Jamais sans elles

Cela faisait quelque temps que je voulais évoquer le dernier-né du duo Patrice Duhamel-Jacques Santamaria. Ces deux-là, mes amis, en sont à leur troisième ouvrage, bien parti comme les précédents pour devenir un bestseller. Après L’Elysée, coulisses et secrets d’un palais, et Les Flingueurs, anthologie des cruautés politiques, ils brossent d’émouvants portraits de femmes qui ont compté dans l’histoire politique du dernier siècle.

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Qu’y a-t-il de commun entre Yvonne de Gaulle, Adelaïde Jaurès, Jeanne Blum, Marie-Louise Chirac, Charlotte Badinter et la princesse Mathilde Bonaparte ? Elles confirment toutes l’adage populaire qui nous dit que derrière chaque grand homme se cache une femme. Qui connaît par exemple l’influence réelle d’Yvonne de Gaulle auprès de son mari, notamment pour l’autorisation de la pilule contraceptive ? Ou encore la complicité étonnante et peu connue entre Tante Yvonne et André Malraux ? Sait-on que la femme la plus influente dans la vie de François Mitterrand, celle qui lui a appris à aimer charnellement la France, fut sa grand-mère  » Maman Ninie  » ? Le rôle de Claude Chirac auprès de son père est connu mais sait-on qu’Elisabeth de Gaulle a souvent influencé son Général de père ? Et que dire de Liliane Marchais, la militante communiste au soutien indéfectible ; de Denyse Seguin, à qui son fils Philippe vouait un véritable culte ; ou encore de Michelle Auriol, la première des Premières dames à avoir joué un rôle politique réel ? De Napoléon à Valls en passant par Giscard, Badinter, Juppé, Jospin, Bayrou, Sarkozy ou Hollande, quelle aurait été leur carrière politique sans leur mère, ces femmes qui les ont façonnés et épaulés dans leurs combats ? Aucun de ces hommes n’aurait franchi les étapes les conduisant au pouvoir sans ces femmes dont la vie nous est racontée ici et qui offrent un éclairage original sur l’histoire politique française.

Les deux auteurs ne se contentent pas des clichés habituels, chaque portrait est l’occasion d’un condensé d’histoire et de mises en perspective salutaires.

L’actualité discographique remet au premier plan des femmes, des musiciennes pour lesquelles je pourrais reprendre à mon compte le titre de l’ouvrage de Duhamel et Santamaria : Jamais sans elles. Anna Moffo et deux Elisabeth, Schwarzkopf et Grümmer. 

L’Américaine Anna Moffo (1932-2006) – https://fr.wikipedia.org/wiki/Anna_Moffo -, a fait une carrière relativement courte mais la somptuosité et le grain unique de sa voix n’avaient d’égale que la beauté et le port d’une star italienne. J’ai découvert nombre d’opéras dans mon adolescence grâce à elle et à ses enregistrements pour RCA. On retrouve dans ce coffret les qualités exceptionnelles de cette chanteuse (notamment une parfaite diction française)

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On ne peut ensuite imaginer carrières et matières plus contrastées que les deux Elisabeth, quasi  contemporaines. La sophistication suprême, les grandes manières pour « la » Schwarzkopf, la pureté de diamant, les vibrations lumineuses d’une voix céleste, celle d’Elisabeth Grümmer (1911-1986) qui ne fit jamais (à cause de l’autre ?) la carrière discographique qu’elle eût méritée. Dans un coffret très bon marché, d’excellents repiquages de références parfois disparues depuis longtemps.

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Silence

« De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent » (Coluche, Pensées et anecdotes).

Jamais le côté « café du commerce » de la Toile, des réseaux sociaux, Facebook surtout, ne m’a paru plus insupportable que depuis dimanche. L’effet de sidération, de stupeur, qui nous avait tous saisis dès vendredi soir, s’étant estompé, les pires vannes se sont ouvertes. Pourtant je suis resté connecté sur ces réseaux, j’ai essayé de partager les questions, les analyses, les commentaires de beaucoup de mes amis et relations.

Comme tout le monde, j’essaie de comprendre, d’écouter ceux qui en savent plus que moi, je fais appel aussi aux ressources de ma conscience, de ma mémoire. Et finalement je préfère le silence, qui n’est pas l’indifférence, le repli sur soi. Qui peut être communion avec ceux qui ne sont plus, avec ceux qui restent et pleurent leurs morts, avec ceux qui veulent vivre.

J’ai eu besoin de beaucoup de musique. Comme celles-ci :

Schubert à retrouver dans le magnifique coffret que publie Decca pour les 70 ans de Radu Lupu (http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive/2015/11/15/radu-lupu-au-singulier-8528752.html)

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La 6eme symphonie n’est pas la plus connue ni jouée des symphonies de Bruckner, et pourtant j’y reviens souvent, à cet extraordinaire adagio d’une grandeur infinie.

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La voix, le timbre de la grande contralto canadienne Maureen Forrester (https://fr.wikipedia.org/wiki/Maureen_Forrester) me bouleversent à chaque écoute. Le label Praga vient de rééditer deux versions de référence, parues séparément au début des années 60, des cycles de Mahler, Des Knaben Wunderhorn et les Rückert Lieder.

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La pureté, la simplicité, l’essence de ce chant de douleur de Bach, sous les doigts de ma grand-mère préférée du piano russe, Tatiana Nikolaieva que j’ai eu la chance de côtoyer dans un jury à Genève et surtout d’entendre en concert. Je reviens souvent à ses Bach et ses Beethoven, gorgés d’humanité.

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J’ai dû écouter ces derniers jours plusieurs versions de l’ultime chef-d’oeuvre de Rachmaninov, ses Danses symphoniques. Aucune n’atteint l’intensité du désespoir que Kirill Kondrachine exprime dans le 2e mouvement, cette valse de fin du monde, ces trompettes hurlantes qui ouvrent le bal tragique. Ecouter à partir de 11’10 » (mais les trois Danses sont de la même eau)

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Le chagrin et la raison

Je ne suis rien de plus (ni de moins) qu’un citoyen. J’ai eu et j’ai encore des responsabilités, professionnelles ou politiques, j’ai des valeurs, celles que la vie et ma famille m’ont enseignées. Bientôt 72 heures après les attentats de Paris, je veux simplement consigner ici ce que j’ai vécu, vu, entendu.

Vendredi soir j’étais à la campagne, j’écoutais de la musique, de nouveaux disques à critiquer. Je suivais distraitement Facebook, lorsqu’un mécanisme s’est déclenché dans mon cerveau, une alerte. Quelque chose d’anormal, des bribes éparses, info ou intox, mais un faisceau d’indices graves. Immédiatement, comme un réflexe, recouper, rechercher d’autres sources, puis allumer une chaîne d’info en continu à la télévision.

Réflexe aussi d’appeler mes proches à Paris, là où j’habite, à 100 mètres du Bataclan. De joindre l’un de mes fils – c’est son anniversaire ce 13 novembre ! – il sort d’un entraînement sportif, je lui intime de rentrer chez lui en évitant le centre de Paris, il me rassure, il est en sécurité, il regardera les images jusqu’au bout de la nuit. Et le lendemain nous nous retrouverons tous, la famille réunie, avec les rires des tout-petits pour éloigner pour un temps le spectre de l’horreur.

Les réseaux sociaux démontrent, ce triste vendredi noir, qu’ils sont plus utiles que pernicieux. Les uns et les autres s’informent, s’interrogent, se rassurent.

Je ne quitte plus les écrans de télévision, juste surpris que France 2 ait maintenu l’émission pré-enregistrée de Frédéric Taddei, une aimable conversation en complet décalage avec ce que nous vivons. La chaîne du service public se rattrapera dès minuit.

Je pleure plus d’une fois, parce que tous les lieux visés, le Bataclan au coin de l’avenue de la République et du boulevard Richard Lenoir, où j’ai habité plusieurs années, la rue de Charonne, la rue de la Fontaine-au-Roi, c’était ceux que j’avais si souvent fréquentés. Et puis ça aurait pu être n’importe où dans Paris, là où l’esprit de fête et de fraternité a toujours soufflé…

Peu avant minuit, je regarde la première allocution de François Hollande. Toute la presse l’a noté, moi aussi, il est bouleversé, presque confus, on le serait à moins. Au Bataclan, les opérations sont encore en cours, ailleurs on n’en est pas encore à compter les morts, doit-on craindre d’autres attaques ?

Je réponds aux SMS, aux amis qui m’interrogent sur Facebook, qui a activé une application qui avait servi lors de catastrophes climatiques. Je me suis demandé si je devais appeler ma mère à Nîmes qui s’est sûrement couchée tôt, je ne le fais pas, inutile de l’affoler.

Je n’ai pas envie de lire certains « commentaires », je vais essayer de dormir après avoir écouté ceci :

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Je « partage » ce poème d’Aragon que Camille de Rijck a publié sur son « mur’ :

Où fait-il bon même au coeur de l’orage
Où fait-il clair même au coeur de la nuit
L’air est alcool et le malheur courage
Carreaux cassés l’espoir encore y luit
Et les chansons montent des murs détruits
Jamais éteint renaissant de la braise
Perpétuel brûlot de la patrie
Du Point-du-Jour jusqu’au Père-Lachaise
Ce doux rosier au mois d’août refleuri
Gens de partout c’est le sang de Paris
Rien n’a l’éclat de Paris dans la poudre
Rien n’est si pur que son front d’insurgé
Rien n’est ni fort ni le feu ni la foudre
Que mon Paris défiant les dangers
Rien n’est si beau que ce Paris que j’ai
Rien ne m’a fait jamais battre le coeur
Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer
Comme ce cri de mon peuple vainqueur
Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré
Paris Paris soi-même libéré
(Louis Aragon, 1944)

L’aurore me réveille samedi matin. France 2 a rassemblé un plateau d’hommes d’expérience, de raison et de sagesse, l’ancien juge du pôle anti-terroriste Marc Trévidic, le politologue Gilles Kepel, Antoine Basbous et d’autres encore. Nul n’en rajoute, la réalité est bien assez effrayante, tous expliquent, avec des mots justes, pourquoi ces attentats, d’où ils viennent, par qui, comment. On est loin de certains tweets ou « commentaires » hargneux, honteux, hideux, qu’on découvre au petit matin.

La vie reprend, on va rejoindre la famille. Ce samedi midi sera ensoleillé par les rires de G. et L., à deux ans et quelque le garçon me parle de Saint-Säens et de son Cygne, la demoiselle est d’une bonne humeur sans limite. Le soir, on se dit qu’on va éviter la télévision, et puis finalement on ne peut s’en empêcher. Je me surprends à apprécier Mélenchon, à le trouver même excellent dans ce qu’il dit, dans ce qu’il exprime. Ruquier et ses compères, Yann Moix et Léa Salamé, opinent. Les artistes, acteurs, musiciens ne sont pas dans l’arène habituelle du samedi soir, ils sont touchants, maladroits, à notre image. Catherine Frot : « Je suis venue pour ne pas être seule face à cette douleur, pour être avec vous ».

Hier dimanche, c’est décidé, je laisse en plan certains travaux, je rentre à Paris. Moi aussi j’ai besoin d’être parmi les Parisiens et tous les autres qui aiment Paris, y sont venus le temps d’un week-end… ou d’un concert ! La rue de Bretagne semble se ranimer doucement, ma libraire a rouvert, le café Charlot, les commerces sont moins pleins que d’habitude, mais avec le soleil, la vie reprend.

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Déjeuner rapide, et après un peu d’hésitation – comment ne pas tomber dans le voyeurisme, la curiosité malsaine ? – nous décidons, parce que c’est aussi un parcours habituel de balade, d’aller rue Oberkampf, boulevard Richard Lenoir puis sur la place de la République.

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Je répugne à photographier les bougies, les fleurs, les anonymes qui pleurent et se recueillent. Le silence est impressionnant, prenant. Place de la République, un petit groupe fait de la musique, mais le coeur n’y est pas. Plus tard dans la soirée, un bref mouvement de panique ne réussit pas à dissuader la foule de poursuivre son rassemblement. On entend encore un hélicoptère, des sirènes, le glas qui résonne à Notre Dame. Il est temps que ce funeste week-end s’achève.

Sur Facebook ce lundi matin, on découvre les images de la solidarité planétaire. Tous ces gestes, ces couleurs arborées par les grands monuments du monde, ne résoudront rien, mais la compassion est nécessaire et bienvenue.

A midi, comme un horrible écho, les mêmes musiciens (l’Orchestre national de France), dans les mêmes lieux (le nouvel Auditorium de la Maison de la radio), jouaient le même compositeur (Beethoven) que le 8 janvier dernier. Quand la tragédie se répète…

La République nous appelle

Ce sont les premiers mots qui me sont venus au coeur de cette nuit d’horreur.

La République nous appelle
Sachons vaincre ou sachons périr
Un Français doit vivre pour elle
Pour elle un Français doit mourir.

La Liberté guide nos pas

Tremblez ennemis de la France
Rois ivres de sang et d’orgueil.
Le Peuple souverain s’avance,
Tyrans descendez au cercueil

(Le Chant du Départ, 1794 / M.J.Chénier-E.Méhul)

Je n’étais pas à Paris, mais dans mon refuge de campagne. Mais tous les lieux de massacre, ce furent les miens, pendant des années. Mes fenêtres donnaient sur les locaux de Charlie Hebdo, les bistrots, les petits restaurants de la rue de Charonne, en passant par la rue de Lappe, c’était nos sorties. Le Bataclan, c’est combien de souvenirs de soirées de musique et de joie partagées…

Comme cette présentation d’un nouveau disque de la musique pour piano du plus parisien des compositeurs espagnols, Manuel de Falla, avec Jean-François Heisser

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Ils savaient ce qu’ils faisaient, les criminels. Mais nul n’est jamais parvenu à tuer le bonheur ni la liberté.

Etat d’urgence ? Urgence en effet de réaffirmer le courage, l’espoir, l’unité de tous les républicains, de tous les hommes libres.

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(Robert Delaunay, la Tour Eiffel)

Le chancelier musicien

Il était déjà un monument historique avant de mourir. Sa disparition hier, quarante cinq ans après celle du général de Gaulle, m’a touché.

Helmut Schmidt, né quelques jours après la fin de la Première Guerre mondiale – le 23 décembre 1918 – aura été l’une des plus hautes figures de l’Europe contemporaine, une Europe qu’il a ardemment, et jusqu’au bout, aimée, inlassablement construite.

Mais comme toujours c’est l’homme, la personnalité qui m’intéresse. Schmidt n’avait que faire des experts en communication, des prudences de langage, du politiquement correct. Désolé pour les non-germanophones, ils ne comprendront peut-être pas grand chose aux extraits vidéo qui suivent, mais simplement à le regarder et à l’entendre répondre à son intervieweuse, ils percevront à la fois la bonté qui se dégage des traits toujours vifs du vieil homme, la netteté et l’humour de ses réparties. On notera évidemment que l’ex-chancelier se moque comme d’une guigne de l’interdiction de fumer, et quand la journaliste lui propose une cigarette électronique, il la retoque gentiment, en rappelant toutefois qu’il a arrêté une seule fois de fumer après la guerre pour pouvoir acheter à manger (« la faim était plus forte »).

Tout ce long entretien, le dernier qu’il ait accordé, témoigne non seulement d’une acuité intellectuelle, d’une lucidité intactes, mais d’une envergure, d’une hauteur et d’une précision de vues qui embrasse tout le XXème siècle. L’Histoire comme déroulée sous nos yeux, par un témoin, un acteur essentiel. Passionnant, inspirant.

Autre témoignage émouvant, la série réalisée par la télévision allemande en plusieurs épisodes sur Helmut Schmidt, et ici particulièrement sur son rapport à la musique. Schmidt était non seulement mélomane averti, mais un très bon musicien à ses heures (« Bach disait que la musique est une récréation de l’âme, je partage absolument »).

Il a parfois participé à des concerts (dans le concerto pour 4 claviers de Bach, dans celui pour 3 pianos de Mozart), il a même, sous la pression de ses amis les pianistes Christoph Eschenbach et Justus Frantz, laissé un témoignage discographique de cette prestation

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La reine et le géant

L’affiche a tenu toutes ses promesses, beaucoup plus que ses promesses. Encore un 3ème concerto de Prokofiev, encore une 5ème symphonie de Mahler ? Oui mais quand Martha Argerich, Andris Nelsons et l’orchestre du Festival de Lucerne (pardon, mais je ne me sens pas tenu d’écrire comme dans le programme Lucerne Festival Orchestra !) sont réunis comme ils l’étaient hier soir à la Philharmonie de Paris, ça devait produire des étincelles. À l’heure où j’écris ces lignes, les échos de la fête résonnent encore dans ma tête.

Je n’avais plus entendu Martha Argerich en concert depuis quatre ans, une bien médiocre création d’un double concerto de Rodion Chtchedrine* au théâtre des Champs-Elysées, et je ne l’avais jamais entendue dans ce cheval de bataille de Prokofiev.

Un de ses tout premiers disques avec Claudio Abbado, à qui le concert d’hier rendait hommage (et en 1969 le premier concert à Paris du chef italien avec l’orchestre national à l’époque de l’ORTF au théâtre des Champs-Elysées)

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Transcendant, miraculeux, magique, les adjectifs manquent toujours pour décrire l’art de Martha Argerich, la « reine Martha ».

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Pour avoir partagé avec elles deux tournées (en 1987 et 1989) je sais qu’il peut y avoir des soirs moins fulgurants, moins engagés. Mais hier soir « son » 3e concerto de Prokofiev n’était que musique pure, poésie infinie, osmose avec un discours orchestral d’une subtilité rare. Tout ce qui est effort, démonstration, muscle, chez tous les autres, même les plus grands, est tellement maîtrisé, dominé, que c’en est désarmant. En bis, Martha Argerich confère une incroyable variété de couleurs à la sonate Kk 141 de Scarlatti – c’est « son » bis à elle – et nous met au bord des larmes. Comme un rêve éveillé.

Quel contraste avec un autre géant du piano, enregistré ici un an avant sa mort en 1985, Emil Gilels !

Un agenda trop chargé (ou mal organisé !) m’avait jusqu’alors privé du bonheur d’entendre Andris Nelsons « live ». La séance de rattrapage n’en fut que plus époustouflante.

Je n’ai pas le souvenir de ma vie de mélomane d’avoir écouté aussi passionnément, intensément, d’un bout à l’autre sans désemparer, la Cinquième symphonie de Mahler comme je l’ai fait hier soir grâce au chef letton. On comprend d’abord pourquoi deux phalanges aussi prestigieuses que le Boston Symphony et le Gewandhaus de Leipzig se sont attachées à lui, jusqu’à se le partager à partir de 2017. Ce géant à tête d’enfant émerveillé, les mains grandes ouvertes pour inviter, évoquer, suggérer la musique, le corps penché amoureusement vers ses musiciens, rien chez ce chef n’est posture, esbroufe, épate, tout est exclusivement service de l’oeuvre et fabrique en continu de la musique.

Et puis il y a des signes qui ne trompent pas : quand pendant près de 80 minutes, une Philharmonie certes pas comble, mais très bien garnie, retient littéralement son souffle, pas une toux, un râclement de gorge, c’est que tous ont le sentiment de vivre un événement, une soirée unique.

En l’occurrence, on avait abandonné tout sens critique. Certains tempi de Bernstein, une analyse au scalpel des passages les plus complexes (comme le finale) à la Boulez, trêve de références. Il faut désormais compter avec « la » Cinquième mahlérienne de Nelsons, fabuleux conteur, magnifique architecte de la grande forme en même temps qu’éclaireur du détail le plus ténu. Simplement prodigieux !

Et quel orchestre ! Cette réunion temporaire de solistes des meilleures phalanges européennes qu’avait voulue Abbado, recréant le projet initial de Toscanini et Ansermet en 1938, c’est tout sauf une berline de luxe. Un Klangkörper prodigieux de cohésion, d’enthousiasme collectif. Friedrich Reinhold à la trompette (ah ces premières notes si redoutées !), Alessio Allegrini au cor, et des affaires de famille, les membres du quatuor Hagen, le vétéran Wolfram Christ, légendaire alto solo des Berliner Philharmoniker, son fils Raphael, chef d’attaque des seconds violons, et Tanja chez les altos.

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*Chtchédrine : https://fr.wikipedia.org/wiki/Rodion_Chtchedrine

Préférence nationale

Je relevais dans un précédent billet (https://jeanpierrerousseaublog.com/2015/10/21/frontieres/) les étranges frontières qui subsistent dans un univers musical et culturel qu’on pourrait croire mondialisé. Des carrières florissantes dans un pays, piteuses dans un autre. Des célébrités à Londres ou Bruxelles, des inconnus à Berlin ou Paris.

J’observe depuis longtemps – et c’est sans doute plus légitime – le phénomène d’une sorte de préférence nationale, d’autres diraient chauvinisme, dans la presse et la critique musicales. C’était flagrant dans les gros guides discographiques que publiaient naguère Penguin, Gramophone, Diapason, Fayard ou Laffont.

Même si j’ai aujourd’hui une raison supplémentaire d’avoir une préférence pour un mensuel français – Diapason pour ne pas le nommer – je lis toujours plusieurs magazines, anglais, français, allemands. Pour le plaisir de comparer, de découvrir des approches, des points de vue différents.

J’aime beaucoup nos amis anglais, il est rare que leur compétence, leur expertise souvent encyclopédique de tel ou tel domaine, puissent être prises en défaut. Mais assez systématiquement ils privilégient les interprètes britanniques, toujours mieux notés à critères comparables que des musiciens continentaux. Le flagrant délit de mauvaise foi est parfois caractérisé, comme pour cette parution récente d’une phalange londonienne, qui bénéficie de la note maximum de la part de ce critique de BBC Music Magazine, alors que rien, vraiment rien, ne justifie une telle cotation.

Je me doute qu’on pourrait trouver à redire à certaines critiques d’interprètes français, dans des journaux français, certains musiciens étant systématiquement encensés, d’autres tout aussi systématiquement ignorés ou négligés. Le phénomène s’est largement estompé ces dernières années.

Une belle occasion nous est fournie, en ce mois de novembre, de confronter les visions, les options, de deux grands magazines, de part et d’autre du Channel, sur un même sujet : Beethoven. BBC Music Magazine consacre un dossier très complet, didactique et argumenté, aux symphonies, à leurs interprètes (les choix sont plutôt inattendus, et ne se limitent pas aux traditionnelles « références ») ainsi qu’à l’unique opéra du grand sourd, Fidelio – là le résultat des courses est très nettement différent de celui du mensuel français. En supplément du magazine, un CD Beethoven avec un pianiste, John Lill, un septuagénaire célèbre au Royaume-Uni, inconnu en France…

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Diapason publie un nouveau coffret « idéal » de l’oeuvre de Beethoven (après les Symphonies), confrontation des versions, des interprètes, regard critique des musiciens d’aujourd’hui sur leurs collègues d’hier.

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Le numéro de novembre comporte une discographie très complète de Fidelio, qui ne ressemble que de très loin à ce que préconise le magazine britannique, sauf sur un point qui fait l’unanimité des deux côtés de la Manche : le raté Rattle (EMI)

Le problème des électeurs

« François Mitterrand disait que les économistes sont surtout excellents pour expliquer après coup pourquoi les choses ne se sont pas passées comme ils l’avaient prédit » (in Jean-Louis Bianco, Mes années avec Mitterrand – Fayard 2015).

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Ajoutons « analystes » ou « commentateurs » à « économistes » et la phrase reste d’une pertinente actualité. Cela vaut non seulement pour les professionnels de la profession, mais pour tous les adeptes des réseaux sociaux.

Il n’est plus une élection, en France ou dans les pays proches (les seuls auxquels on s’intéresse), dont les résultats ne contredisent prévisions, prédictions et sondages. C’est énervant ces électeurs qui ne votent pas comme ils devraient voter !

Cela devrait nous inciter (je me mets dans le lot des « analystes » et « commentateurs ») à un peu de modestie, à un peu de retenue. Et à chaque fois, à une remise en perspective.

La Turquie dimanche dernier ? L’affreux Monsieur Erdogan et son parti l’AKP gardent la majorité au Parlement au terme d’élections démocratiques. Horreur et stupeur ! Oui mais le vote a été truqué, les électeurs trompés par une campagne orientée par des médias dans la main du pouvoir. Sans doute – et je serai bien le dernier à défendre un parti et un régime qui a condamné mon ami Fazil Say pour délit d’opinion ! – mais les électeurs ont exprimé leur choix. À moins de considérer que les électeurs turcs ne sont pas de même catégorie que les électeurs français ou allemands. Comme l’aurait dit Desproges, ces électeurs votent mal, supprimons les électeurs !

La Grèce ? Que n’a-t-on lu et entendu sur ce pauvre peuple grec, étranglé par une chancelière allemande sûre et dominatrice (tiens ça nous rappelle quelque chose !), par les technocrates de Bruxelles,  heureusement défendu par ces chevaliers blancs qui ont nom Tsipras ou Varoufakis. Qui, dans la cohorte de ceux qui proclamaient leur soutien indéfectible à la Grèce opprimée, avait eu juste un peu de curiosité, qui, parmi les grandes consciences d’une certaine gauche qui n’était pas la dernière à crier, avait relevé le niveau de corruption, de laisser-aller budgétaire atteint par un pays gouverné pendant des décennies par le PASOK (le parti socialiste grec !). Personne n’a plus rien à redire à l’alliance pour le moins hétérogène qu’a constituée et reconstituée Tsipras après deux consultations électorales, personne ne prône plus le Grexit… et personne ne semble surpris que M. Varoufakis se fasse rémunérer ses prestations médiatiques…

Et la France ? Je lis en ce moment beaucoup de mémoires, de livres de souvenirs d’acteurs ou de témoins des vingt dernières années (comme le bouquin de Bianco cité plus haut, comme le dernier opus d’Eric Roussel, biographe de haute volée de Pompidou, De Gaulle, et maintenant Mitterrand)

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Depuis une bonne vingtaine d’années, l’élection présidentielle de 1995, il n’est pas une consultation électorale qui n’ait démenti ou corrigé sérieusement les pronostics établis par les spécialistes, journalistes, sondeurs, politologues.

Bref rappel : 1995 je le donnais en tête du 1er tour, tout le monde se riait de moi, résultat : Lionel Jospin arrive devant Chirac et Balladur (sans parler de la campagne qui a précédé où tous les médias annonçaient Balladur élu même dès le premier tour !); 2002 personne n’avait imaginé Jospin éliminé et un duel Chirac-Le Pen au second tour; 2007 Ségolène Royal écrasant ses rivaux – Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn quand même ! – à la primaire socialiste, Bayrou dépassant 18% des voix; 2012 Monsieur 3%, c’était Hollande en 2008, battant Aubry, Montebourg, Valls, Royal, à la primaire et l’emportant – c’était plus prévisible – sur Sarkozy. Mais il y a aussi 2005, le référendum sur le nouveau traité constitutionnel européen, perdu et bien perdu. Et quasiment toutes les élections européennes, la plus récente – 2014 – étant la plus spectaculaire à la fois par le taux record d’abstentions et la première place du Front National.

Pour tous ces rendez-vous électoraux, sans exception, il suffit de relire la presse de l’époque, avant et après, c’est tout juste si on n’engueule pas les électeurs. Parce que les éditorialistes ont toujours raison, forcément raison !

Churchill, qui eut pourtant à pâtir de l’ingratitude des électeurs, n’en tenait pas moins fermement pour la démocratie : Democracy is the worst form of government – except for all those other forms, that have been tried from time to time.

Pour ne pas se décourager complètement, croire encore dans les vertus de la démocratie, il faut absolument lire l’un des essais les plus intelligents, cultivés, courageux de ces dernières années : Le bon gouvernement, de Pierre Rosanvallon. Salutaire, et bienfaisant !

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Orgues et délices

Encore une bizarrerie du français : les mots qui changent de sexe en se multipliant. Ainsi amour, délice et orgue deviennent-ils de belles amours, de merveilleuses délices et de grandes orgues !

« Amours, délices et orgues » c’est le titre que nous avions donné à la saison 2005/2006 de l’orchestre philharmonique de Liège, puisqu’il y a tout juste dix ans on inaugurait les grandes orgues Schyven restaurées de la Salle Philharmonique (http://www.oprl.be/bottom-menu/salle-philharmonique/lorgue-schyven-1888.html) , cinq ans après la réouverture après complète rénovation de ladite salle. Pourquoi évoquer ce souvenir ? Parce que j’ai eu l’impression que l’histoire se répétait hier soir à la Philharmonie de Paris.

Le même organiste/compositeur/improvisateur Thierry Escaich, la même incontournable 3e symphonie « avec orgue » de Saint-Saëns. Mais, sans vouloir offenser les amis parisiens, l’inauguration liégeoise avait duré toute une semaine (chaque jour un récital) et le week-end deux concerts symphoniques dirigés comme il se devait par un fils d’organiste, Louis Langrée (avec des oeuvres rares de Fétis, Jongen, Escaich et bien sûr Saint-Saëns !) La Philharmonie de Paris prévoit de compléter son inauguration en février prochain.

La console au centre de la scène, comme la cabine de pilotage d’un A 380, quatre claviers, mais dommage, pas un mot d’explication de qui que ce soit…

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J’entends autour de moi les remarques des auditeurs présents : comment cet orgue peut-il sonner avec les vingt malheureux tuyaux qu’on aperçoit au-dessus de la scène ? Classique…La surprise viendra dès les premières notes, le mur s’ouvre en de multiples panneaux, laissant apparaître, doucement éclairés, les 7000 tuyaux installés – c’est là une spécificité de la Philharmonie – plus en largeur qu’en profondeur.

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Thierry Escaich se lance dans une vingtaine de minutes de fabuleuse improvisation, sur des thèmes de… la 3e symphonie de Saint-Saëns, qui elle-même cite le thème du Dies irae médiéval, rappelle l’Aquarium du Carnaval des animaux contemporain. Les Liégeois se rappellent la virtuosité sans limites, l’imagination fertile et contagieuse de l’organiste parisien, lorsqu’il improvisait sur L’Aurore de Murnau. 

Cette première écoute révèle une belle ampleur, une palette éblouissante de sonorités, du gigantesque instrument conçu par et sorti des ateliers Rieger (https://fr.wikipedia.org/wiki/Rieger_Orgelbau).

La suite de la soirée sera plus conventionnelle, toute focalisée sur Saint-Saëns (on a manqué – mais ce n’est que partie remise – mercredi soir le concerto pour alto de Jörg Widmann sous l’archet transcendant d’Antoine Tamestit) : le premier concerto pour violoncelle (1872) sonne étriqué, routinier – il eût été avantageusement remplacé par celui de Lalo (1875) plus ample de son et de proportions. L’Elégie de Fauré donnée en bis donne un meilleur aperçu de la sonorité fruitée du violoncelle de Sol Gabetta et des vents de l’Orchestre de Paris. La Troisième symphonie remplit son office et ravit la salle. Toujours impressionnant d’entendre le grand orgue incorporé au grand orchestre.

Le disquaire présent dans le hall d’entrée de la Philharmonie a un beau choix de disques. Pas peu fier de voir en belle place celui qui avait valu en 2003 un DIAPASON d’OR de l’année à Thierry Escaich et à ses interprètes…41WFW9NJ2NL

Mais pour tout avouer les véritables délices on les a trouvées dans un magnifique coffret d’hommage à l’un des plus grands organistes français du siècle dernier, Marcel Dupré. Le label porte bien son nom Mercury Living Présence.

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Et dans cette somme qui embrasse large (de Bach à Messiaen et Dupré !), on retrouve la très inspirée version de Paul Paray de la 3e symphonie de Saint-Saëns. Et quelle prise de son !

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Le Russe oublié

Les politiques d’édition et de réédition des grands labels classiques (les majors) répondent à des critères pour le moins mystérieux : un anniversaire rond constitue en général un bon prétexte, mais c’est loin d’être suffisant.

Le centenaire de la naissance du chef Igor Markevitch en 2012 n’avait suscité aucune réaction. EMI/Warner s’est réveillé un peu tard en publiant cet automne un pavé bienvenu :

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Mais rien du côté de chez Universal ! Pourtant le catalogue Markevitch chez Philips et Deutsche Grammophon est très loin d’être négligeable. N’y a-t-il plus personne dans les équipes de cette major qui connaisse la richesse et la variété des catalogues de ces marques prestigieuses ?

Il faut croire que non, quand on voit le traitement réservé au plus grand chef russe du XXème siècle (oui je sais il y a Mravinski, Svetlanov, Rojdestvenski et d’autres encore) : Kirill Kondrachine (ou Kondrashin pour épouser l’orthographe internationale, c’est-à-dire anglo-saxonne, imposée au monde entier). Le plus grand selon moi, ce qui n’ôte aucun mérite à ceux que j’ai cités plus haut et que j’admire infiniment, parce qu’il a embrassé presque tous les répertoires et a marqué chacune de ses interprétations d’une personnalité hors norme.

Le centenaire de sa naissance en 2014 a été complètement occulté (https://fr.wikipedia.org/wiki/Kirill_Kondrachine)

L’éditeur russe historique Melodia ressort les enregistrements de Kondrachine au compte-gouttes et sans logique apparente. Il faut naturellement se précipiter dessus dès qu’ils paraissent.

Decca a fait le service minimum avec cette piteuse réédition : deux disques symphoniques multi-réédités et un disque d’accompagnement de concertos.

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Personne pour signaler cette collection de « live » captés au Concertgebouw d’Amsterdam où Bernard Haitink avait généreusement accueilli le grand chef qui avait fui l’Union soviétique en décembre 1978 (et où Kondrachine avait régulièrement dirigé depuis 1968) ? Je viens de tout réécouter de cette dizaine de CD, portés par la grâce, le geste impérieux, un élan irrésistible, dans Ravel comme dans Brahms, dans Gershwin comme dans Chostakovitch…. Pourquoi laisse-t-on dormir de tels trésors ?

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Il n’est peut-être pas trop tard pour un vrai coffret d’hommage ?

Au moins Kondrachine est resté présent dans les catalogues comme l’accompagnateur de luxe de pianistes comme Van Cliburn, Byron Janis ou Sviatoslav Richter.

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Je découvre sur Youtube un document doublement rare, le duo Richter-Kondrachine en concert à Moscou et dans un concerto, le 18ème de Mozart, que ni l’un ni l’autre n’ont officiellement enregistré.

Deux recommandations encore, en espérant que cet appel à Monsieur Decca/Universal sera entendu : le tout dernier enregistrement de Kondrachine, dans la salle du Concertgebouw, mais avec l’orchestre du Norddeutscher Rundfunk (NDR) de Hambourg le 7 mars 1981. Dans la nuit qui suivra Kondrachine sera foudroyé par une attaque cérébrale, alors qu’il allait prendre la direction musicale de l’orchestre symphonique de la Radio Bavaroise.

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On le répète, tout ce qu’on peut trouver de disques avec Kondrachine est indispensable ! Comme cette inusable référence, « la » version de Shéhérazade de Rimski-Korsakov, couplée à une fabuleuse 2e symphonie « live » de Borodine

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