Josef Krips, né à Vienne en 1902, mort à Genève en 1974, est sans doute l’incarnation du chef d’orchestre viennois. Reste à définir ce qui distingue Vienne du reste des capitales européennes.. et ce n’est pas ici qu’on va s’y risquer en quelques mots. Historiquement, c’est en tous cas le centre et le phare de l’Europe musicale aux XVIIIème, XIXème et (début du) XXème siècles.
J’ai failli ne pas apercevoir une édition/réédition qui me réjouit au plus haut point.
L’intérêt considérable de ce coffret c’est de regrouper des disques publiés jusqu’alors sous des labels disparates, voire de révéler des enregistrements que je ne connaissais pas. Voir le détail ci-dessous.
Premier souvenir personnel : pour l’option musique du bac, il y avait au programme la première symphonie de Beethoven. J’ai déjà raconté mes premiers pas dans la constitution d’une discothèque classique (Initiation), c’était à Poitiers. Priorité aux collections « économiques », vu la modestie de mes moyens. Et pour écouter cette première symphonie de Beethoven, c’est sur ce disque bon marché que je jetai mon dévolu :
Déjà à l’époque, sur ma petite chaîne stéréo Dual, et malgré un diamant de bonne qualité sur ma platine, je trouvais que la prise de son et/ou la gravure n’étaient pas satisfaisantes.
Plus tard, sous différents labels, je chercherais à acquérir l’intégrale de ces symphonies gravées à Londres par Josef Krips au début des années 60. On frisait souvent la catastrophe, comme le montre cet extrait :
Le coffret Scribendum nous restitue enfin cette intégrale de référence dans un son enfin lumineux.
Il y a bien sûr quelques enregistrements bien connus, déjà réédités par Decca, et récemment dans la merveilleuse collection Eloquence (les Strauss par exemple).
C’est ici que s’exprime le mieux l’art de Krips le Viennois, le sens parfait des proportions, la justesse des tempi, des articulations : rien n’est plus difficile à diriger qu’une valse de Strauss, on en a la démonstration chaque année le 1er janvier. Avec Krips tout semble si naturel. Comme dans ses Schubert.
Pour le reste, les collectionneurs avaient depuis longtemps repéré des Mozart et Haydn parus, entre autres, sous le label Chesky, les ouvertures de Beethoven (avec un « orchestre du festival de Vienne » qui n’est autre que le faux nez des Wiener Philharmoniker), des Brahms et Schubert chez Concert Hall, et – pour moi une découverte – des Brahms et Richard Strauss gravés avec le Philharmonia, réédités par Testament.
Encore un indispensable de toute discothèque.
Les détails du coffret
CD 1 Franz Joseph Haydn (1732-1809) Symphony No.94 in G major « Surprise » Symphony No.99 in E flat major Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Symphony No.40 in G minor KV 550 *
Wiener Philharmoniker Orchestre National de France * Recording: Sept. 1957 [Haydn]; Nov. 2, 1965 [Mozart]
CD 2 J. Strauss II (1825-1899) An der schönen blauen Donau Op.314 J. Strauss II (1825-1899) & Josef Strauss (1827-1870) Pizzicato-Polka Op.447 J. Strauss II (1825-1899) Kaiser – Walzer Op.437 Rosen aus dem Süden – Walzer Op.338 Accelerationen – Walzer Op.234 Josef Strauss (1827-1870) Dorfschwalben aus Österreich – Walzer Op.164 * J. Strauss II (1825-1899) Frühlingsstimmen – Walzer Op.410 *
CD 3 Piotr Illich Tchaikovsky (1840-1893) Symphony No.5 in E minor Op.64 Franz Peter Schubert (1797-1828) Symphony No.8 in B minor D. 759 « Unfinished » *
Wiener Philharmoniker Wiener Symphoniker * Recording: Sept. 1958; June 3, 1962 [*]
CD 4 Johannes Brahms (1833-1897) Symphony No.1 in C minor Op.68 * Robert Schumann (1810-1856) Symphony No.1 in B flat major Op.38 « Spring »
Wiener Philharmoniker * London Symphony Orchestra Recording: Oct. 1956 [*]; May 1957
CD 5 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Overtures: Fidelio, Op.72 Egmont, Op.84 Coriolan, Op.62 Leonore No.3, Op.72a Die Weihe des Hauses, Op.124
Wiener Festspielorchester Recording: 1962
CD 6 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Symphony No.1 in C major Op.21 Symphony No.3 in E flat major Op.55 « Eroica »
London Symphony Orchestra Recording: Jan. 1960
CD 7 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Symphony No.2 in D major Op.36 Symphony No.6 in F major Op.68 « Pastorale »
London Symphony Orchestra Recording: Jan. 1960
CD 8 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Symphony No.5 in C minor Op.67 Symphony No.7 in A major Op.92
London Symphony Orchestra Recording: Jan. 1960
CD 9 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Symphony No.4 in B flat major Op.60 Symphony No.8 in F major Op.93 Egmont; Overture Op.84
London Symphony Orchestra Recording: Jan. 1960
CD 10 Ludwig van Beethoven (1770-1827) Symphony No.9 in D minor Op.125 « Choral »
Jennifer Vyvyan soprano, Shirley Verrett mezzo-soprano Rudolf Petrak tenor, Donald Bell bass BBC Chorus, Leslie Woodgate Chorus Master London Symphony Orchestra Recording: Jan. 1960
CD 11 Robert Schumann (1810-1856) Symphony No.4 in D minor Op.120 * Franz Peter Schubert (1797-1828) Symphony No.9 in C major D. 944 « The Great »
London Symphony Orchestra Recording: Oct. 1956 [*]; May 1958
CD 12 Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Symphony No.35 in D major KV 385 « Haffner » Franz Joseph Haydn (1732-1809) Symphony No.104 in D major « London » Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) Symphony No.41 in C major KV 551 « Jupiter » *
Royal Philharmonic Orchestra Israel Philharmonic Orchestra * Recording: Sept. 28-29, 1962; April 1957 [*]
CD 13 Johannes Brahms (1833-1897) Academic Festival Overture Op.80 * Variations on a theme by Joseph Haydn, Op.56a Tragic Overture Op.81 * Richard Strauss (1864-1949) Der Rosenkavalier Suite
Philharmonia Orchestra Recording: June 22, 1963 [*]; June 1, 1963
CD 14 Johannes Brahms (1833-1897) Symphony No.2 in B minor Op.73 * Richard Strauss (1864-1949) Till Eulenspiegels lustige Streiche Op.28
Tonhalle Orchester, Zürich * Wiener Symphoniker Recording: May-June 1960 [*]; August 1972
Je voulais le faire au moment où l’on a annoncé la mort de Bernard Haitink. Forumopera m’ayant demandé entre temps de faire le portrait du nouveau directeur général de l‘Opéra Comique, Louis Langrée, je reproduis ici le texte publié ce matin sur le site de Forumopera.
Dans le milieu musical – c’est vrai aussi en politique ! – les mots « ami » et « amitié » sont suspects. C’est fou le nombre d’amis qu’on peut avoir quand on est en position de pouvoir ou d’influence, quant à l’amitié on la sert à peu près à toutes les sauces.
Je connais Louis depuis le mitan des années 90. Je l’avais applaudi au théâtre des Champs-Elysées en 1997, un spectacle de Ursel et Karl-Ernst Herrmann Ombra felice, la même année à Orange dans Lucia di Lammermoor (à la tête du Philharmonique de Radio France), en 1994 dans Les Brigands d’Offenbach à l’Opéra Bastille (tiens une mise en scène de Jérôme Deschamps !). Quand je dis « je connais », j’ai apprécié le chef sur scène ou dans la fosse, et même en 1998 quand France Musique diffuse en direct le spectacle inaugural de son mandat de directeur musical de l’Opéra de Lyon – où la chaîne musicale de Radio France vient de passer une semaine de directs de l’amphithéâtre (Stéphane Degout, Karine Deshayes ou Stéphanie d’Oustrac s’en souviennent) – c’est Ariane et Barbe-Bleue de Dukas (tiens un opéra français !) où brillent Françoise Pollet et Nadine Denize, je n’ai fait que saluer poliment le maître d’œuvre de la soirée dans le foyer archi-comble de l’opéra Nouvel.
De Lyon à Liège
En octobre 1999 je suis nommé à la direction de l’Orchestre philharmonique – pas encore royal – de Liège, en quête d’un directeur musical qui puisse remplacer Pierre Bartholomée parti avec fracas au printemps. Le 1er septembre Langrée a démissionné de Lyon. J’ai l’idée que peut-être il pourrait, à 38 ans, incarner le renouveau dont Liège a besoin. Je prends contact avec lui, et le train pour Lyon dans les froidures de décembre. Je vois une superbe production de La Bohème, simple et bouleversante mise en scène de Philippe Sireuil, un ténor qui fera parler de lui, Rolando Villazón, et dans la fosse un chef qui a tout compris de la sensualité de l’orchestre puccinien. Il est très tard, presque minuit, lorsque nous partons dîner. C’est la première fois – mais pas la dernière ! – que je rencontre Louis Langrée en tête à tête. Les heures qui vont suivre jusqu’au cœur de la nuit seront regrets, confidences, amertume, et je serai l’inconnu à qui on peut tout dire sans crainte de représailles ou de reproches. J’oserai Juste quelques minutes évoquer Liège et mon projet. Il ne dit pas non : « Il faut qu’on se revoie ».
En février 2000, c’est à Genève, au Grand Théâtre (puis au Victoria Hall) que je retrouve Langrée. Il dirige son premier Pelléas, avec une équipe de rêve, une Mélisande de 20 ans, Alexia Cousin, Simon Keenlyside, José van Dam, Patrice Caurier et Moshé Leiser à la manœuvre. Ce soir-là je cède aux sortilèges de Maeterlinck et Debussy. Le lendemain, Louis Langrée remplace Armin Jordan, qu’on dit à l’article de la mort (une visite à l’hôpital cantonal de Genève me rassurera) à la tête du même OSR : symphonie concertante de Haydn et surtout La Voix humaine de Felicity Lott. Une journaliste amie écrira : « On a repéré dans la salle JPR peut-être en quête d’un chef pour Liège ». Bien vu.
Le 11 janvier 2001, j’avais fait livrer quarante roses rouges au domicile parisien de Louis Langrée, hommage d’un capricorne (natif du 26 décembre) à un autre capricorne. Je me fiche comme d’une guigne de l’astrologie, mais si je cite cette proximité « astrale » entre Louis et moi, c’est qu’elle n’a pas été sans conséquence sur notre compagnonnage professionel. Ce n’est pas un cliché que de dire que les natifs de ce signe sont taiseux, timides (eh oui !), pudiques, parfois incapables de manifester sentiments ou émotions, et que le non-dit tient parfois plus de place que l’exprimé. Les cinq ans de mandat de Louis Langrée à Liège n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille, même si ces « années Langrée » (2001-2006) apparaissent rétrospectivement comme un âge d’or pour la phalange belge.
La crise lyonnaise avait déjà révélé un aspect de la personnalité du chef alsacien (aspect qui va lui être extrêmement utile dans son nouveau poste !) : il n’aime pas partager le pouvoir artistique. Il sait ce qu’il veut, quitte à réfléchir longuement, trop longuement parfois, mais quand il décide quels ouvrages ou programmes il veut diriger (ou pas), quand il choisit les musiciens, les artistes dont il souhaite s’entourer, il n’aime pas que, dans son dos, on contrecarre ou déforme ses idées. Dans la vie d’un orchestre comme Liège, le directeur général et son équipe font tourner la boutique, le directeur musical est souvent loin – les outils de télétravail, les réseaux sociaux n’existaient pas il y a vingt ans ! – concentré sur des répétitions d’un opéra, ou tout simplement difficilement joignable à cause du décalage horaire, Le malentendu, l’erreur d’interprétation d’une réponse ou d’une absence de réponse, bref les embrouilllaminis sont toujours possibles. Surtout quand au lieu d’exploser une bonne fois, les conflits, si conflit il y a, sont rentrés, ruminés, disproportionnés.
Tout cela n’est rien en regard des projets, souvent fous, joyeux, impossibles, que nous avons montés ensemble, ces festivals de mi-saison à Liège qui sont restés dans les mémoires (Beethoven en 2004, Debussy et le symbolisme en 2005, toute une semaine Mozart en janvier 2006, l’inauguration des grandes orgues restaurées de la Salle philharmonique de Liège). Déjà à l’époque, sans le savoir ou sans le dire, nous pratiquions le « croisement des disciplines et des formats artistiques, avec l’idée de « pléiades » déployant une offre plurielle autour d’un même ouvrage » comme le précisait le communiqué de Roselyne Bachelot. Et ces tournées en Espagne, en Allemagne, en Suisse, cette première fois pour l’OPL et Louis Langrée au Musikverein de Vienne en 2005, ce retour au Théâtre des Champs-Elysées en 2004.
Le projet Pelléas
Louis Langrée aurait pu accepter quantité d’invitations prestigieuses, à la tête de grands orchestres, ou dans des festivals reconnus. Quand il a dirigé à Glyndebourne, Aix, Vienne, New York, Berlin ou Dresde, c’était parce qu’il savait qu’il pourrait donner et tirer le meilleur des ouvrages, des distributions qu’on lui proposait.
Très emblématique de cette attitude, la dernière collaboration que j’ai pu établir avec le chef : comme directeur de la musique de Radio France (2014-2015), je tenais à ce que l’Orchestre national de France revienne à sa vocation de défense et illustration de la musique française et surtout fasse une large place à des chefs français pour la plupart installés à l’étranger (on en comptera huit – un record absolu ! – au cours de la saison 2016/2017). Louis Langrée était au premier rang de ces chefs, mais lorsque je lui proposai de diriger l’ONF, d’abord parce que Michel Frank le souhaitait pour le Pelléas qu’il avait prévu au théâtre des Champs-Elysées (dans la mise en scène d’Eric Ruf), il me répondit immédiatement : « OK pour Pelléas, mais imaginons un vrai projet (comme nous l’avions fait à Liège) qui mobilise ce que Radio France sait faire de mieux ». Finalement, après bien des valses-hésitations en interne, la présence de Louis Langrée au printemps 2017 à Radio France à la tête de l’Orchestre national se traduisit par le Pelléas au TCE, un concert à l’Auditorium (Beethoven 4e concerto avec Nelson Freire, Pelléas et Mélisande de Schoenberg) et l’enregistrement pour France Culture de la musique de scène de Fauré pour la pièce de Maeterlinck !.
Quinze ans après
Le départ de Louis Langrée de Liège aurait pu marquer la fin de l’histoire, la relégation de son quinquennat au rang des souvenirs. Mais l’amitié née de cette aventure commune ne pouvait pas disparaître, elle a, au contraire, profité de la dissolution du lien hiérarchique pour s’épanouir. Langrée est revenu à quelques belles occasions à Liège (une tournée en 2007 en Espagne), les 50 ans de l’orchestre en décembre 2010.
Et puis je l’ai suivi, à Salzbourg avec les Wiener Philharmoniker en janvier 2011 – c’était le retour au concert de Rolando Villazón – fidélité on vous dit !, à Berlin en 2014 avec les Philharmoniker pour un programme tout Mozart, à l’Opéra de Vienne pour sa première Bohèmechez Dominique Meyer. Et encore à Londres, à New York, à Aix (Don Giovanni 2010, Traviata 2011), à Paris enfin, les quatre ouvrages donnés à l’Opéra-Comique (Pelléas, Fortunio, Le Comte Ory, Hamlet) et les quelques – trop rares – concerts qu’il y a dirigés, avec l’Orchestre de Paris, l’Orchestre des Champs-Elysées et Cincinnati !
Je ne peux ni ne veux tout citer, les longs coups de téléphone, les déjeuners parisiens, les moments passés en famille, les fous rires, les silences, tout ce qui ne se raconte pas et qui relève de l’amitié.
Retour d’Amérique
L’un des nombreux articles qui ont salué la nomination de Langrée a justement relevé que la longue expérience américaine de l’actuel chef de Cincinnati lui serait très précieuse pour diriger l’Opéra-Comique. D’abord comme patron – depuis 2003 ! – du seul festival estival d’envergure de New York, le Mostly Mozart Festival, puis, depuis 2013 à Cincinnati, dans un pays où la subvention publique est l’exception, le « music director » doit consacrer une très grande part de son énergie et de son temps à convaincre publics et mécènes de la pertinence de son projet et de son action. Sinon les meilleures idées restent lettre morte. Pendant la crise sanitaire, Cincinnati a fait figure de valeureuse exception, grâce à l’inflexible ténacité de Langrée. Pas de licenciements, des captations sans public dès que la présence des musiciens dans le Music Hall fut de nouveau possible.
Oui c’est bien « the right man at the right place » !
Je ne veux pas voir un hasard dans le fait qu’il succède à Jerôme Deschamps – avec qui les collaborations furent si fructueuses depuis Les Brigands à Bastille en 1993 – et à Olivier Mantei qui l’admire et l’a invité chaque saison depuis 2015. On souhaite seulement à Louis Langrée et à son équipe de ne pas être happés, détournés de leur projet, par les contraintes administratives qui s’attachent à toutes les institutions culturelles subventionnées en France.
@Forumopera.com
Pour tous ceux qui veulent mieux connaître Louis Langrée « en action », voir son rapport avec les musiciens, le public, et apercevoir quelques très rares prises de vues d’Alexia Cousin par exemple, je recommande une fois de plus ce documentaire publié en 2006 à la fin du mandat de Louis Langrée à Liège :
C’est d’abord un très bel objet ce coffret de 38 CD et 1 Blu-Ray audio : il regroupe l’intégralité des enregistrements réalisés par Karl Böhm (1894-1981) après la Deuxième guerre mondiale pour Philips et Decca. Tous bien connus et admirés depuis longtemps, mais jusqu’alors diffusés de façon disparate selon les labels et les époques.
Admirable ce coffret l’est par le soin apporté à ces rééditions, qui ont bénéficié de remasterisations souvent impressionnantes – la restitution des premières stéréos (1955) des légendaires Mozart viennois, Cosi fan tutte et Die Zauberflöte est époustouflante. Même traitement pour des disques – en mono – qui ont marqué mon enfance, un Requiem de Mozart et une Neuvième de Beethoven, captés avec le Symphonique de Vienne en 1956 avec le soprano de lumière et de miel de Teresa Stich-Randall.
Un texte remarquablement documenté d’un maître es-Böhm, l’ami Remy Louis.
Des Bruckner d’anthologie (3 et 4), le 27ème de Mozart et les deux concertos de Brahms avec Wilhelm Backhaus, la Chauve-Souris(avec Janowitz) et le Ring de Bayreuth, qui manquaient au gros coffret DG – Karl Böhm Operas –
Leonard Bernstein, né le 25 août 1918, mort le 14 octobre 1990, a laissé une abondante discographie d’abord pour l’essentiel avec le New York Philharmonic pour CBS/Sony puis avec les Wiener Philharmoniker et d’autres grands orchestres européens, Israël et Los Angeles pour Deutsche Grammophon. Réenregistrant souvent les mêmes répertoires (intégrales des symphonies de Beethoven, Brahms, Schumann, Mahler).
L’une des raretés de cet héritage est l’unique disque enregistré par Bernstein avec l’orchestre symphonique de la BBC et consacré à Elgar. Une version très personnelle, presque mahlerienne des Variations Enigma.
Il n’y a que Bernstein pour tenir un tempo aussi lent dans Nimrod. Il n’y a que lui aussi pour assumer le kitsch de la marche des empereurs moghols (The Crown of India) qui clôt le disque !
Evoquer le bicentenaire de la naissance de Baudelaire, c’est immédiatement songer à tous ces musiciens d’hier et d’aujourd’hui que le poète des Fleurs du Mal a inspirés et continue d’inspirer – Lire : Baudelaire en musique – Je diffusais hier L’invitation au voyage version Diepenbrock. Aujourd’hui la sublime version de Duparc, dans l’interprétation bouleversante du très grand José Van Dam
Une version un peu négligée de la Flûte enchantée de Mozart, la première qui ait figuré dans ma discothèque (Sawallisch 1973), et l’une des plus formidables Reine de la Nuit de toute la discographie de l’oeuvre, Edda Moser
12 avril : Offenbach et Scherchen
Un peu de légèreté ne nuit pas en ces temps pesants. Le grand Hermann Scherchen (1891-1966) ne dédaignait pas ces musiques qu’on dit « légères ». Son ouverture de La Grande Duchesse de Gérolstein d’Offenbach fait frétiller les musiciens de l’Opéra de Vienne (et nous avec !)
13 avril : la création du Messie
L’oratorio le plus célèbre de Haendel, Le Messie, a été créé le 13 avril 1742 lors d’un gala de charité au Temple Bar de Dublin.
« Why do the nations so furiously rage together? » c’est une question toujours actuelle et c’est l’un des airs les plus virtuoses du Messie. Ici c’est le baryton-basse britannique John Shirley-Quirk (1931-2014) qui l’a gravé à quatre reprises qui l’interprète sous la direction de Raymond Leppard (1927-2019)
14 avril : la grande dame n’est pas celle qu’on croit
L’ex-candidate (il y a 14 ans !) à l’élection présidentielle ne se résout pas à prendre, à 68 ans, une retraite qu’elle prône pour tous les travailleurs à 60 ans. Voici Ségolène Royal candidate à devenir sénatrice des Français de l’étranger !! et elle parle de crédibilité de la classe politique ? (Je me sens très proche des Français de l’étranger)
Une vraie grande dame, elle, c’est Maria Tipo :
J’ai eu la chance de connaître (un peu) la grande pianiste italienne Maria Tipo (90 ans cette année !), de siéger avec elle dans le jury du Concours de Genève il y a plus de trente ans. Elle a gravé plusieurs concertos de Mozart avec Armin Jordan et l’Ensemble Orchestral de Paris pour EMI. Disques devenus introuvables. Warner Classics & Erato devrait les rééditer.
15 avril : Notre Dame deux ans après
Deux ans après l’incendie de Notre Dame (lire Les héros de Notre Dame) qui mieux que Bach, qui mieux que Wilhelm Kempff pour consoler et redonner l’espérance ? L’évidence.
J.S.Bach : Choral BWV 639 « Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ »
16 avril : Dudamel à Paris
C’était un secret de polichinelle depuis des semaines: la nomination de Gustavo Dudamel à la direction musicale de l’Opéra de Paris a été officiellement annoncée ce vendredi.
Ma mère (un an de moins que la reine d’Angleterre !) samedi au téléphone : « Tu vas regarder les obsèques du prince Philip ? C’est un peu ton pays, puisque tu as été conçu à Londres, et qu’à trois mois près tu aurais pu y naître « .
J’ai suivi en partie son conseil, et comme beaucoup de téléspectateurs, j’ai été frappé par la simplicité d’une cérémonie certes contrainte par la crise sanitaire, la pure beauté des musiques choisies pour ces funérailles et de leurs interprètes.
18 avril : Peter Maag
Je signalais le 16 avril – vingt ans après sa mort – l’hommage rendu au chef suisse Peter Maag (1919-2001) : lirePeter le Suisse/
En dehors de ce coffret, la discographie de ce chef qui n’aimait rien tant que sa liberté est éparpillée en de multiples labels, et rarement disponible, sauf sur certains sites de téléchargement.
Ainsi ce 23ème concerto de Mozart – dont le sublime adagio parcourt tout le film L’Incompris de Luigi Comencini (1967) – joué ici par le bien oublié pianiste autrichien Walter Klien (1928-1991).
Sur le confinement de la culture, cette phrase alambiquée de la ministre de la Culture française, Roselyne Bachelot : « L’hypothèse d’un été sans festival est exclue » (France 5, C à vous, 10 février).
Voici des mois que la culture est confinée, qu’une part essentielle de nous-mêmes est privée d’une liberté, d’une nourriture, indispensables. Pourtant nous avons besoin de musique, d’art, de beauté, nous avons besoin de retrouver la réalité vivante du concert, du spectacle. C’est tout le sens de l’édition 2021 du Festival qui aura lieu du 10 au 30 juillet, à Montpellier et dans toute l’Occitanie.
Chaque concert sera une fête !Une fête pour ces milliers d’artistes, de travailleurs du spectacle, privés depuis trop longtemps de la liberté d’exercer leur métier, une fête pour tous les publics, une fête de la musique et de la culture partagées.
Les nouvelles stars
Ils s’appellent Jakub Józef Orliński, Benjamin Grosvenor, Alexandre Kantorow, Yoav Levanon, Filippo Gorini, Thibaut Garcia ou Adriana Gonzalez, ce sont les nouvelles étoiles de la musique, pour beaucoup des découvertes du Festival. Ils sont nombreux au Festival 2021 !
La famille du Festival
Eux aussi ont furieusement envie de faire la fête cet été : les chefs Hervé Niquet, Santtu-Matias Rouvali, Cristian Măcelaru, François Xavier Roth, Michael Schønwandt, Domingo Garcia Hindoyan, mais aussi Sonya Yoncheva, Renaud Capuçon, Michel Dalberto, Bertrand Chamayou, ou encore Félicien Brut, Thom Enhco, Magic Malik, le quatuor Ellipsos. Liste non exhaustive !
La grande famille du Festival s’est donnée rendez-vous en juillet à Montpellier.
De la Terre aux étoiles
Le Festival 2021 c’est aussi la promesse d’aventures exceptionnelles, de journées entières de musiques de fête venues du monde entier. Comme le cycle des Leçons de Ténèbres dans sept des plus hauts lieux de patrimoine de l’Occitanie. Comme les spectaculaires Pléiades de Xenakis, confiées aux percussionnistes de l’Orchestre national de France, une musique de plein air qui tutoie les étoiles. Comme ces temps forts au Mémorial du Camp de Rivesaltes, au nouveau musée #NarboVia de la Narbonne antique, à l’Abbaye de Valmagne (Festival de Thau) au festival des Lumières de Sorèze, au nouveau Conservatoire de Montpellier… Nous sommes prêts à faire la fête avec vous l’été prochain, plus résolus que jamais à retrouver la musique et les musiciens en liberté. (Jean-Pierre Rousseau Directeur)
6 février : Mazeppa
La vie et le destin d’Іван Степанович Мазепа/ Ivan Mazepa (1639-1706) devenu héros de la nation ukrainienne a inspiré les poètes romantiques, Lord Byron, Victor Hugo (dans Les Orientales), Pouchkine (Poltava), les peintres, Delacroix, Géricault, Vernet, et bien sûr les compositeurs, Tchaikovski avec son opéra Mazeppa, et Liszt d’abord avec la 4ème de ses Etudes d’exécution transcendante, puis avec son poème symphonique éponyme, datant de 1851, créé à Weimar sous la direction du compositeur le 16 avril 1854. Liszt a retenu trois éléments de la légende de Mazeppa :la course folle sur le dos du cheval, la chute qui semble annoncer la mort, le réveil et le triomphe. Mazeppa est l’un des poèmes symphoniques les plus flamboyants de Liszt. Peu de chefs ont, à mon goût, restitué la dimension épique, le caractère tourmenté, de cette musique puissamment romantique. Herbert von Karajan en a gravé, en 1959, à Berlin, une version qui reste une référence insurpassée.
7 février : Shura Cherkassky encore
Retour à ce grand musicien très singulier, Shura Cherkassky (1909-1995), à qui j’avais consacré mon « post » dans cette rubrique le 4 février, et qui a suscité nombre de commentaires et de souvenirs. Un répertoire absolument incroyable, je crois sans équivalent parmi ses contemporains et des interprètes de cette envergure.
La preuve, ces Trois pièces chinoises du quasi-contemporain de Cherkassky, élève comme lui de Josef Hofmann, le pianiste virtuose et compositeur américain Abram Chasins (1903-1987). Ici la troisième de ces pièces « Rush Hour in Hong Kong » que Shura Cherkassky adorait jouer dans la série de « bis » (jusqu’à six) qu’il offrait inévitablement à la fin de chaque récital.
On ne saurait trop conseiller le double CD publié par First Hand contenant « the complete HMV stereo recordings » de Cherkassky.
8 février : la disparition de Stefano Mazzonis, Mozart
J’ai appris hier tard dans la soirée la disparition soudaine de Stefano Mazzonis di Pralafera, qui dirigeait l’Opéra royal de Wallonie, à Liège, depuis 2007. On le savait malade, mais sa mort brutale a surpris ses amis, dont j’étais.
Nous savions, lui et moi, quelle était notre responsabilité de conduire les deux magnifiques vaisseaux amiraux de la flotte culturelle de Liège, lui l’Opéra, son choeur, son orchestre, moi l’Orchestre philharmonique royal de Liège, chacun dans deux magnifiques écrins – un luxe inouï pour une ville comme Liège – le « Théâtre royal » pour lui, la Salle Philharmonique pour moi. Il nous est arrivé d’être concurrents, parce que nous visions l’excellence, la conquête de nouveaux publics, il m’est arrivé de ne pas partager certaines des options artistiques de Stefano, mais l’amitié n’a jamais faibli ni failli. Je me rappelle encore cette grande entreprise menée de concert, cette soirée au Théâtre des Champs-Elysées le 31 octobre 2012, où ensemble nous étions allés promouvoir les couleurs de Liège (lire Giscard et la princesse). Je me rappelle aussi ma dernière venue à Liège, il y a plus d’un an, avant la crise sanitaire. Une belle soirée d’opéra, dans la loge royale, avec Stefano et Alexise. Un moment de bonheur. Pensées affectueuses pour celles et ceux qu’il laisse dans la tristesse.
Ce 8 février je publiais cet article : Mauvais traitements, la Quarantième rugissante. Parmi les multiples versions de la 40ème symphonie de Mozart que j’y comparais, j’avais oublié celle, miraculeuse d’élan et d’équilibre, de George Szell
9 février : Raymond, Bernstein et l’Orchestre National
Le 21 novembre 1981, Leonard Bernstein dirigeait l’Orchestre National de France au théâtre des Champs-Elysées. Un programme tout français, avec la 3ème symphonie de Roussel et la Symphonie de Franck (lire Un été Bernstein). Et l’ouverture de « Raymond » d’Ambroise Thomas ! Je me rappelle avoir vu ce concert à la télévision et un Leonard Bernstein déchaîné qui sautait sur son podium.
Cette version a été éditée en CD dans le cadre du coffret anniversaire des 80 ans de l’ONF et figure sur un copieux DVD/Blu-Ray.
Ici c’est l’enregistrement réalisé à New York en 1966.
10 février : Muti et l’ONF
Dans le prolongement de mon billet d’hier (Leonard Bernstein et l’Orchestre National de France) une autre pépite du très beau coffret d’inédits publié en 2015 à l’occasion des 80 ans de l’ONF (voir les détails L’Orchestre national de France : 80 ans)
Une double rareté dans le répertoire de ces deux géants : le concerto pour piano de Dvorak sous les doigts de Sviatoslav Richter et la direction ô combien passionnée de Carlos Kleiber (1930-2004) – voir la discographie du grand chef : Carlos Kleiber
Quand le jazzman jouait Mozart avec Friedrich Gulda et Nikolaus Harnoncourt, un enregistrement rare et jubilatoire du concerto pour 2 pianos de Mozart (1989)
14 février : Hans Richter-Haaser
Le pianiste Hans Richter-Haaser (1912-1980) est un magnifique artiste, un interprète d’élection de Beethoven et Brahms, il a eu une carrière tardive et plutôt brève, mais sa discographie est exceptionnelle : L’autre Richter.
En 1957, il participe au seul enregistrement que Karl Böhm ait fait de la Fantaisie chorale de Beethoven, avec d’illustres partenaires – Teresa Stich-Randall, Hilde Rössel-Majdan, Erich Majkut, Paul Schöffler – et l’Orchestre symphonique de Vienne :
15 février : le Suisse oublié
Aujourd’hui une absolue rareté :un grand compositeur suisse – Othmar Schoeck (1886-1957) – complètement méconnu en dehors de son pays natal, son concerto pour violoncelle d’un lyrisme sans âge, des interprètes magnifiques : le violoncelliste Antoine Lederlin, jadis musicien de l’ Orchestre Philharmonique de Radio France, aujourd’hui membre du Belcea Quartet, l’ Orchestre national d’Auvergne dirigé par Armin Jordan (1932-2006)
16 février : deux décès
Hier soir on apprenait le décès, à 93 ans, des suites du Covid, de la cantatrice Andréa Guiot, dont j’avais raconté quelques souvenirs le 9 décembre dernier (voir Les raretés du confinement V)
Et aujourd’hui celui du chef d’orchestre britannique qui n’a jamais eu une grande notoriété sur le continent Steuart Bedford (1939-2021). Steuart Bedford a voué une grande part de sa vie et de sa carrière de chef à servir un compositeur qui l’avait pris sous son aile Benjamin Britten (1913-1976)
C’est Steuart Bedford qui dirige en 1973 la création du dernier opéra de Britten Death in Venice / Mort à Venise. C’est lui qui reprend en 1974 – jusqu’en 1998 ! – la direction du Festival d’Aldeburgh (sur l’impossible prononciation de cette charmante bourgade du Suffolk relire mon article : Comment prononcer les noms étrangers ?) fondé par Britten en 1948.
J’ai un souvenir à la fois émouvant et cocasse de Steuart Bedford. Je l’avais invité au début des années 90 à diriger un concert de l’Orchestre de la Suisse romande, qui devait se dérouler dans le cadre de la Fondation Pierre Gianadda à Martigny (dans le Valais). Pour aller de Genève à Martigny, et y conduire le chef, j’avais pris une voiture de la Radio suisse romande et choisi d’emprunter l’itinéraire sud du lac Léman (une route que je connaissais par coeur puisque je l’empruntais chaque jour pour faire le trajet Thonon-Genève). Moi qui passais la frontière franco-suisse sans jamais être arrêté par la douane, lorsque j’étais dans ma voiture personnelle, je fus stoppé au moment d’entrer en Haute-Savoie par des douaniers qui firent semblant de ne pas me reconnaître, qui m’interrogèrent sur le but de mon voyage, demandèrent les papiers de mon hôte… et – cerise sur le gâteau – l’autorisation de circuler en France pour un véhicule de la Radio suisse romande !! A l’époque, pas de téléphone portable, pas de possibilité de prouver qu’une répétition générale et un concert nous attendaient. Je jouai le tout pour le tout, en exigeant l’accès à un téléphone, pour prévenir qu’empêchés par la douane française, le chef et l’orchestre devaient annuler le concert… Le chef de poste finit par comprendre la totale absurdité de la situation… et nous laissa filer.
Ce long intermède et la route que nous fîmes ce jour-là me permirent de faire parler Steuart Bedford de Benjamin Britten, de son travail de chef, de ses passions musicales. Humour, calme, flegme, immense culture, il incarnait le parfait musicien britannique.
Dernière minute : J’ai appris hier tard dans la soirée la disparition soudaine de Stefano Mazzonis di Pralafera, qui dirigeait l’Opéra royal de Wallonie, à Liège, depuis 2007. On le savait malade, mais sa mort brutale a surpris ses amis, dont j’étais.
Nous savions, lui et moi, quelle était notre responsabilité de conduire les deux magnifiques vaisseaux amiraux de la flotte culturelle de Liège, lui l’Opéra, son choeur, son orchestre, moi l’Orchestre philharmonique royal de Liège, chacun dans deux magnifiques écrins – un luxe inouï pour une ville comme Liège – le « Théâtre royal » pour lui, la Salle Philharmonique pour moi. Il nous est arrivé d’être concurrents, parce que nous visions l’excellence, la conquête de nouveaux publics, il m’est arrivé de ne pas partager certaines des options artistiques de Stefano, mais l’amitié n’a jamais faibli ni failli. Je me rappelle encore cette grande entreprise menée de concert, cette soirée au Théâtre des Champs-Elysées le 31 octobre 2012, où ensemble nous étions allés promouvoir les couleurs de Liège (lire Giscard et la princesse). Je me rappelle aussi ma dernière venue à Liège, il y a plus d’un an, avant la crise sanitaire. Une belle soirée d’opéra, dans la loge royale, avec Stefano et Alexise. Un moment de bonheur. Pensées affectueuses pour celles et ceux qu’il laisse dans la tristesse.
La difficile Quarantième
J’ai découvert la 40ème symphonie de Mozart dans les années 70, au moment où le dénommé Waldo de Los Rios vendait des milliers de disques en « arrangeant » à la sauce pop de grands classiques.
Je trouvais ça nul, et à mes copains de lycée qui avaient l’air d’apprécier, je montrai un jour la « pub » (une des premières que j’aie vues dans l’univers du classique) de Philips, qui faisait la promotion d’un disque bon marché des symphonies 40 et 41 dirigées par Karl Böhm : « La 40ème préférez l’original »‘
Pour de longues années, ce serait ma version de référence, la seule de ma modeste discothèque.
Puis, devenu lecteur de Diapason, je suivrais la réalisation de l’intégrale des « grandes » symphonies par Josef Krips à la tête du même Concertgebouw que Böhm, mais le prix trop élevé du coffret de 33 tours me dissuaderait de l’acheter.
Ce n’est que lors d’un Disques en Lice, la défunte émission de critique de disques de la Radio Suisse romande (voir Une naissance ) que je tombai de haut en découvrant la version amorphe, étrangement lente et sans élan, du chef viennois tant admiré dans Mozart. La maladie qui devait l’emporter en 1974 était-elle responsable de ce parti pris ?
Le « live » du même Krips à la tête de l’Orchestre national de France, en 1965 au Théâtre des Champs-Elysées, révèle tout de même une conception plus alerte, même si pas vraiment « molto allegro« , de cette symphonie.
Au début des années 60, les jeunes chefs d’alors suivaient les indications de Mozart, sans « romantiser » une symphonie qui n’en a nul besoin.
Dans les années 70, un Karajan plus soucieux d’élégance, de fluidité… et de virtuosité, allait livrer des versions sans aspérités, proscrivant drame et ruptures.
Leonard Bernstein, tant à New York en 1964, qu’à Vienne dix ans plus tard, n’arrive pas à trouver son chemin : un legato hors de propos, une articulation saccadée. Quelque chose qui ne fonctionne pas..
La lenteur, la pesanteur, n’ont rien à faire avec l’âge du chef ou l’époque.
Je découvre, pour ce billet, cet enregistrement de 1949 de Wilhelm Furtwängler et des Berliner Philharmoniker. Vraiment rien de compassé, d’empesé ! Quel élan, quelle éloquence !
A l’inverse, un Carlo Maria Giulini qu’on a tant admiré dans ses légendaires Don Giovanni ou Noces de Figaro, enregistre à Berlin dans les années 90, les trois dernières symphonies de Mozart dans des tempi crépusculaires, qu’on a peine à écouter jusqu’au bout…
Je n’avais jamais fait attention jusqu’à hier (!) à ce que la date de naissance de Mozart coïncide avec celle de la mort de Verdi : Wolfgang est bien né un 27 janvier… 1756 à Salzbourg, et Giuseppe est bien mort un 27 janvier… 1901 à Milan
Une date propice au génie ? Sans aucun doute pour ce qui les concerne !
L’occasion, pour moi, de poursuivre le voyage dans mes souvenirs ou comment j’ai découvert Mozart et Verdi ! Et, à rebours sans doute du plus grand nombre, ce n’est pas d’abord par l’opéra que j’ai commencé, mais par la musique sacrée.
Mozart à la messe
Pour Mozart, je me rappelle un cadeau de Noël fait à quelqu’un de ma famille : le Requiem dirigé par Karl Böhm, un disque Philips/Fontana, enregistré en novembre 1956, avec un joli quatuor de solistes. Une version qui ne m’a jamais passionnée, que j’ai peu écoutée. Sauf pour la voix de Teresa Stich Randall… que j’ai découverte grâce à ce disque.
Je ne sais plus pourquoi, adolescent, je me suis intéressé à deux messes de Mozart en particulier, dont la messe dite « des moineaux« , l’oeuvre d’un Mozart de 19 ans, une messe brève (vingt minutes) qui porte ce surnom parce qu’un passage du Sanctus aux violons peut faire penser à un pépiement d’oiseaux. J’ai déjà raconté ici (L’été 73) la surprise qui avait été la mienne d’entendre cette messe dans le cadre d’un office du dimanche dans une église de Munich, et la qualité de l’orchestre et du choeur de l’église !
Verdi sacré
Mes souvenirs s’emmêlent à propos de Verdi (chez qui je suis – trop brièvement – passé l’été dernier : Parme, Toscanini, Verdi). Je pense avoir découvert ses quatre Pezzi sacri… avant son Requiem. Et dans la version de Zubin Mehta enregistrée à Los Angeles, un disque (peut-être acquis en solde ?) paru dans une collection de Decca France à couverture rose fuchsia très seventies
Et seulement après (une offre de mon club du disque suisse !) la version terrifiante du Requiem signée Solti (ma première chaîne stéréo Dual s’en est longtemps souvenue)
Cette version du Requiem a longtemps été la seule pour moi, celle qui m’a fait aimer Marilyn Horne (qui supporte l’adjectif anglais terrific), Pavarotti bien sûr, et l’immense Martti Talvela, mais m’a durablement éloigné de Joan Sutherland, très grande artiste que je respecte, mais dont je ne suis jamais parvenu à aimer ni la voix, ni le timbre, ni la diction.
« Depuis le reconfinement intervenu en France le 30 octobre dernier, j’ai entamé la diffusion d’une nouvelle série d’enregistrements, tirés de ma discothèque personnelle, qui présentent un caractère de rareté, une oeuvre inhabituelle dans le répertoire d’un interprète, un musicien qui emprunte des chemins de traverse, un chef qui se hasarde là où on ne l’attend pas… «
C’est un Carlo-Maria Giulini dans la force de l’âge – il a 44 ans – qui enregistre pour EMI le 2 juin 1958 ce qui reste pour moi la version de référence de l’ouverture de Manfred – poème dramatique en trois parties de Schumann (1852). Tout y est: la fougue implacable des trois premiers accords, les émois romantiques du héros, tempête et tendresse mêlées, un orchestre qui chante éperdument. Vingt ans plus tard le chef ne retrouvera pas le même élan à Los Angeles pour Deutsche Grammophon.
24 novembre : Armin Jordan, Audrey Michael et Schubert
Schubert: Messe n°6 D 950
Audrey Michael/ Brigitte Balleys/ Aldo Baldin/ Christoph Homberger/ Michel BrodardChoeur de chambre Romand
Orchestre de la Suisse Romande, direction Armin Jordan – Cascavelle/Erato (1987)
Tout est rare dans ce disque : c’est le moins connu de la discographie du très regretté Armin Jordan (1932-2006). La dernière messe de Schubert, sa 6ème, est énigmatique, ce sublime « Et incarnatus est » écrit pour deux ténors et une soprano. Dans la version/vision d’Armin Jordan, la plus fervente, la moins « opératique », de toute la discographie de cette oeuvre, le miracle vient du parfait mélange des voix des ténors Christoph Homberger et Aldo Baldin, mais surtout de la sublime soprano suisse Audrey Michael.
Ce passage me bouleverse à chaque écoute. Je le dédie à mon père, disparu il y a 48 ans, le 6 décembre 1972.
J’y ai… entendu, aussi bien dans le traitement de l’orchestre que de la ligne vocale, des réminiscences de Korngold (Miss Julie a vocalement tant en commun avec la Marie de Die tote Stadt !), Schreker, Zemlinsky, tout ce début de XXe siècle viennois. Les rythmes et les langueurs de la valse parcourent tout l’ouvrage, et on soupçonne Alwyn d’avoir un peu abusé de l’accord de septième ! Si l’on ne craignait le cliché, on reconnaîtrait dans cette Miss Julie une écriture très… cinématographique. Alwyn n’a pas oublié son premier métier et manie à la perfection les effets dramatiques, la description des atmosphères
#Maradona Je lis cette anecdote : « Juillet 1984. Stade San Paolo, à Naples. Les notes d’ El Choclo s’égrènent sur la pelouse, dans les tribunes italiennes. Un homme en a presque les larmes aux yeux. Cette musique l’émeut depuis toujours. Il l’a en lui, ce son. Ce jour-là, El Choclo, un incontournable tango de 1903, est joué en son honneur. En guise de bienvenue. L’homme, c’est Diego Maradona. Le mythique n°10 argentin va faire rêver les supporters du Napoli des années durant… »Je retrouve dans ma discothèque un CD de Stanley Black (1913-2002), compositeur, chef, arrangeur britannique, avec ce célèbre tango, El Choclo. Angel Villoldo l’écrit en 1903, plusieurs versions s’ensuivent, dont une, en 1947, avec des paroles du poète Enrique Carlos Discepolo, que chante Libertad Lamarque dans Le Grand Casino de Luis Buñuel.
27 novembre : un Beethoven tchèque
En 1962, en pleine guerre froide, le pianiste tchèque Ivan Moravec (1930-2015) – voir Beethoven: le piano d’Ivan Moravec– est invité une première fois aux Etats-Unis, où il enregistrera plusieurs disques pour le label Connoisseur Society. En 1963, avec son beau-frère, le chef autrichien d’origine tchèque, Martin Turnovsky (1928-), il grave l’une des plus belles versions du Quatrième concerto de Beethoven avec un orchestre composé de musiciens de Vienna Philharmonic / Wiener Philharmoniker.
28 novembre : La liberté de la presse
Sibelius: Finlandia (version chantée) extrait de la Musique pour célébrer la presse (1899)
Tandis qu’en France on manifestait aujourd’hui pour la liberté de la presse, on peut rappeler que l’oeuvre la plus célèbre de Jean Sibelius – Finlandia – a fait partie initialement de la Musique pour la célébration de la presse (créée le 3 novembre 1899) pour soutenir la liberté de la presse finlandaise face à l’occupant russe. Au point que, dans ses diverses versions, Finlandia est devenue comme un second hymne national. Ici une version moins souvent donnée que la version purement orchestrale, arrangée par Sibelius lui-même en 1938 pour choeur d’hommes et orchestre, puis le 7 décembre 1940 pour choeur mixte.
Sauf erreur de ma part, Martha Argerich n’a jamais enregistré de sonates de Scarlatti en studio. En revanche, il y a de multiples versions de concert – comme ici le 13 juin 2018 à Singapour – de « sa » sonate K 141. Un miracle toujours renouvelé !
Des cinq concertos de Beethoven, le Troisième est mon préféré, comme je le raconte ici (https://jeanpierrerousseaublog.com/…/beethoven-250-xvi…/). Dans ma discothèque, une rareté, un « live » capté à Moscou en 1976 sous les doigts brûlants d’Emile Guilels, Kurt Masur dirigeant l’orchestre symphonique d’URSS.
Grâce à un admirateur de Nicolai Gedda (1925-2017) – j’en suis un aussi, lire Le Tsar Nicolai – je redécouvre cette pépite cachée dans le coffret Icon/Warner consacré au ténor suédois, ce sublime air tiré de l’opéra « La reine de Saba » de Károly Goldmark (1830-1915) : Magische Töne
A-t-on jamais mieux chanté ?
3 décembre : VGE, l’accordéon et Tchaikovski
#VGE
Les médias ont rappelé, à l’occasion du décès de l’ancien président de la République (lire Giscard et la princesse) le goût de Valéry Giscard d’Estaing pour le piano à bretelles, l’accordéon, instrument populaire par excellence.Mais on sait peu que le premier compositeur « classique » à faire entrer l’accordéon dans l’orchestre fut Tchaikovski, qui, écrivant sa Suite n°2 pour orchestre en 1853, fait appel à quatre accordéons (en l’occurrence des « Bayan », l’accordéon russe inventé en 1850 !). Ecoutez bien à 2′ du début du « scherzo » de cette suite l’intervention des accordéons.Hommage par la même occasion au grand chef Antal Dorati (1906-1988) qui a signé une version définitive des quatre Suites pour orchestre de Tchaikovski
4 décembre : Milstein et Saint-Saëns
J’ai eu beau en écouter, en programmer maintes versions : le Troisième concerto pour violon de Saint-Saëns, dédié à et créé par le grand Pablo de Sarasate en 1880, c’est pour moi l’indépassable Nathan Milstein (1903-1992) – lire Nathan Milstein, le violon de mon coeur) accompagné à la perfection par le trop oublié Anatol Fistoulari (1907-1995)
Camille Saint-SäensConcerto pour violon n°3 op.61Nathan Milstein, violonPhiharmonia Orchestra, dir. Anatol Fistoulari (enr. 1959) / EMI
J’apprends coup sur coup deux disparitions qui me touchent, celle du chef d’orchestre Gabriel Chmura, celle d’un personnage connu du seul milieu professionnel de la musique, un impresario – comme on ne dit plus aujourd’hui – aimé et reconnu, Pedro Kranz.
Gabriel Chmura (1946-2020)
Le chef d’orchestre d’origine polonaise Gabriel Chmura est mort hier à l’âge de 74 ans. Quand je le rencontre pour la première fois, je ne connais de lui qu’un disque que la critique avait vivement recommandé, d’ouvertures de Mendelssohn.
C’est lui qui a été choisi par l’agence Weinstadt de Bruxelles pour diriger la tournée de l’Orchestre philharmonique de Liège en Espagne en octobre 1999. Pierre Bartholomée avait claqué la porte de la direction de l’orchestre au printemps et je venais d’en être nommé directeur général.
J’ai retrouvé Gabriel en Espagne, je l’ai invité à dîner un soir dans l’une des meilleures tables ibériques et j’ai le souvenir d’un homme charmant, cultivé, qui pouvait éventuellement être un candidat à la direction musicale de l’orchestre, même s’il était bien trop tôt pour l’envisager. En revanche, dès que j’évoquai avec lui l’idée de donner la Deuxième symphonie « Résurrection » de Mahler pour la réouverture de la salle de concerts du Conservatoire de Liège*, en septembre 2000, après deux ans de travaux de rénovation – il me supplia de l’inviter à la diriger. Me disant ses affinités électives avec la personnalité et la musique de Mahler. Ainsi Gabriel Chmura dirigea-t-il cette « Résurrection », comme en témoigne une mauvaise copie vidéo de la captation réalisée par la RTBF
L’émotion est grande de retrouver, vingt ans après, tant de visages familiers, dont beaucoup sont aujourd’hui retraités ou malheureusement disparus.
Nous réinviterons Gabriel Chmura à plusieurs reprises : en janvier 2002 pour des concerts de Nouvel an avec Felicity Lott, les années suivantes pour des symphonies de Prokofiev et Weinberg, ou pour remplacer Louis Langrée, malade, dans un programme Richard Strauss. Toutes ces dernières années, Chmura s’était voué à ce qu’il considérait comme la mission de sa vie: faire redécouvrir le contemporain de Chostakovitch, le compositeur russe d’origine polonaise Mieczysław Weinberg (1919-1996).
Hommage à ce grand musicien et pensées pour sa famille.
Pedro Kranz
Je n’ai jamais su l’âge réel de celui qui fut, dès 1964, le co-directeur de l’agence Caecilia de Genève.
Je pleure aujourd’hui quelqu’un que j’ai toujours infiniment respecté et avec qui j’avais fini par nouer une relation d’amitié plus que d’affaires. Je n’ai jamais considéré Pedro Kranz comme un « agent » – malgré le succès de la série Dix pour cent, je continue de trouver ce mot horrible surtout dans le domaine de la musique. Je lui préfère mille fois celui d’impresario, parce que ces personnages de l’ombre ne sont pas – ne devraient pas être – seulement ceux qui « gèrent » la carrière d’un artiste (et empochent en effet dix, quinze ou vingt pour cent de leurs cachets !) mais d’abord des organisateurs, des conseillers, des visionnaires même. Ce que fut si bien Pedro Kranz.
Ainsi c’est grâce à lui, je peux le dire maintenant, que j’ai engagé de jeunes chefs comme Christian Arming ou Domingo Hindoyan. Mais Pedro Kranz ne m’imposait jamais rien, quand il me disait du bien d’un jeune artiste, je savais que je ne serais pas déçu. Il représentait les plus grands, et les plus grands étaient ses amis, mais jusqu’au bout il a toujours eu la curiosité du découvreur, du dénicheur de talents, et il accompagnait aussi longtemps que possible ceux qu’il avait décidé de soutenir.
Pedro Kranz ce fut aussi celui qui organisa, à ma demande, certaines des plus belles aventures de l’Orchestre philharmonique royal de Liège, les invitations en 2005, 2011 et 2014 au Musikverein de Vienne, les tournées en Suisse et en Europe centrale, et peut-être la plus mémorable d’entre elles, la tournée en Amérique du Sud à l’été 2008 (lire Un début en catastrophe)
Je pense ici en particulier à son fils Pierre-André Kranz qui y avait contribué, je pense évidemment aussi à sa radieuse épouse, disparue il y a près de trois ans, après un combat acharné contre la maladie. Il l’a désormais rejointe. Je conserve un souvenir lumineux de cet homme et de ce couple, qui avaient l’amour de la musique et des musiciens chevillé au coeur.
*La salle des concerts du Conservatoire a été rebaptisée Salle Philharmonique de Liège après sa réouverture en septembre 2000.