Le baryton oublié

Dans un article de 2017 – Blocs de bonheur – j’avais déjà évoqué ce baryton allemand qui fête ses 70 ans, qui n’a jamais eu la notoriété d’un Mathias Goerne, ou a fortiori d’un Fischer-Dieskau.

Le label australien Eloquence a – une fois de plus – la très bonne idée de republier en un coffret de 13 CD ce que Wolfgang Holzmair a enregistré dans les années 80 pour Philips.

Comme Mathias Goerne, la voix, le timbre de Wolfgang Holzmair peuvent déranger, voire déplaire. Et pourtant, dès la première fois où je l’ai entendu, j’ai aimé ce chanteur qui vivait, incarnait de l’intérieur, d’abord les trois grands cycles de Lieder de Schubert (Winterreise, Die schöne Müllerin, Schwanengesang) cherchant moins la beauté du chant que la vérité du texte.

J’ai un souvenir très précis d’une émission Disques en Lice dont l’invité était le pianiste allemand Christian Zacharias. François Hudry avait mis en comparaison – à l’aveugle – plusieurs versions de La belle meunière de Schubert (lire Holzmair à la grange de Meslay) Lorsque Zacharias entend la version de Holzmair, il s’exclame qu’il n’a jamais entendu quelque chose de plus juste, de plus « schubertien ». A la fin de l’émission, il demandera les coordonnées de ce chanteur qui l’a bouleversé, Wolfgang Holzmair. Ils feront plusieurs concerts ensemble.

Plus récemment, le pianiste et producteur de France Musique, Philippe Cassard, s’est attaché avec le même enthousiasme à faire entendre ce chanteur si amoureux de la mélodie française.

On chérit particulièrement le récital de mélodies françaises, notamment des Duparc de toute beauté, enregistré avec le pianiste suisse Gérard Wyss. On est moins convaincu par le disque plus tardif qu’on ne connaissait pas avec la pianiste Maria Belooussova.

De nouveau, grâce à Cyrus Meher-Homji, le patron du label australien, on dispose d’un merveilleux ensemble qui honore un artiste qui ne cesse d’émouvoir.

La grande porte de Kiev (X) : du piano d’Ukraine

Plus d’un mois après ma dernière chronique – La grande porte de Kiev – consacrée à Sviatoslav Richter, en ce 9 mai qui devrait fêter l’Europe unie, libre et pacifique, à l’heure où j’écris ces lignes, des chaînes d’info en continu s’apprêtent à satisfaire la curiosité morbide et malsaine de certains en diffusant le défilé militaire de Moscou. L’Ukraine résiste toujours à l’invasion décrétée le 24 février par Poutine, les héros ne seront pas sur la Place rouge ce matin.

L’Ukraine à Bruxelles

Au hasard de mes souvenirs et de mes écoutes, deux pianistes originaires d’Ukraine me reviennent, qui sont liés à la Belgique et à son Concours Reine Elisabeth.

Vitaly Samoshko est ce grand garçon au sourire rayonnant qui a gagné le Premier prix du concours en 1999 et dont j’ai fait la connaissance quelques semaines après ma nomination à la direction générale de l’Orchestre philharmonique de Liège. Il est né en 1973 dans cette ville tristement placée dans l’actualité de ces dernières semaines, Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine. Il a été de plusieurs de mes aventures liégeoises (par exemple un triple concerto de Beethoven, le 14 septembre 2002, au festival de Besançon, sous la direction de Louis. Langrée)

Sergei Edelmann est, lui, né en 1960 à Lviv. Il a figuré au palmarès du concours Reine Elisabeth en 1983 (6ème prix) et a, dans la foulée, enregistré une série de disques pour RCA à New York, un coffret jadis acheté à Tokyo !

J’avoue ne pas avoir suivi les carrières de l’un et de l’autre, que je ne vois plus guère sur les affiches des concerts ou des festivals que je suis.

L’Ukraine à La Roque

Vadym Kholodenko est né à Kiev en 1986. Il remporte en 2013 le Grand Prix du concours Van Cliburn de Fort Worth (Texas) aux Etats-Unis. Trois ans plus tard il figure à la rubrique « faits divers » de la presse à sensation, victime d’un épouvantable drame familial.

À la différence de ses deux aînés, cités plus haut, Kholodenko poursuit une carrière active. C’est notamment un fidèle du festival de piano de La Roque d’Anthéron, où il jouera de nouveau cet été, le 24 juillet, à l’invitation de mon ami René Martin.

Marie-Aude Roux écrivait dans Le Monde du 26 juillet 2021 : Le jeu de Kholodenko est fluide et clair, profond, un toucher qui multiplie couleurs et dynamiques, de la percussion à cette ligne de legato perlé que couronne la délicatesse d’un trille. Si la ferveur et la tension de l’orchestre sont permanentes, l’absence d’efforts du pianiste est olympienne. L’Ukrainien, qui a donné son premier concert à 13 ans aux Etats-Unis, où il a remporté le prestigieux Concours international de piano Van Cliburn, en 2013, au Texas, fait sans conteste partie du superbe vivier de l’école russe, dont il a suivi l’enseignement au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou dans la classe de la réputée Vera Gornostaeva.

Jeunes baguettes

Il y a deux mois, j’applaudissais le nouveau directeur musical de l’Orchestre de Paris, Klaus Mäkelä (Yuja, Klaus et Maurice), 26 ans !

Quand je lis le compte-rendu de Remy Louis d’un concert de l’Orchestre philharmonique de Radio France, où le quasi-vétéran (36 ans tout de même !) Santtu-Matias Rouvali a dû être remplacé par Tarmo Peltokoski, un compatriote – finlandais – de 21 ans ! – lire Les débuts fracassants de Tarmo Peltokoski, j’ai l’impression d’une course à la jeunesse chez les organisateurs, les responsables d’orchestres ou d’institutions musicales.

Il y a encore une vingtaine d’années, recruter un chef de moins de 40 ans paraissait audacieux, voire risqué, surtout pour un poste de directeur musical. On n’aura pas la cruauté de citer les exemples de ces jeunes chefs qui n’auront fait qu’un petit tour à ce genre de poste.

Je me réjouis, par exemple, de recevoir à nouveau à Montpellier, le 19 juillet prochain, le chef anglais Duncan Ward (33 ans!), à la tête de l’Orchestre des jeunes de la Méditerranée (voir lefestival.eu). J’avais assisté en octobre dernier à sa prise de fonction comme chef de la Philharmonie Zuidnederland à Maastricht.

Jeudi dernier, c’était, à la Philharmonie de Paris, une autre jeune baguette, Thomas Guggeis, 29 ans, qui remplaçait Daniel Barenboim, souffrant, à la tête du West-Eastern Divan Orchestra.

Une Patrie universelle

Au programme de ce concert, le cycle « Ma Patrie » de Smetana, une suite de six poèmes symphoniques, dont la célèbre Moldau, que je n’avais plus eu l’occasion d’entendre en concert depuis que je l’avais programmé en janvier 2010 à Liège, avec François-Xavier Roth et l’Orchestre philharmonique royal de Liège (Festival Visa pour l’Europe).

Thomas Guggeis est indéniablement à son affaire dans un cycle où les décibels d’une orchestration wagnérienne peuvent souvent masquer les inspirations populaires du compositeur tchèque. On se demande si le résultat eût été le même avec Barenboim au pupitre. On a entendu un camarade regretter une certaine neutralité interprétative et l’absence de cette nostalgie slave qui devrait s’attacher à Smetana. On a aussi appris que le jeune chef qui avait fait plus d’un tour d’essai avec l’orchestre du Capitole de Toulouse, qui cherche depuis des mois un successeur à Tugan Sokhiev, n’a pas été retenu par les musiciens…

Revenons à Ma Patrie, et à ce qu’il faut bien appeler un cliché – la « nostalgie slave » -. Même si, d’évidence, comme des centaines d’autres oeuvres, ces poèmes symphoniques puisent aux sources de l’inspiration populaire, ils n’en ont pas moins détachables de leur contexte géographique ou historique et constituent des oeuvres « pures ». Personne ne conteste à des chefs et orchestres occidentaux le droit et la légitimité d’interpréter les symphonies de Tchaikovski, qui pourtant puisent abondamment – au moins autant que les Borodine, Moussorgski et autres compositeurs du Groupe des Cinq – dans le terreau traditionnel.

Ce n’est pas parce que le chef d’origine tchèque Rafael Kubelik (lire Les fresques de Rafael), a gravé à plusieurs reprises des versions de référence de ce cycle que celui-ci est chasse gardée des interprètes natifs de Bohème ! Ici on écoute un moment extrêmement émouvant : la captation du concert donné en 1990 par Kubelik à Prague, qu’il avait quittée en 1948, un an après la chute du mur de Berlin.

Mais je veux signaler une autre très grande version, beaucoup moins connue, celle de Paavo Berglund et de la somptueuse Staatskapelle de Dresde.

Printemps qui commence

Une semaine après le second tour de l’élection présidentielle, je ne change pas une ligne à ce que j’écrivais ici : Gagnants et perdants. Le feuilleton Mélenchon continue, à l’heure où j’écris ces lignes, après les écolos, ce qu’il reste du parti socialiste et du parti communiste semble tout près d’une complète reddition. Quelques sièges de députés valent bien le reniement de quelques principes.

Reine de la nuit

Je l’aimais bien, Régine, disparue ce 1er mai. J’ai un vague souvenir du New Jimmy’s, sa boîte mythique, à la fin des années 70.

La morte oubliée

J’avais consacré, il y a plus de deux ans, un billet à une artiste est-allemande dont la notoriété n’a jamais franchi le rideau de fer, bien à tort : Le piano venu de l’Est, Annerose Schmidt.

Personne n’a relevé le décès, le 10 mars dernier, d’Annerose Schmidt, de son vrai Annerose Boeck. Il nous reste heureusement, sur les sites de téléchargement, et sous le label Berlin Classics, une belle documentation discographique de l’art de cette pianiste, notamment une intégrale des concertos de Mozart, que je chéris particulièrement.

Contrairement à ce qui est mentionné sur le bandeau inférieur, ce n’est pas le 21ème mais le 22ème concerto de Mozart qui est à entendre ici.

Kurt Masur, un héritage

Cette intégrale mozartienne avec Annerose Schmidt révèle un aspect peu connu de la carrière et de l’art du chef allemand Kurt Masur (1927-2015), qu’on ne retrouve pas dans l’intégrale que Warner publie de ses enregistrements réalisés pour Teldec et EMI, pour l’essentiel avec l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig, dont Masur fut le directeur musical de 1970 à 1996 – fameux bail ! -, et dans une mesure plus limitée avec le New York Philharmonic et le London Philharmonic qu’il dirigea après Leipzig.

Tous les détails de ce coffret à retrouver ici : Kurt Masur, l’héritage Teldec Warner.

Parmi les rééditions notables, une intégrale un peu oubliée, à tort, des poèmes symphoniques de Liszt.

Cécile Ousset introuvable

Dans ce coffret Masur, et dans d’autres, on trouve une pianiste, française, Cécile Ousset, contemporaine d’Annerose Schmidt, que j’avais rencontrée il y a quelques années (Frontières), à qui Warner consacre également une belle boîte :

Je suis pour le moins perplexe, après avoir écouté les enregistrements que je ne connaissais pas (Debussy, Chopin, Rachmaninov). Du piano solide, au fond du clavier, mais qui me semble bien court d’inspiration et de feu.

Gagnants et perdants

On ne peut pas dire que la politique ait encombré ce blog ces dernières semaines, alors que, je le rappelle pour ceux qui m’ont naguère reproché de m’écarter de la musique, c’est bien un blog personnel, où je m’exprime en toute liberté, sans engager qui que ce soit d’autre que moi !.

Michel Denisot twittait lundi : « En fait si j’ai bien compris les perdants ont gagné et le gagnant a perdu ?« 

C’est très exactement le sentiment que j’ai éprouvé tout au long de la soirée électorale du 24 avril.

Les chiffres

Les rares partisans du président réélu, sur les plateaux de télévision, avaient le plus grand mal à faire reconnaître qu’un score de 58,55 % au second tour c’est une vraie victoire, et qu’en démocratie une seule voix de majorité fait l’élection, quelle que ce soit sa nature – un maire, un député, un président. Et quasiment tous les commentateurs, à l’unisson des porte-parole du Lider Minimo JLM, de reprendre l’infox « le président le plus mal élu », etc..

Détesté

Mais, on nous l’a assez seriné, on n’a pas voté pour Macron mais contre Marine Le Pen, d’ailleurs Macron est « détesté » – petite musique entendue pendant tout le quinquennat passé, y compris parmi des proches -. Détesté pourquoi ? ah oui! les petites phrases, l’arrogance. Mais ses résultats, le bilan de son quinquennat ? à peine évoqués, même par ses soutiens. Le « quoi qu’il en coûte » qui a sauvé l’économie française, payé les salaires pendant la pandémie, empêché des pans entiers – la culture par exemple – de sombrer, la baisse spectaculaire du chômage, la baisse des impôts, tout cela est donc négligeable ?

Jadis on avait honte de dire qu’on allait voter Le Pen et les sondages sous-évaluaient régulièrement le vote d’extrême droite. Cette année singulièrement la honte a changé de camp, il fallait presque s’excuser, cacher qu’on pouvait choisir Macron par adhésion !

Opportuniste

Opportunisme : Comportement ou politique qui consiste à tirer parti des circonstances, en transigeant, au besoin, avec les principes (Le Petit Robert)

On voit bien que le vocable a une connotation péjorative, mais c’est peut-être l’adjectif qui peut définir le mieux Emmanuel Macron, depuis qu’il a décidé, en 2016, de lancer son mouvement En Marche, puis de se présenter à la présidence de la République. Une forme de virtuosité, d’intelligence (ah oui c’est vrai que l’intelligence est un grave défaut, l’arrogance on vous dit !) qui a pulvérisé le paysage politique ancien, comme le relevait Alain Duhamel (voir Emmanuel le hardi).

Le jeune président qui vantait les premiers de cordée, la start up nation, est le même qui a nationalisé l’économie pour sortir de la pandémie.

Evidemment, il y a des trous dans le bilan, des incertitudes dans le projet. Je n’ai pas grand chose à changer au texte que j’écrivais, à propos de la Culture, il y a cinq ans : L’Absente. Le Pass Culture, c’est bien, mais ce n’est ni une réflexion en profondeur, ni un projet d’envergure.

Et maintenant ?

Ce n’est pas la première fois ici que je cite Sylvain Fort, qui une fois de plus parle d’or dans L’Express :

« En France, on qualifia longtemps de « respiration démocratique » les scrutins majeurs – présidentielle, législatives, régionales, municipales – permettant aux citoyens de s’extraire de la hâte des jours, de se poser la question des enjeux essentiels et de choisir par le vote ceux qui les endosseraient le mieux. A l’issue de cette élection présidentielle 2022, une seule certitude s’impose : la France a le souffle coupé. La démocratie française tente de survivre dans un oxygène raréfié. La pulsation foncière de notre pays n’est plus le souffle long de la raison et de la délibération, mais la convulsion de spasmes successifs/…/

Dévitalisées par l’abstention, les élections intermédiaires donnaient à la présidentielle le rôle fondamental non point seulement de choisir le chef d’un régime fondé, on le sait, sur la toute-puissance du président, mais de laisser de côté un instant les oripeaux du travailleur-consommateur pour décider en citoyens de notre avenir collectif. Sarkozy, Hollande, Macron ne furent pas le choix de tous, mais ils furent le fruit d’un élan suffisamment large pour que le droit de gouverner ne leur fût point contesté

En 2022, cette salutaire halte démocratique est à son tour devenue un moment de crise. Le résultat du 10 avril a fait la part belle aux partisans de la rupture radicale, qui n’ont pas pleinement accepté le fruit d’un scrutin consacrant pourtant leur domination. Le nombre de citoyens persuadés que l’élection leur avait été volée, que le scrutin était trafiqué, que la démocratie est prise en otage est, en France, colossal. Alors que fleurit dans tous les programmes, sous l’influence clientéliste des gilets jaunes, la promesse du référendum d’initiative citoyenne, le vote traditionnel est devenu suspect, vérolé, et jugé fallacieux par ceux-là même qui s’y sont pourtant soumis... » (Sylvain Fort, L’Express, 26 avril 2022)

L’enjeu du quinquennat qui s’ouvre, comme des élections législatives, est herculéen : réparer la République, réparer la démocratie. Réapprendre à chacun le sens de la discussion, respectueuse des opinions, mais débouchant sur des décisions claires. Se départir de l’invective permanente, de la lâcheté de l’anonymat des réseaux sociaux, prendre le temps de la réflexion, de la délibération, de la recherche d’un accord. Et ne plus se situer dans ce rapport au pouvoir – caractéristique très française – qui fait qu’on attend tout de lui, tout en le criblant de flèches à la moindre difficulté.

Ministère

Météo capricieuse en cette veille de second tour de l’élection présidentielle. Les colonnes de Buren qui peuplent la cour carrée du Palais Royal à Paris avaient été copieusement arrosées.

L’honneur pour le chef

Nous n’étions qu’une poignée à nous retrouver samedi après-midi dans le salon Joseph Bonaparte du ministère de la Culture à Paris. L’invitation n’était arrivée que la veille : celle qui est encore ministre pour quelques jours, Roselyne Bachelot, nous avait conviés in extremis à la cérémonie de remise de la Légion d’Honneur à Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris de 2009 à 2021 (lire Ce n’est qu’un au revoir).

Joie de retrouver, dans ce cadre intime et propice aux échanges, l’ami Philippe qui, dans son petit discours de remerciement, invoquait l’ombre tutélaire et affectueuse de son père Armin Jordan.

Plaisir d’échanger aussi avec la ministre sortante de la Culture qui, en politique aguerrie, se montrait plutôt optimiste quant à l’issue du second tour, mais plus circonspecte sur les législatives à venir, en raison de la décomposition des forces politiques traditionnelles.

Le vrai ministre

Présent à cette cérémonie, un récent retraité, avec qui, pendant des années, je n’avais souvent échangé que des propos rapides et convenus, un personnage avec qui j’avais construit, en 1995, une belle journée radiophonique (lire Boulez vintage), Laurent Bayle, qui a porté, contre vents et marées, puis dirigé la Philharmonie de Paris (inaugurée le 14 janvier 2015, lire Philharmonie)

La constance de son engagement pour ce projet, sa ténacité et son habileté à déjouer les pressions, les changements de cap des politiques, avaient fait de Laurent Bayle celui que tout le milieu musical et culturel désignait comme le vrai ministre de la Culture.

C’est ce que je lui rappelai samedi, en faisant une gaffe : je l’incitais à écrire ses souvenirs, à raconter par le menu les coulisses de l’exploit, ce à quoi il me répondit qu’il n’avait pu tout dire… dans le livre de souvenirs qu’il avait publié en janvier dernier ! J’avoue que j’avais raté cette parution, et que je n’en avais pas lu de critique ou de présentation dans la presse.

« Des années 1980 à nos jours, le paysage culturel et musical français a connu des métamorphoses puissantes, entre audace artistique et volonté politique. C’est de cette période passionnante et passionnée que Laurent Bayle témoigne dans ce livre éclairant.
Son parcours singulier, qui l’a mené à créer et à diriger la Philharmonie de Paris, est celui d’un engagement de plus de quarante ans au service de la musique. Il raconte ici un foisonnement artistique où sont à l’œuvre des personnages exceptionnels, dont il livre des portraits sensibles : de Pierre Boulez à Patti Smith, de Daniel Barenboim à Jean Nouvel, c’est le récit personnel d’un homme qui a bâti, avec d’autres, une certaine vision de la culture.
 » (Présentation de l’éditeur).

Ce témoignage est d’autant plus passionnant, qu’il restitue une période, que j’ai aussi connue, qui nous paraît rétrospectivement constituer une sorte d’âge d’or pour la création, le foisonnement culturel, le début des années 80. Les jeunes années de Laurent Bayle l’illustrent à merveille.

Un samedi à la Philharmonie

C’est justement dans la grande salle de la Philharmonie que j’ai passé la soirée de samedi, retrouvant avec bonheur l’Orchestre national de France, son chef Cristian Macelaru, et un magnifique violoniste que je n’avais plus entendu en concert depuis mes années liégeoises, Sergey Khatchatryan.

Programme original que Pascal Dusapin et Florence Darel assis à côté de moi n’étaient pas les derniers à apprécier : Amériques de Varèse, le premier concerto pour violon de Max Bruch, et Petrouchka de Stravinsky. De concert en concert, chef et orchestre manifestent une cohésion, une dynamique collective, qui ne cessent de m’impressionner.

J’en suis d’autant plus heureux que l’Orchestre national de France, Cristian Macelaru, ainsi que le Choeur de Radio France, seront les héros de l’une des soirées les plus emblématiques du prochain Festival Radio France Occitanie Montpellier (FROM pour les intimes), le 21 juillet, avec les Sea Pictures d’Elgar (avec Marianne Crebassa) et la grandiose Sea Symphony de Vaughan Williams (réservation vivement recommandée : www.lefestival.eu)

Ne garder que la gaieté

Même dans un blog personnel, on est parfois contraint de se transformer en nécrologue. Cette semaine n’a pas échappé à cette loi des séries qui semble s’inviter à intervalles réguliers : après Philippe Boesmans, Harrison Birtwistle, Radu Lupu, Nicholas Angelich (Sur les ailes du chant), voici que disparaissent, à leur tour, une chanteuse dont seuls les mélomanes avertis avaient entendu parler, et un acteur-réalisateur-producteur que tout le monde a connu à un titre ou un autre.

Renate Holm

J’avais déjà rendu un hommage anthume à la cantatrice viennoise Renate Holm, disparue à 91 ans ce 21 avril, lire : Un duo à Vienne.

Réécouter, sans risquer de se lasser, les enregistrements, le plus souvent d’opérettes, où s’affirment le charme et le chic d’une voix de soie.

Jacques Perrin

Excellent acteur, bel homme, réalisateur et producteur engagé, quels défauts trouverait-on à Jacques Perrin, disparu mercredi à 80 ans ?. Sans doute n’a-t-il jamais appartenu à la catégorie des « monstres sacrés » du cinéma, sûrement ne l’a-t-il jamais cherché non plus.

Bien sûr je vais voir et revoir certains des films qu’il a marqués de son empreinte et de sa présence. Mais je vais aussi me replonger dans les fabuleuses images de ses films, bien restrictivement définis comme « animaliers », qui racontent une humanité, un humanisme rares.

L’Ukraine de Kourkov

J’ai déjà évoqué ici la figure du grand écrivain ukrainien Andrei Kourkov (La grande porte de Kiev), invité récemment sur quelques plateaux de télévision. Je redis ici combien il faut livre ses livres, qui sous les apparences du désespoir et de la fatalité qui s’attachent à ses héros, nous donnent des leçons de gaieté et de foi en l’humanité.

J’ai fini il y a peu le plus ancien de ses romans, traduits et publiés en français, Le pingouin. Jouissif du début à la fin, prenant comme un thriller.

Pour tromper sa solitude, Victor Zolotarev a adopté un pingouin au zoo de Kiev en faillite. L’écrivain au chômage tente d’assurer leur subsistance tandis que l’animal déraciné traîne sa dépression entre la baignoire et le frigidaire vide. Alors, quand le rédacteur en chef d’un grand quotidien propose a` Victor de travailler pour la rubrique nécrologie, celui-ci saute sur l’occasion. Un boulot tranquille et lucratif. Sauf qu’il s’agit de rédiger des notices sur des personnalités… encore en vie. Et qu’un beau jour, ces personnes se mettent à disparaître pour de bon. Une plongée dans le monde impitoyable et absurde de l’ex-URSS. Un roman culte. (Présentation de l’éditeur)

Beaucoup plus relié à l’actualité, et tout aussi jouissivement réaliste, ce « roman » dont on comprend vite pourquoi il a été interdit en Russie :

Président de la République d’Ukraine ? Rien ne prédispose Sergueï Bounine à occuper ce poste. Son imprévisible ascension, dénuée de coups bas et d’ambition personnelle, se fait presque malgré lui. De la fenêtre de sa salle de bains, son point d’observation préféré, il se remémore son passé : les années de jeunesse à la sauce communiste, un frère jumeau pas si fou que ça, une mère préoccupée d’arrangements avec le système, le vieux David Isaakovitch amoureux de sa cabane sur une île au milieu du Dniepr… Et maintenant, il lui faut affronter le post-communisme, la greffe d’un nouveau coeur et tous ceux qui rêvent de l’empoisonner… Un roman prémonitoire. Le roman balaye 25 ans d’histoire de l’Ukraine, de la période soviétique à celle de l’indépendance toujours fragile face au grand frère russe. Mafias en tout genre, corruption, nationalismes, hégémonie russe, question européenne : tout le monde en prend pour son grade ! (Présentation de l’éditeur)

En lisant Kourkov, je ne peux m’empêcher de le comparer au grand Nicolas Gogol, sans doute l’écrivain russe que j’ai le plus lu et relu, celui des Âmes mortes, des Nouvelles pétersbourgeoises… et ukrainiennes, comme Le Nez (qui a inspiré l’opéra éponyme de Chostakovitch)

Angelich, Lupu : sur les ailes du chant

J’ai passé une bonne partie de ma journée d’hier à tenter de surmonter le choc éprouvé à l’annonce des deux décès de Radu Lupu et Nicholas Angelich (voir Le piano était en noir) : écouté et lu les nombreux hommages, souvent attendus – des »géants », des « poètes » – plus rarement accordés aux personnalités vraiment singulières de ces deux artistes. Tenté aussi de rassembler mes souvenirs de l’un et l’autre.

Radu Lupu, l’admiration

Pour Radu Lupu, j’en suis réduit à convoquer de lointains souvenirs. Dans les années 90 au festival de Montreux, le pianiste roumain jouait le concerto de Schumann avec l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam. Je m’étais fait une fête d’entendre celui qui était déjà une légende et je suis sorti très déçu, de bons amis critiques m’ont consolé en disant que Lupu avait ses jours avec et ses jours sans. Il n’en fallait pas plus pour me le rendre encore plus sympathique. Je m’en suis beaucoup voulu, plus tard, de ne pas avoir cherché à le réentendre en concert. J’en suis réduit à réécouter ses disques, notamment ceux qu’il a enregistrés pour Decca, malheureusement dans des prises de son métalliques qui ne rendent pas justice à son art, et maintenant grâce à YouTube à retrouver Radu Lupu en concert.

Et bien sûr le disque de l’île déserte

Le mouvement lent de la sonate pour 2 pianos de Mozart est un pur moment d’éternité…

Nicholas Angelich, le piano dans tous ses états

Comme je l’écrivais hier, je pleure la disparition de Nicholas Angelich comme celle d’un membre de ma famille, parce que j’ai le sentiment de ne jamais l’avoir quitté depuis notre première rencontre il y a plus de 25 ans. Olivier Bellamy a, beaucoup mieux que je ne saurais le faire, décrit ce Nicholas que nous sommes quelques-uns à avoir connu, approché avant et après la scène. Il faut lire ce bel hommage : Nicholas Angelich. J’emprunte à un autre ami ces phrases sur Facebook :

« Alors, pense bien avant son arrivée à repérer la pharmacie de garde. Et fais-y un arrêt avant même de l’amener à l’hôtel, il faudra de toute façon y retourner deux ou trois fois.

Tant que j’y pense, rappelle-toi de lui prendre sa montre avant d’entrer en scène et de la mettre à ton poignet pendant la durée du concert. Et fais gaffe quand même, elle coûte trois fois plus cher que ta bagnole, hein.

Je te préviens, il est vraisemblable que tu doives le pousser littéralement pour entrer en scène… Surtout ne te laisse pas impressionner par la panique qui semble d’emparer de lui au moment d’aller se jeter dans la gueule du loup : c’est une conséquence du génie.

De toute façon, ne t’inquiète pas : il va revenir à l’entracte en te demandant dans un délicieux froncement de nez (et ce qui lui reste d’accent américain) « c’était pas dégueulasse, hein ? »

Tiens, je te suggère de te mêler au flot du public qui sortira du récital tout à l’heure, histoire d’écouter à la volée les commentaires : tu vas voir, c’est impressionnant.

Ah ! au fait, super important : tu as bien fait le plein de binouze ? Parce qu’on va en boire jusqu’à une heure avancée de la nuit et rigoler comme des vaches, j’espère que tu as fait la sieste. Et retiens bien ces moments avec Nicholas, je te garantis que tu les chériras s’il venait un jour à la camarde l’idée saugrenue de nous l’enlever prématurément. » (Pierre-Jean Larmignat)

L’autre variante de sortie de scène, c’était : « Tu as aimé« ?. Chez Nicholas, ce n’est pas une formule, c’était une vraie question avec sa part d’inquiétude. Nicholas ne disait jamais rien par hasard, et comme l’écrit Olivier Bellamy, on ne le croyait pas quand il nous disait d’un air faussement dégagé qu’il n’allait pas bien. Et il n’aimait rien tant que retrouver l’épaisseur, la simplicité, le bonheur finalement de la chaleur humaine avec ceux qui n’étaient pas, qui ne pouvaient pas être, de simples organisateurs de ses concerts. Il avait besoin, un besoin essentiel, de ces dîners qui se prolongeaient tard dans la nuit après un récital ou un concert. Je me rappelle ce festival que nous avions organisé à Liège, à l’occasion des 50 ans de l’Orchestre philharmonique de Liège, en octobre 2010, un festival de folie – Le piano dans tous ses états – Il devait rentrer à Paris le samedi matin, il m’a demandé, avec son air d’éternel enfant timide, s’il pouvait rester jusqu’au dimanche soir, juste pour être avec nous, avec ses amis et collègues. « Personne ne m’attend à Paris…« 

Liège, Toulouse, Paris

J’ai fait le compte, même si je doute qu’il soit exact, des venues de Nicholas Angelich à Liège.

Pour l’ouverture de la saison 2002/2003, un récital Haydn, Mozart, Brahms le 21 septembre, puis deux concerts avec l’Orchestre philharmonique de Liège, dirigé par Alexandre Dmitriev, les 26 et 27 à Liège et Bruxelles, avec le 2ème concerto de Rachmaninov. On m’avait dit à l’époque que c’était ses débuts en Belgique !

Le 23 novembre 2006, il jouait, toujours avec l’OPRL, le rare Konzertstück op.94 de Schumann et le second concerto de Liszt, sous la baguette de Pascal Rophé.

Du 11 au 16 octobre 2010, à l’occasion des 50 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, nous avions organisé un mini-La Roque d’Anthéron, pour reprendre l’expression d’une amie journaliste – Le piano dans tous ses états – avec pas moins de 10 pianistes : Nicholas Angelich, Brigitte Engerer, Nelson Goerner, François-Frédéric Guy, Jean-François Heisser, Claire-Marie Le Guay, Benedetto Lupo, Vitaly Samoshko, Severin von Eckardstein et Vanessa Wagner. En relisant le programme (à découvrir intégralement ici : Liège le Piano dans tous ses états) je suis saisi de vertige, il fallait être (un peu) inconscient et (très) enthousiaste pour attirer autant d’artistes et de public. De la présence de Nicholas, il reste heureusement ce « son » de la Valse de Ravel, jouée à deux pianos avec la très regrettée Brigitte Engerer, sur la grande scène de la Salle Philharmonique de Liège.

A cette occasion, Martine Dumont-Mergeay avait réalisé, pour La Libre Belgique, une belle interview de Nicholas à lire ici : L’automne belge de Nicholas Angelich.

Le 20 mars 2014 le pianiste était revenu à Liège jouer, toujours avec l’OPRL et, cette fois, Christian Arming, le Premier concerto de Brahms. Un an plus tard, il était le soliste de la tournée de l’orchestre en Espagne, avec le Deuxième concerto.

Entre-temps j’avais quitté Liège, je sais que Nicholas était revenu pour un récital en mai 2019.
Et puis il y eut toutes les fois, pas assez nombreuses à mon gré, où j’allai écouter l’ami musicien. Ainsi à Toulouse, dans le cadre de Piano Jacobins, le 8 septembre 2015. un programme… athlétique, dont il sembla ne faire qu’une bouchée, comme le relatait Marie-Aude Roux dans Le Monde : Le pianiste Nicholas Angelich ouvre des mondes sous ses doigts.

En octobre 2018, à la Philharmonie de Paris, j’avais été invité à un concert de l’Orchestre National de Lettonie, dirigé par Andris Poga, dont le soliste était, à nouveau, Nicholas Angelich. J’avais écrit ceci (Les tons lettons) : « Je n’avais jamais entendu ce concerto que j’aime profondément, mais qui peut être redoutable pour les interprètes comme pour le public tant il est complexe, fuyant, déroutant, aussi superbement joué que mardi soir. Nicholas Angelich, une fois de plus, frappe d’abord par l’intensité de sa sonorité, la luminosité de sa poésie et bien évidemment par sa technique transcendante qui se joue de tous les pièges de la partition.    Que ne lui confie-t-on une intégrale des concertos de Rachmaninov au disque ? Je sais bien qu’il y a déjà quantité de versions admirables, mais quand on a la chance d’avoir un interprète idéal de cette musique… Le tout premier disque d’Angelich, gravé pour la défunte collection « Nouveaux interprètes » d’Harmonia Mundi/France Musique était, comme par hasard, consacré aux Etudes-Tableaux de Rachmaninov ! ».

Quelques semaines avant ce concert, recevant un nouveau disque tout Beethoven – le Triple concerto et le trio op.11 – j’exprimais mon enthousiasme (Triple gagnant) :

« Anne Gastinel, dans un texte qui pourrait (devrait !) servir de modèle à tous les musicographes, explique les difficultés d’une oeuvre qui ne ressortit vraiment à aucun genre connu avant Beethoven : de la musique de chambre – un trio – élargie à un orchestre qui n’est pas un simple accompagnateur. Difficultés aussi pour son instrument, le violoncelle, qui mène véritablement la danse, parce qu’il ouvre le concerto et qu’il joue très souvent dans le registre aigu, donc très exposé. On a coutume de dire que la partie la plus facile, la moins exigeante techniquement, est le piano. Quand on entend ce qu’en fait Nicholas Angelich, on est vite convaincu que le piano est tout sauf secondaire ! »

Espérons que d’autres enregistrements de récitals et de concerts seront bientôt disponibles, pour, au-delà d’une discographie qui n’est pas considérable (mais on sait que Nicholas n’aimait pas le studio), que nous retrouvions l’artiste impérial, unique, magique, qu’il était sur scène…

Le piano était en noir

Un avion très en retard de retour de vacances et dans le creux de la nuit ce message d’Alain Lompech sur Facebook : « Quelle tristesse affreuse : Nicholas Angelich, ce si doux géant du piano est mort aujourd’hui à l’hôpital où il était soigné pour une saloperie de maladie dégénérative des poumons. Il avait 51 ans et voulait vivre. Il meurt le lendemain du jour où Radu Lupu est mort lui-même après de longs mois où il semblait attendre l’appel de l’au-delà. Deux pianistes fabuleux et deux hommes à la hauteur de leur génie de musicien ».

Le bien aimé

Ce matin, je n’ai pas de mots, je ne veux pas mettre de mots, sur la disparition prématurée autant que redoutée de Nicholas Angelich. Tant de ses collègues, de journalistes, auront dit en quoi il était, il est, unique, immense, magnifique.

Je suis dévasté parce que, de tous les musiciens qu’il m’a été donné de croiser, de rencontrer, Nicholas était comme le frère que je n’ai pas eu, doté de toutes les qualités que j’admire chez un artiste et chez un être humain. Les larmes me viennent en même temps qu’affluent tant de souvenirs.

Nicholas est sans doute – je n’ai pas fait de comptabilité macabre – le pianiste que j’ai le plus invité lorsque j’étais à Liège, le plus écouté en concert. J’avais enfin trouvé une date en juillet 2021 pour l’inviter au Festival Radio France à Montpellier, et son agent avait dû annuler parce que Nicholas était malade. Je savais que, malheureusement, ce n’était pas une maladie « diplomatique »…

En vrac, quelques images.

Une première rencontre à la fin des années 90, au café en face de l’Hôtel d’Albret dans le Marais, alors siège de la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris. France Musique avait investi la cour de ce lieu magique au coeur de Paris pour une émission estivale en direct chaque jour. Arièle Butaux avait convié deux jeunes pianistes dont on commençait à parler : Jérôme Ducros.. et Nicholas Angelich. Ils avaient même improvisé un quatre mains. Je les avais invités l’un et l’autre à se désaltérer et les avais interrogés sur leurs projets de l’été : Jérôme avait déroulé un beau calendrier de concerts, tandis que Nicholas, grillant cigarette sur cigarette, annonçait, de son air lunaire, une seule date…

Quelques mois plus tard, je retrouverais étonnamment les deux mêmes pianistes à Deauville, dans le cadre d’un festival pascal voué à faire éclore les jeunes talents. Jérôme Ducros et un quatuor formé pour la circonstance jouaient le quintette « La Truite » de Schubert, et Nicholas Angelich aux côtés – si ma mémoire ne me fait pas défaut – d’Augustin Dumay et du tout jeune Renaud Capuçon, jouait dans les profondeurs du clavier la plus dense des versions que j’aie jamais entendues en concert… du Concert de Chausson.

Je découvre, bouleversé, cet extrait d’un concert de janvier 2019 à la Philharmonie…

Puis il y aura Liège, où dès 2001, je crois que j’aurai invité Nicholas Angelich chaque saison, en commençant par un 2ème concerto de Rachmaninov avec Alexandre Dmitriev, et puis surtout en chaque occasion importante, où il me semblait que la présence de ce musicien était aussi indispensable que l’est celle d’un frère, d’un cousin, lorsque la famille se rassemble.

Je ne puis, ce matin, reparler de toutes ces aventures, je vais tenter de rassembler mes souvenirs, pour les livrer par-delà le chagrin et le deuil.

Mais, encore un document que j’ignorais, je retrouve ce témoignage incroyable d’une magnifique fête du piano que j’avais confiée à ma très chère Brigitte Engerer, disparue elle aussi beaucoup trop tôt, il y a bientôt dix ans (le 23 juin 2012). Une fête à l’occasion des 50 ans de l’Orchestre philharmonique royal de Liège en 2010.

La Valse de Ravel jouée comme dans un rêve…

Radu Lupu, Harrison Birtwistle

Radu Lupu est mort lui aussi dimanche. Et le compositeur anglais Harrison Birtwistle.

Je suis incapable de commenter. Juste besoin d’écouter ceci :

PS Je vois sur le site de Classica ce beau texte d’Olivier Bellamy sur Nicholas Angelich. C’est tout lui, c’est exactement l’homme, le musicien, que nous avons aimé, que nous aimons : Hommage à Nicholas Angelich

Bouquet d’hommages

Michel Bouquet ou l’ambiguïté

C’est très certainement à juste titre que Michel Bouquet ploie sous les hommages unanimes et je n’aurai pas l’outrecuidance d’exprimer une voix divergente. M’en voudra-t-on si je ne suis pas un admirateur béat de l’acteur de théâtre des dernières années, ai-je le droit de trouver qu’à la fin Michel Bouquet faisait du Michel Bouquet, sans que son talent soit le moins du monde en cause ?

Pour tout dire, j’aime plutôt me rappeler l’exceptionnel acteur de cinéma, ces personnages d’une féroce ambiguïté que lui confièrent Truffaut, Chabrol et quelques autres plus oubliés dans les années 70.

Avant et après

J’avais oublié de signaler dans mes devoirs de vacances ce livre de poche commencé nonchalamment il y a quelques semaines, et achevé avant-hier. Alain Duhamel a publié cet essai au début de 2021, et comme toujours celui-ci ne se résume pas à son titre. C’est beaucoup moins un portrait, certes vif, acéré, sans complaisance aucune, du président-candidat, qu’une analyse particulièrement affinée de l’évolution des forces politiques… et des candidatures, alors vraisemblables, à l’élection présidentielle.

C’est un exercice très amusant que de commencer ce type de livre avant une élection et de le terminer une fois le résultat partiellement connu. Ce que Duhamel dit des candidats et candidates qui ont concouru est à la fois impitoyable et d’une justesse impérieuse (Hidalgo, Pécresse, Bertrand, Jadot, Mélenchon, etc.).

L’évidence

Je n’ai besoin d’aucun soutien, d’aucune justification, d’aucune excuse, pour affirmer que, le dimanche 24 avril, le choix, mon choix, est clair : je vote Macron. Même pas parce que je ne supporte pas, n’ai jamais supporté ni l’extrême droite, ni l’extrême gauche. Mais tout simplement parce qu’Emmanuel Macron c’est le seul qui défie la comparaison avec tous ses concurrents. Il est plein de défauts, d’oublis, de tout ce que les éditorialistes adorent reprocher à un président de la République. Mais c’est le seul. Aujourd’hui. Donc c’est lui dimanche prochain.