Des Américains à Paris

Mercredi dernier, j’étais à la Philharmonie de Paris pour le concert d’ouverture de la saison de l’Orchestre de Paris et de son chef Klaus Mäkelä (cf. Paris passé présent avenir). Programme avantageux dont le clou était assurément An American in Paris, le célébrissime chef-d’oeuvre de Gershwin. Mais, comme je l’ai écrit pour Bachtrack (L’Amérique pressée et bruyante de Klaus Mäkelä et l’Orchestre de Paris) j’ai été déçu, non pas par la prestation de l’orchestre, virtuose, éblouissant, mais précisément par l’excès de brillant, voire de clinquant, de la vision du chef. Je ne peux pas être taxé d’anti-« mäkelisme » primaire, il n’est que de lire plusieurs de mes papiers enthousiastes dans Bachtrack ! Mais il arrive à tout le monde, même aux meilleurs, de faire sinon fausse route, du moins de se méprendre sur une oeuvre.

Gershwin à Paris

George Gershwin vient à Paris au printemps 1928. Il reviendra au pays avec ce qui restera son oeuvre la plus célèbre (avec Rhapsody in blue) : An American in Paris / Un Américain à Paris. Dont le descriptif est précis comme un scénario: une balade sur les Champs-Elysées au milieu des taxis qui klaxonnent, puis dans le quartier des music-halls avant un café à une terrasse du Quartier latin. Au Jardin du Luxembourg, notre Américain a la nostalgie du pays (le superbe blues chanté à la trompette bouchée). Rencontrant un compatriote, ils échangent leurs impressions – Gershwin récapitule les épisodes de cette promenade heureuse.

Dans une oeuvre aussi descriptive, aussi imagée, le chef doit se laisser porter par les atmosphères successives, et laisser jouer ses musiciens avec une certaine liberté.

Quelques exemples de versions récentes, qui répondent à ces critères. Trois chefs français, Louis Langrée (avec l’orchestre de Cincinnati qu’il a dirigé de 2013 à 2024), Alain Altinoglu et son orchestre de la radio de Franfort, et Stéphane Denève, actuel chef du St Louis Symphony, ici à la tête de l’Orchestre national de France. Aucun d’eux ne joue la virtuosité, le super-contrôle, bien au contraire.

Dans ma discothèque personnelle, j’ai dénombré 27 versions différentes, dont pas mal qu’on peut qualifier d’exotiques, et qui sont loin d’être les moins intéressantes.

Kurt Masur / Gewandhaus de Leipzig

Je me rappelle très bien la surprise qui avait été celle des participants à la défunte émission Disques en Lice de la Radio suisse romande, lorsque nous avions élu – après écoute à l’aveugle – la meilleure version de Rhapsody in blue – Siegfried Stöckigt au piano, Kurt Masur dirigeant l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig !

Kirill Kondrachine / Concertgebouw Amsterdam (1977)

Voir le long article que j’avais consacré à celui qui fut l’un des plus grands chefs du XXe siècle, Kirill Kondrachine (1914-1981) : le Russe oublié

On ne trouve malheureusement plus les disques de cette fabuleuse collection de « live »…

André Cluytens / Société des Concerts du Conservatoire (1949)

Eh oui André Cluytens, en 1949, s’encanaille avec un orchestre un peu brouillon mais plus « jazzy » si possible que des collègues américains

Felix Slatkin / Hollywood Bowl Orchestra (1960)

J’ai déjà dit ici mon admiration pour le grand Felix Slatkin (1915-1963) – on évitera par charité de comparer le père, Felix, et le fils, Leonard ! – Pas loin de mettre sa version au sommet :

Neville Marriner / orchestre de la radio de Stuttgart (SWR)

On n’associe pas spontanément Gershwin à Neville Marriner (1924-2016), et on se trompe parce que sa version captée à Stuttgart n’est pas la moins réussie de la discographie

Les Américains à Paris

Gershwin a fait une visite plutôt furtive à Paris et en a rapporté un chef-d’oeuvre. Mais bien d’autres Américains ont été captivés par la ville lumière. Cole Porter (1891-1964) y passe une dizaine d’années après la Première Guerre mondiale. Il étudie avec Vincent d’Indy, rencontre celle qui deviendra sa femme, la riche héritière Linda Lee Thomas, qu’il épouse à la mairie du 18e arrondissement le 18 décembre 1919. Le Châtelet avait donné fin 2021 un spectacle intitulé Cole Porter in Paris : ma déception avait été à la mesure de l’attente d’un spectacle bien maigre.

Aaron Copland chez Nadia Boulanger

Autre hôte d’importance de Paris, le compositeur Aaron Copland (1900-1990), qui sera durablement marqué par sa rencontre avec Nadia Boulanger au conservatoire de Fontainebleau qu’il fréquente de 1921 à 1924. Conséquence de ce séjour parisien, la Symphonie pour orgue et orchestre de 1924 sera créée à New York le 11 janvier 1925 avec Nadia Boulanger.

Julius Katchen (1926-1969)

À intervalles réguliers je me replonge dans un merveilleux coffret, qui récapitule la discographie d’un formidable artiste, malheureusement disparu à 42 ans des suites d’un cancer, le pianiste américain Julius Katchen. Encore un Américain devenu Parisien, de la fin des années 50 à sa mort en 1969.

Depuis longtemps, les Brahms virtuoses autant que poétiques de Julius Katchen sont une référence. Sa version du 1er concerto avec Pierre Monteux (85 ans au moment de l’enregistrement !) reste l’une des plus fameuses qui soient.

Mais l’art de Katchen ne se réduit pas à Brahms.

En 1958, il signe avec Georg Solti l’une des versions les plus électrisantes du 2e concerto de Rachmaninov.

Et toujours impressions et humeurs du jour sur mes brèves de blog

Paris passé présent avenir

L’Orchestre de Paris est dans l’actualité (on ne parle pas d’un orchestre qui n’existe pas, sauf pour le Nouvel Obs, le « Philharmonique de Paris, cf. ma brève de blog) : son chef actuel, le futur comme le passé.

La rentrée de Klaus M.

Après avoir couvert le premier concert des Prem’s (lire Des Prom’s aux Prem’s) pour Bachtrack, j’assiste ce soir au dernier de la série, avec, comme il se doit, l’Orchestre de Paris et son chef actuel, Klaus Mäkelä.

Un programme « signature » – comme il y a des plats « signature » chez les grands chefs… de cuisine ! – : Copland, Gershwin, Varèse et deux créations.

L’après Mäkelä

C’est donc un compatriote de Mäkelä qui a été choisi pour lui succéder à la tête de l’Orchestre de Paris en 2027, puisqu’on sait depuis qu’il a été annoncé à Amsterdam puis à Chicago que le jeune Finlandais ne resterait pas à Paris. Le contraste générationnel est patent : Esa-Pekka Salonen aura 69 ans lorsqu’il prendra ses fonctions de « chef principal » (la nuance est d’importance, la charge est a priori moins lourde que celle de « directeur musical »).

C’est sans doute un très bon choix, je n’ai toujours eu que des éloges à faire lorsque j’ai entendu Salonen, récemment (Les tableaux symphoniques de Salonen), ou il y a quelques années (Salonen fait un Mahler).

Je me suis replongé cet été dans le coffret publié par Sony à l’occasion de son 60e anniversaire (voir le détail ici : Salonen le maître du XXe siècle)

J’y ai redécouvert un disque vraiment singulier, qui m’avait échappé, une version pour ténor et baryton du Chant de la Terre de Mahler. Et pas n’importe quels chanteurs : je connaissais l’incroyable immensité du répertoire de Placido Domingo au moins au disque, mais je me rappelais pas qu’il s’était aventuré dans Mahler. Ce n’est sans doute ma version de référence, mais cela mérite au moins d’être écouté !

Hommage à Christoph von Dohnányi

Tout a été dit et écrit – pour une fois sans erreur ni approximation – dans les médias sur la disparition du chef Christoph von Dohnányi à la veille de son 96e anniversaire. Decca annonce la parution prochaine d’un coffret des enregistrements du chef allemand avec les Viennois, après ceux de Cleveland (voir Authentiques)

Il a été rappelé que le chef allemand a été de 1998 à 2000 « conseiller musical » de l’Orchestre de Paris. Il reste quelques précieux témoignages de sa présence à Paris, en particulier le tout dernier concert qu’il y dirigea le 23 octobre 2019. que la Philharmonie a republié sur son site : https://philharmoniedeparis.fr/fr/live/concert/1104230-orchestre-de-paris-christoph-von-dohnanyi

Ici un extrait de répétition de la 3e symphonie de Brahms, avec le très regretté Philippe Aïche au premier violon.

L’année précédente c’était un programme Ligeti-Beethoven-Wagner que dirigeait le chef.

Le piano qu’on aime (suite)

Martha Argerich ou les clichés

Je pense qu’elle détient le record des occurrences sur ce blog. Pas moins de 66 articles où elle est citée, et une bonne moitié qui lui est consacrée : Martha Argerich habite ce blog comme elle habite ma vie.

C’est dire si la une du numéro de septembre de Diapason, l’annonce d’une « interview exclusive », avaient de quoi m’allécher. Le terme « interview » est déjà impropre, puisqu’il s’agit plutôt d’une conversation enregistrée telle quelle, ce qui est sympathique et restitue assez bien ce qui se passe lorsqu’on a la chance de partager un moment avec la pianiste. Mais vraiment, est-il encore nécessaire d’aligner les clichés qui s’attachent depuis toujours à cette grande musicienne (« la lionne », la « reine », etc.) ? À 84 ans, Martha Argerich est toujours dans une forme époustouflante. On ne peut que lui/nous souhaiter que cela dure..

Cela me rappelle un heureux et cruel souvenir, que j’avais déjà raconté dans une précédente édition de ce blog. En 1987 (lire Martha Argerich à Tokyo), j’ai la chance d’accompagner l’Orchestre de la Suisse romande dans une grande tournée au Japon et en Californie. Les solistes en sont Martha Argerich et Gidon Kremer, excusez du peu. La Radio suisse romande me demande de faire régulièrement le point sur cette tournée dans les émissions d’Espace 2. On m’a dit avant de partir que Martha n’accepte aucune interview, mais n’étant pas journaliste, je me dis que je n’ai rien à risquer à lui demander si elle accepterait de me dire quelques mots, au moins pour illustrer mes billets. Elle accepte, sans hésiter, un soir de relâche, de me consacrer du temps. Elle me donne rendez-vous à minuit dans le hall de l’hôtel à Tokyo, de retour d’un dîner auquel elle doit assister. A minuit, je suis en place avec mon « nagra », je vois défiler quantité de musiciens de l’OSR, surpris de me voir là à cette heure tardive : je leur dis attendre Martha pour une interview… Je ne compte pas les sourires narquois et les allusions parfois douteuses qui me répondent… Vingt bonnes minutes plus tard, c’est Gidon Kremer qui s’avance vers moi : « Je sais que vous attendez Martha, ne vous inquiétez pas, elle arrive, nous rentrons juste de dîner ».

En effet, fraîche comme une rose, elle se pose quelques minutes plus tard de l’autre côté de la table basse. Je m’assure qu’elle accepte bien d’être enregistrée, et pour ma première interview, je me lance et lui pose toutes les questions qui me viennent à l’esprit. A 2h30, je suis obligé de mettre fin à la conversation, je n’ai plus de bande… Deux heures d’interview exclusive avec Martha Argerich, je ne suis pas peu fier de l’exploit. Le lendemain, je m’assure, avec les responsables de l’orchestre, que la bande peut être envoyée par avion à Genève, où la radio pourra choisir un extrait pour ses bulletins d’information et la matinale d’Espace 2, en attendant le traitement et le montage pour une diffusion intégrale de l’interview à mon retour de tournée. En effet, radio et télé suisses donnent un large écho à la tournée, à l’OSR et à Martha, dont il n’existait jusqu’alors aucun document « audio » de sa voix. Lorsque je rentre quelques semaines plus tard, je m’enquiers de la précieuse bande et je m’entends répondre : « Merci, on a pris les extraits qui nous intéressaient pour l’info, mais on ne l’a pas gardée ni archivée ». Voici comment 2 heures exclusives d’entretien avec Martha Argerich ont fini à la poubelle…

La dernière fois que j’ai entendu Martha Argerich en concert, c’était dans le concerto de Schumann, j’en ai rendu compte pour Bachtrack : « Devant une Philharmonie archi-comble, la légendaire pianiste s’avance à pas précautionneux, cherchant le bras du chef Antonio Pappano, adapte la hauteur de son siège. Les mains noueuses trahissent l’âge de l’interprète, on perçoit d’abord comme une hésitation devant le clavier. Et soudain le miracle opère : la pianiste argentine semble littéralement réinventer cette œuvre qu’elle fréquente pourtant depuis si longtemps, ces très subtils rubatos, cet art d’énoncer un thème, une mélodie, avec la simplicité, l’évidence qui n’est qu’aux grands. Le fabuleux équilibre des deux mains, cette manière unique de faire sonner les lignes intermédiaires, avec par-ci par-là un coup de griffe, un accent inattendu, c’est la marque Argerich.« 

Paui Lecocq et Clara Haskil

Je n’avais jamais entendu parler du concours Clara Haskil dans les journaux de France Inter, mais il a suffi qu’un Français, le jeune Paul Lecocq, soit choisi comme le lauréat de la 31e édition, pour que les médias « généralistes » l’évoquent, avec les approximations d’usage- on ne remporte pas un concours grâce à un concerto (Paul Lecocq aurait gagné son prix avec le 3e concerto de Beethoven !). Peu importe,

Je ne connais pas ce garçon, mais ce que j’entends dans ce concerto de Beethoven, qui est loin d’être le plus évident pour ses interprètes, chef comme soliste, me donne envie d’en entendre plus. Parce que l’histoire du concours Clara Haskil atteste que les jurys successifs de cette compétition ont toujours privilégié les musiciens aux broyeurs d’ivoire. La liste des lauréats depuis 1963 est éclairante. Quatre Français parmi eux, Michel Dalberto (1975), Delphine Bardin (1997), Adam Laloum (2009) et maintenant Paul Lecocq au même âge (20 ans) que Michel Dalberto, cinquante ans après lui.

Les pianistes musiciens

La seule question qui vaille, on l’a déjà posée ici à maintes reprises (Le piano qu’on aime), est : pourquoi retient-on, écoute-t-on tel pianiste plutôt que tel autre? Et on ajoute, avec ce qu’il faut de nostalgie : pourquoi y a-t-il aujourd’hui si peu d’artistes, de musiciens, qui osent l’originalité, l’affirmation d’une personnalité ? C’est vrai dans toutes les disciplines. Affaire d’enseignement ? de transmission ? de temps pour se développer, apprendre, se cultiver tout simplement ?

Un exemple : j’ai cité récemment le dernier disque d’Aurélien Pontier (lire Une journée à Paris) qui regroupe des pièces que les grands pianistes du siècle passé aimaient jouer en bis, pour épater le public qui en redemandait, d’une virtuosité qui n’existe que pour être transcendée. On peut féliciter le pianiste français de son audace et de l’originalité de son programme, remarquer aussi que tout cela est bien joué, très bien joué même, mais qu’il manque ce quelque chose d’impalpable, d’ineffable qu’y mettait par exemple un Shura Cherkassky.

L’autre pianiste

J’ai plusieurs fois évoqué ici un pianiste que j’ai découvert un peu par hasard et qui ne m’a plus lâché depuis que j’ai acquis tout ce que j’ai pu trouver de et sur lui, Sergio Fiorentino (1927-1998) – lire L’autre pianiste italien.

L’éditeur Brilliant Classics a eu la formidable idée de regrouper dans un coffret unique ce legs inestimable, précieux, indispensable :

Pour les acheteurs éventuels, je signale que le site anglais prestomusic propose le coffret à 71,25 € alors que la FNAC l’annonce à 91€… Mystère toujours que ces différences de prix d’un pays à l’autre (même en tenant compte des frais de port)

On ne m’en voudra pas de remettre ici la version que je chéris entre toutes de la sonate D 960 de Schubert, l’absolue perfection de ce dernier mouvement sous les doigts de Sergio Fiorentino

Et, comme toujours, humeurs et réactions à lire sur mes brèves de blog

Des Prom’s aux Prem’s

Olivier Mantei, le patron de la Philharmonie de Paris, peut être fier de son nouveau « bébé ». Comme une réplique aux célèbres Prom’s de Londres – le festival géant qui, tout l’été jusqu’à mi-septembre, rassemble chaque soir près de 5000 spectateurs au Royal Albert Hall – ses Prem’s ont, dès le premier soir (le 2 septembre) remporté un succès phénoménal (lire sur Bachtrack : Succès total pour la première des Prem’s à la Philharmonie).

L’opération est d’autant mieux venue que ce mini-festival propose une affiche extraordinaire : le Gewandhaus de Leipzig et Andris Nelsons les 2 et 3 septembre, le 5 rien moins que le Philharmonique de Berlin et Kirill Petrenko, le 7 la Scala de Milan et Riccardo Chailly et les 10 et 11 (on y sera) l’Orchestre de Paris et Klaus Mäkelä).

Le nouveau Nelsons

Sauf erreur de ma part, je n’avais pas revu le chef letton à Paris depuis trois ans et le concert qu’il avait dirigé, à la tête du Philharmonique de Vienne.

Je l’avais déjà repéré cet été en regardant quelques extraits vidéo, mais son entrée sur la scène de la Philharmonie mardi soir nous a tous impressionnés… par la transformation physique qui s’est opérée sur le chef. L’embonpoint du pope orthodoxe a laissé place à une sveltesse de mannequin

En 2020, lors du concert de Nouvel an à Vienne

Et cela se voit et se ressent dans la manière d’Andris Nelsons de s’investir, de faire corps avec son orchestre.

Ici en mai dernier le concert d’hommage à Chostakovitch (mort il y a 50 ans) à Leipzig :

Leipzig éternel

Je ne suis allé qu’une seule fois à Leipzig à la fin de l’année 2017. Ce n’est pas dans sa salle moderne, construite en 1981 – et dont l’intérieur rappelle furieusement la Philharmonie de Berlin – que j’ai entendu le plus vieil orchestre européen, le Gewandhaus, mais à l’opéra.

Je collectionne depuis longtemps les enregistrements de l’orchestre du Gewandhaus, en particulier tous ceux qui furent réalisés sur place par l’entreprise d’Etat est-allemande VEB Deutsche Schallplatten dans des conditions de prise de son inégalées (sous les labels Eterna ou Berlin Classics)

On recherchera évidemment des raretés comme ce disque Markevitch

Et bien sûr la cohorte des chefs principaux, directeurs musicaux qui s’y sont succédé depuis les années 50 : Konwitschny, Neumann, Masur, Blomstedt, Chailly, et tous les invités réguliers comme Kurt Sanderling

Quant à Andris Nelsons, il profite de sa double casquette Leipzig/Boston pour graver des quasi-intégrales qui ne sont pas toutes du même niveau – on est plutôt déçu par ses Bruckner.

Humeurs et réactions du jour sur mes brèves de blog : aujourd’hui j’y évoque justement l’Orchestre de Paris, des nominations (Salonen) et autres transferts…

Les miracles de La Chaise-Dieu

Sacrée Arielle

Je ne me rappelais plus exactement quand j’étais venu la dernière fois à La Chaise-Dieu. J’avais été invité, dans ce qui était alors le fief de Jacques Barrot, par le président du festival, à un concert présenté comme « extraordinaire » et au dîner qui le précédait. Grâce aux archives de l’INA, j’ai retrouvé la date – août 1994 ! et un extrait éloquent de la prestation d’ Arielle Dombasle (à voir ici) puisque c’était elle l’invitée exceptionnelle ! Ce fut la seule fois où je l’entendis sur une scène, la seule aussi je partageai la table de son mari, Bernard-Henri Lévy, arrivé de Paris dans sa Rolls…

Retour à La Chaise-Dieu

C’est dire si j’étais impatient de revenir à La Chaise Dieu, version 2025, pour deux jours et quatre concerts dont je pressentais qu’ils ne me laisseraient pas indifférent.

Je ne me rappelais plus l’ampleur de l’Abbatiale Saint-Robert, encore moins ses qualités acoustiques plutôt exceptionnelles.

Première soirée : un programme Mozart particulièrement copieux, mais tout à fait dans la veine de ce que Julien Chauvin et son Concert de la Loge ont coutume d’oser.

Compte-rendu tout frais sur Bachtrack : La métaphysique des tubes par Julien Chauvin à La Chaise-Dieu

Dès le lendemain, jeudi après-midi, les mêmes remettaient le couvert – un peu moins nombreux que la veille – pour un programme tout Vivaldi, avec même Les Quatre saisons ! (cf. mon papier pour Bachtrack)

Ce jeudi, j’enchaînais à 17h30 avec un concert de musique de chambre, dans l’écrin parfait du petit Auditorium Cziffra – c’est en effet le pianiste français d’origine hongroise qui est à l’origine du festival de La Chaise-Dieu – dont j’ai renoncé à rendre compte. Non pas que le programme et les artistes ne présentassent pas d’intérêt, mais j’ai eu, tout le long, un sentiment d’inabouti, parfois d’impréparation, en tout cas de disparité tant dans le jeu que même dans la conception. C’étaient pourtant tous d’excellents musiciens, mais voilà ça n’a pas « fonctionné » comme je l’aurais souhaité. Il y avait un septuor de Rita Strohl, pas désagréable mais vraiment court d’inspiration, le célèbre quintette avec piano « La truite » de Schubert – annoncé dans le programme comme « quintette à cordes » (!) qui manquait d’à peu près tout ce qui est nécessaire pour faire passer les longueurs et les redites de l’oeuvre. Et la sublime Fantaisie en fa mineur pour piano à 4 mains, mais si séparément on aime le piano de Romain Descharmes et celui de Theo Fouchenneret, leur duo ici n’a jamais trouvé le chemin d’une communion de jeu et de pensée. Rien de grave, c’est cela aussi le risque du concert.

Le temps de casser une croûte très sympathique au Blizart, on se préparait à un programme comme on les aime, avec un chef, un chanteur et un orchestre qu’on aime depuis longtemps, depuis 1998 précisément et toute une semaine de France Musique organisée dans la capitale des Gaules (Lire 30 ans ont passé).

Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, Poème de l’amour et de la mer de Chausson, Valse et Boléro de Ravel. Une suite de merveilles, comme je l’ai écrit pour Bachtrack : Un concert référence.

Humeurs et impressions au jour le jour dans mes brèves de blog

Chère dictée

Cela fait longtemps que je ne me suis pas amusé à l’exercice de la dictée (lire La dictée verte de Cendrillon et Ainsi fonts font fond…). C’est un panneau à l’entrée d’une rue du centre historique du Puy-en-Velay qui m’a donné l’idée de celle qui suit. Et puis on est à la veille de la rentrée scolaire : si certains professeurs veulent s’en servir, qu’ils n’hésitent pas !

Couleur chair

« Il y a une discipline qui ne coûte pas cher, mais qui m’est très chère depuis que j’ai l’âge d’écrire : l’orthographe. Dieu sait si la langue française est complexe, puisque pleine d’homophones.

Ce n’est pas à Bourges, ni au bord du Cher, ni même dans le département du Cher que j’ai découvert un panneau qui faisait allusion à une compagnie locale – les Cornards du Puy-en-Velay, qui aimait faire bombance. Mais en aucun cas ces Cornards n’étaient cannibales ni amateurs de chair humaine, fût-elle bonne. L’histoire ne dit pas si ces Cornards allaient à l’église le dimanche et écoutaient religieusement le sermon du curé en chaire, ou si l’un d’entre eux fût jamais titulaire d’une chaire universitaire. À l’époque déjà, les études coûtaient cher et l’on comprend bien qu’au Puy-en-Velay comme ailleurs dans nos chères bourgades de France et de Navarre, les plaisirs de l’existence étaient ceux du bon vin et de la bonne chère. On ajoutera qu’en ces temps reculés, ils avaient la chance de ne pas être abrutis par les chansons de Cher, seule ou en couple avec son cher Sonny ! Je l’avoue, j’ai toujours préféré l’art du pianiste Cher…kassky ! » (Jean-Pierre Rousseau, 31 août 2025 / Reproduction interdite sauf accord exprès de l’auteur*)

Happy #50 Daniel !

Le chef d’orchestre Daniel Harding fête aujourd’hui ses 50 ans. Il peut être fier de son parcours d’homme et de musicien. J’ai hâte de le retrouver bientôt au pupitre de l’un de nos orchestres parisiens !

La Colombie dans Paris-Match

Amusante coïncidence que celle de lire dans le dernier numéro de Paris Match un article très documenté – Colombie, la caféine plutôt que la cocaïne – qui rejoint le constat que j’ai fait dans mon propre article – Retour de Colombie -, l’auteur dudit article étant Nicolas Delesalle dont j’avais loué l’excellent Valse russe dans mon papier Après l’Alaska.

(*) Si vous souhaitez utiliser/reproduire ce texte, il suffit de poster un « commentaire » en ce sens, auquel je répondrai directement.

Pour les humeurs et les bonheurs du jour, ce sont toujours mes brèves de blog

Les raretés de l’été (XIV): Arthur Fiedler star de son époque

Dernier volet de cette mini-série consacrée au chef américain Arthur Fiedler (1895-1979). Le paradoxe est que d’aucuns ont reproché à Fiedler et à ses Boston Pops précisément ce à quoi ils ont voué leur passion : populariser l’orchestre symphonique, celui de la musique classique et du grand répertoire, en diffusant la musique de leur temps, c’est-à-dire la chanson, la musique de film, la comédie musicale, les standards du jazz. On devrait plutôt les remercier d’avoir mis le même soin, le même très haut niveau de qualité, à jouer les Beatles, Simon & Garfunkel, Nino Rota, Ferdé Grofé, Leonard Bernstein, que Liszt, Dvorak ou Dukas.

En parlant de jazz, j’aurais pu et dû ajouter cette séquence à mon article sur Arthur Fiedler et ses amis. Merveilleuse Ella Fitzgerald

On pense parfois que le compositeur Leonard Bernstein n’était joué que par… Leonard Bernstein chef d’orchestre. Arthur Fiedler et ses Boston Pops n’ont pas hésité à mettre à leur programme des extraits d’une oeuvre très contemporaine de Bernstein, sa fameuse Mass écrite en 1971.

Arthur Fiedler, enregistrant les premières musiques de films de John Williams, ignorait probablement que le prolifique compositeur lui succèderait à la tête des Boston Pops de 1980 à 1993 !

Le dernier concert d’Arthur Fiedler à la tête des Boston Pops le 4 juillet 1978 – le jour de la fête de l’Indépendance américaine – est un bon résumé de l’art et de la popularité d’un chef alors âgé de 83 ans !

Retour de Colombie

La violence et la peur

Apparemment, la Colombie est devenue une destination à la mode pour les touristes français. Pourtant le pays a longtemps fait peur à cause de la situation politique, des cartels de la drogue, etc…et l’actualité toute récente ne rassure pas vraiment. Au moment où je prenais l’avion du retour (voir breves de blog : retour) on apprenait cette série d’attentats : 18 morts près de Medellin et Cali (source Radio France).

Pour être honnête, nulle part et jamais pendant un voyage qui nous a mené de Bogota à Medellin, de Barichara à Carthagène des Indes, du parc Tayrona au bord de la mer caraïbe jusqu’à la région du café à Quimbaya, je n’ai ressenti une quelconque violence visible ou diffuse. Même la présence policière dans les villes est réelle mais discrète.

Pour autant la politique locale s’est invitée à plusieurs reprises durant notre parcours. En visitant le coeur historique de Bogota, en face du ministère des affaires étrangères, à l’entrée de l’hôtel Opera, on aperçoit des hommes en noir, qui ont tout l’air de ce qu’ils sont, des bodyguards, et pas mal de jeunes hommes en costume cravate (des avocats semble-t-il). Notre guide signale qu’ils sont ici pour négocier les suites du coup de tonnerre judiciaire survenu le 29 juillet : la condamnation de l’ancien président Alvaro Uribe à 12 ans d’assignation à résidence

L’ancien siège de la présidence, actuel ministère des affaires étrangères

Condamnation qui sera finalement suspendue provisoirement par la Cour suprême le 19 août

au terme aussi de nombreuses manifestations de soutien à l’ancien président.

Il faut préciser ici qu’une autre actualité vient de nous rattraper : la mort de Miguel Uribe, même patronyme, mais aucun lien familial avec l’ancien président. On se rappelle que le jeune sénateur avait été visé à bout portant lors d’un meeting en juin dernier (lire Le père du candidat assassiné en lice pour la prochaine présidentielle).

Mais on sent la jeune génération vraiment désireuse de tourner l’une des pages les plus tragiques de l’histoire de la Colombie. Pour nous Européens, la Colombie des années de plomb c’était trois noms, les FARC, Ingrid Betancourt et Pablo Escobar, les milices armées, les barons de la drogue. En réalité, au-delà des FARC, ce furent des groupes para-militaires au service des politiques en place, de droite et de gauche, le narcotrafic corrompant toute la société – Pablo Escobar était reconnu et même admiré comme un bienfaiteur de la société !

J’ai visité à Medellin un Musée de la Mémoire qui relate les milliers de morts des quarante dernières années, chaque famille, pauvre ou riche, de Colombie, ayant connu au moins un mort, une agression meurtrière, souvent pour rien, juste parce qu’on se trouvait pris entre deux feux.

On ne ressort pas indemne d’une telle visite, et les nombreux jeunes, Colombiens ou étrangers, qui s’y trouvaient en même temps que moi, étaient plongés dans une sidération silencieuse.

Il faudra encore une ou deux générations pour que les horreurs de ce passé récent disparaissent des esprits.

Mais je peux confirmer que le touriste n’a aucune crainte à avoir de visiter Bogota (photos ici) ou Medellin,(photos ici) a fortiori les plus petites villes de Colombie. Il y a au contraire une grande gentillesse de la part de tous ceux que l’on croise, commerçants, restaurateurs, agents publics, etc…qui vous sont au contraire reconnaissants d’avoir franchi la barrière de la peur et de la mauvaise réputation. Il y a certes des régions à éviter (on recommande de s’inscrire sur le site du Quai d’Orsay : Fil d’Ariane)

Un patchwork écologique

Ce qui frappe immédiatement en Colombie, c’est la variété des visages, des paysages, des origines. Je ne vais pas refaire ici le voyage que je viens de faire : pour cela lire mes brèves de blog du 7 au 22 août.

Mais quelques constats… réjouissants.

La première chose que je remarque quand je traverse un pays, c’est l’état du domaine public. Et pendant très longtemps, que ce soit en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud, on remarquait malheureusement la saleté, l’absence d’entretien, le plastique répandu partout. Il y a, en Colombie comme ailleurs, encore pas mal de décharges sauvages, mais dans l’ensemble le souci d’éco-responsabilité est manifeste dans le ramassage et le traitement des déchets, l’utilisation de l’eau – qui est une ressource encore très abondante, mais dont le citoyen colombien a conscience qu’elle doit être préservée – A Medellin comme à Bogota, on peut visiter ce qu’ils n’appellent pas là-bas « favelas » comme au Brésil, mais du terme étrange d’ invasiones. Il y a une fierté évidente à montrer au touriste étranger ce qui a été fait pour réhabiliter ces « comunas« , ces quartiers précaires jadis gangrénés par le trafic et la violence. C’est particulièrement spectaculaire à Medellin :

La Comuna 13, naguère la plus mal famée de Medellin, est aujourd’hui un quartier complètement réhabilité, où les artistes ont travaillé à la demande et avec l’accord des habitants, le plus notable étant que les aménagements ont été pensés pour les handicapés, les personnes âgées, les enfants – ce qui n’était pas gagné d’avance vu la configuration des lieux !

Il en a été de même dans la Comuna 3 au sud de la ville.

La préoccupation écologique est tout aussi manifeste dans les villes de bord de mer, comme Carthagène qui n’est pas encore submergée par le tourisme de masse, parce qu’elles privilégient l »hôtellerie à taille humaine, même si les nouveaux quartiers voient les gratte-ciel pousser comme des champignons.

L’habitat colonial dans le quartier ancien de Getsemani à Carthagène.

Album complet sur Carthagène des Indes à voir ici.

Au nord de la Colombie, sur la côte caraïbe, le parc national de Tayrona préserve à la fois une richesse naturelle prodigieuse et surtout les lieux de vie des Indiens Tayrona et Kogis.

Le pays du café

La Colombie est le troisième producteur mondial de café, après le Brésil et le Vietnam. Au centre du pays, au milieu de villages archétypiques – Filandia, Salento, Quimbaya, on cultive le café, et maintenant un peu de cacao, sans engrais chimiques, selon des méthodes traditionnelles. Les Colombiens se plaignent – gentiment – de ne boire que du café de qualité moyenne, puisque le meilleur de leur production – exclusivement de l’arabica – est destiné à l’exportation. Cela dit, pour avoir chaque matin bu du café « local », je l’ai trouvé très convenable et souvent excellent.

Même si l’Equateur est indétrônable dans la région pour la production de cacao, la Colombie s’est mise depuis quelques années à cultiver le cacao. Comme on a pu le constater près de Quimbaya

On doit ajouter à cela la qualité de la gastronomie locale, de la plus simple – à base de manioc, de banane plantain, de toutes sortes de légumes et de fruits – à la plus sophistiquée (on a très bien dîné à Bogota, Medellin ou Carthagène, à des prix des plus raisonnables).

On ne saurait prétendre bien connaître un pays deux fois grand comme la France, qu’on n’a fait qu’entrevoir, mais on en revient heureux d’avoir rencontré des gens, de tous âges, confiants dans l’avenir, dans un pays prospère économiquement, où l’on ne se résigne ni à la misère ni au déclassement. On va, en tout cas, suivre de près les évolutions politiques en cours…

Même les vautours noirs, leur vrai nom est « urubu », viennent se désaltérer à la piscine. Tandis que les singes hurleurs roux se font un malin plaisir de surprendre le touriste au réveil.

Les raretés de l’été (XIII) : Arthur Fiedler et ses amis

Troisième et avant-dernier article de cette mini-série consacrée au chef américain Arthur Fiedler (lire Le chef américain et Les racines européennes) dont la longévité – près de cinquante ans – à la tête des Boston Pops, lui a permis de côtoyer toutes les stars de son temps. L’abondante discographie qu’il a signée parvient à peine à restituer la richesse de cet héritage partagé. Heureusement les documents vidéo sont de moins en moins rares (ils l’ont été longtemps en raison de règles drastiques de protection des droits d’auteur et des droits des interprètes aux Etats-Unis)

Earl Wild (1915-2010)

Le pianiste virtuose américain a signé peut-être la référence absolue de Rhapsody in Blue et du concerto en fa de Gershwin avec Arthur Fiedler. Version toujours rééditée et d’une richesse inépuisable.

Témoignage de cette amitié, ce concert de 1974 qui réunit le pianiste et le chef américains dans le concerto en fa de Gershwin :

Leontyne Price

La grande cantatrice américaine – 98 ans ! – n’a jamais dédaigné d’offrir sa voix à un public peu familier de l’opéra.

Stan Getz (1927-1991)

« Le » saxophoniste Stan Getz fut un hôte régulier des sessions des Boston Pops et Arthur Fiedler

Duke Ellington (1899-1974)

Toujours parmi les invités réguliers d’Arthur Fiedler, singulièrement pendant le festival d’été de Tanglewood – qui est en quelque sorte la résidence estivale de l’orchestre de Boston – le jazzman Duke Ellington.

Al Hirt (1922-1999)

Ce trompettiste né à La Nouvelle Orleans, Al Hirt, avait une popularité qu’on n’imagine pas en France (sauf pour l’exception qu’était Maurice André)

Roy Clark (1933-2018)

Le bicentenaire de l’indépendance des Etats-Unis en 1976 est évidemment l’occasion de fêtes spectaculaires pour les Boston Pops et Arthur Fiedler. A cette occasion, ils accueillent le chanteur et guitariste country Roy Clark

Judy Collins

La chanteuse Judy Collins interprète Elton John en mai 1976 pour l’ouverture de la « saison » d’été des Boston Pops.

Liste non exhaustive… suite à lire dans le prochain épisode sur Arthur Fiedler

Et toujours mes brèves de blog

Les raretés de l’été (XII) : Arthur Fiedler les racines européennes

Suite de ma mini-série sur Arthur Fiedler.(voir Arthur Fiedler le chef américain)

Arthur Fiedler naît à Boston le 17 décembre 1894. Ainsi il est l’un des rares grands chefs américains du XXe siècle, l’autre étant Leonard Bernstein – à être né sur le sol américain. Certes son père Emanuel Fiedler est d’origine autrichienne et travaille comme violoniste dans le Boston Symphony. Il va d’ailleurs suivre son père qui retourne vivre en Autriche à sa retraite et étudier notamment le violon à Berlin auprès de Willy Hess. Il quitte l’Europe de ses études lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, revient à Boston, est engagé à son tour en 1915 comme violoniste au Boston Symphony. Dès 1924, il forme avec quelques collègues le Boston Sinfonietta, en attendant de prendre la direction en 1930 des Boston Pops, fondés 35 ans plus tôt pour employer les musiciens du Boston Symphony durant la saison estivale.

On reviendra sur ce qui a fait la gloire du couple Boston Pops / Fiedler, cette capacité de propager, dans des conditions artistiques optimales – avec l’un des meilleurs orchestres au monde – les mélodies, les musiques de films, les thèmes populaires – cf. le premier chapitre de cette série : Fiedler l’Américain.

Mais dans l’héritage discographique du chef, il y a beaucoup d »enregistrements qui, encore une fois, ne sont jamais cités, ni critiqués, et qui sont pourtant à mettre au sommet, comme les musiques d’Europe centrale, et singulièrement les viennoises. Là où Bernstein n’a jamais trouvé la clé – la valse viennoise -, où Ormandy enjolivait parfois outrageusement, où Fritz Reiner était parfois d’une austérité excessive, Arthur Fiedler révèle le grand chef qui a tout compris de ces répertoires, parce qu’il les a appris à la source.

Vienne à Boston

Le lien d’Arthur Fiedler avec la famille Strauss est double. Il semblerait qu’il ait joué, lorsqu’il a suivi son père à Vienne, dans l’orchestre du fils d’Eduard Strauss, le dernier des frères (1835-1919). Mais c’est surtout la présence de Johann Strauss – celui dont on célèbre cette année le bicentenaire de la naissance – à Boston en 1872 pour le World’s Peace Jubilee and International Music Festival qui est restée gravée dans la mémoire des Bostoniens.

La version d’Arthur Fiedler de la fameuse Valse des Empereurs / Kaiserwalzer (*) n’est pas loin d’être ma préférée.

(*) D’abord intitulée Hand in Hand, cette valse composée lors de la visite de Guillaume II de Prusse à Vienne change de titre, lors de la visite retour de François Joseph à Berlin le 21 octobre 1889, et devient Kaiserwalzer – qu’il faudrait donc traduire par Valse des… empereurs.

La suite tirée d’airs d’opérettes de Lehar est toute nostalgie Mitteleuropa – en dépit du titre plutôt ridicule du disque qui la contient

Et que dire de cette ouverture de SuppéCavalerie légère – dont le titre est souvent contredit par l’interprétation !

Merci à Fiedler d’avoir aussi enregistré cette ouverture de l’opérette Fatinitza du même Suppé, le seul autre enregistrement que j’en ai est celui de Charles Dutoit à Montréal

Mitteleuropa

On s’éloigne du Danube pour rejoindre le cours tumultueux de la Vltava – la Moldau est nettement plus prononçable !

Il y a surtout une somptueuse version de la Symphonie n°9 dite du Nouveau Monde de Dvořák, qu’Arthur Fiedler enregistre en 1970 avec le Boston Symphony.

Une version que j’ai découverte récemment, incluse dans un coffret censé regrouper les enregistrements de William Steinberg et du Boston Symphony pour RCA !

Exemplaire aussi cette vision de la célèbre rhapsodie roumaine n°1 d’Enesco : écoutez cette vivacité, cette liberté rhapsodique dans l’énoncé des thèmes populaires – dont l’Alouette – qui ont inspiré le compositeur roumain.

Vive la France !

Ce n’est évidemment pas à Arthur Fiedler qu’on demandait d’enregistrer le grand répertoire – rien qu’à Boston, entre Koussevitzky, Munch, Leinsdorf, Steinberg, et même Ozawa, pour ne citer que les titulaires du Boston Symphony, qui étaient aux commandes durant le mandat de Fiedler aux Pops, il y avait le choix. Mais on a laissé au roi Arthur quelques « créneaux » comme cette Gaîté Parisienne (Munch l’enregistrera aussi… mais à Londres)

Et puis il y a cet enregistrement surprenant – c’était une première aux Etats-Unis – de la suite que le compositeur russe Rodion Chtchédrine (qui s’écrit en russe avec deux fois moins de lettres : Щедрин) a réalisée pour cordes et percussions sur des thèmes de Carmen de Bizet :

Les racines irlandaises

Quand on évoque les racines européennes d’Arthur Fiedler, il est impossible – et ce serait bien dommage ! – d’oublier qu’encore aujourd’hui plus de 20% de la population de Boston se déclare d’origine irlandaise. C’est dire si les concerts monumentaux – les Irish Nights – qu’a dirigés à plusieurs reprises Fiedler sont des incontournables de sa discographie

L’éditeur a laissé tous les bruits de la fête, et on se prend à entonner tel ou tel hymne à l’écoute d’un tel événement.

Prochain épisode : Fiedler star de l’époque.

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