Competition Winner 2005)

Piano Concerto No. 1 Op. 11 ∙ Piano Concerto No. 2 Op. 21

Royal Concertgebouw Orchestra, Jerzy Semkow Conductor

CD 9 Michel Block (Arthur Rubinstein Prize At The Chopin Competition 1960)

Piano Sonata No. 2 Op. 35 ∙ Polonaise Op. 53 ∙ Prélude Op. 28/17 ∙ Mazurkas Opp. 56/3, 59/2 & 30/4 ∙ Waltz Op. 34/1

CD 10 Stanislav Bunin (Chopin Competition Winner 1985)

Impromptus Opp. 29, 36, 51 & 66 Waltzes Opp. Posth. / Kk Iva/14, Kk Iva/13, Kk Iva/12 ∙ Écossaises Op. 72 ∙ Mazurkas Opp. 30/2, 41/1, 63/3, 56/2, 67/3 & 67/4 ∙ Polonaise-Fantaisie Op. 61

CD 11 Shura Cherkassky

Polonaises Opp. 26, 40, 44, 53 & 61

CD 12 Seong-Jin Cho (Chopin Competition Winner 2015)

Préludes Op. 28 ∙ Nocturne Op. 48/1 ∙ Piano Sonata No. 2 Op. 35 ∙ Polonaise Op. 53

CD 13 Halina Czerny-Stefańska (Chopin Competition Winner 1949)

Mazurkas Opp. 6/2, 63/3, 67/4, 68/2, 17/4 & 33/3 ∙ Ballades Opp. 23 & 52 ∙ Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22

CD 14 Christoph Eschenbach

Préludes Opp. 28, 45 & Op. Posth. In A Flat Major

CD 15 Emil Gilels

Piano Sonata No. 3 Op. 58 ∙ Polonaises Opp. 40 & 53

CD 16 Adam Harasiewicz (Chopin Competition Winner 1955)

Nocturne Op. 62/1 ∙ Mazurkas Opp. 63/3 & 67/4 ∙ Ballade Op. 23 ∙ Études Opp. 25/11 & 25/6 ∙ Mazurka Op. 50/3 ∙ Polonaise Op. 53 ∙ Impromptu Op. 51 ∙ Prélude Op. 45

CD 17 Julian Von Károlyi

Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22 ∙ Piano Sonata No. 3 Op. 58 ∙ Boléro Op. 19 ∙ Mazurka Op. 17/4 ∙ Waltz Op. Posth. / Kk Iva/15 ∙ Ballades Opp. 23, 38, 47 & 52

CD 18 Yundi Li (Chopin Competition Winner 2000)

Piano Sonata No. 3 Op. 58 ∙ Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22 ∙ Études Op. 10/2, 10/5 & 25/11 ∙ Nocturnes Opp. 9/1, 9/2 & 15/2 ∙ “Fantaisie-Impromptu” Op. 66

CD 19 Maria João Pires

Piano Concerto No. 1 Op. 11 *First Release

Royal Philharmonic Orchestra, André Previn Conductor

Nocturnes Op. 9/1, 9/2, 15/2 & 27/2

CD 20 Mikhail Pletnev

Fantaisie Op. 49 ∙ Waltzes Opp. 34/1, 34/2 & Op. Posth. / Kk Iva/15 ∙ Écossaise Op. 72/3 ∙ Impromptu Op. 29 ∙ Études Opp. 10/5, 25/6 & 25/7 ∙ Piano Sonata No. 3 Op. 58

CD 21 Ivo Pogorelich

Piano Sonata No. 2 Op. 35 ∙ Prélude Op. 45 ∙ Scherzo Op. 39 ∙ Nocturne Op. 55/2 ∙ Études Opp. 10/8, 10/10 & 25/6

CD 22 Maurizio Pollini (Chopin Competition Winner 1960)

Études Opp. 10 & 25

CD 23 Ruth Slenczynska

Études Opp. 10 & 25 ∙ Impromptus Opp. 29, 36, 51 & 66

CD 24 Dang Thai Son (Chopin Competition Winner 1980)

Nocturnes Opp. 15/2 & 27/1 ∙ Waltz Op. 34/2 ∙ Andante Spianato & Grande Polonaise Brillante Op. 22 ∙ Mazurkas Opp. 24/2 & 67/2 ∙ Ballade Op. 52 ∙ Scherzo Op. 31

CD 25 Roberto Szidon

Scherzi Opp. 20, 31, 39 & 54 ∙ Impromptus Opp. 29, 36, 51 & 66

CD 26 Fou Ts’ong (Third Prize Chopin Competition 1955)

Mazurkas Opp. 6/3, 7/2, 17/2, 17/4, 24/1, 24/2, 24/4, 30/1, 30/2, 33/4, 41/1, 50/3, 56/3, 59/1, 67/4, 68/2, 68/4 & Op. Posth. / Kk Iib/4 ∙ Préludes Op. Posth. / Kk Ivb/7 & 45 ∙ Berceuse Op. 57

CD 27 Tamás Vásáry

Waltzes Opp. 18, 34, 42, 64, Opp. Posth. 69 & 70, Kk Iva/15, Kk Iva/12, Kk Iva/13, Kk Iva/14 ∙ Mazurkas Op. Posth. / Kk Iva/7, Opp. 67/3, 68/2 & 7/1 ∙ Polonaise Op. 53 ∙ Introduction And Variations On The Song “Der Schweizerbub” Op. Posth. / Kk Iva/4

CD 28 Krystian Zimerman (Chopin Competition Winner 1975)

Ballades Opp. 23, 38, 47 & 52 ∙ Barcarolle Op. 60 ∙ Fantaisie Op. 49

James Levine, une vie pour la musique

On a connu France Musique mieux inspirée dans le choix de ses titres d’actualité : Figure déchue du Met, James Levine est mort. Depuis ce titre mal venu, la chaîne s’est largement rattrapée et ses producteurs ont rendu et continuent de rendre hommage à l’une des personnalités majeures de la vie musicale du XXème siècle. Décrit unanimement comme un « génie », un surdoué, James Levine appartient à cette espèce, en voie de disparition, des monstres sacrés de la direction d’orchestre.

Pour je ne sais quelles raisons, Levine a longtemps été considéré par une partie de la critique européenne comme un second couteau, Quand il enregistrait à Berlin ou à Vienne, excusez du peu, c’est tout juste si on jetait un coup d’oreille à des disques qui ne semblaient pas nécessaires, quand l’écurie Deutsche Grammophon avait déjà Karajan et Bernstein en premier choix ! Quand il dirigeait à Bayreuth ou Salzbourg, même traitement, jamais il n’était digne de comparaison avec ses illustres aînés. J’exagère ? il serait amusant de relire les « reviews » de l’époque.

Je n’ai pas grand chose à rajouter à ce que j’ai déjà écrit sur James Levine :

Le roi est mort (9 décembre 2017) :

« Autre secousse dans le monde musical cette fois: la chute du roi du Metle chef d’orchestre américain James Levine, qui a été pendant 40 ans, de 1976 à 2016, le très respecté et admiré directeur musical de l’opéra de New York, est accusé, plusieurs décennies après les faits, d’abus sexuels sur de jeunes musiciens (lire James Levine suspendu du Met

Je ne connais pas les faits dont on accuse le chef d’orchestre (qui les nie : James Levine nie les allégations d’abus sexuels), je ne peux m’empêcher d’être frappé par la vague de puritanisme qui semble saisir l’Amérique de Trump.

Comprenons-nous bien, si les faits sont avérés, ils ne sont en rien excusables, mais pourquoi les victimes ont-elles attendu si longtemps, le retrait de Levine de la direction du Met et sa santé chancelante, pour se manifester ? Je n’aime pas ceux qui tirent sur une ambulance. Je n’aime pas cette Amérique oublieuse du talent des siens.« 

Dear Jimmy (16 juin 2016)

« La nouvelle est presque passée inaperçue, en dehors de la presse musicale. Le chef américain James Levine, qui fêtera son 73ème anniversaire dans quelques jours, a finalement quitté le poste de directeur musical du Metropolitan Opera de New York, le Met comme disent les initiés, qu’il occupait depuis 40 ans » 

Un essai de discographie

On veut espérer que l’opprobre qui s’était abattu sur le chef américain ne dissuadera pas ses éditeurs (principalement RCA/Sony et Deutsche Grammophon) de nous restituer une discographie assez considérable, tant sur le plan symphonique que dans le domaine lyrique.

Pour qui veut des documents qui attestent du rôle considérable (non, décidément, ce ne fut pas simplement une « figure ») que James Levine a joué au et pour le Met, deux coffrets, que j’avais achetés à la boutique du Metropolitan Opera, la dernière fois que j’ai eu la chance de me rendre à New York :

Je ne me lasse pas de revoir et réentendre ces documents, l’incroyable qualité d’ensemble d’un orchestre, celui du Met – aujourd’hui si martyrisé par la crise sanitaire – que Levine avait hissé à un niveau dont peu d’orchestres lyriques peuvent s’enorgueillir. Et l’aisance stylistique avec laquelle le chef se meut dans des ouvrages, des répertoires aussi divers que Mozart, Tchaikovski, Schoenberg, Berlioz ou Ravel…

En matière d’opéra, je me sens incapable de dresser une discographie sélective. Peut-être sortant d’un lot qui tutoie les sommets, un Eugène Onéguine de Tchaikovski, qui bénéficie d’une somptueuse Staatskapelle de Dresde et d’une fameuse équipe !

En matière symphonique, la branche italienne d’Universal avait publié il y a quelques années un généreux coffret qui donne une vue assez juste du talent de Levine, avec d’immenses réussites

Non Jimmy Levine n’était pas cette caricature d’Américain clinquant, brillant, extérieur. Le souffle qui parcourt ses Brahms, Schumann, Schubert ou Dvorak est irrésistible.

Ce coffret DGG est loin de regrouper tout ce que James Levine a gravé pour le label jaune, qui serait bien inspiré de lui rendre l’hommage qu’il mérite, par exemple en rééditant les 4ème et 5ème symphonies de Sibelius avec Berlin !

Je connais peu de 4ème de Sibelius aussi saisissantes, à part peut-être celle de Karajan en 1964.

La critique qui avait soit négligé soit regardé avec condescendance la seule intégrale des symphonies de Mozart jamais gravée par l’orchestre philharmonique de Vienne s’est heureusement ravisée à l’occasion des reparutions de ce corpus sous la baguette juvénile, ardente, parfois univoque, de James Levine !

Le jeune Levine est plutôt à trouver chez Sony/RCA, notamment pour Brahms ou Mahler, qui sont sans doute moins déterminants.

Passionnante et importante cette somme publiée par Oehms de « live » datant des années bavaroises de James Levine, lorsqu’il dirigea de 1999 à 2004 l’orchestre philharmonique de Munich

Ne pas oublier que James Levine avait été un pianiste prodige, et qu’il n’a jamais longtemps quitté le clavier.

Au festival de Verbier, il adorait animer l’orchestre des jeunes, et retrouver quelques amis (Pletnev, Kissin, Argerich, Angelich, Andsnes, Lang Lang…) pour de délicieuses extravagances pianistiques.

Les raretés du confinement (XI) : tristes Césars, Gainsbourg, Doria, Milhaud et la veuve de Karajan

Tristes Césars

Heureusement qu’il y eut Catherine Ringier, Alain Souchon, Benjamin Biolay – que des jeunes pousses de la chanson ! – pour donner un peu d’allure à une cérémonie qui n’en eut aucune : la 46ème édition des Césars était un ratage, une caricature, le comble de l’entre-soi, rien ni personne qui donne envie au public de retrouver le chemin des salles obscures. Lire ce texte de Nathalie Bianco (Un presque sans-faute)

En ce 13 mars, la culture n’est donc toujours pas déconfinée, et Roselyne Bachelot continue de croiser les doigts pour que les lieux de culture rouvrent…. dans le courant du deuxième trimestre !

2 mars : Gainsbourg et Brahms

Serge Gainsbourg (1928-1991) disparu il y a 30 ans a beaucoup emprunté à la musique classique. En particulier à Brahms, le 3ème mouvement de sa Troisième symphonie (pour Baby alone in Babylon). Lire : Les classiques de Gainsbourg) John Barbirolli dirige en 1967 les Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker

3 mars : La Veuve de Karajan

Je considère depuis longtemps Die lustige Witwe / La Veuve joyeuse comme un absolu chef-d’oeuvre. En ces temps si incertains, on ne se lasse pas d’écouter cette valse si érotique, si bienfaisante, par des interprètes aussi exceptionnels.: Elizabeth Harwood, René Kollo, Herbert von Karajan et les Berliner Philharmoniker

4 mars : Nelson et Martha dansent

Quand deux géants s’amusent avec le troisième mouvement – « Brasileira » – de Scaramouche de Darius Milhaud. Ça danse et ça chaloupe – et c’est d’une mise en place périlleuse. Et ça nous fait un bien fou sous les doigts complices du Brésilien Nelson Freire et de l’Argentine Martha Argerich :

5 mars : Verdi revisité

Quand les musiciens se prêtent aux petits et aux grands arrangements (lire Petits et grands arrangements) cela peut donner des résultats étonnants. Honneur aux Britanniques ou quand Charles Mackerras revisite Verdi avec le ballet The Lady and the Fool (1954) :

6 mars : Les matinées et les soirées de Benjamin B.

Quand Benjamin Britten « arrange » Rossini (lire Petits et grands arrangements) cela donne deux suites d’orchestre, l’une pour le matin, l’autre pour le soir ! Richard Bonynge dirige les Matinées et les Soirées musicales de Rossini/Britten :

7 mars : Capriol suite

Dans mon article (Petits et grands arrangements) j’aurais pu ajouter le nom du compositeur anglais Peter Warlock, de son vrai nom Philip Heseltine, né en 1897, mort prématurément à 36 ans en 1930 (suicide ou accident ?), auteur d’une Capriol Suite (1926) inspirée de l’Orchésographie du compositeur français Thoinot Arbeau (1520-1595).

Neville Marriner dirige « son » Academy of St Martin in the Fields

8 mars : atout cheffes

Ce n’est pas parce que les cheffes d’orchestre sont moins nombreuses que les hommes qu’elles ont moins de talent ! Revue non exhaustive dans ce billet : Atout cheffes/ Un disque redécouvert dans ma discothèque, Tchaikovski dirigé par la cheffe britannique Sian Edwards, la fougue romantique de Roméo et Juliette :

9 mars : hommage à Renée Doria

J’ai toujours aimé cette voix si française. Renée Doria. Telle une ombre légère, est partie rejoindre les étoiles, quelques semaines seulement après avoir fêté ses 100 ans.

10 mars : La Grande Duchesse

L’une des plus impérissables incarnations de La Grande Duchesse de Gérolstein d’Offenbach, Dame Felicity Lott. Marc Minkowski dirige Les Musiciens du Louvre

11 mars : Astor Piazzolla et Liège

Astor Piazzolla est né il y a cent ans le 11 mars 1921 à Mar Del Plata (Argentine).En mars 1985, il crée à Liège avec l’ Orchestre Philharmonique Royal de Liège son célèbre concerto pour bandonéon et guitare.

Les classiques de Gainsbourg

Eh oui ! Serge Gainsbourg, mort il y a trente ans, le 2 mars 1991, était un emprunteur. Il n’a jamais renié son amour de la musique classique (« J’aime la grande musique. Moi je fais de la petite musique. De la musiquette. Un art mineur. Donc j’emprunte »), ni a fortiori les sources d’inspiration de plusieurs de ses chansons (une vingtaine au moins).

Il en parle dans le beau documentaire – Gainsbourg, toute une vie – diffusé vendredi dernier sur France 3 (qu’on peut encore revoir sur france.tv).

Max Dozolme en parlait ce matin sur France Musique : Gainsbourg au piano avec Chopin.

Nous l’avions illustré à Liège, lors d’une fête de la musique mémorable, en 2009 (lire l’article de Sylvain Rouvroy sur ResMusica : Salut Gainsbourg !) : dans la même soirée, une quinzaine de chanteurs s’étaient succédé sur la scène de la Salle Philharmonique de Liège, puis l’Orchestre philharmonique de Liège dirigé par Jean-Pierre Haeck avait joué cinq extraits « classiques ».

Je ne vais pas me livrer à une recension exhaustive des « emprunts » classiques de Gainsbourg, mais plutôt souligner les moins connus ou les plus originaux.

  1. Poupée beethovénienne

La plus célèbre des chansons de Gainsbourg pour France Gall, Poupée de cire, Poupée de son (1965)

a un furieux air de parenté avec l’un des thèmes du dernier mouvement de la 1ère sonate pour piano de Beethoven. La preuve : écouter Daniel Barenboim à 0’38

2. My Lady sur un marché persan

Gainsbourg, pour son sulfureux Lady Heroïne, va chercher une mélodie chez le Britannique Albert Ketelbey (1875-1959), auteur à succès de musiques « exotiques », comme Sur un marché persan à écouter à partir de 1’45 »

3. La chanson perdue de Solveig

Enregistrée en concert, dans la ville natale de Grieg, par l’excellent orchestre de Bergen et son excellent chef Edward Gardner, la chanson de Solveig, faisant partie de la musique de scène de Peer Gynt, est à entendre à 14’50.

4. Jane et Frédéric

Chopin a inspiré plusieurs des mélodies de Gainsbourg, et pas nécessairement les pièces les plus connues. Ainsi le 4ème des Préludes op.28, si mélancolique, donne Jane B. en 1969

5. La Tristesse de Charlotte

Lemon Incest s’inspire directement de la plus célèbre des Etudes de Chopin, la 3ème de l’opus 10, surnommée « Tristesse »

6. Chopin dépressif

Toujours Chopin dans Dépression au-dessus du jardin

Cette fois c’est la 9ème des études de l’opus 10 qui est convoquée. Ici sous les doigts inimitablement poétiques d’Artur Rubinstein

7.8. Son Nouveau Monde

Gainsbourg utilise, à deux reprises, des thèmes de la Symphonie n°9 dite « du Nouveau monde » de Dvorak.

Le moins évident des emprunts – dans le 4ème mouvement de la symphonie – se trouve dans le film Le Pacha de Georges Lautner (1968) et la chanson Requiem pour un con que Gainsbourg chante et joue devant Jean Gabin

à partir de 0’22 »

Pas non plus immédiate la référence au Nouveau monde dans Initials BB

on repère l’emprunt à 4’45 »

9. Lou Appassionnata

Le rapport entre cette chanson et Beethoven ? Pas évident du tout. Mais Gainsbourg qui connaissait ses classiques trouve le thème du refrain de cette chanson dans l’un des thèmes de la sonate n°23 dite « Appassionata » de Beethoven…

Et pour finir cette liste non limitative, le plus célèbre des emprunts gainsbourgiens à la musique classique :

Brahms et le charme mélancolique du troisième mouvement de sa 3ème symphonie ne pouvaient pas ne pas séduire Gainsbourg.

J’ai pour cette intégrale viennoise de John Barbirolli une tendresse toute particulière, même s’il y a bien des versions plus idiomatiques (lire Barbirolli le Viennois)

Le Chopin de Rafael

Commandé il y a quelques semaines, j’ai enfin reçu ce double CD, si attendu.

Ce n’est ni le premier, ni le dernier billet que je consacre au pianiste andalou Rafael Orozco (1946-1996) : lire Un grand d’Espagne.

Voilà bien l’un des plus grands musiciens du siècle passé, un pianiste qui, depuis ma première rencontre avec lui (les concertos de Rachmaninov), n’a cessé de me surprendre, de m’émouvoir, de susciter une admiration toujours renouvelée, quelque soit le répertoire dans lequel je l’écoute.

En 2015, j’écrivais : il n’aura jamais la carrière discographique que son talent et sa personnalité hors normes auraient dû lui ouvrir. On en est réduit à rechercher ici et là, sur les sites de téléchargement, des Mozart, des Chopin enregistrés pour la bEMI, Albeniz et Falla gravés pour Valois/Auvidis (qui les ressort au compte-gouttes). Un conseil : dès que vous trouvez un enregistrement d’Orozco, achetez-le, écoutez et réécoutez-le/…./Qui nous restituera un jour le legs discographique de ce grand d’Espagne, trop tôt disparu ?« 

Chopin ressuscité

Depuis 2015, la situation n’a guère évolué. C’est dire si ce double CD édité par Warner est plus que bienvenu. Jean-Charles Hoffelé y explique d’ailleurs les raisons d’une discographie erratique. D’abord EMI Londres, après le fulgurant succès d’un pianiste de 19 ans au prestigieux Concours de Leeds, puis, cornaqué par Alexis Weissenberg et son impresario, l’incontournable Michel Glotz, la branche française d’EMI, avant que Philips ne lui offre quelques très belles sessions (dont ne subsistent, disponibles, que les concertos de Rachmaninov avec Edo de Waart). Puis Valois/Auvidis. Et depuis sa mort prématurée en 1996, des suites d’une maladie qui a emporté tant de ses contemporains, les labels successifs de Rafael Orozco l’ont oublié, nous privant d’un héritage discographique où absolument rien n’est secondaire ou négligeable. Alors je repose la question : Warner (pour EMI) et Decca (pour les disques Philips) ne pourraient-ils enfin nous restituer les trésors qui dorment dans leurs placards ?

J’avais déjà réussi à trouver les Etudes de Chopin en CD il y a quelques années, au sommet de ma discothèque (avec l’opus 25 de Geza Anda), captées sous l’égide de Michel Glotz, salle Wagram à Paris en 1970 et 1971.

Je découvre aujourd’hui les Préludes, enregistrés au lendemain de Leeds, en décembre 1967, à Londres (l’opus 45 et l’opus posthume le seront à Paris en 1971).

D’autres diraient mieux que moi les caractéristiques de l’art pianistique de Rafael Orozco. Dans ces Préludes de Chopin, il n’emporte pas tout sur son passage comme une Martha Argerich, il ne creuse pas chaque sillon comme un Claudio Arrau, il ne surligne pas le romantisme de ce « journal de Majorque » comme tant de ses confrères. Il fait ce qu’il a toujours fait, une technique superlative au service exclusif du texte, la densité d’une sonorité jamais forcée, d’où sourdent immanquablement tendresse et émotion retenue.

C’est bien pourquoi on réclame que les autres Chopin de Rafael le magicien nous soient restitués

Je signale – parce que je l’ai trouvé récemment sur un site espagnol – un « live » du second concerto de Brahms, indispensable comme tout ce qu’on peut trouver de Rafael Orozco :

Les raretés du confinement (VII) : Cziffra, Brel, la fièvre de Lehar, le Chopin d’Askenase, le Boeuf sur le toit etc.

22 janvier 2021 : Romances latino

Warner avait publié un beau coffret récapitulatif des quinze années (2002-2016) que Martha Argerich a passées, chaque été, à Lugano : Martha Live

Une véritable malle aux trésors où le connu (le coeur de répertoire de la pianiste argentine) côtoie beaucoup d’inconnu. Ainsi ces délicieuses romances de Carlos Guastavino (1912-2000), un des compatriotes de Martha Argerich.

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Des romances jouées à Lugano par Martha Argerich et le pianiste cubain Mauricio Vallina (présent sur la photo ci-dessus prise à Liège en novembre 2001, avec Armin Jordan)

21 janvier 2021 : Le Chopin de mon enfance

Souvenir d’enfance, le premier disque Chopin vu à la maison, le cliché absolu de la musique classique. Mais un pianiste dont je n’ai jamais oublié le nom : Stefan Askenase naît polonais le 10 juillet 1896 à Lemberg/Lvov/Lviv, meurt belge à Cologne le 18 octobre 1985. Son Chopin semble venir en droite ligne du compositeur lui-même. Il a pour moi un parfum d’éternité

20 janvier 2021 : La bannière étoilée

Jour de fête aux Etats-Unis, le 46ème président, Joe Biden, est officiellement installé, la première vice-présidente de l’histoire de la démocratie amércaine, Kamala Harris, a prêté serment : Inauguration

L’hymne national américain The Star-Spangled Banner a été cité par Puccini (dans Madame Butterfly) , revu par Stravinsky (et Jimi Hendrix), et transcrit pour piano par Rachmaninov lui-même en 1918.

19 janvier 2021 : des chansons de négresses

Poursuivant sur ma lancée, illustrative de l’activité du Groupe des Six (lire Groupe de Six), je livre cette absolue rareté dans l’oeuvre surabondante de Darius Milhaud et dans la discographie de l’interprète.Un cycle de mélodies bien peu « politiquement correct », intitulé : Trois Chansons de négresse, sur des poèmes de Jules Supervielle, créé en 1936. Ici l’immense Brigitte Fassbaender en public, accompagnée par Irvin Gage.

18 janvier 2021 : la valse de Nelson et Martha

Je ne me lasse jamais d’entendre Martha Argerich (lire La reine dans ses oeuvres), de surprendre comme ici sa fabuleuse complicité avec son ami de toujours Nelson Freire. La Valse de Ravel a-t-elle jamais été plus sensuelle ?

17 janvier 2021 : un violon sur le toit

Comme promis hier, je tire de ma discothèque un disque devenu rare, enregistré en 1980 pour Philips, où Riccardo Chailly (27 ans à l’époque) accompagne Gidon Kremer (32 ans) dans un programme aussi rare d’oeuvres pour violon et orchestre, dont la version du Boeuf sur le Toit (1920) de Darius Milhaud, pour violon et orchestre.Ici une vidéo contemporaine de l’enregistrement, une captation en public avec le chef russe Woldemar Nelsson (1938-2006) passé à l’Ouest en 1976.

16 janvier 2021 : le Boeuf sur le toit

La neige, le couvre-feu à l’heure où le soleil d’hiver se couche me donnent une furieuse envie d’Amérique du Sud, celle que Darius Milhaud (1892-1974) a rapportée dans sa musique après son séjour au Brésil comme secrétaire de Paul Claudel, ambassadeur de France à Rio de Janeiro.Il compose plusieurs versions de son célèbre Boeuf sur le toit (1920), une version pour violon et orchestre (Cinéma-fantaisie) que je diffuserai demain, et puis la version purement orchestrale, la plus connue. Comment résister au swing de Leonard Bernstein dirigeant, en 1976, l’ Orchestre national de France ?

15 janvier 2021 : le cadeau du père

En 1957, Dmitri Chostakovitch écrit son 2ème concerto pour piano pour le 19ème anniversaire de son fils Maxim, qui le crée pour ses examens au Conservatoire de Moscou. Le mouvement lent est romantique en diable. Ici Leonard Bernstein dirige du piano l’Orchestre philharmonique de New York (1962)

14 janvier 2021 : les flots du Danube

Quand le tube du concert viennois de Nouvel an – Le beau Danube bleu – est confié au piano, à l’orgue ou à l’accordéon (lire Le Danube en blanc et noir/) ça donne quelques merveilles, comme cette captation en concert de l’époustouflant Mikhail Pletnev

13 janvier 2021 : la Nuit transfigurée

Zubin Mehta a tellement enregistré que, dans le flot des reparutions (lire: Felix et Zubin), on néglige de s’attarder à ce qui ne paraît pas a priori comme son coeur de répertoire. Et on a tort ! La preuve cet unique enregistrement de studio de la Nuit transfigurée (Verklärte Nacht) de Schoenberg, réalisé avec le Los Angeles Philharmonic en 1976.

12 janvier 2021 : loin de la Veuve joyeuse

Le 9 janvier, j’évoquais l’un des tubes de l’auteur comblé de La Veuve joyeuse, Franz Lehar (1870-1948), la valse L’Or et l’argent, et son interprète d’élection, Rudolf Kempe (lire L’Or et l’Argent ). Ce nouveau disque de mon cher Ed Gardner met en lumière un aspect beaucoup moins connu de l’oeuvre de Lehar, un cycle de mélodies avec orchestre écrit durant la Première Guerre mondiale, dont le titre est explicite : Aus eiserner Zeit. La cinquième de ces mélodies est intitulée Fieber (Fièvre) et écrite pour ténor. On est loin des viennoiseries légères, beaucoup plus près de Schoenberg, Korngold ou Zemlinsky. Un disque à paraître début février.

11 janvier 2021 : Hollywood en 12 CD

En 12 CD, un fabuleux voyage dans les studios de Hollywood grâce aux musiques de Korngold, Newman, Herrmann, Steiner, Waxman, Tiomkin, sous la houlette d’un exceptionnel producteur, et chef d’orchestre, Charles Gerhardt. A découvrir ici : Monsieur Cinéma

10 janvier 2021 : Liszt, Brel, Cziffra

J’ai eu la chance de voir une fois dans ma vie, à Poitiers, Cziffra en récital. Je n’ai jamais compris comment il parvenait à cette pyrotechnie digitale qui était autant musique que démonstration de virtuosité. Singulièrement dans le piano de Liszt.Ici dans la 6ème Rhapsodie hongroise de Liszt. Le thème qu’on entend à 2’12 a été emprunté par Jacques Brel dans sa célèbre chanson « Ne me quitte pas » (… » je t’offrirai des perles de pluie »…)