J’ai aimé retrouver l’atmosphère si particulière de la Finlande (lire Au coeur de la Finlande), tout ce que j’avais découvert en décembre 2005, lorsque, à l’invitation du gouvernement finlandais, j’avais pu passer une semaine à Helsinki à l’occasion du Concours Sibelius(dont la lauréate, cette année-là, fut la jeune violoniste russe Alina Pogostkina, que j’aurais le bonheur d’inviter à trois reprises à Liège : en 2008 avec Paul Daniel, Beethoven et Vaughan Williams« The Lark ascending », en janvier 2011 pour les 50 ans de l’OPRL, et en novembre 2011 avec Domingo Hindoyan et le concerto de Korngold)
Helsinki en décembre, c’est tout au plus quatre heures de lumière du jour, nuit noire dès 15 h, dîner de très bonne heure, et plus personne dehors le soir venu. Le fonctionnaire du ministère des affaires étrangères qui me « pilotait », avait organisé mon planning de rencontres et de visites, me disait, pince-sans-rire : « Vous pouvez constater que les distractions sont rares ici : si on ne veut pas boire de la bière, il nous reste le chant choral. Dans mon bâtiment au ministère, il y a une chorale par étage ».
Il avait oublié la distraction nationale : le sauna (le seul mot finnois qui a fait florès dans toutes les langues du monde). En face de mon hôtel se trouvait la magnifique piscine art déco Yrjönkatu, plusieurs bassins entourés de plusieurs saunas et hammams à différentes températures. Après les journées chargées qu’on m’avait concoctées, et avant les concerts du soir, je visitais avec plaisir l’établissement, où j’eus la surprise de retrouver, transpirant sur le même banc de sauna, le grand danseur et chorégraphe, longtemps directeur du Ballet national de Finlande, Jorma Uotinen, rencontré vingt ans plus tôt à Thonon-les-Bainsà l’occasion d’un concours international de Danse organisé par la regrettée Roselyne Gianola, dont il était l’hôte d’honneur. Le monde est petit…
Et puis il y a la langue finnoise, sa musique si particulière, qui rappelle, en plus doux, le hongrois, les deux idiomes se rattachant au groupe dit des langues finno-ougriennes, qui ont leurs racines en Asie centrale, et qui ont très peu en commun avec les autres langues européennes. Impossible de comprendre une conversation simple, même de demander son chemin ou de commander un menu au restaurant (qui se dit ravintola). C’est un puissant stimulant pour apprendre, s’imprégner d’une langue…
Six mois après ce séjour hivernal à Helsinki, je revins dans ce pays, la capitale bien sûr mais surtout la Carélie, l’été et ses nuits blanches, la maison et les paysages de Sibelius… J’y reviendrai.
Atterrissant jeudi à Tampere, un petit aéroport aménagé avec ce goût caractéristique des designers scandinaves, je retrouvai instantanément les sensations éprouvées treize ans plus tôt à Helsinki. Nuit noire à 16 h, ciel plombé chargé de bruine, Un hôtel moderne, une tour de 25 étages.
La directrice générale de l’orchestre de Tampere s’excuse presque de cette triste météo, à cette époque de l’année c’est plutôt la neige et le manteau de lumière qui recouvre la ville. Après la répétition (voir Le Goncourt et la Finlande), nous partons dîner – il est plus de neuf heures du soir ! – dans un restaurant tournant resté ouvert tout exprès pour nous, au sommet de la tour Nasinneula, à 125 m de haut. Atmosphère irréelle, la ville en-dessous émerge par intermittences de la brume. Saumon, civet de renne, genièvre. Cuisine roborative, relevée. On a chaud au corps et au coeur.
Vendredi soir, le concert est à 19 h (18 h heure de Paris), les deux soirées du 9 et du 10 novembre sont hors abonnement, elles ont été prises d’assaut. Carmina Burana fait partie de ces oeuvres si populaires qu’elles remplissent systématiquement les salles… sur un malentendu.
Ce public nouveau, nombreux, très jeune ce soir dans la superbe salle de concert de Tampere, ne connaît de l’oeuvre de Carl Orff que le début et la fin.
Il va découvrir une oeuvre qui, sous la simplicité apparente de ses rythmes et de ses mélodies, est plus complexe et difficile qu’on ne l’imagine, en particulier pour les forces chorales – vendredi soir ils étaient près de 200 sur scène, trois choeurs et un choeur d’enfants rassemblés – et un challenge pour le chef. Avec Santtu-Matias Rouvali, j’ai eu le sentiment d’entendre d’une oreille neuve une oeuvre que le jeune chef finlandais dirigeait pour la première fois.
Autre surprise pour le public, les mélodies avec orchestre de Richard Strauss programmées en première partie, avec le baryton et la soprano solistes de CarminaBurana. Une formidable idée de Santtu-Matias Rouvali et une belle occasion d’entendre les moirures, les couleurs chaudes et la parfaite homogénéité des pupitres de l’orchestre philharmonique de Tampere. Bonheur sans mélange.
Après le mauvais bouquin de Ségolène Royal – recyclage de ses thèmes de campagne de 2007 sur le mode « j’ai eu raison avant tout le monde », agrémenté de quelques piques pas très fines sur à peu près tout le personnel politique, surtout celui de son camp, les souvenirs, souvent drôles, parfois répétitifs, de Jane Birkin,
je me disais qu’à la perspective de quelques heures d’avion je devais changer de registre. Et pourquoi pas le Goncourt dont je venais d’entendre l’interview sur France Inter ?
D’ordinaire, je ne me précipite jamais. Mais ce Nicolas Mathieu – que je ne connaissais pas – m’a d’emblée paru sympathique, modeste, surpris de ce qui lui arrive, pas poseur pour un sou.
J’ai lu la « présentation de l’éditeur » :
Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence. Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans. Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.
Et je me suis dit : encore un de ces faux romans naturalistes, autobiographiques, à la Eddy Louis. J’ai quand même téléchargé un extrait…et j’ai très vite téléchargé tout le livre. Parce que, comme une oeuvre musicale inconnue qui vous empoigne, vous surprend, vous captive, le roman de Nicolas Mathieu vous embarque, ne vous lâche plus. Dans une langue à la fois très élaborée, mais jamais précieuse, ni auto-complaisante, et très directe, un mélange que je n’imaginais pas possible entre le parler cru des ados et de purs moments de poésie, le récit coule, fluide, riche de mille détails qui dressent un décor sans digressions inutiles.
Bon, voilà, j’aime ce livre, j’aime cet écrivain et je félicite l’académie Goncourt !
Hier je partais pour la Finlande, où je n’avais pas remis les pieds depuis l’été 2006 (Helsinki et la Carélie), et une semaine en décembre 2005 à Helsinki, à l’occasion du concours Sibelius de violon.
Voyage intéressé, conséquence directe d’un dîner d’après-concert en juillet dernier (lire George et Igor). J’avais écrit ceci :
« Alors Le Sacre à la manière Rouvali ? Je manque d’objectivité sans doute, mais j’ai entendu hier soir tout ce que j’aime dans cette partition, les scansions primitives – dommage que les orchestres français n’aient plus (?) de basson français, mais les solides Fagott allemands ! – , les rythmes ancestraux, la fabuleuse organisation des coloris fauves de l’orchestre. Il n’est que de réécouter le concert ici : francemusique.fr.
Et la confirmation que le jeune chef finlandais – 32 ans seulement – est déjà l’une des très grandes baguettes de notre temps. On n’attendra pas quatre ans pour le réinviter à Montpellier… »
Santtu-Matias Rouvali – c’est lui le jeune chef de 32 ans, 33 depuis deux jours ! – me disait à ce dîner, dans la chaleur des nuits de Montpellier, qu’il voulait revenir au plus vite au Festival Radio France. Voeu partagé, mais qui semblait loin d’être exaucé, puisque, comme tous les surdoués de sa génération, SMR est très pris, très demandé, « principal conductor » de l’orchestre de Göteborg, « principal guest conductor » du Philharmonia de Londres, et directeur musical, depuis 2010 de l’orchestre philharmonique de Tampere, l’un des très bons orchestres de Finlande.
Mais quand on veut, on trouve, et la solution fusa presque immédiatement : « Invite-moi avec « mon » orchestre de Tampere, je te promets, je reviens en 2019″ ! Il ne fallait pas me le promettre deux fois. Le temps que la nouvelle directrice générale de l’orchestre prenne ses fonctions début août, et le contact était noué.
Et me voici à Tampere, pour discuter de la venue de l’orchestre et de son chef, sans doute pour deux concerts et deux programmes, à Montpellier l’été prochain. Et voir et entendre ces musiciens et leur chef répéter et jouer dans leur fabuleuse salle de concert – quelle acoustique idéale ! –
Dans quelques heures, un programme qui est la marque de l’originalité du chef. Son premier Carmina Burana – succès populaire garanti – avec pas moins de 200 choristes sur scène (tous « amateurs » mais à quel niveau !!) – précédé de mélodies avec orchestre (pour baryton et soprano) de Richard Strauss, que je n’ai personnellement jamais entendues en concert. Impatient !
Étrange, je n’ai jamais parlé de lui sur ce blog. Il a fallu un éditorial sur forumopera – et les commentaires qui ont suivi, pour que je m’aperçoive que j’ai « oublié » Roberto Alagna, un artiste que je suis et admire quasiment depuis ses débuts, auquel France Musiquea consacré toute une journée le 30 octobre dernier.
Mais un mot de ce remarquable éditorial, qu’on va citer in extenso, puisque je pourrais en reprendre chaque mot. Il est signé, jusque là rien que de très ordinaire, de l’un des fondateurs du site forumopera, qui dès 2004 consacrait un important dossier au ténor français, mais son admiration devient soudain suspecte puisque Sylvain Fortest, comme nul ne peut l’ignorer, l’un des très proches collaborateurs du président de la République. Comment un proche d’Emmanuel Macron peut-il encore s’exprimer sur la musique, l’opéra, un illustre chanteur, dans les colonnes du site qu’il a fondé, sans que cela soit a priori sujet à critique, voire à polémique ? On lui prête tant d’influence, le choix du futur directeur de l’Opéra de Paris, et bien d’autres encore. Les fantasmes ont la vie dure…
« C’était un soir d’août 1993. Le jour faiblissait. La radio diffusait des extraits des répétitions de La Traviata donnée cet été-là aux Chorégies d’Orange, quand soudain résonna le timbre radieux d’un jeune ténor dans la cabalette d’Alfredo. C’était Roberto Alagna. Ce fut comme si le soleil déclinant jetait dans la pièce que gagnait l’ombre un pur rayon d’or. En quelques mesures, cette voix à la fois franche et tendre, lumineuse et profonde, vint imprimer dans notre oreille une trace qui ne devait plus jamais s’effacer.
Roberto Alagna avait alors trente ans et déjà cinq ans de carrière. Nous n’avions jamais pu l’entendre, car sans internet ni réseaux sociaux, alors, seule l’opportunité d’une diffusion ou d’une représentation pas trop lointaine l’aurait permis, et cette opportunité ne s’était pas présentée. De lui, cependant, nous avions alors déjà entendu amplement parler, notamment de la bouche de son « découvreur » et « ange-gardien », Gabriel Dussurget. Nous savions le choc de la découverte, dans cet appartement de la rue de Dunkerque, à Paris, où le ténor était venu se faire entendre, accompagné par sa fidèle pianiste Simone Féjard, de celui qui avait fondé le festival d’Aix-en-Provence et découvert Berganza, Sciutti, Alva, Van Dam, etc. Nous savions l’histoire de ce concours Pavarotti auquel le ténor italien l’avait convié au détour d’une signature de disques dans un grand magasin parisien, et qu’il avait remporté parmi des centaines de candidats – dont Cecilia Bartoli – ; Alagna avait même avant dû cela remporter un concours national de moindre ampleur pour, avec l’argent du prix, s’offrir un costume digne de la finale à Philadelphie. Nous savions les débuts à Glyndebourne, et cette Traviata à La Scala avec Muti. Dussurget se félicitait que le chanteur fût sage et patient, et fît bon usage de l’argent qu’il commençait à gagner. Une réputation s’était forgée et les attentes étaient élevées : peut-être tenait-on là, en France, le meilleur ou un des meilleurs ténors lyriques de sa génération.
Bientôt cependant, on comprit que nous avions affaire à tout autre chose qu’à une belle promesse. La révélation advint en 1994, avec le Roméo et Juliette de Gounod donné au Covent Garden de Londres dans la production toulousaine de Nicolas Joel – autre ange-gardien d’Alagna. Chaque soirée en fut miraculeuse. Le triomphe fut si complet, inédit, fracassant, qu’il fut à tous évident que nous ne tenions pas là simplement un superbe ténor en devenir, un talent rare, ni même un de ces météores dont le monde lyrique est friand. Par le style, l’intensité, le naturel, l’incarnation, nous assistions à la résurrection des plus hautes heures de l’histoire du chant. Revenu chez lui après une représentation de ce Roméo, un spécialiste d’opéra passa la nuit à écouter tous les Roméo de la discographie ; le matin venu, il appela l’agent d’Alagna et lui déclara, en proie à une vive émotion, que jamais, non jamais personne ne l’avait chanté ainsi.
Se brûler en quelques saisons aurait pu être le prix de cette entrée éclatante dans le paysage lyrique. Ainsi, pendant des années, on ne manqua pas de bonnes âmes guettant la chute qui devait inévitablement sanctionner une ascension si fulgurante. Cent fois on annonça sa fin. Cent fois, il fut clair qu’Alagna creusait son sillon sans faiblir. Les grands destins d’artistes sont certes faits d’autant d’épines que de roses. Mais ce destin, Alagna sut ne pas le subir. Inlassablement, il se l’inventa. Pour cela, il refusa de limiter son art aux quelques rôles payants qu’on promène d’une scène à l’autre. Sans cesse il s’est soustrait à la fois de la routine qui endort et des audaces qui tuent. Toujours il s’est renouvelé, réinventé, Phénix échappant aux cendres qu’on lui prédisait et relevant triomphalement les défis qu’il s’était à lui-même lancés.
Trente ans après le début de cette carrière, le « wonderboy » est toujours là, et la provende de sa carrière a passé les promesses de ses débuts, pourtant si brillantes. Celui qui aurait pu être le prodige de quelques années, celui que la vie aurait put abattre lorsque la maladie lui enleva sa jeune épouse, celui que la nature avait doté de ces dons naturels qui souvent fondent en quelques saisons, réussit le véritable miracle : celui de durer.
Ces décennies furent jalonnées de prises de rôle, d’aventures, de découvertes, de voyages, mais aussi de disques soigneusement mis au point, pensés, enregistrés avec les meilleurs dans des studios où la perfection est la seule option. Alagna, bête de scène, génie du direct, n’a jamais cessé d’être aussi cet artisan qui polit son art dans le secret de l’atelier, le remet sur le métier autant que nécessaire, pour en livrer le fruit quintessencié – qui, en matière lyrique, est la vérité de l’accent, la perfection du style, la justesse des couleurs. Si bien que ce coffret n’est en rien une anthologie et encore moins un « best of ». C’est, en soi, un grand et beau chapitre de l’histoire du chant.
Il est frappant qu’aucun de ces disques ne soit un disque de convenance. Chacun relève d’une ambition musicale spécifique qui se traduit par une exploration méthodique, exigeante, du répertoire vocal.
Tout ténor peut céder à la facilité d’enchaîner les tubes du répertoire pour faire valoir ses facilités et son brio. Alagna ne s’en est jamais contenté. Dès son premier disque d’airs d’opéra, il va chercher dans le rare Polyeucte de Gounod, et le Marouf de Rabaud. Il conservera dès lors toujours cette méthode : ne jamais enregistrer un disque pour rien, mais toujours en faire le résultat d’un patient travail de recherche, à la fois pour le répertoire, l’interprétation, les arrangements, et toujours relier ce disque à son identité profonde, qui est à la fois française et italienne.
Disons-le nettement : personne n’a jamais fait entendre à la fois la vibration épique de Berlioz et l’intensité héroïque de Verdi avec autant de vérité et d’engagement. Personne n’a donné un accent aussi lyrique aux pages crues du vérisme italien ni une vérité aussi drue aux grandes mélopées du bel canto. Et dans le répertoire français, nous n’avons pas fini de nous imprégner de cette diction qui semble trouver au cœur des mots la vibration dont naît le chant, comme si la ligne mélodique s’ancrait dans la musicalité profonde de notre langue que pourtant on dit peu chantante. C’est cela qu’on appelle le style : non pas une façon de chanter valable dans tous les répertoires, mais la faculté pour chaque répertoire, chaque œuvre, chaque air, de sculpter le visage du personnage, de définir par la seule voix un caractère et un sentiment, sans jamais perdre de vue la qualité du chant, la tenue de la ligne, cette hauteur de ton qui est aussi une hauteur de vue et qui fait la beauté du chant. Si Alagna a reçu en naissant le don de la voix, tout ce qui lui a permis d’approfondir et de durer est le fruit du seul travail, d’une recherche ininterrompue à la fois sur la technique vocale et sur le répertoire, d’une érudition accumulée avec passion au contact des enregistrements du passé, et d’une curiosité jamais en défaut, jamais tarie, qui le maintient en éveil et le fait avancer.
Ainsi, cette suite d’enregistrements est une exploration fascinante du répertoire vocal mais aussi un autoportrait. De là la volonté du ténor de dépasser les frontières de l’opéra.
Certains puristes ont reproché à Alagna de pratiquer un répertoire plus léger que le répertoire d’opéra, comme si c’était déchoir. Mais ce qui aurait été léger, c’eût été de creuser toujours le même sillon et de ne jamais surprendre. Ce qui aurait été léger, c’eût été de nier l’homme derrière l’artiste, alors que c’est l’homme, ses racines, ses goûts, ses choix, qui font l’épaisseur de l’artiste, et que la chanson ou l’opérette, qu’à quinze ans il chantait dans les cabarets, ont aussi largement contribué à la formation de l’artiste Alagna, ont modelé son imaginaire et continuent de le fasciner. Et puis, le répertoire de la chanson sicilienne ou cubaine ne sont pas plus faciles que l’opéra, parce que l’émotion, les sentiments, les histoires racontées sont enracinées dans une sensibilité et une mémoire complexes. Faire passer cette émotion n’a rien de facile, et parfois même la voix est exposée à nu, l’âme n’a plus le paravent des belles notes, et alors l’artiste se donne sans filtre ni détour. Le soin apporté aux arrangements, aux instruments, aux timbres qui sonnent dans ces chansons est en soi une quête musicale captivante menée par Alagna et ses partenaires.
Devant cette série d’enregistrements, un certain vertige nous saisit. La matière en est vaste, riche, quasiment inépuisable. Ce sont des années de travail inlassable qui se concentrent ici. Et cependant ils ne réunissent qu’une part du travail d’Alagna. Plus large encore est sa curiosité, plus ample encore son travail, plus divers son répertoire ; et les années n’ont jamais interrompu le déploiement d’un artiste qui ne cesse de se réinventer, et de nous livrer sans compter les merveilles qu’il conquiert. Que ce vertige ne nous retienne pas de nous plonger dans les trésors que, pêcheur de perles, il a réunis pour nous dans ce coffret. Le guide en est sûr, le fruit en est certain. Cela n’exige rien de nous en retour sinon un peu de notre âme et de notre attention. C’est bien la moindre des choses pour que le miracle advienne ». (Sylvain Fort, Forumopera, 15 octobre 2018)
J’ai eu la chance de voir Roberto Alagna sur scène, dans ses premières années, et si je n’ai pas entendu la Traviata de 1993, à laquelle Sylvain Fort fait allusion, je me rappelle très bien son Rigoletto de 1995 aux Chorégies d’Orange, un an après ses débuts à la Scala de Milan, sous la direction de Riccardo Muti ! Un choc, une projection inépuisable, une voix solaire.
Même chance d’avoir vu, à peu près au même moment, à l’Opéra Comique à Paris, ce Roméo et Juliette de Gounod, devenu légendaire, donné en 1994-1995 au Capitole de Toulouse et à Covent Garden, avec une partenaire absolument idéale, Leontina Vaduva (extraits vidéo à voir ici)
Le disque suivra bientôt, cette fois avec une autre Roumaine qui partagera sa vie pendant une bonne dizaine d’années, Angela Gheorghiu.
Et puis, en mars 1996, il y aura un somptueux Don Carlos de Verdi au Châtelet, que la récente production de l’Opéra de Paris avec un plateau de stars (lire Don Carlos de Madrid à Parisn’a pas éclipsée.
Difficile, voire impossible, de faire une discographie sélective de Roberto Alagna. Le coffret édité à petit prix (cf. supra) constitue un excellent panorama des talents du chanteur – ses récitals Berlioz, Verdi, Puccini, bel canto sont des must, mais les albums plus « légers » sont tout sauf banals et bâclés. J’ai une tendresse particulière pour le dernier sorti de la liste (2016), des chansons siciliennes et napolitaines, dans de beaux arrangements d’Yvan Cassar, dont Roberto Alagna souligne la douce nostalgie, la mélancolie méditerranéenne plus que l’éclat ou les coups de glotte un peu vulgaires d’illustres aînés.
Enfin, comment ne pas souligner ce que relate Sylvain Fort, la « recherche ininterrompue sur le répertoire », la « curiosité jamais tarie » de notre ténor national, avec ces trois témoignages d’ouvrages rares, donnés à l’instigation du Festival Radio France :
Ce sont des maisons bleues, adossées à la montagne… Ce n’est pas San Francisco, comme dans la chanson de Maxime Le Forestier, c’est une cité magnifique, Chefchaouen, située à une bonne centaine de kilomètres au sud-est de Tanger, dans la chaîne du Rif, au pied des monts Kelaa et Meggou.
La construction de la ville est projetée dès 1415 par Moulay Ali Ibn Rachid plus connu par Ibn Joumaa, dans un contexte de résistance locale à la conquête ibérique .
Ibn Joumaa ne peut mener à terme son projet puisqu’il meurt assassiné par les Portugais. C’est son cousin Abou Al-Hassan Ali Ibn Rachid qui, de retour d’un séjour guerrier à Grenade, conduit les travaux de construction en 1480 après avoir transplanté le site à la rive droite de l’oued Fowarat.
Construite dans un style architectural andalous-maghrébin, la ville comprenait :
Une citadelle (la kasba) rectangulaire de 72m x 52m qui occupe la partie nord-ouest, le quartier de Souiqa, une grande mosquée, un puissant rempart flanqué de tours et percé par sept portes. L’arrivée massive et successive de familles andalouses durant la période de la Reconquista espagnole contribue au développement démographique et architectural de la ville et lui donne un cachet typiquement grenadin.
Une esplanade de plus de 3000m2 appelée Wataa El Hamam, réhabilitée aujourd’hui en place publique, fait office de marché hebdomadaire de la ville.
En plus de son rôle militaire, Chefchaouen a constitué à travers son histoire un pôle religieux et spirituel qui exerçait une influence régionale mobilisatrice contre le danger ibérique. C’est ce qui lui a valu le toponyme de El Madine El Saliha « la ville sainte ». Ainsi et bien que petite d’envergure, elle compte un important patrimoine matériel religieux qui se traduit par la présence de 20 mosquées et oratoires, 11 zawiyas et 17 mausolées. Au nombre de ces monuments nous trouvons.
– la grande mosquée « El Masjid El Aadam » construit par Mohammed Ibn Ali Ibi Rachid en contiguïté de la Kasba. C’est une mosquée à nefs longitudinales relevées par des arcs plein cintre. La salle de prière dispose de quatre portes: la porte principale Bab El Hamraa, Bab El Janayaz, Bab El Wodoua, Bab El Madrassa. la mosquée connaîtra des travaux d’agrandissement sur l’initiative du cadi de chefchaouen Abou El Abbas Ahmed Ibn Cherif El Alami en au 17ème siecle. Hormis l’entrée principale, le sanctuaire est dépourvu de la traditionnelle décoration luxuriante qui enjolive l’espace intérieur. L’intérêt architectural réside dans son minaret octogonal très caractéristique du style des minarets du nord du Maroc notamment de Tanger et de Tétouan
Mais ce qui frappe le visiteur d’aujourd’hui (voir photo ci-dessus) c’est la prédominance, l’omniprésence du bleu dans la médina, au détriment des couleurs ocre et blanche typiques des constructions traditionnelles comme la casbah. Selon notre guide, c’est au début des années 2000, que l’incitation a été faite aux propriétaires de maisons, d’hôtels du centre historique, de forcer sur le bleu, pour en faire un élément déterminant d’attractivité et de reconnaissance touristique. Pari réussi puisqu’on voit déambuler dans la médina des groupes de touristes chinois ou japonais, qu’on ne voit pas à Tanger par exemple…et qui ne semblent intéressés que par un seul objectif (!!), se prendre et prendre en photo ces si jolies maisons.
Toutes les photos de la ville bleue à voir ici : Blue City
J’ai cru ne pas y arriver. Ce « pont » de la Toussaint à Tangeraurait pu ne pas exister ! Une météo catastrophique sur Montpellier que je devais quitter hier après-midi, un vol qui risquait d’être annulé (et qui ne l’a heureusement pas été !), un TGV réservé par précaution (parti de Montpellier Saint-Roch avec 5 heures de retard !) Un passeport récupéré in extremis à Paris (alors que la compagnie aérienne marocaine m’avait simplement demandé un numéro de carte d’identité !), les embouteillages de veille de long week-end, mais finalement un excellent vol Orly-Tanger.
Le Maroc c’était un souvenir déjà ancien. En novembre 1997, Marrakech, la traversée de l’Atlas, Ouarzazate, Essaouira, Casablanca, multiples bonheurs.
Mais Tanger, jusqu’à présent un mythe, Paul Bowles, Matisse, un lieu un peu mystérieux, hors du temps. Des photos sur Facebook postées par des amis qui y ont leurs habitudes, un livre ou deux.. et me voilà décidé.
Au terme d’une première journée, fond d’air frais, mais soleil généreux, l’enchantement.
D’autres photos suivront… qui ne diront pas la magie des lieux, la gentillesse des Tangérois.
PS Je découvre, en lisant l’article Wikipedia consacré à Tanger, dans la liste impressionnante de personnalités liées à cette ville, que Jean-Luc Mélenchon y est né en 1951. Il devrait venir s’y ressourcer pour y retrouver l’esprit bienveillant des lieux…
Cold War, c’est sous ce titre anglais qu’est présenté en France le dernier film de Pavel Pawlikowski, Prix de la mise en scène du dernier Festival de Cannes. Titre ambigu, qui renvoie certes directement au concept et à l’époque de la Guerre Froide, mais qui réduit la dimension poétique du titre original polonais : Zimna Wojna, littéralement « guerre d’hiver.. ou hivernale ».
Or, dans le cas de ce long-métrage somptueusement filmé en noir et blanc, la nuance a son importance. L’hiver, la neige sont omniprésents, à l’exception des moments d’espoir, ou de bonheurs fugaces.
L’histoire est assez banale : Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris bohème des années 1950, un musicien épris de liberté et une jeune chanteuse passionnée vivent un amour impossible dans une époque impossible. Le film de Pawlikowski ne l’est pas du tout… et a partagé la critique, c’est le moins qu’on puisse dire !
« C’est un éloge de l’épure. Une démonstration de la puissance émotive du minimalisme pour traduire la relation tempétueuse de deux amants. Les deux acteurs, Joanna Kulig et Tomasz Kot, illuminent cette œuvre fascinante »(La Croix)
« Le cinéaste filme cet amour comme une malédiction, à travers des scènes où le plaisir et la mélancolie ne font qu’un. Des scènes à la fois intenses et un peu irréelles, comme les fragments distanciés d’un rêve ou d’un passé dont on ne voudrait garder que les souvenirs essentiels, douloureux et heureux.. » (Télérama)
« Un film de misanthrope drapé dans un romantisme factice » (L’Obs)
Je ne partage absolument pas, je ne comprends pas même l’avis du critique de L’Obs. Factice cette histoire ? Misanthrope un cinéaste qui filme les visages, les regards avec tant d’amour ?
Pour le dire simplement, j’ai adoré ce film, tout le film. Lumières, cadrages, décors, un noir et blanc magnifiques au service d’une histoire qui procède par ellipses, qui n’accentue jamais ni les situations ni les sentiments, alors que le sujet s’y prêterait ô combien. Et qui pourtant bouleverse, émeut, laisse une trace qui n’est pas près de s’effacer.
Rien d’un esthétisme glacé, même si plus d’une fois on est époustouflé par la beauté de certains plans (la scène finale en particulier). Les deux acteurs principaux, mais pas qu’eux, sont admirables de justesse, de pudeur. Même les salauds n’ont pas la gueule de l’emploi. Parce que l’univers que décrit Pawlikowski n’est pas manichéen.
Un film d’amour, le film d’une époque aussi.
Pendant toute la projection, et en sortant de la salle de cinéma, je n’ai pu m’empêcher de penser à un autre grand film Quand passent les cigognes(1957) du cinéaste russe Mikhail Kalatozov qui exacerbe les sentiments, fait flamboyer la toile, là où le Polonais se fait pointilliste.
Le risque d’un concert officiel est que l’artistique ne soit pas à la hauteur de l’événement célébré. Nul risque de ce genre n’était à craindre mardi soir à la Philharmonie de Paris.
La Lettonie comme ses soeurs baltes, la Lituanie et l’Estonie, sont, toute cette année 2018, dans la commémoration du centième anniversaire de leur indépendance (voir Lumières balteset Riga choeur du monde)
(Avec la ministre de la Culture de Lettonie, Dace Melbarde – qui me confiait sa surprise d’avoir eu en cinq ans cinq interlocuteurs français comme ministres de la Culture (Aurélie Filippetti, Fleur Pellerin, Audrey Azoulay, Françoise Nyssen et maintenant Franck Riester) et l’ambassadeur de Lettonie en France, l’ancien Ministre de la Défense Imants Liegis)
Je n’avais jamais entendu ce concerto que j’aime profondément, mais qui peut être redoutable pour les interprètes comme pour le public tant il est complexe, fuyant, déroutant, aussi superbement joué que mardi soir. Nicholas Angelich, une fois de plus, frappe d’abord par l’intensité de sa sonorité, la luminosité de sa poésie et bien évidemment par sa technique transcendante qui se joue de tous les pièges de la partition. Que ne lui confie-t-on une intégrale des concertos de Rachmaninov au disque ? Je sais bien qu’il y a déjà quantité de versions admirables, mais quand on a la chance d’avoir un interprète idéal de cette musique… Le tout premier disque d’Angelich, gravé pour la défunte collection « Nouveaux interprètes » d’Harmonia Mundi/France Musique était, comme par hasard, consacré aux Etudes-Tableaux de Rachmaninov !
Deuxième partie : la 6ème symphonie de Tchaikovski. Un tube certes, mais pas si fréquent au concert. Très belle version, qui évite les excès, cultive les couleurs nostalgiques d’une partition qui fait la part si belle aux bois, Poga unifiant les quatre tableaux de cette symphonie atypique. Une belle découverte pour moi que cet orchestre letton que je ne connaissais que par quelques trop rares disques.
Andris Poga dirigeait l’Orchestre philharmonique de Radio France le 6 septembre dernier lors de la soirée d’hommage à Evgueni Svetlanov
PS Depuis la publication de cet article, j’ai vu se développer sur Facebook et sur d’autres sites l’une de ces polémiques qui me réjouissent parce qu’elles sont parfaitement inutiles : doit-on tolérer les applaudissements du public entre les mouvements d’une oeuvre ? Ce fut le cas mardi soir, en effet, dans le concerto de Rachmaninov et dans la Pathétique de Tchaikovski, même si dans le cas de cette symphonie, il est quasi impossible d’éviter les applaudissements après la fin triomphale du 3ème mouvement. Même si des chefs, comme Andris Poga d’ailleurs, trouvent la parade et enchaînent du même geste avec le 4ème mouvement.
Alors, gênants ou pas ces applaudissements ? Aux Etats-Unis, c’est systématique, mais c’est normal, c’est un pays de ploucs, pas comme nous autres Européens cultivés… Moi qui ai une certaine pratique (!!) de l’organisation de concerts, je suis plutôt rassuré que des membres du public manifestent leur enthousiasme de la sorte, ils n’ont pas les codes, pas l’habitude du rituel du concert, et c’est tant mieux !
Ce qui serait encore mieux qu’une interdiction formulée au début du concert (du style : il est interdit de filmer, de photographier, de tousser, d’applaudir intempestivement, mais prenez quand même votre pied !), ce pourrait être – ce que j’ai fait plusieurs fois moi-même ou demandé à des chefs de le faire – de s’adresser simplement au public en quelques mots pour lui expliquer que telle oeuvre mérite d’être écoutée dans sa continuité et applaudie seulement à la fin. On fait oeuvre de pédagogie, on décomplexe un public non initié, et on fait un peu d’histoire de la musique. Simple non ?
« He shunned the flamboyant and jetset lifestyle enjoyed by the likes of Karajan, and to watch he could be somewhat uncharismatic. » On peut difficilement faire plus juste et piquant que The Telegraphdans la nécrologie que le journal britannique publia à la mort du chef d’orchestre allemand Horst Stein(1928-2008)
Une tête, un physique qu’on croirait échappés d’un tableau médiéval, et une notoriété en effet très loin de celle des stars de la baguette, réduite au cercle restreint des mélomanes avertis.
Et pourtant Horst Stein a fait une carrière plus qu’honorable, malheureusement interrompue par la maladie à la fin des années 90 et a surtout laissé une discographie de très grande qualité.
J’avais salué le beau coffret consacré à Max Reger pour l’essentiel constitué d’enregistrements réalisés par Horst Stein avec l’orchestre symphonique de Bamberg, une phalange qui a fêté ses 70 ans l’an dernier et dont il a été le directeur musical de 1985 à 2000.
Avant Bamberg, Stein avait dirigé l’Orchestre de la Suisse Romande, de 1980 à 1985, où il avait succédé à Wolfgang Sawallisch. Et enregistré pour Decca quelques disques qui font référence, comme un exceptionnel ensemble Sibelius
Dans la même collection Eloquence, à signaler toute une série d’enregistrements, passés inaperçus, mais hautement recommandables, avec l’Orchestre philharmonique de Vienne, comme une fantastique intégrale des concertos pour piano de Beethoven avec Friedrich Gulda,,les 2ème et 6ème symphonies de Bruckner (Decca avait entrepris une intégrale avec Vienne et plusieurs chefs, Abbado, Maazel notamment), Weber, Wagner.
Un bref reportage vendredi matin sur France 2 et la décision fut prise de retourner à Chantilly où se déroulent ce week-end les Journées des Plantes.
Magie des petits matins d’automne, le château et les alentours émergent doucement de la brume.
(Les grandes écuries)
Le domaine de Chantilly, le parc, les jardins, sont pures merveilles à l’automne.
Constitué depuis le Moyen Âge par ses propriétaires successifs, le domaine de Chantilly est un vaste ensemble de 7 830 hectares de terres qui appartient depuis 1897 à l’Institut de France. Il s’étend sur 15 communes de l’Oise et du Val-d’Oise. Il est composé du château de Chantilly, de ses collections d’œuvres d’art, regroupées dans le musée Condé, de son parc et d’une forêt, la forêt de Chantilly, pour ses éléments les plus célèbres, mais aussi de propriétés, de bâtiments dont plusieurs monuments historiques, de terres agricoles, de terrains de golf. Cet ensemble est protégé au titre des sites classés depuis 1960.
De 1386 à 1897, le domaine est passé par héritage, sans jamais être vendu, à différentes branches d’une même famille. Après les Orgemont (xive et xve siècles), les Montmorency (xve – xviie siècles), une des plus puissantes familles du royaume, contribue beaucoup au développement du domaine, notamment au temps du connétableAnne de Montmorency. Familier des rois François Ier et Henri II, il fait construire le petit château par Jean Bullant. Viennent ensuite les Bourbon-Condé (xviie – xixe siècle), cousins des rois de France. Le plus célèbre, le Grand Condé, fait dessiner le parc par André Le Nôtre.
Le domaine est mis sous séquestre le en application de la loi sur les émigrés et vendu par lots. Une première partie est vendue entre 1793 et 1795 : l’ancien potager, le jardin des cascades, les derniers terrains disponible le long de l’actuelle rue du Connétable et autour de l’actuelle petite pelouse ainsi que les maisons de la ville appartenant au Prince. Une bonne partie de ces premières aliénations ne réintègreront jamais le domaine. Le reste du domaine est loti en 1798 et vendu progressivement2.
Les Princes reviennent à Chantilly, récupèrent une bonne partie du parc et la totalité de la forêt. À la mort du dernier prince de Condé, son petit neveu Henri d’Orléans, duc d’Aumale, fils du roi Louis-Philippe, hérite du domaine de Chantilly, à l’âge de huit ans, en 1830. Il fait reconstruire « le grand château », rasé après la Révolution, par l’architecte Honoré Daumet de 1875 à 1882 pour y installer ses collections de livres, peintures, dessins, objets d’art, etc. L’opération coûte la somme considérable pour l’époque de 5 360 000 francs.
En 1886, le duc, sans héritiers directs vivants, lègue son domaine de Chantilly à l’Institut de France et non à la France qui change régulièrement de régime. Celui-ci créée alors la fondation d’Aumale pour regrouper l’ensemble de la donation (donation sous réserve d’usufruit) et ouvre le musée Condé au public moins d’un an après sa mort, le . L’ensemble est confié à un collège des conservateurs, soit trois académiciens issus de trois Académies de l’Institut.
En 2005, face aux difficultés de gestion du domaine par l’Institut, il est décidé de créer une fondation pour la gestion des éléments les plus importants et prestigieux : le Château, le parc et les Grandes Écuries : c’est la « Fondation pour la sauvegarde et le développement du domaine de Chantilly ». Elle est fondée à l’initiative et avec le soutien financier de Karim Aga Khan IV. Elle est chargée de réaliser le développement économique du domaine tout en assurant sa restauration et sa pérennité (Source Wikipedia)
C’est sans doute l’une de mes lectures d’adolescence qui m’a le plus marqué et qui m’a durablement fait aimer son auteur. En dépit de mon patronyme, je suis, depuis lors, plus Voltaire que Rousseau.
Paru en 1759 à Genève, Candide ou l’Optimisme, l’un des contes philosophiquesde Voltaire, est peut-être le premier bestseller de l’histoire. Il n’a rien perdu de son actualité, de son acuité. On comprend que Leonard Bernsteinen ait tiré en 1956 ce qu’il a appelé lui-même une opéretteet non pas une comédie musicale.
La seule question que je me pose est : pourquoi Candiden’est-il pas monté plus souvent ?
A Paris, j’ai le souvenir, pas très bon, des représentations données au Châtelet, pour les 50 ans de l’ouvrage, en 2006, dans une mise en scène inutilement compliquée de Robert Carsen. Renaud Machart, du temps – bien regretté – où il officiait encore comme critique musical, n’avait pas du tout aimé et l’avait écrit dans Le Monde :
« Après avoir enduré (contrairement à une partie de la salle, hilare) les quelque trois heures d’un spectacle sinistre à force de se vouloir drôle et intéressant, désert à force de vouloir « meubler », on se dit que Carsen aurait dû aller voir ce que d’autres ont fait de Candide….
Dans ce cadre-là, la distribution, pourtant excellente, ne parvient pas à capter l’intérêt, pas même le brillant Lambert Wilson, qui danse, parle et chante en anglais et en français, pas même l’explosive Kim Criswell en vieille cosmopolite « assimilée »… Les références faciles au cinéma, les gestes et attitudes attendus, les ballets non intégrés et « second degré », tout cela ruine les efforts des chanteurs, pour la plupart des chanteurs d’opéra et pourtant sonorisés. » (Le Monde, 13 décembre 2006).
Hier soir, devant une salle archi-comble au théâtre des Champs-Elysées, la troupe réunie dimanche dernier à l’Opéra de Marseille, a, sans peine, effacé le mauvais souvenir de 2006 et célébré le génie créateur de Bernstein à son apogée.
Certes, ce n’était qu’une version de concert, mais tous les protagonistes sont à louer sans restriction. Excellents choeurs – très sollicités par une partition qui comme dans toutes les opérettes ou la musique dite « légère » peut être d’une redoutable difficulté – et orchestre de l’opéra de Marseille, dirigés à la perfection par un chef qu’on croirait né dans la musique de Bernstein, l’Américain Robert Tuohy. Une distribution de rêve :
Si Renaud Machart avait dû endurer les trois heures du spectacle du Châtelet en 2006, la soirée d’hier est passée sans qu’à aucun moment l’intérêt ne s’émousse. On n’a vraiment pas vu le temps passer…
Sabine Devieilhe avait déjà eu l’occasion de donner un aperçu du rôle de Cunégonde et de son fameux air Glitter and be gay lors de la soirée des Victoires de la Musique classique en février 2015 à Lille :