Là-haut sur la montagne

À peine rentré d’Asie centrale, j’ai repris le chemin des festivals pour le compte de Bachtrack. La semaine dernière c’était à Nîmes pour des « Rencontres musicales » de premier plan : Rencontres au sommet

De gauche à droite : Shuichi Okada, Théo Fouchenneret, Liya Petrova, Grégoire Vecchioni, Aurélien Pascal (Photo JPR)

Ce week-end, c’est l’ouverture de la 20e édition du Festival et de l’Académie de Zermatt, dans le cadre somptueux de la station du Haut-Valais au pied du Cervin. Comptes-rendus à suivre bien sûr sur Bachtrack.

Découvrir Zermatt

Lorsqu’on m’a proposé de « couvrir » ce festival, j’ai sauté sur l’occasion sans réfléchir.

La Suisse, je la connais bien (lire L’été 69), j’y ai mes racines maternelles. Les dernières vacances familiales à l’été 1972, quelques mois avant la mort prématurée de mon père, c’était à quelques encablures d’ici, à Crans Montana : l’été faisait du yoyo. Le 15 août mes soeurs et moi étions allés avec mon père au cinéma voir La folie des grandeurs, en sortant il neigeait ! Le Valais donc, ce canton prospère du sud de la Suisse, bilingue franco-alémanique, je l’avais parcouru en tous sens dès l’enfance, mais jamais – pour quelle raison ? – je n’étais venu jusqu’à Zermatt.

La déception de l’arrivée sous un ciel humide et bas a vite laissé la place à l’émerveillement du réveil ce vendredi : le Cervin fraîchement enneigé surgissant de la nuit devant ma fenêtre d’hôtel

Le nom allemand du sommet est Matterhorn, ce qui explique le nom de la cité, comme le relate excellemment la fiche Wikipedia : « Le toponyme en allemand, Matterhorn, dérive de Matt (« pré » en suisse allemand et en langue walser – cf. le titsch de Gressoney-Saint-Jean Wisso Matto, en allemand Weissmatten, en français « Prés blancs ») ; et de Horn, c’est-à-dire « corne », le nom de la plupart des sommets des Alpes valaisannes et des Alpes valdôtaines limitrophes, situés notamment entre la vallée du Lys et le val d’Ayas (traduits en français par « Tête »). Par conséquent, la vallée de Zermatt, en allemand « Mattertal » est la « vallée des prés », et Zermatt est « le pré » (zerétant l’article contracté défini féminin avec préposition de lieu en langue walser)« 

Je suis resté longtemps saisi par une émotion indescriptible. Les souvenirs d’enfance affluaient à ma mémoire, le souvenir aussi tout récent des quelques heures passées la semaine dernière auprès de ma mère à Nîmes, de plus en plus repliée sur des bribes d’enfance et de passé révolu, le check-in à l’hôtel en schwyzerdütsch et puis ces « madeleines » comme la confiture de cerises noires au petit déjeuner, ou ce cidre brut d’une marque qu’on ne trouve qu’en Suisse, dégusté au Gornergrat.

L’excursion au Gornergrat est une figure obligée pour tout visiteur. Le spectacle au sommet est unique au monde, d’une beauté à couper le souffle. Toutes les photos sur Facebook à voir ici.

Zermatt, outre sa qualité première de village sans voiture, s’est préservée de toute construction anarchique, et prend un soin méticuleux à conserver son patrimoine bâti.

Sergio Mendes forever

Sergio Mendes est mort, et j’avais oublié de le mentionner dans mon billet de l’été 2019 : La découverte de la musique, lorsque son ami Joao Gilberto avait pris congé…

Michel Barnier et puis ?

D’un ami, ancien conseiller présidentiel, j’avais aimé cette formule sans appel : « C’est difficile de choisir un premier ministre quand on n’en a jamais eu »

Je n’ai pas été mécontent – euphémisme ! – d’être loin de France pendant toute cette séquence surréaliste. J’aurais fini par avoir honte d’être Français.

Honte d’un président de la République qui a méthodiquement détruit tous les espoirs qu’il avait pu susciter et fait le vide autour de lui. Honte d’une gauche définitivement aliénée à ses pires démons. Honte d’un personnel politique à droite comme au centre qui ne comprend plus rien à la réalité du pays. Honte aussi d’une arrogance bien française, alimentée par la plupart des médias, qui consiste à ne jamais regarder ce qui se passe autour de nous – en Allemagne, en Belgique, en Italie – où la formation d’un gouvernement, d’une coalition politique, peut prendre des semaines et des mois.

Alors Michel Barnier ? Pourquoi pas… ça n’arrive pas à tout le monde de débuter comme plus jeune député et de finir comme plus vieux Premier ministre. Faute de mieux !

Les chevaux de Kirghizie

Les voyages forment la jeunesse, dit-on, c’est vrai aussi pour les plus vieux comme moi. Quand on lit sur le programme d’un voyage qui ne peut qu’être organisé à l’avance – dans les pays que je visite cette année – des mentions comme : Fabrication d’une yourte, ou Visite d’une coopérative d’artisans du feutre, on s’attend à des démonstrations toutes faites pour les touristes.

Touristes nous sommes bien sûr, mais la gentillesse naturelle, spontanée, de tous les Kirghizs, grands et petits, croisés jusqu’à présent, n’est pas sans étonner. Avant-hier, dans le centre de Kotchkor, près des étals d’un petit marché, je reçois une tape dans le dos, aussitôt suivie d’une chaleureuse poignée de main de la part d’un homme entre deux âges, le visage buriné, le sourire édenté, qui me demande en russe d’où je viens : la France ! Et le voici de redoubler de serrements de main, me félicitant… pour les Jeux olympiques et la fête à Paris. Dans la rue proche de l’hôtel, tout un groupe d’enfants de 2 à 7 ans se presse pour me serrer la main, se faire photographier avec un large sourire…

La fabrication des yourtes

Arrêt donc dans le village de Kyzyl Tuu, où la majorité des habitations est constituée d’ateliers de fabrication de yourtes, l’arbre servant à la structure de cet habitat traditionnel nomade, le saule, poussant en abondance près de la rivière.

La yourte traditionnelle, artisanale, est sans doute l’habitat le plus écologique au monde, puisque constituée uniquement de produits de la nature, le bois de saule, la peau de vache pour faire les joints (aucun boulon ou vis), et le feutre pour le toit et le revêtement des parois. Le coût d’une yourte est d’environ 5000 dollars, l’artisan qui nous a reçus nous confiait que le marché était de plus international, et que rien qu’en France il en avait déjà exporté plus de 500 !

Le feutre des femmes

Le feutre, la feutrine, ont presque disparu de nos environnements d’Europe, à l’exception des porteurs de chapeaux…

J’avoue que j’ignorais jusqu’à la visite de la coopérative des femmes de Kotchkor comment était fabriquée cette matière si naturelle, et si précieuse dans les régions exposées à des températures extrêmes, le feutre.

La tradition de fabrication centenaire nous a été présentée de manière plutôt amusante. Après avoir superposé deux couches de laine de mouton brute, non cardée, non tissée, notre hôtesse l’arrose d’eau chaude, l’enroule dans un fétu de paille, puis durant 15 minutes, assène des coups de pied au rouleau (évidemment le visiteur est prié de se plier à l’exercice !), de manière à essorer l’ensemble. Aucun élément mécanique n’intervient à aucun moment. Puis, une fois le carré de feutre – c’est donc uniquement l’eau qui « lie » la laine brute – réalisé, d’autres femmes prennent le relais pour imaginer des dessins, superposer différentes couleurs. Sans aucun usage de produit artificiel. Ecolo en diable !

Les chevaux du lac Son Kul

Le plus impressionnant, en tout cas les souvenirs les plus forts qui me resteront de ce voyage en Kirghizie, est la découverte du lac Son Kul, situé à 3000 m d’altitude, au sud de Kotchkor. Aucune photo, aucune vidéo, ne parviendra jamais à restituer l’immensité silencieuse, la beauté changeante des eaux et des rives du lac, et le compagnonnage de milliers de chevaux, vaches et moutons en apparente liberté – les bergers, parfois très jeunes, les surveillent de loin.

Ici, aucune construction touristique, pas d’électricité, sauf celle que produisent des générateurs une ou deux heures par jour, pas de connexion internet ou même téléphonique. La nuit dans une yourte est une expérience à vivre, tant le différentiel de température entre plein midi et minuit est saisissant. Et partout, tout le temps, un silence absolu, à peine rompu par le cri d’un aigle, le hennissement d’un cheval ou un meuglement de jeune veau.

Toutes les photos à voir sur Facebook : Les chevaux du lac Son Kul

Je ne peux décrire le plaisir que j’ai pris à parcourir ces paysages à cheval. Expérience unique !

Que la montagne kirghize est belle !

On aurait pu choisir une plage déserte de la rive sud ou une station balnéaire animée de la rive nord de l’immense lac Ysyk Kul.

La rive nord du lac Ysyk Kul le jour et au couchant

Mais c’est bien la montagne qu’on a choisi d’explorer, à des altitudes raisonnables.

Les sources chaudes d’Altyn Arashan

La vallée d’Altyn Arashan se mérite, les sources chaudes à 2555 m aussi. On est prévenus, on doit affronter 2 heures de cahot non stop en 4×4 militaire (on se croirait dans un simulateur de vol avec turbulences maximales !). Mais ce qu’on découvre sur le parcours, le torrent furieux, les pics enneigés qui se découvrent, un bain chaud à 38 degrés, moins chargé minéralement que d’autres visitées. On rencontre une famille de Kirghizs qui passe l’été en altitude avec chevaux, âne et vaches, qui fabrique le pain et pêche la truite à côté. Les deux derniers garçons (2 ans et demi, un an et demi) ne sont pas les derniers à monter l’âne ou le cheval.

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Svetlaia Poliana

C’est le trek traître par excellence : on m’avait annoncé un parcours « doux ». En réalité comme les faux plats pour les cyclistes, le marcheur qui croit arpenter une belle montagne à vaches fait 7 km en montée continue pour un dénivelé de 700 mètres. C’est mon cardiologue qui va être content !

On croise des troupeaux de vaches à la robe bronze et or splendides, des chevaux d’une élégance admirable qui semblent avoir la montagne pour eux. Ils ne sont pas sauvages et redescendront à la fin de l’été. Parfois on croise de très jeunes cavaliers.

Comme à chaque expérience de ce type (l’an dernier au Lakakh) la meilleure photo, la meilleure vidéo du monde sont incapables de restituer l’impression d’immensité qui vous saisit.

On aperçoit au fond le lac Ysyk Kul

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L’aigle de Tamga

Ce matin on avait rendez-vous avec un aiglier – un terme appris à’l’occasion, comme un fauconnier s’occupe de faucons – un authentique Kirghiz, avec ses enfants, deux garçons, deux filles, à 2300 m d’altitude au-dessus de Tamga. Personnage immédiatement sympathique, prenant le temps d’expliquer qu’il est la quatrième génération de sa famille à s’occuper ainsi d’élever des aigles, qui vont rester de quinze à vingt ans auprès de leur maître (les femelles restant le plus longtemps) à être « éduqués » à chasser, puis sont libérés dans la nature à l’état sauvage. Une très belle tradition qu’on était heureux de vivre de près !

Assez inattendu dans ce cadre grandiose un monument à Gagarine le premier cosmonaute soviétique

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Vacances 2022 : retour à Ambronay

Sur la route des vacances halte ce week-end dans l’Ain, et retour en des lieux jadis familiers où je n’avais plus eu l’occasion de remettre les pieds depuis presque trente ans !

Ambronay

Ambronay, c’est cette ancienne abbaye bénédictine dans l’Ain, où en 1980, un fou de musique – Alain Brunet – décida de créer un festival de musique baroque et une académie. Quarante-deux après, il en a abandonné la direction mais en préside toujours ce qui est devenu, en 2003, un Centre Culturel de Rencontres. J’ai rarement rencontré personnage plus passionné, obstiné, déterminé, qui a toujours fini par convaincre les meilleurs musiciens de le suivre dans son aventure.

Mes premiers souvenirs d’Ambronay sont des émissions de radio – la Radio Suisse romande n’est pas loin, et Disques en Lice, l’émission de critique de disques, aujourd’hui disparue, de la RSR, était venue au moins deux fois dans mon souvenir. Une fois, c’était Jordi Savall autour des suites de Bach. Une autre fois, avant un concert où nous devions entendre le Stabat Mater de Vivaldi, j’étais assis à la tribune à côté de Gérard Lesne. Dans l’écoute comparative à l’aveugle, le jeu consistait évidemment à essayer de reconnaître les interprètes. Ecoutant la version que nous ne savions pas être celle de Nathalie Stutzmann, Gérard Lesne comme moi étions incapables de discerner le sexe de l’interprète, homme ou femme, tant la voix de Nathalie portait une superbe ambiguïté.

Autre souvenir, cette fois comme directeur de France Musique, et dans le cadre d’un partenariat qu’Alain Brunet avait obtenu sans problème de ma part, mais avec les réticences d’usage de la technique de Radio France, j’étais revenu en 1994 notamment pour un concert de l’académie animée alors par William Christie, David et Jonathas de Marc-Antoine Charpentier, qui révéla une jeune soprano qui allait faire son chemin : Patricia Petibon.

Je n’ai pu m’empêcher, revenant en ces lieux, de penser à l’ami Jacques Merlet, qui n’avait pas été le dernier à croire à l’aventure d’Ambronay et qui y installait ses quartiers d’automne. Il y a ainsi des ombres heureuses qui peuplent les mémoires et les pierres.

Pérouges

C’est pendant ce bref séjour de l’automne 1994 que je découvris Pérouges, à une vingtaine de kilomètres d’Ambronay, cette cité médiévale bien préservée. Un déjeuner à l’Hostellerie de Pérouges me fit côtoyer William Christie et son commensal. Quelques amabilités échangées. Ce fut le seul et dernier contact sympathique que j’eus avec ce personnage qu’il m’est arrivé d’apprécier comme musicien.

L’Hostellerie de Pérouges
Pérouges la porte Sud

Libre

D’abord, en ce 1er août, bonne fête à mes compatriotes – eh oui, comme je l’ai déjà raconté ici (L’été 69), j’ai aussi la nationalité suisse ! Pensées pour ma mère, et les nombreux cousins et cousines que je compte encore entre Berne et Lucerne.

Ici à Entlebuch en 2020 devant le buste de mon ancêtre Josef Zemp (quelqu’un m’ayant fait malicieusement remarquer une parenté… avec les oreilles !)

Liberté

Ce 1er août est aussi le premier jour d’une liberté retrouvée. Comme je l’écrivais avant-hier (Le coeur léger), je suis désormais « libre de tout engagement », soulagé de ne plus devoir assumer la responsabilité d’un collectif, libre de choisir mes activités – la retraite ce n’est pas maintenant ! -, libre d’écrire, de lire, d’écouter ce que je veux, libre tout simplement de jouir de la vie et de ses bonheurs.

Ce n’est pas une simple formule, pour qui tient un blog depuis 2007 (avant celui-ci il y en eut d’autres qui ne sont plus visibles sur le Net, mais qui ont été partiellement imprimés). Un exemple illustrera les limites de la liberté dont je pouvais ou non jouir.

C’était à Liège il y a dix ou quinze ans, les salariés de la plus grosse entreprise publique d’énergie et de télécommunications étaient en grève – justifiée de mon point de vue – en réaction au mépris que leur manifestait leur puissant patron, un ponte du PS local… J’avais fait un article de blog intitulé « Dégueulasse » pour dire mon indignation. Le Vif/L’Express, le pendant belge de L’Express, en avait repris un extrait… avec le même titre. Le jour de sa parution, j’avais passé une grande partie de la journée en réunion à Bruxelles, dans un lieu qui ne captait pas le réseau téléphonique. Reprenant ma voiture pour rentrer à Liège, je découvre plusieurs messages téléphoniques et SMS, me demandant de rappeler le président de l’Orchestre de Liège, par ailleurs échevin de la culture (adjoint au maire) de Liège et personnalité importante du PS . Je tombe des nues lorsqu’il me cite le papier du Vif/L’Express, que je n’ai bien sûr pas vu, et qu’il m’annonce que le puissant patron mis en cause a exigé des sanctions à mon égard, et même ma démission. « Mon » président s’y refuse et me défend, mais il me « conseille » d’éviter à l’avenir de m’exprimer sur des sujets autres que strictement musicaux. Le directeur d’un orchestre subventionné par les pouvoirs publics est tenu à une certaine réserve dans son expression.

Je me le tiendrai pour dit, et tout au long des années qui suivront, à Liège, à Paris ou à Montpellier, je m’auto-censurerai même sur un blog revendiqué comme personnel.

Aujourd’hui, je redeviens un blogueur libre, dans les limites évidemment du secret professionnel que j’ai toujours strictement observé et continuerai d’observer dans mes responsabilités passées, actuelles et futures.

Je ne me priverai donc pas de relater anecdotes et souvenirs de tous ces moments privilégiés que j’ai eu le bonheur de partager avec tant d’artistes et de belles personnes.

En attendant, vacances !

Hier soir sur les bords de l’Oise à L’Isle Adam

L’Amazonie, les habitudes perdues et retrouvées

Paresse

J’ai retrouvé, il y a quelques semaines, des cahiers que je croyais disparus, où je consignais chaque été mes souvenirs de vacances. L’habitude m’en vint dès mes 9 ou 10 ans, je confectionnais une sorte de journal de bord, avec au minimum une carte postale ou une photo prise avec le premier appareil – un Kodak Instamatic 50 – que je reçus, je pense, à l’occasion de ma communion solennelle !

J’ai continué, au fil des ans, de noircir cahiers de vacances et plus tard journaux pas nécessairement intimes. J’aimais écrire, le geste d’écrire, si possible au stylo à encre. Je m’attardais à des détails, des descriptions, des impressions. En relisant tout cela bien des années plus tard, j’ai le sentiment de retrouver intacts, précis, les souvenirs des jours heureux.

Lorsque j’ai commencé à « bloguer », au début de l’année 2007, j’avais repris le cours de ces confessions – qui n’en étaient pas vraiment – non pour les étaler, m’en faire valoir, simplement pour fixer ce qu’une mémoire volatile risquait d’oublier. Et j’aimais développer, argumenter.

Paresse, résignation ? Je n’ai plus aujourd’hui la patience, ni même l’envie, de prendre part aux polémiques ambiantes, d’étayer un point de vue, dont personne n’aurait grand chose à faire d’ailleurs. Pourtant ce blog est public, et je sais qu’il est lu – beaucoup ont la gentillesse de me dire qu’ils le lisent, le suivent, avec un certain intérêt. Ils ne m’en voudront pas d’être plus elliptique, moins descriptif que naguère. Une belle photo, une vidéo peu connue, voilà qui fait souvent l’affaire… Pour le reste, Internet délivre tous les savoirs, assouvit toutes les curiosités !

L’Amazonie équatorienne

Me voici donc en Amazonie équatorienne, et la plume démunie pour traduire le bonheur grandiose qui s’empare de celui qui pénètre ce sanctuaire d’une nature inviolée.

C’est d’abord une longue route de Quito (Tout l’or du monde) à Puerto Francisco de Orellana. Notre voyagiste nous avait d’abord annoncé un transfert en petit avion, mais la ligne ne fonctionne plus que certains jours, et constitue en soi une aberration écologique pour qui veut visiter et honorer l’Amazonie.

Les touristes sont rares, sur la pirogue à moteur qui va nous conduire, deux heures durant, sur le fleuve Napo, jusqu’à un petit débarcadère, nous ne serons que deux, entourés par des membres du staff du lodge qui va nous accueillir pour trois belles journées au milieu de nulle part. Après la pirogue, une bonne vingtaine de minutes de marche en forêt jusqu’à une nouvelle embarcation cette fois menée à la pagaie.

L’immensité du silence seulement troublé par le vol de quelques aras bavards, le bateau qui avance sur une eau sombre au milieu d’une végétation luxuriante, avant de déboucher sur une sorte de lac et d’apercevoir une première habitation en bois.

Même si on se pose la question, on évite de demander comment l’eau courante, l’électricité, la connexion internet (pas de réseau téléphonique en revanche) fonctionnent si loin de toute habitation ou communauté.

Première balade en pirogue l’après-midi pour aller théoriquement pêcher le piranha… on en reviendra bredouille mais on aura pénétré plus au coeur de la jungle amazonienne, rencontré des dizaines de singes farceurs, les capucins, les « écureuils » qui prennent un malin plaisir à se défier – c’est à qui fera le saut le plus périlleux d’un arbre à l’autre, les hurleurs à poil rouge…

Le soir, après un excellent dîner – on admire la prouesse culinaire du cuisinier, bien plus inspiré que ses confrères de Quito – on renonce à une sortie nocturne pour apercevoir les caïmans. Le lendemain, on en trouvera un tapi juste à côté du bar du lodge…

Il paraît qu’ils ne sont pas dangereux… Voire ! On est plutôt rassuré de pouvoir se baigner dans l’eau sombre du lac, dans une piscine-cage, séparés des loutres, poissons, et autres bestioles qui peuplent les lieux !

Hier deux longues traversées à pied, chaussés de bottes, surtout après les pluies de la nuit, menés par Dorian, 28 ans, natif d’une communauté installée à une dizaine de kilomètres, aîné d’une fratrie de huit. Dorian connaît sa forêt comme personne, il a appris le français… et l’anglais à l’Alliance française de Quito, il partage son temps entre son activité de guide – deux semaines par mois – et le travail à la ferme familiale. Personne ne plaiderait mieux que lui l’importance de préserver la biodiversité de la forêt amazonienne, il en livre tant de secrets, avec une simplicité et un sourire désarmants.

Je sais désormais à peu près tout sur les vertus des espèces de palmiers qui poussent à l’état naturel ici – et pourquoi il faut absolument en proscrire la culture intensive comme le fait le Brésil de Bolsonaro, obliger tous les industriels de l’agro-alimentaire à renoncer à l’huile de palme ! – Comme ci-dessus cette espèce endémique, ce mince tronc blanc, phosphorescent, qui fait office de lampe de poche la nuit pour les promeneurs égarés !

Ces champignons blancs sont dotés d’admirables vertus : ils attirent tous les moustiques du coin – on ne les voit pas sur la photo, mais ils étaient bien plusieurs centaines ! – ils soignent les problèmes digestifs, ont un effet cautérisant sur les brûlures de la peau, etc.

Si l’on en doutait, on aurait ici confirmation que la nature est artiste !

On regagne le lodge au tomber du jour (rappeler ce qu’on a déjà écrit – Equateur, premières vues – pas de variation saisonnière sur l’équateur, le soleil se lève immuablement à 6 h et se couche à 18 h)

et trouver sur la rampe d’accès à la chambre-cabine ce délicieux représentant de la famille des arachnoïdes, qu’on pensait réservés aux candidats de Fort Boyard !

Journal du Portugal (II) : ors et orgues

Je ne me suis pas attardé dans mon précédent Journal du Portugal (Lisbonne et Porto) sur les attractions touristiques, richesses monumentales et autres particularités qu’on trouve excellemment décrites dans tous les guides.

Le Portugal – que j’ai vu jusqu’à maintenant – ce sont des dizaines d’églises, d’anciens couvents, des cloîtres, la plupart du temps richement décorés, chapelles, autels dorés à l’or du Brésil, tapissés d’azulejos, et souvent dotés de très jolis orgues anciens.

Avant une petite revue de détail, vraiment pas exhaustive, passage obligé par FatimaUn jour gris de semaine, sans fête religieuse ni pèlerinage.

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Une immensité qui me laisse une impression étrange. Je respecte la ferveur des pèlerins qui viennent ici, je ne la partage pas. Je n’aime pas la foule, encore moins ici qu’ailleurs.

A Coimbraon revient aux sources d’un glorieux passé universitaire… et religieux.

IMG_4772L’église et le monastère de la Sainte Croix 

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IMG_4774Premier de ces superbes orgues d’église aperçu au Portugal, je me demande – et je le demande à mes lecteurs plus spécialisés que moi – pourquoi ces instruments sont installés à gauche près du fond de la nef.

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IMG_4795La richesse ornementale des autels contraste avec l’austère simplicité des cloîtres qui les jouxtent.

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Arrivé à Porto, on visite évidemment la cathédrale  qui domine la vieille ville, son cloître à étages recouvert d’azulejos

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Pour fuir Porto, la foule et la grisaille, on pousse au nord vers Braga, où le soleil fera de timides apparitions.

Beau patrimoine religieux, une cathédrale qui réunit un ensemble inouï dans le fond de sa nef : deux orgues qui se font face, une tribune centrale et une voûte qui concentre la plus grande quantité de bois précieux et d’or du Brésil en Europe. Surcharge d’ornements, de sculptures, d’angelots joufflus, le baroque dans toute sa démesure.

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On garde pour de prochains billets des étapes magnifiques dans l’Alentejo, Tomar, Evora, et dans l’Algarve, Faro et Lagos, où les ors et les orgues ne brillent pas moins !

 

 

 

Sur les traces de Tintin

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Par bien des aspects, ce mini-périple dans les Balkans m’a donné l’impression de revivre un peu les aventures de Tintin dans le huitième album d’HergéLe Sceptre d’Ottokar. Singulièrement dans l’ancienne capitale royale du MonténégroCetinje, mais tout le long du parcours qui m’a mené de Dubrovnik à Podgorica, puis de Mostar à Split, traversant quatre pays de l’ex-Yougoslavie.

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J’ai même eu droit à une vraie Bianca Castafiore, non pas à l’opéra de Klow, mais dans le petit théâtre de Split. Une version concertante d’un ouvrage de circonstance en cette veille de Pâques, Cavalleria Rusticana de MascagniImageImage

On restera discret sur les qualités approximatives de l’orchestre, le public âgé et clairsemé, plus admiratif de la belle prestation du choeur, et carrément impressionné d’abord par la Santuzza pulpeuse et les moyens vocaux de Kristina Kolar et surtout par un ténor de 34 ans, au physique et à l’accoutrement dignes d’un candidat de The Voice, doté d’une voix absolument magnifique dans toute la tessiture du rôle redoutable entre tous de Turridu. Je ne sais pas si c’est le nouveau Jonas Kaufmann ou José Cura, mais ce Domagoj Dorotic a tout – puissance, justesse, éclat, rondeur – de l’étoffe des plus grands. Et j’ai aimé particulièrement qu’il ne tombe jamais dans les outrances et les sanglots que certains de ses illustres aînés s’autorisaient dans cet ouvrage emblématique du « vérisme ».

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 Une idée – toute récente – filmée dans des conditions précaires à Zagreb il y a moins d’un mois – de ce ténor dont le talent ne devrait pas rester confiné aux scènes croates si l’on veut m’en croire…

https://www.youtube.com/watch?v=S8BF9ZwLfsA