En moins de deux semaines, j’aurai vu deux grands classiques du roman français sur scène ou à l’écran : Le Rouge et le noir à l’Opéra Garnier, et Illusions perdues au cinéma Utopia de Pontoise.
Le Rouge et le Noir
Il paraît qu’on ne pouvait refuser au vieux chorégraphe Pierre Lacotte ce clou de sa carrière à l’Opéra de Paris, l’adaptation pour le ballet du célèbre roman de Stendhal, le Rouge et le noir. Un long, très long ballet, sur des musiques de Massenet.
Certes le public en a pour son argent : peu de spectacles de danse aujourd’hui peuvent rivaliser avec la distribution réunie par l’Opéra de Paris. Toute la troupe, des étoiles aux petits élèves de l’école de danse, ont été sollicités. Mais je peine à croire qu’on ait mis autant de forces, d’énergie, de talents… et d’argent dans une « création » qui rassemble absolument tous les poncifs que véhicule la danse « classique ». Comme un immense documentaire sur la tradition du ballet romantique à la française.
Je ne connais pas celui qui a fait la critique du spectacle pour ResMusica (Le Rouge et le Noir à l’opéra de Paris : contrasté), mais je partage son constat, et n’ai pas la même indulgence que lui pour le maître d’oeuvre. Réserves aussi sur une direction musicale bruyante et banale.
Il faudrait que je revoie le film de 1954 avec Gérard Philipe et Danielle Darrieux.
Le rouge et le noir, Affiche
Illusions perdues
Après Stendhal, Balzac ? Que pouvait-on attendre (ou craindre) d’un film en costumes, même signé Xavier Giannoli, portant le titre de l’un des plus célèbres romans de Balzac Illusions perdues ?
Autant j’ai peu apprécié – euphémisme – Le Rouge et le Noir vu et revu par M. Lacotte, autant j’ai aimé, beaucoup aimé, ce film somptueux de 2h40 qui, pour l’essentiel, s’appuie sur le volet central du triptyque de Balzac Un grand homme de province à Paris. Une vraie, grande réussite. Fidèle à l’esprit et même à la lettre de Balzac, même si d’aucuns ont décelé chez le réalisateur une volonté, selon eux trop appuyée, de dresser des parallèles avec l’époque actuelle (Macron un Rubempré du XXIème siècle ?).
Benjamin Voisin est formidable, comme toute la distribution d’ailleurs, Vincent Lacoste, Xavier Dolan, Depardieu… Mention spéciale pour Cécile de France, qui compose une Louis de Bargeton toute de pudeur et de retenue.
On va aussi se remettre à Balzac, un peu délaissé depuis les années étudiantes.
Quinzaine plombante, les disparitions de deux géants Bernard Haitink et Nelson Freire n’ont pas fini de nous remuer.
Pour en sortir, j’ai repéré dans ma DVD-thèque deux visions extrêmement réjouissantes de la relève des générations montantes de musiciens. Des DVD regardés distraitement naguère, qui sont le meilleur remède à la mélancolie ambiante.
Les jeunes Vénézuéliens à Salzbourg
D’abord ce concert de 2013 au festival de Salzbourg, avec l’orchestre et les choeurs des jeunes Vénézuéliens du Sistema.
Je veux d’abord penser à ce pays magnifique, le Vénézuéla, qui nous a donné tant de musiciens de premier plan, plongé depuis des années dans un chaos politique et économique effrayant (lire Le malheur du Venezuela).
Je n’ai pas pu décrocher une seconde de ce fabuleux moment. Toutes les références qu’on peut avoir par exemple de la Première symphonie de Mahler tombent devant l’extraordinaire engagement de ces fiers musiciens.
Evidemment on les attendait dans leurs tubes, comme cet irrésistible Mambo de West side story de Bernstein
Boulez et l’Académie de Lucerne
Autre document retrouvé dans un coffret d’hommage à Pierre Boulez :
A vrai dire, je n’avais pas repéré dans ce coffret mêlant concerts et documentaires, un film passionnant réalisé durant l’été 2008 à LucerneInheriting the future of music
Or j’avais assisté à une partie de cette formidable aventure qui avait rassemblé jeunes musiciens et jeunes compositeurs autour de la figure tutélaire et si bienveillante de Pierre Boulez :
« En septembre 2008 je me rendis à Lucerne, où il animait cette phénoménale Académie d’été autant pour les jeunes musiciens que pour les compositeurs. Je lui avais demandé de m’accorder quelques instants, il m’accueillit durant tout un après-midi dans la modeste chambre qu’il occupait dans un hôtel un peu old fashioned sur les bords du Lac des Quatre-Cantons, très exactement en face de la villa de Tribschen où Wagner avait coulé quelques mois heureux (et composé notamment sa Siegfried-Idyll). Aucune fatigue chez cet homme de 83 ans qui dirigeait le soir même un programme colossal » (6 janvier 2016)
On verra dans ce documentaire un jeune homme de 83 ans, qui ne paraît jamais gagné par la fatigue ou la lassitude. On y verra aussi les figures de chefs aujourd’hui établis – Pablo Heras Casado – de compositeurs admirés, le doyen Peter Eötvös et le fringant quadragénaire Ondrej Adamek.
Intéressant aussi de comprendre l’évolution de la musique contemporaine : ainsi on voit le travail des jeunes chefs et de leurs mentors autour d’une oeuvre emblématique de la musique du XXème siècle, Gruppen de Stockhausen, pour trois orchestres symphoniques, créée en 1958 à Cologne sous la triple direction du compositeur, de Bruno Madernaet de… Pierre Boulez.
Quelques semaines après ma rencontre à Lucerne avec Pierre Boulez, l’Orchestre philharmonique royal de Liège et son chef d’alors, Pascal Rophé, avaient ouvert le festival Musica deStrasbourg, avec Gruppen (les trois chefs requis étaient Pascal Rophé bien sûr, Jean Deroyer – qu’on aperçoit dans le documentaire ! – et Lukas Vis). Je comprends que l’oeuvre fascine les chefs qui la travaillent et qui ensuite la dirigent. L’extraordinaire complexité de l’oeuvre n’en débouche pas moins, pour moi, sur une caricature de ce que la « musique contemporaine » pouvait représenter de plus intimidant, repoussant même, pour le public. Tout ça pour ça, ai-je envie de dire !
De ce concert strasbourgeois, j’ai beaucoup plus retenu – et le public aussi ! – la création de Vertigo, une oeuvre concertante pour deux pianos et orchestre, de celui qui aurait eu 40 ans cette année, le surdoué Christophe Bertrand, qui s’est donné la mort à 29 ans le 10 septembre 2010…
Voici ce qu’on pouvait lire ce matin sur le site de la plus grande chaîne privée de la télévision brésilienne Globo-TV :
Le corps du pianiste Nelson Freire sera inhumé ce mercredi (3) à Boa Esperança (MG). Le musicien sera inhumé dans la tombe où reposent ses parents, au cimetière municipal de la ville. Le corps est arrivé en début d’après-midi à l’aéroport de Varginha, d’où il se rendra à Boa Esperança, la ville natale de Freire. Le corps de Nelson Freire est parti vers 11h30 de l’aéroport Santos Dumont, à Rio de Janeiro. Le transfert est effectué par le service d’incendie de Minas Gerais. L’avion a atterri vers 13h à Varginha. Désormais, le corps du musicien sera transporté à Boa Esperança par l’un des salons funéraires de la ville. Le trajet fait environ 70 km et devrait durer entre 1 et 2 heures. La ville de Boa Esperança a publié le calendrier des funérailles de Nelson Freire. Le corps sera reçu à l’entrée de Boa Esperança par la garde municipale, la police civile et la police militaire. Les pompiers seront également présents et conduiront en procession le corps du pianiste dans l’un de ses camions jusqu’au Boa Esperança Sports Club, où il sera surveillé. Les hommages ont été préparés par la Société musicale Lira Esperancense, par l’Académie des lettres de Dorense et par les anciens élèves de l’école de musique Nelson Freire. Le gouvernement du Minas Gerais a publié une note déplorant la mort du pianiste. Le sous-secrétaire d’État à la Culture, Maurício Canguçu, représentera le gouvernement lorsde l’enterrement.
L’enfant de Boa Esperança repose pour toujours dans sa terre natale, au côté de ses parents et de sa soeur.
Un premier hommage musical lui a été rendu au théâtre municipal de Rio de Janeiro
La disparition brutale de Nelson Freire le 1er novembre a suscité une vague d’émotion comme je ne me rappelle pas en avoir connu lors d’autres décès de musiciens célèbres. Comme si chacun de nous avait été touché au coeur, comme la perte d’un ami cher ou d’un membre de notre famille.
Depuis lundi, comme bien d’autres j’imagine, j’ai réécouté, retrouvé des enregistrements connus ou moins connus du pianiste brésilien. YouTube est une mine de ce point de vue, et même si la qualité des captations est parfois précaire, ces vidéos nous restituent si intensément ce qu’était l’art de Nelson Freire, quel fabuleux musicien il était.
Nelson Freire continue ainsi de vivre en nous, pour nous.
Même les géants finissent par mourir. Ce 1er novembre c’est l’un des musiciens les plus admirés, l’un des pianistes les plus admirables, et surtout une personne humaine infiniment aimable et aimée, qui nous a quittés : Nelson Freire.
Je l’avais invité à Montpellier en juillet 2019, dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier. Il avait renoncé au dernier moment. Je ne pouvais pas lui en vouloir, lui qui, en d’autres temps et d’autres lieux (les Liégeois, entre autres, s’en souviennent) nous avait comblés de tant de merveilles.
Je reproduis ici les deux articles que je lui avais consacrés, où je dis mes souvenirs de lui, et tout ce qu’il nous laisse ;
Je m’aperçois que je ne l’ai jamais évoqué sur ce blog, alors que je l’admire depuis si longtemps. J’avais manqué – pour cause de fête de famille (L’eau vive) – un concert que j’avais pourtant contribué à organiser, que France Musique a eu l’excellente idée de diffuser hier soir. Nelson Freirejouait le 4ème concerto pour piano de Beethoven, accompagné – le terme est impropre, tant l’osmose entre soliste, chef et orchestre était évidente – par Louis Langrée et l’Orchestre National de France (qui proposait, en seconde partie, un Pelléas et Mélisande de Schoenberg d’anthologie).
J’ai tant de souvenirs avec ce magnifique musicien. Rien de ce qu’il est, de ce qu’il joue, ne m’a jamais laissé indifférent ou déçu. Il suffit de l’avoir vu, rencontré une fois, il suffit de voir la photo qui orne la pochette ci-dessus, pour entrer définitivement en sympathie avec lui. Et ne plus avoir envie de jouer les critiques, de comparer telle version d’il y a trente ans et un remake plus récent. Ci-dessous, j’ai simplement mis en avant quelques disques de chevet, mais je n’en exclus aucun autre.
Ma première rencontre professionnelle avec Nelson Freire remonte à 1987. Pour célébrer le centenaire de la naissance d’Heitor Villa Lobos, j’avais été chargé de monter un programme un peu exceptionnel avec l’Orchestre de la Suisse romandeau Victoria Hall à Genève. En faisant quelques recherches dans la phonothèque de la Radio suisse romande, je tombe sur une bande copiée d’un disque enregistré dès 1948 par Ernest Ansermet et l’OSR… du 1er concerto pour pianode Villa Lobos, une commande de la pianiste canadienne Ellen Ballon au compositeur brésilien.
Le plus grand pianiste brésilien vivant étant Nelson Freire, je pense immédiatement à lui pour rendre cet hommage à Villa Lobos, dont il a déjà enregistré quelques pièces.
Mais ni lui, ni aucun autre pianiste d’envergure n’a ce concerto à son répertoire. Nelson accepte, sans discuter, d’apprendre l’oeuvre pour le concert – et accepte une diffusion en direct et sur les radios membres de l’UER !
Je devrai attendre quelques années pour réinviter Nelson Freire. À Liège il nous offre un mémorable récital Chopin en 2004.
Quelques mois plus tard, pour un concert de gala, il remplace Maria Joao Pires qui a annulé pour je ne sais plus quelle (mauvaise) raison, et nous fait entendre le plus beau « Jeunehomme » – le 9ème concerto pour piano de Mozart – que j’aie jamais entendu en concert !
Longtemps erratique, sa discographie s’est heureusement enrichie depuis quelques années grâce à Decca. Quantité de disques admirables, où rayonne suprêmement l’art d’un musicien singulier. Un coup de coeur peut-être pour celui-ci
Mais on ne m’en voudra pas de revenir à une série d’enregistrements plus anciens, que j’avais patiemment collectionnés, dès que je les trouvais, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, plus rarement en France, et qui sont aujourd’hui tous réédités. Ils sont tous indispensables !
Et bien sûr ces 2 CD miraculeux… ou quand deux amis se rejoignent sur les cimes du génie !
Au début de ce mois, j’évoquais la personnalité, le talent singulier, d’un pianiste depuis si longtemps admiré, Nelson Freire(voirL’admirable Nelson)
(Photo Eric Dahan)
Je viens d’acheter un CD paru il y a un petit mois, des archives de radio allemandes.
C’est un magnifique ajout à la discographie, longtemps erratique, du pianiste brésilien. Les fans de Nelson Freire connaissaient déjà le DVD d’un concert capté en 1983 à Lugano avec ce 2ème concerto de Saint-Saëns, dirigé par le regretté David Shallon.
Tout ce qu’on aime dans ce concerto – chic, virtuosité, panache, humour – Nelson Freire le prodigue au plus haut degré.
On retrouve tout cela, trois ans plus tard, à Berlin, dans le « live » publié sur ce CD, cette fois aux côtés d’Ádám Fischer.
Je viens de terminer deux bouquins, de lire des extraits de plusieurs autres, qui parlent de politique, et comme par hasard de l’élection présidentielle de 2022 (pourquoi, dans la plupart des médias, l’usage systématique du pluriel « élections présidentielles » ? on ne vote que pour un seul président, au contraire des élections municipales, départementales, régionales ou législatives !).
Je vais continuer à m’abstenir d’évoquer ici cette échéance – j’ai failli écrire « déchéance ».
Grâce aux réseaux sociaux, j’en avais suivi pas à pas le projet, puis sa réalisation : Adrien Goetz vient de publier un livre magnifique… et unique.
Cet ouvrage dévoile pour la première fois les restaurations récentes et l’ameublement actuel des résidences présidentielles, du palais de l’Elysée à ces sites mythiques et encore très secrets que sont le pavillon de la Lanterne à Versailles et le fort de Brégançon sur la Côte d’Azur. Lieux de représentation et de retrait, machines de gouvernement et boîtes à secret, décors de réception et de solitude, de cérémonie et d’action, théâtres de la grande et de la petite histoire, ces monuments ont remplacé la galerie des Glaces, ils sont des miroirs qui racontent une histoire de France. C’est là que se déploie aujourd’hui l’excellence des artistes et des artisans travaillant pour le Mobilier national et les manufactures qui perpétuent la grande tradition française des arts décoratifs (Présentation de l’éditeur)
Unique, parce que je ne pense pas qu’il ait d’antécédent ni d’équivalent. Unique aussi par la richesse et la beauté des photographies d’Ambroise Tézenas qui s’attarde sur mille détails ornementaux, nous fait pénétrer dans des lieux, des pièces, qu’on ne voit jamais à la télévision lorsque l’actualité traite de l’activité du président de la République. L’actuel président et son épouse – qui n’est pas pour rien, c’est un euphémisme, dans le grand coup de jeune qui a été donné à l’Elysée – ne sont ni montrés, ni même cités dans cet ouvrage qui n’est pas, ne peut pas être pris pour complaisant à l’égard de l’actuel locataire de ces résidences présidentielles !
Il se trouvera bien quelques grincheux pour trouver un tel ouvrage inutile ou trop cher (65 € ce n’est pas bon marché certes, mais le contenu et la qualité de l’édition les valent). Il y aura probablement beaucoup d’acheteurs attirés par la curiosité – et j’en fais partie ! – Ils découvriront le lien, souvent ignoré ou mésestimé, entre les nécessités de confort et d’adaptation aux fonctions des hôtes de ces lieux, et la promotion, la préservation, de métiers, d’artisanats, le soutien à la création artistique qui résulte des décisions d’aménagement de ces maisons présidentielles.
L’histoire a retenu le rôle de Georges et Claude Pompidou dans la modernisation de la partie privée du palais de l’Elysée. Comme le salon commandée à Pierre Paulin (1927-2008) – j’ai eu le privilège, il y a quelques mois, de saluer sa veuve à Montpellier.
Mobilier contemporain que Valéry Giscard d’Estaing s’était empressé de faire remiser dans les caves du Mobilier National.
Lors d’une cérémonie amicale au ministère de la Culture il y a quelques mois, Roselyne Bachelot n’avait pas été peu fière de nous montrer son bureau de ministre, qui n’est autre que celui que François Mitterrand, président de la République, avait commandé au même Pierre Paulin.
Pour qui s’intéresse à l’Elysée et à ses locataires successifs, un indispensable – actualisé et désormais disponible en poche – dû à mes amis Jacques Santamaria et Patrice Duhamel
Quant à l’auteur de ces Résidences présidentielles, Adrien Goetz, je dois avouer que je l’ai d’abord découvert comme auteur d’intrigues policières qui sont toujours le prétexte à de passionnantes excursions historiques et/ou artistiques.
On est tombé sur cette « nécro » dans Le Point de cette semaine :
C’est là qu’on mesure les effets de la disparition de celui qui fut la plume musicale de l’hebdomadaire depuis 1976, le très regretté André Tubeuf. Mauvais copié-collé d’une dépêche d’agence, clichés en sus! Mais omettre le coeur de la vie et de la carrière de Bernard Haitink (1929-2021), l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam – il en fut le directeur musical durant 25 ans de 1964 à 1988 – il faut quand même le faire !
On a déjà cité dans l’article Bernard Haitink1929-2021 le beau coffret « symphonique » laissé par le chef hollandais avec « son’ orchestre :
des intégrales des symphonies de Beethoven, Bruckner, Mahler, Schumann, Tchaikovski, excusez du peu, et toujours avec un fabuleux orchestre capté par les ingénieurs du son de Philips dans la glorieuse acoustique de la « maison des concerts » (Concertgebouw) d’Amsterdam.
La radio néerlandaise a publié au fil des ans une série de coffrets de captations « live » de l’orchestre par décennie sous les baguettes les plus prestigieuses qui ont défilé à Amsterdam, ainsi que des anthologies avec leurs directeurs musicaux successifs.
A l’occasion du 125ème anniversaire de sa fondation, l’orchestre royal du Concertgebouw a regroupé ces parutions en deux forts coffrets d’un total de 152 CD, exclusivement constitués de prises de concert ! Voir les détails ici : Concertgebouw Amsterdam 125
C’est dans ces derniers que j’ai recherché des captations qui pouvaient restituer le plus fidèlement l’art de Bernard Haitink.
Tous les admirateurs de Mahler et de Haitink ont depuis longtemps thésaurisé en CD et en DVD ces concerts de Noël :
Il y a assez peu de documents vidéo disponibles des jeunes années de Bernard Haitink, mais dans cette Septième de Beethoven, le chef octogénaire en remontrerait à plus d’un jeune confrère !
Il y a des compositeurs, des oeuvres, que Bernard Haitink a enregistrés tout jeune, mais jamais repris par la suite, comme les 7ème et 8ème symphonies de Dvorak:
ou Haydn :
J’ai déjà évoqué le goût de Haitink pour la musique française. Il faut absolument écouter les Debussy et Ravel gravés à Amsterdam.
Je découvre cette vidéo de la Symphonie fantastique, émouvante bien sûr, parfaitement exécutée, orchestre admirable évidemment, mais il y manque ce grain de folie qui rend l’oeuvre irrésistible.
Je ne résiste pas au plaisir de montrer ce document, vu et revu si souvent, où un Artur Rubinstein de 86 ans joue aux côtés d’un chef tout juste quadragénaire, le concerto qu’il a le plus souvent joué dans sa carrière de concertiste. Histoire de rappeler aussi l’exceptionnel Brahmsien qu’était Haitink.
Diapason consacre, dans son numéro de novembre, un important dossier à Camille Saint-Saëns, mort il y a un siècle le 16 décembre 1921.
Dans la foulée des articles déjà consacrés au compositeur français (Saint-Säens #100 Les Symphonies, Les Concertos pour piano, L’anthologie Warner), j’aimerais distinguer quelques-uns des trésors, trop rarement joués et enregistrés, de sa musique de chambre. Qui sont bien loin des clichés d’académisme qui s’attachent trop souvent à Saint-Saëns.
Ainsi son unique quatuor avec piano, et son finale presque tzigane
Ainsi son septuor pour trompette, piano et cordes et cet exercice de style fugué :
Ainsi les trois sonates tardives pour bois, données l’été dernier au Festival Radio France, par la fine fleur des jeunes lauréats de concours internationaux.
Et bien sûr quand on pense musique de chambre vient immédiatement à l’esprit l’oeuvre sans doute la plus célèbre de Saint-Saëns, son Carnaval des animaux.
Ne pas oublier que Saint-Saëns est l’auteur de l’une des premières musiques de film L’assassinat du duc de Guise
Je voulais le faire au moment où l’on a annoncé la mort de Bernard Haitink. Forumopera m’ayant demandé entre temps de faire le portrait du nouveau directeur général de l‘Opéra Comique, Louis Langrée, je reproduis ici le texte publié ce matin sur le site de Forumopera.
Dans le milieu musical – c’est vrai aussi en politique ! – les mots « ami » et « amitié » sont suspects. C’est fou le nombre d’amis qu’on peut avoir quand on est en position de pouvoir ou d’influence, quant à l’amitié on la sert à peu près à toutes les sauces.
Je connais Louis depuis le mitan des années 90. Je l’avais applaudi au théâtre des Champs-Elysées en 1997, un spectacle de Ursel et Karl-Ernst Herrmann Ombra felice, la même année à Orange dans Lucia di Lammermoor (à la tête du Philharmonique de Radio France), en 1994 dans Les Brigands d’Offenbach à l’Opéra Bastille (tiens une mise en scène de Jérôme Deschamps !). Quand je dis « je connais », j’ai apprécié le chef sur scène ou dans la fosse, et même en 1998 quand France Musique diffuse en direct le spectacle inaugural de son mandat de directeur musical de l’Opéra de Lyon – où la chaîne musicale de Radio France vient de passer une semaine de directs de l’amphithéâtre (Stéphane Degout, Karine Deshayes ou Stéphanie d’Oustrac s’en souviennent) – c’est Ariane et Barbe-Bleue de Dukas (tiens un opéra français !) où brillent Françoise Pollet et Nadine Denize, je n’ai fait que saluer poliment le maître d’œuvre de la soirée dans le foyer archi-comble de l’opéra Nouvel.
De Lyon à Liège
En octobre 1999 je suis nommé à la direction de l’Orchestre philharmonique – pas encore royal – de Liège, en quête d’un directeur musical qui puisse remplacer Pierre Bartholomée parti avec fracas au printemps. Le 1er septembre Langrée a démissionné de Lyon. J’ai l’idée que peut-être il pourrait, à 38 ans, incarner le renouveau dont Liège a besoin. Je prends contact avec lui, et le train pour Lyon dans les froidures de décembre. Je vois une superbe production de La Bohème, simple et bouleversante mise en scène de Philippe Sireuil, un ténor qui fera parler de lui, Rolando Villazón, et dans la fosse un chef qui a tout compris de la sensualité de l’orchestre puccinien. Il est très tard, presque minuit, lorsque nous partons dîner. C’est la première fois – mais pas la dernière ! – que je rencontre Louis Langrée en tête à tête. Les heures qui vont suivre jusqu’au cœur de la nuit seront regrets, confidences, amertume, et je serai l’inconnu à qui on peut tout dire sans crainte de représailles ou de reproches. J’oserai Juste quelques minutes évoquer Liège et mon projet. Il ne dit pas non : « Il faut qu’on se revoie ».
En février 2000, c’est à Genève, au Grand Théâtre (puis au Victoria Hall) que je retrouve Langrée. Il dirige son premier Pelléas, avec une équipe de rêve, une Mélisande de 20 ans, Alexia Cousin, Simon Keenlyside, José van Dam, Patrice Caurier et Moshé Leiser à la manœuvre. Ce soir-là je cède aux sortilèges de Maeterlinck et Debussy. Le lendemain, Louis Langrée remplace Armin Jordan, qu’on dit à l’article de la mort (une visite à l’hôpital cantonal de Genève me rassurera) à la tête du même OSR : symphonie concertante de Haydn et surtout La Voix humaine de Felicity Lott. Une journaliste amie écrira : « On a repéré dans la salle JPR peut-être en quête d’un chef pour Liège ». Bien vu.
Le 11 janvier 2001, j’avais fait livrer quarante roses rouges au domicile parisien de Louis Langrée, hommage d’un capricorne (natif du 26 décembre) à un autre capricorne. Je me fiche comme d’une guigne de l’astrologie, mais si je cite cette proximité « astrale » entre Louis et moi, c’est qu’elle n’a pas été sans conséquence sur notre compagnonnage professionel. Ce n’est pas un cliché que de dire que les natifs de ce signe sont taiseux, timides (eh oui !), pudiques, parfois incapables de manifester sentiments ou émotions, et que le non-dit tient parfois plus de place que l’exprimé. Les cinq ans de mandat de Louis Langrée à Liège n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille, même si ces « années Langrée » (2001-2006) apparaissent rétrospectivement comme un âge d’or pour la phalange belge.
La crise lyonnaise avait déjà révélé un aspect de la personnalité du chef alsacien (aspect qui va lui être extrêmement utile dans son nouveau poste !) : il n’aime pas partager le pouvoir artistique. Il sait ce qu’il veut, quitte à réfléchir longuement, trop longuement parfois, mais quand il décide quels ouvrages ou programmes il veut diriger (ou pas), quand il choisit les musiciens, les artistes dont il souhaite s’entourer, il n’aime pas que, dans son dos, on contrecarre ou déforme ses idées. Dans la vie d’un orchestre comme Liège, le directeur général et son équipe font tourner la boutique, le directeur musical est souvent loin – les outils de télétravail, les réseaux sociaux n’existaient pas il y a vingt ans ! – concentré sur des répétitions d’un opéra, ou tout simplement difficilement joignable à cause du décalage horaire, Le malentendu, l’erreur d’interprétation d’une réponse ou d’une absence de réponse, bref les embrouilllaminis sont toujours possibles. Surtout quand au lieu d’exploser une bonne fois, les conflits, si conflit il y a, sont rentrés, ruminés, disproportionnés.
Tout cela n’est rien en regard des projets, souvent fous, joyeux, impossibles, que nous avons montés ensemble, ces festivals de mi-saison à Liège qui sont restés dans les mémoires (Beethoven en 2004, Debussy et le symbolisme en 2005, toute une semaine Mozart en janvier 2006, l’inauguration des grandes orgues restaurées de la Salle philharmonique de Liège). Déjà à l’époque, sans le savoir ou sans le dire, nous pratiquions le « croisement des disciplines et des formats artistiques, avec l’idée de « pléiades » déployant une offre plurielle autour d’un même ouvrage » comme le précisait le communiqué de Roselyne Bachelot. Et ces tournées en Espagne, en Allemagne, en Suisse, cette première fois pour l’OPL et Louis Langrée au Musikverein de Vienne en 2005, ce retour au Théâtre des Champs-Elysées en 2004.
Le projet Pelléas
Louis Langrée aurait pu accepter quantité d’invitations prestigieuses, à la tête de grands orchestres, ou dans des festivals reconnus. Quand il a dirigé à Glyndebourne, Aix, Vienne, New York, Berlin ou Dresde, c’était parce qu’il savait qu’il pourrait donner et tirer le meilleur des ouvrages, des distributions qu’on lui proposait.
Très emblématique de cette attitude, la dernière collaboration que j’ai pu établir avec le chef : comme directeur de la musique de Radio France (2014-2015), je tenais à ce que l’Orchestre national de France revienne à sa vocation de défense et illustration de la musique française et surtout fasse une large place à des chefs français pour la plupart installés à l’étranger (on en comptera huit – un record absolu ! – au cours de la saison 2016/2017). Louis Langrée était au premier rang de ces chefs, mais lorsque je lui proposai de diriger l’ONF, d’abord parce que Michel Frank le souhaitait pour le Pelléas qu’il avait prévu au théâtre des Champs-Elysées (dans la mise en scène d’Eric Ruf), il me répondit immédiatement : « OK pour Pelléas, mais imaginons un vrai projet (comme nous l’avions fait à Liège) qui mobilise ce que Radio France sait faire de mieux ». Finalement, après bien des valses-hésitations en interne, la présence de Louis Langrée au printemps 2017 à Radio France à la tête de l’Orchestre national se traduisit par le Pelléas au TCE, un concert à l’Auditorium (Beethoven 4e concerto avec Nelson Freire, Pelléas et Mélisande de Schoenberg) et l’enregistrement pour France Culture de la musique de scène de Fauré pour la pièce de Maeterlinck !.
Quinze ans après
Le départ de Louis Langrée de Liège aurait pu marquer la fin de l’histoire, la relégation de son quinquennat au rang des souvenirs. Mais l’amitié née de cette aventure commune ne pouvait pas disparaître, elle a, au contraire, profité de la dissolution du lien hiérarchique pour s’épanouir. Langrée est revenu à quelques belles occasions à Liège (une tournée en 2007 en Espagne), les 50 ans de l’orchestre en décembre 2010.
Et puis je l’ai suivi, à Salzbourg avec les Wiener Philharmoniker en janvier 2011 – c’était le retour au concert de Rolando Villazón – fidélité on vous dit !, à Berlin en 2014 avec les Philharmoniker pour un programme tout Mozart, à l’Opéra de Vienne pour sa première Bohèmechez Dominique Meyer. Et encore à Londres, à New York, à Aix (Don Giovanni 2010, Traviata 2011), à Paris enfin, les quatre ouvrages donnés à l’Opéra-Comique (Pelléas, Fortunio, Le Comte Ory, Hamlet) et les quelques – trop rares – concerts qu’il y a dirigés, avec l’Orchestre de Paris, l’Orchestre des Champs-Elysées et Cincinnati !
Je ne peux ni ne veux tout citer, les longs coups de téléphone, les déjeuners parisiens, les moments passés en famille, les fous rires, les silences, tout ce qui ne se raconte pas et qui relève de l’amitié.
Retour d’Amérique
L’un des nombreux articles qui ont salué la nomination de Langrée a justement relevé que la longue expérience américaine de l’actuel chef de Cincinnati lui serait très précieuse pour diriger l’Opéra-Comique. D’abord comme patron – depuis 2003 ! – du seul festival estival d’envergure de New York, le Mostly Mozart Festival, puis, depuis 2013 à Cincinnati, dans un pays où la subvention publique est l’exception, le « music director » doit consacrer une très grande part de son énergie et de son temps à convaincre publics et mécènes de la pertinence de son projet et de son action. Sinon les meilleures idées restent lettre morte. Pendant la crise sanitaire, Cincinnati a fait figure de valeureuse exception, grâce à l’inflexible ténacité de Langrée. Pas de licenciements, des captations sans public dès que la présence des musiciens dans le Music Hall fut de nouveau possible.
Oui c’est bien « the right man at the right place » !
Je ne veux pas voir un hasard dans le fait qu’il succède à Jerôme Deschamps – avec qui les collaborations furent si fructueuses depuis Les Brigands à Bastille en 1993 – et à Olivier Mantei qui l’admire et l’a invité chaque saison depuis 2015. On souhaite seulement à Louis Langrée et à son équipe de ne pas être happés, détournés de leur projet, par les contraintes administratives qui s’attachent à toutes les institutions culturelles subventionnées en France.
@Forumopera.com
Pour tous ceux qui veulent mieux connaître Louis Langrée « en action », voir son rapport avec les musiciens, le public, et apercevoir quelques très rares prises de vues d’Alexia Cousin par exemple, je recommande une fois de plus ce documentaire publié en 2006 à la fin du mandat de Louis Langrée à Liège :
J’avais prévu ce matin de dire la joie que j’ai éprouvée hier à l’annonce de la nomination de Louis Langrée à la direction de l’Opéra Comique à Paris. Une autre annonce, cette nuit, m’oblige à reporter cet article. Bernard Haitink est mort à Londres, à 92 ans.
Dernier concert
Voici ce que j’écrivais le 18 novembre 2016 après le dernier concert que le chef hollandais avait dirigé à la tête de l’Orchestre National de France à l’auditorium de Radio France :
Le chef néerlandais, qui avait dirigé la 9ème symphonie de Bruckner en février 2015, avait expressément souhaité un programme français, sachant que l’ensemble de cette saison 2016-2017 du National serait placée sous l’égide de la musique française : le Gloriade Poulenc et l’intégrale de Daphnis et Chloé, « symphonie chorégraphique pour orchestre et choeurs sans paroles » de Ravel.
L’oeuvre de Poulenc est étrange, ambigüe – comme l’était le compositeur « moine et voyou » et on avait plutôt l’impression hier soir d’un requiem que d’un gloria, la voix cristalline et d’une impeccable justesse de Patricia Petibon nous rapprochant du requiem de Fauré. Haitink a fait le choix de la gravité, de la grandeur même, et c’est un parti parfaitement assumé.
En deuxième partie, on était impatient d’entendre l’intégralité de la partition de Ravel, plutôt rare au concert (à cause des interventions chorales ?). On retrouve – mieux que dans le « live » qu’il a gravé à Chicago, voir ci-dessous – les qualités de celui qui fut le légendaire patron du Concertgebouw, respect du texte et des mélanges instrumentaux – si importants chez Ravel – contrôle des masses sonores, au risque d’une modération qui manque parfois de fantaisie. Mais la performance, pour un homme de cet âge, reste éblouissante, et, en l’applaudissant aussi longuement, le public, dans lequel étaient assis deux étoiles montantes de la direction, Lorenzo Viottiet Alexandre Bloch, avait peut-être ce pincement au coeur qui vous vient lorsque l’au-revoir prend la forme d’un adieu… »
J’étais allé saluer Bernard Haitink dans sa loge du Théâtre des Champs-Elysées en février 2015 lorsqu’il y avait dirigé la 9ème symphonie de Bruckner, toujours à la tête de l’Orchestre National. Je dois à l’honnêteté de dire que je n’avais pas été convaincu par cette lecture (en tout cas loin de ses réussites au disque), j’avais trouvé un monsieur modeste, timide presque, fatigué..
Un Pelléas inattendu
Les souvenirs se bousculent (lire : Bernard et Roméo, Concertgebouw 125, ), l’un me revient en particulier. En 1998, nous réfléchissions à organiser une série de concerts des formations de Radio France et d’émissions de France Musique autour de la figure et de l’oeuvre de Debussy. Le regretté Dominique Jameux avait été chargé de mettre en oeuvre cet ambitieux projet, au coeur duquel figurait évidemment l’unique opéra de Debussy, Pelléas et Mélisande. Il avait pris contact avec plusieurs chefs (Boulez, Gielen) qui avaient décliné l’offre pour des raisons d’agenda. Lors d’une réunion, j’évoquai le nom de Bernard Haitink, dont j’admirais depuis longtemps les enregistrements de musique française avec le Concertgebouw. Interrogé, le chef répondit positivement et avec beaucoup d’enthousiasme, heureux de pouvoir enfin diriger un ouvrage qui le fascinait. Cela donnera, en 2000, une version de concert unanimement louée
et en 2007, toujours au Théâtre des Champs-Elysées, un Pelléas dans la mise en scène diversement appréciée de Jean-Louis Martinoty et sous la direction une fois de plus remarquée de Bernard Haitink (lire Pelléas à la peine / Le Monde).
Je reviendrai plus longuement sur la discographie, heureusement abondante, du chef disparu. On peut déjà se faire une vaste idée de l’art de Bernard Haitink avec ces deux coffrets :
Je m’étonnais, pour m’en réjouir, que Brahms soit devenu très à la mode chez les jeunes pianistes français (lire Ils aiment Brahms). Chopin est beaucoup plus rare. Peut-être à cause du poids considérable des références du passé ?
C’est pourquoi, d’abord dubitatif (encore un coffret de recyclage de versions connues et reconnues ?), on a vite changé d’avis en consultant le contenu, et surtout en écoutant les précieuses galettes du coffret édité par Deutsche Grammophon – une série « limitée » semble-t-il : The Chopin Masters
Il ne s’agit ni d’une anthologie, ni a fortiori d’une intégrale, mais les surprises abondent. Les discophiles connaissent depuis longtemps les précieux témoignages de Martha Argerich, Benedetti-Michelangeli, Gilels, Pogorelich, Zimerman, Pollini, Pletnev, les moins indispensables Barenboim, Vasary ou Eschenbach. Les plus jeunes talents, Yundi Li, Rafal Blechacz, Seong-Jin Cho y ont toute leur place. Mais les vraies surprises sont nombreuses, en tout cas pour moi.
J’avais oublié le Chopin de Géza Anda, j’ignorais les captations du tout jeune Vladimir Ashkenazy en 1955 (je n’ai jamais aimé son intégrale Decca, extraordinairement mal enregistrée), j’aime que Stefan Askenase (le Chopin de mon enfance) soit dans cette compagnie, qu’on retrouve le pianisme puissant de Lazar Berman et plus encore les Polonaises – que je ne connaissais pas – de l’immense Shura Cherkassky.
Qui connaît encore Michel Block (1937-2003), né à Anvers de parents français, puis devenu Américain de fait, étudiant à la Juilliard School puis enseignant à l’Université de l’Indiana à Bloomington. Son nom est resté lié à un scandale au concours Chopin de 1960 : furieux de son mauvais classement à l’épreuve finale (11ème), Artur Rubinstein, membre du jury, lui attribue un prix spécial à son nom ! Une vraie (re)découverte pour moi que ce disque !
Même question pour Julian von Karolyi (1914-1993), pianiste allemand d’origine hongroise, élève de Dohnanyi et Cortot, qui avait peu à peu disparu des radars (sauf sur les sites de téléchargement).
Les amateurs connaissent depuis longtemps les enregistrements d’ Halina Czerny-Stefanska (1922-2001) et Ruth Slenczynska (96 ans!), que je trouve personnellement irrémédiablement austères, ce qui n’est pas le cas du natif de Chodzie (Pologne), vainqueur du concours Chopin 1955, Adam Harasiewicz.
Mais les bonnes surprises de ce coffret sont ce Chopin somptueux de son et de chant du pianiste brésilien Roberto Szidon, exact contempoain de Martha Argerich, emporté par une crise cardiaque il y a dix ans, et plus encore peut-être un disque de 1960 du pianiste britannique d’origine chinoise, disparu en décembre dernier, Fou Ts’ong. Un dernier mot sur Stanislav Bunin, successivemen lauréat du Concours Long-Thibaud en 1983 (à 17 ans) et du Concours Chopin en 1985. Le petit-fils d’ Heinrich et fils de Stanislas Neuhaus s’est fait rare au concert comme au disque en Europe, il est installé au Japon il y a une dizaine d’années.
CD 1 Géza Anda
Préludes Op. 28 ∙ Polonaise Op. 53
CD 2 Martha Argerich (Chopin Competition Winner 1965)
Préludes Opp. 28, 45 & Op. Posth. In A Flat Major ∙ Piano Sonata No. 2 Op. 35
CD 3 Vladimir Ashkenazy (Second Prize Chopin Competition 1955)
Piano Concerto No. 2 Op. 21
Warsaw National Philharmonic Orchestra, Zdzislaw Gorzynski Conductor
Waltzes Opp. 18, 34, 42, 64, Opp. Posth. 69 & 70, Kk Iva/15, Kk Iva/12, Kk Iva/13, Kk Iva/14 ∙ Mazurkas Op. Posth. / Kk Iva/7, Opp. 67/3, 68/2 & 7/1 ∙ Polonaise Op. 53 ∙ Introduction And Variations On The Song “Der Schweizerbub” Op. Posth. / Kk Iva/4
CD 28 Krystian Zimerman (Chopin Competition Winner 1975)