Au service de Sa Majesté

Les 90 ans d’Elizabeth d’Angleterre promettaient une actualité souriante. Et voici le monde entier plongé dans l’affliction : Prince meurt le jour de la Reine, la coïncidence (un complot ?) est troublante. L’histoire se répète (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/01/11/la-dictature-de-lemotion/). Désolé de ne pas participer à l’émotion générale et de sourire à ce détournement d’image :

13055443_1263073000387432_4186514100675010145_n

Hier donc j’évoquais le rapport de la souveraine britannique avec le monde de la musique (https://jeanpierrerousseaublog.com/2016/04/21/la-reine-et-la-musique/). De la même manière qu’elle a connu tous les chefs d’Etat, et grands personnages du monde, la longévité de son règne a permis à Elizabeth de connaître une incomparable galerie de compositeurs et de musiciens. Elle a perpétué une tradition semi-millénaire : les Maîtres de Musique de la Reine (ou du Roi).

Depuis deux ans, c’est une femme, la compositrice Judith Weir (1954) qui occupe cette fonction plus honorifique que réelle.

452524430

Sur cette photo, on aperçoit au milieu le prédécesseur de Judith Weir dans la fonction, Peter Maxwell Davies, l’un des grands noms de la musique anglaise – comme tant d’autres méconnu sinon ignoré sur le continent – disparu récemment, le 14 mars dernier.

Remontant le XXème siècle à rebours, on ne trouve pas que des éminences dans la liste de ces Maîtres de musique. J’avoue n’avoir jamais entendu une note du dénommé Malcolm Williamson (1931-2003), Australien nommé à ce poste en 1975 à la surprise générale, et vite tombé en disgrâce parce qu’incapable d’achever la Jubilee Symphony que le Palais lui avait commandée pour le jubilé d’argent de la reine en 1977.

Ce n’est pas à Arthur Bliss (1891-1975) que pareille mésaventure serait arrivée. Nommé à la prestigieuse fonction en 1953, après avoir écrit the Processional for the Coronation – pour la cérémonie de couronnement d’Elizabeth, il a le temps d’achever sa dernière oeuvre, la cantate Shield of Faith, pour célébrer les 500 ans de la Chapelle Saint-Georges du château de Windsor.

Arthur Bliss est un original à tous les sens du terme, son oeuvre mérite vraiment une écoute attentive et curieuse. Je conseille un excellent coffret de la série British Composers, naguère EMI, aujourd’hui Warner

81Jn8YZHTuL._SL1200_

Le prédécesseur de Bliss, Arnold Bax (1893-1953) est tout aussi passionnant. Il est certes l’auteur de la Marche du Couronnement de 1953, mais surtout de poèmes symphoniques et de symphonies qui respirent large les vastes espaces marins, comme ce magnifique Tintagel (https://fr.wikipedia.org/wiki/Château_de_Tintagel)

C’est au très grand chef Vernon Handley (1930-2008) qu’on doit la meilleure intégrale symphonique de Bax, à découvrir et écouter sans modération !

51YE4yfRkdL516FzPToULL

 

 

La reine et la musique

e1724b429822745b30d484d0fb07c1b5571771261a95c

Difficile d’ignorer que la reine Elizabeth fête aujourd’hui ses 90 ans !

En revanche, il y a peu de chances que les médias traitent un aspect nettement moins people de sa vie et de son règne : son rapport à la musique. Rapport personnel ou officiel. Petite revue de détail, grâce à l’excellent dossier constitué par ClassicFM 😦http://www.classicfm.com/music-news/latest-news/queen-elizabeth-classical-music/)

Dès 1930, le vieil Edward Elgar dédie sa Nursery suite aux deux jeunes princesses, Elizabeth et Margaret.

Le 25 mars 1944, les deux princesses et leur mère sont au Royal Albert Hall pour fêter le 75ème anniversaire du chef d’orchestre Henry Wood, qui a fondé en 1895 les célèbres Promenade Concerts (devenus Prom’s) et arrangé nombre de mélodies traditionnelles (ici sa Fantasia on British sea songs dirigée par mon ami Paul Daniel lors d’une soirée des Prom’s)

En 1951, la future reine participe avec toute la famille royale à l’inauguration du Royal Festival Hall sur Southbank. Avec le Barbican center quelques années plus tard, ce sera l’un des principaux temples de la musique classique de la capitale britannique, la « maison » de plusieurs des grands orchestres londoniens, le London Philharmonic, le Philharmonia entre autres (on y reviendra).

2615688_8e0a47fe

Le 2 juin 1953, le couronnement d’Elizabeth est évidemment accompagné par beaucoup de musique et de nombreuses créations. Le sujet mérite à lui seul tout un billet. Patience !

Quatorze ans  plus tard, la reine inaugure la nouvelle salle de concert de Snape Maltings pour la 20ème édition du festival d’Aldeburgh fondé par Benjamin Britten (à droite sur la photo).

152107438

On découvre en feuilletant l’album réuni par ClassicFM qu’Elizabeth II assiste à un concert à la Scala de Milan en 2000 et y entend l’ouverture d’Elgar In the South dirigée par Riccardo Muti.

81qO-Q-X+wL._SL1500_

En 2005, la reine remet une nouvelle décoration The Queen Medal of Music au vétéran Charles Mackerras, en 2006 c’est le baryton gallois Bryn Terfel qui la reçoit à l’issue d’un concert organisé pour les 80 ans de la souveraine.

Prochain épisode : les « maîtres de musique » de la reine !

Le monstre amadoué

Je ne sais ce qui m’a toujours tenu à distance de cette oeuvre colossale, sans doute justement cet aspect monstrueux. Il en est de même pour la 8e symphonie de Mahler.

J’aurai donc attendu lundi soir avant d’entendre intégralement et en concert les Gurre-Lieder de Schoenberg. Bien entendu, j’avais depuis longtemps l’oeuvre dans ma discothèque, en plusieurs versions même, mais quelque chose m’avait toujours retenu d’écouter dans la continuité ces presque deux heures de musique.

J’ai profité de la générale du concert que donnaient hier soir, à la Philharmonie de Paris, les troupes en grand équipage de l’Opéra de Paris, menées par leur directeur musical, Philippe Jordan, pour rattraper toutes ces années d’indifférence.

13010706_10153597483402602_3615508303161766609_n

Il fallait bien le vaste plateau du grand vaisseau conçu par Jean Nouvel pour accueillir un orchestre considérable, et au-dessus de lui les forces chorales réunies de l’Opéra de Paris et du choeur philharmonique de Prague. Il fallait surtout un maître d’oeuvre d’exception pour conférer un semblant d’unité à une oeuvre dont la composition s’est étalée sur treize ans (https://fr.wikipedia.org/wiki/Gurre-Lieder) et qui, même si elle ressortit au post-romantisme avoué de La Nuit transfigurée et de Pelléas et Mélisande, contient en germe les audaces ultérieures du dodécaphonisme. On n’est jamais très loin de Brahms ou Wagner, on flirte avec Richard Strauss, Schreker, Korngold ou Zemlinsky. Et la tentation doit être forte pour les musiciens et le chef de déployer les décibels.

C’est tout l’art de Philippe Jordan de savoir non seulement maîtriser une partition aussi complexe et les équilibres qu’elle implique sur le plateau, mais de faire entendre toutes les transparences d’une oeuvre, en même temps que sa puissance, sans jamais saturer l’espace sonore. Le seul problème, lié à la salle, pas à la direction du chef, est la restitution des parties vocales, les excellents solistes ont beau chanter à leur maximum, ils sont plus ou moins audibles selon le lieu où l’on est placé… Dommage !

Grâces soient rendues à Philippe Jordan et à ses musiciens exceptionnels de m’avoir réconcilié avec ce monstre magnifique.

Rappelons que c’est avec un autre ouvrage du même acabit, l’opéra Moïse et Aaron  du même Schoenberg, que Philippe Jordan avait inauguré la première saison  conçue par Stéphane Lissner.

Drôle de prénom

Il est mort il y a exactement 80 ans, le 18 avril 1936. J’ai toujours trouvé qu’il avait un prénom amusant à l’oreille d’un francophone et plutôt inadapté à sa fonction de compositeur : Ottorino Respighi.

Le plus surprenant c’est que le plus grand compositeur italien du début du XXème siècle, le contemporain de Ravel, Roussel, Szymanowski et bien d’autres, reste méconnu, en tous cas une grande partie de son oeuvre, même si le déficit discographique se comble peu à peu  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ottorino_Respighi).

Respighi est d’abord un fabuleux maître de l’orchestre, à l’instar de Rimski-Korsakov (auprès de qui il a étudié) et Ravel. Il l’a prouvé dans ses propres compositions, mais aussi en réalisant nombre d’orchestrations scintillantes de « danses et airs antiques », de pièces de Rossini (qui ont donné les ballets Rossiniana et La boutique fantasque). Ses ouvrages lyriques restent en grande partie à redécouvrir.

Je ne serai pas très objectif en recommandant très vivement les disques réalisés par John Neschling avec l’Orchestre philharmonique royal de Liège (pour BIS), deux sont déjà parus, deux autres déjà enregistrés. La critique a salué unaniment ce qui, on l’espère, constituera une intégrale symphonique (Neschling avait auparavant enregistré la trilogie romaine avec Sao Paulo)

91ndei8wIwL._SL1429_61DPGi-NPDL

Le Festival de Radio France et Montpellier avait ressuscité l’un des opéras de Respighi en 2004

51g-ifdbWDL

Pour ce qui est des trois oeuvres les plus célèbres, Les Pins de Rome, Les Fontaines de Rome, Fêtes romaines, les très bonnes versions sont légion. Cette prise de concert à Osaka en 1984 rappelle que Karajan était à son affaire :

Mais la très bonne surprise, inespérée tant elle paraissait improbable, est la réédition d’une version devenue mythique à force d’être introuvable, dans une splendide prise de son, celle d’un élève de Respighi, le chef italien Antonio Pedrotti (1901-1975) à la tête de l’orchestre philharmonique tchèque (Supraphon). Un indispensable de toute discothèque.

51zwvKOvskL71Sjk1qO0bL._SL1200_

 

Tripatouillage royal

Depuis que les Harnoncourt, Leonhardt, Brüggen nous ont appris à revenir aux sources de la musique, à une approche « historiquement informée » du répertoire du passé, on s’est fait à l’idée d’une certaine authenticité, voire d’une certaine pureté originelle de ces grandes partitions baroques ou classiques. Ne lit-on pas couramment que ces grands interprètes défricheurs ont débarrassé ces oeuvres de leurs « scories », qu’ils les ont nettoyées de l’empois de la tradition ?

Et puis voilà qu’hier on découvrait – dois-je rappeler ici que je ne suis pas musicologue, ni spécialiste ? on ne m’en voudra pas, je l’espère, d’une certaine naïveté ! – qu’on se moquait bien du respect des partitions originales, quand il s’agissait en fonction des circonstances, de transformer, ajouter, retrancher, adapter au goût du jour, ces mêmes partitions. On a donc entendu, à l’Opéra royal du château de Versailles, une version très particulière de l’opéra de Lully, Persée.

IMG_2363

Benoît Dratwicki n’eût pas donné quelques explications au début du concert, il est bien probable que l’essentiel de l’assistance très versaillaise n’eût pas remarqué ni la mention version 1770, ni que le surintendant de la musique de Louis XIV, le grand Jean-Baptiste Lully, était mort de sa belle mort en 1687, soit 83 ans plus tôt !

IMG_2356

Car, contrairement à l’idée qu’on peut s’en faire aujourd’hui, aucune oeuvre, surtout donnée avec succès, n’était considérée comme intouchable. « Le patrimoine …est maintenu au goût du jour par des retouches musicales et poétiques de plus en plus importantes… Dès le milieu des années 1700, l’habitude est prise de retrancher ou d’ajouter des airs, après 1750 ces remaniements deviennent beaucoup plus systématiques, au point que certains auteurs y consacrent une bonne partie de leur temps et perçoivent une rémunération spécifique pour « mettre à jour les opéras anciens » (Benoît Dratwicki).

Le Persée représenté, pour l’inauguration de l’Opéra royal en 1770, à l’occasion du mariage du futur Louis XVI et de l’archiduchesse Marie-Antoinette d’Autriche, n’a plus grand chose à voir avec celui de la création en 1682. Dès 1768, Antoine Dauvergne, Bernard de Bury, François Rebel, tous musiciens appointés à la Cour, ont entrepris de profonds remaniements, tandis que le secrétaire de l’Académie royale de Musique, Nicolas Joliveau « adapte » le livret original de Quinault.

IMG_2360

IMG_2367Bref, on a entendu hier une sorte d’OVNI musical, comme un remix de Lully, Rameau, Gluck, Haydn. Tout cela n’était pas pour déplaire au maître d’oeuvre de cette résurrection – qui fera l’objet d’un CD chez Alpha – l’éternel curieux et gourmand Hervé Niquet, et à sa fantastique équipe – choeur et orchestre – du Concert spirituel , rejointe par 11 jeunes solistes caméléons capables de se prêter à toutes les variations stylistiques d’une partition aussi composite (http://www.chateauversailles-spectacles.fr/spectacles/2016/lully-persee-version-1770).

IMG_2376

IMG_2373.JPG

La ville des ours

(https://lemondenimages.me/2016/04/15/la-ville-des-ours/)

Les villes qui portent des noms d’animaux sont plutôt rares dans le monde, encore plus lorsqu’il s’agit d’une capitale fédérale. C’est le cas de Berne, en Suisse (Bern en allemand qui se prononce comme Bär(e)n, le pluriel de Bär = ours) (https://fr.wikipedia.org/wiki/Berne)

L’une des attractions touristiques de la petite ville perchée sur les bords de l’Aar fut longtemps sa fosse aux ours (Bärengraben), étendue depuis quelques années aux pentes de  la rivière et laissant ainsi les deux pensionnaires actuels s’épanouir en milieu protégé.

IMG_2577IMG_2575

Berne garde de beaux témoignages de son histoire.

IMG_2579IMG_2570IMG_2569

L’un des joyaux de la capitale helvétique est sa cathédrale : (https://fr.wikipedia.org/wiki/Collégiale_Saint-Vincent_de_Berne)

IMG_2563IMG_2565IMG_2566IMG_2568

Particularité des rues du centre (Kramgasse, Gerechtigkeitgasse), les fontaines ornées de figures multicolores, et les imposantes horloges.

IMG_2562IMG_2561IMG_2560IMG_2559IMG_2558IMG_2555

Et on achève la visite par la place du Palais fédéral, où siègent le gouvernement et le parlement de la Confédération helvétique. C’est l’un de mes ancêtres maternels, Josef Zemp, qui l’inaugura en 1902 ! (https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Zemp).

La valse de l’Empereur

Vienne commémore par plusieurs expositions et manifestations le centenaire de la mort – le 21 novembre 1916 – de son dernier empereur, François-Joseph (https://fr.wikipedia.org/wiki/François-Joseph_Ier_d%27Autriche).

L’une des plus célèbres valses de Johann Strauss porte le titre de Kaiser Walzer (Valse de l’Empereur). On devrait plutôt écrire « Valse des Empereurs », puisque l’oeuvre résulte d’une commande faite au fils Strauss pour marquer la visite de François-Joseph d’Autriche à Guillaume II de Prusse à Berlin en 1869. Le titre initial était d’ailleurs Hand in Hand (le  précurseur germanique du  mano en la mano cher au général de Gaulle en visite au Mexique en 1964). C’est l’éditeur Simrock qui trouva plus habile d’appeler cette valse Kaiser Walzer, puisqu’ainsi nommée, on maintient l’ambiguïté sur l’identité du ou des Kaiser !

Pour une oeuvre de circonstance, on peut dire qu’elle aura porté chance à son auteur. Ici une version que je trouve idéale, sans empois, sans lourdeur, captée lors de l’un des deux concerts de Nouvel An que dirigea le regretté Claudio Abbado.

Deux disques indispensables :

Une seule oeuvre de Johann Strauss fait, en réalité, directement allusion à l’empereur d’Autriche-Hongrie. Précisément une marche  au titre compliqué : Kaiser Franz Joseph I. Rettungs-Jubel-Marsch. Ecrite pour célébrer avec pompe mais élégance le rétablissement de l’empereur après l’agression au couteau dont il avait été victime le 18 février 1853 de la part d’un jeune forgeron hongrois Janos Libenyi.

Emouvant de retrouver cette marche sous la baguette du plus viennois des chefs (même s’il était né à Berlin), notre cher Nikolaus Harnoncourt, disparu le 5 mars dernier.

Nettement plus dispensable le film de Billy Wilder La Valse de l’Empereur (1948) avec Bing Crosby et Joan Fontaine, qui pousse la caricature jusqu’à l’absurde.

http://www.tcm.com/mediaroom/video/377182/Emperor-Waltz-The-Movie-Clip-Voice-Of-Austria.html

Centenaire ou pas,  François Joseph n’aura jamais la postérité de son épouse Elisabeth, beaucoup plus connue sous le nom de Sissi. Et le promeneur des bords du Léman à Genève ne peut éviter le jardin et la statue qui immortalisent celle qui mourut sous les coups d’un anarchiste à sa descente de bateau sur le quai du Mont-Blanc

sissi-imperatrice-geneve-3