Jean Cluzel (1923-2020)

Ces jours-ci, mon blog ressemble décidément à un obituaire, que chaque jour vient compléter d’une nouvelle disparition.

Je n’ai appris qu’aujourd’hui le décès, à l’âge très respectable de 97 ans, de Jean Cluzel, ancien sénateur, président du conseil général de l’Allier, redouté rapporteur du budget de la radio-télévision au Sénat.

Jean Cluzel c’est d’abord, pour moi, mon premier employeur, la première personne avec qui j’ai signé, à 22 ans, un contrat de travail à durée indéterminée, mon premier poste d’assistant parlementaire (comme je l’ai raconté dans deux billets : Attaché parlementaire, Réhabilitation)

Nègre

Je me rappelle très bien, un garçon de mon âge, dans ma voiture, boulevard Saint-Germain à Paris, sous une pluie battante. Nous sommes en janvier 1978. J’ai fait la connaissance de Jean-Yves en août 1976, lors d’une université politique d’été. Il me dit, tout à trac, que son père cherche quelqu’un – son père est un monsieur très connu dans le monde de la politique de l’époque, un sénateur dont on parle, Jean Cluzel – ! J’ai beau penser que je n’ai aucune des qualités requises pour travailler auprès d’un tel personnage, il m’incite à le rencontrer et organise le rendez-vous. Le sénateur de l’Allier est très clair : il a besoin de quelqu’un qui sache faire des recherches et qui sache écrire. Il a plusieurs ouvrages en préparation, je serai son « nègre »durant deux ans (1978-1980)

Ainsi à 22 ans j’entre dans l’un des plus beaux palais de la République, le Sénat, j’ai pour moi un grand bureau dans l’annexe – bureau que n’occupe pas le sénateur puisqu’en tant que rapporteur spécial, il bénéficie d’un bureau encore plus vaste au sein même du palais du Luxembourg. Et pendant deux ans, je vais préparer des fiches, des notes, faire des recherches, écrire des pages entières pour un personnage très conscient de son importance, d’autres diraient imbu de lui-même, infatué, considérant autrui, à commencer par sa propre famille, son épouse, comme étant à son service exclusif.

Je voyais peu Jean Cluzel, nous correspondions par notes. Je me rappelle une fois – ce ne fut pas la seule – où il me renvoya un texte annoté d’un simple et définitif « nul ». À quoi je lui répondis par retour de courrier, du haut de mes 23 ans : « Qui se ressemble s’assemble » ! Il ne me gratifia plus jamais d’aussi péjoratifs qualificatifs.

Pour écrire son chef-d’oeuvre – une étude comparée des télévisions européennes – auquel je ne suis pas peu fier d’avoir apporté mon concours (!), il décida de se rendre dans différentes capitales européennes pour regarder la télévision. C’est ainsi que le 28 septembre 1978, Jean Cluzel se trouvait à Rome. Une fois n’était pas coutume, je l’appelai à son hôtel pour vérifier qu’il avait eu la nouvelle qui était tombée sur les téléscripteurs du monde entier ce matin-là : la disparition brutale du pape Jean-Paul 1er. Il me répondit qu’il savait bien que le pape Paul VI était mort (le 26 août 1978) et qu’il ne comprenait pas que je le dérange pour lui rappeler cette nouvelle. En fait, il n’avait pas ouvert sa télévision ni lu les journaux ni n’était même sorti dans les rues de Rome, puisque c’est moi qui lui appris la mort du successeur de Paul VI !

Télémanie

« Le » livre qui avait été le principal objet de mon contrat d’assistant parlementaire, était enfin sorti chez Plon – le célèbre éditeur n’était qu’à quelques dizaines de mètres du Sénat ! – sous l’affriolant titre de Télémanie

Voici comment l’éditeur présentait l’ouvrage :

« Qu’est-ce que la télévision française ? Un énorme budget qui a augmenté de 79 % en cinq ans ; trois chaînes ; près de 10 000 heures de programmes et — avec la radio — plus de 15 000 personnes. C’est aussi la vitrine de la France et le porte-voix de sa culture. C’est, enfin, une machine à laquelle la majorité des Français consacre une quantité croissante d’heures de loisirs, près d’un millier par an, en succombant dès l’enfance à ce qu’il faut bien appeler la télémanie. Est-il, dans la France d’aujourd’hui, sur les différents plans politique, moral et culturel, une question plus grave pour l’avenir ? Pour y voir clair, il est bon d’aller chez nos voisins pour observer comment, par exemple, ils parviennent à concilier le contrôle de l’État avec les exigences diverses des téléspectateurs. C’est ce que Jean Cluzel a fait ; il raconte ce qu’il a vu et entendu ; puis, à la lumière de cette expérience, il analyse la façon dont notre télévision assure sa triple mission d’information, de culture et de divertissement. Ce livre où vibrent les accents du pamphlet marque l’attachement de l’auteur pour cette merveilleuse machine ; il fait suite à « Télé-violence » et à « l’Argent de la télévision », rapport fait au nom d’une commission sénatoriale d’enquête. L’auteur suggère en conclusion que les Français — aussi bien hommes de télévision que simples usagers — s’interrogent sur leurs responsabilités pour que demain les choses aillent mieux.« 

L’ouvrage ne présentait qu’un intérêt modéré, et je ne suis pas sûr qu’il ait passionné ses quelques courageux lecteurs.

Un rapporteur craint

Mais le sénateur Jean Cluzel était le très redouté rapporteur spécial de la commission des Finances de la Chambre haute, chargé du budget de la Radio Télévision française ! Il ne se contentait pas d’aligner bilans et chiffres, il écrivait un rapport qui faisait trembler chaque année patrons de chaînes et gouvernement.

Quand le rapporteur Cluzel sortait un livre, et je pus en témoigner pour Télémanie, son statut lui ouvrait toutes les portes, toutes les émissions, une couverture médiatique dont peu d’auteurs, écrivains ou essayistes même renommés eussent rêvé. Je me rappelle ainsi avoir accompagné Jean Cluzel au 13 h de TF1, animé par Yves Mourousi (dont j’ai surpris quelques minutes avant le début du JT un aparté avec le rédacteur en chef qu’il engueulait pour lui avoir imposé la présence de Cluzel pour un bouquin qu’il n’avait pas lu!), sur le plateau d’Apostrophes chez Bernard Pivot, et quantité d’autres émissions de radio et de télévision. Il les avait à peu près toutes faites.

Je conserve finalement un bon souvenir de ces années d’apprentissage. Jamais je n’aurais alors imaginé faire carrière dans la radio, et en particulier à Radio France… quelques années plus tard (lire L’aventure France Musique)! Ironie de l’histoire.

Originaux

Vendredi soir j’étais à la Cité de la Musique pour une expérience originale, un projet comme toujours un peu fou de l’inclassable Hervé Niquet et de son Concert spirituel : la restitution d’un office à Saint Louis des Français de Rome

« Orazio Benevolo (1605-1672) fut d’abord enfant de choeur à l’église Saint-Louis des Français de Rome, avant d’en devenir le maître de chapelle. Il est l’auteur de nombreuses messes qui tantôt se situent dans l’héritage de Palestrina, tantôt s’aventurent sur des chemins plus novateurs. Pour ce concert, le chœur est réparti dans les balcons de la salle, autour du public, en référence à l’église romaine qui a connu la création de cette œuvre majestueuse. »

Expérience fascinante sur le plan sonore, puisqu’en effet nous, public, placé au centre de la salle, étions environnés par les musiciens et chanteurs répartis en huit groupes.

img_8053

Une expérience « polyphonique » que pourra revivre le public du Festival Radio France l’été prochain (les détails de l’édition 2017 sont annoncés le 10 mars prochain).

Samedi on apprenait la disparition d’un autre original : Jean-Christophe Averty

On a peine à imaginer que grâce à des talents aussi singuliers qu’Averty, un tel vent de liberté et  d’audace ait pu souffler sur la télévision et la radio publiques.

De la même génération qu’Averty, mais pas décidé à dételer, bien au contraire, Michel Legrand confirme qu’à 85 ans, il occupe une place originale dans la vie musicale. Et que, quand il décidé d’écrire de la musique « classique », il frappe fort et juste. Pour preuve, ce nouvel enregistrement (qui sort le 10 mars) écouté de bout en bout avec gourmandise :

51ovsqxpqcl

Le pianiste Legrand a encore de sacrés doigts, il connaît ses classiques – Messiaen, Ravel ne sont pas loin – et il confie au violoncelle d’Henri Demarquette une superbe élégie. Faut-il ajouter qu’ils bénéficient d’un accompagnement de grand luxe ?

Une voix de radio

J’apprends ce matin la mort de Jean-Michel Damian à 69 ans. Et, comme le dit la chanson, ça me fait quelque chose !

Damian c’était d’abord une voix, unique, chaude et grave (lire cet extrait de blog J.M.Damian), l’une des plus radiogéniques de Radio France, où il a officié pendant près d’une quarantaine d’années alternativement sur France Inter et France Musique.

12733468_1515793862057818_5990228262046353824_n

C’était une silhouette enveloppée, toujours habillée de chic, un dandy « talentueux comme pas deux, fin, cultivé, impertinent, ami adorablement insupportable, musicien, curieux, paresseux, gourmand et gourmet, il avait fait du samedi après-midi de France Musique un havre de gai savoir en ouvrant son micro à des débats passionnants qu’il rendait légers comme une plume, auxquels il conviait, dans un souci de diversité des propos des gens venus d’horizons divers. Y jouèrent, chantèrent les plus grands : Bartoli, Egorov, Freire, Perlemuter, Rosen, Dalberto, Kremer, Ross et des dizaines d’autres… connus ou pas mais tous singuliers artistes. » (Alain Lompech sur Facebook).

J’ai connu Jean-Michel Damian d’abord comme auditeur, puis comme directeur de France-Musique et je dois reconnaître que ce n’était pas le producteur le plus simple à gérer. Il savait entretenir le statut à part que sa personnalité, sa culture mais aussi ses exigences lui avaient conféré sur la chaîne. Il voulait toujours être entouré, rassuré, par de jeunes – et toujours talentueuses – assistantes (dont plusieurs ont fait elles-mêmes de belles carrières radiophoniques). Hypocondriaque, il me faisait à chaque fois tout un cinéma lorsqu’on lui demandait de travailler loin de Paris – comme ce week-end au festival d’Evian où il ne se sentait pas de se rendre, jusqu’à ce que je lui garantisse que j’avais sur place d’excellents amis médecins, spécialistes de toutes les maladies qui pouvaient l’atteindre, prêts à intervenir en urgence…

Mais j’ai tellement de merveilleux souvenirs de Damian et de ses samedis après-midi incontournables, inamovibles, que tous les petits défauts de l’homme s’effacent de la mémoire.

Deux me reviennent en particulier : le 23 décembre 1995, nous avions décidé de fêter les 80 ans d’Elisabeth Schwarzkopf, qui avait accepté de faire spécialement le déplacement de sa retraite zurichoise pour venir en direct dans l’émission de Damian. Ce dernier regimbait à l’idée d’accueillir cette artiste jadis compromise avec le régime nazi – mais combien parmi la multitude d’invités reçus dans l’émission avaient été vierges de toute compromission avec le pouvoir politique ? -. Les dernières préventions de Damian tombèrent lorsqu’il vit le studio 104 de la maison de la radio plein comme un oeuf, et qu’il put poser à Schwarzkopf toutes les questions qu’il souhaitait. Comme celle de son enregistrement préféré : un miraculeux Wiener Blut enregistré en 1953 avec le formidable chef suisse Otto Ackermann et le tout jeune ténor suédois Nicolai Gedda.715tgeym9ll-_sl1063_

L’autre grand souvenir, c’est quelques mois plus tôt, le 23 avril 1995 à Berlin. Cette fois c’est France-Musique qui se déplaçait pour aller rencontrer Dietrich Fischer-Dieskaupour lui souhaiter un joyeux 70ème anniversaire ! Dans les studios de la RIAS. Je me rappelle encore l’arrivée de la limousine grise, conduite par Julia VaradyJ’ai un autre souvenir moins agréable en revanche : j’avais proposé à JMD de faire la traduction simultanée des propos de Fischer-Dieskau, l’allemand étant, au sens propre du terme, ma langue maternelle. Dubitatif, Damian s’enquit des services d’un ami dont c’était paraît-il le métier, mais qui n’avait aucune habitude de la radio ni de la traduction simultanée, on allait malheureusement s’en rendre  compte très vite. On n’était pas loin de frôler la catastrophe, Fischer-Dieskau comprenant très bien le français corrigeait de lui-même les questions…et les réponses mal traduites par ce malheureux interprète… Dommage ! Reste cette merveilleuse rencontre avec DFD…

J’espère que France Musique et l’INA nous donneront à réentendre quelques-uns de ces grands rendez-vous de Jean Michel Damian.

J’ai retrouvé ce document, émouvant à plus d’un titre :

https://player.ina.fr/player/embed/CPB7905537201/1/1b0bd203fbcd702f9bc9b10ac3d0fc21/460/259/1« >Jean Michel Damian interviewe Patrice Chéreau

 

 

 

 

Inépuisable

On croyait tout savoir, tout connaître du plus célèbre auteur de BD du XXème siècle, Georges Rémi alias HergéIl faut croire que non, puisque Le Grand Palais  à Paris lui consacre une nouvelle exposition…

affichehergeok

Plus important, la parution du fort pavé (3 kg !) consacré aux 70 ans du Journal de Tintin.

81x4dxsfjol

Que de souvenirs ! Pendant plusieurs années, j’en fus un lecteur impatient et fidèle.

Très bel ouvrage, cet hommage en 777 pages se compose de deux parties : 1. « Hergé et le journal Tintin » : 77 pages regroupant des dessins inédits de Hergé, des pages de Tintin composées spécialement pour le journal, des couvertures mythiques, des calendriers, un dossier inédit, etc. 2. « Les héros du journal » : 700 pages d’histoires courtes, rares ou inédites en album, signées des plus grands auteurs du journal (Jacobs, Cuvelier, Pratt, Rosinski, Graton, Hermann, Vance, Franquin,…) • Les plus célèbres auteurs de la bande dessinée franco-belge réunis pour la première fois dans un même album. • Un regard nouveau sur le travail de Hergé et la redécouverte d’un pan oublié de son oeuvre de dessinateur (Présentation de l’éditeur).

Et si rien n’était joué ?

Je m’apprêtais à commenter l’actualité politique de ce week-end, notamment la première de l’émission « Questions politiques » sur France Inter et franceinfo :

Et je suis tombé – merci Facebook ! – sur cet article du blog de Bernard Sananès, compagnon de militantisme de nos jeunes années. Je ne suis pas étonné de partager en tous points son analyse, que je reproduis intégralement ici.

Et si cette fois le système ne gagnait pas ?

« A la fin c’est comme l’Allemagne au foot, le système gagne toujours. »

« Lecanuet, les Rénovateurs, Bayrou, personne n’a réussi »

« Le FN a un plafond de verre »

« Le 3ème homme, ça fait les unes des médias mais ça ne dure jamais très longtemps »

« En entrant dans l’isoloir, les Français reprennent leurs habitudes et votent pour ceux qu’ils connaissent, depuis longtemps »

« Sans parti structuré, on n’y arrive pas »

« Les Français voudront savoir avec qui leur Président gouvernera »

« Les députés vont penser à leurs investitures »

« De toute façon pour 2017, celui qui gagnera la primaire de la droite, sera Président »

Bien sûr tous ces arguments sont justes. Bien sûr l’histoire politique est pleine de tentatives hors-parti, anti-système, qui n’ont jamais dépassé les unes des médias, quelques vagues de sondages, ou ont buté sur le premier tour de la présidentielle. Bien sûr Macron n’est pas au second tour, et Le Pen n’est pas donnée gagnante des sondages. Evidemment, les anti-système qu’ils soient du côté de Le Pen, du centre Macron/Bayrou, de la gauche de la gauche Mélenchon/Montebourg  ne partagent rien, et n’ont aucune convergence tactique ou politique. Bien sûr l’élection de 2017 qui aura lieu sous la menace terroriste n’est pas, contrairement à 2007, une campagne d’optimisme et d’espérance, un terreau propice pour le saut dans l’inconnu. Il y a donc peu de chances pour que 2017 échappe aux canons traditionnels de notre vie politique.

Et pourtant ?

Rarement à 8 mois du scrutin, une élection présidentielle n’aura semblé aussi incertaine, jamais l’offre politique n’aura semblé si fragmentée et aussi éloignée des attentes d’une majorité de nos concitoyens. Jamais le rejet de la politique traditionnelle n’aura été aussi élevé : les sans préférence partisane représentant désormais près d’un tiers des électeurs soit plus que l’addition des sympathisants LR et PS réunis.

Et pourtant la perspective de la revanche Hollande-Sarkozy est l’affiche qui laisse le plus d’espace à Marine le Pen.

Et pourtant Montebourg &Co peuvent faire chanceler le président sortant au soir de la primaire.

Et pourtant Jean-Luc Mélenchon pourrait, si Montebourg n’y parvenait pas pendant la primaire, structurer une gauche alternative qui talonnerait – ou dépasserait ?- un Hollande affaibli par un mandat sans soutien, et une primaire sans élan.

Et pourtant le favori toutes catégories des sondages, Alain Juppé, apparaît moins invincible et ne soulève pas l’enthousiasme.

Et pourtant François Bayrou, après avoir connu enfer et purgatoire, est toujours là.

Et pourtant qui peut dire que les primaires, mêmes réussies, enfermeraient à gauche comme à droite les électeurs des vaincus dans le vote pour le candidat investi ?

Et pourtant l’entrée en campagne d’Emmanuel Macron fait osciller les courbes, comme une petite secousse sismique que le paysage politique n’a pas connu depuis longtemps.

Et pourtant dans tous les scrutins depuis 2012, le FN n’a cessé de progresser entre les deux tours, laissant possible un score de second tour frôlant à minima les 40 % si elle vire en tête au premier.

Mais on le sait à la fin le système l’emporte toujours…

Cette fois-ci, en sommes-nous sûrs, vraiment ?    (Bernard SANANES)

La vérité, comme le rappelle le grand professionnel qu’est Bernard Sananès, c’est qu’en effet les repères traditionnels de la vie politique sont en train d’éclater, parce que le système lui-même est à bout de souffle.

La Vème République est épuisée. Son agonie a commencé avec l’instauration du quinquennat (je reviendrai sur le sujet plus en détail dans un prochain billet) et s’achève dans le ridicule des « primaires ».

À neuf mois de l’élection présidentielle, tous les scénarios sont envisageables, y compris le pire – que ne mentionne pas B.Sananès – celui de la violence.

L’arrivée d’Emmanuel Macron dans le paysage politique n’est pas anodine. Sa participation à la première de la nouvelle émission dominicale de France Inter et franceinfo: était légitimement attendue :

Comme auditeur/téléspectateur, j’attendais avec intérêt les déclarations de l’ex-ministre, mais peut-être surtout un ton nouveau, un autre format pour cette nouvelle émission politique. Quand on parle d’un « système » périmé, usé jusqu’à la corde, on en a malheureusement eu la triste illustration ce dimanche : des journalistes, à commencer par le sieur Demorand, agressifs, décidés à ne pas laisser leur invité en placer une, le coupant sans arrêt, considérant toutes ses explications comme nulles et non avenues, dès lors qu’il ne répondait pas à la seule question qui les intéressait, sa candidature à l’élection présidentielle. Invraisemblable, insupportable même ! « Être clair, ce n’est pas être caricatural », a justement rétorqué Emmanuel Macron…

Suites et conséquences

Privilège de l’âge ou d’une expérience professionnelle  qui commence à devenir conséquente, je suis souvent interrogé – un directeur de festival doit faire le service « avant-vente » ! – sur mon parcours personnel, mes fonctions passées, toutes questions qui n’ont pas grand intérêt de mon point de vue. Mais si le passé éclaire l’avenir, alors, en effet, ce qu’on a essayé, raté ou réussi, peut aider à comprendre les raisons d’un choix, d’une orientation, d’une conviction.

Je disais encore tout récemment au micro d’une radio associative de Montpellier que ma seule passion, mon seul moteur, c’est de faire, d’entreprendre, de changer ce qui ne marche pas, de dépasser les blocages, d’avancer, sûrement pas d’imprimer une marque, mon nom, ma petite personne. Et si j’ai contribué, parfois de manière décisive, à la réussite de certains projets, de certaines réformes, à la réalisation de certaines idées, c’est pour moi une satisfaction intense, une reconnaissance suffisante, de voir que les choses ont suivi leur cours, les structures ont perduré, les idées ont fait leur chemin, bien après que j’ai quitté telle fonction ou responsabilité. Je me dis aussi que j’ai bien fait d’être tenace, constant, persévérant, malgré les obstacles immédiats, les réactions, les grèves parfois.

Voici deux ans que j’ai quitté la direction de l’orchestre philharmonique royal de Liège. Comment ne me réjouirais-je pas de voir coup sur coup sortir plusieurs disques initiés il y a quelques années déjà, et aboutir une initiative que nous avons mis beaucoup, beaucoup d’énergie et de force de conviction à faire émerger, cette nouvelle émission de télévision Sensations

Sensations épisode 1

C’est, en quelque sorte, adaptée à la télévision la formule Music Factory que j’avais lancée avec Fayçal Karoui en 2013.

Bonheur de lire les excellentes critiques parues sur le coffret des oeuvres concertantes de Lalo qui résulte d’une initiative lancée dès 2009 avec la Chapelle Musicale Reine Elizabeth et qui nous avait déjà valu l’intégrale des concertos pour violon de Vieuxtemps, puis les oeuvres pour violon et violoncelle de Saint-Saëns.

81GRz9xO7IL._SL1500_

Bonheur de voir se poursuivre l’exploration du répertoire concertant d’Eugène Ysaye, encore très largement méconnu, grâce au projet initié avec l’association Musique en Wallonie

51rJNrAYxTL

Nouveauté avec les deux violons solo de l’Orchestre philharmonique de Radio France, les excellents Svetlin Roussev et Amaury Coeytaux :

81+2sE9c83L._SL1200_

Voici un an je quittais la direction de la Musique de Radio France. Non sans avoir lancé plusieurs chantiers ni essayé et parfois réussi à résoudre des difficultés inhérentes à toute structure lourde et complexe.

C’est ainsi qu’un magnifique projet de concerts et d’enregistrements fin 2014 autour de Peter Eötvös (https://fr.wikipedia.org/wiki/Péter_Eötvös), avait  failli capoter, parce que la mise en place des répétitions et des concerts dans les deux toutes nouvelles salles de concert de la Maison de la radio (Studio 104 et Auditorium) s’avérait très compliquée du fait des effectifs requis. Il n’y avait pas de maison de disques partenaire à l’horizon.  A force de conviction, de persévérance, et de beaucoup de bonne volonté de la part de toutes les personnes impliquées, on a pu organiser les répétitions, les concerts, puis la collaboration entre Radio France et le label Alpha, membre du groupe Outhere (le même éditeur que le coffret Lalo des Liégeois !). Le disque vient de sortir, où ma préférence va, je l’avoue, à la prestation pyrotechnique de Martin Grubinger !

713cMrna+pL._SL1200_

 

Génération Le Luron

Je viens de voir le documentaire diffusé le 4 avril dernier (et rediffusé le 29 prochain) : http://www.france3.fr/emission/thierry-le-luron-le-miroir-dune-epoque

Avec une double émotion. Par le plus grand des hasards, j’ai vu les débuts d’un jeune homme de 17 ans à la télévision, en 1970. Je ne sais plus pour quelle raison mon père, qui était professeur d’anglais, avait accompagné à Paris une classe de son lycée  de Poitiers pour l’émission « Le jeu de la chance », diffusée en direct un dimanche après-midi. Et c’est alors qu’on vit le dénommé Thierry Le Luron chanter un air de Rossini d’une superbe voix de baryton. Il revint plusieurs semaines de suite pour son talent de chanteur jusqu’à ce qu’il se risque à une imitation du Premier ministre de l’époque, Jacques Chaban-Delmas, devant Jean Nohain et tout un plateau stupéfaits par la qualité de la prestation. La suite est connue : https://fr.wikipedia.org/wiki/Thierry_Le_Luron.

Avant le documentaire de France 3, Jacques Pessis avait déjà consacré un film à son ami, disparu il y a trente ans :

Thierry Le Luron, je l’ai retrouvé « en vrai » au début des années 80. Notamment lorsqu’invité à un congrès politique, il fut ce qu’il a toujours été, impertinent, percutant, imperméable aux pressions des puissants, se moquant allègrement de ceux qui l’avaient invité (et payé pour sa prestation !).

Et puis, même s’il l’a toujours nié, pour protéger sa famille, son image, sa vie privée, TLL a été, pour toute une génération, la mienne, le triste symbole d’une jeunesse décimée par la maladie du siècle, le virus jamais nommé, tant à l’époque il semait la terreur. À Paris, dans les lieux à la mode, tout le monde savait que l’imitateur faisait des fêtes jusqu’au bout de la nuit et préférait les garçons. Personne n’était dupe des couvertures de Paris-Match et des photos retouchées pour masquer les avancées de la maladie qu’il combattait avec un cran admirable. L’un de ceux qui partageaient ses nuits, et sans doute sa vie, le pianiste Daniel Varsano, l’a suivi dans la mort dix-huit mois plus tard, non sans avoir laissé quelques disques admirables, qui nous rappellent son talent singulier.

51BCKS1jmUL

71crqjanGpL._SL1411_

Le Luron, comme Coluche – tous les deux disparus en 1986 ! – manquent plus que jamais à notre univers politique et culturel.

Vus (ou pas) à la télé

Ils ont le même patronyme. L’un est une belle gueule, souvent cantonné aux emplois d’avocat, de magistrat ou de playboy dans les séries qui l’ont rendu populaire à la télévision, l’autre avait fière allure aussi, mais il n’a laissé de traces que dans le coeur des mélomanes.

francois-eric-gendron-17069

François-Eric Gendron (https://fr.wikipedia.org/wiki/François-Éric_Gendron) est bien le fils de son père, le violoncelliste Maurice Gendron (1920-1990)

Il y a quelques semaines, Decca publiait un magnifique coffret, préparé par Jean-Charles Hoffelé qui signe le livret, qui regroupe la quasi-totalité des enregistrements de ce grand musicien, un peu oublié depuis un grave accident de voiture à la fin des années 1970.

71ooEAdcjlL._SL1400_

Un travail extrêmement soigné qui restitue parfaitement la grandeur d’un artiste qui est à peu près à l’exact opposé – tenue, pudeur, aristocratie – de son illustre confrère Mstislav Rostropovitch. 

61Tgtpa0SPL

On appréciera particulièrement les rééditions des premières gravures avec Ansermet, Dohnanyi, Haitink, ou sous la férule bienveillante de Pablo Casals au pupitre de l’orchestre Lamoureux, mais aussi ces moments magiques de musique de chambre avec le frère (Yehudi) et la soeur (Hephzibah) Menuhin, Brahms, Schubert, et les deux sextuors de Brahms captés lors du festival de Bath (naguère parus chez EMI)

On a tout de même souri à la lecture du texte de Monique Gendron, la veuve du violoncelliste, qui contient une étrange coquille, passée inaperçue aux yeux des relecteurs : on a bien compris que ce coffret est là pour perpétuer – et non perpétrer, comme écrit ! – la mémoire de Maurice Gendron. Le problème c’est que la traduction anglaise reprend perpetration ! Le crime orthographique ainsi perpétré est par avance tout pardonné à ceux qui nous offrent une aussi belle occasion de réentendre un violoncelle chaleureux, accordé au sentiment profond de la musique qu’il révèle.

Franglish

Combat d’arrière-garde ? Il semble que l’instance de régulation de l’audiovisuel français, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) pense le contraire, en prenant la défense de la langue française d’une manière plutôt originale :

Les modes et les jargons ont toujours influé sur l’évolution de notre langue… vivante ! Il vaut souvent mieux en sourire. Et parfois rappeler que les anglicismes qui envahissent notre vie quotidienne sont, à l’origine, des mots français (comme challenge) ou que le français a réimporté d’outre-Manche ses propres expressions transformées par l’usage : une bougette, un petit sac où l’on plaçait ses pièces de monnaie, est devenue budget à Londres, puis à Paris. Idem pour gadget !

On ne saurait trop conseiller aux Frenchies et à ceux qui aiment notre langue de se plonger avec délices dans deux ouvrages de référence, qu’on a déjà loués ici :

515Pwf3UtFL._SX351_BO1,204,203,200_

41NnjXelbQL

Je vous laisse à vos lectures, je suis overbooké les jours qui viennent, entre events à manager, meetings de brainstorming et autres teambuilding sessions. Mais je ne veux pas risquer le burn out ! Trop cool non ?

Victoires

On va tenter de ne pas relancer un débat aussi vieux que ce type de cérémonies : pour ou contre les Victoires de la musique classique – qui ont lieu ce mercredi soir à Toulouse ?

IMG_0939

Juste un point d’histoire, donc un rappel : lorsque France Musique, dont j’avais alors la charge, avait été sollicitée pour diffuser la soirée simultanément avec France 3, il y a une vingtaine d’années, j’avais répondu oui sans hésiter, même si, dans cette grande maison qu’est Radio France, une telle décision devait être avalisée, approuvée par toute une hiérarchie. Je me rappelle les hauts-le-coeur, les mines abattues, de producteurs de la chaîne, mais aussi d’autres collaborateurs, France Musique ne pouvait décemment pas s’abaisser à participer à une opération qui ne visait qu’à soutenir le commerce et l’industrie du disque…Et dont les modalités de vote et de sélection des « nommés » étaient discutables.

Ce sont les mêmes d’ailleurs qui, à la même époque, ne comprenaient pas que je veuille envoyer France Musique (et plus tard d’autres chaînes de Radio France) couvrir un phénomène qui me semblait appelé à se développer considérablement : la Folle Journée de Nantes…

Bref, je n’ai jamais regretté d’avoir poussé la chaîne musicale du service public à s’associer avec le seul prime time de l’année dévolu à la musique classique. Et je regarderai l’émission ce mercredi soir.

Le Figaro d’aujourd’hui consacrait un beau papier à ces jeunes artistes, pour qui une distinction comme Les Victoires de la musique classique a changé la donne. (http://www.lefigaro.fr/musique/2016/02/22/03006-20160222ARTFIG00212-classiques-les-nouveaux-chemins-de-la-reconnaissance.php).

Et tous ceux qui ont été récompensés ces dernières années l’ont mérité, et pour beaucoup, ont réussi à commencer une carrière (quel mot détestable s’agissant d’art) honorable. L’avantage de la jeune génération, c’est qu’elle n’a aucune illusion sur le monde culturel et musical d’aujourd’hui – même si bien des agents sont loin d’avoir évolué dans le même sens ! – et qu’elle connaît les codes, utilise, à bon escient, les modes de communication les plus adaptés à une large diffusion de leur art.

Oui Youtube, les réseaux sociaux, ont révolutionné l’accès à la culture et l’organisation du monde musical. Plus de faux-semblant possible, plus d’entre soi, de pratiques réservées au seul petit milieu professionnel. Instantanément, tel concurrent ou lauréat d’un prestigieux concours peut se faire connaître du monde entier, tel ensemble peut acquérir la notoriété – dès lors que le talent est là – sans passer par la case disque ou tournée de lancement. D’ailleurs, l’enregistrement d’un disque, les engagements, suivent, accompagnent, et ne précèdent plus que rarement le début de carrière.

On ne fait aucun pronostic sur les lauréats de ces Victoires 2016. Parce qu’on connaît tous ces musiciens, qu’on a parfois eu la chance de les repérer, de les soutenir, de les engager au tout début de leur carrière, qu’on aime leur parcours, leur attitude à l’égard des compositeurs et du public.

Beaucoup sont passés à Montpellier dans le cadre du Festival de Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon ou seront présents dans l’édition 2016 (comme Florian Noack ci-dessus)*.

Une mention particulière pour un très beau disque, auquel j’ai pu contribuer, celui d’un merveilleux altiste, Adrien La Marca (le grand frère Christian-Pierre, au violoncelle, n’est pas mal non plus !). Un programme qui lui tenait à coeur, enregistré finalement à la Salle philharmonique de Liège…(L’album « English Delight », hommage à l’alto et aux compositeurs anglais est un voyage sur quatre siècles, de Dowland, Purcell, Vaughan Williams, Bridge, Clarke, Britten à Jonathan Harvey Chacune de ces pièces est liée à un moment spécial du parcours artistique et musical d’Adrien La Marca)

81jMHQX59TL._SL1500_

  • Le détail de l’édition 2016 (11-26 juillet) du Festival de Radio France Montpellier et de la Région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées (vivement un nouveau nom pour cette grande région !) sera dévoilé le 4 mars prochain.