Je n’avais qu’une vague idée du Sri-Lanka – que je continuais dans mon imaginaire d’appeler Ceylan (le thé !). Une opportunité s’est offerte il y a peu de découvrir cette île. Je ne regrette pas de l’avoir saisie !
Une explication du titre de ce billet : le Sri-Lanka a porté beaucoup de noms au cours de son histoire, ce sont les Arabes qui la désignaient par Serendip :
Depuis une dizaine d’années, le nom sérendipité est entré dans l’usage en français. Il s’agit d’un emprunt de l’anglais serendipity, « don de faire par hasard des découvertes fructueuses », un mot créé par Horace Walpole et qu’il avait tiré d’un conte oriental, Les Trois Princes de Serendip (1754), Serendip ou Serendib étant une ancienne transcription anglaise de Sri Lanka, ce dernier étant lui-même composé du sanscrit Sri, « souveraineté, richesse, éclat », et Lanka, primitivement Langkâ, que l’on a rapproché du grec lagkanein, « obtenir par le sort ». Serendip est donc cette terre bénie des dieux où la fortune semble être offerte à chacun.
On constatera avec étonnement que c’est sur leur propre territoire que les habitants du Sri Lanka ont placé cette possibilité d’obtenir richesse et prospérité. (Source: Dictionnaire de l’Académie française)
Arrivé dans la nuit de lundi à mardi, j’ai d’abord trouvé Colombo, la capitale, quasi-déserte en ce 19 février 2019. Et pour cause, les jours de pleine lune sont fériés dans ce pays aux trois quarts bouddhiste, on préparait le grand défilé nocturne de la Poya.
Il y a des capitales plus imposantes, plus riches en sites et monuments. Colombo a encore le charme de son passé portugais, hollandais et britannique. Après la quasi-guerre civile qui a déchiré le pays, opposé les communautés tamoule et cinghalaise pendant près de trente ans, le Sri-Lanka vit sous le régime d’une « république démocratique socialiste » fortement soutenue par la Chine. La Chine qui a vu tout le bénéfice qu’elle pouvait tirer de cette position stratégique dans l’Océan Indien, la Chine qui investit massivement et méthodiquement dans les infrastructures et l’économie du pays (voir les photos ici : Colombo)
Après Colombo, ses fêtes de la pleine lune et ses encombrements du lendemain, cap vers le nord, au centre de l’île, la première capitale, les premiers lieux du bouddhisme. Une nature luxuriante, un silence millénaire, le dépouillement, la pureté des premières constructions, les sites sacrés de Mihintale et Anurâdhapura
Mihintale et son Boudha blanc en promontoire
Plus de 1800 marches pour accéder au plateau sacré de Mihintale !
Ce qu’il y a de sympathique dans des soirées comme Les Victoires de la Musique classique, c’est qu’on peut y croiser évidemment beaucoup de professionnels… et de musiciens qui se trouvent être parfois aussi des amis !
Ainsi les hasards du placement dans la grande salle de La Seine Musicale m’ont amené tout près d’un musicien que j’admire depuis longtemps, avec qui j’ai eu le bonheur de lancer plusieurs projets discographiques, et qui, mercredi soir, était présent comme supporter d’un autre magnifique musicien, son fils. Je veux parler de Jean-Jacques Kantorow, grand violoniste et chef d’orchestre, et d’Alexandre Kantorow, magnifique pianiste que le public du Festival Radio France avait pu applaudir en 2016 (à 19 ans!).
Alexandre concourait dans la catégorie « Révélation Soliste instrumental » aux côtés d’un autre pianiste très talentueux, Théo Fouchenneret (qui lui inaugurera la série Découvertes du Festival Radio France 2019 le 11 juillet !) et du guitariste Thibaut Garcia (lui aussi invité des dernières éditions du festival occitan). Le pronostic du père – soutien d’un grand label, campagne médiatique bien organisée – penchait en faveur du guitariste. Pronostic confirmé, sans surprise.
Je ne vois, quant à moi, pas l’intérêt de voter pour départager de jeunes talents en devenir : les téléspectateurs ont pu entendre les trois « nommés », ils étaient tous les trois exceptionnels. Alexandre Kantorow n’avait pas choisi la facilité avec l’ébouriffant finale du 2ème concerto de Tchaikovski, à écouter ici à 1h3 !
L’un des premiers disques du pianiste est un duo avec son père, dans des répertoires peu courus :
On n’a pas de peine à imaginer que le jeune homme poursuivra une trajectoire victorieuse… avec ou sans trophée ! Il n’a rien d’un météore..
Le père, Jean-Jacques, je l’ai découvert comme violoniste. D’une virtuosité flamboyante.
Mais c’est comme chef d’orchestre que je vais mieux connaître Jean-Jacques Kantorow, lorsque l’Orchestre philharmonique royal de Liège est sollicité à l’été 2010 par Naïvepour un disque de concertos avec Laurent Korcia. Le violoniste français a demandé à être « en confiance » avec un chef de son choix : son aîné se révélera précieux au fil de sessions parfois compliquées par les humeurs changeantes du soliste. Résultat : un disque magnifique, multi-récompensé !
Pour les musiciens de l’OPRL, Jean-Jacques Kantorow est une révélation : déployant des trésors de patience il est d’une exigence constante et souriante qui en impose à tous. Forts de cette première expérience réussie, nous allons programmer plusieurs autres projets, comme cette intégrale concertante d’un compositeur Lalo mal-aimé du disque
Juste avant que je ne quitte la direction de l’OPRL, nous lancerons une nouvelle aventure chez Musique en Wallonie, la musique concertante et symphonique d’Ysaye.
Il y a quelques mois sortait ce couplage inédit de deux concertos finnois :
Mais le bonheur de revoir Jean-Jacques Kantorow mercredi soir a été ravivé, s’il en était besoin, par l’annonce qu’il m’a faite de la réalisation prochaine chez BIS d’un projet que j’avais nourri depuis plus de dix ans, dans la ligne éditoriale qui est la marque de la phalange liégeoise : l’intégrale des symphonies de Saint-Saëns, avec Thierry Escaichsur les grandes orgues Schyven de la Salle philharmonique pour la 3ème symphonie. Dejà impatient !
J’ai eu l’honnêteté… et le malheur (relatif !) d’annoncer hier sur Facebook que j’assistais aux 26èmes Victoires de la Musique classique à la Seine Musicale. En plus, il m’aurait été difficile de le cacher, puisque j’étais placé juste derrière les « nominés » en compétition et que, dès l’annonce des résultats, les caméras faisaient un gros plan sur le ou la récompensé(e) et sur ses camarades moins chanceux (revoir la cérémonie ici : Les Victoires de la musique classique 2019)
De la part d’excellents amis que je respecte et dont j’apprécie le jugement, je me suis attiré des commentaires de ce type : « Bof, bof bof »… « le jour où elles cesseront d’être les victoires des majors du classique, et où la musique ancienne y aura sa place, pourquoi pas? » … « ah bon? » … « très contournable »… « J’ai suivi héroïquement ce long pensum d’auto-glorification…Quelle purge ! Le mot « prestige » a été au moins cinq fois utilisé : mais qu’en a-t-on à faire, du « prestige » ? Les vrais musiciens et les vrais mélomanes ne jouent pas ou n’écoutent pas pour icelui, sinon, ce ne sont que des bêtes de cirque. Deux ou trois jolis moments, mais rien de vraiment mémorable. A part cela, quand donc les préposé(e)s à l’animation télévisuelle ou radiophonique cesseront-ils de dire: « Tartempion va nous interpréter ceci ou cela ? » Ce sont des œuvres et non des publics qu’on interprète, non ? »
Alors que répondre à mes aimables « commentateurs » sur cette 26ème édition ? En effet, les jeux paraissaient faits d’avance, Warner – pour ne pas les citer – a raflé la plupart des récompenses (Nicholas Angelich, Thibaut Garcia); en effet, la musique ancienne et baroque a été réduite à la portion congrue (pourquoi le concerto à 4 claviers de Bach joué au piano ?); en effet, ça donnait un peu l’impression d’un « entre soi ». Sauf que les primés le valent tous, et qu’aucune récompense n’est indigne.
Pour le reste, je n’ai pas grand chose à changer aux billets que j’avais écrits l’an dernier (à Evian) et il y a deux ans (à la Maison de la radio)
Victoires jubilaires : ….Sur le nombre de récompenses, la sélection des « nommés », les votes de la profession, les critiques n’ont jamais manqué et n’épargneront pas ces 25èmes Victoires. Je constate simplement que le tableau d’honneur de cette soirée était à nouveau très impressionnant, qu’aucun des nommés, a fortiori aucun des récipiendaires de cette année n’était indigne d’y figurer, bien au contraire. Le plus surprenant – qui atteste d’ailleurs de l’incroyable foisonnement de talents français dans cette discipline – est peut-être que les prix de la Révélation du soliste instrumental et du meilleur Soliste instrumental soient allés à deux violoncellistes, quasiment du même âge, les excellents Bruno Philippe et Victor Julien-Laferrière….
On est moins convaincu par l’utilité d’un vote pour le « meilleur compositeur » de l’année, comme si on pouvait juger de l’oeuvre et du travail d’un compositeur dans ce genre de compétition
J’avais repris cette vigoureuse apostrophe d’Arièle Butaux : « Chaque année, des grincheux masochistes se collent devant leur écran de télévision pour dézinguer en direct sur les réseaux sociaux les victoires de la musique. On se pince le nez, on déverse son fiel entre «gens qui savent». Trois heures de musique classique à une heure de grande écoute, accessible à tous, quelle faute de goût! La musique, on voudrait la confisquer, se la garder entre initiés, éviter surtout que des néophytes se prennent d’amour pour elle et en voient leur vie embellie à jamais . La musique, c’est chasse gardée! Ah oui mais hier, la musique s’est rebiffée! Avec les armes redoutables de ses meilleurs serviteurs : le talent et la générosité.
J’ajoutais :
…j’ai cru comprendre, en lisant nombre de réactions sur les réseaux sociaux, que le spectacle audio-télévisé avait été nettement moins bon que celui…vécu sur place. Décalage permanent entre le son et l’image, « mise en scène » discutée et discutable, etc.
A titre personnel, je n’aime pas beaucoup les choix esthétiques de la maison de production qui réalise ce type de soirées, les éclairages disco censés saturer l’espace, comme si, s’agissant de musique classique, on avait peur du vide ou du silence. Mais rien n’est plus difficile et exigeant que de filmer des musiciens, en direct de surcroît. On ne va pas jeter la pierre aux rares producteurs français qui en sont capables, et qui se battent pour exister sur un marché de plus en plus exigu.
Je pourrais aussi critiquer la longueur d’une telle soirée…
(Un hommage bien inutile à un musicien en service minimum, Lang Lang – « la grande valse brillante » (sic) de Chopin expédiée avec ses maniérismes habituels et un minuscule extrait de la musique de Yann Tiersen pour Amélie Poulain)
Ce 13 février 2019, on a donc retrouvé peu ou prou les qualités et les défauts déjà notés lors des précédentes éditions. Beaucoup ont regretté l’absence de Frédéric Lodéon– mais il avait annoncé l’an passé que c’était la « der des der » pour lui ! – Les deux présentatrices de la soirée paraissaient comme intimidées, mal à l’aise – et dans ce domaine de la musique dite classique, l’incompétence ou l’ignorance s’entend vite, quelques efforts de préparation qu’on ait pu faire… Pourquoi cette présentation ridicule de Friedrich Gulda, et de son iconoclaste concerto pour violoncelle, au demeurant très bien joué par Edgar Moreau ?
(Ici un extrait de ce même concerto, donné à Liège en janvier 2013 par Alban Gerhardt, l’Orchestre philharmonique royal de Liège et Christian Arming)
Pourquoi ces digressions minaudantes sur le sublime adagio du 23ème concerto de Mozart, joué avec une poésie admirable par le très talentueux Théo Fouchenneret ? Jusqu’à d’ailleurs se tromper lorsqu’on risque une petite explication musicologique ou historique… sur le concerto pour violoncelle de Haydn joué par Jean-Philippe Queyras…
Enfin et c’est le plus contestable, pourquoi attendre la fin de la cérémonie, minuit étant largement dépassé, pour remettre la Victoire Révélation soliste instrumental ?
Un grand bonheur : cette Victoire si méritée pour Stéphane Degout !
Le débat est loin d’être clos. Peut-on suggérer à l’équipe des Victoires de la musique classique de regarder par exemple ce que font les Allemands avec leur soirée Echo Klassik? Du show, des paillettes, oui mais le respect des musiciens et du public, et une qualité de captation sonore incomparable.
Et puisqu’on est le soir de la Saint-Valentin, cette chanson de circonstance One Night of Love par l’une des sopranos les plus sensuelles que le monde lyrique ait connues, (1932-2006)
Pas plus tard qu’en septembre dernier, à l’occasion d’une sympathique petite cérémonie à France Musique, Arnaud Merlin – l’une des voix du jazz sur l’antenne – me donnait des nouvelles d’André Francis (de son vrai nom André Brut).
Voici qu’on apprend que l’un des producteurs les plus emblématiques de Radio France – pas seulement France Musique – est mort paisiblement dans sa 94eme année…
J’ai eu la chance de côtoyer ce monument, et même d’essayer de le diriger (comme directeur de France Musique). Tant de souvenirs me reviennent de ce fort caractère qui connaissait tout et tout le monde.
Deux surgissent au moment de lui rendre hommage.
D’abord l’incroyable soirée que ses amis producteurs, musiciens et la direction de la chaîne avaient organisée pour les 50 ans de présence ininterrompue d’André sur les ondes de Radio France…et une retraite à laquelle, lois du travail obligent, il avait dû se résoudre. Ce devait être en 1995 ou 1996. J’imagine que France Musique va retrouver trace de cette soirée.
Autre souvenir. Après la disparition de Michel Petruccianiil y a vingt ans (Michel qui avait bien entendu participé à la soirée Francis), le 24 janvier 1999, à la demande instante du nouveau PDG de Radio France, Jean-Marie Cavada – qui n’avait finalement pas daigné paraître à cette soirée !! – c’est André Francis qui s’était spontanément proposé de prendre les contacts pour rendre au fantastique pianiste l’hommage qui lui était dû. Et ce fut de nouveau une incroyable soirée !
Je ne sais où sont passés – si même ils ont été répertoriés et archives – les milliers de bandes qu’André Francis conservait dans son bureau et chez lui…
Un grand serviteur du jazz s’en va. Son œuvre demeure.
La France officielle aurait-elle ses protégés et ses oubliés ? On peut s’interroger lorsqu’on compare le sort réservé à Berlioz, mort il y a 150 ans, et à Offenbachné il y a 200 ans.
Berlioz a bénéficié déjà, pour le bicentenaire de sa naissance en 2003, d’une sorte de célébration nationale- sans aucun doute justifiée ! – associant un grand nombre de maisons d’opéra, d’orchestres symphoniques, d’institutions culturelles, certains avaient ardemment milité pour qu’il entre au Panthéon ! L’an dernier, la ministre de la Culture avait confié à Bruno Messina« la mission de préparer le cent cinquantième anniversaire de la mort d’Hector Berlioz ».
Et le sieur Offenbach, né Jacob à Cologne le 20 juin 1819, devenu Jacques dès son arrivée à Paris en 1833 et mort dans la capitale française en 1880 ? Pas de comité du bicentenaire ? Pas de commémoration officielle ? Il faut croire qu’un compositeur de musique « légère », un roi de l’opérette, ne mérite pas l’hommage réservé à son aîné « sérieux ».
Sans doute est-il plus compliqué d’envisager une édition discographique des oeuvres complètes d’Offenbach – comme on vient de le faire pour Berlioz – n’est-ce pas Jean-Christophe Keck ? Parce que l’oeuvre d’Offenbach est encore largement à (re)découvrir, que le colossal travail d’édition est un work in progress qui ne paraît pas près de s’achever.
Espérons que, même en l’absence de caution officielle, le bicentenaire de sa naissance permettra à un large public de mieux connaître la personnalité, au moins aussi originale que celle de Berlioz, la diversité du génie d’Offenbach. De le sortir aussi de l’étiquette réductrice d’amuseur franco-français du Second Empire : sait-on que c’est le succès considérable de ses opérettes, chantées en allemand à Vienne (Orphée aux enfers, La belle Hélène,La vie parisienne) qui a poussé Johann Strauss fils (1825-1899) à se mettre à l’opérette et à essuyer ses premiers échecs ?
Espérons que Warner fera un peu plus que ce coffret bienvenu, regroupant les trois versions de référence récentes dirigées par Marc Minkowski.
Par exemple en regroupant les ouvrages dirigés par Michel Plasson, Manuel Rosenthal, John Eliot Gardiner… le fonds EMI Offenbach étant sans doute l’un des plus riches.
En attendant l’ouvrage de référence (qui viendra peut-être ?), on peut aborder le personnage avec ces trois petits bouquins :
Dans les raretés discographiques à rééditer, un joli bouquet d’ouvertures dirigées par… Hermann Scherchen. Offenbach enregistré à Vienne sous une baguette qu’on n’attend pas dans ce répertoire, un modèle !
Les Troyensc’est probablement l’ouvrage – un opéra en 5 actes ! – qui conforte ceux qui aiment autant que ceux qui détestent Berlioz. Les premiers y voient et y entendent les trouvailles géniales, l’absence de limites à une inventivité phosphorescente, les seconds y trouvent des longueurs loin d’être toujours « divines », les élucubrations d’un personnage mégalomane.
Le spectacle qu’on a vu à l’opéra Bastille mercredi – devant un impressionnant parterre de directeurs d’opéras ! – n’aura sûrement pas fait changer d’avis les détracteurs du compositeur natif de La Côte Saint-André… mais pas non plus convaincu – c’est un euphémisme – ses admirateurs. On a connu metteur en scène plus inspiré (Dmitri Tcherniakov), fosse et plateau plus enthousiasmants. Occasion manquée. J’en reste au souvenir ébloui du spectacle vu à Amsterdam en 2010.
Consolons-nous si besoin avec quelques perles du coffret Berlioz (Berlioz Complete works) comme ce magnifique Nocturne à deux voix (jadis paru sous étiquette DGG)
Coffret Berlioz qui comprend la fantastique intégrale des Troyens captée à Strasbourg en novembre 2017 !
Signalons aux fans du ténor Michael Spyres– j’en suis ! – qu’il chantera le rôle-titre de Fervaalde Vincent d’Indy – en version de concert – le 24 juillet prochain à Montpellier dans le cadre du Festival Radio France !
Hier soir, à Radio France, célébration du talent et de la jeunesse : un violoncelliste de 20 ans devenu star mondiale par la grâce d’un mariage princier, un chef qui le toise du haut de ses…32 ans (!!) qu’on découvre à chaque concert, depuis 2014, plus pertinent, insolemment doué, charismatique – si le mot n’est pas trop galvaudé .
Sheku Kanneh-Masonjouait le concerto d’Elgar et Santtu-Matias Rouvalidirigeait l’orchestre philharmonique de Radio France, en état de grâce, dans Debussy (Prélude à l’après-midi d’un faune, avec la flûte enchantée de Magali Mosnier) et Stravinsky (phénoménal Petrouchka). Rouvali avait déjà offert au public de Montpellier, en juillet 2018, un Sacre du printemps idiomatique, narratif, légendaire. Il renouvelle l’exploit avec Petrouchka, et quelle maîtrise exceptionnelle d’une partition qui reste, cent huit ans après sa création, d’une complexité intimidante pour les interprètes !
Mon métier comporte son lot de contraintes, de déceptions, de désagréments, mais je les oublie vite quand j’ai la chance de rencontrer des artistes comme ces deux-là. Si simples, modestes, très conscients des risques d’une notoriété trop vite acquise, si profondément musiciens. Longue et belle vie à Sheku ! Quant à Santtu-Matias Rouvali, le prochain rendez-vous est déjà pris : il vient avec « son » orchestre philharmonique de Tampereà Montpellier pour deux concerts en juillet 2019 (#FestivalRF19) !
Il n’a pu échapper à personne d’un tant soit peu impliqué dans la vie musicale que 2019 marque le sesquicentenaire* de la mort d’Hector Berlioz, né le 11 décembre 1803 à La Côte Saint André mort à Paris le 8 mars 1869.
Warner publie un coffret de 27 CD annoncé comme l’intégrale de l’oeuvre de Berlioz
Quant à moi, j’ai retrouvé un précieux document, qui m’avait été offert lors de mon départ de la direction de l’Orchestre philharmonique de Liège (Merci), une lettre d’Hector Berlioz à son fils Louis.
On n’imagine pas a priori Berlioz en père de famille, soucieux du devenir de son fils Louis(1834-1867) !
Je reçois ta lettre et j’y réponds à l’instant. Tu m’annonces à la fois de bonnes et de mauvaises nouvelles. Te voilà donc obligé d’aller dans la Baltique… mais quoi faire donc ? puisque tu me dis que vous ne vous trouverez pas dans la bagarre. Je ne le devine pas. Enfin j’espère que hors du théâtre de la guerre tu pourras continuer de t’y être utile et à mériter l’estime de ton nouveau commandant. Je t’autorise à faire toucher chez M. Rety au Conservatoire les cent francs qu’il devait te remettre pour le cas où tu serais allé chez ta tante. Tu lui enverras le billet ci-joint, et tu m’écriras ensuite pour m’accuser réception de la somme quand Alexis° te l’aura fait parvenir.
Mais prends garde, il me semble que tu recommences à gaspiller ton argent. Je t’en ai envoyé deux fois le mois dernier. Achète une montre de peu de prix, mais excellente.
Je n’ai pas touché un sou depuis que je suis en Allemagne. On devait m’envoyer ici une somme de quatre cents francs de Hanovre, avec la croix que le Roi m’avait fait annoncer, je n’ai rien, ni croix ni argent. J’ai écrit à ce sujet à trois personnes; aucune ne m’a répondu. Cela me fait partir la tête d’impatience. Je trouve tout le monde ici parfaitement disposé; on espère faire un grand riche concert. C’est une ville splendide, immense, et animée comme Paris. Tous mes anciens amis s’y trouvent encore.
Adieu cher enfant, écris moi toujours le plus souvent possible surtout quand tu auras quitté la France. Ne manque aucune occasion de me donner de tes nouvelles en m’indiquant bien où je devrai t’envoyer mes lettres.
Je t’embrasse de tout mon coeur,
H. Berlioz
Cette lettre est datée de Dresde, Louis a juste vingt ans, il s’est engagé dans la Marine à 16 ans, il s’apprête à rejoindre un bâtiment sur la mer baltique. Il mourra jeune, à 33 ans, deux ans avant son père, de la fièvre jaune à La Havane. Ses relations avec son compositeur de père n’ont pas été un long fleuve tranquille, on s’en serait douté :
J’ai enfin compris ceci ; tu m’aimes, mais d’une façon étrange. Je suis certain que tu souffrirais atrocement si demain on t’annonce ma mort ; mais je suis aussi certain que si tu as à diriger un festival après-demain, après-demain je serai oublié. Je sens que tes enfants se nomment Roméo et Juliette, Faust … etc. Je comprends que tes chefs d’œuvre, représentant des années de jouissance et devant faire ta gloire plus tard, doivent passer bien avant moi qui ne représente qu’une ou deux secondes d’abandon ou d’oubli, et 27 années de charge. Tu es un homme de génie ; tu aimes, tu souffres, tu vis comme un homme de génie peut aimer, souffrir et vivre. (dans une lettre de 1861)
Mais aussi ceci, plus tardivement : Tu es mon Dieu, tu es tout ce qu’il est possible à l’homme de cœur et d’intelligence d’aimer. Il me semble que notre nos existences sont liées, elles sont les torons d’une corde, si l’un se brise l’autre se brisera ; ils ne peuvent exister l’un sans l’autre, ils forment un tout.
Le grand berliozien que fut Colin Davisa laissé quelques beaux enregistrements avec la Staatskapelle de Dresde, qu’il dirigea régulièrement de 1981 à 2012, et dont il avait été nommé « chef honoraire » à vie en 1991.
Post-scriptum à mon dernier billet Un mauvais feuilleton. Ce billet m’a valu de nombreux commentaires, la plupart approbateurs, certains faisant valoir qu’après tout Philharmonian’est qu’une fiction et que la vraisemblance des personnages et des situations n’est pas l’objectif recherché par les auteurs, et que les flics, gendarmes ou magistrats doivent être également irrités par les séries policières ou les soignants dans des feuilletons « médicaux ». D’aucuns de rajouter que si cette série fait découvrir la musique classique à des téléspectateurs qui, sinon, en seraient restés éloignés, c’est tant mieux…
Pourtant Dieu sait si un scénariste inspiré, informé, aurait pu en raconter de belles.. et de vraies histoires sur ce qui se passe dans le microcosme d’un orchestre « classique », sur les vrais enjeux de pouvoir, sur le paradoxe absolu que constitue la forme même d’un orchestre : une centaine d’artistes qui revendiquent leur individualité, la singularité de leur talent et qui acceptent d’être « aux ordres » d’un seul, le chef d’orchestre… Philharmoniapasse complètement à côté du sujet et conforte malheureusement le public dans l’image éculée, caricaturale, qu’on peut encore se faire de la « musique classique ».
J’en viens à mon sujet du jour : un petit bouquin à la couverture austère qui n’a rien pour attirer le chaland, hors le nom de son auteur, Olivier Duhamel.
Eminent politologue, constitutionnaliste, polémiste souvent redoutable, on connaît Olivier Duhamel plutôt comme le brillant auteur d’essais et d’ouvrages de référence sur la Vème République, les institutions, etc
Colette et Jacques, l’histoire d’un amour hors du commun, plus fort que le malheur ; et aussi, de 1939 à la fin du XXe siècle, le roman-vrai d’une époque qui se déchire, s’interroge et s’invente.
Une femme, un homme, un fil – l’amour. Orphelin de père, Jacques n’a que dix-sept ans quand il devient résistant. Chez lui, l’engagement se confond avec la passion. Dévoué à l’action publique, il sera tour à tour le premier conseiller d’Edgar Faure dans presque tous les gouvernements de la IVe République, député du Jura, puis ministre sous la Ve. Mais dans l’ombre du personnage public se tient un homme aimé, aimant, bouleversant. Avec lui et à part, une femme, Colette. Elle ne s’en laisse compter par personne. Passionnée de littérature, elle dirigera les éditions de la Table ronde puis travaillera aux côtés de Claude Gallimard. Elle est libre, flamboyante. Inoubliable. Colette et Jacques, l’histoire d’un amour hors du commun, plus fort que le malheur ; et aussi, de 1939 à la fin du XXe siècle, le roman-vrai d’une époque qui se déchire, s’interroge et s’invente. (Présentation de l’éditeur)
Le Jacques dont il est question, c’est Jacques Duhamel(1924-1977), le père d’Olivier.
Quand on veut citer les ministres de la Culture qui ont marqué la Vème République, on met toujours en avant André Malraux et Jack Lang. Et on oublie systématiquement l’un des plus importants, par les décisions qu’il a prises, les orientations qu’il a fixées, en dépit de la relative brièveté de son mandat, Jacques Duhamel que les humoristes avaient raillé parce qu’il était passé de l’Agriculture (1969-1971)… à la Culture (1971-1973) sous la présidence de Georges Pompidou.
C’était l’époque où la politique commençait à passionner l’adolescent que j’étais. Un détail m’avait frappé, au point que j’en ai encore le parfait souvenir, lors d’une cérémonie transmise par la télévision : j’avais vu Duhamel accéder à son siège et s’asseoir avec difficulté à l’aide d’une canne. Un homme malade, handicapé. Mais le présentateur de la soirée avait salué respectueusement le Ministre, et personne n’avait rien osé dire de son état de santé. L’image de cet homme souffrant, et pourtant présent sous les projecteurs, m’avait d’autant plus marqué que mon père avait disparu peu avant (Dernière demeure). Je n’avais pas été surpris d’apprendre le décès de Jacques Duhamel en 1977, à l’âge de 52 ans ! Mais ce n’est qu’en lisant Colette et Jacques que j’ai appris la maladie qui avait atteint le brillant ministre dans la fleur de son âge…
Colette et Jacques, ce n’est pas seulement le bouleversant et pudique hommage d’un fils à ses parents, c’est une extraordinaire galerie de portraits, où défilent De Gaulle, Mitterrand, Giscard, Edgar Faure, Mendès-France, les Funck-Brentano, Gallimard, les joies et les malheurs d’une famille où l’esprit de résistance se conjugue avec un sens inépuisable de l’amitié.
Un livre qu’on dévore, même – et surtout – si les époques qu’il évoque nous semblent lointaines, et qu’on referme plein de gratitude pour son auteur et pour des personnages qui font honneur à la politique conçue, comme le faisait Jacques Duhamel, comme le service supérieur de l’Etat et de ses concitoyens.
À longueur d’émissions (très rares) de musique classique à la télévision (encore récemment Fauteuils d’orchestred’Anne Sinclair), les animateurs passent leur temps à s’excuser d’oser diffuser de la musique classique à une heure de grande écoute, et à balancer toujours les mêmes poncifs sur « l’élitisme » de cette musique, la distance entre artistes et publics, bref de vieilles lunes qui n’ont plus cours depuis longtemps…
On pouvait légitimement se réjouir qu’une série, un feuilleton, ambitionne d’évoquer l’univers, les « coulisses », la vie d’un orchestre classique, une micro-société qui, comme tous les groupes, toutes les entreprises, est un reflet de la société, d’une époque, etc. Sans lire les critiques, j’ai donc regardé, en différé, le premier épisode de Philharmonia, j’ai abandonné au bout d’une demie heure, j’ai de nouveau essayé ce soir – les épisodes 3 et 4 – je n’ai pas persévéré.
Comme j’ai découvert ce soir ce texte de Vincent Agrech sur Diapasonmag.fr, je m’autorise à le reproduire, puisqu’il exprime exactement ce que je pense :
« Pour une fois que la musique classique a les honneurs d’une série télévisée, on guettait avec gourmandise l’équivalent français de Mozart in the jungle, le légendaire feuilleton américain où Gustavo Dudamel, Lang Lang, Joshua Bell ou Nico Muhly se bousculaient pour faire une apparition. Las ! C’est peu dire qu’on en est loin avec le brouet des deux premiers épisodes de Philharmonia, diffusés mercredi dernier. Dans l’espoir de mets mieux choisis ce 30 janvier, et puisque la mode est à nouveau aux cahiers de doléance, Diapason a listé les principales critiques exprimées par la rédaction, mais aussi par le milieu musical.
1 – C’est macho et réac !
Claire Gibault le dit parfaitement dans les colonnes de Télérama. « Nous n’avions pas besoin d’une série qui insinue qu’être une femme chef d’orchestre, c’est être malade, guettée par la démence et autoritaire. » En effet l’héroïne, dont la nomination est imposée à l’orchestre par le ministère de la Culture (plutôt discret, dans la vraie vie, quand il s’agit de soutenir les candidates lors des jurys) semble tenir de sa mère une grave maladie mentale qui l’a probablement déterminée à choisir cette carrière bien moins féminine que la danse ou la couture. Heureusement, elle témoigne d’une conception de son métier renversante de nouveauté. A côté, Toscanini et Karajan étaient des adeptes de la démocratie participative. Et pour le répertoire, notre maestra 4.0 a même inventé le fil à couper le beurre : pour ramener les jeunes dans les salles de concert, si on ajoutait un peu de variétoche à ces vieilles barbes de Beethoven et de Brahms ? En effet, on se demande pourquoi personne n’y avait jamais pensé.
2 – C’est parfaitement invraisemblable.
Une série n’est pas un documentaire, et il faut parfois sacrifier la réalité sur l’autel du drame. Entendu, mais les grands auteurs de fiction sont toujours ceux qui parviennent à tirer le second d’une observation fine de la première. En matière de grand n’importe quoi, le premier épisode de Philharmonia tient hélas du collector. Afin de marquer sa désapprobation à l’arrivée de la patronne, l’orchestre lui joue, pour sa première répétition, la BO de Mission Impossible. Heureusement, la virago a du répondant : et zou, voilà qu’elle t’éjecte le premier violon pour le remplacer par une jeunette du fond des rangs, à qui elle va imposer une relation abusive. Cinquante ans de luttes syndicales et de conventionnements d’orchestres nationaux pour en arriver là… Quant aux dialogues en répétitions, on croirait que Guillaume Musso et Eric-Emmanuel Schmitt ont convolé en justes noces pour les écrire. « Je voudrais que vous sentiez toute la puissance de cette œuvre » ; « Je sais que tu peux libérer cette rage au fond de toi »… même Stanislas Lefort n’avait pas osé dans La Grande vadrouille.
3 – C’est mal foutu, mal joué, mal filmé.
Quand Mozart in the jungle faisait une sortie de route, ce qui arrivait aussi, il nous restait au moins les stars (acteurs et musiciens) et le glamour hollywoodien. Ici, on campe au département fiction de France Tévé, huitième étage, au fond du couloir. Le temps de formation en direction d’orchestre de Marie-Sophie Ferdane (qui joue le rôle principal) semble avoir été bref, relève encore Claire Gibault. Un point positif toutefois : les gestes de plusieurs comédiens, mélangés aux musiciens méritants de l’Orchestre National d’Ile-de-France, s’avèrent plutôt convaincants. Davantage, en tout cas, que leurs prestations d’acteurs, guère soutenues il est vrai par ces dialogues mémorables, ni par une réalisation qui sait, elle, ce que minimum syndical veut dire. On a gardé le meilleur pour la fin : les séquences de concerts à la Philharmonie de Paris, si mal cadrées qu’on voit les rangs vides autour des deux-cents figurants que la production s’est autorisée. C’est sûr, ça donnera aux novices envie de se ruer dans les auditoriums. »
(Vincent Agrech, Diapason, 30 janvier 2019)
La musique n’avait vraiment pas besoin de ça ! Je ne sais pas ce qu’en pensent les musiciens professionnels, membres de nos orchestres. Acceptent-ils d’être ainsi caricaturés, ridiculisés ? Même dans le cadre d’une fiction.
Je me rappelle le très beau travail qu’avait fait Laurent Stine, lorsque l’Orchestre philharmonique royal de Liège avait célébré son 50ème anniversaire en 2010-2011. Le jeune réalisateur belge avait eu toute liberté de filmer l’orchestre, ses musiciens, la vraie vie d’une collectivité musicienne, avec un regard sensible. Cela a donné l’un des plus beaux documentaires qu’il m’ait été donné de voir sur un orchestre. Je sais que très nombreux ont été ceux qui ont découvert les véritables coulisses de l’exploit, la vraie vie d’artiste, la musique comme elle se construit, se conçoit, se propage. La formidable aventure d’un orchestre. Bref le contraire absolu de la caricature de Philharmonia
Comme par une loi des séries morbide, les disparitions se sont enchaînées ce week-end : après Michel Legrand (Tristesse),l’écrivain Eric Holder(Mademoiselle Chambon), le journaliste et animateur Henry Chapier, et l’organiste, compositeur, improvisateur Jean Guillou.
J’évoquais il y a peu l’excellent « guide » des organistes co-écrit par Vincent Warnier et Renaud Machart(Les bons tuyaux)
C’est Renaud Machart qui avait « traité » le musicien, titulaire de l’orgue de Saint-Eustacheà Paris de 1963 à 2015 (!).
(Saint-Eustache à Paris, le 22 janvier 2019)
C’est encore Renaud Machart qui signe, ce soir, dans Le Monde,, le portrait contrasté d’un organiste atypique, d’un musicien qui ne laissait personne indifférent. Extraits :
« Après Marie-Claire Alain (1926-2013), André Isoir (1935-2016) et Michel Chapuis (1930-2017), c’est le dernier grand organiste français de renommée internationale issu de cette formidable génération qui disparaît. Jean Guillou, titulaire de la tribune de l’église Saint-Eustache, à Paris, de 1963 à 2015, est mort à Paris samedi 26 janvier, le même jour que Michel Legrand. Il avait 88 ans…
Comme Legrand, qui travailla avec des artistes aux pedigrees divers, Guillou aura sans cesse voulu faire sortir l’orgue de l’église, travaillant avec le mime Marceau, s’intéressant aux chants des baleines, au théâtre nô, à la musique d’Extrême-Orient, à l’orgue de Barbarie, pour lequel il avait une tendre affection. La télévision devait lui consacrer de nombreux reportages et portraits où il témoignait de ces dilections…
...Guillou fut un improvisateur de génie, constituant des mondes sonores aux couleurs et miroitements qui pouvaient donner souvent l’impression d’une fresque sonore dépeignant l’Apocalypse, des abîmes de lave, des mondes surnaturels….
Peu sensible au jeu « historiquement informé « qui intéressa vite ses contemporains…, Jean Guillou n’était pas non plus affidé aux traditions de l’école d’orgue symphonique ou néo-classique. Il développera un style personnel, clair, incisif, détaillé, parfois surprenant dans ses choix de registration, mais d’une personnalité et d’une intelligibilité telles qu’il finissait par convaincre par sa logique propre, y compris dans d’étonnantes transcriptions dont il était l’auteur. »
Jean Guillou avait beaucoup enregistré pour Philips (un coffret avait été réédité il y a quelques années) puis pour d’autres labels.
Brilliant Classics avait édité un triple album, à très petit prix, toujours disponible, qui propose un panorama plutôt réussi de l’art du musicien disparu :
Un premier CD enregistré sur les orgues de Saint-Eustache : Bach, Mozart, Widor, Liszt et Guillou lui-même, un deuxième capté sur l’orgue de Notre-Dame des Neiges de l’Alpe d’Huez à la conception duquel il avait directement participé, toute une série de transcriptions plus spectaculaires les unes que les autres, un troisième enfin avec des versions tout aussi enthousiasmantes des tubes de l’orgue avec orchestre, la 3ème symphonie de Saint-Saëns et la symphonie concertante de Jongen.